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ANALECTA
BOLLANDIANA
ANALECTA
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BOLLANDIANA
TOMUS XXIX
EDIDERUNT
CAROLUS DE SMEDT, FRANCISCUS VAN ORTROY,
HIPPOLYTUS DELEHAYE, -
ALBERTUS PONCELET, PAULUS PEETERS,..
ET CAROLUS VAN DE VORST
249-77
"292^
PRESBYTERI SOCIETATIS IESU ,.....
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*.
BRUXELLES PARIS
Société des Bollandistes Librairie Alphonse Picard et fils
22, Boulevard Saint-Michel 82, rue Bonaparte
I9IO
Aw
044004
BHG*. — Bibliotheca hagiographica graeca. Editio altera emendatior.
Bruxellis, 1909.
BHL. — Bibliotheca hagiographica latina antiquae et. mediae. aetatis.
Bruxellis, 1838-19or.
BHO. -— Bibliotheca hagiographica orientalis. Bruxellis, 1910.
Catal. Gr. Paris. — Catalozus codicum. hagiographicorum. graecorum
bibliothecae nationalis Parisiensis. Bruxellis, 1896.
Catal. Gr. Vatic. — Catalogus codicum hagiographicorum. graecorum
bibliothecae Vaticanae. Bruxellis, 1899.
Catal. Lat. Brux. — Catalogus codicum hagtographicorum bibltothecae
regiae Druxclleusis. Pars I. Codices latini membranei. Bruxellis.
...19060, 1889. Tomi duo.
Catákz Lat. Paris. — Catalogus. codicum hagiographicorum. latinorum
P qxtiquiorum saeculo XVI qui asservantur in. bibliotheca nattonali
Parisiensi. Bruxellis, 1889 1893. Tomi quattuor.
CataL-*Lat. Jiom. — Calalogus codicum hagiographicorum bibliotheca-
vun? SNomanarum practer quam. Vaticanae. Bruxellis, 1909. Pro-
eMiütsineppendice ad haec Zalecía, t. XXIV-XXVII.
Mus: :BVL M. Index miraculorum. B. V. Mariae editus in ANar.
*"Bof'is, t. XXI, p. 241-360.
Syn. EX. CP. — Synaxarium ecclesiae Gbislnibiib Pad, ed.
us HI Po Bruxellis, 1902, in-fol. (zÁcla sanctorum, Propy-
bas * laeum ad Acta SS. Novembris).
2 [3X 4655
| A3
7-29- $1]
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Le moyen áge latin nous a laissé, on le sait, deux sortes de recueils
spécifiquement hagtographiques, dans lesquels ceux qui ont à étudter el à
écrire la vie des saints. irouvent une partie considérable de leurs maté-
riaux. Ce sont, d'une part. les martyrologes, de l'autre les légendiers.
Il semble, à premióre vue, qu'il soit aisé de caractériser les deux espéces
d'ouvrages et qu'une démarcation ferme les distingue nettement.
Les légendiers (ou passionnaires) sont, bar. définition, des collecttons
d'opuscules de longueur variable oii sont. racontés la vte, le martyre, les
translations, les miracles des saznts ; en iéte de chaque pióce, se. trouve
d'ordinaire un tile, une rubrique : Vita sancti N..., Passio beatorum
N. et N. etc. Les premiers mots des documents ou de leur prologue ne
soni délerminés par aucune végle, el st cerlaimes expresstons plus ou
moins stéréotypées se renconirent parfois en téte des Vies et des Passtons,
fa ex.: Tempore quo (Diocletianus caesar...) ou : Fuit vir vitae
venerabilis..., ces cas isolés et qui s'expliquent, du reste, en partie, par
une imilation. voulue, sont. comme noyés dans l'immense variété des
incipit diférents. L'ordre des piéces dans la collection est souvent, mais
pas nécessatrement, celui. du. calendrier. Le nombre et le choix des Vies
et Passions varie à l'infini : c'est tantót,en un ou plusieurs volumes,tout
le cycle de l'année liturgique ; tantót. un. groupement bien déterminé,
comme les Passions des apótres, les Vies et. Passtons de saintes femmes ;
souvent encore, c'est. un. groupement qui semble et qut plus d'une fois est
réellement tout à fail arbitraire.
Dans la rédaction des martyrologes, d'autre part, on a suoi untfor-
mément l'ordre de. l'année. liturgique. Pour chaque jour, — quand le
martyrologe est complet, ce qui esi le cas ordinaire, — on trouve une liste
des saints dont l' Église ou telle église particulióre faisait à celle date la
féte ou la commémoraison. La liste est composée d'un ceriain nombre de
nolices, qui normalement commencent par une indication topographique
suivie du nom et des qualités du saint ou des saints, le nom étant d'habi-
tude mis au génitif, avec ou sans le mot natale. Par exemple, la liste du
Martyrologe hiéronymien | (exemplaire | de. Berne) pour. le 380 mai :
Anthiocia Sici Palatini qui multa turmenta passus est. Turribus
6 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
sardiniae natale sanctorum Gabini Crispoli. In Nicomedia multo-
rum sanctorum (r).
Ces différences, qui semblent bien. tranchées, ont leur ratson d'étre
dans la destination primitive des légendiers et des martyrologes, les der-
nters devant. fournir chaque jour ttn catalogue, concts et assez. court, à
lire ou à chanter. pendant loffice liturgique, à. l'heure de prime ; les
Bremiers devant. servir d'une parti à ce méme office, pour les lecgons plus
longues que comportent les matines, et d'autre part à la. lecture publique
ou privée dcs chanoines ou des moines, qui trouceratent à s'édifier au
souventr des vertus et des souffrances des saints.
Il arriva. néanmoins, dans la pratique, que les. différences signalées
s'allénuérent parfois. singuliórement, et que les lignes de. démarcation
enire les deux sorles de recucils disbarurcnt en grande partie. On nc sc
contenta plus, dans les martyrolozes, de mentionner le nom du saint, ses
qualités el les lieux tllustrés par sa vte, par sa mori ou par son souvenir.
Gráce à des emprunts faits aux Vies ou Passions, on développa les noti-
ces,originairement irós bróves, el d'élape en élape,de Béde (2) à Adon,on
en vinl à insérer, dans les martyrologes, des Vies ou Passtons, pas trés
longues, mats bas tirés. courtes non plus. La formule initiale des notices
(type :À tel endroi:t,le «natale » de tel saint...) d?sparut méme parfois.
C'est assez souvent le cas dans le martyrolore de Wolfhard d' Herric-
den (3), el dans celui d'Adom la formule martyrologtique a | presque
l'air d'avoir fait. place, qà et. là, aux rubriques habituelles des légen-
diers. Ainsi, au 9 septembre : Passio. beatorum martyrum Dorothei
et Gorgonii apud Nicomediam sub Diocletiano imperatore. Horum
prior Dorotheus... (4).
Parallélement à cetie amplification. des martyrologes, mais en sens
contraire, les lézendters furent notablement abrézés. et condensés, tantót
en vue de la liturgte, tantót pour servir. do lectures édtfiantes à faire en
particulier. Il en est vésulté que telle notice d'un martyrologe « histort-
(1) Éd. De Rossr-DucHEsNE, Zct. $S., Nov. t. II, x, p. [68]. — (2) On possede
enfin des échantillons, de nombreux échantillons, du texte authentique de
Béde, gráce au bel ouvrage de Dom H. QuENTIN, Les martyrologes historiques
du moyen-áge (Paris, 1908), p. 17-119. Puisse le savant auteur nous donner
bientót une Édition critique du martyrolore entier. Elle est impatiemment
attendue. — (3) Voir dcs exemples dans 4*1. DBoll., t. XVII, pp. 19 et 22-23. —
(4) Cf. Anal. Boll, t. XVIII, p. 14-15. Cf. 1x juillet : Translatio sancti. Dene-
dicti abbatis. Poslquam enim... Ces cas sont rares du reste. Un peu plus souvent
ou trouvc, en téte de la notice, le mot Puassto ou Inventio, mais précédé d'un
nom de licu ipar cx., au 3r juillet : Caesareae passio. sancti. Fabii martyris. Qui
cum ferre vexilla...) ; ce qui rappelle déjà beaucoup plus le style employé dans
l'ensemble du martyrologe.
LB LÉGENDIER DE PIBRRE CALO. vi
que » ressemble beaucoup, quant à l'étendue, à la teneur, à l'allure, à tel
chapitre d'un légendier abrégé. De plus, on s'est avisé parfois, en compi-
lant un légendier, d'insérer entre les Vies et Passions des saints quelques
notices, lantót longues, tantót. bróves, empruntées aux martyrologes, et
de ce travail est. sorti un. composé hybride, dont le « erand légendier -
autrichten » fourmt un type curieux (1).
Mais, à tout. prendre, la. distinction fonctóre entre martyrologes et
légendiers reste, dans la grande majorité des cas, bien marquée. Et
comte, avant d'invenlorter le légendier de. Pierre Calo, 1l nous a paru
utile d'indiquer, autant que. faire se peut, la place qu'il occupe parmi ses
congénéres, 1| suffira de résumer ict, à grands iratis, l'histoire des
légendiers, sans nous occuper des martyrologes.
I. Les légendiers.
Le plus ancien. légendier. qui soit parvenu jusqu'à nous date du VIF
Sijcle : c'est le célibre « codex Velseri », actuellement conservé à la
bibltothéque royale de Munich (lat. 3514 ). On n'y trouve plus qu'une
bonne vinglaine de Vies et. Passtons transcrites de premire main ; mais
primitivement 1l en. contenait. bien. davantage (2). Nous m'avons pas
souvenir qu'on ail. signalé aucun. autre légendier aussi ancien (3). En
revanche, il en veste quelques-uns transcrits au VIII* siecle (4), et. ceux
du IX, stécle ne se comptent déjà plus.
Mais en dehors des vénérables volumes qui "0us ont été conservés, tla
pw, 31 a dá en extsier bien d'autres, et méme de plus anciens que ceux
que nous avons. La chose est, en soi, sowverainement vraisemblable et,
de plus, des témoignages positifs, quoique pas tous tràs clairs, l'établis-
sent à suffisance. Au commencement du. VII sicle, le prétre Warne-
carius loue l'évéque de Paris Ceraunus de son zéle à rassembler les
Actes des martyrs : nunc sanctorum martyrum gesta... congregare
in urbe Parisiaca devotus intendis (5). Peu auparavant, en. 598,
(1) Cf. Anal.Boll., t. XVII, p. 38 et suiv. Il est à noter que les extraits d'Adon,
de Notker et du martyrologe hiéóronymien qui se rencontrent dans le légendier
autrichien y sont entrés par l'intermédiaire du martyrologe de Wolfhard. Cf.
ibid., p. 24. — (2) Cf. Catalogus codicum latinorum bibliothecae regiae Monacensis,
ed. alt, t. I, pars II (1894), p. 99. — (3) Nous parlons, s'entend, de vrais légen-
diers. Il existe encore, pour telle ou telle Vie prise isolément, quelques rares
copies faites au VIIe, voir au VIe siecle. — (4) Citons notamment les manus-
crits de Munich, Bibl. Roy. lat. 4554 (une quarantaine de pieces), de Paris,
Bibl. Nat. lat. 10861 (dix-neuf piéces) et 12598 (vingt et une piéces), de Turin,
Bibl. Nat. D. V. 3 (quarante piéces), de Montpcllier, 55 (plus de soixante
piéces). — (5) Préface de la Passion des trois saints jumeaux BHL. 7829 ; MG.,
Epist. t. III, p. 457.
AES. 6. aui (s) xmi VR c LER
8 LB LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
S. Grégotre le Grand. avait été prié. par Euloge d' Alexandrie. de lui
envoyer cunctorum martyrum gesta, quae piae memoriae Constan-
tini temporibus ab Eusebio Caesariense collecta sunt (1) ; /e pafe
rébond qu'il ignoratt. l'existence de cette collection, et. que, à part les
écrils contenus dans les livres d' Eusóbe (sans doute U Histoire eccléstas-
tique el le. traité des martyrs de Palesttne), nulla (gesta) in archivo
huius nostrae vel in Romanae urbis bibliothecis esse cognovi, nisi
pauca quaedam in unius codicis volumine collecta (2). M. Aibert
Dufourcq a compris, non sans quelque raison, que ces mots désignatent
un légendier (3) ; quant à. dire, avec lui (4), que. ce recueil. contenat
« les gestes des martyrs ROMAINS », c'est déjà autre chose. Encore bten
motns pouvons-nous le suivre dans les efforts qu'sl tente,avec une conviction
profonde, mats franchement sans. preuves palpables, pour fatre retrouver
dans tels ou tels manuscrits encore subsistants des coptes ou. des dérivés
du « passtonnaire grégorien » (5) et du « passtonnatre occidental du
VII, stécle » (6).
Un demi-ssécle environ avant. Grégoire le Grand, Cassiodore, au ch.
32 de institutione divinarum htterarum, s'exprime de telle sorte
qu'on a pu conclure qu'il possédatt, dans un volume de sa bibliotheque,
une collection d' Actes des martyrs (7) ; mats le sens du passage n'est
pas absolument clair (8).
Nous aurtions un témotgnage bien plus ancten. encore, s'il. fallat en-
tendre Dom Pitra, d'aprés lequel. « saint. Augustin... nous montre pour
« ainsi dire du doigt, du haut de sa reo le recueil qui conlenatt ces
« Passions (celles qu'il. était permis de lire au jour anniversaire des
« marlyrs). Dans son. homélie seconde sur saint. Étienne : « Sí nous
«« qvons pete », dit-il, « à trouver les actes des autres martyrs, celut-ct
«« a sa passton au livre canontque : Huius passio in CANONICO LIBRO
«« est (9). »» Cette exégése, faut-1 le dire, est ynad missible, et canoni-
cus liber désigne non pas un passionnatre approuvé, mais tout simpie-
ment D Écriture sainte, c'est-à-dire, dans l'espéce, le livre canontque des
Actes des apótres, oil. se trouve racontée l'histoire de S: Étienne. Aussi
bien S. Augustin continue : in canonico libro est. Actus apostolo-
rum liber est de canone scripturarum... In hoc ergo libro... (1o).
Sott dit en passant, voilà un. échantillon des déducttons háttves quit ont
(1) MG., Epist. t. II, p. a9. — (a) Ibid. — (3) Étude sur les Gesta martyrum
romains, t. I (Paris, 1900), p. 80. — (4) Ibid. — (5) Ibid., p. 81-92. — (6) Albert
Dvurounce, Le Passionaire occidental au VIIc si?cle, dans MÉLANGES D'ARCHÉO-
LOGIE ET D'HISTOIRE de l'École francaise de Rome, t. XXVI (1906), p. 27-65. —
(7) Cf. L. DucnuEsNE, dans Act. SS., Nov. t. II, r, p. [xrvir]. — (8) Cf. J. B.pe
Rosst, ibid., p. [xi]. — (9) Études sur la collection des Actes des saints par. les
RR. PP. Jésuites Bollandistes (Paris, 1856), p. xvi. — (10) P. L.,t. XXXIX,
col. 1426, sermo 315, 3 1
LE LÉGENDIER DB PIERRE CALO. 9
permis à Dom Pilra. de signaler, dans sa. Dissertation préliminaire
sur les anciennes collections hagiographiques (x), wse longue série
de passtonaitres ou légendiers anciens. chez les. Latins, chez les Grecs. ei
Chez les Orientaux. En y regardant de prés, il faut bien en. vabattre,
et. celle histoire littéraire des recuesls hagiographiques est à refaire en
Irés grande parlte. Ce n'est pas ici noire dessein ; nous concentrons noire
attention sur l'hagtographie latine, el il nous suffit d'avoir posé quelques
Jalons dans (a partie la plus ancienne ei la "moins claire de son. histotre.
. Aussi bien, il reste encore beaucoup. à faire, non seulement pour classer,
mais méme pour invenlorier les légendiers parvenus jusqu'à nous ; que
seraii-ce st l'on voulait établir leur filiation et leur débendance mutuelle?
Le nombre, en effet, de ces volumes est trés considérable et leur variété,
nous l'avons dtt, infinic.
Il ne sera pas. cependant ilitin croyons-nous, de rappeler quelques
divistons irüs générales et trés compréhensives, dans lesquelles on. peut
répartir l'ensemble de ces ouvrages. Un double principe de classification
apparait dés l'abord, selom que l'om considére soit les saints. dont les
Actes sont rassemblés dans les léeendiers,soit la nature des ouvrages dans
lesquels ces Acles sont relatés. Ye m'explique.
S1 l'on examine les. saints, 1l est tout 1ndiqué de distinguer les légen-
diers locaux et les légendiers universels. Par légendters locaux, on
entend évidemment ceux qui comprennent un groupe de saints personna-
ges appartenant à tel pays, à telle province, à tel diocése. Ainsi," les
vieilles Vitae patrum four l'Égypte (BHL. 62524-62540), les Vitae
Patrum de Grégotre de Tours pour la Touraine, l'Auvergne, et la France
en général (BHL. 6541), les Dialogues de Grégoire le Grand pour
,Italie (BHL. 6542), le Memoriale sanctorum d^ Euloge de Cordoue
pour PÜEspagne (2), le codex Salmanticensis pour Irlande (3), le
Sanctilogium Angliae de Tean de Tynemouth pour l'Angleterre (4),
lHagiologium Brabantinorum de Jean Gielemans pour le Bvra-
bant (5). — Par légendters universels, nous. désignerons tc. lous ceux
qui ne sont pas siriclement locaux. Il en est parmi eux qui ne contiennent
les Actes que d'un petit. nombre de. saints. et ne représentent en. aucune
facon les. saints de l'Église universelle. D'autres sont consacrés à telle
catégorte de saints : les afótres, les saintes femmes, votre les saints d'épo-
que récente, comme on le voit dans cc Novale sanctorum oi Jean Gte-
(1) Ouvr. cité, p. r-cvirr. — (2) P. L., t. CXV, col. 731-818. — (3) Cf. Catal.
Lat. Brux., t. II, p. 126-127 ; BIIL., p. xvt. — (4) Cf. M. ZtEGELBAUER-O. Lroir-
PONTIUS, Hístoria rei litterariac ordinis S. Benedicti, t. IV (1754), p.417-19 ; C.
HonsTMAN, Nova legenda Anglie, t. I(Oxford, 1gor), p. Ix-xv. — (5) Cf. Anal.
Boll., t. XIV, pp. 11-12, 42-61.
IO LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
lemans a réuni, vers 1485, des textes relatifs à des saints ayant vécu
aprés l'an 1300 (1).
Enfin, et cela va sans dire, dans beaucoup de légendiers composés
pour Pusage de telle église ou de telle abbaye, on a donné une place, à
CÓlé des saints de l'Éclise universelle, à un certain nombre de saints
locaux ou régionaux. Mais malgré tout et bien qu'il m'y ait, qu'il ne
Butsse y avoir de cloison étanche entre les deux sortes de recueils, les
légendiers spécifiquement locaux forment incontestablement une classe à
part et nettement caractérisée (2).
Á constdérer maintenant la nature et la provenance des piéces dont se
coinposent les légendiers, une autre diviston s'impose, selon qu'ils ont été
formés par vote de rédaction ou par vote de compilation. Dans le premier
cas, celut qut a constitué le recueil a. aussi. lui-méme rédigé les divers
documents ou récits qui y 'ont trouvé place, sott que ces documents con-
sittuent autant de rédactions. originales — c'est. le cas pour les Vitae
patrum de Grégoire de Tours, pour le Memoriale d' Euloge, — sott que
le rédacteur se soit. borné à récrire, à. remanter, le plus souvent en les
abré;eant, des textes. précxistants — ainsi a fait ean de Tynemonuth ;
ainst, les hagiographes du. XIIF, XIV* et XV* stécles dont nous aurons
plus loin à signaler les ouvrages. — A cólé de ceux que nous appellerons
les rédacteurs, il y a les comfilateurs, ceux-ct de lotn les plus nombreux
et qut, le plus souvent, sont anonymes. Leur róle a élé surtout de rassem-
bler des Vies, Passions et autres textes hagiographiques et de. les copter
ott de les faire copier dans un ou plusieurs volumes. Certains personnages
se trouvent avoir été, selon les occastonus, lantót rédacteurs, lantót com-
filateurs. ean Gtelemans, par exemple, a compilé le Novale sancto-
rum e£ j'Hagiologium | Brabantinorum (3) et, d'autre part, $1 a
jusqu'à un certain point rédigé le Sanctilozium dont nous. parlerons
plus tard. Et s'il est permis de. prendre, dans l'hagiographte grecque,un
exemple bien autrement illustre, Euscbe de Césarée a rédigé son recueil
(1) Cf. ibid., pp. 12-13, 61-8o. — (2) Ce n'est que par hasard qu'on y trouve
inséréc telle ou telle piéce qui n'a rien à voir avec l'ensemble du recueil. Ainsi,
la Passion de Ste Catherine d'Alexandrie qui est allée se fourvoyer, on ne
sait vraiment trop comment, parmi les 47 Vies de saints irlandais réunies dans
le Codex Saimanticensis. — (3) Comme nous l'avons fait entendre plus d'une fois
déjà, la réalité est toujours un peu plus complexe que ne le laisseraient croire
à un observateur peu attentif ces classifications générales, d'ailleurs exactes au
fond. Sans doute, les deux ouvrages en question sont, en fait, des compilations
de piéces écrites par divers auteurs et rassemblées par Gielemans ; mais cela
n'empéche pas que celui-ci ait inséré dans les volumes un certain nombre de
textes qui sont ou des remaniements, des abré;és rédigés par lui, ou méme des
récits originaux dont il est absolument l'auteur, Cf. Anal. Boll., t. XIV, pp.
467*, 48, 5892, 609! etc.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. II
De martyribus Palaestinae (1), /andtis que sa collection des anctens
récits de martyres, «àv ápxaluv uaprupiuv avvavurrty, 7 élati qu'une com-
pilation, qui malheureusement n'est point Darvenue jusqu'à nous (2).
Avant de passer à l'étude des nombreux recueils abrégés dans lesquels,
à partir du. XIIF siécle, le contenu des anciens légendters a. été résumé,
adapté au gofit et aux besoins du temps,et mis aux matns de tous sous un
format maniable, 11 nous parait bon de signaler, parmi les innombrables
exemplaires des compilations non abrágées qui sont. conservés dans les
bibltothéques, quelques collecttons qui méritent une mentton spéciale.
Il y a d'abord le « grand légendter autrichien » (3). Formé à la fin
du XII siécle, 1l comprend plus de 500 textes hagiographiques. Ce qui
le rend. remarquable, ce. n'est. peut-éire pas lant cette abondance, vare
sans doute, mais dont on. a probablement ailleurs. quelques exemples ;
C'est surtout le succes insolite qu'a eue cette énorme comfilatton. Elle n'a
pas été copiée moins de six fois. Actuellement, on connait vingt et un
gros volumes ayant fait partie de lel ou tel de ces six exemplaires. Aucun
exemplaire d'ailleurs n'est complet.
Il faut citer. ensuite. trois ou quatre. autres collecttons plus récentes,
qui oni acquis une. certaine célébrité dans les études hagiographiques,
non Das précisément toujours à cause de leur valeur intrinséque, mais
à cause de l'emploi fréquent. qu'en. ont. fait nos prédécesseurs dans les
Acta sanctorum.
En premiere ligne, comme anctennelé el. aussi. comune importance,
vient le Lézendier de l'abbaye de Saint-Maxtmin. de Tróves (4). Il
daic du XIII* sicle et. comprenait neuf volumes : 1) janvier (Paris,
Bibl. Nat. lat. 9741) ; 2) février, mars, avril ( Trves, Bibl. de la
ville 453) ; 3) mai ( Tróves, ville 454) ; 4) juin, juillet. (Tréves,
ville 455) ; 5) aoüt (Paris, Bibl. Nat. lat. 9742) ; 6) seplembre
( Tràves, Bibl. du séminaire 35) ; 7) octobre (Tróves, ville 456) ;
8) novembre (Tróves, séminaire 36) ; 9) décembre (non retrouvé). Les
onze premiers mots de l'année donnent un tolal de 415 piéces.
(1) Cf. Anal. Boll., t. XVI, p. 113etsuiv. — (2) Cf. A. HaRnNACK, Geschichte der
altchristlichen Literatur, t. D(1X893), p. 556; t. II, 2(1904), p. 1ro-11. La collec-
tion était, d'aprés M. Harnack, d'une ampieur considérable. M. E. Preuschen,
au contraire, croit que son étendue était médiocre. Cf. PREUscHEN dans HaRn-
NACK, Op. C., t. T, p. 808-9, et dans Realencyklopádte für protestanttsche Theologie,
t. V5, p. 612. — (3) Nous l'avons étudié et inventorié dans Anal. Boll., t. XVII,
P. 24-96. — (4) Étude et inventaire partiel de M. Br. KRuscH, dans Neues Archiv
der Gesellschaft für ültere deutsche. Geschichtskunde, t. XVIII (1893), p. 618-28.
La description compléte des deux manuscrits de Paris se trouve dans Catal.
Lat. Paris., t. II, p. 584-92. Nous comptons publier un jour l'inventaire complet
des autres volumes, dans le Catalogue des manuscrits hagiographiques de
574004
I2 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Presque aussi souvent. que le légendier. de Saint-Maximin, celui de
l'abbaye de Bódeken, prés de Paderborn, a été cité, et cité avec honneur,
Bar les Bollandtzstes. Nos prédécesseurs ne le virent jamais de leurs
yeux ; ils ne le conmatssatent que par les copies et extraits que le
P. Gamans S. I. leur en avait procurés avec un zéle et une. libéralité
sans pareils. Aussi, quand ils l'appellent « Passtonale 12signe el per-
vetustum Bodecense », el cela leur arrive fréquemment, on peut retenir
« insigne », qui esl vrai à divers points de vue ; mais « pervetustum »
est de trop. Le légendter tout entier. a, en. effet, été copté peu aprés le
milieu du XV* siécle. Il se composatt de douze grands volumes — un
par mois — chacun de 250 feuilles. environ. Cinq. seulement ont. été
reirouvés : 1) Janvier ( Munster, Bibl. de lUmniverstté, ms. 20);
2) avril. (tbid., ms. 21) ; 3) mas (1bid., ms. 22) ; 4) septembre ('tbid.,
ms. 23) ; 5) octobre (ms. 7 de la bibliothéque de M. le baron de
Brenken, au cháteau d' Erpernburg). On peut ajouter le Dremter feutllet
du tome de juin, qui. se trouve inséré en téte du volume d'octobre. Ces
cinq volumes, qui ne nous sont pas. d'atlleurs tous parvenus absolument
complets, contiennent à peu prés 380 piéces. L'« insigne Passionale » en
renfermait donc environ 900. Ce ne sont. malheureusement pas, comme
dans la plupart des légendters anciens, de swmples copies. On culiivatt
les leitres à Bódeken, et les compilateurs des légendiers ont souvent
remanté, abrégé, ampulé, amphtfié, selon les cas, le texte des documents
qu'ils reproduisatent (1).
Le légendier de Corssendonck, prós Turnhout, a été aussi employé par
les anciens Bollandistes, quoique motns fréquemment du reste. Il avait
élé copié vers les années 1190 par le chanoine régulier Antoine de Berg-
op-Zoom el se composait de quatre volumes 1) Prima pars diversarum
legendarum (s. Bruxelles, Bibl. Royale, 858-861) ; 2) Secunda
pars.... (s. Paris, Bibl. Mazarine, 1733) ; 3) Tertia pars... (non
retrouvé) ; 4) Quarta pars... (ms. Bruxelles, Bibl. Royale, 1638-
10492). Le premier volume comprend 190 ices, le second 75, le
quatriéime, quoique à peine moins gros que les autres, seulement 28 (2).
Chose siuguliire, la derniire collection qui. reste à signaler tci a eu le
(1) Le légendicr de Bodeken et les autres manuscrits hagiographiques de ce
monastére ont été étudiés et catalogués parle P. H. Moretus, dans Asal. Boll.,
t. XXVII, p. 457-358. L'auteur ne s'est pascontenté d'inventorier les manus-
crits encore subsistants: il s'est appliqué à reconstituer, dans la mesure du
possible, les volumes perdus, gráce aux copics qui nous en restent et aux cita-
tions qui se rencontrent dans les Acta sanctorum. — (2) L'inventaire des deux
manuscrits de Bruxellesa été dressé par le P. J. VaN pEN GnuEYN, Catalogue
des manuscrits de la bibliotheque royale de Belgique, t. V (1905), p. 88-99; celui
du volume de la Mazarine par A. MoriINiER, Catalogue des manuscrits de la
bibliothéque Mazartne, t. II (1886), p. 203-208.
LE LÉGENDIER DB PIERRE CALO. I3
sort des précédentes : elle s'est conservée jusqu'à nos jours, mais 1ncom-
biete. Des quatre volumes dont elle se composait, il en manque un, le
second, dont on n'a plus que la table ou 1ndex, relié en téte du tome I.
Tout le légendier est de la. main. d' Antoine. Geens (T 1543), chanotne
rígulter à Rouge-Cloitre, prés de. Bruxelles. Les volumes I, III et IV
sont conservés à la Bibliotheque Royale de Bruxelles, sous les cotes
11986, 982, 11987. Ils contiennent 235 pióéces (1). Il peut tre anté-
ressant de remarquer qu' Antoine Geens a. emprunté une bonne quaran-
taine de ces pieces àla Nova legenda Anglie zmpriméc à Londres en
15106 et qu'on désigne généralement sous le nom de « Cafgrave ».
Le nombre des légendtiers copiés du XI* au XIII* siécle est tris grand.
Dans la suite, 1l semble qu'on ait mis moins de zàle à reprodutre ces col-
lections. Dieuses. Non. pas qu'il n'y att. des légendiers transcrits. au
XIV* et au. XV* siécle — on vient d'en. votr des exemples — mats
sls sont beaucoup moins nombreux que les anciens. Le fait s'expli-
que aisément. Les églises et abbayes étaient pourvues, gráce à la
diligence des stécles antérieurs, et comme les gros volumes écrits sur par-
chemin élatent. en. quelque. sorte anusables, 1l suffisait d'ajouter, ou sur
des cahiers insérés dans les légendiers existants, — on constate que
cela s'est fait plus d'une fois, — ou dans des volumes à part, les vies et
miracles des saints plus récents. De plus, primitivement, les lecons des
malines ou de l'office nocturne étatent prises directement dans les grands
légendsers, le lecteur prolongeant sa lecture jusqu'à ce que le président du
chaur lui fit signe ou bien jusqu'à une marque quelconque, placée aprés
coup en marge dans le légendier et. indiquant que. tels. ou tels passages
devaient étre omis et qu'on devait. s'arréler à lel. endrotst. Dans la suite,
les légendiers furent souvent. remplacés par ce que j'appelleras volontiers
des lecttonnaires, dans lesquels les Vtes et. Passions des saints n'étaient
pius — à moins qu'elles ne fussent trs courtes — — transcrites intégrale-
ment, mais oii l'on s'était borné à copier pour chaque féte précisément la
paris qui devatt. étre lue durant l'office lturgtque (2). St l'on. songe,
en iroisiéme lieu, que vers le XII* siécle on vott se développer et se répan-
dre des ouvrages qui correspondent aux bréviaires, pris au seus moderne
du mot, on comprendra aisément qu'un. arrét marqué se manifeste dans
la transcription des légendsers proprement dits : Mis ne répondant plus
à un besoin ausst grand et aussi uniersel.
(r) Sur Antoine Geens, voir 4rnal. Boll., t. VI, p. 31-34. L'inventaire des
trois volumes en question a été fait par le P. VAN DEN GHEYN, t. c., p. 229-41. —
(2) Le fait est intéressant à constater dans quelques grandes églises qui ont
conservé jusqu'à nos jours leurs vieux manuscrits. Ainsi, à Saint-Pierre du
Vatican, nous trouvons trois vrais légendiers, avec les Vies complétes : les mss.
I4 LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO.
II. Les légendiers abrégés.
Vers le milieu du XIII* stécle, nous voyons naitre une nouvelle
espéce de recueils hagtographiques, destinés à satisfaire à des besoins
tout différents. Il me s'agit plus de fournir des lecons à l'office liturgique
ou des textes à lire publiquement en. communauté, au réfectotre par
exemple Le but est de procurer à la dévotion privée des lectures. pieuses
ou encore de mettre aux mains des prédicateurs une « somme » d'exem-
ples édifiants pour illustrer. leurs sermons(x). Et l'on peut se demander
s; c'est par hasard que, parmi ces recueis, qui vont se succéder dans une
variété remarquable, un bon. nombre ont eu précisément pour auleurs
des membres de l'ordre des Fréres Précheurs.. Il n'est plus question 1ct
de copier tout au long les Passions et les Vies anciennes : la tendance est
d'abréger, de facon à mettre sous un. format relativement mince le plus
de biographies et, pour chacune de celles-ci, dans quelques pages, voire
dans quelques paragraphes, le plus de faits possible. Ce qui. n'empéche
fas les auteurs d'ajouter à l'occasion, pour l'utilité ou l'agrément des
lecteurs, soit des renseignements qu'ils n'ont pas trouvés dans les anciens
Llextes, — par exemple des détails sur les translattons, sur les miracles et
sur le culte des saints, — soi des considérations d'ordre ascétique ou
autre.
I. Le premier de ces hagiographes d'un nouveau genre est le domini-
cain Barthélemy de Trente (2). Son ouvrage n'ayant pas été examiné
A. a du X/XIe siécle, A. 4 et A. 5 du XIse, et d'autre part les lectionnaires abré-
gés À. 3 du NIII* siecle, A. 7 des XIII* et XIVe siécles, A. 6et A. 9 du XIVe,
A. 8 du XV«. De méme à Saint-Jean de Latran, les grands légendiers A, 80 et
A. 81 du XI«e siécle, A. 79 du NI*/NII*, A. 78 du XII* et le lectionnaire abrégé
A. 67 du XIII«. Cf. Catal, Lat. Rom., pp. 1-38 et 49-69. L'idée de constituer ces
sortes de lectionnaires abrégCs est d'ailleurs si naturelle qu'il ne faut pas s'écton-
ner qu'on y ait songé beaucoup plus tót. Voir, par exemple les mss. A. 53, U. 20
et U. 32 de Rouen, du XII siecle (cf. Anal, Boll., t. XXIII, pp. 135-36, 165-67,
173-77), lc tome XII dela Vallicelliana du XII* (cf. Catal. Lat. Rom., p. 384-85,
le ms. 32 de Faría, du XIe (cf. ibid., p. 123-26), le ms. rro du Mont Cassin, de
la fin du XIe, 1e codex mp. th. q. 153 de Wurzbourg, du IN* siécle, etc. etc. —
(x) Le Rationale divinorum officiorum, composé du XII: siécle par Jean Bcleth
(P. L , t. CCII, col. 13-166) contient une trentaine de chapitres relatifs aux fctes
des saints et à leurs lCgendes (ch. 75. 82, 83, 125-129, 136-156, 162-164) ; cc n'est
pas un légendier abrégé. — (2) Il aurait eu, s'il faut en croire Dom Pitra, dés le
XII*siécle, un prédécesseur dans le chanoine prémontré Philippe, abbé du
Parc, prés de Louvain. Dom Pitra écrit en cffet (Etude sur la collection des. Actes
des saints, Dissertation préliminaire, p. Xcvii) : « L'abbé de Parc, Philippe, ami
» de saintc Hildegarde (1148), é6crivit un court passionnal qui mérita l'honneur
» d'étre annoté par le savant Hessel et édité par Monlanus. » En réalité, nous
LE LÉGENDIER DB PIERRE CALO. I5
d'assez prés, il est arrivé que jadis les uns, comme | Fabricius (1) ont
mis en doute l'exislence de. Barthélemy et conjecturé qu'il fallait l'iden-
Hfer avec un confrire, Barthélemy de. Briganttis, qui ful. évéque. dc
Vicence de 1255 à 1270 ; d'autres, comme Quetif et Echard (2), sans
tomber dans cette eyreur, n'ont pas suffisamment précisé les détails de sa
carriére el le font, par exemple, mourir en 1240. Plus récemment, divers
ravaux, notamment la notice posthume de Lütolf (3) et plus encore l'ex-
cellente étude de M. L. Sette (4) ont mis les choses au. point. Pour nous
en tenir qct à ce qui regarde. spécialement nos recherches, on sait matute-
nant que Barthélemy, né à Trente,y habita plus ou moins longtemps (5),
dans l'intervalle de ses nombreux voyages, et que c'est là, au couvent de
Saint-Laurent (6), qu'il. écrivit, en. 1214 (7), louvrage hagtographi-
que dont nous avons à nous occuper.
L'examen de cet ouvrage n'est pas aussi avancé qu'il le faudrait pour
en parler. avec toute la précision. désirable. La préface a été publiée par
avons simplement ici un exemple des inexactitudes dont fourmille, comme nous
l'avons dit (ci-dessus, p. 8-9) la » Dissertation préliminaire ». L'abbé Philippe
n'a pas Écrit un court passionnaire, mais il a fait copier, pour étre employés
au réfectoire du Parc, six grands volumes :les trois premiers, contenant la
sainte Bible, furent exécutés en i148 ;le sixiéme était un légendier : Vitae
quorundam sanctorum. Cf. L. D(e) P(AEPE), Summaria cronologia insignis abba-
tiae Parchetisis (Lovanii, 1662), p. 43. Jean Hesscels, professeur à l'Université
de Louvain, écrivit vers 1557 quelques notes critiques sur les piéces contenues
dans ce légendier ; son jugement sur chaque Vie ou Passion est le plus souvent
formulé par les mots P/acet ou Non placct, avec raisons à l'appui. Enfin, Jean
Molanus publia en 1568 non pas le prétendu Passionnal de l'abbé Philippe, mais
les remarques critiques de Jean Hessels, qui étaient restées inédites (premiere
édition à la suite de l'Usuardi Martyrologium publié par Molanus à Louvain en
1568; les remarques de Hessels ont souvent été reproduites depuis). — (1; Biblio-
theca latina mediae el infimae aetatis, ed. MANSI, t. I, p. 181. — (2) Scriptores ordi-
nis Praedicatorum, t. I, p. x10. — (3) Bartholomeus Tridentinus, dans 'THEOLO-
GISCHE QUARTALSCHRIFT, t. LXIII (1881), p. 465-72. — (4) Fra Bartolomeo da
Trento, dans TRIDENTUM, t. VIII (1905), p. 22-39. — (5) Prologue des Vies de
saints : Actus sanctorum, maxune ordinis quem profiteor et. patrie quam incolo...
LüTorr,l. c., p. 466. Or dans le titre qui précéde le prologue, le nom de l'au-
teur est ainsi exprimé : a fratre Bartholomeo Tridentino de ordine Fratrum Pre-
dicatorum. — (6) Notice sur S. Laurent : aliquid de. his que in. huius martyris
ecclesia apud Tridentum, ubi hec. scripsimus, acta sunt, ad memoriam vevocamus.
SETTE, l.c.,p. 23. — (7) Notice sur l'Épiphanie : Unde cum. mille ducenti et
XLIIIv anni a Chsisti nativitate sunt transacti... LüToLF, l. c., p. 468; cf. la
notice sur S. Laurent: Cur (ed. Cum) non miraculum dixerim quod... M.C
C.XL.IIII. in festo dedicationis predicte eccleste accidisse cognovi. Nam a curiis
summi pontificis el. cesaris fediens... SETTE, l. c., p. 33. Soit dit en passant, Pierre
Caloa emprunté à Barthélemy cette anecdote ; mais letexte de Calo, tel qu'il
se lit dans les Acta sanctorum, Aug. t. IL, p. 531, num. 53, est trés fautif (par
ex. a curiis prope... au lieu de a c. papae) et il date le fait non de 1244, mais de
1320.
16 LB LÉGENDIER DEB PIERRE CALO.
Lütolf (1) ; l'index du plus. ancten manuscrit. connu, bar. M. Set-
te (2) ; enfin les notices d'une douzaine de sainls. ont paru. dans les
Acta sanctorum, dass les Annales ecclesiae Sabionensis de Resch,
el ailleurs : ce sont les textes BHL. p. 97, résumé 11a (S. Antoine de
Padouc) ; BHL. n^ 1628 (S. Cassten) ; BHL. »^ 2214, 2215 (S.
Dominique) ; BHL. »^ 3133 a (S. Frangots) ; BHL. 4274 (S. Inge-
nutus) ; SETTE, /J. c., p. 23 (S. Laurent) ; LüTOLF, l. c., p. 496 ('S.
Luctus); BHL. 5802 (S. Maxence) ; L. HoLsrENIUs, Passio ss.
mm. Perpetuae et Felicitatis ( Paris, 1663), 5.64-65,( Rome, 1664),
p. 67-68 ; BHL. 7142 (S. Romedius) ; BHL. 7798 (SS. Stsinnius,
Mariyrius ei Alexandre) ; LüTOLF, l. c., p. 469 (S. Valentin); BHL.
8605-8606 (S. Vigile). Ces différents morceaux permettent de se ren-
dre compte du but poursutot par Barthélemy, de ce qu'il a voulu réaliser,
et Jusqu'à un certain point de la maniere dont il a exéculé son. plan. Son
but est d'étre. utile aux. prédicateurs, tant à ceux. de son ordre qu'aux
autres : habeatque Predicatorum ordo nec non et alii, qui sine
fictione discere et sine invidia hec aliis communicare desiderant,
velocius pre manibus quid de sanctis ad Dei laudem et proximo-
rum hedificationes audientibus proponant (3). Dans ce dessein, il
s'est attaché à réunir en un seul ouvrage, en les abrégeant, ce qu'il trou-
vait consigné dans divers volumes au sujet des fétes de Notre-Seigneur
et. de la Vierge, comme aussi de la vte des saints, spécialement des
saints de l'ordre des Fróres Précheurs et du pays de Trente : et sub
compendio de festis Domini et matris eius, vitas mores et actus
sanctorum, maxime ordinis quem profiteor et patrie quam incolo,
per diversa sparsa volumina et prudentum eloquiis luculentis dif-
fusa in unum redigere, necessariis sic exceptis ut sufficiant, et reli-
ctis reliquiis (reliquis ?) ut appetantur (4). Les résumés de Barthélemy
Sont, il n'y a pas lieu de s'en étonner,de taille trés variable.Parmi ceux qui
sont publiés, la notice sur S. Dominique remplit largement deux. pages
in folio, tandis que celle sur S. Lucius ttent en motns de cinq petites li-
gnes.Quant au choix des saints,un regard rapide sur l'index du manuscrit
Barberini, publié bar M. Sette, montre que l'ouvrage de Barthélemy, tel
que le présente cet exemplaire,comprend environ 200 notices hagiographi-
ques (5), qu'à peine une dizaine regardent le Trentin, et une ou deux seu-
lement l'ordre de S. Dominique (6). Le reste ressemble fort à ce qui se
renconíre en. général dans les grands légendters, bien que, comme c'était
naturel, une ceríaine attention att été accordée spécialement aux saints
de P Italie et des pays germantques.
(1) L. c., p. 465-67. — (2) L. c., p. 37-39. — (3) Prologue. — (4) Ibid. — (5) Je
ne comprends pas dans ce compte celles qui regardent les fétes de Notre-
Seigneur, les dimanches, les féries et le reste. — (6; Cela se congoit, puisque
l'ordre existait à peine depuis trente ans.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. I7
Mais il reste encore plus d'un. point à tirer au clair. Les recherches
diligentes de M. Sette ont abouti à signaler sept. exemplaires manuscrits
de l'ouvrage de Barthélemy :
1) le ms. coté actuellement à la Vaticane Barberintanus lat. 2300 (1l
portait. à la. Barberiniana la. cote XXXII, 91, jadis 2061). C'est un
etit volume en parchemin, de 24 feuillets (07,215 3€ 0,148), copié au
XIIF siecle d'une écriture tràs fine et. trós serrée (x). L'ouvrage porte
comme litre : Liber epilogorum in gesta sanctorum edita (sic)a
fratre Bartholomeo Tridentino de ordine Fratrum Predicatorum.
Aprés le prologue (uc. Augustino professionis mee legifero docen-
te...), t. commence à la fin de novembre, avec l'Avent (ch. 1) et
S. André (ch. 2), et se termine au. mois d'aotit, à la notice sur S. Ber-
nard. Septembre, octobre et la plus grande partie de novembre manquent
dans cet exemplaire. (2).
2) Lucerne, bibliothéque cantonale. Manuscrit. en. pbarchemin, du
XIV* siécle, qui appartenatt autrefots aux Fréres Mineurs de Lucerne.
Il comprenait neuf cahiers de 12. feuillets chacun. (0",19 * 0,12). Le
litre est à peu prés identique à celui du manuscrit. Barberini: Incipit
prologus super librum epilogorum in gesta sanctorum edita...
C'est. l'exemplaire dont s'est. servi Liütolf. On y trouve le prologue.
Mais l'exemplaire. n'est pas. complet non plus, deux des neuf cahiers
ayant élé arrachés, ceux qui comprennent les notices du 31 mat au 6
Juin et du 1* au 30 novembre.
3) L'abbaye de Saint-Georges à Il'iecht, prés Stans, dans le Tyrol,
possédait au XVIII* siccle un. troisióme exemplaire, un volume en par-
chemin de 159 feutllets (3). Il avatt pour titre, parait-il : Incipit
frater Bartholomeus. C'est d cet. exemplaire que Resch a emprunté les
nolices qu'il a publiées dans les Annales ecclesiae Sabionensis.
j'squ ict on n'a pas réussi à le retrouver (4).
4) Une copie « moderne » de l'ouvrage de Barthélemy se conserve à
la bibliothéque municipale de Trente, collection Mazzetti u^. 197 (s).
On aaffirmé que c'était une. copie du manuscrit. de Saint-Georges de
Fiecht. S1 c'était vrai, dit. M. Sette, l'exemplaire de Saint-Georges ne
conlenait qu'un remantement de l'euvre originale de Barthélemy. Car le
nombre des notices est de beaucoup wiférieur à celui de l'exemplatre Dar-
(ri) Un ac-similé du feuillet r5ro est joint à l'article de M. Sette. Cette page
contient les notices de Ste Luceia et de S. Vigile et le commencement de celle
des SS. Jean et Paul. — (2! Comme nous l'avons dit, M. Sette a dressé et
imprimé l'index des chapitres. — (3) Cf. SETTE, l. c., p. 25, oü toutes les réfc-
rences sont données. — (4) Cf. ibid., p. 25-26. — (5) Cf. ibid., p. 27.
ANAL. BOLL. XXIX. 4
I8 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
berint. On pourrait sans trop. de peine lirer la chose au clair. Car on
possede ailleurs une copie du manuscrit de Satnt-Georges, savoir
5) le ms. 2230 de la btbliothàque de l'Université de Bologne. C'est
un volume en papier, de 73 feuillets (0",872 5X 0,245), datant du
XVIIF siecle et qui. appartenait. jadis à la. bibliothéque des chanotnes
rérulters de Sawmt-Sauveur de Bologne. M. le professeur L. Frati a. fait
savoir à M. Sette que c'est une copie du manuscrit. de. Saint-Georges,.
qu' avait fait faire le P. Trombelli, le savant abbé de Saint-Sauveur (1).
7'at eu le volume entre les mains. L'ouvrage de Barthélemy remplit les
feutilets 3-71" . Pas de titre. Le prologue y est. Le premier chapitre
est, comme dans les exemplaires 1 et 2, celui sur l'Avent ;. le dernier est
la notice des SS. Barlaam et Yosaphat, honorés le 27 novembre.
Mats, en. outre, Trombellt avatt acquis à Rome, pour la bibliothéque
de Saint-Sauveur, un. autre exemplaire, que M. Sette regarde comme
perdu (2). Te crots qu'il existe encore et que c'est |
6) le ms. 1794 de la bibltothéque de l'Untverstté de Bologne (3), en
Barchemin, comprenant, outre un feuillet lninaire non numéroté, 112
feusllets (0^ ,2053€0,140) transcrits au XIV* siécle (4) La provenance
n'est pas. douteuse ; car au volume en. parchemtn sont. joints 11 feuil-
lets de papier, qui contiennent des notes sur Darthélemy de Trente. écri-
les de la main de Trombelli lut-méme. L'ouvrage de. Barthélemy rem-
lit les feuillets 1-108. Il porte comme titre : Victe et actus sancto-
rum per circulum anni. Le frologue fait défaut. Le premier chapitre
est, comme atlleurs, la notice sur l'Avent. Le dernier est. la motice sur
S. Bernard, comme dans l'exemplaire Barberini. Immédiatement apris,
encore au recto du feuillet 108, commence, sans titre, la Vte de S'* Eu-
phrosyne BHL. 2723, qui se termine au f. 1110.
7) Trombelli connaissatt. encore, parait-1l (9), un. autre manuscrit
de Barthélemy, conservé à la Vaticane. On ne l'a pas retrouvé.
En somme, bien qu'on disposát de ctnq manuscrits de. l'Epilogus de
Barthélemy (les n^s 1, 2, 4, 5, 6), il n'était pas sür qu'on pát recon-
stituer un. exemplatre complet de l'ouvrage. Car le mois de novembre
manque dans les mss. 1, 2 et 0 ; et si on le. trouve dans le ms. 5 et
peut-étre dans le. ms. 4, on a quelque raison de croire, semble-t-1l, que
ces deux manuscrits ne contiennent qu'un arrangement, un remantement
de l'euvre primitive. Tout nouvel exemplaire qu'on pourra signaler sera
donc le bienvenu. Nous avons tout juste. rencontré la mention de irots
(1) Cf. ibid. — /2) Cf. ibid.— (3) Signalé récemment par M. L. FnRaTI, dans
les Studi italiani di filoloyia classica, t. XVI (1908), p. 395. — (4) M. Frati lc
date du XIIIe siecle. Je n'ai pas eu depuis 1906 l'occasion de revoir le manus-
crit. — (5) Cf. SETTE, l. c., p. 27.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. I9
auires, qui m'ont pas encore attiré. l'altention et dont deux au moins
semblent complets.
8) C'est d'abord le manuscrit 322. de l'abbaye cistercienne de Z wetil
en Basse- Autriche : volume en parchemtn, 1n-4?, de 124 fewillets, écrit
sur deux colonnes au XIII* stécle (1x). Les premiers mots de la préface :
Augustino professionis mee legifero docente didici os fati crotre
que l'auteur élait « un Augustin » (2) ; nous avons dit comment 1l faut
les entendre, el la liste sommaire des notices de l'exemplaire de Zwettl,
qui a été publiée (3), malgré les divergences qu'elle présente qà et là avec
celle du manuscrit Barberini, permet de reconnaitre avec. certitude dans
ce volume l'ouvrage de Barthélemy de Trente. Les notices relatives aux
saints sont, dans le Zwettlensis, au nombre d'environ 270.
9) Ii faut aussi reconnaitre l'ouvrage de notre Barthélemy dans le
manuscrit 148 de la bibliothéque des princes de Fürstenberg, à Donau-
eschingen. La description sommaire qu'en a donnée K.-A. Barack (4) ne
laisse guére de doute à ce sujet. C'est un volume en papier, de 102 feuil-
lets, écrit. sur deux colonnes en. 1426. Les feuillels 1-97"? sont remplis
Jar un recueil qui a pour titre : Incipit passionale de sanctis per cir-
culum anni et de stacionibus romanis e£ se termine par la rubrique :
Explicit breviarium de passionali sanctorum et de vitis quorundam:
sanctorum patrum editum sub epilogo per fratrem Bartholomeum
de ordine Fratrum Predicatorum. La premire lettre est un A ((la
préface de. Darthélemy débute par le mot. Augustino), initiale ornée
représentant S. Augustin.
10) Il y a enfin le manuscrit. latin 19528 de la. bibliothique royale
de Munich, provenant de Tegernsee (5) : volume en papier de IV et 180
feuillets (0m,301 x 0,213), copié en 1430 : Finitus est liber iste per
me dominum Georium Walch de Hallis vallis Eni in Hüppach in
vigilia sancti Ypoliti anno 1430 hora vocandi (fol.122" ).]l est pres-
que tout. entier rempli par le recueil qui nous occupe (fol. 1-12?"» ). En
léte la préface, avec ce litre : Incipit prologus Bartholomei. 4 a fis
de l'ouvrage : Explicit liber Bartholomeus. Le premier chapitre est
celui de l' Avent, le dernier celut des SS. Barlaam et Josaphat, comme
dans le ms. 2230 de Bologne.
II. Aprés Barthélemy de Trente, il faut nommer, mais nommer seule-
ment, son confrére Vincent. de Beauvais (6). On. peut. ranger jusqu'à
(1) Voir S. RossLER, Verzeichniss der. Handschriften der Bibliothek. des Stiftes
Zwettl, dans XENIA DERNARDINA, pars secunda, t. I (Wien, 189r), p. 410. —
(2) Ibid. — (3) Ibid., p. 410-11. — (4) Dze Handschriften der Furstlich-Fürstenber-
gischen Hofbibliothek zu Donauesciungen (Tübingen, 1865), p. 306. — (5) Cf. Cata-
logus codicum latinorum bibliotiecae regiae Monacensis t. II, pars III (1878), p. 254.
— (6) Entre les deux devrait se placer, d'apres la chronologie, cct «Alexan-
20 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
un ceríatn. point l'auteur du. prodigieux Speculum maius farmi les
hagtographes compilateurs dont. nous nous. occupons. Em effet, sur les
3800 chapitres dont se compose son Speculum historiale, prés de 900
relatent la vie el les miracles des saints. et ont été empruntés en. grande
partite, par vote d'extrail ou d'abrégé, à des ouvrages hagiographiques
antérieurs à Vincent. De plus, lui-méme est encore rattaché à. l'histowe
de lhagtographie par ce fat que plusieurs compilateurs des stécles
sutvants prirent, à leur tour, largement leur bien dans le Speculum. Il
n'en reste bas moins vrai que celut-c& est un ouvrage d'histoire générale
et non pas proprement un légendier, et 1l. suffit dés lors de l'avoir snen-
tionné tct en. passant (1).
III. Il semble bien que le Speculum historiale de Vincent étatt ter-
miné el publié en. 1244, et qu'un peu plus tard, en 1250 ou quelques
années aprés, l'auteur lut-móme mil. au. jour. une « seconde. édttton »,
irós légérement augmentée, du méme ouvrage (2). Si nous ne nous
trompons pas, la premiere édition. n'avatt pas encore paru qu'elle était
déjà utilisée bar un coufróre de Vincent pour un ouvrage hagiographique
jroprement dit. C'est une compilation abrégée, faite formellement en vue
des prédtcateurs, en particulier des prétres chargés du service paroitssial,
et qui semble avoir eu jadis une vogue peu ordinaire (3). Car, sans
dre de Sommerset (1255) » qui « parcourut tout le champ de l'hagiographie dans
«un abrégé des Aistoéres bibliques, dans un festival des heures canoniques et
« deux livres sur les gestes, Passions et miracles des saints » (PirrRA, Ltude,
p.xcvrrir). Mais en réalité le personnage en qucstion,savoir Alexandre,prieur de
Ashby (Northamptonshirc) au commencement du XIII« siecle, ct que l'on a
parfois dit originairc du comté de Sommerset ou du comté de Stafford, a tout
simplement écrit, à l'imitation des Fast? d'Ovide, un poéme élégiaque De fastis
et sacris dicbus, dans lequcl il célebre les actions ct les miracles des saints. Il
n'est pas question d'un légendier. Cf. S. L. LEkE, dans Dictionary of national
Biography, t. I, p. 271. — (1x) Il faut cn dire autant et plus de la Summa histo-
rialis de S. Antonin de Florence (4 1459), lui aussi de l'ordre des Fréres Pré-
cheurs. — (2) Voir NaraLIS DE WaAILLY, dans la Bibliothéque de l'Ecole des
chartes, ame série, t. 1 (1844), p. 393-95 ; cf. A. MorixiER, Les sources de lhis-
toire de France, III (Paris, 1903), p. 94. — (3) Depuis le XV« siecle, au contraire,
elle a été fort négligée. Cependant elle a attiré l'attention de l'abbé LEBEUF
(Mémoires concernant. l'histoire. ecclésiastique et. civile. d'Auxerre... Paris, 1743,
t. II, p. 494-95 ; réédition CHALLE et QuANTIN, t. IV, Auxerre, 1855, p. 394-95).
Plus récemment, M. Léopold DELiIsLE lui a consacré une courte, mais fort bonne
notice (Notes sur quelques manuscrits de. la. bibltothóque d'Auxerre, dans Lg
CABINET HISTORIQUE, 2de s(rie, t. I, 1877, p. 4-7). Mais celui qui s'en est le
plus occupé, c'est M. Paul MEvzR, dans sa Votice sur un ancien legendier fran-
qais du XIIIe siécle (NoTicES ET EXTRAITS DES MANUSCRITS..., t. XXXVI, pre-
miére partie, Paris, 1899, p. 2-4. Il indique cinq manuscrits de l'ouvrage
(depuis, il en a encore retrouvé deux, qu'il a signalés dans I' Histoire littéraire
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. ^ 2I
entreprendre à son sujel des recherches méthodtques, nous en avons ren-
coniré une bonne quinzaine d'exemplaires, disséminés dans i' Europe
occidentale, depuis l' Angleterre jusqu'en Sicile. Les plus anctens datent
encore du XIII* siccle. En voict la liste, ltste provisoire, bien entendu :
1) Auxerre, ms.111, parchemin, f. 1-120" ((0m,2543€0,183), XIIF
siécle ; provient de l'abbaye de Saint-Germain d' Auxerre (1) ;
2) Berne, Bibl. de la ville, ms. 377, parchemin, f. 19v-93" (0,253
0,107), XIIF siecle ; provient des Célestins de Metz. A la fin (fol.
93-93") ceitenote: Explicit abbreviatio in gestis et miraculissancto-
rum. Quicumque profeceris ex hoc libello, ora pro fratre Iohanne
de Mailliaco qui liboravit in eo colligendo et corrigendo anno
Domini millesimo ducentesimo quadragesimo tercio (2) ;
3) Besancon, ns. 816, 167 feuillets en parchemin (0",18550,140),
XIV* siécle ; appartenait jadis aux Cordeliers de Dole (3) ;
4) Bruxelles, Bibl. Royale, ems. 5149, 129 feutllets en. papier
(07,205x(0,136), XV* siócle; appartenait à la. chartreuse d' Hérin-
nes (4) ; |
5) Cambridge, Peterhouse College, qms. 1. 7. 6, parchemin, f. 1-94
(07,292 x 0,196), XIV* siécle (5) ;
6) Messtne, Bibl. de l'Université, ms. 10, 155 feutllets en Darchemtn
(07,183 x 0,132), XIIF siécle (6) ;
7) Novare, Bibl. du chapttre, ms. LX XXVI (ancten 60), 170 feuil-
lets en pbarchemin (0",24 x 0,16), XIIF siccle (7) ;
8) Oxford, Balliol College, ms. 227, parchemin, f. 3-124v
(07,278 * 0,190), XIIF siecle (8) ;
9) Padoue, Bibl. du séminaire, ms. 315, 506 feutllets em. Darchemin
(07,205 X 0,145), XIV* siécle ; provient. du monastére de Monte-Rua ;
de la France, t. XXXIII, Paris, 1906, p. 449, note 2), et en publie de nombreux
fragments, pour les comparer au texte du légendier frangais qui fait l'objet
principal de son étude (Notices et Extraits, t. c., p. 13-62). — (1) Cf. A. Morrt-
NIER, dans le Ca:alogue général des manuscrits des bibliothéques publiques de
France. Départements, t. VI, p. 49. M. Léopold DELIsLE a consacré une notice
à ce manuscrit dans Le Cabinet historique,l1. c.— (a) C.H. HAGEN;,Catalogws codi-
cum Bernensium (Berne, 1875),p. 355.— (3) Cf. A. CasraAN,dans le Catalogue géné-
ral des manuscrits..,Départements,t. XN XII, p. 513. — (4) Cf. J. VAN DEN GHEYN,
Catalogue des manuscrits de la bibliothóque royale. de Belgique, t. V, p. 120-22. —
(5! Cf. M. R. JAMES, A Descriptive Catalogue of the Manuscripts in the Library of
Peter house (Cambridge, 1899), p. 198-99. On | trouve là le relevé des 106 « sec-
tions » ou notices comprises dans cct exemplaire. — (6) Cf. V. UssANI, dans Stud:
ttaltani di filologia classica, t. X (1902), p. 165. — (7) M. Nic. CorowBo le date du
XII« siecle environ (dans G. MazzariNTI, Inventari, t. VI, p. 80, no 33). Nous
avons eu le volume entre les mains et nous avons constaté qu'ici, comme sou-
vent ailleurs, les estimations de M. C. sont certainement fautives, — (8) Cf.
H. O. Coxz, Catalogus. codicum mss. qui in collegiis aulisque Oxoniensibus hodie
asservantur, t. I (Oxonii, 1852), p. 72.
22 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
10) Paris, Bibl. de l'Arsenal, ms. 937, parchemin, f. 4-106"
(07,225 x 0,172), XIIF stécle (1) ;
11) Paris, Bibl. Mazarine, ms. 1731 (ancten 1338), 168 feutllets en
parchemin (07,187 C 0,130), XIV* stccle ; provtent des Feuillants de
Parts (2) ;
12) Paris, Bibl. Nat. lat. 5639, parchemtn, f. 1-141" (07,190,183),
XIV* stécle ; appartenatit à Mazartin (3) ;
13) Rome, Bibl. Vaticame, | Vaticanus lat. 1198, parchemin,
f. 1-158" (0",16 $C 0,11), XIV* siécle;
14) Rome, Bibl. Vaticane, Reg. Suec. lat. 546, 282 feuilles en
parchemin (07,366 X 0,257), d'une grosse écriture du XIV* siécle ;
15) Tréves, Bibl. de la ville, ms. 471 (ancien 265, catalogue 1169),
papier, f. 1-440 (07,203 XC 0,137), grosse écriture du. XV* stécle ;
appartenatt au monastére de Notre-Dame-aux-Martyrs ;
16) Turin, Bibl. de l'Uniersité, K. IV. 131, parchemin, f. 1-100",
(07,278 x 0,205), XIII siecle (4).
Daus trots de ces exemplaires la compilation m'a pas de titre (5) ;
six autres présentent six. litres. différents (6) ; mais. sept ont un titre
tdenttque, qui parait bien étre original : Abbrceviatio in gestis et
miraculis sanctorum (7). Tous (8) ont le méme prologue, lequel. est
court : Cum plurimi sacerdotes sanctorum passiones et vitas
non habeant et ex officio suo eas nec ignorare nec tacere debeant
(1r) Cf. H. ManrIN, Catalogue. des manuscrits de la. bibliothéque de l' Arsenal,
t. II, p. 381. — (2) Cf. A. MoriNiER, Catalogue des manuscrits dc la bibliothéque
Mazar ifte, t. IT, p. 201-2. — (3) Cf. Catal. Lat. Paris.,t. III, p. 557. — (4) Le ms.
474 (ancien 583, catalogue 1172) de la méme bibliothéque, autrefois à l'abbaye
de Saint-Mathias, mérite d'étre signalé. Les feuillets 1-94 (0m,204 X 0,140),
du XV* siécle, présentent, sous le titre Passiones sanctorum secundum ordinem
annualis celebrationis compendiose receptae «t complctae, un résumé de l'abrégé
méme qui nous occupe. — (4) Cf. Asal. Boll., t. XXVIII, p. 456. Ce volu-
me a péri dans l'incendie de 19o4. — (5) Bruxelles, Messine, Padouc. — 16) V:ta
sanctorum (Reginensis 546) ; De vitis sanctorum (Novare) ; Summa dec vitis sancto-
rum (Arsenal) ; Vitae et passiones sanctorum (Turin) ; Vitae et flores miraculo-
rum ac passiones sanctorum. (Vaticanus 1198) 5; Vita et passio sanctorum qui
continentur in kalendario (Mazarine). Le ms. de Paris Bibl. Nationale, d'apres le
Catal, Lat. Paris., t. III, p. 557, aurait pour titre : Flores sanctorum abbreviate.
Ce n'est pas tout-à-fait exact. La rubrique F/ores sanctorum. abrevtate a. été
ajoutée par une autre main à la fin de l'ouvrage (f. 141") ; mais celui-ci porte en
téte : Abbreviatio in gestis vel miraculis sanctorum. — (7) Auxerre, Berne, Besan-
con, Cambridgze, Paris-Nationale, Tréves (identiques, saufle vel dans Paris).Il
faut y ajouter le ms. d'Oxford, dont le libellé est remarquable: ZLzber de vitis
miraculisque sanctorum, corum. maxime qui. in .— kalendariis annotantur — (ceci
est pris dans la préface de l'ouvrage), qui. dicitur « Abbreviatio in gestts eb mira-
culis sanctorum ». — (8) A part Berne, qui commence à la notice sur S. Domini-
que et ne contient donc que la fin du recueil.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 23
ad excitandam fidelium devotionem in sanctos, eorum maxime
vitas qui in kalendariis annotantur succincte perstringimus, ut et
libelli brevitas fastidium non generet, et parrochiales presbyteros
librorum inopia non excuset. Si quis autem vitam sui patroni non
hic inveniat,non sit ei grave si (al.sed) illam alibi totam quaerat(r).
La collection comprend environ 170 notices, allant du commencement à
la fin de l'année. liturgique: elles partent de S. André pour aboutir à
S. Saturnin. L'ensemble est le méme dans tous les exemplatres que nous
avons vus (2) ; mats on remarque dans tel ou lel des additions, des sup-
Bressions, votre méme, — comme dans celui de Bruxelles (3), — des
transposittons.
Il n'est pas aisé d'identifier l'auteur de l' Abbreviatio. L'abbé Lebeuf
la mettatt au compte de Vincent, scolastique de l'église d' Auxerre vers le
mtlieu du. XIII, siecle, qu'il. tdentifie, par. conjecture (« selon bien de
l'apparence », dit-il), avec Vincent de Beauvats. De fait, il y a plus
d'une raison qut plaide en faveur. de cette opinion, quotque d'ailleurs le
nom de Vincent ne paraisse dans aucun. des smmanuscrits connus. de la
compilation (4). M. L. Delisle, tout en stgnalant. Pintérét et les données
du problàóme, a sagemenl préféré se tenir sur un. terrain. plus ferme et
s'est borné à mettre en relief que l'Abbreviatio avatt été rédigée vers
1230 ou 1235 dans l' Auxerrotis. C'est aussi, à quelques nuances prés, la
snaniére de voir de M. Paul Meyer, qui. regarde l'Abbreviatio comme
une compilation faite vers le milieu du XIII* | sicle, en tous. cas aprés
1230, et probablement das le diocese d' Auxerre (5). La question est
complexe et demande, pour étre vésolue, un examen tres minutteux, qui
Irouverail. difficilement place ici. Nous comptous la traiter un jour en
détail el. nous arriverons, croyons-nous, à regarder. comme fort. admis-
sible ce qu'on. lit dans. le colophon. du manuscrit de Berne, savoir que
l'Abbreviatio aurait pour. auteur. le dominicain Jean, originaire de
Mailly, pres d' Auxerre, lequel aurait amplement, quotque. pas exclust-
(1) Déjà publié d'aprésles mss. d'Auxerre (M. Delisle), de Besancon (M.
Castan), de l'Arsenal (M. Paul Mever), de Paris Bibl. Nationale (Catal. Lat.
Parts.), et dans l'ouvrage de l'abbé Lebeuf (t. II, p. 495 ; 2c éd. t. IV., p. 395),
d'aprés un exemplaire qui était en sa posscesion. Publié seulement en partie
d'aprés les mss. de Bruxelles et de Messine, ll. cc. — (2) Nous avons dit que
Berne est incomplet. — (3) Un dépouillement sommaire de cet exemplaire a cté
donné par le P.Van den Ghevn, l. c. Les notices qui sc lisent f. ri2-1ax ne
sont pas lcur place ; celles des f. 121-129' constituent des additions à l'ou-
vrage primitif. M. Paul Mever (Hist. litt., t. c., p. 451-54) a. dressé la liste des
légendes contenues dans les exemplaires de la Bibliothéque Nationale et de la
Bibliothéque Mazarine. — (4) Remarque de M. Paul MEvzER, Notices et. Extraits,
t. c., p. 2-3, note 3. Il faut reconnaitre du reste que l'on n'a pas retrouvé
jusqu'ici le manuscrit que possédait Lebeuf, — (5) Fiistotre littéraire, l. c.
24. LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
vement, utilisé, dós avant 1244, le Speculum historiale de Vincent de
Beauvats.
IV. Un des premiers aussi à se servir, dans un but hagiographique, du
Speculum de Vincent, fut un autre Fróre Précheur, Jacques de Varaz-
ze ou Voragine, comme on dit vulgatrement. Sa célibre Légende dorée
date de 1260 environ (x). Il n'a pas jugé bon. d'expliquer, dans le pro-
logue, le but de son travail. Le titre que lui-méme lui a donné : Legen-
da ou Legendae sanctorum, c'est-à-dire « lectures » sur la. vie des
saints, ei le contenu de l'ouvrage semblent indiquer. que Jacques. s'est
surtout proposé de mettre aux mains. des. fideles un. livre de. lectures
édifiantes, et non. pas de. comfoser un qnanuel à l'usage des prédica-
leurs (2). Avec un sens iris juste des besotns et des désirs de ses lecteurs,
1] s'est attaché à meltre sur pied une série de chapitres —il y en a 182 en
tout dans l'ouvrage original — en général concis, bien ordonnés, pleins
de faits, et oii U' histotre des saints est. représentée d'une. facon aussi inté-
ressante qu'édifiante. Le succés du livre fut. prodigteux ; il dépasse de
bien loin. celui de toutes. les autres compilations analogues. Sans parler
des traductions, qui furent nombreuses, dans dverses langues, les manus-
crits de. l'original latin. se. complent par. centasnes, et avant la fin du
XV" siecle on l'avait tanprimé plus de 90 fois. Souvent réimprimé encore
dans la premire mottté du. XVI stócle, 1l fut négltgé depuis lors et on
n'a à signaler, durant plus de trois. cents ans, que l'édition. quelconque
publiée bar Graesse en 1846 et reprodiite gnécaniquement deux ou. trots
fois dans la. suite. De nos jours, l'attention. du. public, une attention
sympathique, s'est reportée sur ce livre qui fit la. 30te de mos féres (3),
mats qui, apprécié parfots peu inlelligemment, d'un. point de vue. qui
n'élatt 11 celui de lU auteur, ni celui de son époque, souffratt d'un dédain,
injuste au fond, quotque du reste, il faut le reconnaitre, pas entiórement
tnexplicable. Il est. à désirer qu'un. homme courageux se donne la. peine
de préparer une éditton. critique de la Légende dorée, »on seulement
des chapitres écrits par Jacques de Varazze, mats aussi. des Vies de
saints abrégées qui se trouvent avotr élé ajoutées à de nombreux exemplat-
res tantmanuscrits qu'imprümés tantót réunies sous forie d'afppendice à la
(1) Les données précises manquent pour déterminer sürement cette date. Le
dernier qui se soit occupé de la question place la composition du recueil entre
les années 1244 et 1264 : P. Ephr. BAUMGARTNER, dans 4rehezvum. l'ranciscanum
historicum, t. II (1909), p. 18-19. — (2) Il parait invraisemblable que l'auteur ait
songé à faire un recueil destiné aussi à l'usage liturgique, «a Service Book »,
comme l'assure M. Pierce BurLER, Legenda aurca (Baltimore, 1899), p. 9. Le
fait que la collection est disposée selon l'ordre de l'année liturgique ne sufht
pas pour justifier pareille conclusion. — (3) Cf. 4sal. Boll., t. XN], p. 81-83;
* t. XXIII, p. 325-26. |
mani. -———————— COR NNNM DR A RR
rr --—
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 25
LÀ
hin, lantót insérées cà et là dans le corps méme de l'ouvrage. La Légen-
de a eu, en effet, — quoique dans des proportions moindres, — un sort
analogue à celui. d'un. autre ouvrage qut eut, lu$ aussi, une. diffuston
considérable : comme le Martyrologe d' Usuard, elle a été souvent, par
vote d'inseritons ou d'additions, adaptée aux nécessités locales.
Nous avons dit que la Légende dorée s'éfatt pas, sí nous voyons
bien, rédigée en vue. des prédicaleurs. Mais. elle pouvatt, cela va sans
dire, leur. veutr à point. Ainsi l'a compris un. Fróre. Précheur qui, au
pius tard au XIV* siécle, rédigea à leur usage une Tabula super legen-
das sanctorum. Nous ez avons [rouvé un exemplaire aux f. 89-60 du
ms. VII. F. 29 de la bibliothéque nationale de Naples, du XIV* stécle.
Voici comment débute le prologue : Quoniam, sicut dicit Ysidorus, ad
conversionem de summo bono vel correctionem mortalium et
hominum peccatorum multum prosunt exempla sanctorum,idcirco
ego, qui sum de ordine Predicatorum, cogitavi ordinare ad utilita-
tem peccatorum et ad consolationem predicatorum unam tabulam
per alphabetum super legendas sanctorum compilatas a fratre
Iacobo de Ianua ordinis Fratrum Predicatorum, ita quod predica-
tores in suis predicationibus exempla magis convenientia citius et
levius inveniant...
V. Jacques de Varazze n'a pas seulement. été iyós souvent. transcrit.
On a parfois trouvé qu'il était. encore trop long et on l'a résumé, non
sans insérer à l'occasion un nombre plus ou moins grand de nottces
abrégées, relatives à des saints qui ne figuratent pas dans la Legenda
aurea. Encore au XIII* siécle, nous rencontrons ains? une. Legenda
sanctorum sub compendio a quodam fratre tradita, dans le manu-
scrit À. 564 de Rouen (x). L'ouvrage, qui n'a pas de préface, comprend
110 Vies ou notices (2), empruntées souvent, mats pas uniquement, à la
Légende dorée. Le frater qui l'a rédigé était, Je suits porté à le croire, un
Frére Précheur et non un. Fróre Mtneur.. C'est du motus ce qu'on serait
tenté de conclure en voyant qu'il. cousacre une notice à S. Dominique et
qu'il passe sous silence S. Prangois.
VI. 5e regrelle que, ne songeant pas encore à rédiger cette introduc-
tion, je n'aie pas pris une. description plus détaillée du manuscrit Dar-
berinianus lat. 9319 (auparavant XX XII. 109, jadis 2061). C'est un
volume en parchemin de XVIII-190 feuillets. (0",220 »€ 0,145),
copté par différentes maiis du XIV*|XV* siécle. En. tcte (f. 1.74), um
recueil hagtographique compilé en. 1314. Il porte pour titre : Legende
(1) Cf. Anal. Boil., t. XXIII, p. 147-48. — (2) La liste ena été donnée ibid.
26 LB LÉGENDIRR DB PIERRE CALO.
sanctorum abreviate e£ est leyminé par ce colophon: Expliciunt
legende sanctorum abreviate anno Domini Mo CCC» XIIII». C'est
une série de récits ou de sermons également courts, disposés selon l'ordre
de l'année liturgique (x). L'auteur. a travaillé surtout pour les prídica-
teurs, comme 1l appert du prologue, que voici : In nomine et ad hono-
rem sanctissime Trinitatis incipiens tria consideravi, scilicet
quorundam paupertatem, qui librum magni pretii habere non pos-
sunt ; — predicandi facultatem, quam consequitur predicator, si
pauca notabilia de sancto accipiat et dicat primo, postea moralem
distinctionem faciat de materia que magis expedit populo ; — ter-
tio populi consolationem et utilitatem, qui de sancto brevia et
pauca audire desiderat. Propter que quarundam legendarum
notabilia et brevia de sanctis, de quibus [tractatur] sollepnizat
ecclesia (2), in hoc opusculo compilavi.
VII. Il semble qu'on n'ait pas prévu, méme dans l'ordre des Fréres
Précheurs, le succés dela Légende de Tacques de Varazze. Moins de
vingt ans aprós la mort de Tacques (T 1298), le maitre général des
Fréres Précheurs, Bérenger. de Landorre (1312-1818), invitait. ou du
1101ns encourageatt. l'inquisiteur Bernard Guy (3). à rédiger un Miroir
des saints, Speculum sanctorale (4). Jj fallut. quelque temps, 1éme
au grand. et laborieux. écrivain, pour mener à bonne fin. cette tdche, au
milieu. de lant. d'autres travaux, el quand les premieres parties du Spe-
culum farurent, en 1324, Bérenger était devenu archevéque de Compos-
telle et Bernard évéque de Lodéve (5). La quatriéme et derntóre partite
élait achevée en 13229 (6).
Pourquoi entreprendre cette compilation un. demi stécle environ. apris
l'apparition de la. Légende dorée ? Daus la préface générale du Specu-
lum sanctorale, Bernard Guy explique que ea igitur necessitas labo-
ris in presenti opere fuit quoniam in modernis compilationibus
legende sanctorum veteres rerumque gestarum hvstorie per ipsos
compilatores, brevitati studentes, sic in plerisque decise sunt ut
videatur pars non modica detruncata ; item de pluribus sanctis
nulla prorsus habetur mencio in eisdem, de quibus agitur in pre-
(1) Le R. P. Édouard d'Alengon a donné, d'apróés ce volume (f. 31), le début
et la fin de la notice sur S. Antoine de Padoue : Miscellanea. Antoniana
(Romae, 1902), p. 61-62. — (2) Pour l'expression, cf. S. ANTONIN DE FLORENCE,
Chronique, tit. XXIII, ch. x1, $ i1 (éd. de 1586, t. III, p. 681): Frater. laeobus. de
Voragine legendas scripstt sanctorum Novi Testamenti de quibus Ecclesia sollemnizat.
— (3) Cf. L. DELIsLE. Notice sur les manuscrits de Bernard Guy, dans Noricks
ET ExTRAITS DES MANUSCRITS..., t. XXVII, 2 (1879), p. 169-155. — (4) Cf.
DELisLE, l. c., pp. 274, 420, 424. — (5) Cl. ibid. — (6) Cf. ibid.
LE LÉGENDIEBR DE PIERRE CALO. 27
senti ; quod diligens lector animadvertere poterit et videre clarius
huiusmodi Speculum cum illis ad invicem conferendo (1). Dosc les
collections antérieures étaient. doublement incompléles, et parce qu'elles
omettatent de nombreux saints, et parce que les notices consacrées aux
autres saints élaient. trop abrágées. Quelles sont maintenant ces. mo-
derne compilationes ? Bersard Guy ne les désigne pas plus. clatre-
ment, et 1l peut. avotr. eu en vue quelques-uns de ces recuetls. anonymes
comme 1| y a dü s'en former un certain nombre — nous n'avons pas
songé, en effet, 1c: à les cataloguer tous et, sans faire des recherches for-
13elles dans ce but, nous nous sommes borné à signaler ceux qui se présen-
taient. d'eux-mémes à nous. — Mais 1 est difficile de croire que Bernard
n'ait. pas pensé à. la Légende de son confrére. "Tacques de Varazze. On
pourrait. méme croire que les premiers mots de la préface générale la vi-
sent expressément : Aureas sanctorum vitas... ; car avant méme la fin
du XIII* siécle la Legenda sanctorum de Jacques était désignée sous
ce nom (2). Mats il y a là tout au plus une allusion à la Légende dorée ;
en fait, les Aureae sanctorum vitae dont parle Bernard. sont, nous
paraíii-il, les Vies et. Passtons anciennes et originales, et. non pas. des
compilations récentes. Voict en effet comment 1l définit. le blan de. son
ouvrage à lut : Aureas sanctorum vitas...summo sanctorum patrum
studio investigatas et codicibus atque apicibus studiosius com-
mendatas moderata presentis operis compendiositas conabitur ex-
plicare. Nichil enim intelligencie faciliorem parat aditum quam
brevitas.non obscura. Sanctorum itaque legendas veteres et novas
relegens, et ex utrisque non nova cudendo, sed pociora eligendo,
pretermissis apocrifis atque superfluis, quantum licuit, resecatis,
veritate tamen et integritate hystorie semper salva, in unum colli-
gere studui que dispersa inveniebantur in multis... in uno compin-
gens opere quatuor partibus compartito (3)...
De ces quatre parties, comme l'explique Bernard (4), la premiere est
consacrée aux féles de Notre-Seigneur, de Notre- Dame, de la Croix, des
Anges, à la Toussaint, à la Commémoraison des défunts, à la. dédicace
des églises. La seconde se rapporte à S. Jean-Baptiste, aux apotres, aux
évangélistes, aux disciples du Setgneur ; elle comprend 38 notices. (5).
La íroisiéme contient les actes des martyrs : 150 notices (6). Dans la
(1) Ibid., p. 423. — (2) Ainsi, dans le ms. de Cambridge Ff. V. 31, copié en
1299, la Légende de Jacques de Varazze porte le titre de: Vite sanctorum
aurce compilate a quodam Fratre. Predicatore. Cf. Catalogue of the. Manuscripts
preserved in. the Library of the University of Cambridge, t. IL, p. 493. — (3) DzgLIt-
SLE, l. c., p. 421. — (4) Cf. ibid., p. 42x et p. 273-74. — (5! La liste en est donnée
ibid., p. 278-79, et dans Catal. Lat. Paris., t. III, p. 559-60. — (6) Liste dans
DELISLE, l. c., p. 279-83.
T
28 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
qualrióme, enfin, se trouvent. 81 notices sur la vte des confesseurs ct des
vierges (1). Malgré son mérite tris réel (2), le Speculum sanctorale
n'a pas eu grande vogue. En 1879, M. L. Delisle avait. tout juste fu
reirouver deux exemplaires. de la premióre partie, irois de la seconde,
irots de la troisióme, six de la quatrióme (3), et 11 ne semble pas que
celte liste se soit. sensiblement augmentée depuis (4). Quelques. unes
des notices du Speculum ont été publiées en. tout. ou. en. partie : votr
BHL. »5 596, 2229, 3066, 3207, 5486, 6971, 6972, 7461, 7162,
8157, 8158, el p. 157, n* 35; p. 507, m^ 11 ; p. 810, d. v ; P. 1004,
4^3; p. 1225, n^ 4. Ces spécimens sulfront à donner une idée du
caractére propre de la compilatton entreprise par Bernard.
VIII. Nous quittons un moment lordre des Fróres Précheurs, pour
signaler un compilateur de lordre de Saint. Benoit, Guy de Chátres,
abbé de Satnt- Denis en France daus le second quart du XIV* siecle (5).
Avant son élection à cette dignité, 1l avait. entrepris la rédaction d'un
recueil qu'il acheva dans la suite. et. qu'tl. intttula Sanctilogium sive
opeculum legendarum. C'est une lérende en quatorze livres : les douze
premiers comprennent la vite des saints honorés au. cours des douze mots
de l'année et inscrits dans le martyrologe d' Usuard ; de telle sorte qu'on
a pu dire que c'était. comme un martyrologe glosé on. commenté (6).
Le treizióme lure est. une sorte de supplément, oi viennent les Vies des
satuts qui ne sont pas menttonnés par Usuard. Le quatorziéme est con-
sacré aux fétes mobiles. Guy s'est surtout servit, pour sa comfilation, de
Vincent de Beauvats, de la Légende dorée, du martyrologe d' Adon, des
Vies anctennes de plusieurs saints ; ces derniéres,lut-móme les avatt déjà,
en partie du moins, abrégées auparavant, Il ne sera pas hors de propos de
transcrire les parties principales du. prologue, dans lequel Guy explique
clatrement son dessetn (7) :
(1) Liste ibid., p. 284-86, et dans Catal. Lat.'Paris., t. III, p. 552-56. — (2) Voir
dans DkISLE, l. c., p. 287-91. — (3) Voir ibid., pp. 277-79, 283-84, 436-37. —
(4) Je n'ai guére à signaler que le ms. 1844 de Prague, du XIV* siecle,
contenant la scconde partie du Sanctoral. Cf. J. 'TRUHLAR, Catalogus codicum
manu scriptorum. latinorum qui in C. R. Bibliotheca publica atque Universitatis
Pragensis asservantur, t. II (Prague, t9o6), p. 48. C'est trés probablement
l'exemplaire cité par les anciens Bollandistes. Cf. DELIsLE, l. c., p. 276. —
(5), De 1326 à 1343, date àlaquelle il se démit de ses fonctions ; il mourut en
1350. Cf. M. FÉriBIEN, Histofre de l'abbaye royale de Saint-Denys en. France
(Paris, 1706), p. 209-75. Pour avoir mal interprété un vers, d'ailleurs quelque
peu déroutant, de son écpitaphe, on l'a fait jadis mourir tantót en 1305, tantót
en 1310. L'erreur, quoique manifeste et depuis longtemps corrigée (voir FrLi-
BIEN, p. 274, note «), se perpctue dans certaines bibliographies, — (6) C. OuDiN,
Commentarius de scriptoribus Ecclesiae antiquis, t. II (Leipzig, 1722), col. 652.
— (7) Bibliothéque Mazarine, ms.1733, f. 1.
LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO. 29
Legendas sanctorum, quorum memoria laude digna in mona-
sterio nostro, beati videlicet atque magni Ariopagite Dyonisii
prope Parisius, per anni circulum recensetur, in melius ordinan-
do abbrevians, quosdamque historiales libros hac de causa revol-
vens, cogitare cepi, in minori tunc temporis officio constitutus,
ut tam ipsorum quam ceterorum legendas, quas scilicet vel pro
parte iam abbreviaveram, vel in Speculo historiali fratris Vin-
centii Belvacensis aut etiam in Legenda fratris Iacobi Ianuensis,
que a quibusdam aurea nuncupatur, seu alibi abbreviatas inve-
nirem et interdum brevius, si commode possem, studiose colligere
ac sub uno volumine compilare temptarem. Verum quia non
multo post ad prefati monasterii curam et regimen, Domino per-
mittente, vocatus... (1) n'a pas achevé l'ouvrage ausst tót qu'il l'auratt
voulu)... Nec mirandum si, ut dixi, quandoque brevius quam aliqui
alii ad evitandam nimiam voluminis immensitatem processi...
Itaque presens opus, quod Sanctilogium Guidonis sive Speculum
lezendarum intitulare placuit, in quatuordecim libros partiales dis-
tinguens, in primis duodecim martirologium Ysuardi monachi,
ad Karolum regem et imperatorem directum, quo communiter
utitur Ecclesia, iuxta numerum et ordinem duodecim anni men-
sium, a ianuario mense incipiens prosequendo et unicuique ipso-
rum tot capitula quot dies habet mensis quilibet assignando, quod
in ipso martirologio de unoquoque sanctorum repperi sigillatim
posui et premisi, subiungendo postea sub illorum a quibus accepi
nomine, vel sub meo quod alibi de eisdem collegi...
De ce vaste recueil, deux notices seulement semblent avo été pu-
bliées : celle de S. Clair du Vexin (BHL. 1827) et celle de S. Guenael
(BHL. 58820). Pour donner une t1dée plus précise de la compilation,
votct le squelette du ch. 1 du livore I (x).
Kalendis ianuarii. Ex MARTYROLOGIO. Prima die ianuarii Cir-
cumcisio domini nostri Iesu Christi.De eodem EX LEGENDA AUREA,
capitulo XIII» : Circumcisionis diem quatuor celebrem faciunt...
arguite, corripite. Haec Augustinus.
EX MARTYROLOGIO. Ipso die depositio domini Odilonis Clunia-
censis abbatis (2). De eodem Ex SPECULO HisTORlALI, libro
XXV^, cap. CII? et quatuor sequentibus: Sanctus hic Odilo...
insignia virtutum.
Ex MARTYROLOGIO. Rome sancti Almachii... Item Rome via
(1) Ibid., f. 4-15" ; British Museum, Reg. 13. D. IX, f. 3-77. — (2) S. Odilon
ne figure pas dansle texte original d'Usuard, c'est bien clair. Mais la mention
de sa íéte a été ajoutée plus tard, comme tant d'autres, dans divers exemplai-
res du martyrologe.
30 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Appia corone militum... Item Rome sancte Martine... De eodem
EX MARTYROLOGIO ADONIS (OpoNis tis.de Londres) : Beata Martina
cum esset sublimis... regna petiit.
Ex MARTYROLOGIO. Apud Spoletum sancti Concordii...De eodem
EX SPECULO HISTORIALI, lib. XI», cap. CVIII» : Sanctus Concor-
dius... infirmi sanantur.
Ex MARTYROLOGIO. In Cesarea Capadocie depositio sancti
Basilii... De eodem EX LEGENDA AUREA, cap. XXVI»: Basilius
venerabilis episcopus... Floruit circa annos Domini 370.
Ex MARTYROLOGIO. In Affrica beati Fulgentii... De eodem EX
SPECULO HISTORIALI, lib. XXI», cap. CIIII? et tribus sequentibus :
Fulgentius natus est... vite sue LXV». |
Ex MARTYROLOGIO. In territorio Lugdunensi sancti Augendi...
Alexandrie sancte Eufrosine virginis. De eodem Ex SPECULO
HISTORIALI, lib. XVI», cap. LXXVI?» et duobus sequentibus :
Fuit in Alexandria... in sancto proposito annis decem.
On n'a signalé jusqu'ici que deux. exemplaires de l'ouvrage. Le plus
connu, qui appartenait jadis à l'abbaye de Saint-Victor, était divisé en
deux tomes : le iome I, comprenant les hvres I-VIII, est actuellement le
sns. 1732 (ancien 1334). de la bibliothéque Mazarine (1x) ; le tome II,
renfermanl les six. derniers lvores, est le ms. latin 14649 de la biblto-
théque nationale de. Paris (2). Tous deux ont été coptés par diverses
mains du XV* siccle (3). Un second exemplaire, du. XIV* stécle, est au
British Museum, ms. Reg. 13. D. IX (4) ; 1l comprend, en wn seul
volume, tout l'ouvrage (5).
IX. Ici vient se ranger l'uuvre de. Pierre Calo. Car bien que des
(1) Cf. A. MoriNIER, Catalogue des manuscrits de la. Bibliothéque Mazarine,
t. II, p. 202-3. — (2) Cf. Catal. Lat. Paris., t. III, p. 567. — (3) A s'en tenir aux
descriptions des deux volumes citées dans les notes précédentes, on serait
porté à croire que le manuscrit de la Bibliothéque Nationale est non pas
le tome II de l'exemplaire de Saint-Victor, mais plutót une copie de ce tome
II ;car, d'aprés Molinier, le ms. de la Mazarine a été écrit à longues lignes
au XIV* siécle, tandis qu'un de nos contréres (Catal. Lat. Paris., l. c.) dit
que le ms, de la Nationale date du XV* siécle et est écrit sur deux colonncs.
Il y aerreur, par moitié, de part et d'autre: les deux volumes sont cer-
tainement du XVe siécle ettous deux sont à pleines lignes. Une autre causc
de doute, provenant du nom attribué à l'ouvrage, s'éCóvanouira cn corrigeant
une lecture autive dans le Catal. Lat. Parts. Au lieu de Sex wltimi libri
Florilegi$ quod composutt quidam quondam abbas Sancti Dionysii 1n. Francia,
le ms. de la Nationale porte en réalité (f. AYj : S. u. 1. Sanctilogüt q. c. Guido
quondam a. S. Dyonisit in P. — (4) Cf. D. CasrEv, .4 Catalogue of the Manuscripts
of the king's Library (Londres, 1734), p. 426. — (5) Manuscrit sur parchemin,
357 feuillets (0m,3957X 0,275), sur deux colonnes.Le Sanctiloge occupe les feuillets
2-357-
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 31
4
auleurs anctens,sutvis jusqu'à ces lout derniers temps par certains biblto-
graphes, le fassent mourir en. 1310, il est. certain. que son. légendier est
à tout le moins postérieur à l'année 1330. Car la notice de S. Herma-
goras (ct-aprós n? 471) se lermince par cette phrase : Venerabilis etiam
vir Dominicus patriarcha Gradensis multas sanctorum reliquias
invenit, ut mihi dixit MCCCXXX ; inter quas putabat esse horum
corpora. De pius,de fréquentes mentions faites de lui dans les pieces d'ar-
chives du couvent des Fràres Précheurs de Padoue, montrent qu'il état
encore en vie en 1340 (1). Aussi bien, dans une des dernires notices du
lézendter. qui, pour avoir été probablement ajoutées aprés coup, semblent
cependant devoir étre attribuées à. Pierre, on. lit au sujet du corps de
S. Hilarion (ci-aprés, n? 860) : quod ego vidi MCCCXLII de gratia
speciali, habita clavi et litera a domino rege Cypri. Enfin, «ly a
toute raison de reconnaitre nolre auteur dans le Pierre de Chioggta dont
la mort est inscrite, au 11 décembre 1348, dans le nécrologe du couvent
de Saini-Dominique à Ctvidale : Obitus Fr. Petri de Clugia ordinis
nostri (2). Car sion sait peá de choses relativement à sa vie. (3),
un point est. abondamiment | altesté, savoir qu'il était. originaire. de
Chioggia. Son contemporain,le doge André Dandolo (T 1354), l'atteste
deux fois dans sa chronique : 1. IX, ch. 19, 8 20 : Iacobus de Vara-
gine et Petrus de Clugia sub festo sancti Petri ad vincula (— légen-
dier, no 523) testantur (4) ; 1. X, ch. 1, 8 18: et frater Petrus de
Clugia in. legendis suis idem confirmat (5). Le colophon de l'exem-
plaire vénitien du légendier, du. XIV» stcle, ajoute le nom de famille :
per fratrem Petrum Calo de Clugia ordinis Predicatorum ('ct-afrés,
n^ 857). 51i c'était utile, on. pourrait. encore citer à l'apput S. Antonin
de Florence : Frater Petrus de Clausia, qui dicitur Scalo, et ipse
compilavit legendas sanctorum multum diffuse, de multis sanctis
referens de quibus Iacobus (de Voragine) non fecit mentionem (6);
(rj Cf. D. M. BERARDELLI, dans la Nuova RACCOLTA D'OPUSCOLI SCIENTI-
FICI E FILOLOGICI, t. XXXIX (Venise, 1784), Codicum... qui manuscripti in biblio-
theca SS. loannis et. Pauli Venetiatum apud. PP. Praedicatores asservantuf. cata-
logus, sect. V, pars I, p. 138. — (2) Cf. V. BELLEMO, L'énsegnamento c la cultura
ws Chioggia fino al secolo XV, dans l'ARcCHIVIO VENETO, nuova serie, t. XXXVI
(1888), p. 46-47. — (3) Parmi les notices nombreuses, mais généralement cour-
tes, qui ont été consacrées à Pierre Calo, il y a lieu de rappeler surtout celles-
ci : BoLLANDUS, Act. SS., Ian t. I, p.xx-xx1 ; QueTIF et EcHaRD, Script. ord.
Praed., t. 1(1719), p. 5115; Hier. TanTAROTTI, De auctoribus ab. Andrea Dandulo
laudatis, dans MuRATORI1, Rer. ital. scr., au milieu du t. XXV (1751), col. xxri-
xxiv ; MAMACHI, Annales Ord. Praedicatorum, t. I (1756),p. x, viri ; BERARDELLI,
t. c., p. 136-41 ; I. VALENTINELLI, Bibliotheca munuscripta ad S. Marci Venetia-
fum, Cod. mss. latini, t. V (1872), p. 297-99.— (4) MunaTonr, Rer. ital. scr., t. XII,
col. 173 c. — (5) Ibid., col. 301 n. — (6) Chron., tit. XXIII, ch. xi, $2 (éd. de
1586, t. III, p. 681). Le ms. 168 de la Casanatense, du XIVe* siécle, donne,
32 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
L]
Léandre Alberii,dans son De viris illustribus ordinis Praedicatorum,
oti d'ailleurs 1l a commis. l'erreur chronologique que. répéteront, avec
quelques variantes, les. écrivains. postérteurs. jusqu'à Tariarottt : Nec
longe abest Petrus Calo Clugiensis cum Vitis sanctorum fuse a se
editis MCCC (1) ; le méme Alberti, dans la derniere phrase. de sa. Des-
crittione della Italia,souvent réummprtimée : Ornó questa città (Chiog-
gta) Pietro Caló dell! ordine de i Predicatori, che scrisse molto
minutamente in due grandissimi volumi le vite de i santi, come
chiaramente se vede nella libraria di S. Domenico di Bologna (2).
L'exemplatre de Bologne n'existe plus ; mais il nous en reste trois
autres, que nous décrirons plus loin, en. téte de l'inventaire. détaillé du
légendier. Pierre, qui connaissait les ouvrages de ses confréres en reli-
gon ei en hagiographie : Barthélemy de Trente, Vincent. de Beauvais,
Jacques de Varazze (mats pas Bernard Guy, à ce qu'il. semble), fut
amené à composer le sien en. constatant que dans « les légendes ustlées »
1i n'était pas fait la moindre mention d'une. foule de saints illustres. Il
auratt pu. se borner. à compiler une sorie de supplément, comme nous
verrons faire Hilarion de Milan à la fin du XV* siécle. Il préféra entre-
prendre la. rédaction. d'un légendier complet, en y comprenant de plus
les fétes mobiles de tempore. Votct la préface (3), dans laquelle 1i
explique son dessein.
Quoniam plerique sunt dies festi in sancta Ecclesia celebres et
solemnes, et plurimi sanctorum illustrium discipulorum Christi
velapostolorum, martyrum, confessorum ac virginum, de quibus
nihil omnino est in usitatis legendis, ideo in presenti opere
intendo plenius ponere de premissis, sicut in libris monasterio-
rum vel ecclesiarum et diversis historiis potui perfectius invenire,
nil de sententiis abbrevians vel detruncans preter prologos et
superfluitatem verborum. Et ut ordo ille qui est congruentior
teneatur, qui in breviario ! et missali nostri ordinis Fratrum
Predicatorum habetur *, primo agam de diebus solemnibus qui
ad officium de tempore pertinent, secundo de sanctis, ponens sin-
gulorum passiones et vitas diebus suis, quibus habentur ad lau-
dem, sicut eos potui reperire ; alios? in fine omnium ponam,
quorum dies passionum vel obitus non potui invenire *. Opus
! ita Ber(ardelli), Val(entinells) ; breviarii cod. —? sequar add. Ber., Val. —
5 ita Val. ; alias cod. — * Reliqua om. Val.
sous le titre Quaedam miracula beati Dominici quae. refert. frater. Petrus. Clau-
dieusis, un extrait dela notice écrite par Pierre Calo, BHL. 2228. Cf. Catal.
Lat. Rom., p. 2185, — (1) Éd. de Bologne, 1517, fol. 153vo. — (2) Éd. de Venise,
1553, fol. 464v». — (3) Elle a été publiée intégralement par BERARDELLI, t. c.,
p. 85-86, et en trés grande partie par VALENTINELLI, t. c., p. 297-98.
LELÉGENDIBER DE PIERRE CALO. 33
istud apostolice sedis et omnis mei superioris subiciens examini
et iudicio corrigendum, in quo nihil intendo asserere, nisi quod
sancta tenet Ecclesia ; alia omnia recito relinquens iudicio pre-
dictorum et lectorum.
Nous n'avons Das à nous. arréter aux Legendae de tempore (r).
Quant aux Legendae de sanctis, /'ouvrage original en comprend. envt-
ron 850 (2), de longueur du reste trés variable. L'auteur était un
laborteux et un modeste, et il donne à peine une idée du travail auquel d
s'est livré, quand il écrit. simplement : sicut in libris monasteriorum -
vel ecclesiarum potui perfectius invenire. Ce s'est fas, sans doute,
qu'il ait. feuilleté et utilisé lui-méme tous les ouvrages qu'il. cite. Plus
d'une fois ses références sont. de seconde main, ei c'est à Vincent de
Beauvais, par exemple, qu'il emprunte ses envois à la chronique de
Sigebert de Gembloux. Mais il a directement dépouillé pas sal de livres.
Il suffira de citer 1c, en. fait d'hagtographte, un bon nombre de Vies et
Passtons originales, e& de plus les compilations de. Barthélemy de
Trente (3) et de Jacques de Varazze ; 1l a fait aussi un trés large usage
du martyrologe d' Adon, landis qu'il. ne cite que qà et là celut d? Usuard.
Quant aux ouvrages non hagiographiques, il serait. long de les énumé-
rey ; 4 y aura. peut-étre quelque 1ntérét. à. signaler parmi ceux-ci le
Mitrale de Séicard de Crémone (4), ct les chroniques de Martin de
Troppau (5) et de ean de Vérone (6). | |
Les notices sur. chacun. des saints sont, comme dans tous les ouvrages
semblables, de taille irós inégale. Il. en est qui ttennent en une
phrase ; d'autres occupent dans les. manuscrits plus de vingi-cinq pages
in-folto. Dans son zóle à compiler, il est. arrivé à. Pierre Calo d'étre
disiratt el de consacrer au méme saint deux notices (7), votre de trans-
crire deux fois, à quelques feuillets de disiance, la méme nottce (8). Il
se peut, 1l est. vrai, que quelques-uns. de ces doublets soient amputables
aux copistes ; mats comme un. certain nombre d'enire eux se. retrouvent
dans des manuscrits indépendants l'un. de l'autre et dont un au moins,
le Barberinianus, a été copié du vivant de l'auteur, 1l est permis de pen-
(1) Berardelli en a donné le dépouillement sommaire, d'aprés l'exemplaire
de Venise, t. c., p. 86-89. — (2) Nous en donnons l'inventaire ci-aprés. Il com-
porte 863 numéros, y compris les doublets et les additions à la fin, — (3) Voir,
par ex., les nos 9, 62, 154, 168, 311, 318, 407, 420, 784. — (4) Voir les nos rog,
432. — (s) Voir les nos 303, 350, 474, 825. — (6) Voir les nos 359, 570. — (7)
Comparer les notices 142 ct I47, 234 et 244-245, 338 et 810, 487 et 15006, 504
et 520, 62x et 735, 626 et 815. — (8) Ainsi 56 — 812, 59 — 129 (fin) ; 76 — 140;
77 7 141; 101 — 137; 125 — 153; 149. — 451; 253 — 202; 342 — 513 ; 356 —
493 ; 534 — 631.
ANAL. BOLL. XXIX. 3
34 LE LÉGENDIER DE PIRERRE CALÓ.
ser que celut-ct est pour. quelque chose dans ce léger désordre. Le total
des pióces, y compris les doublets, monte à 857. A la sutte de celles-ct on
irouve, dans l'exemplaire de Venise, cinq ou six notices supplémentatres.
Il est certain qu'elles ne font pas partie de la rédaction primitive ; car
1? celle-ci est nettement terminée à la fin de la notice 8257 par. cet
épiphonime : Et quia de multis sanctis et satis dictum est, hic,
dimissis aliis quos ponere cogitaveram, finis sit ad gloriam Christi.
2» dans la notice 860, 1l est. question d'un fait arrivé en. 1542 (1).
Or la rédaction originale du légendier étatt acheoéóe en. 1340, fuisque
l'exemplaire Barberini appartenait jadis au cardinal. dominicain Mat-
tieu Orsini et que celui-ci imourut non pas en 1545, comme on l'a dit
parfois (2), mais le 18 aodit 1540 (3).
Il est toutefois probable que les uotices 858-563 ont élé ajoutées aprés
coup bar Pierre Calo lut-iméme. Rien ne s'oppose à cette hyvpothése, et tout
dans les notices, le fond comme la forme, nous semble la favoriser positi-
venutent.
De lininense. compilation, une bonne quinzaine. de notices ont. été
publiées jusqu'à présent, sott en. entier, soit en grande partie, savoir les
textes BHL. 922, 2228, 2707, 5075, 59844, 3969, 4554, 4784, 4955,
5154, 5289, 6957, 7671, 8535, 9012 ; de plus, des extraits de la
Vie de S. Louis de Toulouse (4), la notice sur. les SS'^5 Perpétue et
Félicité (5) et celle de S. Émilien de Faenza (6).
Le reste n'est pas cependant absolument inédit ; car l'ouvrage entier
a été largement utilisé daus le Catalogus sanctorum de Pierre Natal
el, à défaut. du texte orizinal, on peut. toujours recourir provisoirement
aux abrégés que Natal a faits des principales notices de Pierre Calo.
X. Ce Pierre. Natal (7), Petrus Natalis ou de Natalibus (8),
(1) Voir ci-dessus, p. 31. — (2) QuETIF ct EcHaRbp, t. c., p. 5x1 ; G. Mowrr-
coLo, dans Nuovo Archivio Veneto, t. IN (1895), p. x15, note 3. — (3) Cf. J.-M.
VipaL, Benoit. XII. (1334-1352;).. Lettres communes analysées d'apres les regis-
ires dits d'Avignon et du Vatican, t. II (Paris, 1900), p. 432; C. EUBEL, Hte-
rarchica catholica medii aevi, t. I (Münster, 1898), p. 37. — (4) Cf. BHL., p. 751,
n? 4. — (5) L. HorsTENiUs, Pass?o ss. mm. Perpetuae et. Felicitatis (Rome, x663),
p. 65-69; (Paris, 1664), p. 68-73. — (6) Act. SS., Nov. t. III, p. 293-96. —
(7) Voir à son sujet surtout la notice de A. ZrNo, dans Gzorsnale de' lctteratt
d'Italta, t. XVI (1713), p. 446-68 ; ou micux la réédition (augmentée) de cette
notice dans les Dizssertazioni Vosstane d? Apostolo Zeno, t. ILí1753), p. 31-43.
Cf. O. ZENarTTI, Ili poemetto di Pictro de! Natali sulla pace di Vetezia, dans Bvr-
LETTINO DELL' ISTITUTO STORICO ITALIANO, n? 26 (1905), p. IO7 ct suiv. —
(8) On traduit ordinairement Pietro ou Pier de! Nata!i, ce qui est visiblement
juste. Si je prends la forme Pierre Natal, c'est qu'clle est plus commode et quc,
de plus, c'est ainsi que se nomme l'auteur dans un poéme italien : J/ some d£
Natal over dà. Pietro... ché qui. si noma (cf. ZrNATTI, l. c., p. 162). Jadis on avait
trouvé pour lui en France le joli nom de Pierre des Noéls.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 35
né à Ventse, aprés avotr été pléban de l'église des Saints- Apótres dans sa
patrie, devint en 18370 évéque d' Equilto ou "fesolo ; la derniere mention
qu'on ail relrouvée de lus date de 1400 (1).
Peu avaní sa promotion, il avail commencé de rédiger son. recueil
hagiographique, qu'il. acheva. environ trois ans plus tard, alors qu'il
était déjà évéque. C'est. du motns ce qu'atteste une notice inédite qui se
lit immédiatement avant le colobhon du Catalogus dans un exemplatwe
copié à Venise en 1408. Cette notice manque, 4l est vrat, dans toutes les
éditions du Catalogus que mous avons pu consulier ; mais je ne vots
aucune raison de melire ex. doute son authenttcité.. Voici donc ce qu'at-
leste Pierre Natal. lui-méme, au f. 363, col. 2, du ms. Ottoboni latin
225, copié en 1408 par Basilio Giordano, pléban de Saint-Raphael : Ad
gloriam et honorem beatissime Trinitatis et gloriosissime Virginis
Dei genitricis Marie, sanctorum duodecim apostolorum et beati
Ieronimi doctoris eximii ac tocius curie celestis, et ad exercitium
lerentium et predicatorum, et ad salutem et proficuum animarum,
ego Petrus Natalis Venetus, olim plebanus ecclesie Sanctorum -
Apostolorum de Veneciis, diocesis Castelanensis, nunc vero epi-
scopus Equilinus, provincie Gradensis, tocius presentis voluminis
opus compil[l]avi. Incepi autem ipsum opus compilare,dum adhuc
essem plebanus ecclesie supradicte, in anno dominice nativitatis
M» CCC? L XIX», die XI» mensis iunii, videlicet in festo beati Bar-
nabe apostoli ; in cuius prosequucione exegi fere triennium. Nam
interim preter meritorum exigenciam, divina sola favente gratia,
promotus ad episcopatum predictum, ipsum opus, quod sine inter-
missione fueram iugiter prosequutus,una cum tabula etaliis occur-
rentibus perfeci et complevi in anno dominice nativitatis millesi-
mo trecentesimo septuagesimo secundo, die XXVI» mati, in vigilia
sollempnitatis Corporis Christi. Deo gratias. Amen (2).
L'ouvraze a pour titre : Catalogus sanctorum et gestorum eorum
ex diversis et multis voluminibus collectus, 77 comprend plus de 1500
nolices,dtvisées en onze lwwres, le douzióme livre étant occupé par la table
ou index. Dans la préface générale, Pierre indique en détail ses sources :
pour les saints bibliques, les livres de U'Écriture et U Histoire scolastique
de Pierre le Mangeur ; pour les autres,une longue série. dressée,non sans
exceptions du reste, d'aprós l'ordre chronologique : U histoire eccléstasti-
que d' Eusébe, traduction de Rufin ; le martyrologe « de S. Jéróme » ;
)
(1) Il y a longtemps qu'on est revenu de l'erreur qui faisait vivre Pierre
Natal dans la seconde moitié du XVe siécle, — (2) Un résumé de ce passage, lait
d'aprés le ms. Ottobonien lui-méme, a été donné par "TH. DoNNorAa, De loco
marliyrii sancli. Felicis episcopi Spellatensis brevis tractatio (Venise, 1620),p. 16-17,
et reproduit dans les Acf. SS., Febr. t. I, p. xiut. Mgr Stanislas Le Grelle a bien
voulu nous envoyer le texte de la notice,dont nous n'avions copié qu'une partie,
36 LE LEGENDIBR DE PIBRRE CALO.
Usuard et Adon ; S. Ambroise et S. Augustin ; les Dialogues de Grégotre
le Grand ; « S. "Téróme » dans les Vitae. patrum ; /e Liber de viris
illustribus de S. Teróme et dz. Gennade ; P Histotre eccléstastique. de
Déde ; P Histoire des Francs de Grézotre de Tours ; le Paradisus d' Hé-
raclide ; « Odo Viennensis archiepiscopus », c'est-à-dire Adon, déjà
nonué ; Hugues de Saimi-Victor, Hélinand, Sigebert de Gembloux,
Guillaume d'Auxerre ; rater Bartholomaeus in chronicis suis, fro-
bablement Barthélemy de Trente,dont Pierre Natal pourrait bDwen n'avoir
connu l'ouvrage que par ce qu il en a. lu dans Pierre Calo ; U Histoire
lripartite, traduclion de Cassiodore ;. Vincent de. Deauvats ; Martin de
Troppau, aliique multi, continue Pterre, quorum etsi opuscula legun-
tur, nomina subticentur. Demum frater Iacobus de Voragine...
Novissimus omnium frater Petrus Calo Venetus, eiusdem ordinis,
sanctorum multorum, quorum vitas, passiones et nomina, unde-
cumque sumere valuit, grandi volumine et diffuso opere dilatavit ;
quod eius prolixitate nedum commendare memoriae, sed nec
intente quis legere poterit nisi longaevitate temporis et assiduitate
lectionis. Pzerre Natal a voulu fatre court ; ses recherches ont été const-
dérables (non sine multis laboribus crebrisque vigiliis), s5Óa:is. dd
entend. qu'elle aboutissent. à un volume de taille modeste (brevi opus-
culo), relativement modeste, s entend, oi les vies et passions des saints
seront racontées substantwllement et en abrégé (compendioso stilo
substantialiter recollecta..., brevissima oratione retexere). So»
Catalogue est bten un. légendier résumé et non un martyrologe ; il est
du reste, comme tant d'autres lézendiers, disposé — le livre XI mis à
fart (1) — selon le cours de l'année liturgique.
L'ouvrage, qui. n'est pas sans mérite, a eu un ceriatn. succés. Si les
copies manuscrites semblent. étre rares, en. revanche il a. été souvent
imprimé : l'édition princeps a paru à Vicence en 14935 ; on peut signaler
au moins dix réimpressions faites. durant. la. premiére moitié du
XVI stécle (2), et. une traduction francaise : Le grand catalogue des
saincts et sainctes, Paris, 1225-1524.
— XI. Du. vivant de. Pierre Natal, entire. les années 1372-1382, un
moine bénédictin nommé Guillaume, né au pays de Cahors et. devenu
abbé de Saint-Paul de Roms, était occupé à. compiler quatre ouvrages
relatifs aux saints : 1?) un. calendrier des saimts mones et. moniales ;
(kalendarium sequens sanctorum monachorum... ac virginum mo-
nialium non exiguo labore nec temporis brevi spatio collexit) ;
2o) un recuzil de antntatures représentant les mZmes saints (in alio quo-
que libro grandis forme sanctos monachos omnes in presenti ka-
(1) Il sert d' Addenda aux dix premiers. — (2) Cf. BHL., p. xxx.
LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO. 37
lendario contentos figuraliter et per ordinem depingi aptissime et
admodum proprie fecit in suis locis seu mansionibus collocatos, te-
nentes quilibet cartellum in manu continens aliquod memoriale de
sentenciis seu eulogiis aut virtutibus eorundem) ; 39) wu» recuetl de
leurs offices avec, éventuellement, des lecons propres (officiumque cele-
brandum horis canonicis pro eisdem sanctis, videlicet officium par-
ticularium ac plurimorum martyrum, confessorum ac virginum,
tam in XIIlectionibus pro quibusdam quam tribus, vel al(ias)
commemoratione pro aliis,diserto dictamine et devota ordinatione
mirifice conscripsit) ; enfim 4^) une espóce de légendter, qui pourrait
bien, aprés tout, à en juger par la description qui en est fatte, n'étre autre
chose qu'une copie parttelle des Vitae patrum, comme on en trouve tani
dans les anctennes bibliothéques monastiques de l'Occident (et alibi in
diversis codicibus, maxime in illo qui intitulatur Collectarium
sanctorum monachorum, volumensatis grande—quasi alter decre-
tum canonum textuale cum elosis ipsorum, — sanctorum vitam
monachorum,sententias et sermones eorundem seu maioris partis,
seriosius ac luculenter collexit ac prosecutus est). C'est ce que nous
lisons (1) dans un. prologue écrit en 1382 par un anonyme, en téte du
manuscrit latin. 5264. de la Bibliothéque Nattonale de Partis (2), qui
contient le « calendrier » snonasiique de l'abbé Guillaume (3). Dom
Pitra a publié ce prologue (4) et avec lui un second (5), qui fait
suite au premier ei est proprement la préface de Guillaume à son calen-
drier. Il. faut lut en savoir. gré, tout en. coustatant. qu'il a mis, à. le
commenter, une fantaisie déconcertante. Aussi bien, 21. distingue, dans
le 1? 4 iranscrit ci-dessus, trois recuetils distincts (6) : « Mats nous de-
« vons mentionner au XIV« stécle...l'auteur ANONYME d'un collectatre de
« saints moines. accompagné de gloses sur leurs vies, en un volume con-
« sidérable » (7), et d'un... ; « un AUTRE recueil. anttlulé :: Vies, sen-
(1) Les quatre ouvrages y sont cités dans cet ordre rz, 4,2, 3. — (2) 106 feuillets
(environ 35 sur 24 centimcetres), du XVe siecle déjà avancé. — (3) Le calendrier,
qui n'est pas spécialement. intéressant, occupe les feuillets 4*-15. Le reste du
volume est rempli par des offices liturziques, qui ne paraissent pas entiérement
répondre à la description donnée de l'ouvrage no. 3 de Guiliaume. Mais vu
l'€loge exubérant que le préfacier fait du calendrier no r, il se peut bien qu'on
doive identifier le no 3 avec les quelques oflices qu'on. trouve ici, et dont voici
le détail: f. 15*-16: Commemorationes sanctorum. monachorum ; f. 160-20: [n
sanctorum monachorum ; f. 20-25* : Missa de sanctis reliquiis ; f.25*-54: [n festo
reliquiarum ; f. 54-55 : Devotum officium sanctarum reliquiarum ; f. 55*-74: Officium
B. Georgii martyris ; f. 74-92" : Officium B. Martne virginis ; f. 9a*-102 : Prose de
supradictis officiis ; f. 102-104 : Anniversarium. in missa coronationis regis. Au
f. 105'-106 a été ajouté, au XVIce siecle, l'office dela sainte Face. — (4) Etude sur
la collection des Actes des saints, p. 226-27. — (5) Ibid., p. 227-28. — (6) Ibid.,
p. xcix-c. — (7) Dom Pitra ajoute en note : « Il en est fait mention dans l'ou-
38 — LB LÉGENDIBR DE PIBRRE CALO.
« lences el sermons des moines », el de deux ; « puis, les euvres diverses
« d'un abbé de Satnt-Paul de Rome,Gwuillaume », parmi lesquelles Dom
Pitra signale lecalendrter et aussi ...le Collectatre,déjà attribué par lui à
un anonyme ; celle fois,1l est vrat,coniratrement à la teneur du texte an-
cten, 1l identifie le Collectatre avec les offices propres : « Il. (Guillaume)
« ajouta à ce calendrier, sous le titre de Collectatire, des offices propres,
« qui sont un double trésor pour la ltturgie et l'hagtiographte... »
XII. On pourrait encore signaler, au XIV* siécle, deux compilations.
La premiere est un recueil d'exemfles tirés des Vitae. patrum, des Col-
lations et. d'autres ouvrages ; l'auteur est un. Fróre Précheur, qui. l'a
composé ad utilitatem legentium. Nous en avons rencontré deux exem-
plawes, tous deux du. XIV* siécle : 1) Padoue, Dibl. de PÜUniversité,
ms. 954, fol.105-180; l'ouvrage v est intitulé Floves de vitis patrum ;
2) Rome, Bibl. Vallicelliana, ms. F. 28, fol. 1-95", sans titre (1).
XIII. Un autre recueil d'exemples, formé ou à tout le motns copióé par
tn Frire Précheur anglais, se trouve à la Vaticane, dans le ts. Oito-
bonten lat. 862, fol. 05-117, du XIV* sidcle. Il a pour titre : Narra-
tiones. Gesta sanctorum. Em íéte un court prologue: Antiquorum
patrum exemplo didici nonnullos ad virtutem inductos fuisse
narrationibus edificativis et exemplis. Unde ad proximorum instru-
ctionem narrationes scu gesta exemplaria per ordinem alphabeti de
diversis hic recollegi, per que monita vitam et acta dirigant ad
omnipotentis Dei laudem et gloriam. La série alphabétique com-
mence ensuite par : ABBAS. Non debet esse nimis rigidus. Ansel-
mus... Au verso du premier feutllet de garde, une main du XV* siclea
écrit ; Iste liber est fratris Willelmi Picwurth ordinis Predicato-
rum, quem propria manu scripsit quando erat studens in conventu
Londoniarum... William Pickworth, déjà bachelter en théologie de
l' Université d'Oxford. en 1382, fut. élu. provincial. d' Angleterre le. 15
aoítt 1597 el 1l. élatt. encore en. charge quand, le 15 avril. 1405, il
jrécha devant le rot Henri IV (2).
XIV. Lequinzióme stócle est bauvre en fait de nouvelles compilations,
en dehors, bien entendu, de celles qui continuent à étre faites pour l'usage
« vrage de Guillaume, abbé de S. Paul de Rome » — disons, plus exactement,
dans le prologue qu'un anonyme a misen téte de l'ouvrage de Guillaume...
— «dans ces termes : Colleciarium... cum glosts ipsorum sanctorum ». Non, il
ne faut pas lier ipsorum et sunctorum, ni traduire, par conséquent: « accom-
pagné de gloses sur leurs vies » ; ipsorum se rapporte à canonum. — (1) Cf. Catal.
Lat. Rom., p. 393. — (2) Cf. C. F. R. PaLwzn, Fasti ordinis Fratrum Praedica-
torum. The Provinciuls of the Friar-Preachers or. Black. Friars of England,
s. l. a. (extrait de THE RELIQUAXY ?), p. 26.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 39
liturgique de. telle ou telle áglise ou abbaye. Le premier recueil général
que notus rencontrons est l'euvre d'un Cistercten, Gilles de Damme,
motne de l'abbaye des Dunes en. Flandre. Gráce au. témoignage d'un
contemporain, Adrien But (T 1488), prieur des. Dunes, xous savons
que cet homme pieux et. doux — pius et mitis — avatt écrit. de nom-
breux ouvrages el qu'il était mort en 1468 (1).
D'autre part, Charles De Visch, prieur. des Dunes au. XVII* sizcle,
el à sa sutte les bibliographes plus récents avaient donné la liste desouvra-
ges de Gilles (2), lous perdus, semble-t-il, et ils signalaient. parmi
eux tn Collectaneus martyrologii ou Collectaneus martyrologii
sanctorum. C'élatt, assurait-on, « une compilation de divers martyro-
loges », « un martyrologe beaucoup. plus complet que tous les recueils
analogues connus alors ». Il. commengatt par. ces mots: Pauper ego
monachus... Uz autre contemporain de Gilles de Damme, le chanotne
régulter "Tean. Gtelemans (T 1487), doni les euvres ont. été naguére
heureusement reirouvées, nous a permis de préciser quelque peu. Il nous
apprend (3) que Gilles fut. prieur des. Dunes, qu'ensuite il devtnt con-
fesseur. de. religieuses. ctsterctennes de. Spermaille prs. Bruges, oi dl
mourut. Mais surtout 1l nous renseigne sur l'euvre hagiographtque du
mote cistercien. Ce n'est pas précisément un martyrologe, mats. plutót
un lécendter abrégé. Aprés avotr, dans la préface de son Sanctilogium,
doni nous allons parler tout à lU heure, mentionné le martyrologe hiérony-
snien el les martyrologes de Bóde et d' Usuard, Gtielemans continue (4):
Unde quidam nostris temporibus pia, ut praesumitur, devotione
incitatus, praefatorum virorum sequester, sed illorum quodam-
modo mediaster, legendas sanctorum depingere curavit longiore
sti!o quam beatus Hieronymus et ampliore numero quam vene-
rabilis Beda, sed et latiore tractatu quam dominus Usuardus,
saltem aliquorum. Cuius et ego pedissequus ex fraterna pluries
admonitione instigatus, plurima de eius labore collegi et in nostro
«Sanctilogio » redes... Un peu plus lotm (5), Gielemans nomme
l'auteur qu'il a atust copié et indique le moven de reconnaitre au moins
une partie des emprunts qu'il luta fait : Praefatus autem compilator,
ex cuius opusculis plures legendas collegi, illas maxime quarum
:n fine habetur iste versiculus : « Sit nomen Domini benedictum
in saecula » etc., fuit venerabilis domnus Aegidius de Dammis,
(1i) Supplément à la chronique des abbés des Dunes, dans [F. vAN pE PuTTE],
Cronica et cartularium monasterii de Dunts iBruges, 1864), p. 83. — (2) Par ex.
C. DE ViscH, Bibliotheca scriptorum. sacri ordinis. Cisterciensis, ae éd. (Cologne,
1656), p. 6-7 ; PaQvoT, Mémoires pour servir à. lhtstotve. ltttéraire des Pays-Bas,
éd. in-folio, t. I (1765), p. 160 ; REUsENs, dans Biographie nationale, t. VII (Bru-
xclles, 1880-1883), col. 772-73. — (3) Cf. Anal. Boll., t. XIV, p. 10. — (4) Ibid. —
40 LER LÉGENDIER DE PIBRRE CALO.
/
quondam prior in Dunis et postmodum confessor apud Spermael-
gen ordinis Cisterciensis prope Brugis ; ubi et diem obiit. Gráce à.
celie indication, bien. que le légendier de Gilles de Damme n'ait pas été
reirouvé, nous pouvons nous faire une idée de. son travail : car environ
200 notices transcrttes dans le Sanctiloge de Gielemans sont reconnais-
sables à la clausule : Sit nomen... (1).
XV. Venons-en à '"fean Gtielemans. lui-méme. Nous avons étudié
ailleurs, avec un certain détail, sa vie et. l'ensemble de ses, euvres (2).
Rappelons seulement. qu'al fut sous-prieur. du. monastére. des chanotnes
réruliers de Rouge-Cloitre, prós de Druxelles, oui 10 mourut en 1487, à
l' dye de soixante ans. Dans d'auires de ses recueils, cel infatigable
écrivain a d'ordinaire copié au long les textes originaux dont il a formé
ses collections hagiographiques. Le Sanctilogium, Je premier recueil
qu'il ait. entrepris, se compose de notices abrégées, dont la rédaction du
resle, nous venons de le dire, n'est pas entiórement de la main de Giele-
mans. Toutefois, tandis que 200 notices seulement peuvent avec certitude
étre attribuées à. Gilles de Damme, le Sanctilogium »'en. compte pas
"oins d'un bon. millier (3). Fuit autem. intentionis meae, écrtvatt
Gielemans. dans sa préface (4), ut mihi et meis saltem ad minus
unius sancti aut sanctae quolibet die anni historiam seu legendam
conquirerem atque colligerem. Ox voit qu'il a. largement accompli
son dessen. De celle vaste collection, lus intéressante assurément au
point de vue des légendes populaires qu'à celui. de U histoire authenti-
que (5), on ne posséde. qu'un seul exemplaire, qui est du reste autogra-
phe : c'est. le manuscrit. 039748. de la. bibliothique privée de S. M.
l'empereur. d' Autriche. Il. se compose de quatre tomes en papier (07,2603
0,196), mats avec. une seule numérotation courante, et. comprenait
originatrement plus de 1200. feuillets ; sur ce nombre, 1l s'en. est perdu
8 à la fin du tome I el environ 76 à la fin du tome IV. Avec eux a dis-
parw le colophon de ces volumes ; par celui des deux volumes complets,
nous apprenons que le Lome II a. été achevé en. 1471 et le tome III en
1479 (6). Gielemans n'a pas donc mis à rassembler ce légendier. la
remarquable acttoité qu'il smontra, jusque daus ses tout derniers jours,
dans la tranuscriptton de ses autres recueils (7). Il semble, durant les
longues années que dura la. formation du Sanctilogium, avotr coié les
(x Dans notre dépouillement du Sarctilogtum de Gielemans, nous avons
distingué par un astérisque les notices dont il s'agit. — (2) Ibid., p. 5.88. —
(3) Nous en avons donné le dépouillement ibid., p. 16-42, et publié, p. 9-xo, les
passages importants de la préface. — (4) Ibid., p. 10. — (5) Nous avons publié
quelques spécimens curieux en téte des Amecdota ex codicibus hagiographicts
Iohannis Gielemans (Bruxelles, 1895), p. 3-45. — (6) Cf. Ana. Boll., t. XIV,
p. 14-15. — (7) Cf. ibid., p. 8-9.
LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO. 41
nolices au fur el à mesure qu'il les résumatt ou qu'il les trouvait toutes
résumées, sans aucun auire principe d'ordre. C'est ce qui. expliqueratt
qu'elles ne sont rangées ni par ordre alphabétique, n1 par ordre chrono-
logique, nt d'apres le calendrier liturgique ; cela Yendratt aussi raison
du fast que plus d'une fois on trouve, dans deux parties du Sanctilogium,
deux résumés différents d'une méme Vie de saint, voire deux cotes
identtques d'un méme résumé.
Vers le temps oi Jean Gtelemans rassemblatt les notices du Sanctilo-
gium, Boninus Mombritius tmprimatit et. bubliatt à. Milan. les deux
volumes de son Sanctuarium (HarN, 11544), dédié à Francois Stmo-
netta, lequel périt en 1480 par la matn du bourreau. Il était difficile de
ne pas donner ici au. motns un. souvenir à ce magnifique el précieux
légendter, dont aprés plus de quatre cents ans on va nous. donner une
rééditton, accueillié avec. ote par les travailleurs. Mats, en. réalité, il
n'a rten à faire daus le groupe des recueils qui nous occufe tct. Car c'est,
nul ne l'ignore,une collectton de Vies et Passtons originales, reproduites
intégralement dans leur teneur primitive.
Au contraire, les deux recuetls 1mprimés qui nous restent à signaler
serattachent à. la série que nous venons d'étudier, ei parce qu'ils sont
tous deux des suppléments à la Légende dorée, et parce qu'ils se compo-
sent, en majeure partie, de notices abrégées.
XVI. Le premier est d'origine allemande et parut en 1483. L'éditton
de la Légende dorée publiée à Cologne en. cette année se compose de
deux paris, de longueur à peu prés égale : la premiere (fol. 1-227)
comprend le texte méme de Jacques de Varazze ; la seconde (fol. 228-
4206) esl remplie Dar un supplément intitulé, en tétle de l'index : Historie
plurimorum sanctorum noviter addite, laboriose collecte et pro-
longate o« encore, au; colophon : Mystorie plurimorum sanctorum
noviter et laboriose ex diversis libris in unum collecte. C'est. use
collectton vraiment intéressante d'à peu prós 200 Vies et Passions (1),
quelques unes reproduites tout. au. long, la. plupart. abrégées. Beaucoup
d'entre elles sont relatives à des saints allemands, un. cerlain nombre à
des saints anglais. Tout le supplément a. été rétmprumé tel. quel à Lou-
vain en 1485, sous le titre Hystorie plurimorum sanctorum... col-
lecte ; l'impresston est. un. Deu motns compacte, et l'ouvrage comporte
305 fewillets.
XVII. L'autre recueil abrégé a paru en Italte, snais $1. présente. un
caractere local beaucoup motns accentué. Dnprimé à Milan en. 1494, il
(1) Toutes ont été inventoriées dans la BHL.
42 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
porte un tilre d'une clarté qui fait platsir : Legendarium quoddam
nonnullorum sanctorum abbreviatum, supplementum illius de
Varagine secundum kalendarium monasticum (r1). C'est um vo-
lume de format médiocre,composi de 104 feuillets (2) et. contenant 103
notices. L'auteur est un bénédictin, qui se nomme Hilarion monachus
Mediolanensis (3). Mgr. Giuliari, qui était de Vérone, a. opiné, &l
est. vrai, que le mot Mediolanensis avait été ajouté arbitrairement par
le typographe ; car Hilarion | déclare-t-1l, fut certainement | Véro-
"ais (4). L'idée est extraordinaire, d'autant plus qu'Hilarton. éait
encore en vie en 1404. En fait, 11 faut distinguer deux moines bénédictins
contemporains et homonynies, Hilarion de Milan et Hilarton de Vérone.
Vossius les a confondus et les bibliographes anciens, tels Fabricius, Ou-
din, Maffei, l'ont. sutvt. de confiance. Dós 1731 cependant, Armellint
avatt remis les choses au potnt. (5) et distingué: 1) Hilarton Lantitert,
néà Milan, entré le 25, mars 1472 (6) au. monastére bénédictin. des
SS. Pierre et Paul en cette ville, trots fois abbé du qmnéme monastére, en
1496, en. 1501 et en 1506, et mort en 1511 à Mantone, od 1l. Sétait
rendu pour assister au. chapitre. général de la Congrégation de Satute-
Justine ; 2) Hilarion. Fontanellt (7), né à Vérone, entré en 1164 au
monastére bénédictin des SS. Nazatre et Celse dans sa patrie, el. mort
dans l'ile de Rhodes à une date tncerlatine, comme il se rendait en Pa-
lesttne.
Soit dil en. passant, ceux-là méme qut ont. avec raison distingué les
deux Hilarton ne nous semblent pas avoir établi exactement la part qui
revient à chacun daus la série des euvres hagtographiques qut, attribuées
Jadis par erreur. en bloc à celut qu'on appelait Hilarion de Vérone, ont
été depuis toutes mises par Armellint (8) et. par Argelati (9), au
couple du seul Hilarion. de Milan. En voici la liste :
I. Legendarium nonnullorum sanctorum... znmfrimé en 1404.
(1) Cf. HartN, Repertortum, 8661. — (2) La foliotation va de x à 114 ; mais le
typorraphe a sauté, par erreur, dix numéros dans la notice de S. Louis IX, qui
va du f. 76v au f. 88 (2 78). — (3) Fol. 2v, dans le titre du prologue adressé ad
reverendos in Christo patres. presidentem. e£ diffinitores capttuli generalis monacho-
yum de observantia divi institutorts Benedicti, — (41 G. B. C. Givrtanr. La. lettera-
lura Veronese al cadere del secolo XVo ele sue opere a stampa, dansl1r PRorvGNa-
TORE, vol. VI, parte II. (Bologne, 1873), p. 218. — (5) Bibliotheca. Benedictino-
Casinensis, t. I (Assise, 1731, p. 223-24. Les données rassemblées par Armellini
ont étó complétées et précisces par PnmH. AmcELATI, Biblrtotheca | scriptorum
Mediolanensium, t. IL (Milan, 1745), col. 284-86; mais ce dernier, aprés coup
(ibid., col. 1999), a recommenceé par distraction à suivre les anciens errements.
— (6; Argelati (t. c., col. 784) rappelle que Pucinelli place en 1471 l'entrée en
religion d'Hilarion Lantieri. — (7) IIzarton. monachus quoque Fontanella propa-
go. Cf. Sc. Marrzgt, Verona tllustrata, t. II (Vérone, 1731), p. 219 ; GiuL1ARI,
l. c. — (8) T. c., p. 223. — (9) T. c., col. 785.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 43
II. De conceptione gloriosae virginis Mariae...
III. De visitatione gloriosae virginis Mariae...
IV. De sollemnitate B. Mariae ad Nives...
. V. De translatione S. Georgii martyris. « Izctpit Cogis me pater.
Erat ms. in S. Georgio M. » |
VI. De translatione brachii « eiusdem S. Georgi ad. monasterium
S. Georgii M. Venctiarum. »
VII. De vita S. Symeonis monachi,« qui tn snonasterio S. Benedicti
de Mantua requiescit. »
Le m? I est, nous l'avons vu, d' Hilarion de Milan ; de an&me les
1** II-IV. et VIL, lesquels me constituent pas d'ailleurs des opuscules
sébarés, mats sont tout. simplement quatre des notices du Legendarium
de 1494 oii ou les trouvera aux ff.2-4, 53-56", 66-69 et 617-64" (1).
En revanche, les ns V et VI dotvent étre revendiqués pour Hilarton de
Vérone. Pafebroch, qui lesa connus tous deux et a publié le second
d'aprés un manuscril de la. Retne de Suede (2), les a mis. au compte
d'un Hilarion moine de Satnt-Georges de Venise (3), et. nous l'avons
suit. dans celie attribution (4). Mats quotque lauteur. de la transla-
tion BHL. 3402-3404 parle comme s'il vivatt à Venise, bar ex. quand
2 écril : Nunc unde... translatum sit brachium invictissimi Georgii
huc Venetias... (5), ox peut lives btem expliquer. cette. mantére de
S'exprimer, soil par un séjour momentané d'Hilarton. de. Vérone à
Venise, soit par le fait. qu'il aura. voulu rédiger. son récit, pour ainst
dire, au point de vue vénilien. Au surplus, la mantére dont 1l s'adresse,
dans som prologue (6), à l'abbé de Saint-Georges, est celle d'un amt
envers un ami el non celle d'un inférieur envers son prélat. Nous savons
du resie par ailleurs qu' Hilarion de Verone était en bonnes relattons
avec Saint-Georges. Un. abbé de ce monastére, Celse dalle Falct, lut
aussi Véronais de naissance,lut. adressait une ptéce de vers en l'appelant
coetus spes maxima nostri (7). Ez/n, un manuscrit du XVe« siecle,
actuellement conservé à Rome à l' Alessandrina (8), renferme, outre. la
Vie de S. Georges BHL. 3396 par le moine Hilarion, deux ouvrages
hagiographiques inédits écris par un moine. du monastére des SS.
Nazatre el. Celse de Vérone, dans lequel on a justement reconnu notre
Hilarion : une. Passion de S. Dlaise, dont le monastére possédait des
reliques, et l'histoire des patrons de la inaison, les SS. Nazatre et Celse.
(1) Et non f. 62-64", comme il a été imprimé par erreur BHL. 7954. — (2) Ac-
tuellement le Reginensis latin 532, du XVIe siecle, fol. 3-8v et g-x1v. — (3) Act.
SS., April. t. III, p. 104, num. 14; p. 132, num. I. — (4) BHL. 3396 et 3402-
3404. — (5) Act. SS., t. c., p. 133, num. 6 à lafin. — (6) Ibid., p. 132, num. 2. —
(7) Cf. MAFFEI, t. c., p. 219 ; GIULIARI, t. c., p. 218. — (8) Cf. Catal. Lat. Rom.,
P. 198.
44. LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Il y a là tout. un ensemble d'indices qui ne laissent guére de place à un
doute raisonnable.
Nous voici atnsi arrivés au début de l'éboque moderne. Avec le dévelob-
pement de l'imprimerie, les collecttons hagiographiques vont ausst se
multiplier à l'indéfimi. En latin, à cóté de collections de textes reprodutis
tout au long, — | Lefivre d'Étaples (x), Lipomano, Surius etc., — on
voit paraitre une série de recueils abrégés : Wicelius, deuxieme édstion
de Lipomano, Haraeus, Lifpeloo etc. etc. De bonne heure, de semblables
compilattons abrégées sont rédigées dans les diverses langues de l'Occi-
dent, el on n'a guére cessé deputs lors d'en publier, les unes affectant un
caractere plus général, les autres se limitant à lhagtographie d'un pays,
d'une province, d'un. diocése. Ce n'est pas 1ct le lieu de. détailler cette
littérature abondante et de qualité irós diverse.
III. Le légendier de Pierre Calo.
Nous l'avous mentionné à son rang, ct-dessus p. 30-54, et. nous
avons briceement caractérisé sa faclure générale. Il reste, avant de don-
ner le dépouillement sommaire. de ses. 863 notices, à décrire les diffé-
rentes copies du lérendter. qui ont été retrouvées ou du moins stgnalées
jusqu'à présent.
1. L'exemplaire de. Saint-Dominique de Bologne, stgnalé au XVI
siécle par. Léandre Alberti (2), se composait. de deux trés grands volu-
mes. Heuschen, qui passa par Bologne en 1060, ne Uy trouva plus : Sed,
quod dolendum est, non amplius ibidem exstare et coram et per
litteras. didicimus, écrit-4l eu. 1075 (3). Quetif et Echard, il est vrai,
assurent quelque quarante aus plus tard. que le monastére de Saint-
Dominique posséde. toujours le légendter : Praeter hos codices etiam-
num Bononiae apud S. Dominicum servatos... (4). Mats je doute
que cette assertion fugiliee puisse prévaloir contre le témoignage st précis
d' Henschen. Danus tous les cas, à la fin du XVIII: siecle Saint-Domini-
que ne possédait plus les deux volumes : at non amplius reperiri
ultimis hisce temporibus ab amico certior factus sum, écrit le doint-
nica. Derardella (5).
2. Henschen. avait trouvé à. Rome, à la bibliothéque Darberint, un
autre exemplaire, qui s'est conservé jusqu'à présent (— B). Il est incom-
(1) Cf. BIIL. p. xxu : Faber Stapulensis. I] n'a donné quc le mois de janvicr
de ses Agones martyrum, dans ]e volume public à Paris vers 1519. — (2) Cf. ci-
dessus, p. 32. — (3) Act. SS., April. t. II, p. 73, num. 6. — (4) Script, ord. Praed.,
t. I, p. 511. — (5) Nuova raccolta d'opuscoli, l. c., p. 139.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 45
plet, le premier. des deux. volumes qut subststent allant de fin novembre
(S. André) à fin avril, et le second de S. Dominique (4 aot) à fin se-
Lembre (1). Les deux manuscrits portaient du temps. d' Heuschen. les
numéros 925 el 929 ; plus lard, on leur attribua, à la Barberine, les
cotes XIV. 16 et XIV. 17 ; naguére enfin,deputs que la célcbre bibliothe-
que est venuc enrichir la Vaticane, ils sont devenus les Barberintant latins
7 15 et 7 11.
Barberintanus lat, 713, — Parchemin, 07,5153€0,225, deux feuillets
non numéroltés el. les feuillets 1-490 [1s ont été foltotés négltgemment :
les numéros 61, 161, 251 el 412 ost élé omis, les nusnéros 217 et. 2233
doublés]. Écrit sur deux colonnes au. XIV* siócle, du vivant de Pierre
Calo et avant. l'aunée 1341 ; car le copiste lut-méme a mis au. f. 190
cette note : Iste liber est domini Mathei cardinalis de Ursinis
Romani et imperpetuum cardinalis (2). Les deux feutlets non
numérotés contiennent la table du vclume.
Barberintanus lai, 714. — Parchemin, 07,53243€0,226, un. feuillet
non numéroté el les feuillets 1-340 [les numéros 90-99 ont été sautés par
distraction]. Écrit sur deux colonnes de la méme main que le précédent.
Au f. 1, cette rubrique : Petrus de Calo de sanctis. Au feuillet. non
nunméroté, l'undex du volume. :
Les titres des notices manquent trós souvent.
3. L'exemplatre de. Venise (— VW) est complet (3). Il est en. parche-
min. Écrit sur deux colonnes au. XIVe siócle, tout. entier d'une méme
main, il appartenait jadis aux F'róres Précheursdu couvent des SS. Jean
el Paul à Venise el se lrouve maintenant dans le fonds latin de la Mar-
ciana, sous la cole IX.15-IX.20. Il comprend en effet six tomes, qui
forment trois volumes :
( Ms. IX.15, feuillets 1-210 (0"7,4275(0,290),
i ! Ms. IX.16, feuillets 211-412 (0",430x(0,290) ;
" Ms. IX.17 , feuillets 1-200 (0",4275« 0,290),
^ * Ms. IX.18, feuillets 201-396 (0",4205(0,285) ;
IH | Ms. IX.19, feuillets 1-190 (07,425 0,285),
'"* Ms. IX.20, feuillets 191-365 (0",4253(0,285).
Cette répartition en volumes ne répond pas la division réelle de l'ou-
vrage. Les Legendae de tempore remlissent les feuillels 1-267", et
le reste du I*' volume est occupé par le commencement des nolices sur les
saints, depuis S. André (30 novembre) jusque vers la fin de janvier. Le
volume II contenant la suite du mois de janvier, depuis la conversion de
(1) Cf. G. MouTICoLo, dans Nuovo Archtvio Veneto, t. IX (1895), p. 132-36. —
(2) Voir ci-dessus, p. 34. —(3) Voir àson sujet BERARDELLI, t. c., p. 84-144;
VALENTINELLI, t. C., p. 297-99 ; MoNTICOLO, l. c.
46 . LE LÉGENDIEBR DE PIERREB CALO.
S. Paul (25 janvier ), el les mois sutvants jusqu'à la fin de juillet, on est
étonné de lire en tte la rubrique (ms. IX.17, f. 1) : Incipit secundus
liber legendarum fratris Petri Callo de Clugia ordinis Predicato-
rum, e£ cela d'autant plus qu'on ne rencontre plus de mention semblable
avant la fin du volume III, ou on lit, à la fin de novembre (ms. IX. 20,
f. 353v) : Explicit secunda pars operis legendarum colectarum per
fratrem Petrum Calo de Clugia ordinis Predicatorum. La seconde
partite irait donc du. 25 janvier au 29 novembre, el la premiere compren-
drait, outre les Legendae de tempore, les seules notices sur les saints du
30 novembre au 24 janvier. C'est. invratsemblable. e crois plutót que
Calo, comme on peut linférer. de sa préface (1), avatt. formellement
divisé son ouvrage en. deux parties, l'une consacrée aux Legendae de
tempore, /'autre aux Legendae de sanctis. Ce qui rend cette conjecture
pius acceptable encore, c'est. que le colophon Explicit secunda pars... a
été écrit à l'encre notre par le copiste gmnéme du légendier, tandis que le
titre Incipit secundus liber... a été ajouté en rouge par une autre matn.
Or le rubricateur étatt peu attentif. et peu instruit, Outre qu'il a négligé
tirés souvent, dans le volume I (ms. 1X,15 et IX.16 ),de mettre les rubri-
ques — tl n'y en a aucune dans la partie du ms. IX.16 comprenant les
notices sur. les saints — les méprises qu'il a cominises sont. nombreuses.
Il avait non seulement à écrire les rubriques, mais à ajouter encore la pre-
mire lettre de chaque notice, qui avait été latssée en blanc. Plus d'ine
fots il a fait l'um et l'autre au petit. bonheur. (2). C'est. ainsi. que dans
son pinceau S. Nazatre se change en. S. Lazare (notice 511), S. Thar-
sicius en S. Marsicius (3totice 563), S. Zachée en Cateus et. Cacheus
(notice 580), S. Dunstan en Iunstanus et Iustinus (stotice. 657), S.
Evariste en Cvaristus e£ Caristus. (10tice 772), S. Eustochia en. Cus-
todia (notice 785),etc. etc: La notice 314, consacrée à S. ean l' Évan-
géliste, devient, grádce à cet homme distraut, la. légende de S. Domitien
(De sancto Domitiano),ef cela parce que Pierre Calo commence son ré-
cil en rappelant que l'empereur Domitten... persécuta les chrétiens. Na-
Lurellement, dans la liste. qui suit, nous avous suppléé entre. crochets
«...» les rubriques qut manquaieunt. el. recttfié ou. expliqué celles qui
élaient fautives ou incompléites (3). Le rubricateur n'est pas du reste
le seul à s'étre trompé ; le copiste, lui aussi, a commis plus d'une faute.
(1) Cf. ci-dessus, p.32:33. — (2) Berardelli, qui a dressé (l. c., p. 90-136) une
table alphabétique des notices, s'est heureusement méfié du rubricatcur et a
rectifié la plupart du temps ses bévues, Parfois néanmoins il s'est laissé prendre
parle copiste du manuscrit, lequcl a commis, lui aussi, quelques impairs. C'est
ainsi que Berardelli inscrit dans la liste (p. x31) un S. Témontinus diacrc et mar-
tyr. Voir ci-aprés, no 2604: Tímon unus de septem. primis diaconts... — (3) Il ne
S'agit pas des fautes de latin, que j'ai laissé naturcllement subsister.
LE LÉGENDIBR DB PIERRE CALO. 47
On l'a déjà dil (x), ei de notre cólé nous avons conslaté la verité de
l'asseríton, l'exemplaire Barberini. est en. général plus correct que. celus
de Venise. De plus, il semble bien que le second. ne dérive pas du pre-
mter, mais qu'ils sont indépendants l'un. de l'autre (2).
4. Un quatirióme exemplaire, déjà signalé en. 1697 (3), mats qui
parait avoir été trós peu remarqué (4), est. conservé à. York (— E),
dans l'antique bibholhique de la cathédrale Saint-Pierre. Ce volume,
colé XVI. G. 23, est en parchemin et de graude taille (environ 0",465
x0,333). Il comprend, outre deux feutllets de garde tant au commence-
ment qu'à la fin, 187 feuillets numérotés de 1 à 192 (les chiffres 55-57,
79, et 89 onl élé sautés par disiraction) et a été écrit. sur deux colonnes
au commencement du. XV* siécle. La. premiere moitié du volume (fol.
1-107 ) renferme les cinq. dernters qois du. légendier de. Pierre. Calo,
avec une table alphabétique des. noms de saints (fol. 107-107v). Avant
la table, ce colophon : Explicit secunda pars in tertio volumine legen-
darum collectarum per fratrem Petrum Calo de Culgia ordinis
Fratrum Predicatorum. L'exemplatre est fort incomplet, non scule-
sent parce que les sept premiers mois font défaut, mats encore parce que
dans les mois d'aotit à décembre, qui ont été conservés, un ceriatu nombre
de notices ont élé omises par le copisle, en. tout ou en partie. Aucun
litre : une simple capitale sépare les légendes.
La seconde inoitié du manuscrit est. remplie (fol. 109-192) par un
recueil. latin. de légendes sur. les sainís amglais, itrauscrit. sur. deux
colonnes par unc autre main du XV* siécle; la. table alphabétique en a
élé dresséc fol. 108-105". C'est exaciement la Nova legenda Anglie
publiée à. Londres en. 1510. et vééditée naguére par M. Horsiman (5).
Les légendes sont disposées par ordre alphabétique, tout. comme dans
les éditions. Manquent (6) les noiwes des SS. Denedictus Biscopus,
Bertellinus, Cungarus, Decumanus, | Helena, Iohannes de Bryd-
iyngton, Ioseph ab Arimathea, Kiltanus, Osinundus, Walstanus, Wiro,
Ursula, Edgarus, c'est-à-dire précisément toules celles qui. font. défaut
dans le principal exemplaire de la Nova Legenda, le ms, Tiberius E.
I du British. Museum (7). De plus, le ms. d'York wa pas la légende
(1) Cf. G. MouTICcoLo, dans Nuovo Archivio Veneto, t. IX (1895), p. 132-33. —
(2) Cf. Ir., ibid. t. III (1892), p. 122. — (3) Dans les Catalogi librorum manuscri-
piorum Angliae et. Hiberniae (Oxford, 1697), t. HT, 1, p. 3. — (4) Cf. BHL. p. xx.
— (5) Il ne semble avoir été mentionné depuis lors que par C. Ovpiw, Com-
mentarius de scriptoribus Ecclesiae antiquis, t. III (Leipzig, 173a), col. 696. —
(6)Sans parler du prologue, quia été ajouté par l'éditeur de 1516 et ne figure
pas dans les manuscrits. — (7) La légende de S. Gildas se termine dans le ms.
d'York comme dans le Tiberius E. I (éd. HonsTMaN, t. I, p. 496, note4).
48 LE LÉGENDIER DB PIBRRE CALO.
de S. Tatheus, qui se lit. cependant. dans le Tiberius E. I. Sont. omis
aussi Lous les récits édifiants, anlercalés entre les Vies, qui sont sndiqués,
dans l'édition Horstman, comme étant propres au Tiberius E.I, et méme
quelques-uns de ces récils — mats quelques-uns. seulement — qut se trou-
vent et dans le Tiberius E. I et dans les autres exemplawes. — A. P.
1. VX-!5, 267* -275* ; B'*. 1-12) «DE S. ANDREA APOST. 5 Ic.
prol. Andreas interpretatur decorus — /*"c. Andreas et Petrus,
Iacobus et Iohannes ter a Domino sunt vocati — Des. qui vult
omnes homines salvos fieri. Cetera miracula quaere «,viII 7» idus
madii in translatione eius ('cf. tsfra, 382).
2. (V. 275* -277 ; B. 12-13" ) «DE S. ANSANO MART. 5 I5c. Ansa-
nus filius Tranquillini Romani civis — Des. beneficia praestantur
usque in hodiernum diem.
8. (V. 277-278" ; B. 13*-15") «Dre S. PRocuLo EP. M. BoNo-
NIAE» — BHL. 6957.
4. (V. 278" -381; B. 15* -20) «DE S. ALBANO REGE UNGARIAE »
— BHL. 201r. — Inc. Albanus martyr in civitate Maguntia passus
est. Erat olim in partibus Aquilonis...
5. (V. 281-282 ; B. 20-21") «DE S. EriG10 EP.» Inc. Eligius
Noviomensis, ut ait Sigebertus, claruit anno — Des. mirum in
modum crevisse in tumulo videbantur.
6. (V. 282-283 ; B. 21*-23) «DE S. PeTRO CHRYsoLOGO» Inc.
Petrus Grysologus pro suis eloquiis vocatus, quasi aureus sermo-
cinator — Des. percussusa cane rabido statim, ea tacta, sanetur.
7. (V. 283-283" ; B. 23-23) « DE S. BIBIANA V. M.» Inc. Viviana
passa est Romae 1v nonas decembris. Nam imperante Iuliano
apostata — Des. iuxta palacium Lucinianum.
8. (V. 283"; B. 23*) «DE S. CassiANO M. TiNGI Jc. Cassia-
nus martyr Tingi — Des. meruit obtinere I1] nonas decembris.
9. (V. 283" ; B. 23") «DE S. Lucio REGE?» Izc. Lucius beatus
fuit rex Britanniae — Des. ut scribit magister Bartholomaeus
Tridentinus.
10. (V. 283* ; B. 23" -24) «DE S. CLAUDIO TRIBUNO M. ROMAE»
Inc. Claudius tribunus Numeriani imperatoris — Des. et super
eam beatissimam (d e. Hilariam) ecclesiam fabricaverunt.
11. (V. 284 ; B. 24-24") « DE SS. SYMPHRONIO ET OLYMPIO MM.
RoMAE» luc. Simpronius et Olimpius temporibus Valeriani et
Galleni — Des. celebrem diem fecerunt pridie nonas decembris.
12. (V. 284-285 ; D. 24* -26) «DE S. MELRBTIO EP.» lc. Meli-
cius episcopus et confessor apud Pontum fuit eruditionis praero-
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 49.
gativa magnificus — Des. et paucis diebus transactis, princecp»s
Theodosium fecit imperatorem.
13. (V. 285-286"; B. 26-28*) «D& S. SaBA AB. IN PALAESTI-
NA Inc. Sabas ex provincia Capadociae civitate Mutalapsis —
Des. ut sibi a sancto martyre dictum fuerat.
14. (V. 286"; B. 28*) «DE S. CnisPINA v. M.» Crispina virgo
et martyr in Africa... decollata est (1a dumíaxat sententia).
15.(V. 286'-288; B.28'-31) «DE S. DALMATIO M. IN PEDE-
MONTIO» lnc. Dalmatius cum esset parvulus — Des. sanitatem
pristinam recuperavit.
16. (V. 288-293 ; B. 40* -49*) «DE S. NiCOLAO EP. MYRENSIP
Inc. prol. Nicolaus interpretatur stultus ecclesiae languentis —
Inc. Nicolaus ex illustri prosapia ortus — Des. die huius sancti
natalicio celebratur.
1". (V. 293-294" ; B. 49'-52) «DE S. Basso EP. NICIENSI M.»
Inc. Bassus vir venerabilis moribus — Des. illud in eodem loco
sepelierunt.
18. (V. 294" ; B. 52-52") «.D& S. DioNYSIA RT SOC. MM.» Diony-
siae, Dativae... cursum martyrii consummavit. Haec Ado.
19. (V. 2947-295 ; B. 52») «DE S. AGATHONE M.» Agatho martyr
apud Alexandriam... vir idus decembris. Haec Ado.
20. (V. 295-296 ; B. 52*-54) «DE S. SABINO EP. M. SPOLETI»
Inc. Savinus episcopus passus est V idus decembris. Nam Massi-
mianus imperator, omnibus in capitolio Urbis convocatis — Jes.
beatum Savinum eidem in praelio adiutorium contulisse.
21. (V. 296 ; B. 54-54") «D& S. LEeocapia v. M.» Ic. Leocadia
virgo natione hispana, genere nobilis — Des. impollutum ei spiri-
tum reddens. |
22. (V. 296-296" ; B. 54'-55*) «DE S. BunRGUNDOFARA ^ Znc.
Farra virgo claruit in Francia — Des. post Gondoaldum Melden-
sium episcopus egregius fuit.
28. (V. 296"-302 ; B. 31-40) « DE coNcEPTIONE B. V. MARIAE»
Inc. Conceptionis sanctae Mariae «(Dei genetricis festum —
Des. id est a se, a terra benedicta.
24. (V. 302-302" ; B. 40-40") «DE S. RoMaRICO AB. HABEN-
DENSJ 7» J4c. Romaricus abbas tempore Heraclii imperatoris —
Des. Francorum vero Chlodoveo (Clovodeo V).
25. (V. 3o2* ; B. 40") «Dg S. MacAni10 M. ALEXANDRIAE » Ma-
carius tempore Decii... iubetur exuri.
26. (V. 302* ; B. 55") «DE SS. CARPOPHORO, ÁBUNDIO ET SOC.
MM.» Inc. Carpophorus presbyter ct Abundius diaconus apud
Hyspolitanam civitatem — Des. 1v idus decembris.
ANAL. BOLL. XXIX. 4
$0 LE LÉGENDIER DEB PIERRE CALO.
27. (V. 302* ; B. 55") «DE S. MILTIADE PAPA» Inc Melchiades
papa, natione Afer— Des. De ieiunio quintae feriae quaere«...»
28. (V. 302*-303 ; B. 55-56) « DE S. DAMASO PAPA» Ic. Dama-
sus, ut Hieronymus scribit in Cronicis — Des. in basilica sua 111
idus decembris.
29. (V. 303-303" ; B. 56-57) «DE SS. FusciawNo, VicTORICO,
GENTIANO MM.» Inc. Fuscianus et Vitoricus hospitabantur apud
Gentianum — Des. cum eodem simul in requie dormirent.
80. (V. 3o03* ; B. 55) « Dr SS. PoNTIaANO, PRAETEXTATO, THRA-
SONE MM. ROMAE S lc. Pontianus, Praetestatus et Trasso, qui
potens et locuples — Des. 111 idus decembris.
81. (V. 303-305 ; B. 57-59") «DE S. PAULO EP. NARBONENSI»
Inc. Paulus Sergius missus est Narbonam — Des. et posuit ad
caput eius.
82. (V. 305; B. 59") DE 5S. AMMONARIA ET SOC. MM.» Inc.
Quatuor sanctae mulieres Ammonaria, Mercuria — Des. ut scribit
beatus Dionysius episcopus in libro de martyribus.
88. (V. 305-307 ; B. 59*-64) « D& S. Lucia v. M. SYRACUSANA»
Inc. prol. Lucia dicitur a luce — Inc. Luciam virginem nobilissi-
mam Syracusanorum -— Jes. de qua dicetur ante festivitatem
sancti Matthaei apostoli. |
84. (V. 307-310 ; B. 64-67*) «DE SS. EUSTRATIO ET SOC. MM. IN
ARMENIA» Jic. Eustracius passus est idibus decembris temporc
Diocletiani — Des. et venerationem ampliorem sanctorum.
85. (V. 310-310" ; B. 67*-68") «Dk S. Iupoco» /^c. Iudochus
(Iadocus V) regis Britonum filius, spreto resno — Des. usque in
finem vitae suae permansit.
86. (V. 310*-311 ; B. 68*-69*) «DE S. UnsiciNo M. RAVENNAE P
Inc. Ursicinus in Liguriae partibus medicus — Des. agente Paulino
consulari.
97. (V. 311-311 ; B. 69*-70*) «Dk S. SPvRIDONE EP.» [sc.
Spiridion apud Cvprum unus fuit de illis confessoribus — Des.
sicut dicit sermo divinus.
88. (V. 311"-313 ; D. 70-72) « DE S8. AGNELLO AB. NEAPOLU»
Inc. Angelus ab ipso pueritiae tempore innocenter vivens — Des.
et illum sanavit et illuminavit.
89. (V. 313:313* ; D. 72-73) «D& SS. HERONE ET SOC. MM.
ALEXANDRIAE » Inc. Hero, Arsenius, Isidorus et Dioscorus apud
Alexandriam — Des. Acta sunt haec sub Datiana persecutione.
40. (V. 313'-315* ; B. 73-76") «DE S. PLATONE M. ÁNCYRAE
Inc. Platon in provincia Galatiae tempore Massimiani — Des. per
eum invocantibus (iungantibus D zi. pr. ; rog. B corr.) Dominum.
44. (V. 315'-316; D. 76) «Dr S. VALERIANO EP.M. IN AFRICA?»
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 5I
Inc. Valerianus episcopus apud Affricam passus est — Des. cur-
sum beatae vitae complevit.
42. (V. 316-317 ; B. 76'-;8') «DE S. BARBARA V. M. Inc.
frol. Barbara dicitur quasi barbata — Inc. Barbara virgo Nicome-
diae orta, filia Dioscori — Des. Deum glorificans et virginem glo-
riosam (1).
43. (V. 317-321 ; B. 78-84) « Dg S. Lazano EP.» Inc. Lazarus
interpretatur adiutus — /zc. Cuius caput vel craneum in matrice
ecclesia ostenditur ibi.
44. (V. 321-321* ; B. 84-84") «DE SS. FLORIANO ET SOC. MM.
ELEUTHEROPOLI ZIzc. Florianus cum aliis tribus passus est in
civitate Gaza — Des. id est xv1 kal. ianuarii.
45. (V. 321*-323 ; B. 847-86") «DE S. HiLDbEFONSO EP.» Ic.
Hildefonsus sanctus episcopus fuit Tolletanus. Hic sub rudimentis
— Des. et habere meruit talem interventricem.
46. (V. 323-323" ; B. 86-87) «DE S. EurYycHIANO PAPA» Iac.
Euticianus papa Tuscus natione — Des. et summi honoris cumu-
lum exhiberet.
4". (V. 323*-328 ; B. 87-94) «DE S. TioMaA APOST.7» zc. prol.
Thomas interpretatur abyssus — Des. Thomas apostolus, qui et
Didymus, fuit magnae excellentiae — Des. ita est pulchrum.
48. (V. 328*-329 ; B. 94-95") « DE S. VICTORIA V. M. ROMANA»
Inc. Victoria x kal. ianuarii passa est. Cum enim illustris vir —
Des. consumptus a vermibus exspiravit.
49. (V. 329'-332 ; B. 95"-99) «DE S. ANASTASIA M. IN INSULA
PALMARIA» Iac. prol. Anastasia dicitur quasi anastasis — c.
Anastasia Praetessati illustrissimi Romanorum filia — Des. emisit
spiritum VIII kal. ianuarii.
50. (V. 332 ; D. 99-99") «DE S. EuGENI1A v. M.» Inc. Eugenia
fuit filia Philippi — Des. ad caeli gaudia migraverunt.
51. (V. 332-336" ; DB. 10o-106) «DE S. STEPHANO PROTOMAR-
TYRE» [nc. Stephanus graece, latine interpretatur corona — Des.
ne destruantur omnes. Et cessavit ([Et c.] Haec ibi B).
52. (V. 336'-344 ; B. 106-117) «DE S. IOHANNE APOST. 7» Jnc.
Iohannes interpretatur in quo est gratia — Des. Haec Procorus
cum aliis, quae in alio eius festo posuit.
58. (V. 344-347* ; B. 117-122) «DESS. INNOCENTIBUS 5 nc.
Innocentes ab Herode Ascalonita interfecti sunt — Des. honorati
sunt.
54. (V. 347-348" ; D. 122*-124) «DE S. THOMA EP. CANTUARIEN-
SI» Inc. prol. Thomas abyssus, geminus et sectus — Zzc. Thomas
(1r) Ultima pars est ipsa narratio BHL. 922.
-
92 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Cantuariensis, dum in curia regis Angliae consisteret — Des. et
adorabunt vestigia pedum tuorum.
55. (V. 348-351" ; B. 124-128) «(DE S. SILVESTRO PAPA?» Inc.
prol. Silvester dicitur a siler, quod est lux — Izc. Silvester, cum
eeset infantulus, a matre sua — Des. ad coenobium Nonantulanum
a (ad V) se fundatum, ut dicit Sigebertus.
56. (V. 351-352 ; B. 128-129) « DE S. HoMoBoNo CONF. Zac.
Homobonus in civitate Cremona ab incunte et florente aetate ad
negotiationem abiit — Des. ad eius tumulum recipiunt beneficia
(-cium V) sanitatum (om. V).
5*7. (V. 352 ; B. 129) «;D& SS. Rvro et ZosiMO MM. PHILIPPIS »
Inc. Rufus et Zosimus xv kal. ianuarii — Des. et resurrexit.
58. (V. 352; B. 129) «DE S. NEMESIO M. IN ÁEGYPTO » Inc.
Nemesius (Nemensius V) passus est xiV. kal. ianuarii — Des. per-
tulit crucem. Haec Ado.
59.(V. 352; B. 129) «D& S. AviTO CONF. MICIACENSI» Jn.
Avitus primo fuit Menatensis monasterii monachus — Des. directa
cervice convaluit. |
60.(V.352; B. 129) «DE SS. AMMONE ET SOC. MM. ÁLEXAN-
DRIAE» 4Z44c. Amonis, Zenonis, Ptholomaei... passio xit kal.
ianuarii — Des. constantiam animi dedit. Haec Ado.
61. (V. 352-354 ; B. 129-132) «DE S. BARBATIANO PRESB. Ra-
VENNAE » [1c. Darbacianus et. Thymoteus presbyteri et timorati
viri — Des. sicut Domino voverant.
62. (V. 354; B. 132) « DE S. TRoPHIMO EP. AÁRELATENSI» Zzc.
Trophimus episcopus et confessor — Des. Haec frater Bartholo-
maeus. |
63. (V. 354-354" ; B. 132-132) «DE S. CoLuMBA V. M. SENO-
NIS» Inc. Columba virgo, ut dicit Hugo — Des.praecipue Martino
et Dionysio. |
64. (V. 3547-355" ; B. 132'-134) «DE S. FULGENTIO EP.RUsPEN-
SU» Iic. Fulgentius natus ex Fulgentio patre et matre Marchiana
— Des. et Epiphanius Ticinensis, ut ait Sigibertus.
65.(V.355'-356' ; B. 134-135) «DE S. MaRTINA V. M.» Inc.
Martina virgo et martyr, cum esset splendida — Des. et credide-
runt in Christum ea die duo milia trecenti.
66. (V. 3567-357; D. 135-136) C DE S. CoNCORDIO PRESB. M.» Dic.
Concordius episcopus tempore ÁAntonicin»1 imperatoris — Des.
Passus est autem kal. ianuarii.
67.(V.357:.357 ; D. 136-137) « DE S. EuPHROSYNA v. Imc.
Eufrosina virgo. apud. Alexandriam a. patre Pafnucio dabatur
nuptui — Des. vixit in sancto proposito annis decem.
68. (V. 357-359" ; B. 137-139") «D& pvonus Macaniis Znc.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 53
Macharii duo floruerunt eodem tempore— Des. imposuit ei manus,
et curatus est.
69. (V. 359-360" ; B. 139-141) «DE S. GENovEFA V.» fc.
Genovefa virgo Parisiensis multa sanctitate per Galias claruit —
Des. Hoc natale i11 nonas ianuarii celebratur.
70. (V. 360*-361 ; B. 141-142) «DE S. THEOGENE M. Ic.
Theogenes filius episcopi, sed non legi cuius, comprehensus est —
Des. et passus est III nonas ianuarii.
71. (V. 361 ; B. 142) « DE S. PETRO BALSAMO M.» Ic. Petrus
Aulanus passus est tempore Diocletiani — Des. Huius passionem
transtulit Anastasius apostolicae sedis bibliothecarius, ut scribit
Vincentius.
72. (V. 361.362 ; B. 142-144) «.D& SYMEONE STYLITA SENIORE 5
Inc. Symeon monachus quadraginta annis inclusus in columna
stetit — Des. quam quas fecerat in vita sua.
73. (V. 362-362» ; B. 144) « DE S.MELANIO EP. REDONENSI Z7c.
Melanius Redonensis fuit de Venetensi[a] parochia — Des. laqueo
strangularet.
74. (V. 362 ; B. 144-144") DE S. Tiro DpisciPULO S. PAULI
Inc. Titus ordinatus a Paulo apostolo Cretensium episcopus— Des.
scribens a Nicopoli. |
35. (V. 362" ; B. 144") « Dg S. Macna v. M.» Inc. Macram vir-
ginem Rictiovarus veniens in civitatem Augustanam repperit
— Des. et corpus eius in ea collocavit i11. kal. ianuarii (BHL.
5128).
76. (V. 3627-363 ; B. 144-145) «DE S. LUCIANO PRESB. ÁNTIO-
CHENO M.» Inc. Lucianus Antiochenae ecclesiae presbyter et mar-
tyr — Des. Helenopolim nuncupavit.
77. (V.363 ; B. 145) « D& S. CLERO DIAC. ANTIOCHENO M.»
Clerus diaconus apud Antiochiam... martyrium consummavit,
78.(V. 363-363 ; B. 145-145") DE RELATIONE PUERI IESU EX
AEGYPTO » Irc. Relatio pueri Iesu ex Aegypto fuit vir 1dus ianua-
rii — Des. arborem vacuam remansisse.
79. (V. 363-367; B 145'"-151) « DE S. SEVERINO AB. IN NORI-
CO» Inc. Severinus tempore quo Attila rex Hunorum defunctus
est — Des. multi infirmi recipiunt sanitates,
80. (V. 367-367* ; D. 151-151") «DE S. LUCIANO EP. ET SOC.MM.
BELLOVACI zc. Lucianus beati Petri apostoli discipulus — Des.
exceptis mulieribus et parvulis.
81. (V. 3677-368 ; B. 151*-152») « DE S. MARCIANA V. M. CAESA-
REAE » J»c. Marciana virgo civis Insueguritani (Inseguntani V)
municipii pulcherrima — Jes. sanctae Marcianae virginis.
82. (V. 368-369" ; B. 152-155) «DE S. PAULO THEBAEO » Inc.
54. .LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Pauli primi heremitae Vitam scribit beatus Hieronymus — Des.
regum purpuras cum petiis (penis B) suis.
83. (V. 369" ; B. 155) «DE S. NICANORE DIAC. M.» Nichanoris
diaconi... est sepultus.
84. (V. 369*-370 ; B. 155-156) « DE S. SaLvio EP. AMBIANENSI
Inc. Salvius (Silvinus V) martyrizatus est a Winegardo. Hic
temporibus Hilperici regis — Des. pavit greges in servitio sancti
Salvii (Sauli V).
85. (V. 370-370" ; B. 156-156") «DE TRANSLATIONE S. FriR-
MINI EP. AMBIANENSIS 5 Z7c. Translatio sancti Firmini martyris
facta est idibus ianuarii. Vir enim sanctus — Des. aegroti sanati
sunt.
86. (V. 370-371" ; B. 156*-158) «Dez S. HiLaARIo EP. PicTA-
VENSI 5 ZJ7c. Ilarius regionis Equitaniae oriundus. — Des. multos
etiam sermones ad populum splendidissimos composuit,
87. (V. 3717-372" ; B. 158-159») «Dr S. REMIGIO EP. REMENSI
Inc. Remigii doctoris eximii nativitas cuidam monacho, Montano
(Morano B) nomine — Des. Huius historiam scripsit Hincmarus
Remensis archiepiscopus.
88. (V. 372*; B. 159") «DE S. FELICE PRESB. NoLANO» Zzc.
Felix beatus fuit beatitudine viae — Des. Marcellinus prosaice
(Marcelianus presbyter V) hunc secutus.
89. (V. 372*-373 ; B. 159*-165) «De S. FELIcE PREsB. RoMA-
NO» Inc. Felix cognomine ia Pincis sic dicitur a loco — Des. per-
rexit ad Dominum Iesum Christum.
90. (V. 373-373" ; B. 160-162) D& S. VIVENTIO» /1c. Vincen-
tius floruit tempore Constantini Magni. Hic quondam iuvenis
samaritanus — Des. Frater Vincentius solvit dicens quod forte
illuc translatus est.
91. (V. 373'-374 ; B. 162-162") «DEg S. BoNITO EP. ARVERNO»
Inc. Bonitus episcopus civitatis Arvernensis (Aver- V) vitam reful-
gentem virtutibus duxit — Des. Deum quaerere cautus fuit.
92. (V. 374-374" ; B. 162*-163") « DE MONASTERIO ABBATIS Isr-
DORI» 4c. Ysidori monasterium, ut ait Hieronymus in Vitas
patrum (cf. BHL. 6514, c. 17) — Des. ubi primo pix ebulliens ad
eius colla pervenit.
93. (V. 374"; B. 163-164) «Dg S. FELiICE EP. TUBZACENSI
M.» Inc. Felix Tubiacensis passus est temporibus Diocletiani —
Des. capite fecit plecti xvii kal. februarii.
94. (V. 374-376 ; B. 164-166) «De S. Mauno AB.» Inc. Mauri
Vitam scripsit primo Faustus monachus — JDes. super cilicium
strati sui recubans. |
95. (V. 376-376" ; B. 166-167) «DE S. MARCELLO PAPA? Inc.
LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO. ' 55
Marcellus papa natione Romanus sedit annis quinque — Des. bal-
neum clauserunt factusque est timor in loco illo.
96. (V. 376"-377* ; B. 167-168") «Dg S. TiTiANO EP. OPiTERGI-
NO » Inc. prol. Titianus dicitur a titio, quod est ultio — Jc. Titia-
nus ortus Eraclea civitate — Des. mutata est post Opitergii vasta-
tionem et permanet usque in praesentem diem.
97. (V. 3777-378 ; B. 168*-169) «Dg S. HoNORATO EP. ARELA-
TENSI ^ /4c. Honoratus Arelatensis, ut Hilarius, qui ei successit
et eius vitam scripsit, dicit — Des. Obiit autem xvit kal. februarii.
98. (V. 378 ; B. 169) « DE S. HoNORATO EP. AMBIANENSI» zc.
Honoratus sanctus praesul Ambianensis tempore Alchidelberti
regis — Des. venerabili Lupicino presbytero inveniret.
99. (V.378-378" ; B. 169-169) « DE S. HoNoRATO AB.FUNDANO »
Inc. Honoratus, de quo beatus Gregorius primo dialogo, cap. 11 —
Des. Haec Gregorius.
100. (V. 3787-384; B. 1:69*-179) « DE S. ANTONIO AB. IN AE-
GYPTO » Inc. prol. Antonius dicitur ab an[n]a, quod est sursum
— [nc. Antonius nobilibus religiosisque parentibus Aegypto oriun-
dus — Des. in translatione eius.
101. (V. 384-385 ; B. 179-180) «DE S. AnRcADIO M.» Inc. Ar-
chadii martyris, ut scribit beatus Zeno — Des. Haec beatissimus
doctor Zeno.
102. (V. 385-385" ; B. 180-181) «(Ds SS. DioponRo ET MARIANO
MM. Inc. Diodorus presbyter et Marianus diaconus cum plurimis
— Drs. est redditus pristinae sanitati.
103. (V. 3857-386" ; B. 181-182) « DE S. PoNTIANO M. SPOLETI»
Inc. Pontianus tempore Antonini (-onii V) imperatoris passus est
— Des. et sepelierunt illud... xv kal. februarii.
104. (V. 386*-387 ; B. 182-183) «DE S. SEVERO PRESB. IN PRO-
VINCIA VALERIAE?» Z/5c. Severus vir valde religiosus, ortus de
Ravenna — Des. usque in hodiernum diem.
105. (V. 387-388 ; B. 183-184") « DE SS. AquILA ET PRISCA»
Inc. Priscae ecclesia fuit habitatio Priscae et Aquilae — Des. iuxta
arcum romanum in ecclesia sanctorum martyrum Aquilae et
Priscae.
108. (V. 388-391" ; B. 1847-189") «DE S. BassiANO EP. LaAvu-
DENSI?» Inc. prol. Bassianus dicitur vel a basi quae columnas sup-
portat — Zzc. Bassianus vir venerabilis pueritiae suae tempore —-
Des. laudes Deo et gratias retulerunt.
107. (V. 391-392 ; B. 189*-190) «DE S. FAntiANO PAPA? Fic.
Fabianus natione Romanus, ex patre Fabio — Des. Haec ex libro
pontificum.
108. (V. 392-395" ; B. 19o-195*) «DE S. SEBASTIANO M.» zc.
56 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Sebastianus civis Narbonensis, inde oriundus — Des. pestis illa
quievit.
109. (V. 395*"-396 ; B. 195*-196") «DzE SS. MaRnio, MARTHA ET
SOC. MM.» lc. Marii et Marthae et c. martyrum passionem
Romani presbyteri scripserunt, ut scribit Sicardus — Des. Martham
vero levatam de puteo eis iunxit xir kal. februarii.
110. (V. 396-401 ; B. 196"-203? «DE S. AGNETE V. M.» Ic.
prol. Agnes dicitur quasi agna — Ic. Agnes XIII. aetatis suae anno
mortem perdidit et vitam invenit — Des. tribuit animae faciei.
111. (V. 401-405 ; B. 203-210) «DE SS. IuLIANIS ET DE IULIANO
APOSTATA Inc. prol. Iulianus dicitur a iubilo — Isc. Iulianus
Cenomanensis episcopus fuit. Hic dicitur fuisse Simon ille phari-
saeus — Des. Moritur Valentiniano Constantii filio imperante.
112. (V. 405-407 ; B. 210-213) « DE S. VINCENTIO DIAC. CAESAR-
AUGUSTANO ET M.» Jic. prol. Vincentius dicitur quasi vincens
— Inc. Vincentii martyris gesta litterarum apicibus annotari —
Des. et sicut invenies in legenda beati Dominici.
1183. (V. 407-410" ; B. 213-217 bis) «Dg S. BASILIO EP.» jas.
Basilium et Gregorium Capadocia (-cie B) germinavit, ut dicit
Eusebius — Des. nec modo mortuus fuisse.
114. (V. 410" ; B. 217 bis) «Dk S. AsCLA M. Inc. Ascla passus
est apud Aegyptum — Des. x kal. februarii.
115. (V. 411-411" ; B. 217 bis-218) DE PHILEMONE, ÁPOLLONIO
ET SOC. MM.» I1c. Philemon et Apollonius diaconi in civitate Anti-
noum passi sunt — JDvs. et ita fecerunt.
116. (V. 411"-412 ; B. 218-219) «Dg S. BABYLA EP. M.» 7st.
Babillas episcopus Antiochiae, cum Numerianus ([c. N.] conume-
ranus V) ibi immolasset (-sent V) daemoniis — Des. et positum
cum infantibus.
117. (V. 412-412" ; B. 219-219") «D&É S. TiworTH&Oo S. PAULI
DISCIPULO /nc. Timotheus, ut Polycrates presbyter scripsit —
Des. unam de Laodicia, alteram (aliam B) de Roma misit.
118. (V. 412» ; B. 219") «D& S. METRANO M.» Ic. Metranius
martyr apud Alexandriam passus est — Des. lapidibus eiece-
runt. |
119. (V.1*-7, r.6*; B. 219"-227) DE CONVERSIONE 5. PAULI. 7c.
Conversio beati Pauli apostoli propter tria sollemniter ab ecclesia
celebratur — Des laqueo a se proiecto.
120. (V. 6'-7; B.227'-228) DE S. PnzgrECTO (Pnor- V Jic) EP.
Inc. Preiectus Arvernensis civis et episcopus, ut ait Sigibertus —
Des. martyri obtulerunt.
124. (V. 7-8 ; B. 228-230) DzÉ S. Por vcanro. Iac. prol. Polycar-
pus dicitur a polio et carpo, quasi pollita carpens — JIs»c. Polycar-
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 57
pus fuit discipulus Iohannis evangelistae — JDes. Omnia haec
libro 1v ecclesiasticae historiae, cap. xIIII? et xv.
122. (V. 8-10" ; B. 230-233 bis") DE S. IOHANNE CHRYSOSTOMO.
Inc. prol. Chrysostomus, ut dicit Ugucio, dicitur a crisis — Zzc.
Iohannes cognomento Chrysostomus Antiochenus, filius — Des.
Haec de Historia tripartita.
123. (V. 10*-12" ; B. 233 bis"-237) DE S. IoHANNE ELEEMOSYNA-
RIO. zc. lohannes Alexandriae episcopus, qui ob nimiam liberali
tatem — Des. ad monumentum rediit. |
124. (V. 12Y-13" ; B. 237-238") DE S. PAULA. 7c. Paulae vitam
scripsit beatus Hieronymus, dicens : Si cuncta — Des. ut eam
putares dormientem, non mortuam.
125. (V. 13* ; B. 238*-239) D& S. AviTO EPISCOPO. ZIzc. Avitus
episcopus Viennensis (Vienensis B ; Vinnensis V) confessor nonis
februarii migravit ad Dominum—JDeves. directa cervice convaluit(r).
126. (V. x3'-14 ; B. 239) DE SS. LEucio, TuHvnRso, CALLINICO
(De S. Leuntio V ; De S. Leuticio B) Izc. Leuntius (Leuticius
B), Tyrsus et Calonicusi in civitate Apolonia passi sunt — Des. ut
dicit Ado, v kal. februari.
127. (V. 14 ; B. 239-239") DE S. PaAPiA et Mauno. Izc. Papias et
Maurus milites Romae passi sunt — Des. ut in gestis beati Marcelli
papae legitur.
128. (V. 14; B. 239") DE S. ALEXANDRO M. Jc. Alexander
deciana (detiaca B) persecutione — Des. bono fine quievit i11 kal.
februarii.
129. (V. 14-14* ; B. 239240) Dg S. FLAVIANO ET SOCIIS EIUS.
Inc. Flaviani, Maximi, Secundae, Severae, Kale« in» dini et Marci
natalis celebratur imi kal. februarii. Post mortem namque Dio-
cletiani — Des. Veniens autem quidam corpora eorum sepelivit in
loco Pigrus nonis iulii ; ubi cotidie florent orationes sanctorum.
130. (V. 14" ; B.240*) Ds S. PioNrO. Inc. Pionius, ut scribit Eu-
sebius -- Des. ut in martyrologio legitur.
1841. (V. 147-16 ; B. 240'-243) DE S. I[N]GNA TIO. Jc. prol. Igna-
tius dicitur quasi ignitus — Zzc. Ignatius, ut scribit Hieronymus
— Des. Habetur in martyrologio.
132. (V. 16-16" ; B. 243-244") DE S. SEVERO. Znc. prol. Severus,
ut dicitur in sua legenda — 7c. Severus oriundus de Ravenna —
Des. et plene sanatus est.
183. (V. 16*-18*; B. 244*-248) DE S. GEMiINIANO MUTINENSI.
(1) Paucis de S. Avito Viennensi dictis, plura de aliis SS. Avitis subiuncta
sunt atque iterum exscripta est integra laudatio S. Aviti Miciacensis, quae iam
legitur supra, n? 59.
58 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Inc. Geminianus Mutinensi territorio ortus est — Des. sicut vi-
vens protexit ab Hunis.
184. (V. 18*-19*; B. 248-250) D& TRANSLATIONE CORPORIS B.
MancI VENETIAS. Z7c. Translatio (autem add. B) corporis beati
Marci Venetias hoc ordine facta est. Anno Domini DCCC. XXIII9,
pridie kal. februarii vel, ut Martinus ait — Des. et multa beneficia
praestantur fidelibus.
135. (V. 19*-2o"* ; B. 250*-252Y) MIRACULA DE EODEM—BHL .5289.
136. (V. 21-23* ; B. 252-257) DE S. ANasTASIO PEnsA. ZI7c.
Anastasius Persa octavo Heraclii anno ex mago christianus — Des.
Haec ibi. Nunc autem corpus eius dicitur esse Venetiis in capella
sanctae Trinitatis, et portavit ipsum dominus Vallaresso, quando
ceperunt Constantinopolim Veneti, et dicitur frequenter ibi sen-
tiri odor mirae suavitatis atque frazrantiae (t1).
137. (V. 23*-24 ; B. 257*-258*) D& S. AncHaADnIO (-Di1 V) M. —
supra, 101.
138. (V. 24 ; B. 258") DE S. PERMENA (id e. PARMENA) Znc.
Permenas fuit unus de septem primis diaconibus — Des. ait Hiero-
nymus. |
139. (V. 24; D. 258") DE S. GauDpENTIO. I2c. Gaudentius de
Yporea natus — Des. Novariam producta sanavit.
140. (V. 24; B. 258*) DE S. LUCIANO PRESB. ET M. — siipra, "I6.
141. (V. 24 ; D. 258*-259) DE S. CLERO DIACONO — sufra,T"l.
142. (V. 24* ; B. 259) D& S. APRONIANO M. Ic. Apronianus
martyr Romae passus est — Des. Hoc in martvrologio Adonis.
1483. (V. 247-25 ; B. 259-260") D& S. BRiGIDA V. Isc. Brigida
virgo in Scotia obiit anno primo Iustini senioris — Des. vel invi-
tus hoc dixit. Haec ille.
144. (V. 25-25" ; B. 260*-261") DE S. ErFFREM CoNF. Izc.Effrem,
ut ait Hieronymus de viris illustribus — Des. Hieronymus ubi (ut
V) supra.
145. (V. 25*-32; B. 2617-273") DE PURIFICATIONE ViRGINIS MA-
RIAE. Iiic. Purificationis festum sic legitur institutum. Sigibertus —
Des. inconcussum retineret.
146. (V. 32-32" ; B. 2737-274") DE S. BLaAsSIO EP. ET M. 7c. prol.
Blasius dicitur quasi blandus — zc. Blasius legitur passus 1I
nonas februarii — Des. quasi alarum remigio pervolantes.
14". (V. 32'-33 ; B. 274") DE S. APRONIANO M. J7tc. Apronianus
Romae sub persecutione Maximiani — Des. victorque decessit. —
De codem cf. supra, 142.
(1) Ultimam sententiam ex V protulit Fl. ConNELI1vs, Ecclesiae Venetae...
illustratae, t. XII (1749), p. 358.
LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO. 59
148. (V. 33; B. 274") D& CoRNBLIO CENTURIONE. 77c. Cornelius
centurio beatissimus apud Caesaream — Des. Vide ibi (7d e. in
Actibus apostolorum) historiam eius pulchram.
149. (V. 33-34 ; B. 275-276") DE S. TRIFONE M. Inc. Trifon pas--
sus est rII nonas februarii. Regnante siquidem Gordiano — Des. et
signa ostendit Deus per eum in toto mundo.
150. (V. 34-34" ; B. 276*-277*) D& S. CBLERINO CONF. Zzc. Cele-
rinus diaconus et confessor et avia eius Celerina — Des. ut magi-
sterium ceteris praebeat disciplinae.
154. (V. 347-35 ; B. 2777-278") Dx S. PHILEA EP». 7zc. Phileas, ut
scribit Hieronymus de viris illustribus — Des. et consortes caele-
stium faceret coronarum.
152. (V. 35-36 ; B. 278*-28o0") DE S. AcaTHaA V. Inc. Agatha
dicitur ab agios — Inc. Agatha virgo ingenua et nobilis genere —
Des. et patriae indicat liberationem.
158. (V. 36-36" ; B. 280*-281*") DE S. AviTO EP. VIENNENSI —
supra, 125.
154. (V. 36* ; B. 281") DE S. INGENUINO ep. Izc. Ingenuinus
sanctus, quem Paul[in]us in Gestis Longobardorum — Des. Haec
frater Bartholomaeus.
155. (V. 36*-37 ; B. 281"-282*) DE S. DonorTuza. Isc. Dorothea
virgo passa est apud Caesaream -- Des. Haec Eusebius vir libro
ecclesiasticae historiae, cap. XVII?.
156. (V. 37-38; B. 2827-284) DE S.MovsE EP. SARACENORUM.Zrc.
Moyses episcopus Saracenorum, ut ait Socrates in Historia tri-
partita, cum servus esset — Des.ad pristinum statum reversus est.
157. (V. 38-38 ; B. 284-285) DE S. MovsE AETHIOPE. 7zc. Moy-
ses alius aethiops, colore niger, servus alicuius curialis erat —
Des. Haec in Vitis patrum.
158. (V. 38*-39 ; B. 285-285") Ds CovNTA ET ÁPOLLONIíA. Ic.
Coynta et Apollonia passae sunt sub Decio, ut scribit Eusebius —
Des. ex quo incepi hoc facere.
159. (V. 39-39" ; B. 285*-286*) DE S. AUSBERTO (1d est ANSBERTO
EP. RoTOMAGENSI) ZJzc. Ausbertus fuit filius Siminii illustrissimi
viri — Des. in quo eius redundantia fundaretur.
160. (V. 39"-40 ; B. 2057-287") DE S. ScoLasricA v. — BHL.
7514. — Praemissus est in B prologus, qui tnc. Scolastica dicitur a
scola.
161. (V. 4o; B. 287») DE S. SoTHERI. /»c. Sotheris virginis
passio — Des. martyrium consummavit.
162. (V. 40 ; B. 287") DE S. SEVERINO AB. « AGAUNENSI?, /zc.
Severinus abbas fuit et Christi confessor gloriosus — Des. lumine
totus circumfusus est locus.
60 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
163. (V. 40-44 ; B. 287*-294") DE S. EurnasiA. Izc. Eufrasia filia
fuit Antigoni senatoris — Des. et persequitur nos.
164. (V. 44-45 ; B. 2947-296) D& S. EULALIA v. Zzc. prol. Eulalia
dicitur ab eu — Z7nc. Eulalia virgo,Barchinone civis, genere nobilis
— Des. et honorifice sepelierunt.
165. (V. 45; B. 396) DE S. AGABO PROPHETA. I5tc. Agabus pro-
pheta in Novo Testamento floruit — Des. alligatus spiritu vado in
Hierusalem.
166. (V. 45-46 ; B. 296-298") DE S. STEPHANO GRANDIMONTENSIS
ORDINIS FUNDATORE. /7c. Stephanus Grandimontensis ordinis fun-
dator anno Domini MLXXXI, filius fuit Stephani — Des. et in fluvium
spargemus.
16". (V. 46-47 ; B. 298*-3o00) DE S. FUscA. Zzc. prol. Fusca dicitur
a fusco — Inc. Fusca nata paganissimis parentibus in Ravenna —
Des. et dignissime sepelierunt illud.
168. (V. 47 ; B. 300-300") DE S. VALENTINO EP. I7. prol. Valen-
tinus dicitur quasi Valens — Izc. Valentinus Interamnensis epi-
scopus, cum multos convertisset — Des. Haec frater Bartholo-
maeus.
169. (V. 47-47* ; B. 3oo*-3o1). DE S. VALENTINO PRESB. Zzc.
Valentinus reverendus presbyter et insignis Romae — Des, in
Augiam ([in A.] Mangiam V, B) monasterium sunt translata (r1).
170. (V. 47-48 ; B. 301-302) DE S. FaAusTINO ET IoviTA. zc.
Faustinum et Iovitam ex nobili genere ortos — Des. decollati sunt
Xv kal. martii.
171. (V. 48; B. 3o2) DE SS. MaxiMO ET CLAUDIO FRATRIBUS.
Inc. Maximus et Claudius fratres et uxor Claudii Praepedigna —
Des. iuxta civitatem sepelierunt. |
172. (V. 48-49 ; B. 302-303") DE S. CnRAToNo. Z7c. Craton civis
Atheniensis, orator utriusque linguae — Des. ut scribit Ado.
173. (V. 49-19* ; B. 303-304") DE S. IUuLIANA. Z;zc. Iulianam
puellam Affricani filiam — Des. eorum corpora devorata sunt.
174. (V. 49"-50; B. 304*-305) DE S. PorLIcRoNIO E». Jc. Polli-
cronius episcopus erat in civitate Babyloniae — Des. iuxta civita-
tem Cordulam x kal. mai.
175. (V. 5o ; B. 305-305") DE S. SYMEONE Er. 7zc. Symeon epi-
scopus Hierosolvmitanus xii kal. martii crucifixus est. De quo
Eusebius — Des. ut centum viginti annorum senex crucis suppli-
cium pertulisset.
176. (V. 50; B. 3o5") DE S. [A]GanbiNo PRESB. 72c. Gabinus
(1) Cf. StaepbERTI GEMBLACENSIS chronica ad an. 828 (MG., Scr. t. VI, p. 338),
quem locum ipse Petrus aflert.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 61
presbyter, Romanus genere, frater Gai — Des. etc. ut habes
Susannae.
177. (V. 50-50" ; B. 305*-306*) DE PASSIONE MULTORUM MARTY-
RUM. /zc. Apud Tyrum, quae civitas maxima est Fenicis — Des.
ut scribit Ado.
178. (V. 50* ; B. 306") DE LXXIX MARTYRIBUS. Martyres Lxx
apud Siciliam... IX kal. martii.
179. (V. 50'-53* ; B. 306-311) DE CATHEDRA S. Pzr7RIr. /sc. Ca-
thedra Petri triplex est — Des.et statim sunt a langoribus resoluti.
180. (V. 53* ; B. 311") D& S. SiRENO MONACHO. Jc. Sirenus
monachus apud Sirmium passus est — Des. capite caesus est.
1841. (V. 53-54" ; B. 311-313) DE S. PoLvcanPo coNr. Zzc. Po-
lycarpus presbyter et confessor cum beato Sebastiano plurimos
ad fidem Christi convertit — Des. etc. ut Sebastiani.
182. (V. 54*-55* ; B. 313-315) DE S. GERARDO M. « EP. CHANA-
DENSI» 4Z^1c. Gerardus martyr Venetis parentibus ortus — Des.
miraculorum exhibitione coruscat clarius.
188. (V. 557-356" ; B. dees!) DE S. DESIDEBRIO EP. VIENNENSI. Z7c.
Desiderius episcopus tam specie corporis — Des. in praesenti
sanitatem efficiet. |
184. (V. 56*- 57 ; B. 315-316) DE S. VEDAsTO. Izc. Vedastus,sicut
scribit Alchvinus — Des. Haec Alcuinus. |
185. (V.57-57' ; B. 316-316") DE S. AMANDO Zzc. Amandus
nascitur anno Iustiniani vit», ut dixit Sigibertus — Des. in pace
quievit.
186. (V. 57*-60" ; B. 317-322) DE GaLLo AB. ZIxc. Gallus abbas a
parentibus secundum Deum religiosis — Des. sed hic recolitur in
kalendariis.
18". (V. 60*-65* ; D. 322-330") DE S. MarHiA APOSTOLO. Fc. prol.
Matthias hebraice, latine dicitur donatus — nc. Matthias aposto-
lus in locum Iudae proditoris substitutus — Des. de auro sive de
argento.
188. (V. 65*; B. 330") DE S. VicTORINO ET SOCIIS EIUS. Iac.
Victorinus, Victor, Nicoforus — Des. Claudianus et Dioscorus
flammis incensi.
189. (V. 65" ; B. 331) DE S. NESTORE EP. /1c. Nestor episcopus
in civitate Pergen Pamphiliae — Des. reddidit spiritum.
190. (V. 65"; B. 331) DE S. AnISTIONE. J»c. Aristionis natale
celebratur — Des. in legenda sancti Barnabae.
194. (V. 65-66 ; B. 331-331") DE S. OwzsriMo. ic. Onesimi na-
talis est — Des. corpus eius delatum est.
192. (V. 66; B. 331") DES. LEaNpRO. Zzc. Leander episcopus
fuit in Hispania — Des. ut scribit Ado,
62 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
193. (V. 66; B. 3317-332) D& S. IuL1ANO Jc. Iulianus in Ale-
xandria passus est ill kal. martii. Nam, ut scribit Eusebius — Des.
una cum latronibus pertulit crucem.
194. (V. 66-67 ; B. 332-333) DE S. ALBINO MARTYRE (mmo ei-
scopo Andegavensi). Inc. Albinus martyr floruit tempore sancti
Aegidii abbatis... Hic Veneticae regionis... indigena — Des. ka-
lendis martii migravit ad Dominum.
195. (V. 67 ; B. 333) DE S. EMriTERIO ET CELIDONIO. 7»c. Emite-
rius et Celidonius, ut scribit Aurelius Clemens in libro Coronato-
rum — Des. Passi sunt autem V nonas martii.
196. (V. 67-67* ; B. 333-333") DE S. MaRiNO ET AsTERIO (V
hic : Astorio). Inc. Marinus miles et Asterius senator, ut scribi-
tur in ecclesiastica historia — Des. ipse martyr accepit.
197. (V. 67*; B. 333"334) D& S. A[u]sTBRIO. JIzc. Asterius vir
Romanae urbis patricius, nobilitate, facultatibus — Des. cum au-
ctoribus suis daemonibus dissoluta est.
198. (V. 67-68" ; B. 334-336) Dg S. Lucio PAPA. 72c. Lucius
» papa, natione Romanus, ex patre Porphyrio — Des. iuxta nomen
magnorum qui sunt in terra.
199. (V. 68*-77 ; B. 336-350") DE S. THoMA DE AQUINO. zc. prol.
Thomas interpretatur abyssus — zc. Thomas beatissimus de
Aquino ex nobilibus parentibus, Landulfo scilicet comite de
Aquino et Theodora — Des. gratias agens Deo et sancto Thomae.
200. (V. 77-77 ; B. 350-351") DE S. PERPETUA et FELICITATE.
Inc. Perpetua et Felicitas fuerunt valde insignes sanctae — Des. ad
laudem domini nostri Iesu Christi.
201. (V. 77*-78' ; B. 352.352") D& SS. PHILEMONE ET ÁPOL-
LON«I»O. lnc. Philemon et Apollonius diaconi in civitatem
Antino[n]um passi sunt — Des. iuxta sepulcrum Asclae.
202. (V. 78" ; B. 352-353) DB S. GREGORIO NyssENo. 77zc. Gre-
gorius Nyssenus fuit frater beati Basilii. — Des. et scribere dici-
tur.
208. (V. 78"; B. 353.353") DE SS. QuiRIONE ET CANDIDO. Jc.
Qu« 1» rion et Candidus praecipui erant inter XL milites qui passi
sunt... apud Sebasten — Des. ideo tunc eorum passio celebratur.
204. (V. 78*-89* ; B. 353'-372) DE S. GREGORIO PAPA. Inc. prol.
Gregorius in. nostra lingua sonat vigilans — Zzc. Gregorius arte
philosophus — Des. paulatim effulxisset.
205. (V. 89*-9o ; B. 372-373) DE S. PAULO EP. /»c. Paulus Leo-
nensis episcopus beato viro Eldrico a pueritia traditus — Des.
cuius festum recolitur Iv? mail.
200. (V. 9o*-91* ; B. 373-375) DE S. LoNaiNo. Zzc. prol. Longi-
nus dicitur quasi longanimis — Jc. Vir (115210 Fuit) quidam miles
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 63
centurio, nomine Longinus — Des. permansit cum praedicatori-
bus fidei.
20". (V. g1*-95; B. 375-377") DES. ArrFRopiSIO. /5c. Affrodisius
ortu et genere Aegyptius, officio dignitatis consularis — Des. ad
cuius sepulcrum omnis generis languores curantur.
208. (V. 93-99; B. 377*-388) DE S. BENEDICTO AB. Znc. frol.
Benedictus dicitur vel quia multa benedixit — Zzc. Fuit igitur vir
vitae venerabilis — Des. in eadem, quam acceperat, permansit.
209. (V. 99; B. 388) De S. PoNri10. Izc. Pontius diaconus beati
Cypriani episcopi — Des. ut dicitur in kalendario.
210. (V. 99-99" ; B. 388-388") DE S. ATHALLO (?d e. ATTALA AB.
BoBIENSI). /zc. Athalus beato Columbano de hac vita migrante
successit — Des. vr idus martii.
2411. (V. 99* ; B. 388») «DE S. MATRONA». Inc. Matrona apud
Thessalonicam civitatem ancilla Plausillae — Des. nds in marty-
rologio Adonis.
2412. (V. 99*-100") ; B. 388*-390") D& S. PATRICIO. bo Patricius,
ut ait Sigibertus, a Caelestino papa missus est — Des. ad Dominum.
sunt conversi.
213. (V. 100*-101 ; B. 390"-391*) DE S. GERTRUDE v. 7/zc. Ger-
trudis virgo Nivigellensis (Ving- B) obiit anno Constantis impe-
ratoris XXI?, ut dicit Sigibertus — Des. debeat esse festum sanctae
Gertrudis.
214. (V. 1or-1or* ; B. 391*-392) DE S. ALEXANDRO EP. Jc.
Alexander episcopus de Capadocia civitate sua veniens — Des.
Haec Eusebius libro vi ecclesiasticae historiae.
215. (V. ror" ; B. 392) DE QuopAM S. IoHANNE (PENARIENSI).
Inc. Yohannes magnae sanctitatis vir de Syria oriundus — Des. ubi
praestantur beneficia Dei.
216. (V. ror" ; B. 392-392") DE S. CALOCERO ET SOCIIS EIUS. 77zc.
Calocerus et Faustinus et Iovita sub Adriano imperatore — Des.
III kal. aprilis.
21". (V. 1o1*-103" ; B. 3927-396") DE S. «C» opnBzEnTO. Ic. Cud-
bertus (Codbertus V), ut dicit Beda — Des. iuxta praefatorum epi-
scoporum corpora.
218. (V. 104 ; B. 396") D& S. Foca. Inc. Focas martyr apud
Antiochiam — Des. Hoc Ado.
219. (V. 104 ; B. 396") DE XLVVII MARTYRIBUS. Iuc. XLVII
martyres Romae baptizati a beato Petro — Des. consummati sunt
Ii? idus.
220. (V. 104; B. 396") DE S. VicToRIANO. Jzc. Victorianum
Adrunentinae civitatis civem — Des. Hoc Victor Affricanus.
2424. (V. 104 ; B. 396"-397) DE DUOBUS GERMANIS. /zc. Germani
64. LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
duo Aquisregiensis civitatis apud Tabadessem civitatem,sibi securi
de Domino, in invicem iuraverunt — Des. Hoc Victor (Victoria V)
Affricanus.
224. (V. 104 ; B. 397) DE S. PiGMENIO PRESB. /zc. Pigmenius
presbyter Iulianum apostatam. — Des. Haec in martyrologio
Adonis.
229. (V. 104-117" ; B. 397-421") DE ANNUNTIATIONE DOMINICA.
Inc. Annuntiatio dominica facta est, ut dicit Comestor — Des. et
post concupiscentias suas abiret.
224. (V. 117*-118 ; B. 421*-422*") DE S. VULFRAMNO (AULFRANO
V). Inc. Vulframnus (Awlfranus V) Senonensis episcopus ex terri-
torio Vastinensi fuit — Des. sepultusque est iuxta sanctum Wan-
dregisilum.
225. (V. 118-118" ; B. 422*-423) DE S. MuRITE (— MuniTTA). Izc.
Murite diaconi libertatem (liberante V) ceteris liberiorem, dum
media urbe caederetur, tacere non debeo. Fuit Elpideferus nomine
nimium crudelis — Des. Haec Victor Affricanus.
226. (V. 118* ; B. 423-423") D& DUODECIM INFANTULI« S»
Inc. Duodecim infantuli de itinere revocantur — Jes. Haec
Victor Affricanus. |
221. (V. 118-119 ; B. 423-424) DE PuERO LiB&RATO /z»c. Puer
annorum circiter XvII Liberatus cum uxore et Cresconius — JDves.
Haec Victor Affricanus.
228. (V. 119-120; B. 424-425") DE S. SERAPIONE. Z/c. Serapio-
nem vidimus in regione Arsenoite — Des. Huius obitus celebratur
XII kal. aprilis.
229. (V. 120; B. 425) DE S. InENAEO. Jic. Irenaeus Sirmien-
sis episcopus passus est — Des. in flumen praecipitatus est.
230. (V. 120-122" ; B. 425*-430) DE S. IOHANNE ANACHORITA.
Inc. Iohannes anachorita, ut ait Sigibertus, anno primo Theodo-
sii senioris — Des. Hoc in Vitis patrum.
291. (V. 122" ; B. 430-430") DE S. GUNTRAXN» NO REGE. /?c.
Guntrannus rex Francorum anno rr? Mauritii imperatoris vidit
visionem — Des. Haec Paulus. |
232. (V. 1x12 ; B. 430") DE S. Pnisco ET socis EIUS. Jc. Pri-
scus, Malchus et Alexander apud Caesaream — JDeves. bestiis tradi-
dit devorandos.
238. (V. 122" ; B. 430") DE S. EusrAsi1O. /7c. Eustasius fuit. dis-
cipulus sancti Columbani — Des. 1v kal. aprilis.
294.(V. 122"-123 ; B. 430-431) DE S. ARMOGASTO. /nc. Armo-
gastes, Archiminus (Archimus B) et Sathirus apud Africam —
Des. Haec Victor.
285. (V. 123; B. 431) D& S. QuinINO TRIBUNO Zzc. Quirinus
.LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 65
tribunus passus est Romae sub Traiano — Des. via Appia sepelie-
runt.
236. (V. 123; B. 431-431") DE S. BALBINA FILIA QUIRINI. Inc.
Balbina fuit filia Quirini — Des. via Appia 1I kal. aprilis.
297.(V. 123 ; B. 431") DE S. THEOoDORA. Jzc. Theodora soror
illustrissimi martyris Hermetis — Des. non longe ab urbe Roma.
238. (V. 123.124 ; D. 431-433) DE S. VaLaRICO. /zc. Valaricus
de Alvernia ortus, puer pascebat oves — Des. illud vitium non
iteraret.
239. (V. 124-124" ; B. 433-433") DE S. THEODoOsSiíA V. Inc. Theo-
dosia virgo passa apud Caesaream Palaestinae — Des. unde me
fraudare volebatis.
240. (V. 124* ; B. 433") DE S. CasrULo. Z/zc. Castulus christia-
nus zetarius palatii — Des. migravit ad Christum.
241. (V. 124-125; B. 433-434") DE S. AGAPA ET CYoNIA. Inc.
Agapes, Cvonie et Yrenes, mortuo sancto Grisogono — Des. et
cum sororibus suis positum est.
242. (V. 125-131 ; B. 434'-445) DE S. AMBRoOsSlIO. zc. prol. Am-
brosius dicitur ab ambra — /zc. Ambrosius Romanus, ut scripsit
Paulinus ad Augustinum, filius fuit Ambrosii — Des. et pridie
nonas iunii imperator obiit.
243. (V. 131 ; B. 445-445") DE S. ARMOGASTE. Zac. outs
martyr, cum diu ac saepius — Des. Haec Victor Affricanus. —
Cf. supra, 284.
244. (V. 131-131" ; B. 445") Dg S. SATURO. /1c. Saturus, cum
lucidissimum esset membrum ecclesiae — Des. Haec Victor Affri-
canus. — Cf. sufra, 284.
245. (V. 131; om. B) DE S. AncHiMINO. Jc. Achim prae-
dictorum socius — Des. Haec Ado. — Cf. supra, 234.
246. (V. 131* ; B. 445'-446) DE S. PERPETUO EP. (TURONENSI)
Inc. Perpetuus episcopus admirandae sanctitatis — Des. transla-
tione sancti Martini.
247. (V. 131" ; B. 446) DE S. Pnocono. /zc. Procorus diaconus
— Des. ut dicit Hieronymus.
248. (V. 131" ; B. 448) DE S. Ysipono. Inc. Ysidorus Yspalensis
episcopus tempore Heraclii — Des. ut scribit frater Vincentius.
249. (V.131"-134" ; B. 446451) DE S. MARIA AEGYPTIACA. Z/c.
Mariae Aegyptiacae festum celebratur IV nonas aprilis — Des. lau-
dabilem ducens vitam centum annis.
250. (V. 134" ; B. 451-452) DE S5. IusTo Para. /zc. Iustus papa
primus, natione Romanus — Jvs. in capsa argentea posuerunt.
251. (V. 134*-135; B. 452) DE S5. EGvsiPro. Lic. Egisyppus vir
ANAL, BOLL. XXIX. (008
66 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
sanctissimus, vicinus apostolorum temporibus — Des. et in libidine
conversari.
202. (V. 135; B. 452-452") DE MULTIS MARTYRIBUS. /*c. Marty-
rum plurimorum apud Persidem natalis est X kal. maii — Des. et
sacris virginibus plurimis.
258. (V. 135 ; B. 452") DE S. APoLLoNiOo M. 7»c. Apollonius
Romae urbis senator — Des. in martyrologio Adonis.
254. (V. 135.136 ; B. 452-454") DE S. LEONE PAPA. Inc. Leo
papa decimus .(?5mÁo nonus) natione Alemannus (Ele-V) de
Lothoringia — Des. multisque aliis miraculis fulsit.
2090. (V. 136-136" ; B. 454*-455) DE S. EusToRalo. /zc. Eustor-
gius, qui bonus cultor — Des. in ecclesia Sancti Eustorgii,quae est
nunc Fratrum Praedicatorum.
256. (V. 136"-138" ; B. 455-458*) DE S. ZENONE» EP. VERO-
NENSI. Inc. prol. Zeno dicitur quasi vivens — zc. Zeno episcopus
Veronensis, doctor egregius — Jes. Quos tractatus et epistola-
«rum?» expositiones pulcro et subtili stilo editos ego vidi in duo-
bus voluminibus apud Sanctum Zenonem de Verona (1).
254. (V. 138'-139 ; B. 458*-459*) DB S. HERMIN X1» GILDO. Jc.
Herminigildus anno Tiberii imperatoris sexto — Des. Haec Gre-
gorius.
258. (V. 139; D. 459*-460) DE S. PrioNio. Inc. Pionius, ut dicit
Eusebius — Des. veritatis amore detentus.
259. (V. 139-139" ; om. B) DE S. PRocuro. /ztc. Proculus cum
Sociis suis a Syriae partibus Romam — Des. dimisit hominem
illum sanum.
260. (V. 139" ; B. 460.460") DE S. Mano, EuriTO ET VITORINO.
Inc. Maro, Eutices et Victorinus post martyrium Nerei et Archilei
— Des. et ei ecclesiam fabricavit.
261. (V. 139" ; B. 46o") DE S. MaPaLLICO. 772c. Mapallicus
(Mappa- V) apud Affricam passus est —— Des. Passus est autem kal.
maii.
202. (B. 460"* ; om. V) «DE S. APOLLONIO — supra, 253.
268. (V. 139-141 ; B. 460*-463) DE S. ELEUTERO. /»c. Eleuterii
pater, cum primum fuisset senator — Des. Acta sunt haec Iv kal.
maii.
204. (V. 141 ; B. 463) DE S. TiMUNTINO (11mo 'TAMONE). Inc.
Timon unus ((T. u.] Timontinus V) de septem primis diaconibus
— Des. et combustus est a gentibus.
265. (V. 141 ; B. 463) DE S. ViCTORE PAPA. Iné. Victor primus
papa, natione Affer — Des. sepultus est in Vaticano.
(1) Ultima pars est ipsa narratio BHL. 9012.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 67
280. (V. 141; B. 463) D& S. Sur Picio (Sulpucio cod.) ET SOCIO.
Inc. Sulpucius et Servilianus praedicatione et miraculis — Des.
miliario i1 ab Urbe.
26. (V. 141 ; B. 463.463") DE S. MaRCELINO EP. 75c. Marcellinus
primus Ebrudinensis civitatis episcopus — Des. Haec in martyro-
logio Adonis.
268. (V. 141-142 ; D. 463'-464*) DE S. SYMEONE ARCHIEP. Z7c.
Svmeon archiepiscopus Seleuciae et Thesifontis — Des. Hoc
Socrates.
269. (V. 142 ; B. 464") DE S. EPiPonio. /zc. Epipodius Lugduno
Galliae — Des. capitis abscissione complevit.
2770. (V. 142-144" ; B. 464*-469*) DE S. GEoRGio M. Inc. frol.
Georgius dicitur a geos — I»c. Georgius vir illustris de Capadocia
— Dres. quiest hoc animati civitatem obtinuerunt.
271. (V. 144*-146 ; B. 469"-472) DE S. REGULO EP. (SILVANE-
CTENSI).751c. Regulus cum beato Dionysio et Clemente — Des. quam
ipse in eorum honore consecraverat.
272. (V. 146 ; B. 472) DE S. PniLiPP0o CRETENSI. /»c. Philippus
Cretensis, id est urbis Gortinae — Des. Obiit rir idus aprilis.
278. (V. 146-146" ; B. 472) D& S. IuLIo PAPA. 7Jzc. Iulius natione
Romanus — Jes. et sepultus est via Aurelia.
274. (V. 146" ; B. 472) DE S. ANICETO. /»c. Anicetus papa
syrus (syrius V) — Des. in cimiterio Calixti.
215. (V. 146" ; B. 472-472") XVIII MARTYRES. XVIII martyres...
interempti sunt.
216. (V. 146* ; B. 472") DE S. Gato PAPA. Ic. Gaius papa Dal-
macinus — Des. in cimiterio Calixti sepelitur.
211. (V. 146" ; B. 472*-473) DE S. AcaaPrTO. Iac. Agapitus Roma-
nus sedit — Des. ubi sepultus est.
218. (V. 146" ; B. 473) DE 5. FELICE PRESB. zc. Felix presbyter,
Fortunatus et Achileus diaconi — Des. consummati sunt Ix kal.
maii.
219. (V. 146"-147 ; B. 473) DE S. ALEXANDRO M. Z7zc. Alexander
apud Lugdunum Galliae — Des. et antiquo opere constructa est.
280. (V. 147-149" ; B. 473-477") DE S. HELBERTO (mmo ADAL-
BERTO EP. PRAGENSI). J»c. Adhelbertus archiepiscopus Parteno-
polis — Des. martyrii meruit invenire coronam.
281. (V. 149"-150 ; B. 478) DE PRAECONIZIS B. Manci. 71c. Marci
beatissimi evangelistae praeconia in quattuor consistunt — Des.
spiritum exhalavit.
282. (V. 150-154 ; B. 478-486) DE S. MancHo. Inc. Marcus evan-
gelista leviticus fuit — Des. sacras eius reliquias possidere. Haec
ille.
68 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
2893. (V. 154-154" ; B. 486-486") DE S. LEONE EP. (M. IN SAMO
INSULA) Zzc. Leo in Graecia editus — Des. manum sanam recepit.
284. (V. 154*-1595 ; B. 486-487) DE S. MARCELINO PAPA. Inc.
Marcellinus Romanus natione — Jes. uisi quem episcoporum
designaret cyrographus.
285. (V. 155 ; B. 487-487") DE S. ANTIMIO EP. Inc. Antimius
episcopus et martyr apud Nicomediam passus — Des. ut scribitur
ecclesiasticae historiae libro vire.
286. (V. 155-155" ; B. 487*-488') DE S. VITALE M. Z^c. prol.
Vitalis quasi vivens talis — /nc. Vitalis miles fuit pater sanctorum
Gervasii et Protasii — Des. migravit ad Dominum.
28. (V. 155"-156" ; B. 488'-490) DE S. THEODORA V. (M. CUM
DipvMo). 72c. Theodora virgo Alexandrina vel Anthiocena — Des.
Haec Ambrosius.
288. (V. 156"-165) DE S. PETRO ManrTvYRE. Zac. Petrus novus
martyr de ordine Praedicatorum, Veronensis origine — Des.
vidit puerum... perfecte sanatum, ut mihi retulit (1).
289. (V. 165) DE S. ANACLETO PAPA. Izc. Anacletus papa secun-
dus post beatum Petrum — Des. et sic fuissent idem.
290. (V. 165) DE S. ANASTASIO PAPA. Ic. Anastasius papa fuit
— Des. qui sedit annos tres, dies decem.
294. (V. 165) Dre SS. AGaABi0 ET SECUNDINO. ZI5c. Agabius et
Secundinus episcopi passi sunt — Des. Haec Ado.
2902. (V. 165-166") DE S. TonPE. /I»c. Torpes passus est sub
Nerone — Des. Erat enim litteris magnifice eruditus.
2983. (V. 166'-167) DE S. EurTRkOoPIO (EP. SANCTONENSI) Zzc.
Eutropius beati Dionysii — Des. martyrium consummasse.
294. (V. 167) DE S. MARI A»NO ET lacono. Inc. Marinus et
Iacobus passi sunt sub Decio — Des. gladio consummati sunt.
295. (V.167*-168) DE ALIO MARI« A/S NO (MON. AÁUTISIODORENSI)
. Inc. Fuit et alius Marinus sanctus monachus tempore sancti Allo-
dit — Des. in ecclesia Sancti Germani sepultus est.
296. (V. 168-169") DE S. PnuiLiPPO APOST. Zac. prol. Philippus
interpretatur os lampadis — sc. Philippus apostolus quomodo
Christum primo secutus est — Des. quae in nomine Ándreae intel-
ligitur.
297. (V. 169-173) DE S. IAcoBOo FRATRE DowiNI zc. prol. Iaco-
bus dicitur supplantator — /sc. Iacobus Alphaei filius — Des. ut
. ait Miletus in cronicis.
298. (V. 173-174) DE S. SiGisMUNDO. uc. Sigismundi fuit filius
[De] Gundebaudi — Des. per eum indulta curatio.
(1) Ex hac Vita locum protulit BERARDELLUS, t. c., p. 139-40.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 69
299. (V. 174) DE S. AMaTORE. Izc. Amator Antisiodorensis
episcopus — Des. langor omnis ab eo discessit.
300. (V. 174-174") «DE SS. FLoRENTIO ET VINDEMIALI EP.»
Isc. Florentius et Vindemialis translati sunt Tarvisium. Cum
enim apud Carthaginem — Des. ubi signis et miraculis floruerunt.
801. (V. 1747-179") DE S. ATHANASIO. nc. prol. Athanasius dicitur
ab athanatos — Z»c. Athanasius, ut Rufinus scribit x? libro eccle-
siasticae historiae — Des. in illum nil ausus est triste committere.
3802. (V. 179*- 180) DE S. ALEXANDRO PAPA. Z»c. Alexander
papa quintus a sancto Petro — Des. v nonas maii.
803. (V. 180*-186*") DE INVENTIONE CRUCIS. 7zc. Inventio san-
ctae crucis primo facta est, ut scribit Martinus — Des. terminum
mortis.
304. (V. 186*-187) DE S. LiBERALI. Z7*c. Liberalis de civitate
Altini natus — Des. sanati recedunt.
805. (V. 187) DE MuLTIPLICI CHRISTI CORONATIONE. Z*c. Coro-
natus semper depingitur Christus — Des. Circa illum corona fra-
trum.
806. (V. 187-190) DE rEsTO conRoNAE DowiNI. Inc. Coronae
Domini festum non solebat fieri — Des. pristinam sanitatem.
30". (V. 190-191") DE S. QuiniaCo. //tc. Quiriacus graece, domi-
nicus latine sonat. Cum beata Helena Hierusalem advenisset —
Des. coruscat miraculis in terra marique, praestante Domino
Iesu Christo.
808. (V. 191-194") DE S. HERINA v. Izc. Herina. virgo passa est
sub Sapore rege Persarum IV nonas maii. Licinius namque impe-
rator et uxor eius Licinia, ab urbe Magedon, habebant filiam uni-
cam, nomine Peneloppe — Des. Haec enim in mirabili devotione
est apud Graecos ; unde et multitudo feminarum suarum eius
nomine recensetur.
309. (V. 194'-195*) DE S. FLoRIANO (M. LAUREACENSI) Z7zc. Flo-
rianus tempore Diocletiani — Des. fidelibus pax donata est meritis
sancti Floriani martvris.
3810. (V. 195") DE S. ANTONIA. /zc. Antonia Nicomediae passa
est — Des. flammis exusta est.
8411. (V. 195") DE S. GoTAL Do (d e. GODEHARDO EP.) Iz1c. Gotal-
dusin Altensi monasterio nutritus — Des. Haec frater Bartholo-
maeus.
812. (V. 195*-196") DE S. ANDOENO (10 ÁAUDOENO EP.) Jc.
Andoenus quodam oppido Suesionis, nomine Sanctiaco, ortus —
Des. decoratum est virginitate.
813. (V. 196) DE S. ANbEOoLO. Inc. Andeolus subdiaconus re-
quiescit in Gallus -. Des. ut scribit Ado.
70 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
314. (V. 196"-200) DE S. DoMriTIANO (t:mo DE S. IOHANNE
EVANG.) I»c. Domitianus filius Vespasiani... secundus post Ne-
ronem christianos persequitur — Des. Haec Procorus.
815. (V. 200-200") DE S. Lucio. 7»c. Lucius Cirenensis (cod.
Ciner-) apud Cyrenem est a sanctis apostolis primus episcopus or-
dinatus — Des. certissime adimplet.
816. (V. 200*-V!X38, 2601) « DE S. DoMrTILLA » Znc.Flavia Domi-
tilla, de qua infra, Nerei et Archilei — Des. xit kal. maii.
381". (V. 201-201") DE S. IUVENALE. 7zc. Iuvenalis passus est v
nonas mail — Des. et Domino cooperante sanantur.
318. (V. 201") «CoNiuNCTIO coRnPOkUM SS. STEPHANI ET LAU-
RENTII» J»c. Nonis maii, ut dicit frater Bartholomaeus Triden-
tinus, facta est coniunctio corporum — Des. etc. ut tibi supra.
819. (V. 201*-206) D&E vicTORiA S. MicHAELIS. 7xc. Victoria san-
cti Michaelis viri idus maii celebratur — Des. sicut in ultimum ter-
minum (tr).
820. (V. 206-207) DE S. ViICTORE MiILITE. Inc. Victor miles, Mau-
rus genere, a primaeva aetate christianus — Des. non negaret
eam christiano viro.
824. (V. 207) DE S. METRO« NE». I»c. Metron Veronae celebris
— Des. et corporis instantem absolutionem designans.
322. (V. 207-207") DE S. GREGORIO NAZIANZENO. ZI4c. Grego-
rius Nazianzenus, ut scribit Ruffinus — Des. ut dicit Hierony-
mus.
328. (V. 207*-208) DE S. GonDiANoO. 75c. Gordianus vicarius erat
Iuliani apostatae — Des. miliario fere uno.
324. (V. 208-210) D&E S. CarALDo. I"c. prol. Cataldus dicitur a
chata — 1c. Cataldus vir sanctissimus, pontifex Dei electus —
Des. per multos fratres, qui ibi aderant, praedicari.
325. (V. 210) DE S. PRIMO ET sociis EIUS. 71c. Primus, Marcus,
Iason et Celianus Terieste passi sunt — Des. et hi quatuor pariter
sepeliuntur.
326. (V. 210-210") DE S. NEREO ET AÁCHILES FRATRUM. Z7zc. Ne-
reus et Achiles fratres fuerunt baptizati a beato Petro — Des. in-
fodiens sepelivit.
82". (V. 210"-211) DE S. PaANcRarIO. /n»c. Pancratius nobilissi-
mus iuvenis — Jes. fiat pro arduis iuramentum.
828. (V. 211-214") FEsTIVITAS OMNIUM SANCTORUM. ZI5c.Omnium
sanctorum festum hodie instituit papa Bonifacius quartus — Des.
in neomeniis suis impudice saltarent.
329. (V. 214*-219) DE S. SERvATIO. 7c. prol. Servatius dicitur
(1) Locum quendam edidit VALENTINELLI, t. C., p. 298.
LB LÉGENDIER DE PIERRE CALO. v!
vel a servando — ZI»c. Servatius fuit propinquus Domini Salvato-
ris — Des. sacrilego negavit ingressum.
3830. (V. 219) D& S. Evopio. Inc. Evodius apud Antiochiam, ut
scribit beatus Ignatius — Des. sepultus est II nonas maii.
831. (V. 219-219") DE S. HiLARIO. 7zc. Hilarius magnus doctor
et praeclarissimus vir, Arelatensis episcopus — Des. 1I nonas mail.
3832. (V. 219") DE FESTIVITATE S. ANDREAE APOST. JI7c. Festivi-
tas sancti Ándreae —- Des. vinctos amicitia.
833. (V. 219") DE S. HERMENoO (?$510 HERMA) Inc. Hermens,
cuius apostolus Paulus meminit — Des. die dominico pascha cele-
braretur.
334. (V. 219) DE S. MAMETRO (?:Óio MAMERTO) EP. 7mc.
Mamertus episcopus confessor apud Viennam — Des. ut habes
Rogationum.
885. (V. 219*-220) DE S. MAIOLO ARCHIDIACONO (?5Óitio AB. CLU-
NIACENSI) Z*c. Maioli Matisconensis archidiaconi — Jes. adusti
liberantur.
836. (V. 220-221) DE S. PoNTIO. /»c. Pontii pater Marcus sena-
tor urbis Romae fuit — Des. causa persecutionis declinavit.
88". (V. 221-222) DE S. PaAcHOMIO MONACHO. 7nc. Pachomius
monachus, ut dicit Gennadius — Des. cum fiducia redii.
8838. (V. 222-222*) DE S. VicTORE. I»c. Victor miles a Cilicia
temporibus Antonini — Des. Multa igitur miracula videntes credi-
derunt.
339. (V. 222» D& S. ToRouATO Inc. Torquatus, Tysefons,
Secundus, I«/n»daletius — Des. maturi[bu]s fructibus onustatur.
840. (V. 222-224) DE S. IsipoRo. 7sc. Isidorus in civitate
Alexandria oriundus — Des. saepius potati salvantur.
8441. (V. 224-225) DE S. FELICE ET FoRTUNATO. 72c. Felix et For-
tunatus fratres — Des. sunt eorum precibus liberati.
842. (V. 225) DE S. PEREGRINO. /zc. Peregrinus martyr et civis
Romanus ac presbyter — Des. in capsa argentea posuerunt.
8483. (V. 225-225") DE S. PorENTIANA v. Zs5c. Potentiana vel
Pudentiana virgo fuit illustrissimi generis — Des. xir kal. augusti.
944. (V. 225*-229) DE S. IOHANNE M. Z*c. Iohannes martyr
passus est sub Maximiano imperatore IV kal. iunii anno Domini
CccLxxxxiV. Diocletianus siquidem imperator et cultor praecipuus
idolorum — Jes. sepelierunt in opportuno loco ad laudem et glo-
riam Domini Iesu Christi. Post haec urbem CPolim (1)...
845. (V. 229-229") DE S. BAsILLA v. I»c. Basilla virgo ex regali
genere — Des. gladio transverberata est.
(1) Sequitur narratio BHL. 4334.
72: LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
. 846. (V. 229-235") DE CousTANTINO Macwuo. I7c. Constantinus
Magnus fuit filius Constantii — Des. invitatum se dicebat.
84". (V.235"-236") DE S. Mucio (td e. PaArTERMUTHIO).Izc. Mutius
pater, ut retulit Copres in Vitis patrum, primo gentilis fuit, latro-
num maximus — Jes. ait Copres.
.,948. (V. 236") DE S. Max1MA v. Maxima virgo in pago Foroiu-
liensi, viculo (cod. illico) qui vocatur Calidiacus,multis clara virtu-
tibus, quievit in pace VII kal. iunii.
849. (V. 236") DE S. ToRPES M. Izc. Torpes martyr in quss
passus est — Des. tunc celebrius agitur.
3850. (V. 236") D& S. Dioscongo. Iszc. Dioscorus lector apud
Aegyptum passus est — Des. ut scribit Martinus in cronicis.
851. (V. 236") DE S. CaLocEROo ET PARTHENIO [cod. -Mi0]. Ic.
Calocerus et Parthenius [cod. -mius] Romae passi sunt — Des.
iuxta viam Ápiam posita.
352. (V. 236-237") DE S. BAUDELIO SUBDIAC. /zc. DBaudelius
subdiaconus et martyr Domini gloriosus — Des. fuit restitutus.
853. (V. 2377-238) De S. HosPirrio. /»c. Hospicius vir Dei, qui
apud Niceam erat inclusus — Des. Haec Paulus.
354. (V. 238) TRANsSLATIO S. SYRIEP. /zc. Translatio sancti
Syri episcopi civitatis Papiae — Des. restauravit.
355. (V.238) DE S. AUSTREGISILO ARCHIEP. /zc. Austregisilus
Bituricensis archiepiscopus floruit in Galiis — Des. de quo xvi kal.
februarii.
.956. (V. 238-238') DE S. IurLiaA. Z7zc. Iullia ex civitate Carta-
gine, cum dicta urbs capta esset — Des. qui ad eius solemnitatem
vera fide celebrandam conveniunt.
857. (V. 239) DE S. DEsiDpERIO EP. /zc. Desiderius episcopus
Lingonensis tempore Honorii — Des. honorifice servatur.
358. (V. 239-241) DE S. TuEoprowPo. Ic. Theopompus fuit epi-
scopus Nichomediae — Des. et ad perpetuam misit.
3859. (V. 241-250) DE TRANSLATIONE B. DOMINICI PATRIS NOSTRI.
Inc. Translatio beati Dominici patris nostri facta est anno Domini
MCCXXXIII? — Des. ieiunabat in pane et aqua.
360. (V. 250-250") DE S. SERvULO. Isc. Servulus adolescens in
civitate Tergestina — Des. sepelierunt eum cum aromatibus dili-
gentissime.
361. (V. 250-251) DE S. DowNaciaNo (cod. hic DoMic-) rr Roaa-
TIANO. Inc. Donacianus et Rozauanus fratres — Des. in eorum
Passione non determinatur.
362. (V. 251) DE S. QuaADRATO APOSTOLORUM DISCIPULO (cod.
-LUS). Jic. Quadratus apostolorum discipulus, ut ait Hieronymus
— Des. celeberrimus fuit.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 73
863. (V. 251.251") DE S. UnBANO PAPA — Jc. Urbanus papa,
civis Romanus — Des. et aliorum corpora martyrum.
864. (V. 251*-252*) DE S. ZENOBIO. /2c. Zenobius civis Floren-
tinus, carnis et mentis nobilitate ingenuus — Jes. celerem sanita-
tem. |
365. (V.252*-253) DE S. DioNvsto EP. /zc. Diony sius Mediola-
nensis episcopus a Constantio — Des. cum digno honore condivit.
866. (V. 253) DE S. Iurio. 7zc. Iulius apud Moesiam civitate
Dorostorensi passus est — Des. gladio caedente percepit.
867. (V.253-254") D& S. AucusrTINO. Jzc. Augustinum beatus
Gregorius papa admonitus divino instinctu misit in Angliam —
Des. coc l»lecto grandi etc. b.
868. (V. 2547-255") DE S. BEDA PRESB. 7zc. Beda, ut ipsemet
scribit in fine Historiae Anglorum — Des. Bedae venerabilis ossa.
869. (255*-256) Dg S. «G^» ERMANO. Iztc. Germanus Parisiensis
territorii Augustudunensis indigena fuit — Des. migravit ad Domi-
num.
870. (V. 256-256") DE S. IOHANNE PAPA. 7c. Iohannes papa
natione Tuscus — Des. ut dicitur in pontificali.
874. (V. 256*-257) DE S. CaARAUuNoO. 7c. Caraunus Romano ter-
ritorio oriundus — Des. caput eius obtruncaverunt v kal. iunii.
872. (V. 257-259") DE S. GuLLIELMoO. Z7c. Gullielmus dux Equi-
taniae et Provinciae, patre Theodorico consule — Des. gratias
referentes.
878. (V. 259*-260) DE S. MaxiMINO EP. 7»c. Maximinus episco-
pus Treverensis tempore Constantii — Des. et in caritate receptus
est. |
874. (V. 260) DE S. CoNo« NE». Inc. Cono de civitate Iconio
— Des. spiritum emiserunt.
87.5. (V. 260) Dg S. SisiNIO. Jzc. Sisinius et Alexander graeci
genere — Des. in martyrologio Adonis.
876.(V. 260) DE FELICE PAPA — /zc. Felix papa,natione Roma-
nus — Des. Ad[d]o ut supra.
877. (V. 260) «De S. PETRONILLA» Jc. Petronilla, cuius
vitam sanctus Marcellus scripsit — Des. Auree Petronille dile-
ctissimae filiae.
3878. (V. 260-261) «DE S. CawTIO ET SOCIIS MM.» Inc. Cancii,
Canciani et Cancianillae beatus Ambrosius Vitam scribit — Des.
sed in martyrologio.
879. (V. 261) DE S. PAMPHILO PRESB. /nc. Pamphilus presbvter
admirandae sanctitatis — Des. Haec Hieronymus.
880. (V. 261) «DE S. NicoMEbDE M.» Inc. Nicomedis festum bis
in anno celebratur — Des. ut ibi habes.
74. LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
881. (V. 261-262) DE S. MaRCELINO PRESB. /4c. Marcelinus
presbyter et Petrus exorcista passi sunt Romae — 1v nonas iunii.
882. (V. 262") DE S. Fo[N]TINO EP. /zc. Fo[n]tinus Lugdunen-
sis episcopus, cum aetate maior — Des. etc. ut statim.
8883. (V. 2627-263") DE S. BLaANDiINA. J2c. Blandina cum xLIv
martyribus tempore Marci[i] Aurelii — Des. in martyrologio Ado-
nis.
884. (V. 263*-264*") DE S. NicoLAO PEREGRINO. Jc. Nicolaus
Peregrinus, adolescens graecus — Des. Obiit autem MXcCIv, indic-
tione II*. |
885. (V.264"-265) DE S. PERGENTINO ET LAURENTI«, N50 FRA-
TRUM. Jnc. Pergentinus et Laure«n?5tinus fratres Arecii, quae
est civitas — Des. statim curatur.
886. (V. 265-266) DE TRANSLATIONE CORPUS (799110 DE TR. S.
ANTONII VIENNAM) Jc. Corpus beati Antonii abbatis postea hoc
modo Constantinopoli[m] Vienam translatum est. Comes Guillel-
mus — Des. inferre praesumpserunt.
88". (V. 266-267) « TRANSLATIO S. ANTONII CPoriM ^» Inc.
Inventio corporis beati Antonii et translatio ad Constantinopolim
constricta fuit a Theophilo Constantinopolitano episcopo et a
beato Hieronymo in latinum translata. Constantius imperator non
habens filium — Des. ad custodiendum tumulum eius permanse-
runt.
888. (V. 267*-268) DE S. QuiRINO E». /zc. Quirinus episcopus
passus est apud Ylliricum, civitate Scissia — Des. locaverunt, ubi
praestantur.
889. (V. 268-268") DE S. BoNuiFACIO (M. Tansi) 7c. Bonifacius
passus est sub Diocletiano — Des. sepulta apud sanctum Bonifa-
cium martyrem.
890. (V. 268*-269) D& S. BoNirACIO ARCHIEP. Jc. Bonifacius
alius, archiepiscopus Maguntinus — Des. et multa familia.
891. (V. 269) DE S. PHiLIPPO UNO [cod. unus] EX SEPTEM DIACO-
NIBUS. J72c. Philippus fuit unus ex septem diaconibus — Des. tem-
poribus suis.
892. (V. 269) ViGINTI MARTYRES. Jzc. Viginti martyres apud
Tharsim Ciliciae — Des. Ecce quomodo te viginti martyres vestie-
runt.
393. (V. 269-270) De S. ViNCENTIO EP. Jc. Vincentius episcopus
civitatis Mevaniae cum fratre suo — Des. multa beneficia Dei.
894. (V. 270-270") DE S. NABORE ET FELICE. I7tc. Nabor et Felix
milites notissimi — Jes. usque hodie.
895. (V. 2707-271) DE TRANSLATIONE S. SERVATIÀI. [2c. Translatio
sancti Servatil facta est — Des. vita ista privatus est.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 75
8396. (V. 271-272) D& S. Mzpanpo. /zc. Medardus natus Tardo
patre de genere forti Francorum — Des. Haec miracula scripsit
metrice Fortunatus.
897. (V. 272-272") DE S PRIMO ET FELiCIANO. Jc. Primus et
Felicianus religiosi viri — Des. consequi misericordiam Dei.
898. (V. 2727-273) De S. GETULLIO. /nc. Getullius in omni lege
divina doctissimus erat — Des. in loco et oppido supradicto.
899. (V. 273-277") DE S. BARNABA APOST. Inc. prol. Barnabas
primo dictus est Ioseph — /zc. Barnabas unus de LXXiI discipu-
lis fuit, — Des. igni traditur.
400. (V. 2777-278) DE S. MaxiMINO EP. 7zc. Maximinus Aquen-
sis episcopus fuit unus de Lxxil discipulis — Des. Obiit autem
VII? idus iunil.
401. (V. 278-278") DE S. BasiLIDE (cod.-DO) Inc. Basilides erat
in civitate orientali in officio Platonis praefecti— Des.usque hodie.
402. (V. 278*-279") DE S. ANTHONIO DE ORDINE FRATRUM MiINOo-
RUM.Zzc. Antonius de ordine Fratrum Minorum in Yspania, civitate
Ulisbona, oriundus — Des. experientia edoctus efficitur.
403. (V. 279*-280) DE S. BasILIDE (cod.-Do) Inc. Basilidis, Cyri- |
ni, Naboris et Nazarii aliorumque fit mentio in martyrologio Usuar-
di — Des. priori anno tradiderant. *
404. (V. 280-281) DE S. PEREGRINO EP. /nc. Peregrinus episco-
pus passus est idibus iunii. Tempore Gregorii papae — Des. ad
nichilum devenerunt.
405. (V. 283) DE S. FELiICULA. Ic. Felicula, ut scribit beatus —
Marcellus, fuit virgo — Des. meritis martyris eius.
408. (V. 281-281») Dre S. RurriNO. Jzc. Ruffinus et Valerius passi
sunt sub Diocletiano — Des. larga manu porrexerunt.
40". (V. 281*-282) DE S. BnaNDaNo. Inc. Brandano vir nomine
Barintus retulit — Des. Haec frater Bartholomaeus Tridentinus.
408. (V. 282-282) « D& DEDICATIONE PRIMAE ECCLESIAE » Jc.
XVII kal. iulii agunt Arabes christiani festum dedicationis primae
ecclesiae quae fuit in. mundo fabricata, ut refert sanctus Basilius
Caesariensis episcopus in haec verba — Des. in honorem virginis
gloriosae.
409. (V. 283-284") DE. S. MARCIALE 7c. Marcialis sanctissimus
consanguineus fuit Stephani protomartvris. Hic cum patre suo
Marcello - Des. per praedictas ecclesias distribuens.
410. (V. 284"-286) DE S. ViTO. Inc. Vitus in provincia Lyciae
habebat patrem Hvlam — Dres. ad Saxones sit translata.
411. (V. 286-286") DE S. Cvnic[1Jo ET IuriTE. /zc. Cyrici et
Iulete matris eius, ut historia Georgen — Des. Passi sunt circa
annos Domini [M.] cc. Lxxx.
76 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
412. (V. 286*-287) DE S. NicANDRO ET ManciaNO. Zzc. Nicander
et Marcianus, cum respuissent infulas mundi — Des. xiv kal.
iulii.
413. (V. 287-288") DE S. ELisABETH. zc. Helysabeth de Sconau-
gia (-angia cod. ), sicut scribit Sigibertus — Des. fieri, fiat.
414. (V. 288") DE S. Ylignio (EP. AMERINO) Inc. Ymerius epi-
scopus civitatis Emiliae — Des. devote veneratur.
415. (V. 288"-290*) DE S. GEnvasIO ET PnorHasiO. I»c. Ger-
vasi! et Prothasii passionem refert beatus Ambrosius — Des. VI
kal. iulii.
416. (V. 290*-291") DE S. HzRESINO (n HERASMO) EP. Zzc.
Heresimus episcopus Antiochenus fuit, ubi Diocletiani decretum
processerat — Des. visa est caelorum alta penetrare.
417. (V. 291) DE S. NovarOo. Isc. Novatus fuit illustrissimi
generis Prudentis — Des. gloriam percepturus.
418. (V. 291*-292) DE S. EusEniO. 77c. Eusebius Pamphili sive
Caesariensis ponitur hoc loco in martyrologio Adonis — Des. in
martyrologiis omnibus.
419. (V. 292) DE S. DEMETRIA v. 7z1c. Demetria virgo Romae
celebratur — Des. iuxta palatium Licinianum.
420. (V. 292) DES. SiLvERIO PAPA. Jic. Silverius papa Roma-
nus, Campanus natione — Des. Hoc fratrer Bartholomaeus.
4241. (V. 292.293) D& S. ALBANO (M. VERULAMENSI). Jzc. Alba-
nus, ut ait Beda — Des. Haec Beda.
422. (V. 293-293") DE S. PauLINO. /5c. Paulinus Nüjae Campa-
niae episcopus, ut dicit Gennadius — Des. Haec Gregorius.
423. (V.203"-295*) DE DECEM MILLIUM MARTYRUM. Zzc. Decem
milium martyrum gesta Anastasius — Des. nunc te ducente super-
num.
4924. (V. 295"-297) DE S. IULIANO PUERULO (CULTO ARIMINI)
Inc. Iultanus puerulus annorum xviII, cum esset persecutio — Des.
lumen pristinum recuperavit.
425. (V. 297-298) DE S. ErLp[R]ITRUDA REGINA. Z5c. Eld[r]itru-
dis regina, ut scribit Sigibertus — Des. Haec Beda.
426 (V 298-301) DE S. ManiA DEOGENES (1d e, OIGNIACENSI.)
Inc. Maria Deogenes, ut scribit Iacobus de Vitriaco, fuit orta in
episcopatu Leodiensi - Des. ad aeterni regni delata est palatium.
42"7.(V. 3o1) Dg S. FEREOLO MART. Inc. Fereolus presbyter
(cod. precibus) et Feruntianus diaconus passi sunt — Des. gladio
feriuntur.
428. (V. 301) DES. ErLvstEo rROPHETA. ic. Helisei prophetae
apud Samariam — Des. et Ado.
429. (V. 301-303) DE S. HiLbEGARDE (S? Hildezardo cod.) Inc.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 77
Hildegardis virgo in Alemaniae partibus fuit admirabilis tempore
Conradi (cod. Corandi) imperatoris — Des. x kal. iulii,
430. (V. 303-312) D& S. IoHANNE BAPTISTA. Jc. prol. Iohannes
interpretatur Dei gratia — Izc. Iohannis solius nativitatem post
Dominum solebat ecclesia celebrare, ut scribit Beda — Des. vit
kal. iulii. ]
431. (V. 312-315") Dx B. PnRosPERO CONF. /zc. Prosper eruditis-
simus omniumque artium dogmate peritus — Des. et curatus
est.
432. (V. 315-319") IN FEsTO SS. IoHANNIS ET PAULI MM. Z»zc.
Iohannes fuit praepositus et Paulus primicerius Constantiae —
Des. Haec Sycardus.
4383. (V. 319-320) IN rEsTO S. ViGiLII M. (EP. TRIDENTINI)
Inc. prol. Vigilius dicitur quasi vigil — Z7»c. Vigilius natione Roma-
nus ab infantia se totum — Des. se et posteros suos beato Vigilio
commiserunt perpetuo.
434. (V. 320"-321") IN rESTO B. SYMPHOROSAE M. /1c. Simpho-
rosa in Italia apud vrbem Tiburtinam uxor fuit beati Getuli[n]i —
Des. et eis constructa sepulcra.
435. (V. 321) IN rEsTO B. CnEscrzNTIS. Jc. Crescentis discipuli
beati Pauli — Des. Haec Ado.
436. (V. 321-322) IN rEsTO B. LEoNis «I? PAPAE. [zc. prol.
Leo, ut dixit Isidorus — /zc. Leo primus papa, natione Tuscus —
Des. clarus miraculis.
43". (V. 322) IN rESTO B. PoTAMIANAE v. ET M. Znc. Sereni,
Potamianae, Marcellae et cathecuminae Herae nomine — Jes.
Haec Ado, Eusebius.
438. (V. 322-322") IN rESTO B. SERENI M. /nc. Serenus adhuc
cathecuminus discipulus Origenis — Des. Haec vi? libro ecclesia-
sticae historiae, cap. V? et VI^.
439. (V. 322*-326") IN rEsTO B. PETRI APOST. Ic. proi. Petrus
tria nomina habuit — Zzc. Petrus et Andreas ter a Domino sunt
vocati, ut principio legendae beati Andreae habes — Des. et san-
ctos denuntia famulantes.
440. (V. 326*-330) DE B. PaAuLo APosT. Izc. prol. Paulus, ut
dicit sanctus Thomas de Aquino — zc. Paulus apostolus, qui
antea Saulus —- Des. in alto pelago sunt submersi.
441. (V. 330) S. LuciNaE v. ET M. /zc. Lucina Romae a beatis
apostolis baptizata — Des. honorabiliter sepulta est.
442. (V. 330-330") S. THEOBALDI CONF. Zzc. Theobaldus in Gallia
temporibus Henrici tertii caesaris — Des. longe a brachio dissiluit
(cod. disilluit).
443. (V. 330'-331) S. KARILEFI M. (umo CONF.) Inc. Karilefi
48 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
ortum et conversationis sanctae initia quaere Aviti a b c — Des.
terram cruentando madefecit.
444. (V. 331-331") IN FEsTO BB. MM. PROCESSI ET MARTINIANI.
Inc. Processi et Martiniani natalis v1 nonas iulii celebratur. Qui
cum esset magistri - Des. et ipse qui iudicat.
445. (V. 331*-333) IN FEsTO B. GREGORI&I EP. ET CONF. Jc. Gre-
gorius episcopus Neocaesareae Ponti, ut libro vir historiae eccle-
siasticae. — Des. Fuit alius Gregorius Turonensis, de quo xv kal.
decembris.
446. (V. 333) S. HYRENEI M. Zzc. Irenaeus, ut dicit Hieronymus
— Des. ut martyrum Plutarchi, Sereni, Heraclidis, Herois.
44". (V. 333-333") IN FESTO TRANSLATIONIS B. THOMAE APOST.
. Inc. Translatio sancti Thomae apostoli, qui, ut in eius legenda
habetur — Des. capta est.
448. (V. 333-334") S. LANFRANCHI AB. ET CONF. ZJ7tc. Lanfran-
chus prior monasterii Biccensis claruit — Des. Haec Helinandus.
449. (V. 334*-335") S. ANSELMI CONF. ZJzc. Anselmus in Norman-
nia Beccensis monasterii prior eximius — Des. Fuit alius Ansel-
mus... glosas marginales et interlineales ordinavit.
450. (V. 3357-338) S. HUGONIS AB. ET CONF. (ET MULTORUM
COGNOMINUM) Izc. Hugo abbas Cluniacensis... Augustudunensis
indigena fuit — Des. ut se interficeret. De quo Iacobi.
4541. (V. 338-339) S. TRIPHONIS M. — suffra, 149.
452. (V. 339-340) IN FESTO S. MusrIOLAR. /»c. Mustiola passa
est V nonas iulii. Tempore enim Aureliani augusti — Des. usque
ad hodiernum diem.
453. (V. 340-340") IN rEsTO B. HELIODORI CONF. /zc. Heliodorus
sanctus ac venerabilis vir apud Altinum urbem degebat — Des.
ubi florent orationes eius.
454. (V. 341) DE S. UnaLRICO CcoNF. Z5c. Udalricus ex nobili
Romanorum genere ortus, patre Ubaldo — Des in ecclesia Sanctae
Afrae sepultus fuit.
455. (V. 341-343) DE TRANSLATIONE S. MaARTINI TURONENSIS EP.
Inc. Translatio sancti Martini Turonensis episcopi, ut ait Sigiber-
tus — Des. sanatus est qui erat aegrotus.
456. (V. 343-343") DE S. PANTENO CONF. Izc. Pantenus, ut ait
Hieronymus — Des. et nobilem vitam beato fine conclusit.
457. (V. 343) DE S. GoaR cowr. Isc. Goar anno Mauritii XVII
— Des. in senectute bona obiit in pace nonis iulii.
458. (V. 343*-344") DE S. NoRBERTO ARCHIEP. ET CONF. zc. Nor-
bertus, ut ait chronographus, fundator fuit — Des. obiit vir idus
iuli.
459. (V. 344"-345") S. KILIANI (VILIANI rubricator in cod.) M. Inc.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 79
Kilianus (Vil- rubr.) Scotorum genere nobilibus parentibus ortus
— Des. et honestius collocavit.
460. (V. 345"-346) S. ANATHOLIAE V. ET M. Z»c. Anatholia virgo
convertit Victoriam virginem — Des. Haec Ado.
4641. (V. 346) S. CYRILLI EP. ET M. /zc. Cyrillus episcopus flam-
mis iniectus illaesus evasit — Des. Haec Cassiodorus sexto libro
tripertitae historiae.
462. (V. 346-346") S. SERAPIONIS AB. ET CONF. Zzc. Serapion, ut
scribitur 111? libro tripertitae historiae— Des. ut scribit Heraclides
libro qui dicitur Paradisus.
463. (V. 346-347) SS. vv. RUFFJINAE ET SECUNDAE MM. Znc.
Ruffina et Secunda sorores Asterio clarissimo patre genitae —
Des. Haec in martyrologio Adonis.
464. (V. 347-348) S. PauLI «Novi» M. Inc. Paulus veritatis
catholicae pugil, ut audivit malignum edictum — Jes. sanitates
multas praestitit languentibus et se invocantibus.
465. (V. 348-349) SS. MM. SEPTEM FRATRUM. Ic. Septem fratres
Ianuarius, Felix, Philippus — Des. anno Domini cxr. De his ix
kal. decembris, Felicitatis.
466. (V. 349-350") IN FESTO TRANSLATIONIS B. BENEDICTI AB.
Inc. Translatio sancti Benedicti abbatis sic facta est, ut ait Ugo:
Tempore Constantis — Des. visionem revelavit.
46". (V. 350-351) IN rEsTO B. EuLoaiu coNr. zc. Eulogius
apud CPolim v nonas iulii cum tribus aliis celebratur — Des. vehe-
menter incolumis. Haec ille.
468. (V. 351) IN rEsTO B. PRocoPi1 M. Inc. Procopius martyr
passus est in Palaestina — Des. vir idus iulii.
469. (V. 351) IN rEsTO B. BRniciI EP. (MARTULAE) ET CONF. 77c.
Briccius episcopus et confessor in civitate Martulana — Des. Haec
Ado.
470. (V. 351) IN FESTO S. ZENONIS M. SOCIORUMQUE. Jic. Zeno
et alia X milia cciri martyres passi sunt Romae ad guttam iugiter
manantem — Des. ille disparuit.
474. (V. 351-352") S. HERMACORAE M. Z7c. Hermagoras dicitur
ab erma argolize — ZIzc. Hermachoras fuit beati Marchi evange-
listae discipulus — Des. inter quas putabat esse horum corpora (1).
472.(V. 352") NariviTAS S. IAsowIS (Vasonis cod.). lasonis
(Vas- cod.) antiqui Christi discipuli natalis apud Cyprum celebra-
tur III id. iulii. De quo Symonis et Thadei.
(i) Ultimam sententiam protulit BERARDELLI, t. C., p. I385; primas autem
sententias G. MoNTICOLO, in Nuovo Archtvio Veneto, t. III (1892), p. rax, an-
not. I.
80 LE LÉGENDIER DB PIERRE CALO.
4783. (V. 352") «DE S. SiILEA I»c. Sileae apostoli natalis est
IV idus iulii — Des. dicit glossa.
474. (V. 352*-353) S. HENRICI CONF. /zc. Henricus primus impe-
rator, secundus autem rex Romanorum, ut dicit Martinus. —
Des. anno reg«in^»i sui XXIV, vitae vero Domini MXXIV.
45. (V. 353-354) S. Pocawis (?d. e. PHOCAE) EP. ET M. Izc. Po-
cas episcopus civitatis Sinopis apud Pontum passus est sub Traia-
no — Des. habetur primus in Ponto.
46. (V. 354-354") S. IAcoB1 PERSARUM EP. ET M. Jzc. Iacobus
cognomento Sapiens, Nisibenae civitatis nobilis Persarum episco-
pus — Des. Haec Gennadius.
4'"I1. (V. 354*-355) «DB DIVISIONE APOSTOLORUM S Inc. Divisio
apostolorum idibus iulii ideo a multis — Des. nonis iulii vel vir
idus iulii.
4'"8. (V. 355-355") S. MARINAE v. ZI»c. Marina virgo fuit unica
patris sui — Des. eius meritis et intercessione.
479. (V. 355-356") S. ALEXII CONF. 7zc. Alexius anno VIII? Ar-
chadii et Honorii vita mirabilis — Des. Obiit autem circa annos
Domini cccxcvrit, xii kal. augusti.
480. (V. 356") S. HILARINI M. Zzc. Hilarinus in civitate Ostia
tempore Silvani — Des. venerabiliter sepelierunt.
481. (V. 356") S. EusrACHII EP. ET CONF. J7c. Eustachius epi-
scopus apud Antiochiam Syriae sub Constantio — Des. ut dicit
Ruffinus.
482. (V. 357) S. ARNULPHI M. Jac. Arnulfus sancti Remigii in
baptismo filius, ut ait Sigebertus — Des. annuntiabit laudem
tuam.
483. (V. 357-357") S. FiLIAsTERIS (?d e. PHILASTRI) PAPAE ET
CONF. /nc. Filiaster, credens Deo fide plenissima,exiit de terra sua
— Des. Migravit autem a saeculo xv kal. augusti.
484. (V. 3577-358") S. ARSENI AB. Inc. Arsenius, ut ait Sigiber-
tus — Des. impossibile est hominem non plangere.
485. (V. 358) SS. IusrAE ET RUFFINAE MM. Zzc. Iusta et Ruf-
fina de civitate Yspali - Des. Horum passio celebratur xiv kal.
augusti.
486. (V. 358") S. EPHX R^ ATAE EF. ET M. J5c. Ephrata unus de
LXxXII discipulis fuit — Des. ut scribit Hieronymus.
487. (V. 358) S. HERaSTI EP, ET M. [nc. Herastus unus de
LxxH discipulis fuit — Des. post Hierosolymorum dispersionem,
ut Svmonis et Iudae c.
488. (V. 358'-359") S. MARGARITAE V. ET M. Zzc. prol. Margarita
dicitur a quadam gemma — Zc. Margarita nata in Antiochia, filia
Theodosii gentilium patriarchae — Des. Haec in Mariali.
LE LÉGENDIER DE PIERRR CALO. 81
489. (V. 359") IN FESTO B. GUDDENAR. /»c. Guddens beata apud
Carthaginem passa est Xv kal. augusti — Des. gladio caesa est.
490. (V. 359"-360) IN rEsTO S. RorriLI CONF. Z5c. prol. Roffillus
graece centesimus — Zz»c. Roffillus Pupiliensis populi institutor —
Des. tradiderunt honorificae sepulturae.
491. (V. 360-360") IN FESTO B. PnaAxEDIS v. /zc. Praxedis virgo
venerabilis cum sorore sua beata Potentiana — Des. sicut ipse
(Pastor) scribit. |
492. (V. 360*-361) IN rESTO B. ViCTORIS M. zc. Victor miles sub
Maximiano in urbe Massilia passus est— Des. emisit spiritum.
493. (V. 361-361") IN rEsTO B. IULIAE M. — suffra, 856.
494. (V. 361"-370) S. MaRIAE MAGDALENAE. Zac. prol. Maria
interpretatur mare amarum — Z»c Maria Magdalene a Magdalo
castro cognominata — Des haec omnia enarravit.
495 (V. 370) IN rEsTO B. IosEPH. 7»c. Ioseph, qui vocabatur
Barsabas — Des. per fidem Domini.
496. (V. 370-371) S. WANDX,RPEGISILI CONF. Izc. Wand r»e-
gisilus, qui de Vando Ansegisi maioris domus ex Valciso fratre
nepos fuit — Des. baptizatus est.
49". (V. 371-373) IN FESTO S. APOLINARIS M. Zzc. prol. Apolina-
ris a pollens et ares — Zzc. Apolinaris fuit discipulus beati Petri
apostoli — Des. propter timorem paganorum.
498. (V. 373-374) Inc. S. CHRISTINAE V.ET M. Zstc. prol. Christina
quasi christiana — I2c. Christina virgo passa est sub Diocletiano
— Des. eamque ibi collocavit.
499. (V. 374) Inc. SS. MM. NICETAE (cod. H1-) ET AQUILAE. Inc.
Nicetam (cod. Ni-) et Aquilam formosas mulieres meretrices soro-
res — Des. decollatur Ix kal. augusti (ex Passtone S. Christophort).
500. (V. 374-379) S. IACOBI APOST. zc. prol. Iacobus iste aposto-
lus dictus est primo Iacobus Zebedei — zc. Iacobus Zebedei filius,
apostolus Christi, fuit ter a Christo vocatus — Des. Haec Gaufri-
dus.
501. (V. 379-380) IN rEsTO CHRISTOPHORI M. Jc. prol. Christo-
phorus dicebatur Reprobus — zc. Christophorus genere Chana-
neus, vir procerissimae staturae — Des. continuo gladio feriretur.
502. (V. 380-380) IN rFEsTO S. CucurarI M. Zac. Cucufatus
[cunifatus] cum sancto Felice Scilitana civitate — Des. ait Ado.
503. (V. 380*-381:) DE S. IAciNCTO M. Ic. Iacinctus Romae in
portu sub consulari Leontio — Des. vit kal. augusti.
504. (V. 381-381") SS. OLiMPII ET MaxiMI MM, ZI72c. Olimpius et
Maximus in:civitate Cordubia — Des. in. cimiterio (cod. -ria) Pon-
tiani.
ANAL. BOLI, XXIX, 6
82 LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO.
505. (V. 371") TRANSLATIO S. GERMANI EP. Germani Parisiensis
episcopi translatio vii kal. augusti celebratur, natalis Iv kal.
iulii.
506. (V. 381") IN FESTO S. HERASTI EP. ET M. Herastus, Phylipis
a beato Paulo episcopus relictus, ibi martyrio coronatus requievit
VII kal. augusti, ait Hieronymus. Cf. supra, 48". |
50". (V. 381*-382") SS. SEPTEM DORMIENTIUM. /5c, Septem Dor-
mientes apud Ephesum orti sunt — Des. Haec Guillelmus.
508. (V. 382*-383") S. HERMOLAI M. Jzc. Hermolaus vir christia-
nissimus — Des. v1 kal. augusti Nechomediae.
509. (V. 383*-385") S. MARTHAE V. Inc. prol. Martha €
tur dominans — Z5c. Martha a Bethania sita in territorio Hieroso-
lymitano — Des. beato fine quieverunt.
510. (V. 385"-386) S. ANNAE. Inc. prol. Auna interpretatur
gratia — "c. Anna, ut scriptum reperi et habetur in historia XII
tribuum Israel — Des. Tres igitur viros Anna habuit et tres filias.
511. (V. 386-388) S. LAZARI (t3mno NAZARII ET CELSI MM.) zc.
frol. Nazarius dicitur quasi Nazareus — zc. Lazarius genere afer,
patre Africano, matre Perpetua — Des. et mori lucrum.
512. (V. 388-388") 5. PANTALEONIS M. 77c. Pantaleon puer, filius
Eustorgii senatoris — Des. ut scribit frater Iacobus de Voragine.
5183. (V. 388*-389) S. PEREGRINI M. — supra, 842.
514. (V. 389-390") DE S. SAMSONE EP. ET CONF. /nc. Samson
Dolensis archiepiscopus, consanguineus beati Maclovii —— Des.
requievit in Domino v kal. augusti.
515. (V. 390"-392*) DE S. EuGENIO. Inc. Eugenius graece, latine
ingenuus — Des. Haec Victor.
.. 516. (V. 392") SS. SiMPLICII, FAUSTINI ET SORORIS EORUNDEM.
Inc. Simplicius, Faustinus et soror eorum nomine et opere Bea-
trix — Des. Quod, Deo auxiliante, factum est.
51". (V. 392*-393) DE S. Lupo cowr. Inc. Lupus Trecensis fuit
Leucorum familiae primus — Jes. emisit spiritum ad caelum IV
kal. augusti.
518. (V. 393) S. FELICIS PAPAE ET M. I[sc. Felix papa Romanus
passus est sub Constantio - Des. apoplexiae passione defunctus
est.
519. (V. 393-393") SS. MM. MAxIMAE, DONATILLAE ET SECUNDAE.
Inc. Maxima, Donatilla et Secunda sanctae virgines persecutione
Galieni — Des, et consummatae sunt III kal. augusti.
520. (V. 393-394) SS. MM. OLIMPII ET MaxiMt.. I7c. Olimpius
et Maximus nobilissimi viri. christiani — Des. in cimiterium Pon-
tiani. — Cf. supra, 504.
c cp A ——————
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 83
524. (V. 394) S. FABII M. /nc. Fabius martyr apud Caesaream
passus est — Des. Haec in martyrologio Adonis.
522.(V. 394-496) S. FANTINI M. Zac. Fantinus fuit filius Fancii
insignis inter proceres — Jes. Gregoria, id est vigilantia, nuncu-
pata est. Amen. Ámen.
523. (V. 1X- 19, 1-4; E. 1-2) DE VINCULA S. PETRI. /2c. Vincula
sancti Petri hodie honorantur, primo in memoriam — Jes. schola-
ris facta legebat.
524. (V. 4-5" ; E. 2-2") SS. MACHABAEORUM. sc. Machabaei inter-
pretantur protegentes — Ic. Machabaeorum autem festum facit
ecclesia occidentalis — Des. et illos tales ipsa perfecit.
525. (V. 5-6"; E. 2" D&g S. EusEBriOo. /I»c. Eusebius natione
Sardus et ex lectoribus urbis Romae — Des. Haec Ambrosius.
526. (V. 6-7; E. 2-3 DE S. MaRIA CONSOLATRICE. /nc, Maria
cognomine et opere Consolatrix (cognominata Cons. E) fuit in
civitate Verona puella nobilibus orta natalibus — Des. Quam
Deus... introduxit in gloriam felicitatis aeternae.
527. (V. 7; E. 3) DE S. BoNo PRESB. /zc. Bonus presbyter tem-
pore Valeriani et Galieni — Des. via Latina kalendis augusti.
528. (V. 7-8; E. 3) DE S. STEPHANO PAPA. ZJ7tc. Stephanus papa,
natione Romanus, ex patre Iuliano — Des. Qui confestim mitissi-
mus etc. ut Decollationis Iohannis f.
529. (V. 8; om. E)'«DkEe S. TuEgoporA M.» Inc. Theodota
natione Bithinia, civis Nicena, cum tribus filiis — Des. Iv nonas
augusti.
5830. (V. 8-9" ; E. 3-3") DE INVENTIONE CORPORIS S. STEPHANI.
Inc. Inventio corporis beati Stephani protomartyris facta est
eadem die qua passio eius celébratur — Des. Quod et fecit. |
581. (V. g"-10; E. 3'-4) DE S. TERTULLINO. /zc. Tertullinus
licet adhuc gentilis — Des. die nonarum augusti.
532. (V. 10; E. 4) «TRANSLATIO S. IusTi EP. LUGDUNENSIS 5
Inc. Eodem die, ut in martyrologiis scribitur, adventus corporis
sancti Iusti de eremo apud Lugdunum — Des. sepelivit.
583. (V. ro ; E. 4) DE S. ARISTARCHO. 7c. Aristarchi discipuli
beati Pauli apostoli natalis — Des. a Christo coronatus quievit.
584. (V. 10; E. 4) D& S. ONuzsiPHORO. Jc. Onesiphori disci-
puli beati Pauli natalis — Des. tu melius nosti.
585. (V. 1o-16* ; B!'*. r-12; E. 4-6) DE S. DoMiNICO DUCE ET
PATRE (dux et pater V)oRnDINIS FRATRUM PRAEDICATORUM — BHL.
2228.
586. (V. 16"-17 ; B. 12-12* ; o'i. E) «DE S. ÀFRA M. AUGUSTA-
NA» Inc. Affra a sancto Narcisso (cod. Mar-) conversa — Des.
decollati sunt. | |
84. LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
537. (V. 17; B. 12*-13; om. E) D& S. CassiANO. Inc. Cassianus
Augustudunensis episcopus est ille de quo frater Vincentius —
Des. in gloria aeterna.
538. (V. 17-20; B. 13-18; E. 6-7) DE TRANSFIGURATIONE Do-
MINI. 7c. Transfiguratio Doniini i in festo sancti Sixti celebratur —
Des. testes essent.
539. (V. 20-21 ; B. 18-20 ; E. 7-7") DE S. SIXTO PAPA. Ja. Six-
tus secundus papa,patre Sephor apud Athenas natus — Jes. Haec
omnia magister Iohannes Veronensis.
540. (V. 21-21'; B. 20-20" ; om. E) DE S. Iusro ET PASTORE
FRATRUM. Z7c. Iustus et Pastor fratres fuerunt, Hispaniae — Des.
ipsorum auxilio liberatur.
544. (V. 21*-23; B. 20*-22" ; E. 7*-8) DE S. DoNATO./nc. Donatus
(fuit duplex, unus add. E) clericus in Roma puer in Pastoris titulo
— Des. Nunc autem martyris Ylariani ossa in civitate Ostia .tumu-
lata servantur, ait Ádo in suo martyrologio.
Sequitur in V (fol. 23) hic locus : DE S. DoNATO : EXALTATIONIS
CRUCIS p. ET PETRI AD VINCULA. Postea petiit vir Dei ab impera-
tore redire ad suam civitatem, et fuit in ea multo tempore.Eligens
autem locum in possessione ubi draconem occiderat, designavit
oratorium sibi ad sepulturam, et ibi positae sunt reliquiae eius VII
idus augusti. Reverso autem Dominico Michaele prothosevasto
inclito duce Venec(ie) tocius exercitus a Ierosolymis,quando Tyrus
capta est a dicto exercitu Venetorum, ipso duce iubente, exierunt
de Venec(ia) galeae xiv. Quae cum in Romaniae partes devenis- -
sent, in Kiflonia applicuerunt, et cum ibi aliquamdiu morarentur
et hinc inde per terram illam discurrerent, invenerunt ecclesiam
in qua huius sancti corpus tumulatuim erat, et inde ipsum tollentes
Venec(iam) detulerunt et in ecclesia Sanctae Mariae plebis Muria-
nensium posuerunt dignissime. Horum legendas plenius habes in
ultimo sextrino. Cf. iufra, 858.
542. (V. 23-26 ; B. 23-28 ; o:1. E) DE S. OsvALDO REGE (rex V).
Inc. Osvaldus rex Bernitiorum, ut scribit Beda — Des. sanitatem
tribuit desperatis.
548. (V. 26-26" ; B. 28-28" ; om. E) DE S. MEM« MI 0 EP. Zac.
Mem« mi »us Cathala«u^»nensis nobili genere Romae ortus —
Des. gubernavit annis XL. :
544. (V. 26*-28 ; B. 28'-32; on. E) DE S. EwiDio. Dic. Emigdius
cum suis fratribus XII — Des. ecclesiam in honorem sancti Emigdii
episcopi et martyris.
545. (V. 28-29 ; B. 32:33" ; E. 8) DE S. CyR1IACO Dr1ACONO. Zzc.
Cyriacus diaconus est ordinatus a beato Marcello papa — Des. xvi
kal. aprilis.
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 85
546. (V. 29; B. 33" ; E. 8) D. S. SEvzER[1Jo EPISCOPO (tmo
PRESBYTERO VIENNENSI) J5c. Severi episcopi confessoris natalis VI
idus augusti celebratur apud Viennam Galliae urbem — Des. mira
fidelium veneratione colitur.
5471. (V. 29-29" ; B. 33*-34" ; on. E) DE S. SECUNDIANO, VERIANO
ET MARCELLIANO MM. Izc. Secundiani et Veriani et Marcelliani
passio facta est tempore Decii — Des. v idus augusti.
548. (V. 29*-33"* ; B. 34"-41 ; E. 8-9") DE S. LAURENTIO M. Z7zc.
prol.Laurentius dicitur quasi lauream tenens — Inc.Laurentiusmar-
tyr et levita, archidiaconus scilicet — Des. pressuram transire (r1).
549. (V. 33'-35 ; B. 41-43* ; E. 9"-10) DE S. SUSANX.N»A. Inc.
Susanna filia Gavinii presbyteri — Des. usque in hodiernum diem.
550. (V. 35 ; B. 43"-44 ; E. ro) DE S. TiBuURTIO M. Znc.Tiburtius
passus est III idus augusti — Des. frequenter argueretur etc. ut
Sebastiani c.
551. (V. 35-36 ; B. 44-45" ; om. E) DE S. TaAuniNoO. /nc. Taurinus
futfillus C. . . . .». Tunc antiquus hostis invidus bonitatis
suscitavit quendam praefectum — Des. Et ego Adcogats. . Coli-
tur III (o5. V) idus augusti.
552. (V. 36; B. 45*-46; E. 10) DE S. EuPLO M. 7/nc. Euplus in
Cathanensium civitate sub Diocletiano — Jes. beneficia largitur
invocantibus se.
558. (V. 36-40 ; B. 46-53; om. E). DE S. CLARA.Jsc. Clara nobi-
libus, militaribus et divitibus — Des. anno pontificatus sui I? et M.
CC?. LV.
554. (V. 40; B. 53 ; E. 10) DES. HiLaRiA. 752c. Hilaria mater
sanctae Afrae — Des. puellae sanctae Afrae.
555.(V. 40-41" ; B. 53-55" ; E. ro-1o*) DE: S. HirPoL vro. 7nc.
jrol. Hippolvtus dicitur quasi valde politus — zc. Hippolytus
quomodo conversus est ad fidem, habes supra in Laurentii b c —
Des. (de alto Hippolyto) ab eo opus exigens (2).
556. (V. 41*-43 ; B. 55*-58 ; E., 10-11) DE S. CassiANO. Zac.
Cassianus dicitur a cassia — 1c. Sanctus Cassianus fuit spectabi-
lis genere — Des. Theodosio et Valentiniano regnantibus.
557. (V. 43-45 ; B. 58-61" ; om. E) DE sANCTO RADEGUNDO ('tti-
810 SANCTA RADEGUNDE) /zc. Radegundis Turingorum nobilissima
— Des. et illa sospes domum redit.
558. (V. 45; B. 61*-62" ; E. 11-11") DE S. EUSEBIO PRESB. Jc.
prol. Eusebius dicitur ab eu — /zc. Eusebius presbyter passus est
tempore Constantii imperatoris — Des. Haec scripsit Orosius.
(1) Ultima pars est ipsa narratio de miraculis BHL. 4784. — (2) Pars quae-
dam huius legendae ex codice B in Actis SS. edita est. Cf. BHL. 3969.
a
86 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
. 559. (V. 45-47 ; B. 62*-65 ; E. 11"-12) DE S. FriRMOo ET Rusrico.
Inc. Firmus et Rusticus cives Bergumates — Des. eorum meritis
se commendantes.
560. (V. 47; B. 65-66 ; E. 12) DE S. HORMISDA PAPA. I*c. Hor-
misda natus patre Iusto — Des. Haec Theodoricus in Tripertita.
: 561. (V. 47-48 ; B. 66-67 ; E. 12-12") ViGILIA DE ASSUMPTIONE
PERPETUAE ViRGINIS. /[2c. Vigiliam habet et octavas assumptio
Dominae Nostrae — Des. Haec in Mariali.
. 562. (V. 48-54; B. 67-77" ; E. 12"-14") DE ASSUMPTIONE BEATIS-
SIMAE VIRGINIS MARIAE. Inc. Assumptio beatissimae virginis Ma-
riae secundum Epifanium — Des. ad ecclesiam de Rochemador
venit, cicatrices protulit et omnibus rem innotuit.
563. (V. 54-54" ; B. 777-78 ; om. E) DE S. MaRnsicio (15mo TAR-
SICIO). Zzc. Dar Sicius (Mars-V) acolytus portabat sacramenta —
Des. xvin kal. sept.
564. (V. 54*-55* ; B. 78-80 ; E. 14*-15) DE 5. ARNULFO is MET-
TENSI) Inc. Arnulfus, ut ait Petrus Damianus, pater Pippini fuit—
Des. Haec Sigibertus.
565. (V. 55"; B. 80; om. E) Dg S. UnsAciO MILITE. J2c. Ursa-
cius primum miles fuit, genere Persa — JDes.ubi haec omnia ponit.
568. (V. 55" ; B. 80-80"; E. 15) DE S. SERENA. I5c. Serena uxor
quondam Diocletiani — Des. sororem suam interfecit, ut Cyriaci c.
567. (V. 55*-56; B. 8o" ; E. 15) DE S. LIBERATO AB. Jac. Libe-
ratus abbas, Bonifatius diaconus — Des. Haec in martyrologio
Adonis.
568. (V. 56; B. 80-81"; E. 15) De& S. MAMMENO PUERO. Z7.
Mammes puer viI annorum erat. — Des. xvi kal. septembris.
569. (V. 56-56" ; B. 81*-82; E. 15-15") DE S. AGAP«IPTO
PUERO. Znc. Agapitus puer sanctus a Porfirio homine bel eruditus
— Des. nutu divino ibi invento.
570. (V. 56"-59; B. 82-87 ; E. r5"-16") DE S. HELENA. /zc.
Helena, ut legitur in quadam, historia Britonum — Des. quod
dicunt fuisse eius.
571. (V. 59; B. 87 ; E. 16") DE S. DoNA10 PRESB. (EREM. IN
MONTE LuRaA) Zzc. Donatus presbyter ex urbe Aurelianensi in Gal-
liis — Des. sepultus ab eodem patre in loco suo.
572.(V. 59-60; B. 877-88" ; E. 16") DE S. MacNo M. — BHL.
5154.
573. (V. 60 ; B. 88-89; E. 16") Dg S. IULIO SENATORE. Zzc.
Iulius senator, audita praedicatione sanctorum martyrum Euse-
bii, Vincentii — Des. xiv kal. septembris.
574. (V. 60-64 ; B. 89-89" et 1oo-106 ; E. 16"-18) DE S. Lupo-
VICO PUERO (?1mo EP. ToLosANO) Inc. Ludovicus puer annorum
LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO. 87.
xl — Des. Multis aliis miraculis clarificavit Dominus sanctum
suum (r).
577.5.(V. 64-73 ; B. ro6-122* ; E. 18-2r") DE S. BERNARDO AB.
Inc. Bernardus dicitur a ber — 7/x»c. Bernardus Burgundiae par-
tibus Fontanis oppido — Des. et in Claravalle septingentae fere
animae Domino serviebant. |
576. (V. 73-73" ; B. 122-123" ; E. 21"-22) Dg S. PHILIBERTO ZA.
Philibertus cum esset bonae indolis — Des. xi11 kal. sept. |
-: 9873. (V. 73-74 ; B. 123 ; E. 22) DE S. ANASTASIO. 7nc. Ána-
stasius vel Athalus, ut sancti Agapiti b, cum esset cornicularius —
Des. X11 kal. sept. |
5778. (V. 74; B. 124 ; E. 22) DE S. TiMoTHEO ET APPOLLINARI[O]
Inc. Thymotheus et Appolinaris apud Remensium urbem — Jes.
mala morte vitam finivit. |
579. (V. 74 ; B. 124 ; E. 22) DES. ANTONI N50. Isc. Ántoni-
nus Romae cum esset carnifex — Des. ut scribit Ado.
580. (V. 74-75; B. 124-126 ; E. 22-22") DE S. CaTEO (immo Za-
CHEO) EP. Inc. Zacheus (Cacheus V, Matheus B) episcopus quar-
tus a beato Iacobo Hierosolymorum ecclesiam clarissime rexit.
Nam, ut ait Eusebius — Des. Clemens Itinerarii libro r1? (39 E).
581. (V. 75 ; B. 126 ; E. 22») DE S. THOMA (mmo 'THEONA) EP.
Inc. Theonas beatus apud Alexandriam venerabilis fuit — Des.
XII kal. aprilis.
582. (V. 75-75" ; B. 126-126" ; E. 22») DE S. THrIMOTHEO (M.
ROMAE). Inc. prol. Timotheus quasi timorem tenens — Zzc. Timo-
theus vir christianus et religiosus ab Antiochia veniens Romam —
Des. (de alto Ttmotheo) 1x kal. februari.
583. (V. 75* ; B. 126-127 ; E. 22*-23) DE S. SYMPHORIANO M.
Inc. prol. Symphorianus a symphonia dicitur — Inc. Symphoria-
nus Augustudunensi urbe ortus — Des.de sacris reliquiis reperitur.
584. (V. 75*-76 ; B. 127-127* ; E. 23) D&E S. TiMoTHEOo (EP.
ALEXANDRINO). 7sc. Fuit et alius Timotheus et Protherius (Par-
therius V) pugiles fidei — Des. liberatus evasit.
585. (V. 76; B. 127" ; E. 23) DE S. SAMUELE PROPHETA. /nc.
Samuelis prophetae sacratissima ossa — Jes. Hieronymus libro
contra Vigilantium.
586. (V. 76 ; B. 127"-128 ; E. 23) DB S. Ponri1RIO. /zc. Porfirius
vir Dei sanctum martyrem Ágapitum enutrivit — Des. xv kal.
septembris.
5877. (V. 76-76" ; B. 128-128" ; E. 23) DE oCcTAVA ÁSSUMPTIONIS.
(1) Cf. BHL., p. 751, no 4. Nuper magnam partem edita est a Ios. PRESUTTI
in Archivo fransiscano historico, t. I (1908), p. 282-90.
88 LE LÉGENDIEBR DE PIERRE CALO.
Inc. Octava assumptionis virginis gloriosae ab Ecclesia debite cele-
bratur — Des. quia nihil purgabile habuit.
588. (V. 76"-77* ; B. 128"-130* ; E. 23-23") DE S. GREGORIO,
THEODoRO ET LEONE — BHL. 3675.
589. (V. 777-8o" ; B. 130-135 ; E. 23*-24) DE oRTU S. BARTHO-
LOMAEI APOST. Z7c. Bartholomaei ortum sic legi. Quidam Iudaeus,
nobilis omnia bona sua expendens — Des. quam inducit Dionysius
ibi (1).
590. (V. 8o*-81" ; B. 135-137" ; E. 247-25) DE S. Lupovico (IX)
RE«GE 5. Inc. Ludovicus quintus rex Francorum illustris patrem
christianissimum habuit Ludovicum quartum regem Franciae —
Des. coruscant prodigia.
591. (V. 81'-82 ; B. 137*-139 ; E. 25-25") DE S. SEvERO — BHL.
7671.
592. (V. 82-83 ; B. 139-140 ; E. 25") DE S. GENESIO M.(DE UTRO-
QUE GENESIO, MIMO ET NOTARIO). 7zc. Genesius martyr in Urbe
mimithemelae artis magister fuit — Des. baptizatus accepit.
593. (V. 83-83" ; B. 140-141; om. E) DE S. EusEB1IO, PEREGRINO
ET POTENTIANO MM. /nc. Eusebius, Vincentius, Peregrinus et
Potentianus passi sunt — Des. vrit kal. septembris.
594. (V. 83* ; B. 141-141* ; E. 25") DE SANCTA MASSA MAR-
TYRE. — lnc. Massa sancta vel candida passa dicitur — Des.
candida propter meritum.
595. (V. 83* ; B. r41* ; E. 25") DE S. SECUNDO M. Isc. Secundus
martyr apud Victimilium castrum — Des. ut scribit Ado.
596. (V. 83*-84 ; B. 141*-142 ; E. 25") DE S. ANASTASIO M. /zc.
Anastasius Aquilegiensis artis fuloniae — Des. in Salonitano terri-
torio collocavit.
597. (V. 84 ; B. 142-142" ; E. 25"-26) DE S. ALEXANDRO M. (BER-
GOMENSI). /7c. Alexander miles fuit Maximiani caesaris et a legione
Thebaeorum fidem recepit — Des. vir (viri V) kal. septembris.
598. (V. 84-84" ; B. 142-143 ; E. 26) DE S. IuLIANO M. (BRivA-
TENSI). Izc.Iulianus in Alvernia natus — Des.post modicum exspi-
ravit.
599. (V. 84" ; B. 143-143" ; E. 26) D& S. ZEFERINO PAPA. Zzc.
Zeferini papae natalis celebratur — Des. revocatus est. |
600. (V. 847-85 ; B. 143"-144 ; E. 26) DE S. RurFro M. Inc. Ruffus
patriciae dignitatis apud Capuam passus est — Des. martyrio
coronatur.
601. (V. 85; B. 144 ; E. 26) DE S. GREGORIO (?5mmo GEORGIO)
(1) Praefixus est in E prologus, qui inc. Bartholomaeus interpretatur filius sus-
pendentis...
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 89
DIAC. 74c. Georgius diaconus, Aurelius, Felix, Natalia — Des.
assequi martyrium.
602. (V. 85-92" ; B. 144-158 ; E. 26-29) D& S. AucusriINo. I7c.
prol. Augustinus hoc nomen sortitus est propter tria .— sc.
Augustinus ex provincia Affricana, civitate Tagastensi, patre
Patricio gentili — Des. nihil tale tentatum est.
603. (V. 92*-93 ; B. 158-159 ; E. 29) DE S. HERME[N]TO M. 7c.
Hermetem (Hermentem V) martyrem illustrissimum virum, cum
esset praefectus urbis — Des. benevolentiam pauperibus exhibuit.
604. (V. 93 ; B. 159-159" ; om. E) DE ALEXANDRO EP. Ic.
Alexander episcopus CPtanus, gloriosus senex — Des. neque aliud,
quod Dei vindictam indicaret, audiret. |
605. (V. 93*-97* ; B. 159*-169 ; E. 29-31) IN DECOLLATIONE S.
IoHANNIS BAPTISTAE./7c. prol. Decollatio beati Iohannis Baptistae
facta est circa pascha — /zc. Hodiernum festum quadrupliciter
appellatur — Des. pro vobis debeam orare.
606. (V. 97*-98 ; B. 169-169" ; om. E) DE S. SABINA M. Znc.
Sabina illustrissima martyr Romae in Aventino — Des. fidei suae
magistrum.
60". (V. 98-99 ; B. 169"-171* ; E. 31) DE S. FELICE PRESB. (M.
ROMAE) Inc. Felix presbyter et alius frater eius Felix similiter
presbyter — Des. mirabiliter liberatus.
608. (V. 99-99" ; B. 171*-172* ; om. E) DE SANCTO SAVINIANO,
SAVINE ET SAVIANI FRATRUM. Jc. Savinianus et Savina Savini
fuerunt filii — Des. sororis historia plenius agnoscatur.
609. (V. 99"*-10o0 ; B. 172*-173 ; om. E) D& S. SiLviNA (19mmo
SABINA V. TRECENSI) Z77c. Savina soror eius eum cottidie graviter
flebat — Des. recepit integram sanitatem.
610. (V. 100 ; B. 173; E. 31) « DES. ARISTIDE 7c. Aristides
beatus apud Athenas — Des. cum quo tunc ipsa sanctitas migravit.
611. (V. 100-100" ; B. 173-173" ; o'i. E) DE S. PAULINO EP. Zzc.
Paulinus (Pauius B) Treverensis sanctus episcopus et confessor —
Des. uv kal. septembris.
612. (V. 10o"-1o1 ; B. 173'-174 ; om. E) Dg S. ViNARDO (mo
NIVARDO) EP. J[sc. Nivardus (Vinardus V) Remensis archiepiscopus
et Reolus successor eius, Bercharius quoque martyr — Des. cun-
ctis morbo obsessis salubre. |
613. (V. ror ; B. 174-174" ; om. E) Dg S. Lupo Er. (SENONICO).
Inc. Lupus apud Aurelianum ex genere regali ortus (cf. BHL.
5084) — Des. 1v kal. sept.
614. (V. 1or-102 ; B. 1747-176 ; om. E) DE S. AciLLo. Inc. Agi-
lus (Agillus V) a sancto Audoeno monasterio Resbacensi praefe-
ctus — Des. dolor omnis fugatus est.
9o LE LÉGBNDIER DE PIERRE CALO.
6415. (V. 102-102" ; B. 176-176" ; om. E) DE S. MEDBRICO AB. /7tc.
Medericus abbas Aeduae civitatis pago ortus — Des. 1v kal.
septembris.
616. (V. 102"-103" ; B. 176"-178" ; om. E) DE S. TERRENO EP.
Inc. Terentianus episcopus passus est tempore Adriani imperato-
ris — Des. Deus multa miracula operatur.
- 61". (V. 103"-104 ; B. 178"- 179" ; E. 31-31") D& S. AkEaiDio. /zc.
Aegidius anno Anastaxii secundi imperatoris primo — Des. Cla-
ruit circa annos Domini pcc.
618. (V. 104-104" ; B. 179*-180 ; E. 31") DE S. FriRMINO EP. nc.
Firminus Ambianensium episcopus kalendis septembris Dupréd
ad Dominum — Des. quam construxerat.
619. (V. 104* ; B. 180; om. E) Dg S. Pnisco. 7». Piscis fuit
unus de illis annuus Christi discipulis — Des. ut scribit Ado.
620. (V. 104" ; B. 180-18o" ; om. E) DE S. ANN» A PROPHETIS-
SA. Inc. Anna prophetissa, filia Fanuel, de tribu Asser — Des.quae
etiam necessaria est.
6241. (V. 104 ; B. 180* ; E. 31") DE S. IusTO EP. /»c. Iustus Lug-
dunensis episcopus, mirae sanctitatis vir — Des. Hoc in martyro-
logio Adonis. De hoc quaere idibus octubris. Cf. infra, 785.
622. (V. 104*-105 ; B. 180"-181 ; om. E) DE S. ErPipDio EP. Zzc.
Elpidius Lugdunensis episcopus eadem die — Des. in unum colle-
git.
623. (V. 105 ; B. 181 ; om. E) DE S. PHEBEN. Isc. Pheben, de
qua Paulus — Des. ut scribit Hieronymus. |
624. (V. 105-105" ; B. 181-182; om. E) Dg S. SERaPIA V. Inc.
Serapia virgo Anthiocena genere — Des. 1v. kal. augusti. —
625. (V. 105*-107" ; B. 182-185 ; om. E) D& S. EUPHEMIA ET DE
DoRoTHEA — BHL. 2707.
626. (V. 107-108 ; B. 185-185" ; om. E) DE S. ANTHONICN 0
Inc. Antoninus Appamiae oppido oriundus, nobilis genere — Des.
IV nonas septembris.
62". (V. 108-108" ; B. 185"-186" ; om. E) DE S. MARCELLO ET
VALLERIANO. Z7»c. Marcellus et Vallerianus cum Lugduni sanctus
Fotinus (Fortinus V) episcopus cum aliis xLviig — Des. ut ibi
posui.
628. (V. 108*-109 ; B. 186*-187* ; osi. E) Dr. S. BEnrTINO. Znc.
Bertinus cum Mummoleno (Mimmo-V ; Nummo-B) et Ebertamio
— Des. recto calle perrexit.
629. (V. 109-109" ; B. 187"-188Y ; om. E) DE S. VicTORINO ET
SEVERINO FRATRUM. Zzc. Victorinus et Severinus fratres post obi-
tum utriusque parentis — Des. Haec in dicto martyrologio Ado-
nis.
LE.LÉGRENDIBR DB PIBRRB CALO. 91
630. (V. 109" ; B. 188" ; o5. E) DE S. DoMiciANo (?mmo DoNA-
TIANO EP. M. IN AFRICA) 7zc.Donatianus (Doncianus V),Praesidius,
Mansuetus, Germanus — Des. Haec Victor Affricanus episcopus.
631. (V. 1o9" ; B. 188" ; om. E) DE S. ONBsIFORO — supra, 584.
632. (V. 109*-110 ; B. 188*-189Y ; om. E) Dg S. REGINA M. Inc.
Regina virgo passa est sub Olibrio — Des. vir idus septembris.
.. 688. (V. x1o-110"; B. 189"-19o" ; om. E) Dg S. MAMERTINO. Z77tc.
Mamertinus fuit tempore Lupi Trecensis — Des. in ecclesia San-
cti Germani est sepultus.
634. (V. x10*-112 ; B. 19o"-192Y ; om. E) DE S. Evuncio EP. Inc.
Evurcius Aurelianensis episcopus floruit tempore Constantini —
Des. Sicut ei fuerat revelatum.
635. (V. 112; B. 192*-193 ; o5. E) DE S. CLopoarpo. Isc. Clo-
doaldus beatus filius Clodomiris regis — Des. vit idus septembris.
636. (V. 112-112"; B. 193-193" ; om. E) DE S. IOHANNE. Inc.
Iohannes apud Nicomediam ex nobilibus — Des. Haec Eusebius i11
libro, cap. v Eccl. Hist.
637.(V. x12*-114* ; B. 193-197; om. E) De S. IusTINO (immo
DuNsTANO) Isc. Dunstanus (Iunstanus V) ex Angliae partibus
oriundus — Des. cum honore ingressa.
688. (V. 114*-121* ; B. 197-209" ; E. 31*-34) DB NATIVITATE S.
MARIAE VIRGINIS. J42c. Nativitas beatissimae virginis Mariae diu
fuit ab Ecclesia ignorata — Des. honorifice sepelivit.
639. (V. 121*-123 ; B. 209*-212* ; E. 34-34") DE S. ADRIANO M.
Inc. Adrianus a Maximiano imperatore passus est -- Des. in hono-
rabili templo exornatum. |
640. (V. 123-123" ; B. 212*-213" ; om. E) De S. ToRBINIANO ((tn-
30 CORBINIANO) EP. Inc. Torbinianus episcopus a papa Gregorio
tempore Pippini Grossi factus — Des. et in ecclesia Sanctae
Mariae tumulatus.
641. (V. 123"-124 ; B. 213*-214" ; E. 347-35) De S. DonoTHEO (ET
GoRGONIO MM.) Inc. Dorotheus opinatissimus in cubiculo regum
fuit — Des. quia me, inquit, perimere vult.
642.(V. 124-124" ; B. 214-215" ; om. E) De S. SERGIO PAPA.
Inc. Sergius primus papa, natione Antiocenus — Des. Nam Traie-
ctum lingua gallica oppidum dicitur.
643. (V. 124*-125 ; B. 215"-a16" ; om. E) De S. AuDpoMan[t]o.
Inc. Audomarus ex nobilibus et religiosis parentibus ortus — Des.
et in monasterio sancti Sithin (Sithini V ; £510 Sithiu) sepultum.
644. (V. 125-125" ; B. ar6"217* ; om. E) DE S. MEMENSIANO
(1$555)9 NEMESIANO) AC SOCIORUM EIUS. Inc. Nemesianus (Memens-
V), Felix, Lucius, alius Felix — Des. conflictationibus clarita-
tem.
92 LE LÉGENDIER DE PIERRB CALO.
645. (V. 125* ; B. 2a17* ; om. E) DE S. SoSTENE ET VICTORE MM.
Inc. Sostenes et Victor Iv idus septembris in Calcedonia — Des.
spiritum emiserunt.
646. (V. 125*-127 ; B. 217*-220 ; o5*t. E) DE TRANSLATIONE COR-
PORIS S. HERMACORAE — BHL. 3844.
64". (V. 127 ; B. 220-220" ; E. 35) DE S. PnRoro ET IACINTO./7c.
Protus et Iacintus fuerunt heunuchi beatae Eugeniae virginis
et domicelli eius — Des. iussit eos decollari.
648. (V. 127-129; B. 220"-224 ; om. E) DE S. PHILIPPO PATRE
S. EUGENIAE (?5n0 DE PASSIONE S. EUGENIAE). I»c. Philippus
pater sanctae Eugeniae illustrissimus Romanorum — Des. etc.
ut Basillae. |
649. (V. 129-129" ; B. 224-224" ; E. 35) DE S. LiGoR10 GRAECO
— BHL. 4935.
650. (V. 129" ; B. 224" ; ot. E) DE S. AMATO PRESB. (AB. HABEN-
DENSI) Zac. Amatus presbyter et abbas monasterii Sancti Rome-
rici — Des. idibus septembris.
651. (V. 129"-131* ; B. 224"-228* ; om. E) DE S. MAURILLIO EP.
Inc. Maurillius Andegavensis PPISEODMS Mediolanensis fuit — Des.
iram Dei morte persensit. : '
652 (V.131"-133 ; B. 228*-230" E. 35-35") DE S. CORNELIO PAPA.
Inc. Cornelius papa,natione Romanus, patre Iustino — Des. bene-
ficia praestantur.
653. (V. 133-135 ; D. 230"-234 ; E. 35"-36) DE S. CvPRIANO. I».
Cyprianus Affer primum quidem gloriose rethoricam docuit —
Des. In monasterio Sancti Anthonii de Torcello ostendunt sancti-
moniales ossa, quae dicunt fuisse sanctorum Cornelii et Cypriani ;
quae ego vidi.
654. (V. 135-142 ; B. 234-247" ; E. 36-38) DE EXALTATIONE
SANCTAE CRUCIS. /5c. Exaltatio sanctae crucis xviII kal. octobris
recolitur — Des. serpens iam mortuus trahitur.
655. (V. 142-143" ; D. 247*-250 ; om. E) Dg S. BoNa. Inc. Dona
apud Latinos, apud suos vero Aegyptios vocabatur Carmundica
(-iza V). Quam Deus totius bonitatis elegit ex utero — Des. Multa
quoque signa et virtutes ad eius sepulcrum fecit omnipotens
Deus.
656. (V. 143'-145" ; B. 250-254 ; om. E) Dg S. MARINO M. (CUM
LEONE). Inc. Marinus passus est rl die septembris. Nam cum Dio-
cletianus — Des. in monte Titiano, in eam quam ipse sibi aedifica-
verat ecclesiam.
65". (V. 145"-146" ; B. 254-256 ; om. E) DE S. SiRo ET HvuMEN-
CIO (134mo IvENTIO) Inc. Sirus et Humentius discipuli fuerunt Her-
macorae — Des. gratissimus fuit omni clero et populo.
——
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 93
658. (V. 146*-149 ; B. 256-260" ; om. E) DE S. VENERIO MONA-
CHO — BHL. 8535.
659. (V. 149-149* ; B. 261-261" ; E. 38*-39) D&£ S. NiCOMEDIO
PRESB. ET M. Jic. Nicomedes presbyter et martyr discipulus fuit
beati Petri apostoli — Des. Haec sanctus Marcellus SERI in exsi-
lio. Cf. BHL. 6062.
660. (V. 149" ; B. 2617-262 ; om. E) DE S. VALLERIANO M. Znc.
Valerianus (Valle- V) martyr fuit unus ex numero L martyrum
qui tempore Anthonini Veri Lugduni — Des. De hoc vide 11 nonas
septembris.
661. (V. 149"-151 ; B. 262-265 ; E. 39-39") DE S. EUFEMIA M. Ic.
Eufemia quasi bona femina dicta, passa est sub Diocletiano —
Des. erat deiecta sub pedibus eius.
662. (V. 151-152 ; B. 265-267 ; om. E) DE S. Lucia ET GEMI-
NIANO MM. Znc. Lucia et Geminianus Romae passi sunt xvi kal.
octobris — Des. infirmi potati sanantur.
663. (V. 152 ; B. 267-267" ; om. E) DE S. IusTINO PRESB. [*c.
Iustinus presbyter fuit a beato Sixto ordinatus ; ad quem sanctus
Laurentius — Des. insignissimus fuit.
664. (V. 152-152" ; B. 2677-268* ; E. 39") DE S. LAMBERTO M.
Inc. Lambertus anno Leonis II imperatoris I1? martyrizatur, ut ait
Sigibertus — Des. in conspectu Domini commendatur.
665. (V. 152*-153 ; B. 268" ; om. E) DE S. METHODIO EP. Jc.
Methodius Olympi Liciae episcopus — Des. in eorum libris poterit
invenire.
668. (V. 153 ; B. 268-269 ; om. E) DE S. FEREOLO. Izc. Fereolus
tribuniciae dignitatis et Iulianus in Alvernia natus, eius comes —
Des. Haec Gregorius Turonensis.
66". (V. 153-153" ; B. 269-269" ; om. E) DE S. Eee S cEDEE
PUERO ET M. Zzc. Flo«/s»cellus puer passus est temporibus Àntho-
nic n»1 — Des. feris (ferris V) in platea traditus est.
668. (V. 153" ; B. 269"-270 ; E. 39") DE S. FaAvsrTA. I1c. Fausta
virgo infantula xii vel xiv annorum — Des. Ado dicit quod erat
80 (9o V) annorum. |
669. (V. 1537-155 ; B. 270-273 ; om. E) D&E S. IANUARIO EP. Jc.
Ianuarius Beneventanae civitatis episcopus, corpore pulcher —
Des. non cessant praestare beneficia.
670. (V. 155; B. 273 ; on. E) DE S. EuLocio PRESB. /7c. Eulo-
gius, ut dicit Hieronymus in Vitis patrum, presbyter erat — Des.
per paenitentiam purgarentur.
8074. (V. 155-155" ; B. 273-274 ; om. E) Dg S. PRIVATO EP. ET M.
Inc. Privatus episcopus passus est tempore Valleriani et Gallieni
— Des. x11 kal. octobris.
94. LE LÉGENDIER DE PIBRRB CALO.
672. (V. 155"-159" ; B. 274-282 ; E. 39"-41) DE S. MATHEO
APOST. Inc. prol. Matheus dictus est et Levi — Z7»c. Matheus fuit
publicanus, id. est publicus peccator — Jes. praeter evangelium
sancti Mathei apostoli.
6'73. (V. 159*-160 ; B. 282-283 ; E. 41-41") DE S. ALEXANDRO M.
Inc. Alexander episcopus x1 kal. octobris passus est pro fide
Christi sub Anthonino imperatore — Des. Christo credidit.
674. (V. 160"-162 ; B. 283-286" ; E. 41*-42) DE S. MauRIcio ET
SOCIORUM EIUS MM. Zzc. prol. Mauritius dicitur a mari et cis — Z»c.
Mauritius in sacratissima legione Thebeorum dux fuisse perhibe-
tur — Des. ponens in unaquaque earum unam.
675. (V. 162-162" ; B. 286"-287 ; om. E) DE S. SANCTINO EP.
Inc. Sanctinus ordinatus ,episcopus a beato Dionysio — Des.
migravit ad Dominum.
676. (V. 162" ; B. 287-287" ; om. E) DE S. YoNi[N]o (PRESB.
CASTRENSI). Inc. Yonius (Yoninus V) quoque cum sancto Dionysio
de partibus Atheniensium veniens — Des. ob sancti viri exsequias
fuerant destinati.
67". (V. 162*-163 ; B. 287*-288 ; om. E) De S. Sosio pi4AcoNo.
Inc. Sosius diaconus Messenatis civitatis — Des. cum aliis tribus
occisi sunt.
678. (V. 163-163" ; B. 288-289 ; om. E) DE S. TECHLA. Ic.
Teclae et Pauli historiam et totam baptizati leonis (abulam — Des.
IX kal. octobris.
679. (V. 163" ; B. 289-289" ; omm. E) DE S. ANDOCHIO ET SOCIIS
EIUS. I4c. Andochius a beato Polycarpo — - Des. et honorifice sepe-
livit.
680. (V. 163*-164; B. 289"-290 ; E. 42) ASSUMPTIO CORPORIS
BEATAE DEI GENITRICIS MARIAE. 7sc. Assumptio corporalis beatae
Dei genitricis Mariae IX kal. octobris facta est, ut ipsa revelavit
Elysabeth — Des. in animo et in corpore. |
681. (V. 164-164* ; B. 290-291 ; om. E) DE S. SALABERGA. Jnc.
Salaberga abbatissa fuit tempore beati Sulpicii — Des. X kal.
octobris.
682. (V. 1647-165 ; B. 291-292 ; om. E) DE S. CoNsTANCIO. Jc.
Constantii festum agitur die xxilI septembris, de quo scribit Gre-
gorius I libro Dial., cap. iv — Des. Haec Gregorius rir? Dial.,
cap. IV. |
683. (V. 165 ; B. 292-292" ; om. E) DE S. FiRMINO M. (AMBIA-
NENSI). Jac. Firminus in civitate Yberniensi quae dicitur Pampu-
lonia — Des. a civibus Belvacensibus est occisus.
684. (V. 165 ; B. 292" ; E. 42) DE S. CrLEoPna[s]. zc. Cleophas
unus de LxXxII discipulis — Des. feria II post pascha.
MESSER: uini? Loi
LE LÉGENDIER. DE PIERRE CALO. 95
685. (V. 165-166" ; B. 292*-295 ; om. E) Dg S. IusTINA. Znc. prol.
Iustina a iustitia dicta — ZIzc. Iustina virgo Antiochena,filia Elusii
sacerdotis idolorum — Des. ut Eugenii Carthaginensis.
686. (V. 166*-168* ; B. 295-298" ; E. 42-42") Dg S. CosMA ET
DAMtANO MM. Inc. prol. Cosmas dicitur a cosmos — Z»c. Cosmas
et Damianus fratres ex religiosa matre — Des. in tumulo repere-
runt. |
687. (V. 168*-169: B. 299-299* ; E. 42"-43) DE S. VENCESLAO
DUX. nc. Venceslaus dux Boemorum sic Deum dilexit — Des. ad
sui gloriam et honorem. |
688. (V. 169-171" ; B. 299*-303" ; o5. E) DE S. Maxiwo. Inc.
Maximus, qui fuit Reginus episcopus, vico proprio — Des. nec
silere mysterium. |
689. (V. 171*-172* ; B. 303'-305" ; omi. E) D& S. Funsazo. Inc.
Furseus anno quinto Constantis — Des. Hanc historiam scripsit
Beda, ut dicitur.
690. (V. 1727-179 ; B. 305-317 ; E. 43-45) INFESTO S. MiCHAE-
LIS ARCANGBLI — Zzc. rol. Michael, Gabriel et Raphael nomina
sunt propria angelorum — 7c. Michaelis festa quattuor sunt —
Des. cum legisset beatus Hieronymus, stupuit. Cetera de ange-
lis quaere «...
691. (V. 179-V!*- ?», rgr ; B. 317-340 ; E. 45-49) DE S. HiERo-
NYMO. Inc. prol. Hieronymus fuit binomius — ZIzc. Hieronymus
Eusebii viri nobilis filius — Zzc. sed non reperi a quo sive quando.
692. (V. 191-192" ; E. 49) DE S. R&BMiGIo. /zc. Remigii confes-
soris festum praecipuum natalis eius agitur idibus ianuarii — Des.
Haec Sigibertus.
698. (V. 1927-193 ; om. E) DE S. BAvo« NE». Inc. Bavo, qui
Allowinus (cod. Allominus), per sanctum Amandum... conversus
— Des. quod factum est.
694. (V. 193; E. 49) DE TRANSLATIONE S. GERMANI. Germani
Antisiodorensis translatio celebratur apud Antisiodorum kalen-
dis octobris ; de quo habes Germani pridie kal. augusti.
695. (V. 193-193" ; om. E) DE S. F1DE V. ET M. Inc. Fides civis
Angenensis ($9mmo Aginnensis) nobilis — Des. eius praesentem
sentiret virtutem.
696. (V. 193"-194 ; o5. E) DE S. «E LEUTERIO M. 75c. Eleu-
terius martyr passus est Nichomediae cum aliis — Des. in venera-
bili sepultura reposuerunt.
697. (V. 194-194" ; E. 49-49") DE S. LEopEGaRIO M. Izc. Leode-
garius ortus nobilissimis et religiosis parentibus — Des. anno Do-
mini DCLXXX. -
698. (V. 194* ; o». E) SS. CUVANDORUM (5o EWALDORUM)
96 LE LÉGBNDIBR DB PIBRRE CALO.
PRESBYTERORUM. /4c. Cuvandorum presbyterorum sanctorum
apud antiquos Saxones natalis celebratur — Des. ad praedican-
dum direxit. :
699. (V. 194-196" ; om. E) DE S. AMELIO ET ÁMICO PUERIC S».
Inc. Amelius et Amicus duo pueri miro modo sibi consimiles —
Des. Hoc in cronicis.
700. (V. 196"*-197" ; omn. E) DE S. AUREA. Inc. prol. Aurea dicta
est quia habuit decorem pulchritudinis — 7»c. Aurea sancta, ut
ait Sigibertus, claruit temporibus Eraclii, quam sanctus Eligius—
Des. Huius festum celebratur 1v nonas octobris.
704. (V. 197*-198" ; om. E) DE S. PETRONIO EP. /nc. Petronius
Bononiensis episcopus, natione graecus — Des. cum magna reve-
rentia et honore.
702. (V. 198*-199 ; om. E) Dg S. MaRCHO ET MARCELLIANO FRA-
TRUM. /»c. Marchus et Marcellianus fratres apud Aegyptum passi
sunt — Des. Haec Addo et vii Eccl. Hist. libro.
708. (V. 199-202" ; E. 49*-5o") DE S. FRANCISCO Jc. prol. Fran-
ciscus primo vocabatur Iohannes — ZIn5c,. Franciscus ex civitate As-
sisii ortus et negotiator effectus — Des. neque aquae gutta proxi-
mavit ad tunicam.
704. (V. 202" ; omm. E) DE S. CRASEO (tmo THRASEA) EP. Inc.
Crasee episcopi apud Smyrnam martyrio coronati natalis est III
nonas octobris — Des. ante Xil annum Hierosolymis descenderent.
705.(V.202" ; om.E) DE S. VINCENTIO ET ORONTIO FRATRUM MM.
Inc. Vincentius et Orontius fratres passi sunt tempore Diocletiani
— Des. non valentes ulterius referre.
706. (V. 202: ; E. 5o") DE S. CnisPINO ET Gato. Jpc.. Crispini
(Crispi E) et Gaii natalis est pridie nonas octobris — Des. cum do-
mo sua.
70". (V. 202*-203 ; ois. E) DE S. GENGULPHO. 7sc. Gengulphus
in Burgundia claruit sanctitate — Des experiri dignatus est.
708. (V. 203 ; E. 5o") DE S. MARCHO PAPA. Izc. Marcus papa, ut
in lectionario Romanae ecclesiae legitur, natione Romanus— Des.
et cessavit episcopatus dies xx.
709. (V. 203-204 ; E. 50*-51) DE S. SEnGIO ET Baco. Inc. Ser-
gius et Bachus sub Diocletiano imperatore maximis honoribus sub-
limati sunt — Des. sociata martyribus sepulta quiescit.
710. (V. 204 ; E. 3x) DES. MARCELLo ET APULLEO MM. Jc.
Marcellus et Apulleus primo quidem adhaeserunt Symoni mago —
Des. non longe ab urbe Roma.
741. (V. 204-205 ; E. 51-51") DE S. IusTINA. Inc. Iustina christia-
nis parentibus orta — Des. festum quod tunc imminet.
712. (V. 205-205"; E. 51") DE S. BENEDICTA. J7zc. Benedicta
LE LÉGENDIER DE PIERRH CALO. 97
re et nomine virgo venerabilis — J2Des. ad caelum .est translata.
718. (V. 205" ; E. 51") DE S. SYMEONE SENE. Zsc. Senex ille Sy-
meon beatissimus, de quo Lucas — Des. Et hoc vide Purificatio-
nis e. f. et Zachariae papae IX novembris.
714. (V. 205*-206* ; E. 51*-52) DE S. DEMETRIO M. sc. Deme-
triusa sua iuventute castus — Des. secundum Usuardum, Vin-
centium et Adonem vriI idus.
715. (V. 206*-208; E. 52-52) DE S. GERALDO ET AURELIANO
($$nmtos pk S. GERALDO AURILIACENSI) Zsc. Geraldus Aurelianensis
(Aurelianus V) vir illustris Galliarum parte quae ab antiquis Cel-
tica vocatur — Des. se migrasse monstraret.
716. (V. 208-208" ; oi. E) DE REPARATA PUELLA. Irc. Reparata
puella fuit in civitate Caesarea — Des. passa est autem VIII idus
octobris.
71". (V. 208*-209 ; E. 52") DE S. P&LAGIA. 7xc. Pelagia prima
feminarum Antiochiae civitatis, rebus et divitiis plena — Des.
Obiit autem virt die octobris.
718. (V. 209-209" ; om. E) DE S. MARGARITA DICTA PELAGIA V.
Inc. Margarita dicta Pelagius virgo pulcherrima, dives et nobilis—
Des. in monasterio virginum honorifice sepelitur.
719. (V. 209"; o31. E) «DE S. THAYSE» Inc. Taysis meretricis
conversionem quaere Trinitatis o. Provoluta igitur ad pedes eius
trium dierum inducias petiit — Des. et pausavit in pace.
720. (V. 209"-214 ; E. 52*-54) DE S. DioNvsto. Ic. prol. Diony-
sius interpretatur vehementer fugiens — Z7nc. Cum Paulus aposto-
lus replens evangelium praedicaret Athenis — Des. gladio est
peremptus.
724. (V. 214-214" ; E. 54) D& S. DoMN« IN 0 M. I5c. Domninus
erat primus cubicularius Maximiani imperatoris — Des. vt1 idus
octobris. '
722. (V. 214'-215 ; E. 54-54") DE S. CassIOo ET FLORENTIO. /tc.
Cassius et Florentiuseet socii eorum Gereon (Agereo V) cum sociis,
et Victor cum suis — Des. et salutem recepit.
729. (V. 215 ; E. 54") DE S. PiNICO (?$mo PiNITO). Inc. Pinitus:
(Piuicus V) inter viros apostolicos nobilissimus — Des. apud Cre-
tam quievit v1 idus octobris.
724. (V. 215; E. 54") DE S. MaLoso ET VICTORE MM. /7c. Malo-
sus et Victor apud Agripinam urbem — Des. fragrantia replentur.
725. (V. 215; E. 54") DE S. PauLINO EP. 7nc. Paulinus episco-
pus Eboraci ea (Eboratica V) die quievit in Domino — Des. cum
rege suo Edwino.
726. (V. 215-216" ; E. 54", 58) DE S. TaRACO, PROBO ET ANDRO-
ANAL. BOLL. XXIX. 7
98 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
NICO MM. Z2c. Taracus, Probus, Andronicus apud Tharsum metro-
polim Ciliciae passi sunt — Des. corpora sua poni.
721. (V. 216*-217 ; E. 58) DE PLURIMORUM MARTYRUM. 7c. Qua-
tuor milia nongenti Lxxv1 martyres apud Africam — Des. vel
sepultura eorum. |
728. (V. 217-217" ; E. 58) DE S. EpuaRDo REX. JIzc. Eduardus
rex illustris ex antiquis Anglorum regibus — Des. longam patriae
acquisivit servitutem.
729. (V.217* ; E. 58) DE S. TEHOPHYLO. nc. Theophilus (Tho-
phylus V) sextus ab apostolis Antiochenae ecclesiae — Des.
videntur congruere.
7830. (V. 217*-218' ; E. 58-58" Dg S. CaRro M. Inc. Carpus
discipulus fuit beati Pauli, martyrizatus apud Troadam — Des.Haec
Vincentius libro II? cap. XXVII.
731. (V. 218*-219; E. 58") DE S. CAL IxTO PAPA. J^c. Calixtus
papa primus sedit in episcopatu — Des. De quo apostoli Iacobi
ultimum miraculum.
7832. (V. 219-221; E. 58*-59") DE S. GAUDENTIO (EP. ARIMI-
NENSI). I4c. Gaudentius (Gadentius V, Gandensius E) natione
Ephesinus tempore papae Damasi venit Romam — Des. multi
variis languoribus occupati.
738. (V. 221-222 ; E. 59") DE S. FoRTUNATO EP. I»c. Fortunatus
Tudertinus episcopus pridie idus octobris migravit a saeculo —
Des. apud mortua ossa sua perseverat. |
784. (V. 222-222" ; E. 59") Inc. DE S. PLACIDIA V. (CULTA VERO-
NAE) Inc. Placidia (Placida E) virgo fuit filia Valentiniani impera-
toris et Eudoxiae (Enodoxie E) — Des. obiit in oratione et in
ecclesia Sancti Stephani via Tridentina miraculis claret. Haec
frater Bartholomaeus.
. 385. (V. 222" ; E. 59*-60) D& S. IUSTO EP. pu Iustus episcopus
Lugdunensis, relicto episcopatu — Des. in, qua sanctus Iustus
tumulatus est. — Cf. supra, 624.
736. (V. 222*-223 ; E. 60) DE S. CERBONIO EP. Inc. Cerbonius
(Certonius E) vir vitae venerabilis Populonii — Des. Haec Grego-
rius III? Dial.
73". (V. 223 ; E. 60) TRECENTI LX MARTYRES. Zsc. 'Trecenti Lx
martyres milites Mauri ex legione illa sacra Thebeorum — Des.
sanctos aureos eos vocare consueverunt.
. 788. (V. 223 ; E. 6o) DE S. ANTHIOCHO EP. Inc. Anthiochus
episcopus, cum adhuc presbyter Lugdunensis esset — Des. in qua
et sanctus Iustus cds quiescit.
199. (V. 223; E. 6o) DUCENTI LXX MARTYRES. Inc. Martyres
LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO. 99
ducenti Lxx in Affrica pariter coronati sunt — Des.Haec in marty-
rologio Addonis.
740. (V. 223-223" ; om. E) Dg S. MAGNOBODO EP. J5c. Magnobo-
dus sanctus Andegavensis episcopus claruit — Des. abire fecit.
441. (V. 223"*-226 ; E. 60-61) DE MEMORIA ARCHANGELI MICHAE-
LIS. /2c. Michaelis archangeli memoria (memoriam V) xvit kal.
novembris ideo celebratur, quia, ut ait Sigibertus, anno Domini
DccviI Childiberto — Des. sed in signum mysterii, ut est dictum.
742. (V. 226 ; om. E) DE S. ARIsTO. Aristo fuit unus de Lxxit
discipulis, de quibus Symonis et Iudae cLi. Natalis eius est XvI
kal. — Cf. supra, 190.
748. (V. 226; E. 61) Dg S. HERO«XNE?» EP. Inc. Hero post
beatum Ignatium Anthiocenam rexit ecclesiam — Des. amator
Christi occubuit.
744. (V. 226-229 ; E. 61-62) D& S. Luca Inc. prol. Lucas inter-
pretatur ipse consurgens — Z7c. Lucas, ut ait Hieronymus, syrus
natione — Des. in archa illa ferrea cum devotione clauserunt.
745. (V. 229-230 ; E. 62) DE S. Iusro M. Isc. Iustus adhuc pue-
rulus passus est sub Rictiovaro xv kal. novembris — Des. in
sacrario beati Petri honorifice reposita.
746. (V. 230 ; E. 62) DE S. TRirFONIA. Inc. Triffoniae (Trifonie
E) uxoris Decii caesaris festum — Des. v kal. novembris ubi de
Cirilla (trella V).
74". (V. 230-230" ; E. 62-62") DE S. ETHBIN[N]O. Jzc.Ethbinus in
Britanniae partibus natus -- Des. xiv (1x E) kal. novembris.
748. (V. 230" ; E. 62») DE S. PTHOLOMEO ET LUCIO MM. Jc.
Ptholomeus et Lucius 1v kal. novembris passi sunt — Des. ibique
sepulti sunt.
749. (V. 230*-231 ; E. 62") DE S. Maxiwo. Izc. Maximus levita
vir sanctus fuit plebeius — Des. apud Asiensem provinciam.
750. (V. 231 ; E. 62" DE S. Ca[R]PRASIO. Jzc. Caprasius
(Carpasius E) in Galiis civitate Ageno, cum rabiem — Des. Haec
Ado (Addo V).
754. (V. 231-232" ; E. 62*-63) CRIsANTI ET DARIAE. Z7c. Crisanti
et Dariae natalis est kalendis decembris, et sic crebrius recolitur
(reponitur V) ; sed frater Iacobus hic ponit. Polemius vir illustrissi-
mus — Des. ut gesta sunt.
'51bis (E. 63-63" ; om. V) «De S. HILARIONE. ZI»c. Hylarion
vico Thebaide Palaestinae — Des. per quae daemon intrare voluis-
set (1).
(1) Aliam epitomen Vitae S. Hilarionis exhibet exemplar Venetum in appen-
dice ad ultimum tomum ; vid. infra, 860.
IOO LE LÉGENDIBR DEB PIBRRE CALO..
752. (V. 232*-235* ; E. 63"-64*) UNDECIM MILLIUM VIRGINUM.
Inc. Undecim millium virginum passio facta est secundum quos-
dam tempore Antheros (Anthereos V) papae — Des. migrasse ad
Dominum invenerunt.
158. (V. 235" ; om. E) DE S. ASTERIO PRESB. /zc. Asterius pres-
byter sancti Calixti papae corpus — Des. Haec Ado.
754. (V. 235* ; E. 64") Inc. Dg S. ViA[C]TORE. Isc. Viatoris
(Viactoris V, Vatoris E) lectoris, comitis sancti Iusti in (Scanti
Iustini V) heremo, transitus colitur xii kal. novembris. De hoc
invenies Iusti pridie idus octobris.
755. (V. 235* ; E. 64*) DE S. MancHo EP. 7nc. Marchus Ieroso-
limitanus episcopus fuit primus ex gentibus — Des. martyrio con-
summatus.
756. (V. 235" ; E. 64*-65) DE S. SALOME. zc. Salome in evange-
lio (ecclesia E) legitur — Des. et Iohannis evangelistae.
757.(V. 236 ; E. 65) DE S. MELLoNE. /»c. Mellonus de maiori
Britannia oriundus — Des. t1 kal. novembris.
758. (V. 236 ; E. 65) DE S. MELA. I»c. Melas, ut dixit Socrates
in Hist. Trip. — Des. ex negotiatore monachus.
759. (V. 236-236"; E. 65) DE S. MELANtA. Z7zc. Melania nobilis-
sima Romanorum mulier (mulierum Romanorum E) tempore
Valentis imperatoris — Des. Haec omnia Heraclides.
760. (V. 236*-237 ; E. 65) DE S. SEvnRINO EP. Inc. Severinus
Coloniensis episcopus successit Effratae haeretico — Des. portam
caeli appellavit.
. 164. (V. 237-238'; E. 65-65") D& SEvERINo RoMANo (d cest
BozETIo). Jc. Fuit alius Severinus Romanus, qui fecit librum de
consolatione philosophiae — Des. ut ipsemet dicit Boecius.
762. (V. 238" ; E. 65") DE S. TEoDoRico PRESB. Z5»c. Theodori-
cus (Theodericus E) presbyter apud Antiochiam passus est —
Des. martyrium consummavit.
768. (V. 238" ; E. 65») Dg S. SEgRvANDO ET GERMANO MM. Zzc.
Servandus et Germanus in Hispaniis passi sunt — Des. conditus
(condictus V) est.
764. (V. 238-240 ; E. 65*-66) DE S. MitNIO M. Inc. Minias perse-
cutione imperatoris Decii passus est — frequentatur et colitur.
765. (V. 240; E. 66) DE S. FELIC& EP. 77c. Felix episcopus
civitatis Tubazocensis, Áudax et Ianuarius presbyter — Des.
inter Carthaginem et Uticam.
766. (V. 240-240* ; E. 66) D& S. CRIsPINO ET CRIsPINIANO. Z5c.
Crispinus et Crispinianus, qui cum beato Quintino et ceteris —
Des. et (in add. V) miraculis coruscant.
46". (V. 240*-241 ; E. 66) DE S. FRONTO«,.NE» EP. Inc. Fronto
LE LÉGENDIER DB PIERRE CALO. IOI
a primaevae aetatis suae flore Deo devotus — Des. vitam in pace
finivit. |
768. (V. 241; E. 66-66") QUADRAGINTA SEX MILITES. Ic. Qua-
draginta sex milites tempore Claudii imperatoris, cum sanctus
Iustinus presbyter — Des. usque hodiernum diem.
769. (V.241-242 ; om. E) D&R S. DEMRETRIO. J»c. Demetrius a
sua iuventute castus — Des. passus est autem die XVI mensis octo-
bris, XVII kal. novembris. — Cf. supra, 714.
770. (V. 242 ; E. 66") DE S. RoGATIANO PRESB. ZI5c. Rogatianus
presbyter et Felicissimus apud Africam —.Des. nunc quoque nos
antecedit.
71. (V. 242-242" ; E. 66") DE S. VINCENTIO ET SOCIIS EIUS (MM.
ABULAE). Inc. Vincentius, Sabina et Cristeres vel Cristina in His-
paniis — Des. vi kal, novembris.
772. (V. 242" ; E. 66") DE S. CaRISTO (immo EVARISTO) PAPA.
. Inc. Evaristus (Cvaristus V) papa sedit Romae secundum Addo-
nem — Des. solemniter benedicatur.
7478. (V. 242*-247" ; E. 66*-68) DE S. SIMONE ET IUDA. Inc. prol.
Simon interpretatur obediens — Z»c. Simon et Iudas fuerunt con-
sanguinei Christi — Des. et sanctus Iulianus, qui dicitur fuisse
leprosus, id est Symon (fuisse S. lep. E), qui Cennomanis praedi-
cavit. :
7114. (V. 247*-248* ; E. 68-68") DE S. IOHANNE EP. (HAGUSTAL-
DENSI). /1c. Iohannes Augustadensis episcopus, ut scribit Beda —
Des. Haec Beda.
715. (V. 248* ; E. 68") DE S. SECRAP PIONE EP. Inc. Serapion
(Serapio E) episcopus apud Affricam vir eruditissimus fuit — Des.
III kal. novembris quievit in pace.
776. (V. 248" ; E. 68") DE S. GERMANO EP. /»c. Germanus epi-
scopus Capuanus, ut scribit Usuardus — Des. Benedicti in fine.
7T1"I. (V. 248-250" ; E. 68*-69) DE S. QuiNTINO M. Jzc. Quintinus
civis Romanus tempore Diocletiani — Des. ibidem servatus
mansit.
778. (V..25o0* ; E. 69) DE S. NEMES[S]IO M. /»c. Nemesius
(Nemessius V) sub Decio apud Alexandriam, ut Dionysius Alexan-
driae episcopus scribit — Des. venerabiliter curatum.
779. (V. 250*-252 ; E. 69") DE viGILIA OMNIUM SANCTORUM. Zzc.
Omnium sanctorum vigilia, festum, commemoratio mortuorum,
tres sunt dies — Des. et miseri homines currunt ad eum.
780. (V. 252-258 ; E. 70-72) FESTIVITAS OMNIUM SANCTORUM.
Inc. Omnium sanctorum festivitas instituta est pluribus de causis
— Des. Gloria haec est omnibus sanctis eius.
7841. (V. 258"-269 ; E. 72-76) DE COMMEMORATIONEB OMNIUM FIDE-
IO2 LB LÉGENDIER DE PIERRB CALO.
LIUM DEFUNCTORUM, ZI*c. Commemoratio mortuorum dicitur festum
de mortuis — Des. et vivens cogitat quae futura sunt.
'/82. (V. 269-269" ; E. 76) DE ALIA S. MARIA v. Zsc. Maria virgo
ancilla erat (sancti add. E) Tertulli — Des. martyrium consumma-
vit.
783. (V. 269*-271 ; E. 76-76") Dg S. BENIGNO PRESB. I»c. Beni-
gnus presbyter cum Andochio presbytero et Tyrso diacono missus
— Des. vel dedicatio basilicae eorum xiv kal. octobris.
784. (V. 271-271* ; E. 76*-77) DE S. CAESARIO ET IULIANO MM.
Inc. Caesarius et Iulianus sub Claudio passi sunt — Des. quod
ferreis ante moveri non poterat instrumentis.
785. (V. 271*-272 ; E.77) DE S. CusTopiA (i9»o EusTOCHIA) v.
Inc. Eustochia (Custochia V) virgo passa est sub Iuliano impera-
tore Tarso Ciliciae — Des. in sepultura nova.
786. (V. 272-276" ; E. 77-78") DE S. MaLaAcHliA. Z»sc. prol. Mala-
chias interpretatur angelus Domini — ZI»c. Malachias in Hibernia :
ortus — Des. anno Domini McxLvirr, Iv non. novembris.
787. (V. 276*-278 ; E. 78*-80) D& S. ALRINDINO (immo ACIN-
DYNO). Inc. Akindinus (Abind- V), Pigasius et Anempotistus (Auem-
V) Sapori regi Persarum pleno iniquitate et christianos perse-
quenti delati (delast V) sunt — Des. ut omnes astantes delectati
somno (sono cod.) detenti fuerunt.
788. (V. 278-278" ; E. 80) DE S. IusTOo M. 7c. Iustus ex civitate
Tergestina (Trag-E), provinciae Istriae (Histere E) — Des. Passus
est autem Iv nonas novembris.
789. (V. 278*-279 ; E. 80-8o") Dg S. VicToRINO PORTA (EP. PETA-
BIONENSI). I4c. Victorinus poeta Pitabionensis (Perit- V) episco-
pus IV nonas novembris persecutione Diocletiani martyrio coro-
natus — Des. Hieronymus in chronicis.
790. (V. 279 ; E. 80») D& S. AMBROSIO AB. Isc. Ambrosii abbatis
monasterii Agaunensis festum colitur — Des. usque hodie super-
est.
791. (V. 279-279" ; E.8o) DE S. KENELMO. I»c. Kenelmum,
Quindride (quem Dride V) sororis filium alendum Kenulfus Mercio-
rum rex commiserat. — Des. Haec Guillelmus.
792. (V. 279 ; E. 80) «DE S. ALPAIDE». Inc. Alpaides de
Cudoto (Trudeto E) circa annos Domini r180 (Hugo V) claruit
opinione sanctitatis. — Des. Haec ex gestis Francorum.
793. (V. 279*-280; E. 8o) D& GERMANO ET SOCIIS EIUS. 7zc.
Germanus (Termanus E) Theophilus (Teopolus V), Cessarius et
Vitalis apud Caesaream. — Des. doloris magnitudo compescuit.
794. (V. 280-280" ; E. 80-81) DE S. ZACHARIA PROPHETA. Z5c.
Zacharias pater beati Iohannis Baptistae qualis vitae et condicio-
LE LÉGENDIBR DE PIERRE CALO. 103
nis fuerit, Luchas evangelista. — Des. nisi videret Christum
Domini.
795. (V. 280" ; E. 81) DE S. FELICE ET EUSEBIO MM. /zc. Felix
presbyter ac Eusebius martyres tempore Claudii imperatoris —
Des. Haec Ado (Addo V).
796. (V. 280* ; E, 81) DE S. FELicE. Isc. Felicis apud Tonizam
Africae natalis est viIl idus novembris. In cuius sollemnitate
quendam psalmum ( — mus V) beatus Augustinus videtur exponere
— Des. apud Deum ut coronaretur.
79". (V. 280"-282* ; E. 81-81") «Ds S. PnRospociMo EP.» Inc.
Beatus Prosdocimus clarus virtutibus, probus moribus. — Des.
inter tabulas sepelitur.
798. (V. 282*-283" ; E. 81*-82) DE S. EMiLLIANO (CULTO FAVEN-
TIAE) Inc. Emillianus fuit de partibus Scociae; qui ab ineunte
(eunte V) aetate Domino militans. — Des. meritis liberata (1).
799. (V. 283*-284 ; E. 82) DE S. EERCULLINO (4nmo HBRCU-
LIANO) EP. Inc. Hercullianus Perusinus episcopus anno Iustiniani
xvII a Totila rege. — Des. ac si nulla haec incisio ferri tetigisset.
800. (V. 284-284" ; E. 82-82") «.DE SS. QuATTUOR CORONATIS 5.
Inc. Quatuor Coronati passi sunt. tempore quo Diocletianus
augustus perrexit Pannoniam. — Des. aclocus Quatuor Corona-
torum nomine insignis.
801. (V. 284*-285; E. 82") Dg S. TEoDoRO M. Inc. Theodorus
temporibus Maximiani et Maximini (et M. om. V) qui per totum,
orbem praeceperant — Des. in loco qui dicitur Euchaita.
802. (V. 285-286" ; E. 82*-83) DE S. TEopono M. Inc. Fuit et
alius Theodorus martyr tempore Licinii imperatoris. — Des.
Haec Eusebius.
808. (V. 286*-288; E. 83-83") «DE MIRACULO IN IMAGINE
CunRisTI BERYTENSI» Inc. Beritus est civitas Antiochiae subdita
in confinibus Tyri et Sidonis — Des. Christo dicata sit.
804. (V.288-289 ; E. 83-84) DE S. TIBERIO M. (AGATHENSI) Zac.
Tyberius Helee viri nobilissimi sed pagani filius anno vin Valeriani
passus est — Des. Quorum corpora christiani colligentes in terri-
torio Agatasi celebriter in Cesarione cum aromatibus condiderunt.
805. (V.289-29o ; E. 84) DE S. MARTINO (PAPA ET DE S. MAR-
TINO EREM. IN MoNTE MamnsiCco). I»c. Martinus Tudertinus (Tru-
. dentinus E) anno v Constantis — Des. Haec Gregorius ri Dial.,
cap. XVI.
8060. (V. 290-298" ; E. 84-87) DE S. MaRTINO (EP. TURONENSI).
Inc. brol. Martinus dicitur quasi Martem tenens — zc. Martinus
(1) Ed. ex V in Act. SS., Nov. t. III, p. 293-96.
104. LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Sabariae Panoniorum opido oriundus fuit — Des. excessum nun-
tiantes beati viri. |
80". (V. 298299" ; E. 87-87") DE S. MENA. I»c. Menas martyr in
Sithia metropoli Frigiae Salutariae — Des. digno honore veneratur.
808. (V. 299*-300* ; E. 87», 89) DE S. VERANO. /nc. Veranus
Gavallitano (Gevalitano V) Galliarum territorio parentibus nobi-
libus ortus — Des. et cum honore debito ibi conditus fuit.
809. (V. 300*-301; E. 89) D& S. HoR. /»c. Hor fuit habitator
montis Nitriae — Des. in cellam istam.
810. (V. 301-302 ; E. 89-89") D& S. ViCTORE M. /»c. Victor miles
de Cilicia (Cicilia E) christianus, timens Deum — Des. credide-
runt in Christum. — Cf. supra, 338.
811. (V. 302 ; E. 89") D& S. ARCHADIO M. J*c. Archadius, Pasca-
sius, Probus et Euticianus apud Affricam — Des. Haec Ado.
812. (V. 302-302" ; E. 89") Dg S. HowiBoNo (i:mmo HoMOBONO)
— supra, 56.
813. (V. 302*-303 ; E. 89") D& S. PRicio (t?5!550 BRicTIO) BP. Inc.
Brictius (Pricius V) post excessum beati Martini — Des. caelo
recipi.
814. (V. 303-305 ; E. 89*-90") DE S. PATERNIANO (EP. FANENSI).
Inc. Paternianus tempore Diocletiani — Jes. qui ecclesiasticis
concurrunt reverenter officiis.
815. (V. 305-306 ; E. 9gov-91) DE S. ANTONINO. Ic. Antoninus
Appamiae (Appomie E) opido oriundus, nobilis genere — Des.
eius meritis impertitur. — Cf. supra, 628.
816. (V. 306 ; E. g1) DE S. SERAPIONE. sc. Serapio martyr apud
Alexandriam passus est — Des. et sic Christi martyr efficeretur.
817. (V. 306-307* ; E. 91-91") D& S. MacHIONIO (111550 MACLO-
VIO). Inc. Maclovius (Machionius V), qui et Machutes (Macutes V),
ut ait Sigibertus — Des. obiit xviI kal. decembris.
818. (V. 3077-309 ; E. g1"-92) D& S. FipENCIO EP. /»c. Fidentius
episcopus Ármenius, orta persecutione ingenti ubique in christia-
nos per Maximianum imperatorem — Des. grandis amicitia est
inter domum regis (o5. E) Ungariae et domum Estensem.
819. (V. 309; E. 92) DE S. EucHaBRIO BP. 75c. Eucherius Lug-
dunensis episcopus fuit admirandae fidei, vitae et doctrinae — Des.
Haec Ado.
820. (V. 309-312" ; E. 92-93) DE S. EDMUNDO M. (EP. CANTUA-
RIENSI). /2c. Edmundus ex Albendoniae villa traxit originem —
Des. ac coacti praedicabant sancti magnalia.
824. (V. 312*-313 ; E. 93-93") DE S. DioNvsio EP. /nc. Dionysius
episcopus, ut ait Eusebius libro v1 Eccl. Hist., apud Alexandriam
— Des. Haec Ado.
.LB LÉGENDIER DE PIERRB CALO. IO5 '
822. (V. 313 ; E. 93") DE S. AcisDo (?3Ón3no ACISCLO) ET VICTO-
RIA MM. Znc. Acisclus et Victoria Cordubae in Hispaniis — Des. ut
scribitur in martyrologiis.
828. (V. 313-313" ; E. 93") DE S. ALLIANO PAPA (d est ANIANO
EP. AURELIANENSI) Z7sc. Anianus (Allianus V) virtutum (virtus E)
insigniis (insignis cod.) declaratus beato Evurcio... successit Aure-
lianis — Des. Obiit autem sanctus Annianus xv kal. decembris.
824. (V. 313'-314 ; E. 93") DE S. GREGORIO EP. Isc. Gregorius
Turonensis episcopus ordinatus est anno Iustiniani vii — Des.
Obiit autem xv kal. decembris.
825. (V. 314 ; E. 93") D& S. GELASIO PAPA. Izc. Gelasius papa
primus natione Affer — Des, ut scribit Martinus in Cronica papali.
826. (V. 314-315 ; E. 93'-94) DE S. RoMANO M. (ANTIOCHIAE) zc.
Romanus tempore persecutionis Diocletiani imperatoris, cum qui-
dam praefectus Asclepiades vellet — Des. Sic habetur in Passione
sancti Romani.
827. (V. 315 ; E. 94) DE S. Ysvcio M. (ROCA Inc. Usycius
passus est eadem die in eadem civitate — Des. Sic habetur in mar-
tyrologio Adonis.
828. (V. 315-315" ; E. 94) DR S. FRIDIANO (EP. LuCENSI) 7s.
Fridianus sapientia repletus — Jes. ubi usque hodie pollent
(polent V) eius miracula.
829. (V.315"*-321" ; E. 94-96) DE S. HELYSABETH. Ic. prol. Elisa-
beth interpretatur Deus meus cognovit — Inc. Elisabeth (Hlys- V)
genere nobilis, quia illustris regis Ungariae filia — Des. animam
meritis plenam felicibus gaudiis reddidit inhaesuram.
830. (V. 321*-322 ; E. 96) DE S. FAUSTO M. (ALEXANDRIAE) Zzc.
Faustus martyr et diaconus tantum fiduciae — Des. obtruncatione
(obcaptione V) capitis consummatus est.
834. (V. 322 ; E. 96) DE S. SEVERINO ET SoOCrIS EIUS MM. (VIEN-
NAE) ZJsc. Severinus et socii Exuperius et Felicianus — Des. cum
digno honore condita sunt.
832. (V. 322 ; E. 96) DE S. OMUNDO (t!5Ótno EDMUNDO) REGE (ET
DE ALTERO EDMUNDO REGE). /7c. Edmundus (Odmundus V) rex
Angliae x11 kal. decembris martyrizatus est — Des. Sepultus est in
Glastoniensi ecclesia, data in inferias villa in qua occubuit.
883. (V. 322 ; E. 96) DE S. PoNciNo (tmo PONTIANO) PAPA.
Inc. Pontiani papae, qui natione Romanus — Jes. via Appia.
884. (V. 322-324" ; E. 96-97) DE S. SAMONA ET SOCIIS EIUS MM.
Inc. Samonas, Gurias et Abibus passi sunt sub persecutione Dio-
cletiani — Des. qui ita in sanctis suis gloriosus est.
885. (V. 324*-327" ; E. 97-98) DE S. CAECILIA V. Inc. prol. Caeci-
lia quasi caeli lilia vel caecis (ceci V) via — ZIsc. Caecilia virgo cla-
Io6 LB LÉGENDIER DEB PIERRE CALO.
rissima, ex nobili Romanorum genere orta — Des. in amorem et
servitium virginis.
836. (V. 327-329; E. 98-98") DE S. OnpoNE[M] Inc. Oddonem
olim musicum Berno abbas moriturus constituit abbatem Cluni-
acensem -- Des. Cuius vitam frater Iohannes descripsit.
8877. (V. 329-329" ; E. 98") D& S. TEoNisTO (?d e. THEONESTO).
Inc. Theonistus una cum discipulis suis Albano, Urso — Des.
Passi sunt autem x kal. decembris.
888. (V. 329*-335" ; E. 98*-1o1r) DE S. CLEMENTE PAPA. Znc. prol.
Clemens dicitur a cleos — Izc. Clemens Romanus episcopus ex
nobili Romanorum prosapia (genere E) — Des. puto quod huius
nomen proprium fuit Cirillus et cognomen Philosophus.
839. (V. 335-336 ; E. ror) DE S. FELiCITA« TE». Inc. Felicitas
fuit mater septem fratrum martyrum — Jes. ubi est auctoritas
beati Gregorii de hac sancta.
840. (V. 336-336" ; E. 101-101") Dg S. GRIsOGONO M. /21c. Griso-
gonus sub Diocletiano passus est — JDes. tunc Diocletianus in
Aquilegie etc. Anastasiae c.
841. (V. 336*-341; E. ror*-ro3) DE S. KATERINA V. ET M. Znc.
prol. Katerina dicitur quasi universalis ruina — sc. Katerina
Costi regis filia, cui in Alexandria in aetate decrepita — Des. et
quae promiserunt adimplentes ad laudem et gloriam Iesu Christi.
842. (V. 341-344 ; E. 103-104) DE S. MERCURIO M. /zc. Mercu-
rius martyr passus est sub Decio — Des. Mihi vindictam et ego
retribuam.
848. (V. 344-345" ; E. 104-104") DB S. PETRO EP. /nc. Petrus
Alexandrinus episcopus successit Theonae — Des. ut in martyro-
logio scribitur.
844. (V. 345*-346 ; E. 104") DE S. LiNO PAPA. Z5c. Linus papa
italicus de regione Tusciae — Des. in ecclesia maiori, scilicet
Sancti Laurentii, reconditum.
845. (V. 346-346" ; E. 104 DES. ALEXANDRO EP. (M. BAcCA-
NIS) Inc. Alexander episcopus, ut Ado scribit, passus est — Des.
per Alexandrum Christo credidit. — Cf. supra, 673.
846. (V. 346"-347 ; E. 104*-105) DE S. VITALE. /zc. Vitalis et
Agricola in civitate Bononia (Bononie E), quae est in Italia,
passi sunt — Des. inventio autem eorum v kal. decembris.
847. (V. 347-348 ; E. 105) DE S. IAcoBo M. 7c. Iacobus mar-
tyr, cognomento Intercisus, nobilis genere — Des. Passus est
autem v kal. decembris.
848. (V. 348-350" ; E. 105-106) DE S. MaxiMo EP. /»c. Maximus
episcopus in civitate Regensi in Gallis a primaeva aetate — Des.
nec silere mysterium. — Cf. supra, 688.
LB LÉGENDIER DB PIBRRE CALO. 107
849. (V. 350*-351 ; E. 106) DE ALIO S. CLEMENTB (EP. METTEN-
SI). Inc. Clemens qui vocatus est Flavius cognomento — Des.
ecclesiamque constituere.
850. (V 351; E. 106) DE S. PaPrRIO M. Ic. Papirius et Man-
suetus episcopi tempore Vandalicae persecutionis — Des. Haec
Victor Affricanus.
8541. (V. 351; E. 106) DE S. SosTENE, Inc. Sostenes discipuli apo-
stolorum festum agitur Iv kal. dec. — Des. stet omne verbum.
852. (V. 351 ; E. 106) DE S. GREGORIO PAPA TERTIO. 77c. Gre-
gorius papa tertius rexit ecclesiam annis decem — Des. eo quod
est biennio destructa.
853. (V. 351-351" ; E. 106-106") DE S. SATURNINO EP. /7c. Satur-
ninus ab apostolorum discipulis ordinatus est, primus autem sum-
mus Tholosanae urbis antistes — Des. expositus reservatur.
854. (V. 351*-352 ; E. 106") DR SATURNINO SENB ET SIX,SIN »-
NIO DIACONO. /5c. Saturninus senes et Sisinnius (Sinius V) diaconi
passi sunt r1g1 kal. decembris. Tempore enim quo (q. e. V) Maxi-
mianus augustus rediens de partibus Africae — Des. quod sepe-
livit Iohannes presbyter 11 kal. februarii.
855. (V. 352; E. 106") D& S. SATURNINO M. Zzc. Saturninus
apud Africam frater beati Saturnini (?s99o Satyri) — Des. Ibi
quaere Felicitatis et Perpetuae etc.
856. (V. 352-352" ; E. 106") DE S. Owos (?*mmo AMMONE). Inc.
Amos (Omos V) Aegyptius floruit tempore Constantini Magni, de
quo refert Sozomenus — Des. sine ipso appropinquare ei audebant.
857. (V. 352*-353 ; E. 107) DE S. PaciriCo (?5/)0 PAFNUCIO).
Inc. Pafnucius vir Dei nominatissimus in locis anachoritarum —
Des. viderunt ab angelis suscipi collaudantibus Deum.
(V. 353"; E. 107) Et quia de multis sanctis et satis dictum est,hic,
dimissis aliis quos ponere cogitaveram, finis sit ad gloriam Christi.
Explicit secunda pars operis legendarum colectarum per
fratrem Petrum Calo de Clugia, Ordinis Praedicatorum (1r).
858. (V. 353*-354") DE S. DoNaTo. I»c. Tempore Theodosii
imperatoris erat in provincia Epiri veteri in civitate quae dicitur
Euria (cod. Curia) — Des. Eo tempore cum fer[r]e annis tribus et
cetera ut habes supra xx. C. ubi est 8 (2). Post hoc petiit homo
Dei ab imperatore redire ad suam civitatem et fuit in ea multo
(1) Ita V ; de E vid. supra, p. 47. — (2) Id est in codice IX. r9, fol. 22v, col. a
med. : Eo temporc tanta siocitas tribus annis obtinuit terram...
1o8 LE LÉGENDIER DE PIBRRE CALO.
tempore. Eligens autem locum in possessione ubi draconem occi-
derat, designavit oratorii domum sibi ad sepulturam, et ibi positae
sunt reliquiae eius VII idus augusti (1). Et post multos annos
rapuerunt eum Venecti et posuerunt in ecclesia Sanctae Mariae
plebis Murianensium cum summa veneratione ; ubi multa bene-
ficia et mirabilia fiunt ad laudem et gloriam nominis eius. Haec
autem translatio facta est anno Domini Mcxxvi, 1v kal. maii, Dei
clementia inspirante et gloriosissimorum sanctorum suorum, scili-
cet beati Martii evangelistae, beati Stephani prothomartyris et
beati Nicolai confessoris, beneplacito consequente, cupientium sibi
quartum fratrem et consortem iungere, id est hunc beatum Dona-
tum episcopum et confessorem, ipsoque beato Donato permittente.
Accidit enim post reversionem Dominici Michaelis protosevasti
(cod. -to) nobilissimi (cod. -mus) ducis totius exercitus Venetiae a
Ierosolimis, quando capta est Tyrus ab ipso exercitu Venecto-
rum, Deo annuente ipsoque Dominico Micaele duce iubente, exie-
runt de Venetia galeae xiv.Quae cum in Romaniae partes devenis-
sent, in Kiflonia aplicuerunt. Et cum ibi aliquamdiu morarentur,et
hinc inde per terram illam discurrerent, invenerunt ecclesiam in
qua huius beati Dominici (?91Ó50 Donati) confessoris corpus tumu-
latum erat, indeque auferentes ipsum Veneciis detulerunt et ubi
praedictuin est dignissime condiderunt, Auriodono (-dum cod.)
Georgio 'Torcelanae ecclesiae archidiacono Apousen plebem
Muria«/na»m regente (regerunt cod.)
859. (V. 355-356") DE ALIO S. DoNATO EP. ET M. Ic. Fuit alius
sanctus Donatus martyr episcopus Aretinus. Tempore namque
quo Constantinus Magnus — Des. a Christi fidelibus, cui est honor
.et gloria in aeternum. Amen.
860. (V. 3567-361) DE S. HvLARIO« NE. Inc. Hilario vico
prope Gazam Palaestinae parentibus Tebayda v milibus floruit
idolatriae (idel- cod.) deditis, ortus rosa de spinis — Jes. deeo
aliud sunt moliti (2). — Cf. supra, 754 bis.
. 8641. (V. 361-362) DE S. EvusTACHIO. /»c. Eustachius antea
Placidus vocabatur. Hic erat magister militum — Des. secundum
kal«cend » arium Usuardi i1 kal. decembris.
862. (V. 362-365) D& S. CoLuMBaANOo. Ic. Columbanus in
Ybernia insula inter primordia fidei — Jes. vocatur «ad urnam
sancti Columbani », ut dicit.
In qua narratione inest cabut 883. (V. 362») DB AL10 S.EUSTACHIO
(immo EusTASIo AB. LuxovIENSI) /»sc. Fuit alius Eustachius
abbas Luxonie — Des. imbutus fuisset. — Cf. supra, 288.
(x) Cf. supra, 541. — (2) Ultimam partem protulit VALENTINELLI, t. C., p. 299.
LB LÉGBNDIER DB PIBRRE CALO. I09
INDEX SANCTORUM.
Acacius et soc. mm. 423.
Acindynus et soc. mm. 787.
Acisclus et Victoria mm. 822.
Adalbertus ep. Pragensis 280.
Aegidius ab. 617.
Aemilianus ep. cultus Faventiae 798.
Afra m. Augustana 536.
Agabius et Secundinus mm. agr.
Agabus propheta 165.
Agape et Chionia vv. mm. 24r.
Agapitus papa 277.
Agapitus m. Praeneste 569.
Agatha v. m. 152.
Agathon m. Alexandriae 19.
Agilus ab. Resbacensis 614.
Agnellus ab. Neapoli 38.
Agnes v. m. XIO.
Albanus rex Ungariae 4.
Albanus m. Verulamensis 42r.
Albinus ep. Andegavensis 194.
Alexander papa 302.
Alexander ep. m. Baccanis 673, 845.
Alexander m. Bergomi 597.
Alexander ep. CPtanus 604.
Alexander ep. Hierosol. 214.
Alexander m. Lugduni 279.
Alexander m. 728.
Alexius homo Dei 479.
Alpais v. 792.
Amandus ep. Traiect. 185.
Amator ep. Autisiodor. 299.
Amatus ab. Habendensis 650.
Ambrosius ab. Agaunensis 790.
Ambrosius ep. Mediol. 242.
Amicus et Amelius 699.
Ammon et soc.*mm. Alexandriae 60.
Ammon mon. Nitriae 856.
Ammonaria et soc. mm. 32.
Anacletus papa 289.
Anastasia v. m. 49.
Anastasius papa 290.
Anastasius cornicularius 577.
Anastasius Persa m. 136.
Anastasius m, Salonae 596.
Anatolia v. m. 460.
Andeolus m. 313.
Andochius et soc, mm, 679.
Andreas apost. I, 332.
Anianus ep. Aurelian. 823.
Anicetus papa 274.
Anna mater B. V. M. 510.
Anna prophetissa 620.
Ansanus m. 2.
Ansbertus ep. Rotomag. 159.
Anselmus ep. Cantuar. 449.
Anthimus ep. Nicomediae m. 285.
Antiochus ep. Lugdun. 738.
Antonia v. m. Nicomediae 3xo.
Antoninus m. Apamiae 626, 815.
Antoninus carnifex m. Romae 579.
Antonius ab. in Aegypto 100,386,387.
Antonius de Padua 40a.
Aphrodisius ep. Biterrensis 207.
Apollinaris ep. Ravennae 497.
Apollonius m. Romae 253, 262.
Apostolorum divisio 477.
Apronianus m. I42, 147.
Aquila et Prisca 105.
Arcadius et soc. mm. in Africa 8rt.
Arcadius m. Caesareae IOI, 137.
Archiminus m. in Africa 245. -
Aristarchus 533.
Aristides Óro.
Aristion 190, 742.
Armogastes m. in África 234, 243.
Arnulphus ep. Mettensis 564.
Arnulphus ep. Turon. m. 482.
Arsenius ab. 484.
Asclas m. 114.
Asterius patricius m. I96, 197.
Asterius presb, m. 753.
Athanasius ep. Alexandr. 3or.
Attala ab. Bobiensis 210.
Audoenus ep. 312.
Audomarus ep. 643.
Augustinus ep. Cantuar. 367.
Augustinus ep. Hippon. 602.
Aurea abb. Parisiis 700.
Austregisilus ep. 355.
Avitus conf. Miciacensis 59.
Avitus ep. Viennensis I25, I53.
Babylas ep. m. 116.
Balbina filia Quirini m. 236.
IIO LE LÉGENDIBR DE PIBRRE CALO.
Barbara v. m. 42.
Barbatianus presb. Ravennae 6r.
Barnabas apost. 399.
Bartholomaeus apost. 589.
Basilides et soc. mm. 40t, 403.
Basilius ep. Caesar. 113.
Basilla v. m. 345.
Bassianus ep. Laudensis ro6.
Bassus ep. Niciensis 17.
Baudelius subdiac. 352.
Bavo 693.
Beda presb. 368.
Benedicta v. m. 7ta.
Benedictus ab. Casin. 208, 466.
Benignus m. Divione 783.
Bernardus ab. Clareval. 575.
Bertinus ab. 638.
' Bibiana v. m. 7.
Blandina v. m. 383.
Blasius ep. m. 146.
Boetius 761. ;
Bona v. m. in Aegypto 655.
Bonifatius ep. Moguntinus 39o.
Bonifatius m. Tarsi 389.
Bonitus ep. Árvernus 9r.
Bonus presb. m. Romae 527.
Brandanus 407. |
Briccius ep. Martulae 469.
Briccius ep. Turon. 813.
Brigida v. 143.
Burgundofara abb. 22.
Caecilia v. m. 835.
Caesarius et Iulianus mm. 784.
Calixtus papa 731.
Calocerus m. Brixiensis 216.
Calocerus et Parthenius mm. 35r.
Cantius et soc. mm. 378.
Caprasius m. Aginni 750.
Caraunus m. 371.
Carilefus ab. 443.
Carpophorus et soc. mm. 26.
Carpus disc. S. Pauli 730.
Cassianus ep. Augustod. 537.
Cassianus ludimagister 556.
Cassiaous m. Tingi 8.
Cassius et Florentius mm. 7224.
Castulus m. 240.
Cataldus ep. 324.
Catharina v. m. Alexandriae 841.
Celerinus lector Carthagine 150.
Cerbonius ep. Populonii 7306.
Christina v. m. 498.
Christophorus m. 5or.
Chrysantus et Daria mm. 751.
Chrysogonus et soc. mm. 840.
Cirycus et Iulitta mm. 41r.
Clara v. Assisii 553.
Claudius tribunus m. Romae ro,
Clemens I papa 838.
Clemens ep. Mettensis 849.
Cleophas 684.
Clerus diac. Antiochenus m. 77, 141.
Clodoaldus 635.
Cointa et Apollonia mm. 158.
Columba v. m. ap. Senones 63.
Columbanus ab. Bobiensis 862.
Concordius presb. m. 66.
Conon m. 374.
Constantinus Magnus 346.
Constantius conf. Anconae 683.
Corbinianus ep. 640.
Cornelius papa 652.
Cornelius centurio 148.
Coronati (Quattuor) 8oo.
Cosmas et Damianus mm. 686.
Craton 172.
Crescens disc. S. Pauli 435.
Crispina v. m. X4.
Crispinus et Crispinianus mm. 766.
Crispinus et Gaius mm. 706.
Cucufas m. 502.
Cuthbertus ep. 217.
Cyprianus ep. Carthag. 653.
Cyriacus, Largus, Smaragdus 545.
Cyrillus ep. in Creta 46r.
Dalmatius m. in Pedemontio rs.
Damasus papa 28.
Defunctorum memoria 781.
Demetria v. m. 419.
Demetrius m. Thessalon. 714, 769.
Desiderius ep. Lingon. 357.
Desiderius ep. Viennensis 183.
Diodorus et Marianus mm. 102.
Dionysia et soc. mm. 18.
Dionysius ep. Alexandriae 82r.
Dionysius Areopagita 720.
Dionysius ep. Mediolanensis 365.
Dioscorus m. in Aegypto 350.
Dominicus fund. O. P. 359, 535.
Domitilla v. m. 316.
Domninus m. 721.
Donatianus ep. m. in África 630.
LE LÉGENDIER DEB PIERRB CALO.
Donatianus et Rogatianus mm. 361.
Donatus ep. m. Aretii 541, 859.
Donatus ep. Euroeae 541, 858.
Donatus erem. in monte Lura 571.
Dormientes septem 507.
Dorothea v. m. Caesareae 155.
Dunstanus ep. 637.
Edmundus ep. Cantuar. 820.
Edmundus rex m. 832.
Eduardus rex 738.
Eleutherius ep. et Àntia mm. 263.
Eleutherius m. Nicomediae 696.
Eligius ep. 5.
Elisabeth landgravia 829.
Elisabeth Schonaugiensis 413.
Eliseus propheta 428.
Elpidius ep. Lugdunensis 622.
Emetherius et Celedonius mm. 195.
Emigdius ep. m. 544.
Ephraem syrus I44.
Ephratas ep. m. 486.
Epipodius m. Lugduni. 269.
Erasmus ep. m. 416.
Erastus ep. m. Philippis 487, 506.
Ethbinus 747.
Etheldreda regina 425.
Eucherius ep. Lugdun. 81g.
Eugenia v. m. 50, 648.
Eugenius ep. Carthag. m. 515.
Eulalia v. m. 164.
Eulogius conf. CPoli 467.
Eulogius erem. 670.
Euphemia et soc. mm. Aquileiae 625.
Euphemia v. m. Chalcedone 661.
Euphrasia v. 163.
Euphrosyna v. 67.
Euplus m. 552.
Eusebius ep. Caesar. 418.
Eusebius presb. Romanus 558.
Eusebius ep. Vercellensis 525.
Eusebius,Peregrinus,Potentianus 593.
Eustachius ep. Antiochenus 48r.
Eustachius-Placidus m. 86r.
Eustasius ab. Luxov. 233, 863.
Eustochia v. m. Tarsi 785.
Eustorgius ep. Mediol. 255.
Eustratius et soc. mm. in Armenia 34.
Eutropius ep. Sanctonensis 293.
Eutychianus papa 46.
Evaristus papa 772.
Evodius Antiochenus 330.
Evurtius ep. Aurelian. 634.
Ewaldi duo 698. .
Fabianus papa 107.
Fabius m, Caesareae 52r.
Fantinus Syracusanus 522.
Fausta et Evilasius mm. 668.
Faustinus et Iovita mm. 170.
Faustus m. Alexandriae 830.
Felicitas cum VII filiis 839.
Felicula v. m. 405.
Felix I papa 376.
Felix Il papa 518.
Felix et Fortunatus mm. 341.
Felix, Fortunatus, Achilleus mm. 278.
Felix presb. Nolanus 88.
Felix presb. Romanus 89, 607.
Felix et Eusebius mm. Terracinae 795.
Felix ep. Tubzacensis m. 93, 765.
Felix m. Tonizae 796.
Ferreolus tribunus m. Viennae 666.
Ferreolus et Ferrucio mm. 427.
Fidentius ep. 818.
Fides v. m. Aginni 695.
Firminus ep. m. Ambianensis 85, 683.
Firminus ep. Ambianensis 618.
Firmus et Rusticus mm. 559.
Flavianus et soc. mm. 129.
Florentius et Vindemialis ep. 300.
Florianus m. Eleutheropoli 44.
Florianus m. Laureacensis 309.
Floscellus m. 667.
Fortunatus ep. Tudertinus 733.
Franciscus Assisiensis 703.
Fridianus ep. Lucensis 828.
Fronto ep. Petragor. 767.
Fulgentius ep. Ruspensis 64.
Furseus 689.
Fusca v. m. 167.
Fuscianus, Victoricus, Gentianus 249.
Gabinus presb. 176.
Gaius papa 276.
Gallus ab. 186.
Gaudentius ep. Ariminensis 732.
Gaudentius ep. Novariensis 139.
Gelasius papa 825.
Geminianus ep. Mutinensis 133.
Genesius mimus 592.
Genesius notarius 592.
Gengulphus m. 707.
Genovefa v, 69.
III
It2 LE LÉGBENDIBR DE PIBRRB CALO.
Georgius m. 270.
Georgius et soc. mm. Cordubae 6or.
Geraldus Auriliacensis 715.
Gerardus ep. Chanadensis 182.
Germanus ep. Autisiod. 694.
Germanus et soc, mm. Caesareae 793.
Germanus ep. Capuanus 776.
Germanus ep. Parisiensis 369, 505. -
Gertrudis abb. Nivigellensis 213.
Gervasius et Protasius mm. 415.
Getulius et soc. mm. 398.
Goar 457.
Godehardus ep. 311.
Gordianus et Epimachus mm. 323.
Gorgonius et Dorotheus mm. 641.
Gregorius I paoa 204.
Gregorius III papa 852.
Gregorius et soc. conf. in Samo 588.
Gregorius Nazianzenus 322.
Gregorius ep. Nyssenus 202.
Gregorius Thaumaturgus 445.
Gregorius ep. Turon. 824.
Guddene v. m. 489.
Guntramnus rex 231.
Hadrianus m. 639.
Hegesippus 251.
Helena imperatrix 570.
Heliodorus ep. Altinensis 453.
Henricus II imper. 474.
Herculianus ep. Perusinus 799.
Herina v. 308.
Hermagoras ep. m. 471, 646.
Hermas 333.
Hermenegildus m. 257.
Hermes m. Romae 603.
Hermolaus m. 508.
Heron et soc. mim. Alexandriae 39.
Heron ep. Antioch. 743.
Hieronymus presb. 69r.
Hilaria mater S. Afrae 554.
Hilarinus m. Ostiensis 480.
Hilarion ab. 751bis, 860.
Hilarius ep. Arelatensis 33t.
Hilarius ep. Pictavensis 86.
Hildefonsus ep. 45.
Hildegardis abb. 429.
Hippolytus Romanus 555.
Homobonus conf. 56, 812.
Honoratus ep. Àmbianensis 98.
Honoratus ep. Arelatensis 97.
Honoratus ab. Fundanus 99.
Hor erem. 8099.
Hormisdas papa 560.
Hospitius conf. Niciensis 353.
Hugo ab. Cluniacensis 450.
Hyacinthus m. 503.
Iacobus Maior apost. 500.
Iacobus Minor apost. 297.
Iacobus Intercisus m. 847.
Iacobus ep. Nisibenus 476.
Ianuarius ep. Benevent. m. 669.
Iason 472.
lesus Christus 78, 223, 303, 305, 306,
538, 654, 803.
Ignatius ep. m. 13r.
Imerius ep. Amerinus 414.
Ingenuinus ep. 154.
Innocentes 53.
Iohannes Baptista 430, 605.
Iohannes apost. 52, 314.
IohannesI papa 370.
Iohannes erem. in Aegypto 230.
Iohannes m. Alexandriae 344.
Iohannes Chrysostomus 122.
Iohannes Eleemosynarius 123.
Iohannes ep. Hagustaldensis 774.
Iohannes m. Nicomediae 636.
Iohannes Penariensis 215.
Iohannes et Paulus mm. 432.
Ionius presb. Castrensis 676.
Ioseph Barsabas 495.
Irenaeus ep. Lugdun. 446.
Irenaeus ep. Sirmiensis m. 229.
Isicius m. Antiochiae 827.
Isidori abbatis monasterium 92.
Isidorus m. in Chio 340.
Isidorus ep. Hispalensis 248.
Iudocus 35.
Iulia v. m. in Corsica 356, 493.
Iuliana v. m. 173.
Iuliani xrx.
Iulianus m. Alexandriae 193.
Iulianus m. cultus Arimini 424.
Iulianus m. Brivate 598.
Iulius I papa 273.
Iulius m. Dorostori 366.
Iulius senator m. Romae 573.
Iusta et Rufina mm. 485.
Iustina v. m. Nicomediae 685.
Iustina v. m. Patavii 711.
Iustinus presb. m. Romae 663.
Iustus papa 250.
LE LÉGENDIER DZ PIERRE CALO.
Iustus m. Autisiod. 745.
Iustus ep. Lugdunensis 532, 621, 735.
Iustus m. Tergesti 788.
Iustus et Pastor mm. 540.
Iuvenalis ep. Narniensis 317.
Iventius ep. Ticinensis 657.
Kenelmus m. 791.
Kilianus ep. Wirziburg. 459.
Lambertus ep. m. 664.
Lanfrancus ep. Cantuar. 448.
Laurentius diac. m. Romae 318, 548.
Lazarus ep. 43.
Leander ep. 192.
Leo I papa 436.
Leo IX papa 254.
Leo et Marinus conf. Arimini 656.
Leo ep. m. in Samo 283.
Leocadia v. m. 21.
Leodegarius ep. m. 697.
Leucius, Thyrsus, Callinicus mm. 126.
Liberalis m. Altini 304.
Liberatus m. Carthagine 227, 567.
Ligorius m. cultus Venetiis 649.
Linus papa 844.
Longinus m. 206.
Lucas evang. 744.
Lucia et Geminianus mm. 662.
Lucia v. m. Syracusana 33.
Lucianus presb. Antiochenus 76, 140.
Lucianus et soc. mm. Bellovaci 8o.
Lucina v. m. 441.
Lucius papa 198.
Lucius ep. Cyrenensis, 315.
Lucius rex Britanniae 9.
Ludovicus IX rex Franc. 590.
Ludovicus ep. Tolosanus 574.
Lupus ep. Senonicus 613.
Lupus ep. Trecensis 517.
Macarii duo 68.
Macarius m. Alexandriae 25.
Machabaei 524.
Maclovius ep. 817.
Macra v. m. 75.
Magnobodus ep. 740.
Magnus m. Caesareae 572.
Maiolus ab. Cluniacensis 335.
Malachias archiep. 786.
Malosus et Victor mm. 724.
Mamertinus ab. Autisiod. 633.
ANAL. BOLL. XXIX,
II3
Mamertus ep. Viennensis 334.
Mammes m. Caesareae 568,
Mappalicus m. in Africa 26r.
Marcellinus papa 284.
Marcellinus ep. Ebredun. 267.
Marcellinus et Petrus mm. 381.
Marcellus papa 95.
Marcellus et Ápuleius mm. 710.
Marcellus et Valerianus mm. 627.
Marciana v. m. Caesareae 8r.
Marcus evang. I34, 135, 281, 282.
Marcus papa 708.
Marcus et Marcellianus mm. in. Aegy-
pto 702.
Marcus ep. Hierosol. 755.
Margarita v. m. 488.
Margarita dicta Pelagia 718.
Maria B. V. 23, 145, 223, 328, 408, 561,
562, 587, 638, 680.
Maria Aegyptiaca 249.
Maria ancilla v. m. 782.
Maria Consolatrix 526.
Mariae Magdalena 494.
Maria Oigniacensis 426.
Marianus mon. Autisiodor. 295.
Marianus et Iacobus mm. 294.
Marina v, 478.
Marinus et Asterius mm. 196.
Marius, Martha et soc. mm. 109.
Maro, Eutyches, Victorinus mm. 260.
Martha hospita Christi 509.
Martialis ep. Lemov. 409.
Martina v. m. 65.
Martinus I papa 805.
Martinus conf. in Monte Marsico 805.
Martinus ep. Turon. 455, 806.
Martyres Afri 221, 226, 727, 739.
Martyres XVIII Caesaraugustani 275.
Martyres CCCLX Mauri 737.
Martyres in Perside 252.
Martyres XLVII Romae 219.
Martyres LXXIX Siculi 178.
Martyres XX Tarsenses 392.
Martyres Tyrii 177.
Massa candida 594.
Matrona v. m. Thessalon. 2II.
Matthaeus apost. 672.
Matthias apost. 187.
Maurilius ep. Andegav. 651.
Mauritius et soc. mm. 674.
Maurus ab. Glannafol. 94.
Maxima v. Foroiulii 348.
II4 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Maxima, Donatilla, Secunda 519.
Maximinus ep. Áquensis 400.
Maximinus ep. Treverensis 373.
Maximus m. Aquilanus 749.
Maximus et Claudius mm. 17r.
Maximus ep. Regiensis 688, 848.
Medardus ep. 396.
Medericus ab. 615.
Melania vid. Romana 759.
Melanius ep. Redonensis 73.
Melas ep. in Aegypto 758.
Meletius ep. Sebastopolis 12.
Mellonus ep. 757.
Memmius ep. 543.
Mennas m. 807.
Mercurius m. 842.
Methodius ep. Olympi 665.
Metranus m. 118.
Metro Veronens:s 321.
Michael archangelus 319, 690, 741.
Milites XLVI mm. Romae 768.
Pamphilus presb. 379.
Pancratius m. 327.
Pantaenus 456.
Pantaleon m. 512.
Paphnutius erem. 857.
Papias et Maurus mm. 127.
Papirius et Mansuetus ep. 850.
Parmenas diac. 138.
Patermuthius erem. 347.
Paternianus ep. Fanensis 814.
Patricius ep. 212.
Paula vid. Romana 124.
Paulinus ep. Eboracensis 725.
Paulinus ep. Nolanus 422.
Paulinus ep. Treverensis 61r.
Paulus apost. x19, 440.
Paulus ep. Lconensis 205.
Paulus ep. Narbonensis 3r.
Paulus Novus m. 464.
Paulus Thebaeus 82.
Pelagia paenitens 717.
Miltiades papa 27.
Minias m. 764.
Moyses Aethiops 157.
Peregrinus ep. Ámitern. m.404.
Peregrinus ep. Autisiodor. m. 342,513.
Pergentinus et Laurentinus mm. 385.
Moyses ep. Saracenorum 1506.
Muritta diac. m. 225.
Mustiola m. 452.
Nabor et Felix mm. 394.
Nazarius et Celsus mm s5rr.
Nemesianus et soc. mm. 644.
Nemesius m. in Acgvpto 58.
Nemesius et Lucilla mm. 778.
Nereus et Achilleus mm. 326.
Nestor ep. m. 189,
Nicander et Marcianus mm. 412.
Nicanor diac. m. 83.
Niceta et Aquila mm. 499.
Nicolaus ep. Myrensis 16.
Nicolaus Peregrinus 384.
Nicomedes m. 380, 659.
Nivardus ep. Remensis 612.
Norbertus ep. 458.
Novatus presb. Romae 417.
Odo ab. Cluniac. 836. .
Olympius et Maximus mm. 50.4, 520.
Onesimus Igr.
Onesiphorus 534. 631.
Oswaldus rex 542.
Pachomius mon. 337.
Perpetua et Felicitas mm. 200.
Perpetuus ep. Turonensis 246.
Petronilla v. 377.
Petronius ep. Bononiensis 701.
Petrus apost. 179, 439, 523.
Petrus ep. Alexandrinus 843.
Petrus Balsamus m. 7r.
Petrus Chrysologus 6.
Petrus Martyr O. P. 288.
Philastrius ep. Brixiensis 483.
Phileas ep. 151.
Philemon, Apollonius et soc. X15, 201.
Philibertus ab. 576.
Philippus apost. 296.
Philippus diac. 391.
Philippus ep. Gortynae 272.
Phocas m. Antiochiae 218.
Phocas ep. Sinopensis 475.
Phocbe 623.
Photinus ep. Lugdun. m. 382.
Pigmenius presb. m. 222.
Pinvtus ep. Cnossensis 723.
Pionius m. 5mvrnace I30, 258.
Placidia v. culta Veronae 734.
Plato m. Áncyrae 4o.
Polycarpus ep. m. Xatr.
Polvcazpus conf. Romae 181.
Polychronius cp. m. 174.
LE LÉGENDIEK DE PIERRE CALO.
Pontianus papa 833.
Pontianus et soc. mm. Romae 30.
Pontianus m. Spoleti 103.
Pontius diac. Carthag. 209.
Pontius m. Romae 336.
Porphyrius m. 586.
Potamiaena v. m. 437.
Potentiana v. 343.
Praeiectus ep. m. x20.
Praxedis v. 491.
Primus et Felicianus mm. 397.
Primus et soc. mm. Tergesti 325.
Priscus et soc. mm. Caesareae 232.
Priscus ep. Capuanus 619.
Privatus ep. m. 671.
Processus et Martinianus mm. 444
Prochorus diac. 247.
Procopius m. 468.
Proculus ep m. Bononiae 3, 259.
Prosdocimus ep. Patav. 797.
Prosper conf. cultus Regii 43I.
Protus et Hyacinthus mm. 647.
Ptolomaeus et Lucius mm. 748.
Quadratus disc. apost. 364.
Quintinus m., 777.
Quiriacus /Iudas) ep. m. 307.
Quirinus tribunus m. Romae 235.
Quirinus ep. Scissiensis m. 358.
Radegundis regina 557.
Regina v. m. Alesiae 632
Regulus ep. Silvanectensis 271.
Remigius ep. Remensis 87, 692.
Reparata v. m. 716.
Rofillus ep. 490.
Rogatianus et Felicissimus mm. 770.
Romanus m. Antiochiae 826.
Romaricus ab. Habendensis 24.
Rufina et Secunda vv. mm. 463.
Rufinus et Valerius mm. 406.
Rufus m, Capuae 600.
Rufus et Zosimus mm. Philippis 57.
Sabas ab. in Palaestina I3.
Sabina m. Romae 606.
Sabina m. Trecis 609.
Sabinianus m. Trecis 608.
Sabinus ep. m. Spoleti 20.
Salaberga abb. 68t.
Salome 756.
Salvius ep. Ambianensis 84.
II5
Samonas, Gurias, Abibus mm. 834.
Samson. ep. 514.
Samuel propheta 585.
Sancti omnes 779, 780.
Sanctinus ep. 675. .
Saturninus m. in Africa 855.
Saturninus et Sisinnius mm. 854.
Saturninus ep. Tolosanus 853.
Saturus m. in Africa 244.
Scholastica v. 160.
Sebasteni mm. XL 203.
Sebastianus m. 108.
Secundianus, Verianus et soc. 547.
Secundus m. Thebaeus 595.
Septem fratres mm 465.
Serapia v. m. 624.
Serapion ab. in Aegypto 228, 462.
Serapion m. Alexandriae 816.
Serapion ep. Antiochiae 775.
Serena m. 566.
Serenus m. Alexandriae 438.
Serenus m. Sirmiensis 180.
Sergius papa 642.
Sergius et Bacchus mm. 709.
Servandus et Germanus mm. 763.
Servatius ep. Traiect. 329, 395.
Servulus m. Tergesti 360.
Severinus ab. Agaunensis 162.
Severinus ep. Coloniensis 760.
Severinus ab. in Norico 79.
Scvcrinus et soc. mm. Viennae 831.
Severus ab. Agathensis 59r.
Severus ep. Ravennas 132.
Severus presb. in prov. Valeriae I04.
Severus presb. Viennensis 546.
Sigismundus rex 298.
Sileas 473.
Silverius papa 420.
Silvester papa 55.
Simon et Iudas apost 773.
Simplicius, Faustinus, Beatrix 516.
Sisinnius et Alexander mm. 375.
Sixtus II papa 539.
Sosius diac. m. 677.
Sosthenes disc. apost. 851.
Sosthenes et Victor mm. 645.
Sotheris v. m. 16r.
Spyridon ep. Trimithuntis 37.
Stephanus papa 528.
Stephanus protomartyr 51, 318, 530.
Stephanus Grandimontensis 166.
Sulpicius et Servilianus mm. 266.
II6 LE LÉGENDIER DE PIERRE CALO.
Susanna v. m. 549.
Symeon ep. Hierosol. 175.
Symeon ep. Seleuciae 268.
Symeon senex 713.
Symcon stylita senior 72.
Symphorianus m. Augustod. 583.
Symphorosa m. 434.
Symphronius et Olympius mm. Ir.
Syrus ep. Ticinensis 354, 657.
Taracus, Probus, Andronicus 726.
Tarsicius m. 563.
Taurinus ep. 551.
Terentianus ep. Tudertinus 616.
Tertullinus m. 531.
Thais paenitens 719.
Thecla v. m. 678.
Theobaldus erem. 442.
Theodora v. et Didymus mm. 287.
Theodora matrona Romae 237.
Theodoricus presb. m.Antiochiae 762.
"Theodorus m. Amaseae 8or.
"Theodorus m. Heraclcac 802.
Theodosia v. m. Cacsar. 239.
'Theodota m. 549.
Theogenes m. 70.
Thconas ep. 58r.
Theonestus et soc. mm. Altini 837.
Theophilus ep. Antiochensis 729.
Theopompus ep. Nicomediae 358.
"Thomas apost. 47, 447.
Thomas Aquinas 19g.
Thomas ep. Cantuar. 54.
Thraseas ep. m. 704.
4
Tiberius et soc. mm. Agathenses 804.
Tiburtius, Chromatius ct soc. 550.
Timon diac. 264.
Timotheus ep. Alexandrinus 584.
Timotheus et Apollinaris mm. 578.
Timotheus S. Pauli discipulus 117.
Timotheus m. Romae 582.
Titianus ep. Opiterginus 96.
Titus discipulus S. Pauli 74.
Torpes m. 293, 349.
Torquatus et soc. ep. in Hispania 339.
Triphonia m. 746.
Trophimus ep. Arelatensis 62.
Tryphon m. 149, 451.
Udalricus ep. 454.
Urbanus I papa 363.
Ursacius m. 565.
Ursicinus m. Ravennae 36.
Ursula et soc. vv. mm. 752.
Valentinus ep. Interamn. 168.
Valentinus presb. 169.
Valerianus ep. m. in Africa 41.
Valerianus m. Lugduni 660.
Vedastes cp. 184.
Venerius erem. in Tyro 658.
Veranus ep. Cavallicensis 808..
Viator lector Lugduni 754.
Victor I papa 265.
Victor et Corona mm. 338, 8ro.
Victor m. Massiliae 492.
Victor Maurus m. 320.
Victoria v. m. Romana 48.
Victorianus proconsul Carthag. 220.
Victorinus et soc. mm. in Aegypto 188.
Victorinus ep. Petabionensis 789.
Victorinus et Severinus 629.
Vigilius ep. Tridentinus 433.
Vincentius et soc. mm. Abulae 771.
Vincentius diac. Caesaraug. It2.
Vincentius ep. m. Mevaniae 393.
Vincentius et Orontius mm. 705.
Vitalis et Agricola mm. 846.
Vitalis m. Ravennae 286,
Vitus m. 410.
Viventius 9o.
Vulframnus ep. 22].
Walaricus ab. 238.
Wandregisilus ab. 496.
Wenceslaus dux 687.
Willelmus dux Gcellonensis 372.
Zachaeus ep. Hierosol. 580.
Zacharias propheta 794.
Zeno et soc. mm. 470.
Zeno ep. Veronensis 256.
Zenobius ep. Florentinus 364.
Zephyrinus papa 599.
L'INVENTION
DES RELIQUES DE SAINT MÉNAS
A CONSTANTINOPLE.
Qu'il ait existé plusieurs saints du nom de Ménas, c'est ce qu'on
peut révoquer en doute ; que les vieux hagiographes, fidélement
suivis par les modernes, aient travaillé, inconsciemment, je veux
bien l'admettre, à les multiplier, on le devine, pour peu que l'on
soit au courant de leurs procédés habituels.
La premiére question qui se pose à propos de la piéce que nous
publions plus loin et qui est intitulée Eüpegig TÓv Aeuyávuv o0
áYíou uáprupoc Mnvà To0 KoalMkeAóbou, est de savoir à quel saint
Ménas elle se rapporte ; question actuelle, depuis que les fouilles
grandioses entreprises par Mgr Kaufmann au sanctuaire de
Saint-Ménas de Libye ont attiré l'attention des savants sur une
série de documents hagiographiques qui ne sont pas précisément
aisésá classer.
La plus ancienne trace d'un saint du nom de Ménas se décou-
vrirait dans le martyvrologe syriaque de Wright au 23 juin (juil-
let), si la transcription év Aaobixeía. Mnvàg était certaine (r).
Mais le syriaque ne livre qu'une partie deséléments du nom: Mitos,
et le martyrologe hiéronvmien traduit le grec d'une facon un peu
différente (2) : n Lauditta Phrygiae Mintset (B) ou in Frigia Moentsi
(E). Aucun autre document ne parle d'un saint honoré à Laodi-
cée sous ce nom ou sous un nom analogue. Nous n'oserions donc
affirmer quil soit question ici d'un saint Ménas.
Un peu plus haut, au r2 juin (juillet),le méme abrégé syriaque a
conservé une notice frag mentaire :... os Mziaos, que l'hiéronvymien
reproduit au 13 juillet sous cette forme : Mezet presbiteri (D, E), et
au I4 : Meses: (B, E). Ces noms semblent devoir se placer sous
la rubrique topographique ?»* 4lexandria. S1 on. pouvait l'affirmer
avec certitude, on aurait quelque raison de pencher pour la tran-
scription Mnvàc, Ménas appartenant à l'onomastique cgyptienne.
Mais ce qui donne plus de poids à la conjecture, c'est la présence
(1) Act. SS., Nov. t. II, p. [Lvii]. — (a) Joid.,p. [141].
118 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
du nom de Ménas dans les synaxaires grecs précisément au 13
juillet, dans un groupe malheureusement inconnu d'ailleurs et
dépourvu de toute attache locale : to0 àáfíou '"Avbpéou toO OTpa-
TuUTOU, 'HpakAetou, $aóctov, Mnvà xai rfjg Guvobíag aUTUv (r).
La coincidence n'est pas à négliger ; mais voilà en tout cas un
S. Ménas sur lequel nous sommes bien mal renseignés. |
Il n'y a pas d'hésitation à avoir sur la notice du martvrologe
hiéronymien au 11 novembre : Alexandrta metropolt. Minatis (B), im
Alexandria sancti Minatis(E). Il s'agit bien ici du grand patron de
l'Égypte, dont, au témoignage de Léonce de Naplouse, la féte se
célébrait le 11 novembre (2). C'est encore à lui que se rapportent
ces lignes de la chronique Alexandrine,année 295 : "Etoug OEC. Tfjg
eig oüpavoUcg dvalyeug ToÜ0 kupiou kai TUV Tpokeutévuv Urmdruv
[ToUckou xai 'AvouMívou] énaprupnaev ó ápiog Mnvàg év Korvaeiu
Qpuyiag Zoalourapíag dO0Up :ie', mpO Y' ibüv voeuppiuv (3). Pouc
le dire en passant, i] ne faut pas exagérer i'importance de
cette indicatioa, qui semble n'étre pas indépendante de la Passion
de S. Ménas dont nous aurons à nous occuper bientót.
Le fait capital de l'histoire du culte de S. Ménas est la célébrité
mondiale du sanctuaire qui s'éleva sur son tombeau, dans la
Maréotide, et qui attira les pélerins de toute la chrétienté durant
une grande partie du moyen áge. Cette basilique était la gloire
de la Libye, comme le dit Sophrone : Tó Mnvà ToO pgáptrupog
TÉéuevoc, kai tO TpÓ ToO Teuévoug Óupgüdriov, TàOng Aipóng xo0é-
Otnke ppuarpo, fj oikrrup ó áy10c xai puAGE, kai po rfjg Urrép XpiotoO
uaprupíag érüryavev xai uerà raUTQV (vupiZerai, kai áZiov Óvrug eà-
KAeiag 1Ó krfjua xai ppudruaroc uetZovoc: i abToO yàp 6 re MapeuTng
xai f| AiBór rráca uéxpi Tfjg trjuepov éoTnkev, kai TO br] nuéyiOTov,
AXe£óávbpeia fj guepóÀn xai Aaumpà xai quóypi0tTog (4) Le
moine Épiphane affirme que de son temps S. Ménas y repo-
sait encore : xai mpóg bugiy tfjg AXe£avbpeiac, ug drró uiMuv évvéa,
xeirat ó àv106 Mnvág (5).
Peu de saints orientaux furent aussi universellement honorés
dans l'église que S. Ménas. La Palestine avait son uaprüpiov ToO
(x) Systax. Eccl. CP., p. 818. — (21 A. GELzzER, Leontios von. Neapolis Leber des
heiligen lohannes des barmherzigen (Freiburg i. B., 1895), p. 100. — (3) DiNDpoRr,
Chronicon paschale, t. I, p, 512. Voir la note de M. D. SERRUvs, dans KRUMBA-
CHER, Miscellen zu Romanos (München, 1907), p.135, n.a. — (4) SS. Cyri et Ioannis
miracula, x,v1, P. G. t. LXXVII, p. 3596. Il en est encore question dans le
miracle r1, sbid., p. 3613. — (5) DnEssEL, Epiphanii: monachi et. presbyteri cdita et
imedita (Parisiis et Lipsiae, 1843), p. 6.
A CONSTANTINOPLE. | II9
&viou Mnvà, báti par Eudocie (1). Voici en Afrique uneinscription qui
mentionne ses reliques dont la déposition se fait le jour méme de
la féte, le r1 novembre : Hic benerande. relyquie beatorum martyrum
Moen[e] et. Sebastiani depositi in pace sub die III iduum novembrium(2),
et une autre datée de l'année 474 : In hoc loco sunt. memorte sancto-
rum martwwum Laurenti, Ibpoliti, Eufimie, Minne et de cruce Domini
deposite die YII nonas febrarias anno provincie CCCCXXxXV (3).
A Rome, il y avait une église de S. Ménas sur la voie d'Ostie,
mentionnée dans l'itinéraire d'Eins:edeln (4). S. Grégoire y pro-
nonca l'homélie XXXV sur les Évangiles : Habita ad populum in
basilica sancti Menae martyris. Le début constate qu'elle se trouve
hors les murs : Quia longius ab urbe digressi sumus (5). On a égale-
ment gardé à Rome le souvenir d'une corporation Alexandrine sous
le patronage de S. Ménas, dans une inscription datée de 589 (5).
La Dalmatie l'honorait aussi, comme le prouve une inscription
au nom du saint (7), et l'on sait assez qu'il n'y a presque pas de
pays qui n'ait gardé le souvenir des pélerinages au tombeau de
S. Ménas dans les fameuses ampoules à eulogies sur lesquelles
nous avons enfin une monographie qui me dispense d'en parler
plus longuement (8).
L'expédition conduite par Mgr Kaufmann au désert de Maréotis,
a amené la découverte du sanctuaire national des Égyptiens et de
ses dépendances. On peut se rendre compte enfin de l'importance
de ce pélerinage par l'étendue des ruines de la ville sainte.
La grande basilique, la crypte de S. Ménas, lc baptistére, les
hótelleries, la basilique avec installations de bains, les fabriques
d'eulogies, les cimetiéres, tout cela apparaít maintenant aux yeux
du vovageur gráce à l'infatigable persévérance du savant de Franc-
fort, dont les précieuses relations permettent de se représenter |
sans grand effort d'imagination ce que fut cette cité du désert,
que l'on a qualifiée de « Lourdes d'Égvpte » et oà tout disait la
gloire du grand martyr Ménas (9).
(0 Vita Euthymit (BHG.? 648) ANALECTA GRAECA, p. 67. — (2) P. Mox-
CEAUX, Enquéte sur lépieraphie chrétienne. d' Afrique, IV, n. a46. — (3) Ibid,
n. 297. On a lu encore Menjae] sur une autre inscription africaine (n. 274).
Cette lecture n'est pas certaine. — (4) Voir L. DucuESNE, Le Liber pontifica-
lis, t. II, p. 34.— (5) P. L., t. LXXVI, p. 1259. — (6; De Rossi, Inscriptiones chris-
lianae Urbis Romae, t. II, p. 455. — (7) Voir Anal. Boll., t. XVIII, p. 405. —
(8) C. M. KaurMANN, Ikonographte der. Menas-Ampullen. Cairo, 1910, 187 pp.,
richement illustré. L'auteur a fait précéder ses recherches d'une étude sur
certains textes orientaux relatifs à S. Ménas,sur lesquels nous aurons à revenir.
— (9) C. M. KAUFMANN, Die Ausgrabung der. Menas-Heiltgtümer in der Mareotis-
wiste. Cairo, 1906, 107 pp. ; Zweiter Bericht über die Ausgrabung 1907, x09 pp. j
Dritter Bericht 1908, 30 pp. Tous ces rapports, surtoutle dernier, sont abon-
12Q L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
Aprés l'Égypte, c'est Constantinople qui doit avant tout fixer
l'attention de l'historien du culte de S. Ménas. Sa féte s'y célé-
brait le rz novembre dans l'église qui lui était dédiée év T) papru-
peiu aüTo0 rÀncoiov tfc 'AkpomóAeug (1) et dont la dédicace était
commémorée le 21 septembre (2). Elle était située prés de la
mer, sur l'emplacement d'un temple de Poseidon. TTooeibü vog $€
Téuevog mpOgc Tf) 0aÀóárte avi] reipev, év0a. vOv ó ToO. uóáprupoc Mnvà
oikog biakexóountrai, C'est Hesvchius qui parle ainsi (3). Pour le
Pseudo-Codinus, il s'agit d'un temple de Jupiter: ó 56€ vaóg roO
àyiou Mnvà irrfpxe rrpórepov ToO Aióc (4).
On prétend que Constantin fit bátir l'église de Saint-Ménas, ou
plutót que c'est lui qui dédia à ce martyr le temple paien dont il
avait chassé les idoles ; Pulchérie et Marcien (450-457) auraient
donné au sanctuaire sa forme définitive (5). Il enest question dans
l'histoire du monastére d'Olvmpiade, qui fut incendié lors des
troubles de 532; les religieuses se retirérent alors provisoire-
ment eig róv &riov Mnvàv,et on nous apprend que Saint-Ménas était
prés du palais rüv Mayrrávuv (6). Orle palais de Mangana se trou-
vait au pied de l'Acropole.C'est dans l'église de Saint-Ménas qu'on
trouva, en nettoyant une fosse, une grande quantité d'os gigan-
tesques (ó01à àvOpurmuv vtrávruv) que l'empereur Anastase (491-:
518) fit exposer év Tfj $6004 (7).
Il n'est pas sans importance de constater qu'il n'y avait pas à
Constantinople d'autre église sous le vocable de S. Ménas. Il est
vrai qu'on signale parmi les bátisses de Justinien une église en
l'honneur des saints Ménas et Ménaios, dans l'Hebdomon : éri €
Mnvà xai Mnvatu guóprvoiv &bog év rU "Epbóuuw avéOnxev (8).
Ces deux saints vont toujours de pair. Il est à présumer qu'ils
n'ont rien de commun, saufle nom, avec le martyr du désert de
Libye. Leur féte d'ailleurs est entiérement distincte. On faisait à
Constantinople leur commémoraison le 29 octobre et le t aoüt,
év TO '"Epbóuu, c'est-à-dire dans leur église propre (9).
En suivant le sillon tracé par les anciens souvenirs liturgiques
et par la tradition monumentale, nous aboutissons toujours au
méme point : S. Ménas, martyr égyptien, dont le culte, partant du
damment illustrés. L'auteur a également publié un guide idont il existe aussi
une Édition francaise) sous le titre de Der Menastempel und. die Hetligtümer von
Karm Abu Mina in der ápgyptischen Mariütwiüste. Frankfurt a. M., 1909, 94 pp. —
(x! Synax. Eccl. CP., p. 214. — (2) Ibid., p. 68. — (3) PREGER, Scriptores orígi-
num Constantinopolttanarum, p. 6. — (4) PREGER, t. c., p. 140. — (5) PREGER, t.c.,
P. a14. — (6) Narratio Sergiae, c. 2, ANAL. BoLL., t. XVI. p. 27. — (7) PREGER,
t.c., p.34. — (8) PRocopE, De acdiicis, 1,9. — (9) Synux. Eccl. CP., pp. 178, 860.
A CONSTANTINOPLE. I2I
sanctuaire de la Maréotide, ne tarde pas à se répandre par toute
la chrétienté.
Comme c'est presque toujours le cas, les difficultés commencent
dés que les hagiographes s'en mélent.
Je mets d'abord de cóté un certain nombre d'homonymes orien-
taux, qui ont une individualité bien distincte et qui sont connus
parles synaxaires (r) ; ils n'ont pas plus de relation avec le mar-
tyr égyptien que le S. Ménas italien dont l'histoire nous est contée
par S. Grégoire dans ses Dialogues (2), et qui a été inscrit au
martyrologe à la méme date que le grand S. Ménas,,le r1 novem-
bre, preuve que son culte n'a point d'attaches traditionnelles.
Tout le probléme consiste à classer deux catégories de récits,
les uns relatifs à S. Ménas l'égyptien du iri novembre, les
autres ayant rapport à un S. Ménas qui a pour compagnons
Hermogéne et Eugraphus, et dont on fait la mémoire le ro dé-
cembre. Nous essaierons d'éclaircir la question, en nous servant
des textes grecs et des textes orientaux mis à notre portée (3).
Voici d'abord les textes qui sans contestation aucune sont rap-
portés au S. Ménas du r1 novembre et se lisent dans les ménologes
grecs à cette date. Il y a trois Passions (4), un pauégyrique (5) et
un recueil de miracles (6). Àu premier groupe il faut rattacher le
chant de Romanos, qui n'est, pour ainsi parler, qu'une traduction
poétique de la Passion (7).
Le panégyrique est parfaitement incolore ; inutile de l'analyser,
il ne nous apprendrait rien.
Les rapports des trois Passions -daz(alecta), Jo(annu), Kr(umba-
cher) ont été étudiés par Krumbacher — qui les désignait, comme
nous venons de le fzire, par les noms des éditeurs — et par M. Pio
Franchi (8). L'un et l'autre orit pris pour. point de départ l'hymne
de Romanos. On peut désormais rezarder comme établi que ces
quatre textes dérivent, de facon indépendante, d'une Passion
aujourd'hui perdue, mais dont les linéaments principaux nous
(x) M. W. BupscE, Texts relating to Saint Móna of Egvpt «London, 1909), p.
19-20, les énumére d'aprés les svnaxaires éthiopien et copte. Celui du 15 Khedár
et du 15 határ est S. Ménas l'ézryptien du ir novembre. — (2) Diul., IIT, 26,
P.L., LXXVII, p. 280-84. — (3) Il n'existe pas de traduction des Passions armé-
niennes publiées par les Méchitaristes. Mon collégue le P. P. Peeters se propose
de donner cette traduction dans un de nos prochains numéros. On pourra
constater que ces textes nc changent rien à nos résultats. — (4) BHG?. 1250-
I254. — (5) BHG?. 1255. — (6) BHG?. 1156-1269. — (7) KRuMBACHER, Miscellen
zw Romanos, p. 1-9. — (8) Hagiographica, STUDI E TEsTI, XIX (Roma, 1908),
p. 9-18. Cf. Asai. Boll., *. XNVIII, p. 216.
122 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
sont bien connus et méme la plupart des détails. Ce qu'il faut
avant tout retenir, c'est qu'elle appartient à la catégorie des adap-
tations, ou plus clairement, des plagiats. L'hagiographe, à court
de matériaux, s'est emparé du panégyrique de S. Gordius par
S. Basile (1), eta mis surle compte de S. Ménas l'histoire, pour-
tant si caractéristique, du martyr cappadocien (2).
Ménas, disent les Actes, était égyptien, et avait embrassé l'état
militaire. Il suivit le tribuun Firmilien et la cohorte tiv 'PoutüMtaküv,
dont il faisait partie, à Cotyée, métropole de la Phrygie Salutaire.
Lorsque fut promulgué l'édit de persécution, Ménas quitta l'armée
et se retira dans le désert. Un jour de féte, tout le peuple de Cotyée
se trouvant réuni au théátre, Ménas descendit de la montagne et
se présenta devant l'assemblée pour confesser le Christ. Le gou-
verneur Pyrrhus, aprésl'avoir interrozé, l'envova en prison. Le
lendemain, il reprit l'interrogatoire et fit cruellement torturer le
martyr. En vain il essaie les supplices les plus variés et les plus
épouvantables. Ménas reste inébranlablement attaché à sa foi. Le
Juge, vaincu, prononce l'arrét de mort. Ménas est décapité hors
ville, et son corps livré aux flammes
Ici les diverses recensions et méme les exemplaires du méme
texte présentent des variantes assez importantes. D'aprés les uns,
quelques bons chrétiens recueillent les restes du martyr et les
déposent,nous dirions mieux, les dispersent en divers lieux sacrés:
Aehyava... drréOevro év iepotg eüxtnpioig — év olkotg rrepiKaAAégiv drre-
0étr]j — év iepoig mpooceuktnpíioig — év tepoig uovaotnpíoig — Gopoie
TépixaAAégiv óméO0evro etc. Toutes ces formules se rencontrent
dans des manuscrits du texte. Kr (3). Mais d'aprés d'autres, ces
hommes pieux déposérent le corps dans un cercueil, et comme
le saint avait demandé, avant de mourir, d'étre ramené dans son
pavs, on déféra à son désir : rpó ToO bé reAeiuOfjvai ab róv rj£iwoev
ToUG dócAgpoUc ó uakaápiog iva TÓ Gua GUTOÜU pereveyOf) eig rà tua, Ó
7| kai féfovev (4). Méme version dansle texte ;1z2 :. ÓMw Uvorepov
rpóg Tv aUTOÜ rarpiba dvekxouiaavtro, ka0Ugc aüTOlg TpÓ Tfjg TeAeuu-
O€ugc ó puápruc érréaknye roO XpioTo0 (5), et dans 7o (6).
Le texte latin publié par Mombritius (7), et qui représente cer-
tainement un original grec (8), se termine par un curieux épiso-
de : Ciumque haec verba complesset [Menas], dixit turbis : Cum decolla-
tus fuero, tollentes corpus meum 1n camelo imponite et dimiltile eum, ita
(1) BHG^?, 703. — (2) L'emprunt avait été signalé déjà par TILLEMONT,
Mémoires, t. V, p. 759. — (3) Voir KRUMBACHER. t. C., p. 42-43. — (4) Les mss A,
B, R de KRUMBACHER, t.c., p. 42. — (5) Atial. Boll.,t. III, p. 270. — (6) Mvnuyeia
é&TtoAoviKd, p. 298, n. 15. — (7) BHL. 5921. — (8. KRUMBACHER, t. C., p. 53.
A CONSTANTINOPLE. I23
ul nullus praecedat, el tunc videbitis gloriam domini nostri Iesu Christi,
quoniam ipse deducet eum ad locum ubi dignatus fuerit quo debuerit cor-
Bus meum tradi scbullurae.Cumque loquendi ftem fectsset, fleclens genua
paravit cervicem, et decollatus est in sempiterna fide, et accepit coronam
inler agmina angelorum ac martyrum, et sic introivit tn conspectu domi-
nt nostri Iesu Christi tertio idus novembres. Cum ergo defunctus fuisset
el divina virlule triumphum fidei merutsset, involventes christtani corpus
eius. vestibus pretiosis imposuerunt. camelo et dumiserunt eum sicut ipse
praeceperat. Camelus. autem ambulabat per montes, praecedente angelo
Domni, et in loco quo Deus volutt decubuit ; qui autem sequebantur eum
lollentes corpus etus ibidem posuerunt, postea vero dignam merilis etus
basilicam condiderunt, 1n qua multas viriutes operatur Dominus ad lau-
dem nominis sui. Le lieu commun de l'animal portant des reliques
et s'arrétant à point nommé est ordinairement en rapport avec une
donnée topographique (1) On veut expliquer comment une église
déterminée est entrée en possession d'un corps saint. Ici on ne
reconnait rien de semblable. L'arrét du chameau n'est point spéci-
fié et la mention de la basilique, située on ne sait od, dans laquelle
le Seigneur opére jusqu'à ce jour des miracles, est un autre lieu
commun sans portée.
L'histoire du chameau est-elle une réduction de l'épisode qui a
été conservé dans certains textes orientaux ? Le lecteur pourra
en juger bientót.
Gráce à MM. W. Budge et Kaufmann, il nous sera possible de
tenir compte également de quelques versions orientales de la Pas-
sion de S. Ménas. Nous n'avons rien à dire du manuscrit Nub;en
publié en fac-similé, d'aprés le manuscrit oriental 6805. du British
Museum par M. Budze. Il est écrit dans une langue inconnue, et
c'est par les mots grecs dont il est parsemé que l'on reconnait
qu'il renferme un texte chrétien et qu'il est relatif à S. Ménas (2).
Le méme auteur publie ensuite, avec traduction anglaise, la notice
du saint d'aprés le synaxaire éthiopien, ms. oriental 660 (3), et la
Passion développée du ms. oriental 689 (4). Les mémes récits ont
été traduits par le P. Chaíne, le svnaxaire sur le ms. éthiopien 126
de la bibliothéque nationale de Paris (5), la Passion sur le ms.
d'Abbadie 92 (6). Le P.Chaíne a également examiné les fragments
de la vie de S. Ménas dans le ms. copte 4 de la bibliothéque natio-
(1) Voir Les légendes hagiographiques, p. 35-37. — (2) Texts relating to Saint
Ména of. Egypt, p. 1-21, et 36 planches. — (3) Ibid., p. 59-61, trad. p. 39-43. —
(4) Ibid., p. 62-72, trad. p. 44-58. — (5) Dans KAUFMANN, lconographie der Menas-
Ampullen, p. 45-48. — (6) Ibid., p. 33-45.
I24. L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
nale de Paris. C'est, nous dit-il, une composition paralléle aux
rédactions grecque et éthiopienne.
Par un certain nombre de traits et par toute la partie relative au
culte, la Passion éthiopienne se distingue des textes grecs connus
jusqu'ici ; mais pour la substance du récit, jusqu'au martyre du
saint, il reproduit l'adaptation de l'histoire de S. Gordius à
S. Ménas.
Il y a quelque confusion au début. Ménas au lieu de quitter
l'Égypte et de se rendre à Cotyée de Phrygie avec son corps
d'armée, est représenté comme originaire de la ville d'Égypte
Quetwa. Il n'y a pas de ville égyptienne de ce nom, dans lequel on
reconnaít Cotyée. Ses parents, sur l'ordre de l'empereur, s'en
vont en Phryzgie, et c'est là que Ménas vient au monde.
L'histoire des reliques du saint prend une forme particuliére.
Le rédacteur oriental — copte, arabe ou éthiopien — l'a-t-il tirée
du grec, en l'arrangeant, au besoin, à sa maniére ? C'est un point
que nous ne sommes pas en mesure d'éclaircir. Citons, d'aprés le
P. Chaine, le commencement de cet épilogue.
Or aprés que fut accomplt son. martyre, comme nous l'avons raconté
précédemment, des troupes vinren! pour faire la guerre à la Pentapole,car
le pays de Martout s'était révolté ainsi que les régions votstnes. Un ordre
arriva d'amener des iroupes de Phrygte à. Alexandrie. pour. aider. les
garnisons de Martout. Le préfet Atnasts, commandant des troupes, voulut
emmener le corps de saint Ménas avec lut pour qu'il luy. füt un secours el
une protection, Ayant ouvert la porte de l'endroit oi se. trouvatt le corps —
du saint, une grande lumtére l'ébloutt, mats 1l cacha le corps aux habi-
tants hour qu'ils ne l'empéchassent pas. de l'enlever, et le fit porter sur
une barque et partit. Lorsque les troupes arrivérent sur (a mer, entre la
Phryrie et. Alexandrie, des animaux horribles se montrórent à eux. du
fond de la mer. Leur cou était haut et long, avec une téte comme celle des
chameaux, tls allongeaient le cou vers la barque pour enlever ceux qut s'y
lrouvatent, quand. des. iraits de feu. s'échapporent. du. corps de saint
Ménas vers leurs. iétes et ils s'enfuirent. et. plongérent dans la mer. (1).
Ils revinrent ensuite, mais de nouveau les trails du feu lgs chassérent.
(1) On s'est servi de cc passage pour éclaircir la question qui préoccupe depuis
longtemps les archéologues (voir. Les légendes hariographiques, p. 240), desani-
maux de S. Ménas. CHAINE, .Vote sur les animaux de saint. Ménas, REVUE DE
L'ORIENT CHRÉTIEN, I908, p. 212-18 ; Brevi note sulle memorie di S. Meta, Nvo-
vo BULLETTINO DI ARCHEOLOGIA CRISTIANA, I929, p. 71-78. Comme le dit trés
bien Mcn KAUFMANN, Jkonographie der Menas-Ampullen, p. x04, sur la trés gran-
de majorité des fioles on reconnait, sans doute possible, des chamcaux, et aucun
texte ni aucune représentation ne justifie l'identification des animaux de S.
Ménas avecles monstres de lalégende. Ne faudrait-il pas dire que le type
A CONSTANTINOPLE. 125
Alors, tous ceux qui se trouvatent dans la barque, remplis d'admira-
tton,crurent en. Dieu,el aprés s'étre prosternés devant le saint,ils veprirent
leur marche, glortfiant et célébrant le martyr Ménas de ce qu'ils avatent
élé préservés par son corps.Cinq jours aprés, tls arrivérent à Alexandrie.
Iis en reparttrent. ayant. avec eux le corps de S. Ménas et montrent
une barque d' Alexandrie jusqu'au littoral de Martiout. Ils se battirent là
avec les habitants, zls invoquórent S. Ménas et son corps, vatuquirent
les barbares, les exterminérent par son intercession jusqu'à leur arrivée à
Mesten, dans le territoire de Mariout.
Quand le préfet. voulut retourner en. Phrygie, 131 voulut esmmener. avec
lut le corps de S. Ménas. Il le fit mettre sur. un chameau, mats le
chameau ne put jamais se mouvoir. On le transporia sur un. autre cha-
meau, celui-ct ne put pas le remuer ; on le fit monter sur tous les autres
chameaux qu'il y avait et. 4l. ne s'en trouva pas un qui put le soulever.
Attristé, le préfet Alnasis reconnut que cela venait de Dieu et il latssa
le corps en cet. endroit. Il. fit. sculpter sur. bois l'image de S. Ménas
marlyr, sous la figure qu'on lui connaissait comme soldat, avec l'image
des bétes qut ressemblaient aux chameaux, en adoration à ses pteds. Il
déposa celle mage sur. le corps de S. Ménas pour obtenir son inter-
cession. et. l'emporia avec. lut pour qu'elle lui. ft un salut et une sauve-
garde sur la mer. et dans la guerre. Il fit. fatre pour le corps du satnt
une chásse en bois de sag timpulrescible et tncorruptible,et 1l l'enseveltt en
ce lteu, puis retourna dans son pays avec ses iroupes.
Les documents qui viennent d'étre passés en revue sont d'accord
pour nous apprendre que S. Ménas était égyptien, qu'il était sol-
dat et qu'il fut martyrisé à Cotvée de Phrvgie. Une partie d'entre
eux semble supposer que son corps resta dans ce pays ; d'autres
— a plupart — ajoutent que les reliques furent rapportées en
Égypte, soit sur l'ordre méme du saint, soit par l'effet d'une inter-
vention providentielle et miraculeuse.
La Passion proprement dite appartient, au point de vue histori-
que, à la derniére et infime classe des textes hagiographiques, et il
n'est aucun des détails de l'histoire de S. Ménas qui ne doive nous
étre suspect s'il. n'est point confirmé d'ailleurs. Quelques archéo-
logues, qui ignoraient d'ailleurs la circonstance du plagiat,
avaient été frappés de la mention du sumerus Ruttliacorum, ài0-
Huóg TOv Aeyouévuv "Pourihaküvy, le corps d'armée auquel Ménas
iconographique en question est antérieur à cette légende, et que l'hagiographe
s'en est inspiré ? Ces animaux au long cou « avec une téte comme celle des cha-
meaux » peuvent lui avoir été suggérés par certaines exemplaires d'exécution
sommaire et maladroite oà le chameau prend en réalité des apparences fantas-
tiques.
126 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
était censé appartenir, et Borghesi a écrit une trés savante disser-
tation sous forme de lettre, sur ce passage des Actes (1). Mais il
est bon de se souvenir que Borghesi n'a trouvé ce &umerus
Rutiliacorum ni dans la. Notitia dienttatum ni nulle part ailleurs,
et que sile mot sumerus est conforme à l'usage, cela ne suffit pe
pour réhabiliter un texte plus que suspect.
Pourtant, si les Actes de S. Ménas sont entiérement privés dá:
valeur historique, ils renferment, comme beaucoup de piéces d'ail-
leurs insignifiantes, un élément dont il convient de tenir compte:
c'est la oce On a pu constater que les hagiographes nous
conduisent obstinément d'Égypte en Phrygie, de Phrygie en
Égypte, et qu'ils sont préoccupés de la pensée de rendre plausible
le séjour et le martyre d'un égyptien à Cotyée, etla présence des
reliques d'un martyr de Cotyée en Égypte. C'est dans ce but qu'ils
ont imaginé d' abord l'enrólement de leur héros dans une légion
qui va prendre ses quartiers en Phrygie,et ensuite les explications
embarrassées et.contradictoires au suJet du retour du martyr dans
son pays. Les uns mettent en avant sa volonté expresse d'étre
enseveli dans la terre natale ; les autres n'imaginent rien moins
qu'une expédition dans la Maréotide : les reliques de S. Ménas
accompagnent l'armée pour lui servir de Palladium, mais elle est
obligée d'abandonner son trésor à la Libye. On devine quelque
grave confusion.
Elle peut s'étre. produite de plusieurs maniéres. Une premiére
explication consisterait à dire que S. Ménas d'Égypte a été con-
fondu avec un homonyme de Cotyée. Les choses se seraient pas-
sées ainsi. Il y avait à Cotyée un martyr local, du nom de Ménas,
dont, naturellement, elle gardait les reliques, mais dont elle
ignorait l'histoire.Un hagiographe del'endroit lui découpa des Actes
dans ceux de S. Gordius, sans insister spécialement sur l'origine
et surle tombeau du martyr. Comme S. Ménas d'Égypte était
aussi dépourvu d'Actes que son homonyme, la confusion. devint
aisée et presque inévitable. On lui appliqua d'abord l'histoire du
martyr de Cotyée, puis, pour répondre à certaines difficultés, on
accentua son origine égyptienne, et, moyennant une translation
de reliques, on expliqua l'existence du sanctuaire de Mariüt.
Cette solution se heurte malheureusement à deux difficultés.
D'abord l'existence d'un saint Ménas de Cotyée n'est nullement
attestée ; et ensuite, le nom du martyr est spécifiquement égvp-
tien plutót que grec ou asiatique (2).
(1) Gzuvres completes, t. VIII, p. 242-47. — (2) Cf. A. WIEDEMANN, AMegyptische
Geschichte (Gotha, 1884), p. 165.
A CONSTANTINOPLE. 127
Voici une seconde hypothése, qui nous parait plus probable. Le
culte de S. Ménas d'Égypte, qui se répandit avec la rapidité que
l'on sait,doit avoir gagné la Phrygie ; il aura été installé,avec plus
de succés qu'ailleurs, à Cotyée, oà Ménas sera devenu le grand
patron, comme il semble que Démétrius le soit devenu à Thessa-
lonique (1). De là, pour les gens de Cotyée, à revendiquer pour
leur patrie l'honneur d'avoir donné un grand martyr à l'église, il
n'y avait qu'un pas, et l'entreprise était d'autant plus aisée que
S. Ménas, comme c'est le cas de tant de célébres martyrs, n'avait
point de légende officielle. On se chargea de lui en trouver une, et
9. Ménas l'é égyptien honoré à Cotyée, devint S. Ménas l'égyptien
mans à Cotyée. S. Basile préta son panégyrique de S. Gor-
dius, qu'un clerc du pays se chargea d'accommoder.
Le livre édifiant trouva le chemin de l'Égypte, oi il fut d'autant
mieux accueilli qu'il venait combler une lacune regrettable, et
pourvu que l'on expliquát bien clairement que la précieuse dé-
pouille du martyr n'était pas restée en Phrygie, on ne fit aucune
difficulté d'accepter la version des hagiographes de cette contrée
lointaine. De là cette unanimité dansla maniére de narrer les cir-
constances du martyre et la facon de plus en plus accentuée, d'une
recension à l'autre, d'affirmer le droit de Mariáüt sur les reliques.
Cette explication nous paraít plus vraisemblable que la premiére
et répond à toutes les difficultés; le processus hagiographique
qu'elle suppose n'est point sans exemple, et elle est bien en har-
monie avec ce qui nous reste de documents dont la provenance
est égyptienne, ou qui réflétent la tradition indigéne. Nous avons
entendu plus haut Sophrone parler de S. Ménas comme d'un mar-
tyr local,dont la vie s'est passée en Libye jusqu'au jour du triomphe
sans la moindre allusion à la Phrygie ou à un pays étranger. Pour
l'auteur du recueil des miracles de S. Ménas, dont nous avons
à parler maintenant, auteur qui Écrivait certainement en Égypte,
le grand martyr n'est pas venu d'ailleurs ; c'est un enfant du
pays, qui a glorifié le Christ à l'endroit méme oü sont honorées
ses reliques.
M. Pomjalovskij a publié 19oo la Awjyno:g Tuo0éou ápyerm-
Gkórou 'Alc£avópeiag rrepi ruv 0aupáruv roO dTiou kai évbóEou nera-
louáprupog Mnvà (2) Personne, que je sache, n'a admis, aprés
examen, l'attribution de ce recueil de miracles à l'évéque
(1) Ou à Sirmium, si l'on admet que le culte de S. Démétrius a rayonné de
Thessalonique dans cette direction plutót qu'en sens inverse. Voir Les légendes
grecques des saints milita:res (Paris, 1909), p. 107-108. — (2) BHG?. 1256-69.
128 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
d'Alexandrie, Timothée (380-384), et nous ne nous arréterons
pas à discuter une question qui se résout pour ainsi dire
d'elle-méme à la lecture du document. L'éditeur s'est con-
tenté, pour le publier, d'un seul manuscrit. Il en existe un
bon nombre, qui mériteraient d'étre collationnés (r). Ils ne
sont pas tous également complets, et souvent on ne trouve avec
la préface que les cinq. premiers miracles; ainsi dans le ma-
nuscrit sur lequel Gentien Hervet a ífait sa traduction pour le
compte de Lipomano (2). Dans les ménées du 11 novembre, on lit
les cing mémes miracles, mais notablement abrégés. Ils sont au
nombre de treize, et dans le méme ordre que le grec, dans les
ménées russes (3). Il en était peut étre de méme dans la version
bulgare, dont M. Jagi€ à tout récemment fait connaitre un frag-
ment (4). Dans le manuscrit. éthiopien d'Abbadie 179, dont le P.
Chaine a public les en-téte des chapitres,il y a dix-neuf miracles(5).
Nous ne pouvons tenir compte ici d'une tradition aussi compli-
quée. Mais nous crovons rendre service en analysant le recueil
d'apres l'édition de Pomjalov skij, qui, quoique déjà vicille de onze
ans, continue à rester ignorée (6).
Le court prologue du recueil rappelle la conversion de Constan-
tin, à qui on attribue un édit ordonnant de précher la foi chrétien-
ne par toute la terre et de construire des églises en l'honneur des
martyrs. Aussitót, ceux d'Alexandrie vont à la recherche des reli-
ques de S. Ménras pour élever un temple en son honneur. 'Avéotn-
Oav 6é tiveg TUv Éék Tr]g rróheug "Ale£avbpeiag kai éC]maav rà Aetyava
TOU dYíou kai évóoEovu kai à0logpópou pgádprupog ToU XpioToo Mnva,
órUJg Kkrr|Guociv érri TU «; óvóuari 7» aUTOÜU vaóv * rtüca 5€ fj érrapyxía
éxeivr] éropeuOncav év TU) áTiu aro vau, Oórug ToÜUTOV TeAeuu0UO1V
év TÓX€t (7).
PREMIER MIRACLE. Un riche marchand Isaurien arrive à Alexan-
drie et entend parler des merveilles dont l'église de S. Ménas est le
théátre. Il se proposed'y faire un pélerinage, prend une bourse bien
(1) Voir, par exemple, nos catalogues de manuscrits hagiographiques de Paris,
du Vatican, etc. M. A&vaNrTAKIS, Bulletin de l'Institut Égvptien, 1904, p. 181,a
signalé un manuscrit du recueil à P École év angclique de 5my E — (2) Tomus
quintus vitarum sanctorum patrum (Vcnetiis, 1556), f. 62-65". — (3) Velikija. Minei
tchetii, noiabr, dn. 1-12 (Saint-Pétersbourg, 1897), p. MN (4) Ein mittelbul-
garisches Bruchstück der ersten. Wunders des Grossmártyrers Menas (aus dem XIV
jahrh.), ARcuiv rüR sLAvISCHE PuiLoLociE,t. XXX (1908), p. 392-99.— (5) Dans
KAUFMANN, Ikonographie der Menas-Ampullen, p. 48-49. — (6) Voir Anal. Boll.,
t. XXVII, p. 459. M. Kaufmann semble ne pas connaitre non plus cette édition,
— (7) PoMjaALOVSKIJ, t. c. p. 62-603.
A CONSTANTINOPLE. 129
garnie, monte dans une barque et se fait conduire d'abord jusqu'à
l'endroit appelé Ao£ovfjra, oà il demande à loger. Durant son som-
meil, l'hóte, pour s'emparer de sa bourse, le tue, coupe le corps en
morceaux, pensant le jeter ensuite dans le lac. Mais le soleil se
léve avant qu'il ait pu s'en défaire. Il voit arriver un cavalier,
accompagné d'une suite nombreuse, qui n'était autre que S.Ménas,
en costume de spathaire. Le saint ouvre la porte et demande oü
est l'étranger. Le meurtrier n'a vu personne ; mais Ménas va
droit à la corbeille oà se trouve le cadavre dépece. Croyant avoir
affaire à un officier de l'empereur, l'hóte confesse son forfait et lui
offre la bourse de la victime et cent piéces d'argent. « Repentez-
vous », lui répond Ménas, « et je vous pardonnerai votre crime. »
L'homme lui ayant promis d'aller en pélerinage à Saint-Ménas et
de se faire moine, le saint se déclare, resuscite le mort, et dispa-
rait. Alors l'étranger prend sa bourse, l'hóte ses cent piéces d'ar-
gent, et ils s'en vont ensemble à Saint-Ménas accomplir leurs
promesses. L'assassin prend l'habit et meurt aprés sept ans de
pénitence ; le marchand retourne à Alexandrie et parle récit du
miracle accompli en sa personne convertit une foule d'héréti-
ques et de paiens (r).
DEUXIEÉME MIRACLE. Un citoyen d'Alexandrie, nommé Eutrope,
commande à un orfévre deux plats d'argent, dont l'un, sur lequel
doit étre gravé son nom, sera offertà la basilique de S. Ménas, et
dont l'autre, avec le nom du saint, servira d'abord à son usage,
puis passera au saint en héritage. Il s'embarque pour aller porter
son offrande. A l'heure du repas, son esclave lui sert à manger dans
le plat du saint, aprés quoi il le lave dans l'eau du lac. Le plat lui
échappe des mains et, craignant la colére de son maítre, il se jette
à l'eau. Désespoir d'Eutrope. Il promet de donner au saint deux
nouveaux plats et le prix de celui qui est perdu s'il retrouve le
corps de l'esclave, pour lui-donner la sépulture, oóià TÓ Óveibog Tüv
&vOpurruv. Apres deux jours de navigation, on arrive à destina-
tion. Or voilà qu'on apergoit l'esclave, porteur du plat, qui suit
l'embarcation ; on lui jette une corde et on le fait monter.Il raconte
qu'aussitót entré dans l'eau il vit un homme brillant, accompagné
de deux autres, et qui leur dit : « Saisissez-vous de lui. » Et ils ne
l'abandonnérent plus jusqu'à ce moment. Eutrope reconnut dans
ce mystérieux sauveur le martyr Ménas. Il se rendit avec l'esclave
à la basilique, donna les deux plats, et laissa aussi l'esclave pour
le service du sanctuaire (2).
(1) PoujJALovskij, p. 63-66. — (2) PoMJALovskirj, p. 66-68.
ANAL. BOLL. XXIX, 9
130 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
TRoisIÉME MIRACLE. Il y avait une femme riche, nommée
Sophie, év xujpa riv GOexoZenrüv, qui se désolait de n'avoir pas
d'enfants. Elle résolut de se rendre à Saint-Ménas, et de faire don
au martyr de tous ses biens. Elle s'en alla doncà l'insu de tout le
monde. Arrivée dans le désert à l'église de Sainte-Thécle, Tóv
vaóv Tfjg d(íag xai xaAMvikou TpurTouáprupog Oékxlag (1r), elle
voit venir à elle un soldat à cheval, éx Tüv mapagquAaccóvtuv
Tv ó50v bià TOUG AnOTÓgc, un gardien de la süreté, qui, profitant
de la solitude, veut lui faire violence. Elle invoque S. Ménas, et
voici comment le martyr lui vient en aide. Le soldat s'était atta-
ché le cheval au pied. S. Ménas arrive lui-méme à cheval, enléve
la femme, saisit par le mors la béte du soldat et l'emméne à toute
vitesse, traínant son cavalier, jusqu'à la basilique. Le malheu-
reux n'en mourut pas, et on assure qu'il profita de la legon (2).
QUATRIÉME MIRACLE. Un juif d'Alexandrie avait pour voisin un
chrétien, avec lequel il s'entendait bien. Ayant à s'absenter, il
déposa chez lui un petit sac, bien scellé ou fermé à clef, et lui
envoya d'avance un cadeau en reconnaissance du service. Mais
le chrétien résolut de garder le dépót, et persuada méme à sa
femme de jurer avec lui qu'on n'avait jamais rien recu, le manque
de parole vis-à-vis d'un juif ne pouvant entrainer aucune consé-
quence fácheuse : fjueig yàp ó ópkog o0bév BAármre, bióri. '"Eppaiu
óuvUouev xai oU xpicTiavip. Ainsi fut fait. Le juif eut beau récla-
mer, l'escroc nia effrontément. Il lui vient alors une idée. « S.
Ménas, dit-il,confond les parjures ; accompagnez-moi ; vous jurerez
que je ne vous ai rien remis et vous irez en paix. » Le chrétien pré-
texta que les juifs n'entrent pas dans les églises. « Je resterai dans
le narthex, » répondit le juif. Il fallut s'exécuter. En chemin, le
bon juif essaya encore d'ouvrir les yeux à son compagnon, lui
abandonnant méme ce qu'il voudrait prendre dans le sac. Ce fut
inutile. Le chrétien fitle faux serment, et les deux hommes retour-
nérent ensemble. À trois milles de l'église le cheval du chrétien
jeta son cavalier par terre, et la petite clef (bakruAoxAetbiov) du
sac tomba sur le sol. I| n'y fit pas attention. Arrivés à Loxoneta,
les deux voyageurs s'arrétérent pour acheter des vivres, et man-
gerent ensemble. Cependant le juif continuait à invoquer S. Mé-
nas. Tout à coup arrivel'esclave du chrétien, portant le sac, uerà
TOO Aoyapíou. « Voici, ditil, de la part de ma maitresse, d'aprés
(1) L'existence de cette église sur la route des pélerins et non loin du sanc-
tuaire de Saint-Ménas explique la représentation de Ste Thécle sur une catégo-
rie d'ampoules. Cf. Anal. Boll., t. XXVII, p. 458 ; KAUFMANN, Jkonographie der
Metas-Ampullen, p. 139-41. — (a) PoMJALovsktJ, p. 63-70.
A CONSTANTINOPLE. 131
vos ordres. » Et il raconte qu'un soldat à cheval s'est présenté,
portant la clef, qui fut aussitót reconnue, et demandant de la part
du mari de lui apporter le sac. Aussitót le juif reprit son bien, ren-
dit gráces à Dieu et alla porter à Saint-Ménas le tiers de la somme,
ajoutant : Aáfn Ta0ra óÓ óypióg cov voaóg Umép qurayíag. Il
embrassa la foi chrétienne et donna la moitié de ses biens au
saint, dont il ne quitta plus le temple. Et depuis ce jour personne
n'osa plus jurer xáv Te bixaiug xdv Te dbikug eig TOv vaóv To0
&Yiou (1).
On voit ici que S. Ménas remplissait en Égypte le róle attribué
à S. Pancrace chez les Latins. Il n'est pas sans intérét de rappro-
cher du récit que nous venons de résumer le chapitre de Grégoire
de Tours sur la basilique de ce saint à Rome: Ad cutus sepulcrum ss
cutusquam mens insana iuramentum inane proferre voluerit, priusquam
sepulcrum eius. adeat... statim aut arripitur a. daemone aut. cadens 1n
pavimento amittit spiritum. Ex. hoc. enim quisque. fidem cutuscumque
ret ab alto voluerit elicere, ub. veram cognoscat, non aliter nisi ad huius
basiltcam destinat (2).
C'est, comme on le voit, la méme croyance et la méme pratique,
dont nous aurons encore un exemple dans le huitiéme miracle.
Chez les orientaux, d'autres saints encore étaient réputés les gar-
diens de la sainteté du serment, témoin cette notice du martyrologe
de Rabban Sliba au 5 septembre : Transitus Iohannis Capharsentae
in fintbus Ántiochtae ; qui in eius et. sancii Cononis nomen peieraverit,
opprobrio affictetur. (3)
CINQUIÉME MIRACLE. Un homme perclus de tous ses membres
fut amené à Saint-Ménas. Il y trouva une femme privée de l'usage
de la parole. Tous les deux imploraient leur guérison, mais sans
effet. Le perclus exhale ses plaintes. La nuit, le saint lui apparait,
et lui indique le reméde : "Areà0e ur| vooüvróg riwvog xai q0áícov TÓ
OTpüpa Tfjg fuvatkOg tfjg BuBfig xoi kouo0 per aurfg xai Aaupá-
vei Tv laciv. Le malheureux s'étonne d'un pareil ordre, qui
n'est qu'une excitation au péché. La vision se reproduit, et
notre homme se laisse enfin persuader. Eira fiAeUgag ómou éxeiro
fiBwfnü, dvéuewwev éug o0 Umvugcav mávreg oi év TU. vau) óyAoi, xoi
dvaOTÓüg Gupónevog ém Óyegciv, épOagev TO Orpü)ua Tfjg Buric xai
TiáOaG TO Tt&Àtov égupev kai érüuvuoev auTlv. La femme se réveille,
et dans son trouble,elle retrouve la parole ; l'homme, en voulant
s'enfuir, retrouve l'usage de ses jambes (4).
Cette plaisante et peu édifiante histoire a été racontée également
(1) PoMjALovsktj, p. 70-73. — (2) In gloria martyrum, I, 38. — (3) Anal. Boll.,
t. XXVII, p. 194. — (4) Poujarovsktj p. 73-75. -
132 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
comme un miracle des saints Cyr et Jean (1) et des saiats Cosme
et Damien (2). Nous.avons eu ailleurs l'occasion de la mettre en
paralléle avec les miracles d'Esculape (3), et nous n'avons pas été
seuls à lui reconnaítre cette provenance (4).
Les rédacteurs des ménées en ont fait une édition expurgée. Le
saint se contente de dire au paralytique : « Allez, pendant que
tout est tranquille, emparez vous du manteau de la muette, et
vous serez guéri. » Et il se passe une scéne analogue à celle qui
vient d'étre rappelée.
SIXIÉME MIRACLE. Une femme Samaritaine souffrant de conti-
nuels maux de téte selaisse entrainer par ses voisines, à l'insu de
son mari, à entreprendre le pélerinage de Saint-Ménas, dans
l'espoir d'obtenir sa guérison.On s'arréte à mi-chemin pour passer
la nuit à l'hótellerie voisine du lac. L'hótelier, égaré par les char-
mes de cette femme, l'isole, sous prétexte de favoriser son repos,
et essaie de la séduire. Elle résiste: il menace de la tuer. Il revient
à la charge : elle reste inébranlable. Au moment oü le elaive se
léve sur sa téte, elle invoque S. Ménas, et les mains de son
agresseur se paralysent sans pouvoir se débarrasser du glaive
qu'elles tenaient. Au méme instant, S. Ménas, à cheval, fait son
entrée, et conduit la femme en lieu sür. Le lendemain, on continue
le voyage, la Samaritaine demande le baptéme et se consacre au
service de S. Ménas.
Peu aprés arrive l'hótelier, serrant toujours son glaive. Il implo-
re S. Ménas, qui lui dit en songe : « Je vous ai gardé de ce péché
que vous vouliez commettre. Promettez-vous de ne pas recom-
mencer ? » Et il le renvoie à l'économe de la basilique. Celui-ci
lui ordonne de recourir à l'huile de la lampe de S. Ménas : Káre-
0c eig Tv karáBaciv, Órou fj Orjkn 100. díou * kareAOuv 56€ £Aofev Ó
ápxurpeopurepog é&Aatov ék rfjg kavór]Àag kai. éogpáyioev roug Bpaxío-
vag aUTOÜU kai mapaurika é[évero ó ávOpurmog ür[u]g Lul aussi se
consacre avec ses biens à son libérateur (5).
SEPTIÉME MIRACLE. Trois fréres s'en vont d'Alexandrie faire
leur offrande à S. Ménas. Chacun d'eux apporte un petit cochon.
Arrivés au lac,ils font boire les animaux; l'un de ceux-ci est happé
par un crocodile. L'homme voulant le retenir tombe à l'eau. En
entendant ses cris,le crocodile láche le cochon et entraine l'homme
au fond du lac. Maisil a invoqué S. Ménas. S. Ménas arrive à
(1) SS.Cyri et Iohannis miracula, 30, P.G., t. LXXXVII, p. 3520.— (2) L.DEUB-
NER, Kosmas und Damian (Leipzig,1907), p. 162-64.— (3) Les légendes hagsographi-
ques, p. 174. — 14) O. WEINREICH, Antike Hetlungswunder (Giessen, 1909), p. 179-
82. — (5) PoxJALovskiJ, p. 75-79.
D
A CONSTANTINOPLE. 133
cheval, chasse le monstre et guérit l'homme, qu'il prend sur sa
monture et conduit dans sa basilique, oà il le dépose endormi rn-
Giov tfj Orjknc auToO xáru.On l'y trouve le lendemain, et il est pris
pour un voleur. Mais il raconte son histoire, et tous louent Dieu
et S. Ménas. Celui-ci cependant était retourné au lac, dans le
méme équipement, kafflaAápioc év cioe c rpaidtov.Il console les fré-
res du miraculé, les engage à aller au sanctuaire, et disparaít. Ils
reconnaissent le saint et s'en vont lui offrir les trois cochonnets,
et retrouver leur frére (t).
HuITIÉME MIRACLE. Un riche paien de Constantia (dmó yipag -
Aerouévng Kuvotavriavrg oró Tr|v éupíav [sic] rfjg Mappapikfic) avait
pour voisine une pauvre veuve qui ne possédait qu'une brebis,
et illa lui enviait. A l'approche de la féte de S. Ménas, voyant
que tout le monde y allait, il proposa à sa femme de faire comme
tout le monde. Celle-ci lui dit: « Ceux de votre religion n'y vont
pas, mais faites-vous baptiser, et j'ira1 avec vous. » Il promit à sa
femme de se faire chrétien. Mais avant de partir il ordonna à son
esclave d'enlever secrétement la brebis de la veuve et dela faire
rótir. La malheureuse en fut au désespoir et chercha en vain de
découvrir l'auteur du vol.
La femme du paien, ignorant l'indignité commise par son mari,
conseilla à la pauvresse de l'accompagner àla basilique de Saint-
Ménas et de faire jurer tous les voisins. En route, elle fit part à
son mari des soupcons qui pesaient sur lui, pour le détourner du
serment. Mais le coupable répondit que le serment avant le bapté-
me nepouvait nuire : TIpiv garrmo00 xáv émiopkrgu Tóv Ocóv xoi
TOv Gy10v, oU BAórrropat. Il amena donc la veuve à l'autel,descendit
au tombeau (Gupovreg xai tr|v ypaüv eig rTó 0vaian Thptov xai kare-
0óvteg eig t']v Orjknv) et préta serment. Mais en remontant ses
pieds et ses mains se desséchérent; il se mit à crier et à avouer
publiquement son crime. Une voix sortit du souterrain : $pá£ov 1óÓ
Oróua Gov, &0Atc... On lia le malheureux à une colonne voisine du
ciborium, et sa femme resta auprés de lui jusqu'à ce qu'il expirát.
Elle retourna chez elle et fit don à S. Ménas de tout l'avoir de
son mari (2).
NEUVIEME MIRACLE. Ce récit rappelle, an début, une tradition
relative au lieu de naissance de S. Ménas. 'Hv tig dvrjp dró rtóNeuq
TITavngpaitàr éxei0ev 60ev xai ó á[i0g Upnunro, óvónuari TTopouptoc,
oümep Civ Ó uakápiog uáprug eixev &rómnv per aUTo0 rrüvu * Ópo0
Yàp émpaypuareuovro augórepot* kai óre eobóknoev ó Oceóc xoi éuap-
TUprOev ó áq10g binkóver aUTO) ékeivoc. Merà 56 rÓ reAewwOnRjvat 1àv -
(1) PoqJALovskr]j, p. 79-81. — (2) PowjaLovskr], p. 81-84.
134. L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
óáviov guóprupa éreleu)00n xoi ó Tlopqpüpiog xai éagev róv vióv
aUTOO Aépuv * Mj ériAó0n, rékvov, tv BonOeiav ToO. áríou Mnyvaà.
Le fils de ce Porphyrius avait une chamelle stérile. Il pria S. Mé-
nas de la rendre féconde, avec promesse de lui consacrer son pre-
mier chamelon. La chamelle eut successivement trois petits, mais
le fils de Porphyre ne tint pas sa promesse. Un jour S. Ménas arri-
ve à cheval, suivi d'un nuage au ras du sol. Il y fait entrer les cha-
melons et leur mére et les dirige sur la basilique. Puis il se montre
en songe au propriétaire, lui explique, non sans ironie, comment
il a été amené à se paver lui-méme, et l'invite à aller vérifier de ses
yeux la réalité de ses paroles. Aprés une nouvelle vision, le parju-
re repentant se consacre à S. Ménas et on lui donne pour office de
garder tout le troupeau de chameaux. Aprés sa mort, l'économe
recoit de S. Ménas l'ordre de l'ensevelir eig Tóv xíova mÀnoíov roo
Koiuntnpiou (1).
DIXIÉME MIRACLE. Un paien nommé Prinos, habitant la pro-
vince d'Alexandrie, prés du lac, était trés dévót à l'idole d'un
temple voisin. Il avait une jument qu'il aimait beaucoup, mais qui
était stérile. Ayant entendu vanter la puissance de S. Ménas,
il s'écria : « S1 ma jument . porte, j'offre trois pieds du poulain à
S. Ménas et le quatriéme à mon dieu. » Or la jument mit 5as
un poulain n'ayant que trois pieds. S. Ménas se montra au paien
et lui dit : « Si l'idole que vous adorez a quelque puissance, qu'elle
donne au poulain le pied qui lui manque. » Notre homme renon-
ca à ses dieux, donna à S. Ménas avec la jument la moitié de
ses biens, et convertit beaucoup'de monde (2). |
ONZIÉME MIRACLE. Un nommé Théophile avait fait envoyer du
bois à S. Ménas. Au débarcadére, un soldat vient en prélever le
dixiéme ( éfü) ràg bexábag Aofeiv &xu). On lui répond que ce bois ap-
partient à S. Ménas, Comme il veut procéder malgré tout, le voilà
qui est saisi aux cheveux et emporté en l'air jusqu'à la basilique.
Là, en présence du peuple, il confesse son péché, et le saint le
laisse doucement retomber à terre. Il promet douze piéces de
monnaie et s'acquitte largement (3).
DouzIÉME MIRACLE. Un homme possédé du démon, et dange-
reux pour son entourage, est amené d'Alexandrie par ses parents
à la basilique de Saint-Ménas.Il n'obtient pas sa délivrance et on le
raméne,plus agité et plus terrible que jamais. En route se présente
un homme qui n'est autre que S. Ménas tg év Oynpuami dvOpurmou
TiVóc. Les parents veulent lui donner de l'argent s'il veut recon-
(1) PoMjJarovskij, p. 84-86. — (2) PoMjarovski]j, t. p. 86-87. — (3) PoMJaLovs-
KJ, p. 87.
A CONSTANTINOPLE. 135
duire le possédé au sanctuaire.« Je ne prends rien », dit l'inconnu,
« mais si vous voulez donner, donnez à l'église de Saint-Ménas. »
Aussitótil met la main sur la téte du malheureux, et disparaít
l'entrainant jusqu'à la basilique. Le peuple le voit élevé en l'air,
puis le jeune homme tombe comme mort. On l'emporte jusqu'au
tombeau du saint, oà il se frotte avec de l'huile de la lampe. Alors
une voix sort du tombeau : « Sors de cette créature de Dieu,
esprit impur,» et il sort comme du feu de la bouche du possédé, qui
se trouve guéri. Les parents donnent sa part d'héritage à S.Ménas,
et lui-méme se consacre à son service (1).
TREIZIÉME MIRACLE. Un pauvre diable de paien, nommé Pasta-
mon, visitait souvent le troupeau de S. Ménas et lui volait ses plus
beaux cochons. Malgré un avertissement du saint, il pénétre de
nouveau dans l'étable, choisit un cochon, le tue et s'appréte à le
saler. Mais au méme moment la viande se change en pierre. Le
voleur n'est nullement touché par ce prodige : « Je vais vous pren-
dre votre plus beau, » dit-il à S. Ménas ; « voyons si vous pour-
rez encore pétrifier celui-là. » Là-dessus il s'endort, et recoit une
sévére réprimande de S. Ménas. L'incorrigible voleur s'introduit
de nouveau dans l'enclos. Mais cette fois il est frappé de paralysie
et devient raide comme du bois. Les bergers le trouvent et le
conduisent à la basilique oü il confesse son péché et fait pénitence
jusqu'à sa mort (2).
Il n'est pas besoin d'insister sur le cachet particulier de ce
curieux recueil, sur la couleur locale fortement prononcée de la
plupart des récits et sur leurs allures populaires, qui sont plus sen-
sibles encore dans le style et la langue originale.
Ils sont destinés à un public grossier, qui se fait de l'intercession
des saints une idée bien matérielle. S. Ménas, pour lui, n'habite
pas les hauteurs du ciel. Il n'est pas seulement présent dans son
sanctuaire, mais il circule invisible, parmi les hommes, et se mon-
tre dans les grandes circonstances pour leur porter secours. De
méme que presque tous les grands saints dans l'iconographie
égyptienne (3), il est la plupart du temps à cheval, et dans le mira-
cle des trois fréres, par exemple,on voit qu'il ne peut étre partout à
la fois. Quant aux faits eux-mémes, il est clair que presque tous
sont puisés dans le grand trésor du folklore, et fortement teintés de
paganisme. Il sera intéressant de les examiner à ce point de vue en
(i) Powxjarovskij, p. 87-89. — (a) PoujJaLovskij, p. 89. — (3) Voir J. STRzv-
GOwsRI, Der koptische Reiterheilige und der hl. Georg, ZEITSCHRIFT FÜR ÁEGYP-
TISCHE SPRACHE, t. XL (1902), p. 49-60.
136 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
notant les paralléles. Nous ne pouvons ici entreprendre cette étude.
Mais nous constatons que la tradition égyptienne ne connait qu'un
S.Ménas, enfant du pays, martyr illustre dont le corps ne fut point
apporté d'une contrée lointaine,mais qui reposa au lieu oü il avait
souffert jusqu'au moment oi la paix de l'église permit de lui élever
une basilique.
Occupons-nous maintenant du second S. Ménas, dont la féte se
célébrait le ro décembre, et dontles reliques étaient honorées à
Constantinople. L'hagiographie grecque fournit une série de textes
concernant son histoire et son culte et dont ure partie a passé
. dansles littératures orientales, Ce saint Ménas est également
rattaché à l'Égypte; il confesse la foi et subit le martyre à Ale-
xandrie, avec deux compagnons Hermogéne et Eugraphus. Le
groupe Mnvà, 'Epuorévoug xai EUvpáqov constitue une unité hagio-
graphique bien distincte.
Quelques érudits modernes désignent parfois le martyr du ro
décembre sous le nom de Ménas l'Athénien, d'aprés le texte
de la Passion oà il est qualifié de 'AO0nvaiog rU) Yéve. On ferait bien
d'abandonner ce vocable artificiel qui a déjà fait naitre quelques
confusions. Un titre qui lui est attribué par la tradition, et quia
piqué la curiosité des érudits, est celui de KaÀMixéAabog. Voir par
exemple les synaxaires au 17 février (r) l'eUpecig publiée ci-des-
sous, le Manuel des peintres de Denys de Fourna (2). Nous essaye-
rons plus loin de rendre raison de cette dénomination bizarre. Il
suffit de savoir pour le moment que Mnvàg ó kaMixéAabog n'est pas
un personnage nouveau, pas plusque Ménas le bon musicien »
ainsi nommé par un traducteur de Denys de Fourna (3).
Pour donner une idée des embarras que peuvent causer au
critique certains textes hagiographiques, 1l suffit de rappeler les
solutions divergentes proposées par quelques savants qui se sont
occupés de S. Ménas.
Ducange admet, comme une chose qui ne se discute pas, que le
titulaire de l'église del'Acropole à Constantinople n'est autre que
le S. Ménas du ro décembre, et ne fait méme aucune mention du
grand S. Ménas de la Maréotide, qui est évidemment le patron de
ce vieux sanctuaire. (4)
(1) Synax. Eccl. CP., p. 470. — (2) Atwovuoíou vo0 Oobpva épunveía rfc
Cu pagixfjc réxvnc, ed. A. PAPADOPOULOS-KERAMEUS (Saint-Pétersbourg, 1909),
p. 157. — (3) DipRoN, Manuel. d'iconographie chréttenne, grecque et. latine (Paris,
1845), p. 32a. — (4) Constantinopolis christiana, t. II, p. 128.
À CONSTANTINOPLE. 137
Tillemont, dans son texte et dans ses notes, passe en revue les
nombreux documents oà il est parlé de S. Ménas, mais sans arri-
ver à dégager une solution nette (x). Il a bien vu « que les anciens
n'en ont jamais distingué deux (2) », et pourtant il s'embrouille
dans les homonymes, qu'il appelle Menne de Cotyée, Menne de
Libye, Menne le Callicelade ou d'Alexandrie. Menne de Cotyée
a-t-il été transporté à Alexandrie ? Celui d'Alexandrie à Constan-
tinople ? « La plus grande difficulté c'est que celui de Libye était
« fort célébre à Alexandrie... Il y aura donc eu deux saints Mennes
« célébres à Alexandrie ; et cependant on parle toujours d'un seul,
« sans faire de distinction. » On voit que l'homme consciencieux
qu'était Tillemont avait de la peine à calmer ses scrupules, qui
étaient bien justifiés. Pour terminer, il ajoute une conjecture
franchement indigne de lui : « le ne sais s'il est permis de proposer
« ici une autre conjecture, fondée sur la ressemblance de ce qu'on
« dit de S. Menne de Cotyée avec ce que S. Basile nous dit de S.
« Gordie martyrisé à Césarée en Cappadoce. Car dans la vérité
« c'est la méme histoire et assez extraordinaire pour ne pas croire
« aisément qu'elle soit arrivée deux fois en un méme temps. Il
« était alors trés ordinaire d'avoir deux noms. Si donc nous suppo-
« sons que S. Gordie s'appelait aussi Menne et qu'il soit devenu
« célébre à Cotyée sous ce dernier nom,... il ne sera pas étrange
« qu'on ait mis son histoire en Phrygie ni qu'on l'ait fait égyptien
«'et qu'on ait fait porter son corps en Égypte à cause de celui de
« Libye. » Pour Tillemont, Ménas de Cotyée est donc distinct de
Ménas de Libye, et celui-ci probablement distinct de Ménas d'Ale-
xandrie.
Le P. Garrucci affirme qu'il y a eu deux saints égyptiens du
nom de Ménas, l'un martyrisé à Cotyée, l'autre à Alexandrie.
Mais on a fini par. les confondre en un seul, comme le montrent
les Actes. C'est le martyr de Cotyée qui a été transporté à Con-
stantinople ; le grand martyr n'est pas celui de Cotyée, mais celui
d'Alexandrie (3).
Dans un des derniers travaux sur S. Ménas nous trouvons la
confusion portée à son comble. On parle de deux martyrs, Ménas
d'Alexandrie et Ménas évéque d'Athénes. Mettons le titre d'évéque
sur le compte de la distraction. Ce qui est plus grave, c'est que
Ménas d'Athénes est qualifié de martyr de Cotyée, avec sa féte au
I0 décembre ; Ménas d'Alexandrie au r1 novembre (4).
(1) Mémoires, t. V, pp. 441-44, 758-761. — (a) Ibid., p. 759. — (3) Archaeologia,
t. XLVI (1880) p. 3233 ; Storia dell arte cristiana, t. VI, p. 61. — (4) M.A. MuRRAY,
St. Menas of Alexandria, PROCEEDINGS OF THE SOCIETY OF BIBLICAL ÁRCHAEO-
138 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
Nous n'avons pasáà continuer le relevé des diverses opinions,
au risque d'embrouiller davantage le probléme. Presque tous les
auteurs qui l'ont abordé se sont sentis en présence d'un phéno-
méne de dédoublement ou de compénétration, qu'ils ont placé
tantót en un point, tantót en un autre, sans arriver à découvrir
avec certitude le nceud de la difficulté. Oublions un instant leurs
hypothéses pour nous reporter aux textes qui célébrent la gloire
de S. Ménas le kaXkéAabog.
Sans compter les notices de synaxaires au ro décembre et au
17 février, nous avons à examiner deux Passions des SS. Ménas,
Hermogéne et Eugraphus, ainsi que le récit de l'invention de ses
reliques suivi d'un choix de miracles.
Des deux Passions, lapremiére seule, encore inédite (r),doit étre
prise en considération. En effet, la seconde n'est qu'un remanie-
ment de celle-là et fait partie du ménologe de Métaphraste (2).
Nous analysons la recension inédite Bop le manuscrit de la
Vaticane Ottobon. 422, daté de l'an 1004 (3).
L'hagiographe prétend étre S. Athanase en personne. K&rd ó é&ó-
xyictog "A0avdctog éríokomog Tfjg '"Ale£avópéuv ékxkAnoiag ó£iwwOecig
eivai Tí) ToO Xpic ToO. xópiri. érig ré) u) rf] ko89oMikfj éxkhnoío xoraoé-
Ocig Tivàg évraüOa rpay0eí(aag xai 5i oikeíou uou raxpurvpóáqou xara-
Tax8eícag.. Voici ce qu'il raconte. L'empereur Maximin, apprenant
qu'il se manifeste quelque agitation dans la ville d'Alexandrie, y
envoie Ménas, homme sage et rhéteur,dvbpa o0qóv frjropa, pour y
ramener l'ordre et la paix. Ménas pratiquait d'abord la religion en
secret ; mais quand il est bien établi à Alexandrie, il commence à
s'adonner aux ceuvres de miséricorde et méme à faire des miracles,
non sans abattre beaucoup d'idoles. Les paiens dénoncent Ménas,
et l'empereur irrité lui envoie Hermogéne, 'Epuorvévnv róv évbo£óÓ-
taTOvV aUTOÜ Umapxov, un Athénien trés cultivé qui n'était point
dépourvu de belles qualités morales. Durant le trajet, Hermogéne
est favorisé d'un songe mystérieux, oü trois hommes brillants de
lumiére lui annoncent qu'il connaitra bientótle véritable roi. Au
débarquement, l'envoyé de l'empereur est recu triomphalement
par la foule uerà ZoauBókuv kal TruumÓvuv xai Aaumóáóuv bt9ó-
LOGY, 1907, p. 25. L'auteur prétend que tout cela a été démontré « conclusively »
par Garrucci et autres. — (:) BHG?, 1270. — (2) BHG. 1271. — (3) Catal. Gr.
Vatic., p. agr. M. Pio Franchi de' Cavalieri a bien voulu me procurer une pho-
tographie des íf. 294-300 de ce manuscrit. Il existe une copie de la méme piéce,
d'aprés un manuscrit inconnu, dans le manuscrit 8232-33, fol. 190-196, de la
Bibliothéque Royale de Bruxelles.
À CONSTANTINOPLE. I39
puv. Ménas se rend chez lui, mais Hermogéne lui donne
rendez-vous au théátre. Là,devant le peuple assemblé, Ménas par-
le pendant quatre heures avec une telle éloquence que le peuple
en est transporté et s'écrie : Eig Ocóc uéfag xai buvaróc, Óv épur|veu-
Gev fiuiv ó kaÀAukxéAaboc Mnvágq.
Le lendemain, nouvelle comparution. Hermogéne donne l'ordre
de lui couper la plante des pieds, de lui crever les yeux, de lui
arracher la langue, enfin, de couper son corps en morceaux. Le
martyr,on ne sait trop comment,est ramené en prison, oü il recoit
la visite du Christ, quile guérit complétement et lui annonce la
conversion prochaine de son bourreau. Cependant Hermogéne
déplore sa cruauté, et se promet de la réparer en faisant au
moins de belles funérailles au martyr. Le peuple est convoqué à
cet effet, et se réunit au théátre. Stupeur générale à l'apparition
de Ménas vivant et mieux portant qu'avant le supplice. Il parle
au peuple, qui ne selasse point de l'écouter. Hermogéne aper-
coit deux anges qui gardent le martyr, et ne peut s'empécher de
se dire que le Dieu de Ménas doit étre le vrai: óvrug dÀnOivóv
Ocóv bi:epunveoet. fjuiv ó kaMuxélabog Mnvàg. Puis il s'approche de
lui, et lui dit : TTapaxolu Ge, káMuoTe pgákop (ri) vÓv kaMxé-
Aaóov xrüpuxa Tfjg dÀnOcíacg, TÓ qug TOv év LZópu fuOuopné-
vuv eó£ac0aqi imép éuo0. Et l'entretien' se poursuit, jusqu'à ce
qu'enfin Hermogéne renvoie le peuple.
Le lendemain, la foule est de nouveau convoquée, cette fois à la
basilique. Treize évéques sont présents et une foule de paiens qui
veulent écouter la prédication du xoMprrup Mnvàg. Hermogéne
l'approuve, en l'appelant : xaMigOorre pfirop, tandis que le peuple
l'acclame. Ménas fait chercher de l'eau, et s'inclinant devant les
évéques, il baptise Hermogéne. Celui-ci aussitót recgoit des mains
des treize évéques l'ordination épiscopale (rapóvrog xduoO To0
TáAavoc, ajoute le faux Athanase, d'aprés le ms. de Bruxelles), et
bientót l'ancien préfet commence à exercer son ministére.
De nouvelles dénonciations sont envoyées à la cour impériale. -
Maximin lui-méme se met en mouvement et arrive en Égypte avec
dix mille hommes; Hermogéne et Ménas sont amenés et interrogés.
Les deux anges de Ménas apparaissent aux martyrs pour soutenir
leur courage. L'empereur ordonne d'ouvrir le ventre à Hermo-
géne, de lui couper les mains et les jambes, de le jeter au feu, et
enfin de précipiter ses restes dans le fleuve. Ménas est suspendu
dans une cachette obscure avec une trés lourde pierre aux pieds.
Mais les anges guérissent les deux martyrs ; et tandis que l'empe-
(1) Le manuscrit de Bruxelles ajoute : t?|v noucixr|v xivvüpav.
I40 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
reur devant le peuple se vante d'avoir triomphé du Galiléen, les
martyrs se présentent devant lui. Alors.se présente le secré-
taire, vorápioc, de Ménas, nommé Eugraphus ;il montre à l'em-
pereur toute l'inutilité de sa colére. Maximin le tue de sa propre
main, et donne l'ordre de décapiter les deux autres martyrs.
Ménas avait demandé la gráce de reposer, aprés sa mort, à
Byzance : xópiv crjcaro. ó Mmnvàüg 1Ó éavtoO Aetyavov év Tí
TÓAer T€0fjvow, fjrig éoriv Tó BuZávtiov. Maximin, ne voulant pas
déférer à ce désir, fait enfermer les corps dans un coffre
de fer, que l'on jette à la mer ; et lui-méme, honteux, s'en va
à Byzance. Mais aprés vingt jours, le coffre, flottant sur les
eaux, arrive en vue de Chalcédoine, surmonté d'une colonne de
nuce et précédé de deux anges portant des torches. Un autre ange
avertit l'évéque de l'arrivée des reliques. Celui-ci se rend au bord
de la mer avec ses prétres et quelques fideles, recueille le précieux
dépót, et le transporte à l'église, oà il est dissimulé dans une
cachette. Il y resta jusqu'à la mort de Maximin. Lorsque cet impie
eut recu son chátiment de la main méme des anges, le saint corps
fut sorti du refuge qui l'abritait et placé au. bord de la mer : rÓTE
KaréOnkav TOv Tíuiov 0ngaupóv TUV dyiuv Aeupávuv Tapá TO xyeiloq
Tfjg 9aÀác Ong, rttoóuaxov abtfjg T€ rÓAeuc kai TtàOnc Tfüg oikouuévnc
áro8éuevoi. Métaphraste précise devantage : rà... G*üuara mapà TÓ)
Telyet Tfjg AkpormóAeugc autToÜU é[karéOero, puAakag pév. Tfjg TtÓAeusG,
Gurtfjpeg 6€ TU)V TÀeÓvTUNV KTÀ. (1).
La comparaison des manuscrits de la Passion primitive nous
apprendrait probablement qu'il existait de la méme rédaction des
exemplaires plus complets. Il est facile de constater dans la narra-
tion des coupures et des négligences, et l'on sait que dans ce
genre de textes les copistes ne se génaient pas pour raccourcir les
phrases ou supprimer des détails, au risque de compromettre la
suite logique des idées. Mais on n'a pas besoin ici d'un texte
soigneusement établi, et nous en savons assez pour porter un juge-
ment sur la valeur de la Passion des SS. Ménas, Hermogéne et
Eugraphus.
La rédaction de Métaphraste ne doit pas non plus nous arréter,
bien que ce soit d'aprés ce texte que tous les auteurs ont parlé
jusqu'ici du groupe Ménas, Hermogéne et Eugraphus. C'est bien
l'ancienne Passion entiérement refaite pour le style, quoique, en
plus d'un endroit le nouveau rédacteur ait cru devoir modifier,
pour l'édification de ses lecteurs, les données du modele ; et il l'a
(1) BHG?. 1271, n. 41.
A CONSTANTINOPLE. .14I
fait sans scrupule, jusqu'à se mettre en contradiction ouverte
avec lui.
Exemple, la baptéme et l'ordination d'Hermogéne. Dans l'origi-
nal c'est Ménas qui le baptise, aprés avoir, par déférence, incliné la
téte devant les évéques présents ; dans Métaphraste : 1óv értapyov
u&y UroxAivar tr|v xepaXrv toig 0cogiAeg Tátoig érriOkÓrTOIG Trerrotkug
émiyéeiv b€ aUTU) éri kepojg ékeivoug TÓ 0bup... mermoínkev (c. 23).
C'est-à-dire que le catéchuméne incline la téte devant les évéques
et que ceux-ci versent l'eau sainte.
Hermogéne, dans la rédaction primitive, recoit immédiatement
aprés le baptéme l'ordination épiscopale ; ce qui a semblé,à Méta-
phraste, trop contraire aux canons. Il arrange comme suit : unoév
tóv 'Epuovévqv ávrup8eryvóuevov Aafóvreg ékeivor TU. xAjpu guva-
piOuo0civ * eira. moOc TóEiv ToUG éxxAnciagTiKoUG Ttávrag fáOnoug
uereA0óvra, érríokorov aUTóv Tfjg rtóNeug ka8ig TU GV (c. 24). On voit
que, d'aprés lui, tout se passe de la maniére la plus réguliére.
D'abord, il ne s'agit pas d'une ordination forcée : Hermogéne
consent, et surtout, ce n'est pas une ordination fer salium :; le
nouvel élu passe par tous les degrés de la cléricature.
L'étude paralléle, chapitre par chapitre, des deux versions peut
donner des résultats intéressants pour la connaissance des procé-
dés des hagiographes ; on retrouverait chez Métaphraste, comme
chez d'autres, avec le manque absolu d'esprit critique, le souci de
l'édification poussé jusqu'au mépris le plus complet de la vérité
historique. Mais tout cela nous éloignerait beaucoup de la ques-
tion que nous voudrions résoudre, à savoir quelest ce saint Ménas
dont on nous raconte les étranges aventures.
Son existence distincte ne peut s'établir qu'en ayant recours à
la Passion que nous avons résumée. L'église d'Alexandrie n'a
jamais connu ce martyr, dont elle aurait eu le droit d'étre si fiére.
I] est vrai que, s'il faut en croire l'hagiographe, Ménas tenait
médiocrement à l'Égypte ; au moment de mourir, il ne songe qu'à
en sortir et à faire don de ses reliques à Byzance, qui n'avait, à
cette époque, rien qui dát l'intéresser spécialement; elle n'avait
pas alors la prétention de devenir capitale de l'empire.
Mais Constantinople avait tous les orgueils et toutes les ambi-
tions, au moment oà un hagiographe obscur pouvait impunément
se parer du nom du grand Athanase pour faire accepter un des
récits les plus absurdes que l'on ait inventés dans le but de reven-
diquer la possession d'une insigne relique. On a. compris en. effet
que la Passion des saints Ménas, Hermogéne et Eugraphus n'est
autre chose que l'histoire du vieux sanctuaire de Saint-Ménas prés
I42 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
de l'Acropole de Constantinople, écrite à l'époque oà l'on croyait
y posséder le corps du martyr. Pour faire saisir ceci, il faut rappe-
ler un fait dont les synaxaires seuls ont gardé la mémoire, dans la
notice du 17 février, qui résume évidemment une relation plus
développée. :
C'était sous l'empereur Basile (867-885). Une nuit, un nommé
Philommates, appartenant à la cohorte des hicanates, vit en songe
S. Ménas, qui lui dit: « Je suis Ménasle xoAAikChabog, caché sous
« terresur le rivage prés de l'Acropole. » En méme temps, il lui
indiqua l'endroit. Au réveil, Philommates alla conter la. chose à
son ami Marianos,Mapiavi) Ti vounepíu, lequel en fit part à l'empe-
reur. Des soldats sont envoyés à l'endroit désigné ; on creuse et
bientót apparait un cercueil en fer, contenant le corps du martyr,
et des tablettes avec inscription disant que c'était bien là S.Ménas.
La notice se termine par ces mots : Vngicavreg oUv xarà t')v Tfjg
mÀakóg vpagrnv, ebpov xpóvoug Tmapuxnkórag TerpakoOíoug (r).
En faisant le compte, ces quatre cents ans ne nous raménent
nullement au tempsdes persécutions, mais versle milieu du V*
siecle. C'est peut-étre pour cela que des hagiographes récents pla-
cent l'invention des reliques de S. Ménas sous le régne de Marcien
(450-457), sans s'inquiéter davantage des difficultés de cette chro-
nologie. Tillemont, partant sans doute de l'idée que l'empereur
Basile, nommé dans les synaxaires, est Basile II (976-1025), place
l'événement vers l'an 625 (2).
Quoi qu'il en soit, nous avons ici le récit classique d'une inven-
tion de reliques ; apparition du saint, désignation de la cachette,
tablettes écrites tenant lieu d'authentiques. L'histoire est banale
et la situation qu'elle révéle est trés nette. ÀÁu IX* siécle, l'église
de Saint-Ménas prés de l'Acropole fut mise pour la premiere
fois en possession d'un corps saintqui passa pour celuide son
patron. Quelles furent exactement les circonstances de l'événe-
ment ? C'est une question qui eüt paru bien indiscréte en ce temps-
là et qui est simplement oiseuse dans le nótre. Car nous en serons
toujours réduits à nous dire que la version de la trouvaille, au bord
de la mer, dulourd sarcophage et de l'inscription fut généralement
acceptée, et à nous lamenter sur la légéreté avec laquelle le moyen
áge traitait ces choses.
I] restait, on l'a compris, une question à éclaircir. S. Ménas
venait d'étre retrouvé sur le rivage. Mais d'oü venait-il ? Qui
l'avait mis là? L'auteur de la Passion des SS. Ménas, Hermo-
gene et Eugraphus se donna la táche d'éclairer là-dessus ses con-
(1) Synax. Eccl. CP., p. 470. — (a) Mémoires, t. V, p. 443.
A CONSTANTINOPLE. | I43
temporains, et subsidiairement aussi d'expliquer le surnom de
xaAAxéAaboc que l'on donnait au titulaire de l'église. Car il paraít
difficile d'admettre que l'épithéte ait été prise dans la Passion
elle-méme et que l'hagiographe ait été le premier à l'employer.
On n'expliquerait pas, dans cette hypothése, son insistance sur le
méme théme ; il a visiblement quelque chose à expliquer à ce
sujet.
Il est probable que l'épithéte a été trouvée parla foule, et tient,
comme tant d'autres vocables de la Vierge et des saints, à quel-
que incident passager, à quelque circonstance qui n'a point laissé
de trace, mais a provoqué le surnom, tandis que l'occasion qui l'a
fait naitre est passée depuis longtemps. Le mot xa MikéAabog ne
nous dit pas grand chose. Il est rarement employé. Suidas dit
simplement ; KoMuixkéAabog * eóguvoc, elóunog (1) et il n'est pas
impossible que Suidas ait lu notre Passion. Constantin Manasses
se sert du mot dans ce vers:
f| uGM ov xoAAikéAabog veotrorpóqosc Ópvic (2).
Quel rapport l'épithéte a-t-elle avec S. Ménas et ce qu'on pou-
vait savoir de lui ? On songe d'abord instinctivement à quelque
étymologie populaire. On me dit que Máz veut dire en araméen
insirumenti,Ópqavov; qu'en copte manhós aurait le sens plus précis
d'instrument de musique. Mais tout cela n'est pas Mi?zxas, et en tout
cas le peuple de Constantinople ne soupconnait rien de ces analo-
gies. Laissons donc là les explications trop savantes, et disons
simplement que Mnvüg ó kaMMkéAabog est un de ces vocables d'ori-
gine inconnue dont s'empare la légende, la légende naive que
crée le populaire, ou la lourde exégése qu'invente l'érudit. L'ex-
plication qu'a imaginée le faux Athanase n'a rien de poétique ni
méme d'ingénieux. Mnvàg ó xaMukéAabog n'est pour lui que Ménas
le beau parleur. Il a fait du martyr un rhéteur qui n'oublie pas
son métier en présence du juge ou de l'empereur, et qui sait par-
ler des heures entiéres, émerveillant l'auditoire qui lui jette des
compliments comme ceux que xalAikélaóogc, kaÀA(pprirtup, xaAM-
qOorYoc etle reste.
Le détail sur lequel nous venons d'insister a son importance.
Nous avons en effet un nouvel exemple de l'influence des vocables
en hagiographie. Une épithéte suffit pour créer un personnage, et
notre auteur n'a pu se persuader que le patron de l'église de
l'Acropole, dont on avait trouvé les reliques, et qui s'appelait cou-
ramment Mnvàg ó kaAAikéAabog fut le méme que Ménas tout court.
Delà cette histoire entiérement nouvelle qui ne laisse plus sub-
(1) BERNHARDY, t. II, p. 43. — (2) Compend. hist., 4973.
144. L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
sister de l'ancien Ménas que le souvenir de son origine égyptienne.
Le procédé est connu, et tout le monde se rappelle d'autres exem-
ples.
Non moins usuel est le procédé qui s'étale dans l'histoire des
reliques du saint et de leur arrivée à Constantinople. Tout y est
artificiel et forcé, à commencer par cette demande du martyr
d'étre transporté à Byzance. C'est ainsi que l'autre Ménas désirait
étre porté de Cotyée jusqu'en Égypte.Quoi de plus naif que la pré-
caution prise par l'empereur pour empécher l'accomplissement
des derniéres volontés du martyr ? Quant au miracle du cercueil
qui flotte sur les eaux, c'est un des lieux communs dont les hagio-
graphes ont le plus abusé dans les histoires de translations de
reliques (1). Pour mettre le comble à l'invraisemblance de ses
récits, le faux Athanase nous conte que les reliques furent d'abord
cachées dans l'église : év kpurrÜ) rauieiu rfjg éxxnotac, et qu'aprés
la mort de l'empereur, lorsqu'on n'eut plus rien à craindre de son
ressentiment, on les porta au bord dela mer: mrapà TÓ yxeilog Tfjg
09aÀlácong. L'idée est extravagante ; mais l'endroit était celui oà
devaient aboutir les reliques. Ne les y avait-on pas retrouvées ?
Le lien intime qui relie la Passion des saints Ménas, Hermogéne
et Eugraphus à l'histoire de l'invention des reliques apparait ici
avec la derniere clarté.
On se demandera oà l'auteur a cherché les personnages d'Her-
mogeéne et d'Eugraphus. Il serait naturel de penser que, lors de
l'invention du IX* siécle, on trouva les corps d'un Hermogéne et
d'un Eugraphus en méme temps que celui de Ménas. Le récit tel
que nous l'avons dans les synaxaires ne permet pas de le dire ; il
n'y est question que du seul Ménas. Dans la Passion, le coffre flot-
tant semble bien contenir les corps des trois compagnons:
Tà Aetyava TrUÀv dyiíuv. Mais lorsqu'il s'agit du transport des
reliques au bord dela mer, la phrase devient plus vague:
TÓTe karéOnkav TÓv Tíui10v O0ncaupóv TUVv óy(uvy Aeupávuv Tapa
TO Xeiog tfjg 0nAácOng, ce qui peut à la rigueur s'entendre
des reliques d'un seul. S'il en était ainsi, il faudrait dire que Her-
mogéne et Eugraphus ne sont au fond que des comparses dans la
tragédie que l'hagiographe a imaginée. Nous avons trouvé les
noms d'Hermogeéne et d'Eugraphus à Salone (2). Serait-ce là qu'on
est allé les chercher? Aprés ce que nous avons vu, cela paraitra
bien peu probable. Le caractére local de la Passion est fortement
accentué, et le martyr Salonitain Hermogéne, comme le chorévé-
(1) Les légendes hagiographiques, p. 35. — (2) Anal. Boll., t. XVIII, p.406;
t. XXIII, p. 15.
A CONSTANTINOPLE. 145
que Eugraphus, avaient trop peu de notoriété à Constantinople .
pour étre désignés à l'attention d'un hagiographe. Mais si celui-ci
était originaire de Salone? — Attendons-en la preuve, et abste-
nons-nous jusque-là d'édifier des hypothéses fragiles.
Résumons nos principales conclusions.
1?) S. Ménas de la Maréotide, S. Ménas de Cotyée, S. Ménas
ó kaMAkéAabogc sont un seul et méme personnage. Il était égyptien
de naissance ; il subit le martyre dans son pays natal. Sur son tom-
beau s'éleva une basilique grandiose, qui devint un des grands
pelerinages dans la chrétienté.
2») Parmi les sanctuaires qui lui furent dédiés, hors de l'Egypte,
celui de Cotyée et celui de Constantinople donnérent naissance à
des légendes qui se répandirent partout, et qui, ni l'une ni l'autre
ne nous font connaitre le Ménas historique.
Ajoutons 3^) que la lézende de Cotyée semble remonter à une
haute antiquité, et qu'elle existait probablement au VII* siécle ;
celle de Constantinople n'est pas antérieure au dernier tiers du
IX* siécle.
Nous n'avons rien dit jusqu'ici de la piéce dont nous publions le
texte et qui a été l'occasion de ces recherches. Elle est tirée du
manuscrit du British Museum add.36.589, dont nous avons précé-
demment donné une description détaillée (r). Rappelons que c'est
un ménologe de février. L'eupegig est une composition destinée à
étre lue le r7 de ce mors, jour auquel se faisait la commémoraison,
nous l'avons dit, de l'invention des reliques de S. Ménas à Constan-
tinople.
On s'attendrait à y trouver le récit qui a servi de source au
rédacteur du synaxaire dans la notice que nous avons rappelée.
L'auteur anonyme nous donne tout autre chose. Le morceau se
divise en trois parties : une introduction (n. r), le récit de la trans-
lation des reliques de S. Ménas jusqu'à Constantinople (n. 2-4),
une suite de miracles opérés par ces reliques (n. 5-12). La seconde
partie est littéralement empruntée à la Passion des SS. Ménas,
Hermogéne et Eugraphus, rédaction ancienne. L'auteur ajoute
seulement que le corps du saint fut déposé dans l'église qui porte
son nom.
Le petit recueil de miracles n'a rien de commun avec celui du
faux Timothée. Il] présente l'intérét moven de ce genre de récits.
1) Anal. Boll., t. XXV, p. 495-502.
ANAL. BOLL. XXIX. IO
146 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
La piéce devrait donc s'intituler 'Avakopyiór) xai uepixr] 9avuárUV
bijynoig 100. dàvíou Mnvà. Nous la publions en rectifiant l'ortho-
graphe et corrigeant quelques mots oüà la négligence du copiste
apparait clairement.
H. D.
EUpecic Tv Aeiyávuv
ToU dyíou uáprupogc Mnvà toO KaXAikeAdbov.
Prologus. 1. Oauuactoi uév TOv paprüpuv oi dy vec kai à£iépag Tot, 0aupa-
Giu)repat bé xai ai rrapà Oeoó riuoi aíToig xapiZóuevati.. Ol pév. vàp ék
yuxfic aüTOv dYarmjgavreg 1ó oua aütüv éxyügai Ümép rfjg eig aUTÓV 5
TiO TEeug kai óuoAoyíag rrpoeiAovro, ó 6€ Tàg dpoiBüg Tfjg rrpóc aUTOV
&rooib0Uc dTóThG kai Zi vrac pupíioig reripunke rotg xoapigpagti xai TÓ
TOU GuUparoc Bóápoc drroOcuévoug rà eig autoUG Tig kai oóEag Urrepe-
rAeóvaocev. TToM Adv roívuv Tüv Ói& Xpicróv &Yvuvigapévuv Teriunpé-
VUJV, kai CUvTuy kai uerà OGvarov, oayiegrépag kai piloriporépag rdg IO
Tuildg Óó xaAlivixog Mrvüg ámnvévkavo* óou Yvàp rÀeiova TÓv Tó00v
xai Tov ZfjÀov eiarjverke, rogoUtU Kai Tüg Tiudg ÜynAorépag kai kpeír-
TOUG TUV GAÀuv kai UrepaveoTnkulag dreinge.
S.Menaere- 2. "Apri vàp ToO bvooepo0c Mo£iuivou Tfj Tpóg TÓv uáprupa Tín
liquiae firtOévrog xai ai0yuvOÉvrog kai uerà. Tàg ! toM ag éxeívou * facá- r5
vouc xai dooprjroug tr]v $16 £lpoug abTÓ) éravavóvrog reAeiuoiv, tiv
Aaympáv éxeivnv xai rrepipavfi viknv rravraxoO repipeponévny xai dbo-
uévnv un Uümogépovrog, rjv ópàv rijv ó.uudáynv àugorépoig xai uerà
0Gvatov. 'O pév yàp rUpavvog ryruviZero xai o1à TroMMjg Girovófig érroi-
eiro karaotYfjcat kai A09 rtapabo0vat rà d0Àa ToU uáptupog tí) éri- 20
kpuyet xai áqaveiqa, ug üero, ToO Tiu(ou ékeivou xai iepoU Aeupávov.
*O 6€ Ocóc, 51 v éxeivog ró aipa éEéyeev, rij ToO rupávvov vv) xoi
Tí) kakofoouMqa. àvriragcÓpevoc, oig ékeivog égameube rpómoig TO To0
Aeupávou àágpavég rtpoun8oUpnevoc, ToUTOtg T'|v oó£av pueíZova xai mepi-
paveotépav tí) oikeía Ouvápei ébetkvuev. "Erei vàp ó Onpubbng éxeivog 25
kai dióg kai àrí0agog TUpavvog taig dkoaig eiÀrper T)v Ttpóc ToUqG
e0gefei, ümoOrknv roO pàprupoc, Qni or rjv ToO Aeupávou év TO
BuZavríu kará8eciv, Uorep Cüvr óauayxónevog kai Tóv Ovupóvá[piu-
!) üt supra lin. — ?) éxeivoug cod.
A CONSTANTINOPLE. 147
Tepov évbeikvuuevog, Tí) tovnpQ aUToO xai kakounxávu qopevi Toi0v6e ! in mare de-
OxérTerQi kai dvamAárrei Gkaipnua. XibnpoOv ó bewvóg mpocrárrei merguntur ;
xatagckeuagOfvai YÀwgcGcókonov, év d) tO Aetyavov kataOéuevog TU)
BuOd) rapabébukev : oUTuQG bé ÜürméOTQeyev dg eie Táyoue «ig Tà
5 Bacca.
8.AicA00vG Uv 5€ fjuepüv elkociékrAe0cav rÓ YÀuaGcÓkopuov épOaGe ab angelis
TO BuZávriov, kupiakfi; fiuépag pavoogne. Mégane vuxróg ópárai xarà. Byzantium
ávatoAdg Tfjg mrÓAeug mÀncíov roO xporrjuaroc * KoAxnbóvogq * xai rv BEAUSUnE
émoaTnpiZóuevog TU YÀucdoxópnu gtUAoc vepéAng év purri ueráAu. Kai
Io000 d[[cÀor bmüpxyov $gbouxoüvreg Tà Aetyava: érepog 5€ G[yeAoc
éurjvugev TÓ) érigkómu Tfjg rtóAeug T')v TUv Oikaíuv rapovoíav, kare-
Tre((Uv kat' aüTI|v t')v pav guAMngOfjvat rà Aetyava. 'O. 6€ érríakoroc
GTtovof) TOÀ) Guvaya[uv rO TpeOBurépiov kai dvbpag eoAafeig xoi
migTOUGg, Kaürà TÓ Oéaua ToÜ quiróg éAOuv CotQ mapà Tv 0d-
15 Àag00ay.Kai távtuv óuo0 gAeróvruv,kuBepvricavreg oi ToU Oco0 dYYe-
Àoi tjv Oopóv ékouicavro TU) érigkórmu xai Toig Ttpeopurépoic, AaM-
Gavreg aUrOig TÓ TUgG Oel dvararvor rà Aetyava trüv dyiuv. Oi bé
rpocAopópevo: rà rU)v dYíiuv Aetyava év kpurrrUÜ) rajuetu Tfj éxkÀnoíaq
dméOevro &ug tfjg reAeurfiig Ma£ipivou ? * 60TiG uerà ouo ufjivag páootg
20 tugOcig; &opátug xepoiv dy réXuv é£éyv£ev éy. óbUvaig roAAaig Baca-
vViLÓLILEVOG.
4. Tóre ka0rjkav vov tíuiov 0ncavupoóv TUV dYiuv Aeuyávuv rtapà TÓ primum in
xciAog rfjg 9aÀáGOnge, rpóuaxov aüTfg Te Tfjg mÓAeug kai mágng rg litore
oikouuévng dro80éuevoidappuoToUvruv iáoeic, áuaprnuáruv kaO0ópotov,
25 óbotropo0óc1: pàfoov euO0UTITOG, TOlG TtÀéouO1V ebbt0ov Mpuéva, kai TrGOtV
év rtavri kiv6Uvu gápuakov gutnpíag. Trig 9€ copo, ug eipnrait, TUV
Aeupávuv karareOe(ong * év TU Geuvi) eükrnpiu TU) ér' óvóuart oikobo- dein in eccle-
unQévri roO páprupoc, tí 6ei kai Aéfeiv 60a Griueia kai Tépara xai Ógai — Sia repo-
idGeig Toig TíOTEe rpoOepxouévoig kaO0' éxáoTnV émiyopnyoOvrai xai S
3o bayileUovrai 1j érioTacía kai éupaveia roO. puáprupoc ; é£ uy óMYa
1) Aóvu bie£eAOeiv á£iov. évouicapev.
5. "Eumopoí tivég more trlv karà 0óGlarrav TpaYvuaretav rtotoUuevor— Miracula.
GAÀuv t€ rroÀAuv avuYíuuv triv vaüv épreu Temoukagci kai Or xai
Xpuco0 araOpóv roAvutóAavtov kiBuriu guvkActoavreg év rrnpa mti 1e0'
35 éautüv éregépovro, trjv é£ aüMooarrg é£uvnoiw. rrpounOoUpnevot. 'Erei
6€ évavtiou áàvéuou üravtrcavtog rap' éArribag TOv kivouvov oi rrAéov-
T€g €Upavro, toÜ Gkàgoug mÀ"v OóÀt(uv rUv Óóia0eguGJévuy aUtáy-
!) rou)be cod. — ?) ita cod. el Passio. — ?) Maz //[]] vou cod. — *) xata-
ve8etang //I/II]II] I]I]]|| cod.
' Thesaurus
a nautis
recuperatur.
Fornicator
corripitur.
148 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS
ópou Katà T^v ourug émovoguacouévnv TTpdtnv vfoov ti BuOd
évexy0évtoc, tpóg toig dAAoig kai tO mTO0ÀU xpucíov Toig TuOLéO! Tfic
0nÀácOnc dórnAug mTuUG kai dpavug évequAeue * kai. TÀÀÀa pév Arjn
Tapauríka éAóuBavev, épeuva 5é roO xpuGo0 xai ZrTqOiG TOÀ kare-
BáAero, mAfj8óq re vnü)v xoi roAuxeipta dvOpiumuv Garrjvaig róv Bu8óv. 5
bimpeuvuv * xai ó rróvog roAUG tüv dTUviZouévuv vivópevoc, xoóv xai
AiGouc kai ÓOTpoea droOTUv TOU rUOpgéÉvog, Kevóg Tepi tü')v ToO xpu-
Giov àávóáAnyiw biegpaivero. Tat éNrigi re ! rTpepóuevot kai üTrrovoía kép-
bouc yuxa[uYvoUpevoi xai. éri TtpoOuuórepov OrtékervTO Ttpügc TI)v épeu-
vav* rttpóc ti')v iepàv TO br] Aepónevov dYvxupav, tv dopóv roO udprupoc, IO
KaTaQeUyougiv * raUTQ fàp TÓ Tv dvaOépevor, TdMÀa pév TUV . unyxa-
vnu oiérveov, trjv óé kápav ToU uáprupog Tfj Gayrvg G9auuacTUG
UToZUOavrTec, Tí) río Tei 0apprigavrec, ru) tteAáYer kxaOrjkav. Kai d o0
OaUparoc rapfüv TU BuOuU Ó pnáprug éfkOAmi0Gg kai TÓV XpuOÓV UG
eixe Gv Tfj m'pa AauBávuv Toig Tfjg gavrivng Oxoiiotg Uüreríüer mug I5
be£u)TaTa, Kevi)v t!)v ToU Oixrüou YagTÉépa xaraXiumdvu, íiva ur
dvOpurmívng érivolag vouicOein tó reparoupvnua. Tí To0To ToU uuoai-
Ko0 0aupaToc tfjg épuOpág Aévu O0aÀóáGOGnge dmobeéGTepov ; Ó Xpugóq
Toivuv ToO Bá0ouc dvékurtTev, kai xapàg oi O0earai kai e0ppogUvng
énAnpoüvro xai Ouunbíag, xai GuuqQuvuc dveknpurrero Oed) euya- 20
piOTapia xai Ti uáprupi. ToOTrÓ mug évnxyoupevog Tí Gopü ug
éuyUxu Tpogcérpexev ? xai Ug Zuvra TOV uáprupa karnomácero ?
TpoGéri ékAirrapu)v xai Ti)v Oepareíav, oig éoéero, éAáufavev ormoubaió-
Tara. AXX éq érepov ópurjgu Tóv Aóvov 0a0pa. ToU uáprupoc, O Toi
GKOUOUO! Kai mTiOTEUOUO! Kai drtobexyouévoig TrpoOUuuG yuyikKrv Tráv- 25
TUG Ttpo£evrioei ugéAeiav.
6. Aviip ti; Uv guvrji9ug rU eükrnpíiu mrpocepxonévuv, verrovoücav
t!]v oik(av TU) ToU uáprupog ved xexrnuévoc, Traig Tfj; veórrrog aUpaig
TUpouuevoc, yáuuw aév vouiuu O1à Trevíav oux olog rjv GuvagOf-
vat, Toig 0€ Tr]; Gapkógc okiprruact ravroiug BalAóuevoc, árórtoIG Kai 30
r'apavóuoig éuoAUvero * uízegi. Obrog órmore év óveípoig ébókei Baci-
Aikrjv Tiva. 0eupeiv ? mÀn8Uv kóguu xai rá£e Oie£io00av, Toig éc0r-
paci Aaurpogopoóoav kai drag tparmrougav. Eri oUv 0Aog érívero ToO
OcüuaTOG, T'v ékáOTOU TUV Tpomopeuonuévuv AaumpóTnra évvyeüg *
iO Táuevog é£erntrrero * kai ikavoUg uév eiev f]. Oyig ToUc mpoobeUov- 35
TaG. Arevicag bé ri) éoxátu), i). kai fj 60£a. rràga Ouvekporeiro, eüLe-
*
!) in rasura cod. — ?) corr., prius mpoérpexev — ?) corr., prius kaxnandcovto —
*) éuoAv///[/]|exo cod. — *) in marg. alia manu. — 9) corr., prius éveoq.
A CONSTANTINOPLE. 149
v€0n éd)pa xoi eümepípAerrov CEaAAÓv ! ve Tfj éc0r|oe xai Tüv GÀ uv
TOÀU biapépovra. 'QOc bé tuU yxeipe biópag éxOcidcQ ? TÓV puéyav
ékeivov kai O0aupacTóv éfoUAero, eie pév mapautíka TOoÜTOV TV
Tovnpaàv bieAé(Xovra ui£iv kai rrpóc uádOTrt(ag xai Tuuuptag UgpéAxovra
5 Kai TOi mporopeuonévoig Ovud) kai drei mporpernópevov Td xeipac
ó1aTeiveiv eig udott(ag. Kai rjv rapavurika fj ruuupia àpópnToc * ovbé
Yàp uàcTi£iv. ébÓker uaoTiZeg0Qi, GÀÀÓÀ TiCiv Óbo0O1 TÓÀ TÜUV Xeipui)v
GuvtpíBegO0Qi dpOpa xoi biakómregOai * dÀÀ Ó uév mpóc GuyurmáOciav
dvekaAeiro Tóv TÀn|trovra, unkét Tv Tovnpàv guizww éprócao00:
roé[[uudevoc* kai Tfjg uv ouuma8eiac mapavríka érüyxavev, tfjc ka8'
Urvoug óÓyeugc mapeA0ovO0ng fion, éypnyopuüv bé qóBu xai beuq
Ouvelyero * bio xai rrjv dromov yi£ziv àmrooceioóuevog fauikoic oupfó-
ÀAoig ?... dgeibrjigag Tevíag, uóvg tfj miorer Bon8u Tf) * mpóg TÓV
kaAMMvikov xpnoáuevog uóprupa. Obrog Toívuv tàv dromov yi£iv
I5dToO€Ci7duevog mpoéfin éri 1O kpeirrov xai r')v dropíav eig eümopíav
0cia ? cuupaxia. uerépaAev.
7. TIpoc0rjou 5€ roig eipnpévoig kai rtapáboZov ToU uáptupogc TepdO- — Pauperi
Ttov Érepov. "AvOpurmóg rig rrevía GuveAavvóuevog ràc BaoiMéug dkodg consulitur.
óuvüyAe, BoOpóv riva xopnyóv Trpogfic é£arroUpevog. ' Qc bé roXAá-
20 Ki bid TtOÀÀG)v ToO OxoroO binuóprave, tí) Gopi) karagpeUyer ToO. uóp-
TUDpOG QUTÓV T€ TtapakaAei érrikoupov kai mpéopuv mpoóc BaociMéa vevéo-
0o1* riOTE€i yàp Oepuaiwóuevoc, Ug Züivra eig Bon8ciav mpooexkoadetro
Ttóv uóprupa. Kai Ór) mig TeUGag Taxyeiav eüplOker ToU uáprupog tiv
dvtihqyiv * órtug 5é, abrTóg binrrigcouat. '"Ebóket xaO Urvoug ó t'v
25 Borj&eiav é£atroUpevog T Baouei kará rwa. tuv GuvrjOuv ravrjrupiv
puerà ToÀAUv dÀAÀuv GuvearubLevoc, kaí rwa dvbpa aGUv aUTÜ xapievra
xa0ceZóuevov kai wuyxa[uvyikoUg Aóyoug mpóg aUTÓV Trot00p€vov
«ai tüijvégegiv. éxmAnpoüv raxéug ümicXvounevov. 'O 5€ elye. uév xai
év óveípoig Tó rpóO8uuov kai dvaviyag Tí mpóg Tóv uódprupa éXriót
3070À0 TÓ Tfjg xyopüg tf) yuxfj éncaüpiev. Kai rjv ibeiv avríxa, fjMov
qQuiiCovrog TO Ümépyeuov, Tóv Óveipov mpàvua vivóuevov. BaaileUq
[yàp Óó rtpóTepov triv ixeretav árrokpovuóuevog aUTOG dq" éavToÜU TOY ikérnv
TpoGcekadeiro xai Tijv ToO Ba0uoÜU. é£errhnpou mpo8U0uug á£iuotv,Uorep
eig Óyiv rrapaOrjyovra kekrnuévog TOV uáprupa.
35 8. 'Etepóg tig kepoAaMría a pobpü) 5 cuvexóuevoc, trjv ibíav auToO Dolor capitis
kápev Tf) ToO dyíou éri&eig xepaM,) éri jpag 5o, dmnÀAdyn mapeuOU
!) t£aAov cod. — ?) éx0ciaoev cod. (?) — ?) aliquid deesse videtur. — *) cf J[I[]
cod. — *) 0eía /][[|] cod. — 9) oqobpo [/]/] cod.
variique
morbi
a S. Mena
depelluntur.
I50 L'INVENTION DES RELIQUES DE S. MÉNAS A CONSTANTINOTLE.
TOÜ vog"üuaroc kai üméGTpeyev eig Tóv éauTo0 oikov bo£áZuv tÓv
Oeóv.
9. Koi dààlog bé tig doxoO óíxnv rtepuonpévog karéAapBe rÓv vaóv
TOÜ puáprupoc kai ur| buváuevog xAi0fjvai xoi karacTücaGO0Qi Tv
Oopóv toO uóptupoc, air'jicag dropupicat TÓ Gua ToO dYíou kai TlUV. 5
TÓ TOi00TOV dTtouUpiOua, eU0UgG Uyujg éyévero Tfj ToO XpioToO yàá-
piti.
10. "AMAog toUc Tóbac dNrUv xai ur) ovvápevog éAeuOepoareiv, aM à
6uciv émotnpiZóuevoc páfibotg fikev év T() oerrtü) iarpetu roO uáprupoc.
Mr| óvvápevog oUv rpoGerYríooi 610 1v ÓxAov, rjtrjoato £Aoatov érribo0- 10
vai éx Tfjic kavbrjAag. Kai 5r| Aagurv xai aÀetyag roug rróbag auToO, rfj
é£fjg éri ToO. uuou gépuv Tàg 500 Baktnpiag üUxero eig TÓ. éauTo0
Tauetov eUxapiO TU TU) Ttoto0vrt rrapáóo£a Oei óià Tv dYíiuv aoToU.
11. "AM oc dgixero év Toig autóO!, tpi&kovra óU0 xpóvoug Qui ur|
éupakuG, xai rrapagetvag fiuiépag €£, umbeutav eüpiakuv óvngiv, éfou- 15
An8n Uravaxyupricat 'Emioyuv Toivuv TÓv éauToO Aoyicpuóv éÉTi. uiav
Tpogmopapeéivar fjuépav xai éykaprepnroag, Tf) vukri éxeivr qaiverai
aUtÜ) Óó &yioc kai pnciv* « Olróricre, Tpi&kovra 500 érr) éxaprépnoag
éy aUi) Tfj roibeía kai év &£ fjuépaig rjObuncag ; iboU Uv €or drró
TOU vOv ur| áOUuet. » Kai. karagacauevog touc 500 ab0toU óqO0o- 20
uoUg óàvafléyai aü0tOv Temoinkev. "Oc biavaOTüg kai eUpuv éauTóv
tpavuc BAérovra bó£av ri) Oed) ueraloguvug avémepurev TÓ) Ttot00vTI
rapóboEa bià TÜUV dYyiwv auToO.
12. "Erepóc ttg reruphupévoug éxyuv roug b50 ógO0aAuoUc, xeipa-
qywyrouUpevog dgikero év TU vau. ToO uáprupoc. Kai karaomacápevog 25
1O Tíuiov Aeiyavov xoi rrapapetvag, rfj éraüpiov dmfjÀ8e BAérruv rpavüg
€ic tà oiketa, boEaZuv róv Oeóv, oU fj bó£a kai TO kpárog eic rob aiud-
vac TU/V aiuvuv, agn *.
!) o0 fj bó6£a. x1À. addidit manus recentior.
S. ELEUTHERIOS-GUHISTAZAD.
Parmi les victimes de la persécution de Sapor II, une des pre-
miéres en date et en illustration fut un vieil eunuque de la Porte
royale, qui avait été précepteur de Sapor et remplissait à la cour
une charge considérable. Les Actes syriaques lui donnent le nom
de Guhistázàd ou Gu&tàzad : 31m. ecnoN, , ax hroN .
Il était chrétien quand éclata la persécution, mais le coeur lui man-
qua au moment de confesser la foi. Un jour, il rencontra à l'en-
trée du palais le saint martyr Syméon Bar-Sabba'e, que l'on
ramenait en prison aprés son interrogatoire. I] voulut s'appro-
cher de lui pour le saluer, mais le catholicos le repoussa avec
hauteur. Bouleversé par cette humiliation, l'apostat rentra en
lui-méme ; il comprit sa faute et montra si ostensiblement son
repentir qu'il encourut la colére du roi, et recutla couronne du
martyre un jour avant le maitre à qui il la devait. (1) Telle est
l'histoire que rapportent, sans divergence appréciable, la Passion
syriaque de Syméon Bar-Sabba'e et la version arménienne (2).
Elle se trouve mise en scéne, avec des embellissements d'une
valeur douteuse, dans une rédaction syriaque des mémes Actes,
visiblement postérieure à la premiere (3).
La Passion des SS. Nersés et Joseph, mis à mort en 343 à Sahr-
gerd, métropole du Beth-Garmai, mentionne, dans une sorte d'ap-
pendice assez mal amené,un autre S. Guhistázád, eunuque comme
le premier. Celui-ci était originaire de Karkà de Beth-Seloq et se
trouvait attaché à la cour, c'est-à-dire à la maison d'Ardasir, roi
ou plutót gouverneur d'Adiabéne. Il fut condamné à mort par ce
dernier, pour avoir refusé d'adorer le soleil. Un prétre renégat
chargé d'exécuter la sentence, le poignarda de sa propre main (4).
Ces deux S. Guhistàzàád n'ont pas, à beaucoup prés, la méme
(1) Ev. AssEMaANI, Acía marlyrum orientaléum, p. 24-28. — (2) Urmifiepnp
iujlpulquip, Libriarmenii, t. XX (Venetiis 1854, p. 31-37. — (3) BEDJaN, Acta
marlyrum et sanctorum, t. II (Paris, 1891), p. 154 et suiv. Cf.J. LABOURT, Histoire
du christianisme dans l'empire perse (Paris 1905), pp. 49, 65-66. — (4) ASSEMANI,
t. c., p. I00 ; BEDJAN, t. c., p. 284-86.
152 S. ELEUTHERIOS-GUHISTAZAD.
histoire. Mais leur homonymie, se joignant à l'identité de leurs
situations respectives, n'est pas sans éveiller quelque doute. Il est
trop naturel d'y soupconner un quiproquo, et plus d'un indice
confirme cette supposition.
Sozoméne rapporte le martyre du premier Guhistázàd d'aprés
un document étroitement connexe à larelation qui vient d'étre
résumée ci-dessus, De l'autre personnage de méme nom 1l ne dit
mot, mais il mentionne un troisiéme martyr,qui lut ressemble fort.
C'est encore un eunuque, nommé Azád, qui fut massacré dans le
palais méme de Sapor, en exécution d'un édit rendu le vendredi
saint, un an aprés la mort de Syméon Bar-Sabba'e. La méme
histoire se lit dans une Passion syriaque, absolument vide de tout
autre détail précis, bien qu'elle prétende raconter une période de
violences inouies, dans laquelle auraient péri des milliers de victi-
mes. L'épisode de l'eunuque Azàd y semble faufilé sur un fond de
lieux communs et de lamentations déclamatoires (1).Notons cepen-
dant que les faits sont rapportés à la 32* année de Sapor, ce qui
revient à l'indication de Sozoméne. Pour le reste, toute la sub-
stance du récit tient dans les quelques lignes de l'historien grec :
ToO € éryevopuévou érouc, xarà tv fjuépav fj roO. uev mró0ouc ToO
Xpic ToO f| &váuvngaig érereleiro, tfjc 66 éx vexpu)v dvaoTáOeug f) ravi-
TvupiG ttpoceóokáro, duorára XZapupou rpócta£ic àávà rrácav tv TTep-
Ov Yfjv épotra... Aqeibug bérüvruv xpiOTiavuv kxrivvupévu, rÀei-
OTO1 kai év aUToic Toic BaciAetoic avgpéOncav,kai '"AZábng ó eUvoóxoc,
TÓà uiáÀic Ta BaciAet xexoapicuévog div. "Ov émeimep àmrro0aveiv ó Zopu-
png émü0ero, mepílumog eig dfav é[évero, xai T'|v ónudbn raüThV
OqaYr|v éarnoe * nóvoug 9€ roUG kaünvntrác rfj 6pnoetag dvaipetoOat
Tipocéraxe (2).
Voici maintenant une coincidence pour le moins étrange. Une
Passion syriaque nous apprend qu'un autre S. Azàd, diacre de
Beth-Naggàre en Adiabéne, fut mis à mort, avec le prétre Jacques
d'Aspargaltà, le jour du vendredi saint, en la trente-deuxiéme
année de la persécution de Sapor (3). Ainsi donc, d'une part Azad,
eunuque, martyrisé en Adiabéne le vendredi saint, en l'année 32
de Sapor ; d'autre part Azád, diacre, martyriséó en Adiabéne le
vendredi saint,en l'an 32 de la persécution de Sapor ; cette ressem-
(1) AssEMaNI, t. c., p. 45-50; BEDJAN, t. c., p. 248-54. — (2) Historia ecclesia-
stica, l. 11, c. 11 ; ed. HussEv (Oxonii, 1860), p. 143-44. — (3! BEDJAN, op. cit.,
t. IV (Paris, 1894), p. 137-41.
S. ELEUTHERIOS-GUHISTAZAD. 153
blance de noms, de dates et de pays est assez frappante pour
qu'on y regarde de prés. N'y aurait-il pas là-dessous quelque con-
fusion ? Et supposé que les deux histoires se soient contaminées,
laquelle des deux faudrait-il regarder comme originale ? Aucune
priorité chronologique ne s'impose. On a vu que Sozoméne men-
tionne Ázàd l'eunuque ; mais, par une énumération qu'il insére
deux chapitres plus loin, il paraít bien qu'il connaissait aussi
S. Azàd diacre : xat ékeivo 6€ kaipoO xai 'Aei8aAág koi lákxwBoc
"TpeoBoórepown 'AZabávng re xoi "Apbinooüg b1áxovoni.. 6€o-
uuTüpiov dikovv (1). Il faut donc s'en tenir aux vraisemblances
internes, et nous avouons que, à tout prendre, le personnage
de l'eunuque AÁzàd nous paraít bien celui avec lequella critique est
tenue à moins de ménagements (2).
Au fait, qui est ce S. Azàd l'eunuque pourvu d'une légende si
étrange d'aspect ? J. S. Assemani l'a identifié résolument avec
Guhistazad, deuxiéme du nom, l'eunuque d'Arda$ir (3). Son avis
a été non moins résolument combattu par Ev. Assemani, l'éditeur
des Acta martyrium (4) ; mais les raisons de ce dernier paraissent
bien futiles. Quant aux noms, si, pour l'oreille, la différence est
assez forte, entre Azad et Guhistazad, il y a cependant moyen de
passer de l'un à l'autre par une voie assez naturelle.
Constatons d'abord, qu'une substitution exactement analogue
s'est produite pour le premier Guhistazad, l'eunuque de Sapor.
Dans ce nom de Guhistazad, on distingue deux éléments. Le
second : àzüd, représente l'avestique : 2zàía, « libre », « noble »,
mot encore vivant, avec le méme sens, en persan moderne et en
arménien. Le premier élément, comme veut bien me l'apprendre
M. le professeur Alb. Carnoy, représente le superlatif : valishta
de-l'adjectif voAu : « bon » (5).
(1) Lib. II, ch. 13, HussEv, p. 147. — (2) Il est piquant de remarquer que,dans
le synaxaire de Sirmond,on trouve réunis sous la méme date (17 avril) la notice
de S. Syméon Bar-Sabba'e, 'Abdhaikla, Guhistazàd et de leurs compagnons,
celle d'Azàd l'eunuque et celle de Jacques et d'Azàd le diacre (Syrmux. Eccl. CP.,
p. 607-608). Le paragraphe concernant Azàd l'eunuque semble tiré de Sozo-
méne. Seulement, par une influence qui reste à déterminer, le nom hellénisé
^AZdbnga été remis sous la forme orientale Azat; AZdcv. — (3) Biblstotheca oríenta-
lis, t. I, p. 189. — (4) T. cit., p. 5o. — (5) Nous n'avons pu consulter F. JusTt,
Iranische Namenbuch (Marburg, 1895). On remarquera que la transcription de
Sozoméne : Ot68aZdbngc (var. Obo8aZdvnc) rend la forme originale du mot plus
exactement que ne le fait la transcription syriaque.
154 S. ELEUTHERIOS-GUHISTAZAD.,
Il semble que l'usage permettait de dissocier ces deux éléments.
La version arménienne des Actes de Syméon Bar-Sabba'e glose
en ces termes sur le nom de notre personnage: 923 a. np
[oup alaiulruiy ls fo as epus pusquanm ; Gosthazd, qui. interpretando
vocatur : regis ingenuus (x). On peut demeurer songeur sur cette
étymologie, qui montre pourtant quelle notion ce nom composé
mettait surtout en évidence. Ce qui est plus significatif, c'est qu'il
existe un S. Éleuthére le Persan, dont le nom traduit exactement
le mot Azàd, et qui n'est autre que notre Guhistazad, premier du
nom. Sa notice se trouve dans le ménologe grec, au r3 avril. Elle
doit remonter à un texte de relativement basse époque, car elle
contient une phrase qui refléte aussi clairement que possible la
christologie chalcédonienne : u'| Tpareig tijv ov0íav perà Tv Tfig
dvOpurmóOnrog évuociv, dÀÀà Ohog Ocóg dv Oog Tevópevog dvOpu-
Toc (2). Quant à son fond historique, il semble d'abord ne rappe-
ler que de bien loin ce que l'on sait du martyr de Karkà de Ledan.
« Eleuthére », Persan d'origine et bon chrétien, va trouver
« S. Syméon l'évéque », lequel l'instruit plus complétement de la
vérité chrétienne. De retour dans sa maison, il se livre à un prosé-
lytisme si déclaré qu'il s'attire la colére des mages. Dénoncé au
roi, il confesse le Christ et périt dans les tourments.
Pour trouver un lien entre cette légende et le personnage
authentique de Guhistazad, il faut se reporter à la Passion des
SS. Sultàn Mahduct, Adhurparwaà et Mihrnerse (3). Cette piéce
insipide et fabuleuse, aprés beaucoup d'épisodes sans aucun inté-
rét, rapporte que S'* Mahduct et ses compagnons se réfugiérent
dans une caverne sur la colline de Beràin (4). Sapor envoya à
leur poursuite un de ses eunuques, nommé Guhistazad. Les mar-
tyrsle convertissent à force de prodiges, le catéchisent et lui
disent d'aller trouver Màr Syméon Bar-Sabba'e le premier pon-
tife de l'Orient, qui lui conférera le baptéme. Et ils ajoutent cette
prédiction, qui ne laisse place à aucune équivoque : Uno ante slium
die victricem confessionis coronam merebere :. bae — eornm
(5) ,eexe3o 29 mése0s sx» mansos: náai cla
C'est exactement ce que le synaxariste raconte, en termes plus
(x) Umdibpp Zuglpulquip t. cit., p. 31. — (2) Synax. Eccl. CP., p. 599. —
(3) BEDJAN, op. cit., t. II, p. 1-39. — (4) Cf. G. HorFMANN, Auszüge aus syrischen
Akten persischer. Mártyrer (Leipzig 1880), p. 461-62. — (5) BEDJAN, op. cit., t. II,
P. 34-
S. ELEUTHERIOS-GUHISTAZAD. 155
vagues, à propos de S. Eleutherios. Sans rien dire de la prophé-
tie des martyrs de Berain, il montre assez qu'il est tributaire de
cette tradition, en placarnt la féte d'Éleuthére au 13 d avril et celle
de Syméon au lendemain, alors que les synaxaires qui, pour le
reste, reflétent plus fidélement les Actes primitifs, réunissent sous
la méme date la mémoire du catholicos et celle de ses compa-
gnons (1).S'il omet de rappeler l'apostasie deson héros, cela prouve
uniquement que l'histoire authentique avait déjà été obscyrcie par
la légende, dont le travail s'apercoit, avec toute l'évidence désira-
ble, dans le récit qui vient d'étre rapporté. Il se peut aussi fort bien
que le compilateur du ménologe soit personnellement responsable
de cette réticence, car dans la notice de S. Syméon, il met la dé-
fection et le repentirde Guhistazad surle compte d'un rparmioiroe
qu'il ne désigne pas autrement (2). En biffant ce nom qu'il devait
connaitre, il donne à penser qu'il avait conscience de l'effet que
produirait ce post-scriptum à l'histoire de S. Éleuthére.
Eleutherios-Azád est donc bien le méme personnage que Guhi$-
tazad de Karka de Ledan. Cette alternance de noms achéve de
rendre vraisemblable, ou du moins admissible, la confusion qui
aura pu se produire pour l'autre Guhistazad, celui de Karkà de
Beth-Seloq. Il n'y a rien de téméraireà supposer, avec J. Asse-
mani, que ce dernier a subi une métamorphose, ou peut-étre deux,
De son vrai nom, il s'appelait Azàd. Il est devenu Guhistázàád,
gráce à une ressemblance de nom et de situation avec un martyr
plus célébre. D'autre part, on a rattaché à sa mémoire des détails
qui concernaient son homonyme, le diacre S. Azàd. De ces
éléments empruntés, joints à quelques traits retenus de sa person-
nalité, on lui a composé la légende d'Azàd l'eunuque. Il posséde de
(1) Cf. Synax. Eccl. CP. au 17, 13, 14 et 15 avril. La plupart des mss. oà S.
GuhiStàzàd figure sous le nom d'Éleuthére — tel le codex 40 de Sainte-Croix de
Jérusalem — placent sa commémoraison un jour avant celle de S. Syméon
(cf. Synax. Eccl. CP., p. $99-602). Cet ordre répond à la date réelle. Mais celle-
ci n'ayant laissé aucune trace dans un certain groupe de synaxaires, les autres
doivent représenter une tradition distincte. Il est assez naturel d'admettre
qu'ils dérivent d'un document oü cette date était davantage mise en évidence,
füt-ce par une donnée légendaire, telle que la prédiction de Ste Mahduct et de
ses compagnons. Ajoutons à ce propos que la mention de S. Éleuthére au 14
avril, dans le synaxaire de Sirmond, est évidemment un doublet recueilli mal à
propos par le compilateur (voir ci-dessus, p. 153, note 2). — (2) Menologti Grae-
corum pars II (Romae, 1727), p. 54.
156 S. ELEUTHERIOS-GUHISTAZAD.
la sorte une histoire exacte sous un faux nom, et une histoire
altérée sous son nom véritable.
Cette hypothése, en supprimant un personnage dédoublé, écarte
l'invraisemblance qu'il y aurait à trouver rapprochés, dans
l'espace de quelques années, parmi les victimes d'une méme per-
sécutjon : |
un S.Guhistàzád,eunuque,grand dignitaire dela cour de Sapor,
exécuté par ordre de son maítre ;
un S. Guhistàzad, eunuque, attaché à la maison du gouverneur
d'Adiabéne, condamné pour refus d'obéir à l'édit promulgué par
ce dernier au nom de Sapor ;
un S. Azàd eunuque, favori de Sapor, massacré dans le palais
roval. |
En tout cas, si les altérations et les contaminations que nous
sommes amené à supposer dans les sources paraissent inaccepta-
bles, il faudra en imaginer d'autres. Le récit de Sozoméne et ceux
des historiens et hagiographes orientaux sont tellement criblés
d'incohérences, qu'ils laissent toutau plus le choix de la place oü
l'on préfére y tailler pour parvenir à les rajuster. pP.
BULLETIN
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES
N. B. Les ouvrages marqués d'un astérisque ont été
envoyés à la rédaction.
1. — Miscellanea Ceriani. Raccolla di scrilti originali per onorare
la memoria di Mr Antonto Maria | Ceriani, prefetto della. Biblioteca
Ambrostana (Nel III centenario della Biblioteca Ambrosiana. MDCIX-
8 Dicembre-MC MIX). Milano, Hoepli,191o, in-89,xvi-810 pp.,6 planches,
70 illustrations. Fr. 40.— Ce magnifique volume, publié au lendemain du
troisiéme centenaire de la Bibliothéque Ambrosienne, rassemble deux
souvenirs à jamais étroitement unis, celui de l'illustre bibliothéque et
celui de l'homme éminent et modeste qui, durant plus de cinquante ans,
en futla gloire par sa science et le charme par sa bonté. Trente-cinq
écrivains, parmi les savants les plus distingués que comptent l'Italie et
l'étranger, ont voulu apporter leur contribution à cet hommage posthume,
et d'autant plus significatif, de vénération et de reconnaissance. Sans
doute, aucun de ces travaux ne regarde directement l'hagiographie. Tout
au plus pourrions-nous signaler l'office des SS. Gervais et Protais, publié
par M. Henry M. Bannister d'aprés le ms. 466 de la Reine de Suéde
(p. 142-48), et une étude de M. C. H. Turner sur l'histoire de la collection
des lettres dogmatiques de S. Léon le Grand (p. 687-739). Mais nous
n'avons pas voulu laisser passer l'occasion de dire à notre tour combien la
mémoire de Mgr Ceriani est fidélement, respectueusement honorée parmi
nous. | A. P.
. 2.— *Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques,
publié sous la direction de Mgr Alfred BAupRiLLART, M. Albert Vocr et
M. Urbain Rouziks. Fascicule l. Aachs-Achot. Paris, Letouzey et Ané,
1909,1n-4",320 colonnes.Fr.5.—L'encyclopédie des sciences ecclésiastiques
entreprise par la maison Letouzey et Àné comprendra cinq grands diction-
naires. Un d'entre eux, le Dictionnaire de droit. canonique, est en prépa-
ration. Trois (le Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux, le Dicttoz-
nairec de théologie catholique de MM. Vacant et Mangenot, le Dicltonnatre
d'archéologie chrétienne. et de liturgie de Dom F. Cabrol) sont en cours de
publication, les deux premiers depuis assez longtemps, et ils avancent
158 BULLETIN
n
d'un pas inégal. Voici que vient s'y adjoindre un répertoire qui intéres-
sera spécialement les historiens et qui rendrales meilleurs services, s'il
tient, comme nous y comptons bien, les brillantes promesses de son début.
Il embrasse trois groupes principaux de sujets : les personnages qui ont
joué un róle dans l'histoire de l'Église,soit par leurs ceuvres, soit par leurs
écrits (et ici les saints ont leur place, leur large place) ; l'histoire géogra-
phique de l'Église (notamment les grands sanctuaires, les abbayes, les
diocéses, les circonscriptions ecclésiastiques, les missions) ; les principales
institutions ecclésiastiques, considérées au point de vue de leur histoire.
Malgré les mesures sagement prises par la direction de l'aeuvre pour
délimiter le terrain, il y aura parfois double emploi ; c'est inévitable, et
nous aurions été étonné, par exemple, de ne pas trouver dans ce premier
fascicule Abgar d'Édesse (col. II3-I4), bien qu'il ait déjà son article dans
deux autres dictionnaires de l'encyclopédie.
Deux qualités maitresses recommandent le nouveau dictionnaire : la
concision et l'esprit scientifique. La concision est relative, bien entendu ;
on peut étre court en écrivant vingt pages, comme on peut étre long dans
vingt lignes (par ex., col. 116, 1x15). L'impression d'ensemble ici est fort
bonne, malgré quelques manques de proportion (ainsi l'article sur l'abbaye
de l'Abondance, col. 144-53, encore qu'intéressant, est un peu bien long),
et l'on peut espérer, malgré l'immensité des matiéres à traiter, que le dic-
tionnaire de Mgr Baudrillart prendra une allure un peu plus rapide que
telle autre section de l'encyclopédie et mettra bientót aux mains des tra-
vailleurs, complétement achevé, un instrument trés utile. L'autre qualité
que nous disions, c'est l'esprit franchement scientifique qui anime les
directeurs et la plupart des collaborateurs de l'acuvre : on a voulu faire de
l'histoire, de l'histoire sincére et authentique, et méme, plus souvent
qu'on ne S'y serait attendu, marquer un pas en avant. Sans doute, la plu-
part des notices ne sont et ne peuvent étre que la mise au point des résul-
tats antérieurement atteints ; je m'en voudrais de ne pas citer, parmi les
meilleures en ce genre, celles sur S. Abbon de Fleury par Dom U. Ber-
liére, sur l'église d'Ábyssinie par M. le professeur I. Guidi, et l'Abélard de
M. Vacandard, qui est un modéle du genre. Mais, de plus, divers savants
ont apporté des renseignements inédits et résumé en quelques pages, en
quelques lignes, pour le Dictionnaire, de longues recherches entreprises
dans les manuscrits des bibliothéques et les piéces d'archives ; ainsi l'arti-
cle sur l'44bbaye Nouvelle de M. l'abbé E. Albe. Le concours trés précieux
qu'apportent au dictionnaire M. I. Guidi, les Péres Assomptionnistes
frangais de Constantinople et l'infatigable P. Aurelio Palmieri (voir
notamment ses articles sur les saints Géorgiens Z5ibo et ;150) lui assurent,
au point de vue de l'histoire byzantine et orientale, une importance toute
particuliére, À. P.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 159
. 8. — I. BargsrRI er H.HvveRnNar. Acta martyrum.Paris, Poussielgue,
I908, deux volumes in-89, 253 et 1x-152 pp. (— CORPUS SCRIPTORUM
CHRISTIANORUM ORIENTALIUM, Scriplores coplict, Series tertia, tomus I).
— Deux d'entre les Passions contenues dans ce volume, celles de Théodore
l'Oriental et de Sérapion de Panephosi, avaient déjà été publiées par le R.P.
Balestri (cf. 4zal. Boll., XXV, 507-508; XXVI, 470-71). C'est une heu-
reuse idée de les avoir reprises, car l'état de dispersion des textes publiés
aggrave d'une sérieuse difficulté pratique toutes celles qui encombrent
l'étude de l'hagiographie copte.
Il serait certainement à désirer qu'un recueil de cette importance füt pré-
cédé d'une introduction historique et philologique. M. W. E. Crum, qui en
fait la remarque, s'est chargé lui-méme de suppléer à cette lacune, d'ail-
leurs justifiée par le plan général du Corpus scriptorum. orientalium (cf.
The Journal of Theological Studies, X, 459-64). Nous ne pouvons que
joindre quelques remarques détachées aux observations d'un critique aussi
bien informé.
Saint Lacaron est un personnage suspect autant que peut l'étre un mar-
tyr copte. Son nom méme est inconnu. On n'en dira pas autant de sa lé-
gende, qui est une rhapsodie d'épisodes copiés tels quels, ou grossiérement
adaptés, ou non moins grossiérement brodés sur des thémes de la plus
compléte banalité. L'hagiographe a surtout pilléles Actes de S. Georges,
au point qu'on pourrait retrouver chez lui de quoi rapiécer le texte copte
de ces derniers. Comme S. Romain, Lacaron continue de parler aprés
qu'on lui a coupé la langue. Mais ce trait et d'autres semblables ne sup-
posent pas nécessairement une imitation directe. Toute cette misérable
légende semble avoir été peu connue, méme en Égypte ; car ni les calen-
driers ni les synaxaires ne paraissent y faire allusion. À en juger par les
apparences, S. Lacaron est un faux S. Georges inventé pour une église
de village.
Nous n'aurions pas à revenir sur les Actes de Théodore l'Oriental,
Léonce l'Arabe et Panégyris le Persan, si M. Crum n'avait soulevé une
question qui mérite examen : ce Léonce l'Arabe, que le persécuteur
envoie mourirà Tripoli, ne serait-il pas une métamorphose du célébre
martyr honoré dans cette ville (CRuw, l. c., 461) ? C'est assurément fort
possible. À l'appui de cette conjecture, nous rappellerons que le méme
S. Léonce de Tripoli entre déjà dans deux autres groupes : Léonce, Hypa-
tius et Théodule, martyrs sous Vespasien,d'aprés les Actes grecs (DHG?.
085, 987) ; Léonce et Publius, martyrs sous Dioclétien, d'aprés la Pas-
sion syriaque (D HO. 563), laquelle représente une autre Passion grecque,
probablement plus ancienne (cf. F. Nau, zal. Boll., XIX, 9-12). Ces
deux textes s'accordent à dire que Léonce était originaire de la Gréce ou
de l'Hellade. La Gréce, c'est le couchànt par rapport à la Syrie et à
l'Égypte. A cóté de Théodore l'oriental, Léonce l'occidental forme une
160 BULLETIN
antithése toute trouvée. En araméen, comme dans d'autres langues sémi-
tiques, Occtdent et Arabie sont deux mots trés ressemblants. D'occidental,
Léonce peut étre devenu arabe, comme les /uft vespertini du prophéte
Habacuc (1,8) le sont devenus dans les Septante. D'aprés la Passion
Syriaque, le martyr était soldat e 4r«903 e22saa M s. Il n'y a pas
lieu de modifier ce dernier mot pour le traduire tant bien que mal par
Numidie (cf. Nau, l. c., 1o, note 2) : c'est exactement le terme voUpnepov,
qui se rencontre aussi dans notre Passion copte (p. 46).
Peut-on dire cependant que celle-ci vient d'un original grec? Pour cer-
taines parties, la chose ne fait aucun doute ; mais, s'il s'agit de la rédaction
prise dans son ensemble, le cas devient beaucoup moins clair. Plusieurs
indices donnent à réfléchir.Est-ce bien un Grec qui aurait forgé ce nom de
Panegyris (1),et qui aurait appelé le diable Demostacus,en croyant visible-
ment dire óoiuoviapxoc, (pp. 37, 42, etal.)? ll y a aussi des phrases
comme celles-ci : praecepit eunuchis et cubiculartis,quae sunt matronae,
&4cepkeAewvIm iunciovp ses mIKOvSOTKAZproc eve
Jié.I Ji€ J175£2.0 DpOost2.. (p. 37). — Dixit ei Leontius : « Leo nomen
mcum est, quod interpretantur iynem», 2$0*1. Te mna4pam dou
€'€ 0a. 0f2. 9, 1*.€*[ X€ o3Cpos (p- 59). L'hagiographe qui a
écrit cette phrase se doutait bien que Aeóvriog vient de Aéuv, mais
l'idée d'expliquer ce nom n'est pas plus grecque que l'explication elle-
méme.
Dans le sens contraire, on pourrait invoquer (CRuM, 460) la phrase oü
il est dit que les Perses, pour affirmer leurs conquétes, plantérent partout,
en signe de possession, larbre appelé perséa. Le perséa, qui figure
souvent dans les légendes égyptiennes des martyrs, s'appelle en
copte c)&€ ou dJO'f€. Notre hagiographe transcrit donc, sans le com-
prendre, un jeu de mots d'origine grecque. Mais il a pu le trouver en plus
d'un endroit, chez Jean de Nikiou, par exemple, qui le répéte en rappor-
tant la fable de Persée : « et. postquam hoc nomen (Assyriam) mutavit,
arbores illic sevit quas bersjdn vocant, quae est prunus persica, (Dp :
ewm: Wb: no»: hA : A020: U£ : ngáeove : Ach
97: Hat: heh: (lie nV: ou. 44 :), quae. plantae. in
memoriam nominis etus ad hunc usque diem. satae. sunt. (H. ZorENBERG,
dans Notices et. extraits des manuscrits de la. Bibliothique Nationale,
XXIV, 153-54). Silvestre de Sacy, qui a consacré au perséa une disserta-
tion en révle, a rappelé une novelle de Justinien, punissant d'une forte
amende ceux qui achéteraient en Égypte des plants de cet arbre. Malgré
(1) On retrouve ce nom dans les Actes des SS. Pirou et Athom (HyvERNAT,
t. c., p.156 et suiv.)
x
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES I6I
cette mesure de protection, le perséa était devenu trés rare dans la vallée
du Nil, dés le temps de la conquéte arabe (voir pE Sacv, Relatton de
l' Érypte bar Abd-Allatif, Paris, 1810, 47-72; cf. p. 64-65). Qui sait si la
prétendue étymologie qui vient d'étre mentionnée,n'exprime pas une sorte
de crainte superstitieuse qui se serait attachée depuis l'invasion perse à ce
végétal inoftensif et en aurait háté la disparition ? Quoi qu'il en soit,
lorsque l'hagiographe raconte (p. 34) que, sous Dioclétien, les Perses con-
quirent l'Égypte dans toute sa largeur, jusqu'aux cataractes, il est difficile
de ne pas croire qu'il arrangeait à sa facon un souvenir plus authentique
et de plus fraiche date. |
C'est aussi, croyons-nous, aprés l'évacuation du pays par les Perses, et
. déjà sous la domination arabe, que la légende de S. Théodore apparait
pour la premiére fois dans la littérature copte. La Vie de Benjamin, écrite
vers le milieu du VII* siécle, fait une allusion claire au dragon d'Euchaita
(E. AMÉLINEAU, Journal asiatique, 85 sér., XII, 374).
Le nom de S. Apatil est prédestiné à beaucoup de métamorphoses.
Giorgi le lisait apa Tia (De miracults S. Colutht, Romae, 1793, p. Lxix et
al.). ZoEGA écrivait. ftia ou Apatia (Catalogus codicum. manuscripto-
rum qui in. Museo. Borgiauo asservantur, pp. vii, 26-27). L'autorité de
M. Crum appuie la lecture apa T1, qui est assurément possible. Mais est-il
tout à fait naturel de mettre dansla bouche du persécuteur la formule :
« Quomodo agemus cum isto mago apa Til » (p. 95) ? Enfin,les synaxaires
coptes et éthiopiens mentionnent aux alentours de la féte d'Apatil — 16
epiphi — un saint Batlán OM ou Batalán, fl AG : (Luporri, Ad Ahisto-
viam, acihiobicam commentarius, 422), ou Bédlé, (£f : (ZorENnERG,
Catalogue des mss. éthiopiens de la Bibliothóque Nattonale, 191), que nous
nous bornons à rapprocher, sans commentaire, de l'énigmatique Már
Dalle des calendriers syriaques (cf. 45a. Boll., XXVII, 148, 177).
Concernant la Passion de S. Paphnuce, on peut encore aujourd'hui
consulter utilement le commentaire de Stilting (icf. SS., Sept. V1, 681-
682), basé sur l'original grec, que la version copte suit de fort prés jusqu'au
point oü elle s'interrompt. En lisant cette piéce, si mauvaise soit-elle, il
est impossible de n'étre pas frappé du tour moins eníantin qui distingue,
jusqu'en ses extravagances, l'hagiographie égyptienne qui tient encore par
un lien quelconque à la tradition catholico-byzantine. La fameuse roue de
93. Georges et de S'* Catherine reparait encore une fois dans cette Passion
(ch. 18, Act. SS., t. c., 687), comme dans celle de Lacaron (BarssrRi et
HyYvERNAr, 13-14) et plusieurs autres du présent recueil.
Dans les Actes de S. Epime — autre inconnu — on trouvera en foule
des noms propres de localités et de personnages qui sont toujours bons à
noter. Nous ferons observer à ce propos que, dans la Passion de S. Séra-
ANAL. BOLL. XXIX. II
162 BULLETIN
pion, le (pJcoJt. TLJKO* pCCOlt rappelle vaguement un figurant des
Acta Pauli (Liesivs, Acta apostolorum apocrypha, I, 28, 1o8, 109 ; cf.
Anal. Doll., XXV, 355). Ayant mentionné ici S. Sérapion, nous ne pou-
vons omettre de signaler la note éminemment instructive oü M. Crum
l'identifie avec le martyr Sarapamon, dont les Áctes ont été publiés par
M. l'abbé Hyvernat.
Il resterait encore à caractériser ou du moins à rappeler la Passion de
S. Anub, celle de S. Apoli, et surtout une recension nouvelle des Actes de
Théodore le Stratélate. Mais l'espace nous manque et, en attendant que la
publication du texte saidique, annoncée par M. Winstedt, remette à l'ordre
du jour la légende égyptienne des saints Théodore, mieux vaut employer
les derniéres lignes de cette trop longue analyse à remercier les savants
éditeurs des cta marlyrum et linfatigable érudit qui nous a facilité
l'étude de leur utile volume (t). pb
4. —* M. Cl. Grznzz. Vitae sanctorum Danorum. Ferste Hafte.
Kobenhavn, Gad, 1908,in-85, 168 pp. Kr. 2. — ll s'en faut de beaucoup que
toutes les Vies anciennes des saints danois soient publiées dans leur teneur
originale,et parmi celles qui sont restées inédites,il en est de fort intéressan-
tes. Non pas qu'elles fussent inconnues ; M. le professeur Gertz, qui depuis
tantót vingt ans prépare le « Corpus Vitarum » dont voici le premier fasci-
cule, en avait libéralement communiqué plusieurs à M. H. Olrik, pour
son intéressante traduction des Vies de saints danois, parue en 1894 (voir
Anal. Doll., XV, 441-42) ; et c'est à l'obligeance de M. Gertz que nous
devons nous-méme d'avoir pu insérer, dans la Bibliotheca hagiographica
latina, Yincipit et le desinit de tous les textes inédits (cf. DHL., p. xv).
Mais voici mieux qu'une traduction ou que de simples tzcipit ; aprés une
longue attente, qu'expliquent aisément et les scrupules du philologue trés
consciencieux qu'est M. Gertz, et la pauvreté de la tradition manuscrite,
au moins quant à bon nombre de piéces, nous avons 1a joie de saluer les
débuts d'une publication d'ensemble qui donnera désormais un fondement
solide aux recherches sur l'hagiographie danoise.
Ce premier fascicule comprend les textes relatifs à deux personnages :
S. Theodgar ou Thóger, confesseur honoré à Vestervig, dont il aurait été,
au XI* siecle, le premier pasteur, etle roi S. Canut IV (41086). La pénu-
rie des sources — moins sensible du reste pour ce dernier — demande
qu'on ne néglige aucun moyen d'information ; c'est pour cela que M. G. a
fait entrer dans son recueil non s:ulement les documents narratifs : Vies,
miracles etc., mais aussi les textes liturgiques : offices, hymnes et proses.
(1i) Nous avouons un doute sur la nécessité de corriger syncellarius en singu-
larius (CRuM, 463). P. 229, qepóviov doit étre mis pour mepóviov. P. 56-57,
é£aiperov est plus plausible que é£épxirov.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUBS .163
Aussi bien, pour plusieurs saints danois, il ne nous reste pour ainsi dire
rien que ce que nous a conservé la liturgie.
C'est le cas notamment pour S. Theodgar. Le plus ancien récit (BHL.
8068), publié ici pour la premiére fois, se compose de six lecons, dont le
principal exemplaire est une copie faite au XVIII* siécle par Arne Magnus-
Son ; suivent d'autres lecons, fournies par les bréviaires imprimés du XV*
et du XVI* siécle, un office en vers, une hymne et deux courts fragmeuts
d'un recueil de miracles, ce dernier d'aprés un feuillet manuscrit du
XIII* siécle. Le tout est publié avec les soins les plus méticuleux. En téte,
une introduction, rédigée en danois. Nous avons dit naguére (/1zal. Doil.,
XXVII, 234), que dans M. G. le philologue est doublé d'un historien trés
averti ; on le constate ici une fois de plus. Les premiéres pages, sur l'his-
toire — le peu qu'on sait de l'histoire — de S. Theodgar, sont excellentes
et remplaceront utilement la longue, mais trés insullisante notice publiée
dans les Aca SS. (Oct. XIII, 457-63), oü lesaint est appelé Thyudgarus.
Au reste, la plus grande partie de l'introduction est consacrée à l'exposé .
technique, trés minutieux,des éléments retrouvés et employés par l'éditeur
pour établir son texte.
Il en est de méme en ce qui regarde S. Canut. Ici M. G. a briévement
résumé la belle étude qu'il avait fait paraitre en 1907 sur les trois plus
anciens documents relatifs au saint roi (cf. Anal. Boll., XXVII, 234-36) ;
il la compléte ou la rectifie parfois, et étend ses recherches sur les autres
textes plus récents. Outre les textes publiés déjà dans le travail de 1907,
nous trouvons ici la Vie rédigzée par Aelnoth (BHL.1551), le « Libellus de
martyrizatione Canuti regis » (BHL. 1552), des textes et des poémes litur-
giques, enfin l'édition princeps de ce qui reste du poéme que le moine
Arnfast a écrit sur les miracles du saint (/3HL. 1553). Quant au « Libellus
de martyrizatione, » M. G. est d'accord avec M. Olrik (cf. A4zal. Doll.,
XV, 440) pour dire que c'est, non pas une des sources d'Aelnoth, mais au
contraire un extrait de l'ouvrage de ce dernier. Mais il hésite beaucoup à
croire que l'extrait aurait été fait par le franciscain Pierre Olsen. À propos
du moine Arnfast, que M. Olrik faisait vivre «probablement au XV* siécle,
peut-étre toutefois au XIII* »,M. G. montre fort bien que c'est à cette der-
niére date qu'il faut s'en tenir.
En somme, nous avons ici la premiére pierre d'un monument, solide-
ment et savamment construit, tel que bien peu de pays en auront élevé à
la mémoire de leurs saints. Le petit nombre des textes anciens sur les
saints danois permettait d'entrer dans le détail, comme l'a fait M. G. en
expliquant son apparatus critique. Nous ne pouvons que souhaiter de le |
voir poursuivre et bientót achever une oeuvre si distinguée. A. P.
5. — * Wilhelm FRtEDMANN. Altitalienische Heiligenlegenden nach
der Handschrift XXXVIII. rro der Biblioteca Nazionale Centrale in Flo-
164. BULLETIN
renz, mit Einleitung und Ànmerkungen zum ersten Male herausgegeben.
Halle a. S., Niemeyer, 1908, in-8* Lxvir-179 pp. — La plupart des
21 légendes publiées ici (p. 1-114), pour la premiére fois, d'aprés un
manuscrit du XIV* siécle, sont empruntées à la Légende dorée. Leur inté-
rét est naturellement avant tout philologique ; à noter cependant un bien
joli miracle de Notre-Dame (p. 15-22), pour lequel, nous non plus (cf.
P. XIV), nous ne connaissons pas de paralléle. Le recueil semble avoir été
rédigé au commencement du XIV* siécle, probablement par un Véronais.
L'introduction (p. xvirr-Lxvi) et les notes (p. 115-65) sont surtout consa-
crées à l'étude de la lexigraphie et du lexique. À. P.
6. — *P.Guillermo ANroríu, O.S.À. Estudios de códices visigodos.
Códice a. II. 9 de la biblioteca del Escorial, Madrid, 1909,in-8^, 121 pp.
Extrait du BorE1íN DE LA REAL ÁcADEMIA DE LA HISTORIA, t. LVI, pp. 55-
67, 117-28, 204-46, 265-315. — Ces études sont divisées en deux parties,
d'inézale longueur : 1? « Histoire du manuscrit » (p. 55-67). Le R. P. A. y
a réuni quelques renseignements sur le gentilhomme Georges de Beteta,
qui,au XVI* siécle,fit présent du volume au roi d'Espagne (p. 55-56) ; aprés
quoi il copie ou résume ce qu'ont écrit au sujet du manuscrit divers
savants, Francisco Pérez Bayer, José Rodriguez de Castro, Paul Ewald,
Dom Férotin etc. 2? « Description du manuscrit », savoir la description
proprement dite (p. 117-18; et (p. 118 et suiv.) l'inventaire des documents
qu'il contient, une bonne dizaine en tout. Le volume date du X* siécle et
contient surtout des Vies de saints. Si l'inventaire remplit tant de pages,
c'est que le R. P. A. a transcrit tout au long plusieurs de ces Vies, savoir
a) la Vie de S* Helia de Durazzo BHL. 3798 (pp. 122-28, 204-46, 265);
b)la Vie de St* Castissima BHL. 1640 (p. 271-79) ; c) un texte intitulé
Vita cuiusdam. virginis (p. 279-81) ; ce n'est pas proprement une piéce
hagiographique, mais une autre recension d'un récit qu'on trouve dans les
Vitae pairum, savoir BHL. 6529, l. I, ch. 15 (D. L., LXXIII, 995-98) ;
d)la Vie de S* Pélagie BHL. 6607 (p. 282-94) ; e) la Vie de S'* Marie
l'ézyptienne DHL. 5417 (p. 294-313) ; cette derniére avait dejà été publiée
jadis par Mombritius et récemment au tome III de la Bibliotheca Casi-
ACHSIS ; mais, selon le R. P. A. « la rédaction du texte du manuscrit de
l'Escurial mérite d'étre publiée ». « Rédaction » n'est pas le mot propre,
et tant qu'à réimprimer ce texte, il eüt valu la peine de ne pas se borner
à transcrire l'exemplaire de l'Escurial, mais de tenir compte au moins de
quelques-uns des nombreux manuscrits qui nous ont conservé la recension
BHL. 9417. A. P.
7.—*Agnes Smith Lewis. Codex Climaci rescriptus.Cambridge, Uni-
versity Press, 1909, in-8^, xxxi-20I pp., 7 fac-similés (2 HORAE SEMITICAE,
Ne? VIII). — Le Codex Climaci rescriptus est un palimpseste syriaque, que
*
— — ——nn"
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 165
Mme Smith Lewis, à qui il appartient, a découvert et reconstitué avec un
rare bonheur. La version araméenne de la Scala Paradisi de S. Jean
.Climaque, d'oü lui est venu son nom, n'a qu'une importance secondaire.
Mais elle recouvre des fragments dépareillés de textes syriaques palesti-
niens, que M. Margouliouth date du VI* siécle, et qui, en tout cas, peuvent
étre comptés parmi les plus anciens monuments de ce dialecte. Mme L.
les a déchitirés et publiés dans un volume dont la somptueuse élégance est
le moindre mérite. Son travail, avant que de paraitre, a trouvé des appré-
ciateurs compétents dans MM. Nestle et Schulthess, dont l'érudition et la
méthode éprouvée lui ont été fort profitables ; ces noms garantiraient
surabondamment la valeur philologique de l'édition, si celui de l'auteur
n'y suffisait pas.
La plupart de ces fragments, si précieux au point de vue linguistique,
appartiennent à la version syriaque melkite des Écritures et rendront de
bons services à la critique textuelle de la Bible. La presque totalité des
autres proviennent d'une homélie ascétique adressée à des moines ou à
des solitaires. Un seul feuillet nous intéresse directement. Il contient
quelques lignes d'une Passion des SS. Pierre et Paul, correspondant à la
recension arabe publiée par M. S. elle-méme (Acta mythologica apostolo-
Yum, Londres, 1904, p. 150-64). Ce débris marque donc une date et une
région bonnes à connaitre pour l'histoire de cette littérature apocryphe.
PI
8. — *P.F. Keun. Regesta pontificum Romanorum. Italia pontifl-
cia. Vol. IV. Umbria, Picenum, Marsia. Berolini, apud Weidmhnnos,
1909, in-89, xxxIv-336 pp. — Les tomes II et III des Regesta de M. Kehr
venaient à peine d'étre signalés à nos lecteurs (;1sal. Doll, XXVIII,
II3) qu'on nous apportait le quatriéme volume, consacré à l'Ombrie,
au Picenum et au pays des Marses. L'activité exemplaire avec laquelle
l'euvre se poursuit ne fait aucun tort à sa valeur scientifique. C'est
toujours le méme souci de l'exactitude et la méme étendue dans l'in-
formation. Voici les évéchés compris dans la nouvelle section de l'/faita
pontificia : Spoléte, "Terni, Rieti, Narni, Amelia, Orvieto, Todi,
Foligno, Nocera, Assise, Pérouse, Gubbio, Città di Castello dans l'Om-
brie. Dans le Picenum (les Marches), Camerino, Fermo, Ascoli,
Rimini, Pesaro, Fano, Sinigaglia, Ancone, Umana, Jesi, Osimo, Fossom-
brone, Urbino, Cagli, Montefeltro. Aquila (Forcona), Pescina de' Marsi,
Sulmona (Valva),Chieti (Ortona-Lanciano), Penne, Teramo appartiennent
aux Marses. À elle seule, la bibliographie des diocéses et des grands mo-
nastéres situés sur leur territoire donne à l'ouvrage de M. K. une impor-
tance considérable. Comme dans les volumes précédents, les légendes des
patrons, qui racontent souvent, à leur maniére, l'histoire des origines,
ne sont point exclues, et l'auteur a dü s'apercevoir plus d'une fois
166 BULLETIN
combien il est difficile de mettre la main sur certaines raretés de cette
catégorie. Parmi celles qu'il a omises, je me contente de signaler, pour
Chieti, les Miracles de S. Justin imprimés dans cette ville en 1597, et
les Monumenta quae. supersunt. S. Iustint, civis, episcopt. et brincipalis
palvont Teatimt, ibid. 1733. Un index topographique des tomes I àIV
termine ce volume. H. D.
9. — *Francesco LaNzowI. Il « Liber pontificalis » Ravennate.
Saranno, I90j, in-8", 9r pp. Extrait de la RrvisTA DI SCIENZE STORICHE,
t. VI (1909), pp. 345-70, 425-64, 571-92.
: 10. — Francesco LaNzowr. Gli « Acta sancti Barbatiani presbyteri
et confessoris », dans la méme revue, t. c., pp. 635-658, 712-34.
11. -- *Francesco LaANzoNr. Un antico vescovo d'Imola. Note cri-
tiche. Faenza, Novelli e Castellani, 1909, gr. in-8^, 19 pp., gravure.
Chacune des publications qui vient s'ajouter à la liste, déjà longue, des
travaux, toujours solides, parfois brillants, de M. le chanoine L., assure
de plus en plus à cet écrivain bien renseigné et rompu aux bonnes métho-
des, une place distinguée dans la pléiade d'historiens qui honore de nos
| jours l'Italie. C'est le cas encore pour les trois dissertations que nous
annongons et dans lesquelles, une fois de plus, l'auteur fait faire un bon
pas en avant aux questions qu'il examine.
Le Liber. pontificalis ecclesiae. Ravennatts, composé au. milieu du IX*
siécle par le prétre Agnellus, a. plusieurs fois déjà retenu l'attention des
historiens ; mais jamais il n'avait été l'objet d'une étude d'ensemble aussi
approfondie, aussi détaillée que celle que lui consacre M. L. L'histoire et
la personnalité de l'auteur, les sources auxquelles il a puisé, la date de
composition de l'ouvrage (Agnellus a mis vingt ans environ à l'achever,
et M. L. détermine l'époque à laquelle furent rédigées les difiérentes
sections), sa valeur et son importance, l'usage qu'en ont fait les écrivains
postérieurs, autant de points principaux examinés de trés prés et éclaircis
dans la limite du possible. Tout cela est instructif, presque toujours con-
vaincant, et mérite d'étre lu. M. L. a notamment dressé la longue liste
des écrits oü le Liber pontificalis a été utilisé, et il signale fort à propos
l'avantage qu'on pourrait tirer de ces ouvrages, comme aussi des biogra-
phies extraites du L. P. et copiées à part, pour une nouvelle édition ; on
sait que. la tradition manuscrite de l'ouvrage lui-méme est lamentable-
ment pauvre. L'auteur s'attache aussi à démontrer par le menu qu'Agnel-
lus avait à sa disposition un catalogue épiscopal plus ancien et de bonne
marque. Quant à la valeur du L. P., M. L. distingue fort à propos. La
valeur absolue est mince : ce n'est pas une histoire, mais une série d'épi-
sodes et d'anecdotes, oü les erreurs historiques et chronologiques ne sont
pas rares. Mais la valeur relative est considérable ; à part Rome, Milan et
Naples, aucune éyzlise italienne ne posséde un ouvrage semblable; trés
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 167
peu ont un catalogue épiscopal complet ; et puis, avec les nombreuses
inscriptions qu'il copie, avec les mille détails qu'il fournit en passant
sur les incomparables monuments sacrés de la. cité, sur le mobilier des
églises, sur la liturgie, sur la topographie, sur ses contemporains, avec les
passages d'anciens chroniqueurs qu'il utilise ou transcrit, Agnellus n'en a
pas moins fait là une ceuvre intéressante et utile. M. L. arrive à montrer
qu'il ne fut pas menteur, comme on l'a dit parfois. Vaniteux, passionné,
partial, oui, entre autres dans son opposition au pape et au clergé romain ;
mais là encore il est bien instructif, en tant qu'il refléte surtout les senti-
ments et les idées de ses compatriotes dans leur lutte contre Rome pour
l'autocéphalie de leur église. Beaucoup parmi les évéques de Ravenne sont
honorés comme saints et, pour la plupart, le L.. P. d'Agnellus est le docu-
ment narratif le plus ancien. C'est dire le profit que pourront tirer les
hagiographes de la premiere dissertation de M. L.
La seconde est entiérement faite pour eux. S. Barbatianus est honoré le
31 décembre, et M. L. émet en terminant l'espoir que nos successeurs
— nos lointains successeurs — n'auront pas à modifier trop considérable-
ment ses conclusions. L'espoir est certes justifié, et ce travail leur sera
trés utile. L'auteur a retrouvé quatre manuscrits dela Vita Bavbattant
BHL. 972 (1) et il s'en est servi jusqu'à un certain point pour en republier
le texte. Comme il n'a pas jugé bon de signaler aucune variante, il est
malaisé de se rendre compte du mérite de cette édition. Celui de l'étude
qui l'accompagne, est considérable. L'auteur habitait Ravenne, mais était
peut-étre d'origine romaine. Tandis que son héros est censé avoir vécu au
V* siécle, lui-méme écrivait apres le milieu du IX* (car il a utilisé Agnel-
lus), mais au plus tard au commencement du XI* (il est cité par Pierre
Damien). Son ouvrage est un pur roman hagiographique, dans lequel il
n'y a pas « un fil » d'histoire. Aussi bien, plus de la moitié est un simple
plagiat du recueil des miracles des SS. Cyr et Jean (B HL. 2080), savoir
de la partie de ce recueil (la préface et les douze premiers chapitres) qui
avait été traduite par Boniface le « Consiliarius ».
Depuis le XVIII: siécle, on a inséré dans la liste des évéques d'Imola un
certain Basile, qu'on appelle saint, qui aurait débarrassé la contrée d'un
dragon et aurait élevé un autel àla S'* Vierge ; on plagait son épiscopat
vers les années 1c63-1074. M. L. démontre que cette date est certainement
fausse. Les inscriptions de l'autel de la Vierge établi par l'évéque Basile
dans l'abbaye de Santa Maria in Regola, sont parvenues jusqu'à nous en
original. Elles sont beaucoup plus anciennes. On peut croire que Basile
vécut au V* ou au VI* siécle ; la légende du dragon (pour laquelle on n'a
d'ailleurs aucune attestation. comparable à ces inscriptions) rappellerait
peut-étre, selon M. L., que Basile transforma un temple paien en église
(1) Il faut ajouter à la liste le Vaticanus 6073 (fol. 72*-76"), du XIe/XIIe siécle.
168 BULLETIN
: chrétienne. M. L. ne signale aucun vestige de culte rendu à ce prélat. Si
on l'a appelé saint, c'est, croyons-nous, pour avoir mal interprété le titre
officiel qu'il prend dans une des inscriptions : Bastltus. sanctissimus
episcopus fecit. | A. P.
12. — * Erich Caspar. Petrus Diaconus und die Monte Cassineser
Fàlschungen. Ein Beitrag zur Geschichte des italienischen Geistes-
lebens im Mittelalter. Berlin, Springer, 1309, in-89, x1-284 pp. Mk. r2.
— On savait que le diacre Pierre du Mont Cassin était un faussaire ; mais
on n'avait jamais dressé l'inventaire complet de ses compositions, ni étudié
dans le détail son but et ses procédés. Le travail méritait d'étre entrepris ;
car, outre qu'il met à nu une psychologie intéressante et heureusement
peu commune, il a un réel intérét pour l'histoire littéraire. Les ouvrages
de M. C. sur l'histoire diplomatique et politique de l'Italie méridionale au
XII* siécle, et plus spécialement sur le Mont Cassin, l'avaient préparé à
souhait à:la táche. Il s'en est acquitté avec cette ampleur dans l'informa-
tion et cette variété dans les recherches qu'ont seuls les spécialistes dans
les sujets qui leur sont familiers. |
Il n'y pas lieu d'insister ici sur les nombreuses piéces d'archives compo-
sées ou inventées par Pierre Diacre, et nous nous en tiendrons naturelle-
ment à ses ceuvres hagiographiques, du reste particuliérement nombreuses.
M. C. les répartit en quatre groupes, celles contenues 1) dans le L:ber de
ortu el vila tustorum. coenobit. Casinensis, et 2) dans le Regisirum. Pla-
cidi, celles relatives 3) à S. Benoit et 4) aux saints honorés à Atino. Cet
ordre, qui est celui dans lequel les Vies furent composées, permet d'obser-
ver l'audace progressive du faussaire. Les cinq biographies contenues dans
le Ortus et. vita. iustorum coenobit Casinensis reposent pour la plupart
sur la Chronique de Léon et les Dialogues de Didier ; mais er, développant
leurs notices, Pierre s'est permis, notamment pour Guinizon et Placide, de.
transformer en deux saints un pieux moine et un adolescent nommé d'aven-
ture par S. Grégoire. Pour accréditer sa légende (BJTL. 6861), Pierre
inventa une Vie grecque de Placide, traduite par le prétendu Gordien
(BHL. 6859),et une autre Vie écrite par le pseudo-Étienne du Puy (BHL.
6863), destinée non à compléter la précédente, mais à renforcer son
autorité.
Dans le Registrum Placidi, Pierre reprend, parfois en les développant,
plusieurs de ces Vies, celles de S. Sévére, de S. Apollinaire, de S. Guinizon
et surtout celles de S. Aldemare ; il en ajoute quatre, celle de S. Gébizon,
faussement mise par lui au compte d'un certain Paul, et celles de S. Denis
et de ses compagnons, de S. Martin de Montemassico et de S. Athanase.
Les faux concernant les reliques de S. Benoit sont particuliérement
intéressants. Voici la thése que le diacre Pierre oppose à celle des moines
de Fleury. Une partie seulement des reliques du saint. patriarche aurait
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 169
été emportée en Gaule, et d'ailleurs restituée dans la suite ; leur présence
au Mont Cassin serait garantie par une invention qui en aurait été faite
du temps de l'abbé Didier. Pour confirmer sa théorie, il compose un
Epitome chronicorum Casinensium, qu'il lance sous le nom d'Anastase
le Bibliothécaire, un récit de la translation (BHL. 1121), de l'Invention
(BHL. 1142) et différents témoignages pontificaux. Tous ces documents,
dont plusieurs veulent paraitre indépendants, se renforcent et conver-
gent naturellement vers le méme but.
Le dernier groupe des compositions hagiographiques de Pierre concerne
les saints d'Atino. Lors de son exil, il y avait été bien accueilli. Par recon-
naissance, sans doute, il voulut doter d'une biographie les patrons locaux.
Il composa de toutes piéces, en les attribuant à Áténulphe évéque de
Capoue, une Passion (1) de S. Nicandre et de ses compagnons (DHL.
6074), la Vie de S. Marc d'Atino (BHL. 5293) et aussi, selon toute vrai-
semblance, le récit de sa translation (BHL. 5299).
Bon nombre de ces supercheries avaient dés longtemps été dévoilées et
reconnues pour des ceuvres du célébre diacre ; M. C. en a découvert plu-
sieurs autres avec une rare sagacité ; l'histoire de la Vie de S. Denis est,
parmi celles-ci, particuliérement curieuse (2).
Mais, ainsi qu'il était naturel, à découvrir coup sur coup, gráce à une
défiance perspicace, des stratagémes industrieux, on arrive aisément à en
subodorer là méme oü il n'en existe pas. M. C. ne semble pas avoir
échappé à cet écueil, et parfois les indices sur lesquels il base sa convic-
tion, paraissent insuffisants. Ainsi, d'apres lui, la Vie de S. Athanase
BHL. 736, consignée par Pierre dans le Registrum Placidi, est une mise
en ceuvre dramaturgique d'un récit succinct BHL. 739 (3), tandis que la
Vie BHL. 735 ne serait qu'un remaniement de ces deux opuscules. Cette
conception parait inadmissible. La comparaison des textes montre aisé-
ment que la recension DHL. 735 se rapproche plus de l'abrégé que le
récit de Pierre ; et cette constatation est confirmée d'une maniére décisive
par ce fait que le texte DHL. 735 se trouve dans le manuscrit de Naples
VIII. B. 8, écrit, pour cette partie du moins, à la fin du X* siécle ou peu
aprés. C'est donc de là que le diacre Pierre a copié sa Vie d'Athanase, en
lui faisant subir de trés légéres modifications.
Il ne semble pas mieux établi, quoi qu'en pense M. C., que Pierre écri-
vit, sous le pseudonyme d'Adalbert, l'opuscule que nous avons publié jadis
dans cette revue sur S. Martin de Montemassico (4zal. Boll., XXV, 243-
(1i) La Passion plus ancienne BHL. 6072 est republice p. 226-29, d'aprés le
Vallicellanus VIII, avec le prologue insignifiant (cf. Catal. Lat. Rom. 330!*) qui
la rrécéde dans cet exemplaire. — (2) Ce singulier morceau, qui était inédit, est
publié p. 210-19, d'aprés le ms. du Mont Cassin 518. — (3) M. C. a republié
p. 220-25 ce texte, qu'il regarde comme la plus ancienne biographie du saint.
170 BULLETIN
257). Pour le prouver, M.C.se contente de déclarer que le manuscrit XXII
de la Vallicellane, qui nous a conservé ce texte, est d'origine cassinienne
eta été écrit non à la fin du XI* siécle, comme nous l'avons dit, mais
bien au XII* siécle; l'àge du manuscrit ne s'opposerait donc pas à l'inter-
prétation de M. C. Sans vouloir discuter si l'écriture peut ou non étre
rejetée au milieu du XII* siécle, nous constaterons que l'attribution du
volume au Mont Cassin est une affirmation arbitraire ; car il va de soi que
M. C. ne s' imagine pas que les manuscrits en bénéventaine sont,par le fait
méme, originaires de la célébre abbaye. Il restait,d'autre part, à expliquer,
dans l'hypothése de M. C., la latinité extrémement barbare de ce texte,
qui différe absolument, en ce point, de toutes les autres ceuvres de Pierre.
Sans hésiter, M. C. affirme y reconnaitre des incorrections affectées, qui
dénotent une supercherie. Cette interprétation, loin de constituer une
preuve, ressemble plutót à une échappatoire. Car le diacre Pierre a com-
posé bien d'autres récits qu'il prétendit antidater de quelques siécles, sans
jamais faire preuve d'un pareil dilettantisme. On s'explique mal d'ailleurs
pourquoi le rusé faussaire aurait fait bénéficier des ressources les plus
raffinées de son art la plus insignifiante de ses compositions, alors surtout
qu'elle ne semblait pas destinée à étre divulguée. Car c'est un nouveau
sujet d'étonnement : comment cette piéce, écrite en un latin à peine intelli-
gible, eut-elle les honneurs de la transcription, si, au moment méme de
son apparition, on en connut au Mont Cassin le texte revisé par le diacre
Pierre ? Ce ne sont là, sans doute, que des présomptions ; mais elles suffi-
sent à montrer que l'hypothése de M. C. est peu probable. Jusqu'à meil-
leure information, nous retrancherons de la liste des faux commis par
Pierre diacre la Vie de S. Athanase et le récit de la translation des reliques
de S. Martin de Montemassico.
En travailleur qni n'a rien négligé dans ses recherches et qui veut faire
profiter ses lecteurs du fruit de ses observations, M. C. pose, chemin faisant,
bien des questions. Par exemple, il se demande (p. 8) pourquoi la notice
de S. Mennas n'a pas paru dans les Zcía sanctorum. Parce qu'elle viendra
au II novembre. — Les nouveaux documents concernant S. Marc
d'Atino dont M. C. a entendu parler au Mont Cassin (p. 131), pourraient
bien étre les Mtracula S. Marci. Atinensts qui se trouvent dans le Ms. de
l'Université de Padoue 263. XVI, p. 18-24 et dans celui de Naples, Bibl.
Brancacciana, III, D. 7, fol. 240-243, tous deux du XVII* siécle. — La
Passio S. Pasicratis (p. 148) n'est pas omise dans la Bibliotheca hagto-
graphica latina ; elle s'y trouve au n? 6470. H. MonETUS.
13.— * K. ZwiERZINA. Die Legenden der Mártyrer von unzerstór-
barem Leben. Extrait de INNsBRUCKER FESTGRUSS VON DER PHILOSOPHI-
SCHEN FAKULTÓÀT DARGEBRACHT DER 50 VERSAMMLUNG DkvurscHER Purro-
LOGEN U. SCHULMAÓNNER IN GRAZ, p. I30-58. — Dans cette dissertation
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES I7I
drue et laborieuse, M. le professeur K. Zwierzina passe au crible les Actes
des SS. André et Barthélemy chez les Parthes, la Passion ou plutót les
différentes Passions de S. Christophe, celles de S. Georges, de Cirycus et
Julitta, sans compter beaucoup d'autres piéces qu'il attrape au passage. 1l
réduit chacun de ces documents à un certain nombre de traits caractéri-
stiques. Àu bout de quelques pages, le lecteur se trouve déjà en face d'un
monceau énorme de faits assez ressemblants, mais dont l'aspect ne lui
rappelle que de loin celui d'une collection bien classée. Ce qu'il apergoit le
moins, c'est le rapport de ces menus détails avec l'idée principale sous
laquelle ils sont censés étre groupés. M. Z. se propose d'étudier ce qu'il
appelle le type du « martyr à la vie indestructible ». Le terme n'est peut-
étre pas des mieux choisis pour désigner un personnage quise laisse à
plusieurs reprises arracher son áme et anéantir son corps jusqu'au dernier
cheveu. Mais peu importe le mot ; voyons la chose. Le théme de la mort
à répétition est largement répandu dans l'hagiographie ancienne, et la
liste des exemples apportés par M. Z. serait vite enrichie d'un supplément
considérable. Il aurait été intéressant de rechercher oü il s'est formé,
comment il s'est répandu et quels développements traditionnels ont passé
avec lui de légende en légende. C'est là une question de fait, qui revient à
trouver, par les procédés usuels de l'histoire littéraire, un enchainement
généalogique entre un certain nombre de documents. À défaut de cette
recherche, peut-étre difficile à entreprendre, il. valait encore la peine de
dresser une liste aussi compléte que possible de martyres à résurrection,en
les groupant par pays ou par époques. Mais se borner à en étudier quelques
exemples, d'un point de vue purement descriptif, comme s'ils relevaient
d'un genre à part, régi par des lois spéciales, et rattacher ces lois au théme
de la mort réitérée, comme à un caractére essentiel et déterminant,c'est un
peu faire de la classification par amour de l'art. A quoi tend ce grand effort
d'érudition et d'analyse? À démontrer qu'une Passion oü le martyr ressus-
cite, differe en ce point d'une Passion oü il ne ressuscite pas? C'était assez
clair par avance. À montrer que le caractére propre du récit se déduit de
cette différence fondamentale ? Ceci n'est clair ni avant ni aprés. Tout eu
plus pourrait-on dire que l'hagziographe, en vue de ménager une rentrée
plus sensationnelle à son héros, commence par le faire disparaitre aussi
complétement qu'il peut. Tout le reste n'est que remplissage, développe-
ment stérile, lieux communs, que l'on retrouve: identiquement dans des
Passions dépourvues de cet épisode, lequel n'ajouterait guére à leur invrai-
semblance. Le théme de « la vie indestructible » n'est méme pas exclusive-
ment propre à la littérature des Actes des martyrs. On connait des exem-
ples d'ascétes coptes ou éthiopiens qui, par mortification, se suicident une
ou plusieurs fois. Les hagiographes en quéte de merveilleux ont trouvé de
leur goüt cette invention du mort qui s'obstine à ressusciter; ils l'ont
exploitée, comme ils ont exploité le type du martyr impossible à tuer. On
172 BULLETIN
resterait en peine de comprendre que M. Z. accorde une telle importance
à ce motif légendaire si, tout à la fin de sa dissertation, quelques lignes,que
rien n'annoncait, ne venaient nous dévoiler le fond de sa pensée : « Der
« Mártyrer von unzerstórbarem Leben stellt sinnfállig dar die dem Christus
. « zuteil gewordene Erlósung aus dem Tod... » Cette observation, encadrée
de réflexions moins convaincantes encore, étonnerait bien les musulmans,
qui ont accueilli la légende des résurrections de S. Georges. PP.
14. — * Hans MrnrzL. Die biographische Form der griechischen
Heiligenlegenden. München, Wolf, 1909, in-85, 100 pp. — On connait
le beau livre de M.Friedich Leo sur les biographes classiques (1) ; dans sa
thése doctorale, M.H. Mertel a eu l'heureuse idée de s'inspirer de cetouvrage
et d'entreprendre une étude analogue sur les Vies de saints grecques. Lés
écrivains byzantins qui nous ont laissé ces biographies se sont-ils conformés
aux lois traditionnelles du genre ? trouvons-nous dans leurs écrits des tra-
ces de l'influence d'une école littéraire ? La question, on le voit, n'intéresse
pas que l'histoire de la littérature, elle est importante aussi pour l'hagio-
graphe. L'examen de M. M. a porté sur onze biographies, dont pour la
plupart l'auteur est connu et qui s'échelonnent du IV* au IX* siécle. La
premiére en date est la vie de S. Antoine par S. Athanase ; celle de S. Jean
le Psichaite est la plus récente ; M. M. compte étendre ses recherches
jusqu'à l'époque du Métaphraste. Voici les conclusions du travail : c'est
surtout dans l'introduction et dans la conclusion que les lois de l'épfkd)utov
se font le plus sentir ; le corps méme du récit, gráce à la nature du sujet
traité, se soustrait d'ordinaire à la tyrannie de la rhétorique ; le: biographe
y retrace, à la maniére aristotélicienne popularisée par Plutarque, les
événements dans l'ordre chronologique, sauf à faire jaillir du récit méme
la caractéristique de son héros ; là aussi se fait. jour la note individuelle
del'auteur. Toutefois, dans les Vies qui se présentent sous forme de dis-
cours, l'influence de la rhétorique est plus marquée. Parmi les biographes
dont les ceuvres sont analysées, Cyrille de Scythopolis (2),avec son exposé
tout objectif, son souci d'une chronologie exacte, semble indépendant de
toute tradition littéraire ; c'est avec raison que M. M. regrette qu'il n'ait
pas davantage fait école.
Sans doute, la base sur laquelle a opéré M. M. n'était pas assez large
pour arriver à des résultats entiérement sürs; bon nombre des écrivains qui
ontretracé la vie des ascétes se souciaient vraisemblablement assez peu des
préceptes de la rhétorique ; les Vies de saints dont ils étaient nourris, leur
(1) Friedrich LEo, Die Griechisch-Rómische Biographie nach ihrey litterarischen
Form. Leipzig, 1901. — (2) On est un peu surpris d'entendre dire à M.M. (p. 63)
que, dans une grande bibliothéque comme celle de Munich, il n'a pas trouvé
les vies de S. Euthyme et de S, Sabas par le méme auteur.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 173
servaient avant tout de modéle ; et ce n'est que bien indirectement qu'ils
ont subi l'influence d'une école littéraire.
Il faut souhaiter que M. M. nous donne bientót la suite de cette inté-
ressante étude, qui fait grand honneur àl'école qui l'a formé.
V.D. V.
15. — * S. Baniuc-Gourp and John FrisuEn. The Lives of the British
Saints. The Saints of Wales and Cornwall and such Irish Saints as
have Dedications in Britain. Vol. II. London, Clark, 1908, in-89, iv-
477 pP., illustrations (Publication de la SocriEgrv or CvuMRoDponioN). — En
rendant compte du premier volume, nous avons signalé le but et le
plan de cet ouvrage (/4zal. Boll., XXVII, 432). La publication se pour-
suit rapidement, puisque le second tome a paru moins d'un an aprés le
premier. Il contient les notices des saints depuis Cadell jusqu'à Ewryd.
Les principales sont celles consacrées aux SS. Cadoc, Ciaran, Dubricius,
et surtout celle de S. David, le patron du pays de Galles. Aprés avoir
mentionné les documents relatifs à chaque personnage, MM. B.-G. et F.
retracent la vie du saint d'apres l'histoire ou la légende et signalent les
particularités du culte. Plusieurs articles auraient singuliérement gagné en
précision s'ils avaient été précédés d'une étude critique des textes anciens,
de l'examen de leur valeur et, dans la mesure du possible, de leurs sources.
Dans les biographies telles qu'elles sont rapportées ici, il est souvent bien
difficile, parmi toutes les formules atténuantes, de distinguer les faits admis
par le rédacteur moderne d'avec les opinions qu'il rapporte sans les faire
siennes, et finalement c'est au lecteur qu'est laissé le soin de discerner le
noyau d'événements historiques. Il en résulte l'impression d'un exposé trés
circonstancié, mais confus. H. MonETUs.
16.— Joseph ScHárzER. Herkunft und Gestaltung der franzósischen
Heiligennamen, dans les RowaANiIscHE FonscHUNGEN publiées par Karl
VOoLLMOLLER, t. XXII, 1 (1906), p.1-95.— Travail surtout philologique, qui
rendra de bons services aux historiens. C'est une étude sur l'origine, la
formation, l'évolution de la forme frangaise (et provengale) des noms de
saints. La source principale de renseignements est naturellement l'ensem-
ble des noms de lieux tels qu'ils nous sont connus,pour les diverses époques,
par les documents diplomatiques et historiques et par l'usage actuel.
L'information de M. S., puisée dans les cartulaires, les pouillés, les textes
proprement historiques, comme aussi dans les excellents « Dictionnaires
topographiques » francais et dans les communications verbales ou écrites
qu'il s'est procurées sur place, est trés étendue et les détails qu'il a ras-
semblés sont innombrables. Le tout forme un ensemble fort intéressant
ettémoigne d'un labeur approfondi et consciencieux. Voici la table des
chapitres. I. Zur Geschichte der franzósischen Heiligennamen (p. 8-19) ;
174 BULLETIN
paragraphe préliminaire, contenant les généralités du sujet. Quelque soin
qu'il ait pris de s'informer aux bons endroits, on sent parfois que l'auteur
n'est pas ici sur son terrain. II. Lautltche Gestaltung der. Heiltgennamen
(p. 20-79) : 8 1x. Namen vorwiegend in frauzósischen Mundart (p. 25-54) ;
$2. Die Heiligennamen 1n-der provenzalischen Mundart (p. 54-69); $3.
Eine ch-Prosthese bet. einigen. Namen (p. 69-74) ; $ 4. Nominativ- und
Accusativbildungen (p. 74-78) ; $ 5. Namen mit. Accentversctzung (p. 78-
79). HII. Mit. « Dominus » zusammengesetzte Hetligennamen (p. 79-85).
IV. Die Heiltgennamen 12 der. Volksetymologie (p. 85-93). A. P.
17. — * Ellen JeRcENsEN. Helgendyrkelse i Danmark. Studier
over Kirkekultur og kirkeligt Liv fra det 11'9 Aarhundredes
midte til Reformationen. Kebenhavn, Hagerup, s. a. (1909), in-8*,
[virr]-176 pp. Kr. 4. — L'auteur a pris la peine de résumer en frangais, en
fort bon frangais, les principales idées exposées dans son ouvrage sur le
culte des saints en Danemark (p. 162-75). Cette large esquisse, qui n'est
pas le moins du monde un décalque du livre, ni une table des matiéres un
peu amplifiée, mais qui constitue en quelque sorte une rédaction origi-
nale, suffira probablement au grand public. Les travailleurs, les historiens,
voudront lire l'ouvrage lui-méme. C'est là seulement qu'ils trouveront,
avec de nombreuses références à la littérature tant publiée qu'inédite,
une quantité de renseignements intéressants. L'histoire et le culte des
saints, les relations du pays avec l'extérieur, la vie religieuse, la culture
intellectuelle et artistique, les ceuvres charitables du clergé et du peuple
danois au cours du moyen áge, tout cela est représenté par une série de
menus détails, pas tous caractéristiques, certes, mais tous pris dans les
sources locales, et si abondants, si disparates, qu'en dépit d'une division en
trois parties, l'auteur a eu quelque peine parfois à constituer un plan
ferme et nettement distribué.
Un premier chapitre (p. 2-44) est surtout consacré à détailler les diverses
influences sous lesquelles s'est introduit, développé et modifié le culte des
saints : influence prépondérante de l'Allemagne, mais aussi de l'Angle-
terre, de l'Italie, de l'Orient (à la suite des croisades), des Cisterciens,
des ordres mendiants, des universités étrangéres dans lesquelles les
Danois étaient allés étudier, des associations de marchands etc. etc. Un
second chapitre s'occupe des saints indigénes (p. 45-58). Un troisiéme
(p- 59-135) utilise d'innombrables matériaux pour caractériser une série de
saints ou de groupes de saints honorés vers la fin du moyen àge et pour
décrire en méme temps les idées religieuses du temps, qu'elles aient plus
ou moins de rapport avec le culte des saints proprement dits. Suit un
appendice excellent et qui a dü coüter beaucoup de travail (p. 136-55) :
une liste de saints et saintes, accompagnée de l'indication, avec références
précises à l'appui, des églises ou des couvents placés en Danemark sous
——— —— o o —— Àáá———
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 175
leur patronage (par ex. plus de 60 pour S. Laurent, environ IoO pour
S. Nicolas, davantage encore pour la Ste Vierge). Enfin, avant le résumé
francais, une bonne table (p. 156-61).
L'auteur, dés qu'il le peut, ne manque pas de signaler les conclusions
un peu plus générales qui se dégagent des faits; mais, avant tout, son
travail est un recueil de faits, dans lequel historiens, hagiographes et folk-
loristes pourront puiser maint renseignement utile (1). A. P.
18. — * Louis Kanr. Florence de Rome et la Vie de deux saints de
Hongrie. Extrait de la REvUE DEs LANGUES ROMANES, t.LII (1909), p. 163-
I8o0. — M. K. veut étudier le róle de la Hongrie dans la chanson d'aventu-
res de Florence de Rome et, plus généralement, dans le conte de « la
femme chaste convoitée par son beau-frére. » Dans certaines versions, la
femme innocente est la fille du roi de Hongrie ; dans d'autres, le mari et
le beau-frére sont des princes hongrois. ll y a là, pense M. K., un effet de
l'influence de deux Vies de saints d'origine hongroise, St* Élisabeth et
S. Émeric. Cela ne nous parait pas bien sür. Les traits de ressemblance
sont vagues ; les rapprochements faits par M. K., souvent forcés, et, pour
tout dire, sa dissertation témoigne de plus d'érudition que de méthode.
ACE.
19. — * Ernst TiEbEMANN. Passional und Legenda aurea. Berlin,
Mayer & Müller, 1909, in-85, vi11-153 pp. (- PALAEsTRA. UNTERSUCHUN-
GEN UND TEXTE AUS DER DEUTSCHEN UND ENGLISCHEN PHILOLOGIE,
LXXXVII). Mk. 4,50. — L'interminable poéme épique allemand connu
sous le nom de Passional — on sait qu'il comprend plus de 100,000 vers —
est étudié ici, non pas au point de vue historique, ni au point de vve pré-
cisément philologique, mais au point de vue littéraire. M. T. sait que le
poéte a puisé dans diverses sources ; mais il se limite sagement et néglige
toutes les autres, pour s'en tenir à la source principale, la Légende dorée ;
c'est en comparant celle-ci au poéme qu'il veut arriver à déterminer les
traits caractéristiques de ce dernier, les procédés qui y sont mis en ceuvre,
sa valeur littéraire, laquelle n'est pas mince. Pour arriver à son but, M. T.
a épinglé une quantité prodigieuse de minimes observations, qu'il expose
(1) Il est fatal que dans un si grand nombre de détails quelques inexactitudes
se soient glissées. Si je vois bien, elles concernent surtout ce qui n'est pas
spécifiquement danois. Ainsi on dit et on répéte (pp. 16et I15) que le culte de
S. Georges n'a été apporté dans PEurope occidentale qu'à l'époque des croisa-
des; cependant Grégoire de Tours (im glor. mart. 100) ct Venant Fortunat
(Carm. II, 12), pour ne citer que ces deux-là, montrent qu'il faut remonter cinq
siécles plus haut. A propos de S. Eloi (p. 132, note 2), l'auteur hésite devant la
légende si connue du pied coupé ; que n'a-t-il consulté, par exemple, les articles
de M. Gaidoz dans Mélusine (cf. Anal. Boll., XVII, 248).
176 | BULLETIN
d'une maniére fort serrée, mais toujours claire, dans une série de chapi-
tres oü. sont examinées successivement les transpositions opérées par
le poéte, les omissions, les additions, les variantes de fond qu'il adopte sur
certains détails, son style enfin, de facon à mettre en relief non seule-
ment son « faire » poétique, mais ses connaissances positives, ses concep-
tions, ses tendances, sa personnalité. Ce travail, éminemment conscien-
cieux, se rapporte d'ailleurs trop indirectement à nos études pour que nous
nous y arrétions davantage (I). AD.
20. — * Cyrille CHAROoN (C. P. KanarEvskiv). Histoire des patriar-
cats Melkites. Tome III, fasc. i. Rome, 1909, in-85, paginé 1-304 pp. —
Je ne sais comment caractériser l'impression que laisse le volume de
M. l'abbé Charon. L'auteur posséde incontestablement une connaissance
étendue de son sujet. Les « institutions » actuelles du rite grec uni, et
notamment la liturgie melkite, lui sont devenues familiéres par la prati-
que et par l'observation directe. Sur la période ancienne, il a compulsé et
colligé une masse vraiment imposante de documents en grande partie
inédits ou pcu accessibles. Mais il semble n'avoir pas réussi à trouver un
principe d'ordre pour trier et classer ces matériaux de valeur fort inégale
et dont la répartition chronologique et géographique est naturellement
assez irréguliére. Nous nous permettons de penser qu'il aurait gagné à se
borner. Il existe peut-étre des bibliographes qui tiennent à connaitre jus-
qu'au dernier manuel imprimé en grec ou en arabe à l'usage des prétres,
des clercs, des servants de messe ou des simples fidéles de l'église melkite.
Il y en a certainement beaucoup moins qui s'intéressent aux petits secrets
de librairie qui se cachent derriére telle ou telle publication liturgique de
fraiche date. ll en est moins encore qui aimeront à chercher le détail qui
les occupe parmi des considerations de théologie pastorale, des observa-
tions purement techniques de typographie ou de reliure, des digressions
philologico-grammaticales et méme des saillies de polémique.A travers cet
ensemble un peu disparate, on croit discerner la préoccupation constante
d'appeler la tradition à la rescousse de certaines réformes pratiques. C'est
dece point de vue que l'auteur a traité la question du calendrier, des
(1) Quelques remarques faites en passant montrent que M. T., — et c'est bien
excusable — est moins versé en hagiographie qu'en littérature, Ainsi, p. 46,
il aurait corrigé la fausse lecon de la Légende dorée, éd. Graesse, p. 467 : ab
episcopo Oxoviensi, s'il s'était rappelé que S. Dominique fut chanoine ct archidia-
cre d'Osma (Oxomensis) ; p.48, la Ste TAcodora qui vient apporter des aliments à
Ste Anastasie (Légende dorée, ed. Graesse, p. 49) est en réalité Ste. T/tcodota
(BHL. 8093), et il est douteux que ce soit pour éviter un anachronisme que le
poéte a supprimé le nom, défiguré ou non, qu'il avait trouvé dans la Légende.
Ce sont là du reste, vu le but et l'ensemble des recherches de M. T., de pures
vétilles.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 177
offices propres, des fétes locales etc. Il a aussi consacré une page au syna-
xaire (p. 119-20) ; elle contient à l'adresse des Bollandistes une politesse qui
nous force à glisser sur le reste.
Il y a, nous semble-t-il, moins de réserves à élever contre le chapitre
relatif à l'histoire de la hiérarchie des patriarcats melkites (p. 213-69).
L'information en est étendue et consciencieuse, si elle n'est pas toujours de
premiére main. L'exposition y est sobre et conforme aux saines habitudes
des travaux d'érudition. Ces pages substantielles, consultées avec discer-
nement, rendront de trés appréciables services.
L' Histoire des patriavcats melkiles formera trois volumes, qui parai-
tront en ordre indéterminé. Le fascicule qui vient d'étre analysé, repré-
sentela premiére partie du t. III. li contient d'excelléntes promesses et
quelques sujets d'inquiétude sur la matiére qui remplira les cinq fascicules
restants. Il ne dépend que du laborieux et savant auteur que les premiéres
seules se réalisent. DP.
21. — * Carl FnriEpRICH. Halonesos. In-4?, 18 pp. (Kónigl. Friedrich
Wilhelms-Gymnasium zu Posen. Beilage zum Jahresberichte Ostern
1905).— Halonnesos est une petite ile de la mer Égée, située à 8o kil. ouest
de Lesbos, à 30 kil. sud-ouest de Lemnos, et désignée sur les cartes sous
le nom de Hagiostrati, en turc Bozbada. En avril 1904, M. F. a employé
quelques jours de ses vacances à la visiter, et il nous donne les résultats
de son exploration. Ce qui nous intéresse, c'est que l'ile doit son nom
actuel à un S. Eustrate qui aurait autrefois habité le pays. Un plateau au
nord-est de l'ile est également appelé Hagios Eustratios, et on a une vague
connaissance d'un tombeau qu'on disait étre le sien etqui se montrait
encore au XVI* siécle. Quel est ce saint Eustrate ? M. F. a vu un manus-
crit dela vie du patron, datée de 1622 et écrite par Agapios moine de
Créte, — c'est évidemment Agapios Landos; — malheureusement il n'a
pas eu le temps de le lire. Alors, il a eu recours à la conjecture et identifié
l'éponyme de l'ile avec S. Eustrate moine de Bithynie (9 janvier, Act. SS.,
Ian. 1, 598), qu'il a fallu en conséquence faire voyager et résider quelque
temps à Halonnesos. Il eüt fallu tenir compte, cependant, de l'inscription
de l'église principale dédiée au saint : dvoikobourün TO óeUTepov Ó Ocioq
vaóg ToO peyalouóáprupog Eo01paríou etc. La tradition du pays veut
donc qu'il s'agisse d'un martyr, et d'un martyr célébre. À moins de dire
qu'il y a eu dans l'ile un martyr indigéne, dont on ne sait rien d'ailleurs,
ce ne peut étre que le S. Eustrate du 13 décembre, chef d'un groupe trés
connu de cinq martyrs. Celui du 2 novembre (Syzax. Eccl. CP. 190) n'a
point de notoriété suffisante. Les souvenirs locaux s'expliqueraient, comme
en d'autres cas semblables, par des légendes qui attestent simplement la
popularité du saint et n'ont aucun fondement historique. Hagiostrati
ANAL. BOLL. XXIX. I3
178 BULLETIN
compte une quarantaine d'églises ou chapelles, dont les vocables sont
parmiles plus répandus en pays grec: Hagios Taxiarchis (S. Michel),
H. Georgios (plusieurs), H. Minas, Mikri Panagia, H. Triada, H. Elias,
H. Ioannis, H. Dimitrios (plusieurs), H. Ioannis Mesianis, H. Aeca-
terina, H. Michael, H. Constantinos, H. Panteleemon, H. Metamorpho-
sis, H. Alexios, Panagia Evangelistria, Panagia Zoodochos, autre Panagia,
H. Barbara, H. Nicolaos, H. Anargyri. M. F. fait remarquer que beau-
coup de ces chapelles sont báties prés d'une source. H. D.
-22. — * Mons. G.C&ripouio. La diocesi di Valva e Sulmona.Volume
I. Le origini cristiane. Casalbordino, N.de Arcangelis, 1909, in-8^, 191 pp.
L. 2,50. — On dite diocése de Valva, comme en France l'évéché de
Tarentaise ; mais pas plus que Tarentaise, Valva n'est une ville ; c'est le
nom d'un pays, d'un comté, dont le chef-lieu était Pentima, construite
sur les ruines de l'antique Corfinium et oü se trouvait peut-étre le siége du
diocése de Valva, tant que celui-ci fut autonome. Il fut d'ailleurs de bonne
heure (du temps de S. Grégoire le Grand ?) réuni avec celui de Sulmona
sous la juridiction d'un seul titulaire, qui se disait et se dit encore
aujourd'hui episcopus Valvensis et Sulmonensis, Valva venant en téte. Il
y eut jadis entre les tenants des deux églises, déjà unies du reste, des com-
pétitions de prééminence (luttes littéraires, procés en cour de Rome),
compétitions d'un caractére un peu rétrospectif, sans doute, et pour ainsi
dire archéologique, mais qui n'en furent pas moins vives pour cela. Mais
ces temps sont lointains, et on a plaisir à voir l'auteur de l'ouvrage que
nous annongcons, malgré son titre d'archidiacre de Sulmona, planer bien
haut au dessus de ces querelles de clocher et les raconter avec la sérénité
et l'impartialité d'un historien.
Le premier volume qu'il consacre aux deux diocéces unis était certes le
moins commode à écrire. Car les documents historiques proprement dits
font entiérement défaut, etl'auteur n'avait à sa disposition que des légen-
des hagiographiques. Et quelles légendes ! Deux surtout occupent le pre-
mier plan et retiennent l'attention de Mgr Celidonio au cours d'environ
Ioo pages : la Passion de S. Pelin, évéque de Brindisi, qui aurait été mar-
tyrisé à Corfinium sous Julien l'Apostat (DHL. 6620), et la Vie de S. Pam-
phile, évéque de Sulmona au VII* siécle, non pas le résumé fait au XV*
siécle et publié dans les zcía sanctorum (DHL. 6418), mais le texte
inédit que Mgr Celidonio imprime, p. 87-92, d'aprés un manuscrit du
XL siécle appartenant au chapitre de Bénévent (1).
(1) Mgr C. connait encore deux autres exemplaires et en possédc la collation :
le Vaticanus 7810 (et pas 7818, comme il est dit p. 85), du XIVe* siécle, et une
copie du XVI* siécle conservée à la cathédrale de Sulmona. Mais il n'a pas jugé
bon de préparer une édition critique et s'est borné à reproduire le ms. de
Bénévent en notant d'aventure quelques variantes de celui de Sulmona,
DBS PUBLICATIONS, HAGIOGRAPHIQUES 179
Les deux piéces, Passion de S. Pelin et Vie de S. Pamphile, datent du
XI* siécle ; elles ne sont pas plus récentes, car on a, del'une et de l'autre,
un exemplaire de cette époque (pour la Passion, le Vaticanus 1197) ; il ne
semble pas d'ailleurs qu'elles soient plus anciennes. Le but des deux
hagiographes est bien mis en relief par Mgr Celidonio : pour le premier,
exalter Corfinium et le diocése de Valva ; pour le second, à la fois abaisser
Corfinium et exalter Sulmona. Le récit, de part et d'autre, est lamentable-
ment légendaire, et la Vita Pamphili, par exemple, pour rehausser les
mérites de son héros, met en scéne un pape « Georges » à qui elle fait
jouer un róle parfaitement ridicule. Bien que le caractére fabuleux des deux
textes saute aux yeux, Mgr C. a cru bon de le faire toucher du doigt par
une démonstration détaillée. Je n'oserais pas dire que toutes les considé-
rations qu'il. multiplie soient également décisives ; mais il y en a plus
qu'assez pour convaincre les plus rebelles. Mgr C. montre aussi fort bien
que les deux saints sont néanmoins des personnages réels, dont l'existence
est attestée par des témoignages, bien vagues sans doute (1), mais indépen-
dants des récits légendaires et antérieurs à ceux-ci.
Jai plusde peineà le suivre quand il s'attache à montrer, avec une
insistance étonnante et, je crois, injustifiée, que, tant pour S. Pelin que
pour S. Pamphile, l'hagiographe n'a pas voulu faire ceuvre d'historien,
mais écrire un roman mystique et se livrer, comme il dit, à un pur exer-
cice ascétique. Les raisons apportées àl'appui sont bien faibles et parfois
aussi bien étranges. Quelle singuliére idée, par exemple, de donner comme
preuve décisive de ce que la Passio Pelini, lors de sa rédaction au XI*
siécle, fut et publiée et regue comme un simple roman ascétique et non
comme un morceau d'histoire, ce fait qu'elle fut dans la suite et jusqu'au
XVI* siécle oubliée et négligée (p. 62) ! Ou encore de déclarer que la
Vita Pamphili « regut le baptéme historique » au XV* siécle, quand on y
tailla des lecons pour l'office liturgique du saint (p. 11o). |
Aprés ces deux premiéres parties, sur S. Pelin et S. Parrphile (p. 1-148),
dans lesquelles, à cóté de maintes considérations discutables, on trouvera
encore rassemblés des renseignements utiles sur leur culte (2), Mgr C.
S'occupe successivement I) de S. Félicien de Foligno, dont certains histo-
riens modernes ont fait le premier apótre de Sulmona ; ici Mgr C. repro-
(1) S. Pelin, opine Mgr. C., pourrait bien étre un martyr local des premiers
siécles, C'est là une simple conjecture, mais qui n'est pas invraisemblable.
S. Pamphile serait, lui, un évéque de Sulmona. — (2) Il n'est pas exact de parler
du culte de S, Pamphile en Espagne («fu venerato in Spagna », p. 125). Les
faits signalés par Mgr C. se réduisent à ceci que la chronique apocryphe de
Maxime et l'inévitable Tamayo de Salazar ont tenté d'accaparer S. Pamphile
et d'en faire un évéque de Valva en Espagne. Pure fraude de lettrés, qui n'a
rien à voir avec le culte, soit liturgique, soit populaire.
18o BULLETIN
duit (p. 149-56), avec de légéres modifications, une étude publiée par lui en
I9o2 et qui a déjà été appréciée ici (cf. 412a]. Boll., XXII, 491-92) ; 2) de
S. Savin de Spoléte, qui, d'aprés d'autres modernes, aurait été originaire
de Sulmona, comme aussi sa soeur. Diocletiana et la servante de celle-ci,
Ste Nundina. Se référant à un excellent article du. chanoine Lanzoni (cf.
Anal. Boll., XXIII, 95-96), Mgr C. rappelle (p. 156-58) qu'il n'en est rien
et que, de plus, Diocletiana et Nundina sont des personnages imaginaires.
Le terrain ainsi déblayé et toute cette végétation légendaire mise au
feu, comme il convient, Mgr C. étudie dans les derniéres pages (p. 159-
182) la propagation du christianisme dans le pays. S.Pelin et S.Félicien ne
pouvant en étre considérés comme les premiers apótres, il ne reste à peu
prés rien à dire de bien positif. Le premier souvenir chrétien qui subsiste
est une épitaphe, qui n'est pas antérieure au IV* siécle. Mgr C. est toute-
fois porté à croire que la foi chrétienne fut préchée sur le territoire de
Valva-Sulmona dés le temps de S. Pierre, mais sans qu'il y eüt de diocése
constitué, au moins durantles trois premiers siécles. Le second point ne
fait pas de doute ; le premier trouve-t-il un point d'appui suffisant dans les
raisons déduites par Mgr C. ? J'ai dela peine à m'en persuader. A. P.
23. — * Eugéne Du»pRar. Les origines de l'église d'Avignon (des
origines à 879). Paris, Ficker, 1909, in-8», 148 pp. (Extrait des MÉwor-
RES DE L'ÁCADÉMIE DE VaucLusE, t. VIII, p. 373-405 ; t. IX, pp. 1-50,
105-68). — L'église d'Avignon est trés mal renseignée sur ses origines.
Méme au XII* siécle, elle manquait totalement, non seulement d'informa-
tions précises et plausibles, mais méme de traditions établies. Les légendes
hagiographiques par lesquelles on a tenté d'illustrer ce passé nébuleux, sont
rares, de trés basse époque et de nulle valeur. Un beau jour, est venu Poly-
carpe de la Riviére, et ses innombrables faux ont abouti, rien que pour
Avignon, à aligner, dansla période antérieure au X* siécle, une liste de
plus de cinquante évéques, alors que l'histoire authentique en connait à
peine une douzaine. Déjà, daus ses F'astes épiscopaux, Mgr Duchesne a,
d'une main ferme, jalonné le terrain et opéré le nettoyage nécessaire. Ce
travail, naturellement sommaire, est repris par le menu et largement
développé dans la monographie de M. D. Il n'a pas reculé devant la
táche fastidieuse de compulser la « prodigieuse quantité de travaux d'en-
semble et d'études de détails », tant manuscrits qu'imprimés, qui ont été
composés, depuis le XVII* siécle, sur les premiers siécles de l'église
avignonaise, De ses recherches est résulté un mémoire d'une érudition
abondante, peut-étre méme un peu trop touffue, d'une grande fermeté
dans la critique, et dont les conclusions, les unes catégoriques, comme il
convenait, les autres sagement conjecturales, seront accueillies avec
faveur par les historiens. Il lui arrive de marquer un progrés méme sur
Mgr Duchesne, et il semble bien, par exemple, que l'évéque Salutaris qui
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES I8I
fut présent en 517 au concile d'Épaone, n'appartient pas à Avignon,
mais à Avenches (p. 64). L'hagiographie occupe une large place dans ce
consciencieux mémoire, comme on peut le voir par les chapitres I. « La
légende de St* Marthe au point de vue Ávignonais » (p. 5-25) ; II. « La
légende de S. Ruf » (p. 26-43, cf. p. 121-26) ; VI. « La question de
S. Magne. Examen de la vie de S. Agricol » (p. 73-93), etc. (1).
A. P.
24. — * P. Pirmin LixpuEn, O. S. B. Monasticon metropolis Salz-
burgensis antiquae. Verzeichnisse aller Aebte und Própste der
Mánnerklóster der alten Kirchenprovinz Salzburg. Salzburg, Pustet,
I908, in-45, x111-554-[48] pp., 2 ff. — Le sous-titre en allemand indique
exactement ce qu'on trouvera dans ce magnifique ouvrage. Il s'agit de
l'ancienne province ecclésiastique de Salzbourg, c'est-à-dire, outre l'arche-
véché de Salzbourg lui-méme, des quatre diocéses qu'il a fondés (Chierm:-
see, Lavant, Gurk, Seckau) et des diocéses suffragants (Brixen, Freising,
Passau, Ratisbonne). Il s'agit des monastéres d'hommes et, parmi eux,
de ceux-là seuls qui ont à leur téte des abbés ou des prévóts, c'est-à-dire
des supérieurs nommés à vie. Sont donc compris les chanoines Augustins,
les Bénédictins, les Cisterciens, les Prémontrés; sont exclus les ermites
Augustins, les ordres mendiants et le reste. Le départ ainsi fait, fort sage-
ment et fort pratiquement fait, au point de vue du territoire et des instituts
religieux, il reste le chiffre respectable de 133 couvents et de plus de 5000,
de presque 5500 abbés et prévóts. Pour chaque couvent, on trouve en téte
une notice claire, concise, mais riche en renseignements précis et utiles ;
l'indication des sources, de la « littérature », est notamment une merveille.
Pour chaque abbé ou prévót, sur quatre colonnes : r) le nom et, éventuel-
lement, quelques détails biographiques; 2)le lieu d'origine; 3)et 4) le
commencement et la fin du gouvernement; le tout accompagné en note,
quand il y a lieu, de références spéciales.
L'ouvrage a demandé, avant d'étre mené à bien, un travail énorme, tant
pour dépouiller les sources (catalogues d'abbés, nécrologes, annonces et
notices nécrologiques, annales, chroniques, cartulaires etc.) que pour
tenir compte des publications récentes, histoires générales ou monogra-
(1x) L'abondant Erratum (p. 147-48) n'a pas épuisé la liste des fautes, vraiment
trop nombreuses, qui déparent l'ouvrage. Ainsi, rien que dans les notes de la
p. 7: « Delahaye », « bysantinac », « Büthner-Wobst », « éd. des Mon, »... M.D.
utilise parfois des éditions périmées (par ex., il cite couramment Adon d'aprés
Surius, et les Anales Bertiniani d'aprés Dehaisnes) ou des ouvrages qu'on
s'étonne de voir apportés comme références (par ex. le Dictionnaire d'Hélyot,
pour attester que les papes Adrien IV et Jules II auraient appartenu à la con-
grégation de Saint-Ruf).
' 182 BULLETIN
phies. Les inappréciables renseignements qui sont prodigués à pleines
mains parle P. Pirmin sont encore augmentés par les 14 appendices qui
occupent les p. 471-505 et qui, s'ils ne rentrent pas tous également dans
le cadre de l'ouvrage principal, seront les bienvenus des travailleurs et
rendront, eux aussi, les plus précieux services. L'usage de cet excellent
instrument de travailest, de plus, facilité par 48 pages de tables alphabé-
tiques, paginées à part et renfermant, sur quatre colonnes, plus de 1oooo
noms.
En résumé, le P. Pirmin, à qui l'histoire monastique de son pays doit
déjà tant, nous a donné là un ouvrage de tout premier ordre (1), et on ne
saurait trop lui étre reconnaissant. Notre gratitude ira aussi,comme il est
juste, à son savant abbé le R"e Willibald Hauthaler, qui avait lui-méme,
il y a tantót quarante ans, projeté et commencé un recueil semblable. S'il
en a été distrait par d'autres beaux travaux et finalement par la haute
dignité à laquelle il a été élevé, 11 a poussé et encouragé son modeste et
savant confrére à achever une ceuvre que nul autre probablement n'au-
rait pu mener à terme, que nul autre certainement n'aurait si brillamment
réalisée. Une charmante préface du prélat nous dit la grande et juste
joie qu'il éprouve en voyant aboutir si heureusement un dessein qui lui
était cher. A. P.
25. — * Jos. M. B. Cravss. Oberehnheim, Landkapitel, Kanton
und Stadt. Odilienberg, Berg und Kloster. Zabern, Fuchs, 1909,
in-12, 53 pp. (— ErsássiscHE SráprEBiLDER, Heft III). Extrait de l'Histo-
risch-lopographisches Worterbuch des. Elsass. — Contient une courte
notice biographique (p. 37-39) sur St* Odile, avec une assez abondante
bibliographie (p. 49-51). A.P.
26. —* K. SrRECKER. Dreves Hymnologische Studien, dans Zzrr-
SCHRIFT FüR DEUTSCHES ÁLTERTUM, t. LI (1909), Anzeiger, p. 43-60. —
M. S. soumet à une critique pénétrante les raisons apportées naguére par
feu G. M. Dreves pour attribuer à Venant Fortunat et à Raban Maur un
certain nombre de poémes (voir Azal. Boll., XXVIII, 213). Le résultat est
que plusieurs de ces piéces ne sont certainement pas de ces auteurs et que,
quant à toutes les autres, l'attribution est à tout le moins douteuse et nul-
lement prouvée. A. P.
(1) Voir, avec bien des détails dans lesquels nous ne pouvons entrer ici, et
aussi avec quelques utiles remarques, une juste appréciation du Momnasíttcon par
M. Franz MaRrIN, dans les MITTEILUNGEN DES INSTITUTS FüR ÓSTERREICHI-
SCHE GESCHICHTSFORSCHUNG, t. XXX (1909) p. 527-32.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 183
27. — * Le chanoine Ulysse CHEVALIER. Hymnes et proses inédites
de Claude Santeul. Paris, Picard, 1909, in-89?, xx-375 pp. (— BiBLIorHE-
QUE LITURGIQUE, t. XII). 474 piéces publiées d'aprés le manuscrit, proba-
blement original, qui est en la possession de l'éditeur, et collationnées sur
des manuscrits de Reims et de la Mazarine. L'auteur est le frére ainé du
célébre Victorin Jean Santeul, et le cousin d'un troisiéme hymnographe,
celui-ci doublement son homonyme, Claude Santeul, marchand et échevin
à Paris. Il a célébré les louanges d'environ 130 saints, dont on trouvera
Jes noms dans les tables alphabétique et méthodique imprimées p. 369-75.
A. P.
28. — * P. Syxtus [Scaar14]. Notiones archaeologiae christianae
disciplinis theologicis coordinatae. Vol. I. r. Vol. II. r. Romae, 1908-
I909, in-8^, 464 et vr1i1-398 pp.,gravures. L. 4 et 6. — Le P. Sisto est un des
gardiens de la catacombe de Calliste. Il passe de sa cellule sous terre sans
méme prendre aucune des précautions d'hygiéne dont l'oubli serait fatal à
tout autre. Aussi n'est-il personne, actuellement, qui soit mieux à méme
que lui de donner une description exacte des monuments qu'il a constam-
ment sous les yeux. On s'en apercoit en feuilletant ses livres, qui n'ont pas
l'allure des manuels ordinaires, et oü il y a beaucoup de bonnes observations
qui dénotent un cil exercé. Évidemment, tout n'est pas original dans ces
volumes et ce n'est pas toujours en résumant les idées d'autrui que le
P. Sixte écrit ses meilleures pages. Les faits acquis et les hypothéses con-
troversées devraient se distinguer nettement dans un ouvrage destiné à l'en-
seigenement. Le choix des autorités devrait étre trés sévére, et je ne com-
prends pas beaucoup l'insistance du P. Sixte à invoquer l'opinion de cer-
tains amateurs notoirement incompétents. On regrette aussi de voir figurer
dans le manuel quelques monuments reconnus faux,comme la pierre gravée
représentant une martyre dans l'amphithéátre (I, p. 185). En tout cas, il
faut louer l'auteur de s'étre gardé des exagérations de ceux qui retrouvent
dans les catacombes tous les dogmes et toute la discipline catholique. C'est
une Théologie monumentale aux tendances modérées, dont le second
volume surtout sera lu avec fruit par les commengants. Ajoutons que l'illus-
tration est trés abondante et en partie neuve. H. D.
29. — * J. WirPERT. Die Papstgráber und die Cáciliengruft in der
Katakombe des hl. Kallistus. Freiburg im Breisgau, Herder, 1909, in-
fol., xiv-209 pp., mit 70 Abbildungen im Text und 9 Tafeln. (— I. ERGàN-
ZUNGSHEFT ZUR Dx Rossr's « RoMA SOTTERRANEA »). — Ce volume s'annonce
comme le premier d'une série que ne manquera pas de s'accroitre ; l'acti-
vité bien connue de Mgr W. en est un sür garant. L'auteur ne se propose
point de refaire la Roma solterranea, ce qui paraitrait, en effet, assez
téméraire, mais de la compléter. C'est un vrai service rendu aux archéolo-
84 | BULLETIN
gues de ne pas laisser s'accumuler indéfiniment les matériaux nouveaux,
mais d'essayer de les classer et d'indiquer les progrés qu'ils permettent de
réaliser. Une circonstance fortuite a décidé Mgr W. à publier un premier
supplément à De Rossi. Le 15 janvier 1909, un affaissement de terrain se
produisait dans la crypte de Sainte-Cécile. On se háta de creuser à cet
endroit et aux environs, et ce sol que l'on croyait épuisé rendit une quan-
tité de fragments de sculptures et d'inscriptions, notamment l'épitaphe
du pape Pontien. Ces découvertes méritaient d'étre mises en lumiére, et
Mgr W. en prit occasion pour éclaircir un certain nombre de questions
dont il s'occupait depuis longtemps.
Dans la région la plus ancienne du cimetiére de Calliste, qui fut au
moins trois fois remaniée, se trouvent les deux cryptes historiques des
papes et de St* Cécile, autour desquelles se concentrent les principales
recherches de Mgr W. On sait que le pape Victor (t 198) fut le dernier
enterré au Vatican. Ni Zéphyrin, dont le tombeau se trouvait au-dessus du
sol, ni Calliste enseveli sur la voie Aurélienne, ni Urbain enseveli dans la
cimetiére de Prétextat ne furent placés dans la crypte papale. Le premier
qui y reposa fut Antéros, suivi de Pontien, Fabien, Lucius, Étienne,
Xyste II, Denys, Félix I, Eutychien. Les inscriptions des tombeaux
d'Étienne, de Xyste, de Denys, de Félix n'ont pas été retrouvées. La perte
est surtout sensible pour le premier de ces pontifes. Fut-il honoré comme
martyr ? Nous l'ignorons ; car la Passto S. Stephan: est un développe-
ment de l'inscription Damasienne Trripore quo gladius, qui se rapporte à
Xyste II. Mais nous possédons les épitaphes des autres papes ensevelis dans
la crypte, et celle de Pontien jette un jour nouveau sur toute cette épi-
graphie.
Pontien fut banni en 235, avec Hippolyte, et condamné aux mines de
Sardaigne. Un mois plus tard, il succomba à la fatigue et aux mauvais trai-
tements. Le pape Fabien transporta sa dépouille à Rome et l'ensevelit dans
le cimetiére de Calliste. L'épitaphe qui vient d'étre mise au jour, porte ces
mots :
TTONTIANOC ETTICK(OTTOC) M(A)PT(CYP).
Le nom et le titre d'évéque sont de premiére main ; le monogramme
MPT — Mgr W. développe à tort, selon nous, MTP — a été ajouté plus
tard, comme aussi sur la pierre sépulcrale du pape Fabien. Cette circon-
stance est trésimportante à noter. À propos de Fabien, De Rossi a báti
toute une théorie sur le fait de la surcharge. Lorsque ce pape mourut,
on ne put du premier coup lui rendre les honneurs düs aux martyrs, parce
que ce titre ne se donnait qu'aprés une constatation et une approbation
officielle. Aprés Fabien il y eut une longue vacance du siége. Bien que
certainement victime de la persécution de Déce, Fabien fut enseveli sans
recevoir un titre auquel il avait droit, sans doute, mais sur lequel il n'avait
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES I85
pas été statué.La reconnaissance eut lieu plus tard, et c'est alors que la sigle
fut gravée sur le tombeau. Ces vues ingénieuses ont été acceptées généra-
lement, et l'épitaphe de Fabien passe pour un témoignage de la pratique
que l'on est convenu d'appeler la Vindtcatio martyrum. Depuis la
découverte de l'inscription de Pontien, elles ne peuvent plus se soutenir.
M.Marucchi l'a fort bien expliqué dans un intéressant article (N:0vo DBul-
lettino di archeologta cristiana, 1909, 35), et Mgr W. examine la question
avec les développements qu'elle comporte. On ne peut évidemment admet-
tre que le pape qui déposa les restes de son prédécesseur dans la crypte
papale ait eu des hésitations sur sa qualité de martyr. Il faut donc trouver
une autre explication. La paléographie, c'est du moins notre avis, ne nous
est pas d'un grand secours. Mgr W. a bien montré que l'emploi des mono-
grammes remonte assez haut, mais il n'arrive pas à fixer une limite en
sens inverse, et on ne voit pas pourquoi le titre de martyr n'aurait pas
été gravé sur les tombeaux des papes à l'époque de la paix. Faut-il dire que
nos monogrammes sont de l'époque, antérieure à la fin des persécutions,
oü le culte des martyrs prit dansl'église de Rome de notables développe-
ments;ou bien faut-il attendre le momentoü, aprés Dioclétien, l'Église com-
menga à respirer etrégla une premiére fois son martyrologe, c'est-à-dire
la Deposito martyrum ; ou encore n'est-ce pas lors d'une nouvelle révi-
sion des fastes dont l'eeuvre de Damase a gardé les traces ? C'est difficile
à décider avec les éléments que nous possédons.
Une question de méme ordre se pose à propos de l'inscription du pape
Corneille : |
CORNELIVS MARTYR
EP
On sait que S. Corneille mourut en 253 à Centumcellae et fut transporté
à Rome, d'aprés les uns vers la fin du III* siécle, d'aprés Mgr W. sous le
pape Étienne (254-257). Pour soutenir cette derniére opinion, l'auteur
donne comme argument que l'épithéte de martyr a été ajoutée là aussi par
une main plus récente, ce qu'il prouve par deux raisons. La premiére, qui
n'est pas à dédaigner, c'est que le mot 7"artyr dérange la symétrie de
l'inscription, qu'elle allonge vers la droite d'une facon exagérée.La seconde
c'est que la ligne tracée à la pointe séche pour guider la main du graveur
s'arrétait d'abord à la lettre S, et qu'on s'y est repris pour tracer celle qui
correspond à martyr. Le fait est certain et tout le monde peut le vérifier
sans peine. Mais les conséquences qu'on en tire semblent excessives. Il
suffit que le sculpteur ait tiré sa ligne en deux fois pour produire l'intersec-
tion que l'on remarque ; si sa régle était trop courte, il n'a pu s'y prendre
autrement. Ce qui donnerait à croire que le mot tarítyr a été écrit du pre-
186 BULLETIN
mier coup, c'est qu'il semble de la méme main que Corzelivs. Lorsqu'il
s'agit d'un caractére aussi peu banal, j'allais dire, aussi personnel que
celui de cette épithaphe, ilest difficile de croire que deux ouvriers ou le
méme ouvrier à différentes époques aient gravé une inscription aussi ho-
mogéne. Reste la difficulté du manque de symétrie. J'avoue n'avoir d'autre
moyen de l'expliquer qu'un oubli ou une négligence de l'artiste.
Mgr W. consacre tout un chapitre à la découverte d'un polyandre situé
sous les cryptes des Papes et de Sainte-Cécile. D'oü viennent ces nom-
breux squelettes uniquement séparés par des couches de chaux ? On songe-
rait d'abord à une sépulture commune aménagée en temps d'épidémie.
Mais c'était le moyen d'infecter pour longtemps une grande partie du
cimetiére. De plus, il semble résulter de certaines constatations que les
COrps ont été entassés à l'état de squelette. Mer W. est disposé à admettre
qu'ils proviennent de tombes détruites aux environs des cryptes des martyrs,
dans le but de ménager de la place aux fideles qui désiraient reposer dans
leur voisinage. On ne comprend pas que, pour satisfaire la dévotion des uns,
on ait troublá le repos de tant d'autres. Le respect des morts, tel qu'il
était entendu à Rome, n'admettait point les translations hors du cas de
nécessité, et j'entends Mgr W. lui-méme protester avec raison contre
l'abus des translations pour expliquer certaines difficultés. Je croirais plus
volontiers que l'amoncellement a été nécessité par les travaux d'agrandis-
sement ou de consolidation des galeries. Mais, en fin de compte, nous ne
Savons rien de précis.
Je m'abstiendrai de parler du systéme de topcotanliis développé dans le
dernier chapitre. I1 semble bien résulter de la discussion entre Mgr W. et
M. Marucchi que nous ne possédons pas les éléments d'une solution défi-
nitive, et s'il fallait absolument choisir entre les hypothéses en présence,
je ne prendrais peut-étre pas celle de Mgr W., qui parait faiblement
appuyée. Et puis il y a là des pages que l'auteur regrettera sans doute
d'avoir écrites. Le plan de la petite basilique à laquelle Mgr W. donne le
nom de mausolée de S. Zéphyrin est sans doute plus exact d'aprés son
relevé que d'aprés celui, plus sommaire, de son contradicteur. Mais
M. Marucchi doit étre d'autant moins soupconné d'avoir donné ce qu'on
appelle vulgairement le coup de pouce, que l'on ne voit véritablement pas
l'avantage qu'il en tirerait.
D'aprés l'auteur, l'inscription du martyr Abundius (Musée du Latran,
pil. X — Bulletttno, 1883, p. 172) serait fausse. J'avoue que j'ai longtemps
hésité avant de m'en servir à propos du mot Sarictus (Anal. Doll., XXVIII,
180). L'autorité de De Rossi, qui la regarde comme authentique, a fini par
l'emporter. Il y aurait lieu d'examiner de trés prés cette inscription, pour
le moins suspecte.
Nous sommes loin d'avoir indiqué, dans le beau volume de Mgr W., tout
ce qui peut intéresser les archéologues. N'oublions pas la curieuse inscrip-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 187
tion de l'acolythe Innocentius et celles qui s'y rattachent (p. 98), ni les
contributions de Mgr Duchesne sur lelieu du martyre du pape Xyste II
(p. 74-76), et de M. Pio Franchi sur S. Tarsicius (p. 96-98), qu'on ne prendra
désormais plus pour le diacre de S. Zéphyrin. , H. D.
30. — * Anton ErrER. Itinerarstudien. Bonn, Georgi, 1908, in-4^,
76 pp.
31. — G. ScuNEIDER. Gli autori e il criterio di compilazione degli
antichi itinerari delle catacombe Romane, dans Nvovo BurrErriNO
DI ARCHEOLOGIA CRISTIANA, t. XV (1909), p. 79-94.
32. — * E. O.WiwsrEDT.The christian Topography of Cosmas Indi-
copleustes edited with geographical notes. Cambridge, University
Press, 1909, in-85, x-376 pp., 14 planches.
L'Itinerarium. provinciarum Ántonint Augustt — ne pas confondre
avec l'Itinéraire d'Antonin de Plaisance — a été longtemps regardé comme
une publication officielle, une espéce de guide général sur les routes de
l'empire. Dans un grand travail intitulé Ete rómtsche Strassenkarte, M.
Kubitschek ( Tahreshefte des óst. arch. Institules, V,20-96 suiv.) a examiné
de prés l'itinéraire et montré que cette maniére de voir était insoutena-
ble ; que la disposition arbitraire, le désordre, le morcellement, les incon-
séquences qui se constataient dans toutes les parties du document, le ren-
daient méme impropre à l'usage pratique ; enfin, il le qualifie de « schleu-
derhafte Kompilation eines unwissenden und hilflosen Stümpers.» M, El-
ter, qui vient de soumettre le vieux guide à un nouvel examen, concurrem-
ment avec d'autres documents de la méme catégorie, tels que la carte de
Peutinger, n'est pas aussi sévére, loin de là. En comparant l'Itinéraire
d'Antonin avec celui du pélerin de Bordeaux — Geyerles avait déjà rap-
prochés, en notant dans la marge de l'Jtzserartium Burdigalense les pages.
de l'édition de Wesseling — M. E. a remarqué que, de Milan jusqu'en Pa-
lestine, les deux itinéraires se couvrent exactement. Seulement celui de
Bordeaux marque, outre les villes, les »ufattones et les masstoncs, tandis
que les »utattones sont supprimées dans celui d'Antonin. Ce dernier, par
conséquent, indique la route des pélerins de Milan en Terre Sainte ; Jéru-
salem ne serait-il pas le but vers lequel convergent tous les trajets que l'on
peut relever dans l'Itinéraire, et l'apparent désordre qui y régne ne provien-
drait-il pas de ce que l'on néglige de rattacher lesdifférents troncons, qui à
premiére vue sont indépendants, à la grande route des pélerinages ? M. E.
le pense, et consacre à démontrer cette thése un mémoire trés touffu et un
peu difficile à lire dans ses longs paragraphes cormipacts, sans tracés et sans
cartes pour se guider, et oü les répétitions sont assez fréquentes. Certaines
fractions principales, et méme plus d'un trajet secondaire s'expliquent fort
bien dans l'hypothése de M. E. Éclaire-t-elle également toutes les parties
de la compilation ? J'avoue qu'ici je suis obligé de m'en rapporter à M. E.
188 BULLETIN
qui, d'ailleurs, n'est pas une mince autorité. La nouvelle édition de l'7tz-
nerartum, qui s'annonce, fournira sans doute à plus d'un. spécialiste l'oc-
casion de se prononcer sur les conclusions nouvelles, et de décidersi l'Iti-
néraire doit désormais prendre place parmi les itinera Hterosolymitana.
La thése de M. Schneider au sujet des itinéraires romains tend égale-
ment à leur attribuer une plus grande importance. On les regardait jus-
qu'ici, avec De Rossi, comme des compilations trés imparfaites, rédigées
par des pélerins anonymes, sur les notes prises en présence des monu-
ments. M. S. est d'avis que les barbares du Nord étaient incapables de
faire aussi bien ; il trouve à ces itinéraires une saveur romaine, et y voit
des guides plus ou. moins officiels rédigés, sur l'ordre du chef de l'église,
par des clercs bien placés « pour consulter à loisir les archives ecclésiasti-
ques » de Rome. Comme cet article, d'aprés une note de la Direction, fait
partie d'une série, nous ferons bien d'attendre que la démonstration soit
achevée, j'allais dire commencée ; car de tous les arguments que M. S.
a fait valoir jusqu'ici on peut bien conclure que les rédacteurs de ces vade-
mecum ont été à Rome, ce que personne ne conteste, mais on ne voit pas
trop pourquoi ils appartiendraient nécessairement au clergé romain. À la
fin de son article, M. S. produit deux arguments qu'ila voulu placer « a bella
posta » et réserver pour la fine bouche. lls sont tirés des deux passages sui-
vants: Jbi pausat S. Abundius et Herenius martyr. via Tiburtina ; et ibt
est. ille labis quem. tollent digito anulti| homines. nescientes quid faciunt
(Itin. de Salzbourg) ; et prope candem viam ecclesia est S. Laurentii mator,
1n qua corpus cius primum fuerat humatum, ct ibi basilica nova mirae
pulchritudinis ubi ipse modo. requiescit (Livre de locis). J'en demande
pardon à M. S., mais je ne parviens pas à reconnaitre dans ces lignes des
auteurs spécialement bien informés, bien au contraire. Il ne faudrait donc
pas trop se presser d'accorder à nos petits livres une valeur topographique
plus grande qu'on n'a fait jusqu'ici, et de rendre les Romains responsables
d'un grand nombre de bévues que l'on explique volontiers de la part des
pélerins, mais qui s'excusent difficilement chez les indigénes.
Il y a peu de temps, Mgr C. Stornaiolo publiait dans la collection des
Codices e vaticants selecti phototypice express? les miniatures du manuscrit
grec 699 renfermant la Topographie de Cosmas l'Indicopleuste. Pour le
texte, on en était toujours réduit à Migne, reproduisant l'édition de Mont-
faucon, faite d'aprés un manuscrit qui n'est pas précisément excellent.
M. Winstedt vient de nous donner une révision de Cosmas principalement
d'aprés trois manuscrits, le Vaticanus 699 (— V), le Laurentianus IX, 28
(2 L), qui est celui de Montfaucon, le Sinaiticus 1186 (— $5).
Le plus ancien etle meilleur, d'apres le nouvel éditeur, est le Vaticanus,
du VIII* ou du IX* siécle. Tous ces manuscrits sont plus ou moins incom-
plets, et M. W. en a vu quelques autres qui ne contiennent que des extraits
de la Topographie. Ils se groupent en deux familles, dont la premiere,
DES PUBLICATIONS HAGIÓGRAPHIQUES |... 189
représentée par V, ne contient que les dix premiers livres. L'index mis en
téte de l'ouvrage, montre qu'il ne s'agit pas ici d'une suppression acciden-
telle. Les manuscrits L et S renferment douze livres. La fin du dixiéme
livre n'est pas la méme dans les deux recensions, qui different également
dans les paragraphes oü il est question des prophétes, et en quelques autres
endroits. S et L représentent l'ceuvre de Cosmas revisée et complétée. La
revision a été, semble-t-il, l'oeuvre d'un autre, qui a sans doute aussi ajouté
les deux derniers livres d'aprés les notes de l'auteur.
Une tradition manuscrite aussi maigre, pour un ouvrage de cette impor-
tance, laisse naturellement sans solution une foule de problémes, et nous ne
voulons pas demander à M. W. ce que les matériaux ne peuvent donner.
Son édition rendra des services, bien qu'on y remarque quelques négli-
gences et que le commentaire, dont Cosmas a tant besoin, paraisse un
peu réduit. L'erratum pourrait étre allongé. Ainsi p. 344 lisez Epiro pour
Epizo ; p. 345 Labourt au lieu de Labourte ; p. 375 : Church of St Theodore
436D, lisez 437D ; p. 316 : év tí) Kupivou éxxAnoía n'est pas l'équivalent
de Church of St Quirinus (p. 374). À propos de Frumentius (p. 346), il y
avait lieu aussi de citer la notice des synaxaires au 3 novembre.
H. D.
33. — * G. TouasserII,La Campagna Romana antica, medioevale e
moderna. Vol. I. Roma, Loescher, 1907, in-8», vtrit-354 pp.
84. — G. SraRa-TEDps. Ricerche sulla evoluzione del culto degli
alberi dal principio del secolo IV in poi. Roma, Loescher, 1907, in-8^,
57 PP-
M. Tomassetti est depuis longtemps apprécié comme le meilleur cor-
naisseur de la campagne romaine, et ses travaux sur les grandes voies qui
la traversent, publiés d'abord dans lrchw:o della Societa di storia
patria de Rome, puis à part, sont recherchés et difficiles à réunir. Il faut
donc lui étre reconnaissant de s'étre décidé à les refondre dans une
monographie aux vastes proportions, qui nous rendra ses recherches anté-
rieures mises au point et enrichies de beaucoup de détails nouveaux. Le
premier volume est une introduction générale, ou la campagne romaine
est étudiée dans son ensemble au point de vue physique, historique, archéo-
logique et économique, depuis les temps préhistoriques jusqu'à l'époque
moderne. Dans ce tableau varié, tout attire l'attention de l'historien, méme
ces grands bceeufs blancs aux longues cornes, dont il connait les ancétres
amenés là par Trajan des páturages de la Pannonie. Nous avions, jusqu'ici,
des connaissances assez vagues sur la Campagna. Bientót, gráce à
M. Tomassetti, à M. R. Lanciani dont on annonce un volume sur le méme
sujet, à M. T. Ashby dont la Classical Topography of the Roman Cam-
pagna fait depuis 1902 la joie des lecteurs des Pafers of the British School
ai Rome, nousla connaitrons dans ses moindres recoins, et bien que les
190 BULLETIN
études classiques doivent surtout profiter de ces recherches, l'histoire reli-
gieuse en retirera également du fruit. On s'en rendra compte en. exami-
nant rapidement ce premier volume de M. T., oü il a fallu pourtant s'en
tenir aux généralités. L'auteur, qui a parcouru le pays en tous sens, a
recueilli, en méme temps que les données archéologiques et topographi-
ques qui forment le fond de son travail, une foule de particularités intéres-
santes qui relévent du folklore, et qui montrent que là, comme ailleurs,
plus qu'ailleurs peut-étre, le peuple se permet, avec les saints, d'étranges
familiarités. Qui reconnaitrait S. Proculus sous le nom de Santa Broc-
cola ; S. Potitus sous celui de S. Appetito, sans parler de Santa Passera
qui,comme on sait,n'est autre que S. Abbaciro, et Santa Cornelia et Santa
Lorenza, travestissement de S. Corneille et de S. Laurent. Etle choix des
patrons. S. Pastore est naturellement devenu le protecteur des bergers, et
S. Onesto, à ce que l'on prétend, celui des commergants de la Campagna;
S. Pascal est invoqué par les bergers, à ce qu'il parait, à cause du souvenir
de « l'agneau pascal. » Pourquoi pas à cause de la ressemblance du nom
avec fascualis ? Je me demande si ces patronages sont vraiment répandus
et populaires, comme par exemple celui de S. Martin patron « delle bestie
cornute e della ricotta, » de S. Silvestre, « dei muli », de S. Georges, « dei
cavalli, » de S. Henri, « delle vacche ». Il y aurait de ce cóté des recherches
spéciales à faire, et à délimiter les róles de certaine pédanterie d'une part,
de la naiveté du peuple de l'autre. M. T. a été amené à dresser une liste
des cimetiéres ou catacombes creusées sous la Campagna. Elle est assez
incompléte, et j'y rencontre certaines dénominations peu usitées, pour le
moins, comme celle-ci : Santa Priscilla e Novella, Ciriaco ad balistaria,
cette derniére trouvée par M. T. « negli atti di S. Ciriaco martire e vescovo
di Ostia » (p. 131). Le nom est déjà dans la Defositto tnarlyrum, mais
est-ce vraiment celui d'une catacombe ? À propos du cimetiére de la
voie de Porto appelé ad z1salatos, M. T. corrige en ad tizfulatos, allusion
à la coiffure des martyrs persans Abdon et Sennen ensevelis en ce lieu.
L'auteur se plaint d'avoir été dépouillé de la priorité de cette conjecture
ingénieuse par un étranger, qui l'a entendue énoncer dans une confé-
rence. À sa place, je l'aurais laissée pour compte à cet indélicat, qui s'en
trouvera peut-étre un jour embarrassé.
Le remplacement des cultes paiens par des dévotions chrétiennes analo-
gues, les dieux détrónés par des saints ayant un nom à peu prés semblable,
préoccupent depuis longtemps M. T., qui a déjà écrit sur ce sujet dans
les Aft; du congrés archéologique de Rome en 1900 (p. 141-43). J'ai com-
battu cette substitution, à ce qu'il parait, par des distinctions subtiles
(p. 190). Oh non, je hais ce procédé, outre que je ne nie pas le fait et que
jen ai moi-méme apporté des exemples. Mais en présence d'une école
qui se contente de quelques syllabes pour conclure à des transformations
de ce genre, il a bien fallu examiner dans quels cas la déduction est légi-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES I9I
time et n'est pas en opposition avec tout ce que nous savons de l'histoire
des premiers siécles de l'Église. Pour que la question ait de l'intérét, il faut
qu'il y ait un lien de continuité entre le culte du dieu et le culte du saint.
Et on nous donne des exemples oü le saint apparait à une époque oàü il
n'est plus question du dieu. Ainsi, M. T. cite (Alft, p. 142) «la surroga-
zione di S. Giorgio come santo purificatore da mostri al culto pagano dei
serpenti. » Je crois avoir montré que l'épisode du dragon, qui a donné à
S. Georges la réputation de tueur de monstres, n'appartient pas à sa
légende primitive (Les légendes grecques des saints militaires, p. 75), et
n'y est entré que bien tard, lorsqu'il n'était plus nulle part question
d'adorer les serpents.
M. T. a trouvé un auxiliaire dans un de ses éléves, M. Stara-Tedde,
dont les recherches intéressantes sur le culte des arbres renferment quel-
ques bonnes observations, mais sacrifient trop à la mode du jour. 1l faut
montrer ceci dans un exemple. Il s'agit de S. Silvestre, qui serait devenu
le successeur immédiat de Silvanus. Le fait est confirmé, d'aprés M. St. T.,
par cette circonstance que S. Silvestre est invoqué en Sicile, dans une
oraison spéciale, pour éloigner les loups du troupeau. « Cio fa pensare a
Fauno Lupercio, di cui é nota l'analogia col classico Silvano. » De plus,
à Troina, province de Catane, la féte du saint se célébre au mois de mai,
au moment du grand réveil de la nature ; les gens de là-bas vont à cheval
chercher des rameaux dans les bois, et se rendent en procession à l'église,
oü les rameaux sont bénis. Que de coincidences qui ne peuvent étre for-
tuites, et comme on retrouve ici les traces du culte des arbres !
Le malheur veut que M. St.-T. a confondu S. Silvestre de Troina, mort
à la fin du XI* siécle (voir Act. SS., Ian. 1, 124-25) avec S. Silvestre pape,
le seul qui puisse convenir pour donner quelque fondement à la théorie.
Les paroissiens de Troina célébrent au commencement de mai la féte de
l'invention des reliques du saint moine qui est devenu leur patron, et ils
ont commencé à le faire assez tard, lorsque Silvain et les Faunes étaient
bel et bien oubliés.
Cela ne veut pas dire que S. Silvestre n'a jamais remplacé Apol-
lon, ou Diane, ou quelque divinité champétre, sur les sommets boisés.
Mais il s'agit de savoir quand et comment la substitution s'est faite. On a
l'aar d'admettre je ne sais quelle loi générale qui permet de conclure
infailliblement d'un S. Silvestre à un Silvain, comme Usener con-
cluait d'une Pélagie à Vénus. Il y aurait peut étre lieu pour nous de
revenir sur cette question, qui exigerait trop de développements. J'indi-
querai encore en passant une survivance du culte des arbres que M. St.-T.
croit avoir retrouvée dans les madones miraculeuses que, dans tous les
pays, on prétend avoir trouvé sur des arbres. Les exemples apportés pou-
vaient étre beaucoup multipliés. lci non plus l'auteur n'a pas songé aux
dates. Les madones de arbore, della Querce etc. sont une subdivision de
192 BULLETIN
la grande catégorie des légendes de pélerinages de la Vierge qui, pour la
plupart, ne remontent pas au-delà de la seconde moitié du moyen-áge.
Les arbres et les bois n'apparaissent-ils pas ici comme un cadre poétique ?
En tout cas, la preuve de l'influence générale d'un culte superstitieux des
arbres ne semble pas faite. H. D.
35. — * Ed. ScHwanrz. Eusebius Kirchengeschichte. Dritter Teil.
Einleitungen, Uebersichten und Register. Leipzig, Hinrichs, 1909, in-8^,
CCLXXII-21Ó6 pp.
36. — * Orro SràuLiN. Clemens Alexandrinus. Dritter Band. Ibid.,
1909, in-8*, Xc-231 pp., 3 fac-similés (— DIE GRIECHISCHEN CHRISTLICHEN
SCHRIFTSTELLER DER ERSTEN DREI JAHRHUNDERTE, Bd. 9?, 17).
37.— * Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchrist-
lichen Literatur herausgegeben von Ad. HanNack und C. Scuwipr. Bd.
XXXIII, 10-663 pp. ; Bd. XXXIV, 1-3, 108-169-v1-64-84 pp. Ibid 1909.
Voici terminée l'édition de l'histoire ecclésiastique d'Eusébe, et pourvue
de prolégoménes en rapport avec l'importance de l'eeuvre.M.S. rend compte
d'abord de sa classification des manuscrits. ll les divise en deux groupes
principaux. Le premier est constitué par les manuscrits suivants : Paris
I431 (— B), Paris 1433 (2 D), Venise Marc. 338 (— M), auxquels il faut
joindre la traduction latine de Rufin (— A) et la version syriaque (— X) ;
le second est formé par les manuscrits de Paris 1430 (— A), de Florence
Laur. 70, 7 (2 T)et 70, 20 (— E), de Moscou Syn. 5o (— R). Le groupe
BDMAYX représente l'euvre définitive d'Eusébe ; il se distingue par
l'absence d'une série de passages et de morceaux plus importants qui se
rencontrent dans les autres manuscrits. ATER remonte également à un
exemplaire de la derniére édition d'Eusébe ; mais on y a introduit les pas-
sages que l'avant-derniére édition contenait en plus, ainsi que, comme il
est probable, le livre des Martyrs de Palestine, à la fin du livre VIII. L'exa-
men minutieux des manuscrits a en effet amené M. S. à reconnaitre qua-
tre éditions différentes de l'Histoire ecclésiastique, toutes de la main de
l'auteur lui-méme. La premiere était en huit livres, et fut publiée entre le
commencement de 312 et l'été de 313, marqué par la chute de Maximin.
Les événements demandaient que l'auteur complétát son ouvrage. Il ajoute
le livre IX et la série de documents qui forme actuellement X, 5-7. La
erande solennité de la dédicace de la basilique de Tyr et la mort de Dioclé-
tien furent l'occasion de la troisiéme édition ; on peut la dater de 317 envi-
ron. Elle s'est enrichie du X* livre ; le discours de Tyr y fut inséré et les
documents rejetés à la fin ; le VIII* livre se compléta d'une addition sur la
mort des quatre empereurs ; enfin, Eusébe fit quelques suppressions et des
corrections, sur lesquelles il est difficile de se prononcer. Quelques années
plus tard, il donna à l'Histoire ecclésiastique sa forme définitive.
Il se passa quelque chose d'analogue pour les livres des martyrs de Pale-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 193
stine. La premiére édition, dépourvue de prologue et d'épilogue, a été con-
servée dans le groupe ATER ; le livre avait été publié séparément entre
la premiére et la seconde édition de l'histoire ecclésiastique. Le /tbellus
prolixior, dont nous n'avons plus en grec que des fragments, est la seconde
édition du livre. M. S. le prouve de la facon suivante. Le /ibellus brevior
termine ainsi le récit du martyre de Pamphile (11, 28) : rà iepà kai óvrug
&q1& Gupta... tí) GuvQe rapebó0n Tagfj. L'autre rédaction ajoute
quelque chose : Tfj Gvvij0ei xapebó0n rapíáj, vadv olkoig rrepikaAMégtv
&roTeO0évra évíepoig re tpoOeukTnpioig eig dànoTov uvrjunv Ti) ToO
Oco0 Aad) tiuác0ai rrapabebouéva. Immédiatement aprés la mort de
Maximin, il ne pouvait pas encore étre question de uaprüpia en lhon-
neur des victimes de la persécution. D'autres indices confirment ce point
de vue, et on peut regarder comme probable, que la seconde rédaction du
De martyribus Palaestinae est postérieure à 323. De la rédaction dont
nous avons publié une collation d'aprés un ms. du British Museum (zai.
Boll., XXV, 495 ; cf. XXVII, 203), il n'est fait aucune mention.
Nous ne pouvons suivre M. S. dans l'étude détaillée des divers groupes
de manuscrits, de la tradition indirecte, des titres, des extraits de Justin
et de Joséphe, de l'orthographe, de la chronologie. Suivent l'introduction à
Rufin, par Mommsen, et une série de tableaux trés utiles : listes des empe-
reurs, des évéques de Rome, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, et
un plan détaillé, « die Oekonomie der Kirchengeschichte. » Des index
trés bien dressés mettent le couronnement à cette belle édition de l'oeuvre
historique la plus importante que nous ait léguée l'antiquité chrétienne.
Le Clément d'Alexandrie de M. Stáhlin est également achevé, et nous
n'avons plus à attendre que les tables. Le présent volume comprend les
deux derniers livres des Stromates, les Excerpta ex Theodoto, les Eclogae
Bropheticae, le Quis dives salvetur et les fragments. Nous n'avons pas à
revenir sur les mérites exceptionnels de cette édition. De pareils travaux
n'inspirent que de l'admiration et de la reconnaissance à ceux qui se font
une idée de l'effort qu'ils supposent. Le fragment 13, qui comprend des
extraits d'Eusébe (H. E. 1l, 1, 4 suiv., II, 23, 3) oü ilest question de
l'apótre S. Jacques, nous raméne à un texte hagiographique récemment
publié. Dans le panégyrique de S. Jacques attribué à André de Créte
(BHG. 766), l'auteur invoque, en méme temps que celui d'Hégésippe,
le témoignage de Clément, év Tí) éxri tuv Aeyouévuv "Yrorurmuüoceuv.
On a essayé de montrer qu'Andréde Créte a eu entre les mains les Hypoty-
poses et qu'il y a puisé directement. Ainsi Haussleiter, dans la Zeitschrift
für Kirchengeschichte, t. XIV,p. 73-76. M.S. montre qu'il n'en est rien et
que le panégyriste est ici tout simplement tributaire d'Eusébe. Il explique
la divergence entre év tfj éxri rüv ürorumUOEUV et la lecon d'Eusebe :
éy égoóójuu) rfjg aüTfjc UTto0€O0&U.
194 BULLETIN
Les Texte und Untersuchungen, tout en. étant cette fois moins directe-
ment utilisables pour nos recherches habituelles, contiennent un certain
nombre de travaux d'un intérét général et qui ne doivent point passer
inapergus. I9) Le plus important de tous, celui de M. vou SopEN, Das
lateintsche Neue Testament in. Africa zur. Zeit Cyprians, remplit tout le
tome XXXIII. L'auteur, qui s'est déjà fait connaitre par une étude consi-
dérable sur les manuscrits de S. Cyprien, s'est proposé de reconstituer,
dans le sens large du mot, c'est-à-dire dans la mesure du possible,
lancienne traduction latine du Nouveau Testament dont se servait
S. Cyprien, au moyen des citations éparses dans ses ceuvres. Les citations
répétées et substantiellement uniformes d'un méme texte montrent qu'il
employait une version unique. Les manuscrits du N. T. £, e, h, les Sez-
tentiae LXX XVII episcoporum, divers écrits africains du lII* siécle, le
commentaire de Primasius sur l'Apocalypse, accusent l'usage d'un texte
sensiblement identique à celui de Cyprien. Ses principales caractéristi-
ques consistent en ce qu'il est basé sur un texte grec bien déterminé, qu'il
a un lexique spécial, que l'emploi des formes latines, la syntaxe et, d'une
certaine maniere, l'orthographe méme sont partout uniformes et que, dans
toutes les parties, on constate une méme méthode de traduction. Aprés
avoir rendu compte du résultat de ses recherches, M. von S. dispose ses
citations en un texte continu, dont les sources sont partout soigneusement
indiquées. Le Nouveau Testament du type africain n'existe pas à l'état
d'exemplaire 1s0lé ; mais il est bien connu dans beaucoup de ses parties,
gráce à M. von S.
2?) S. HzrLMaNN. Pseudo-Cyprianus de — XII | abustvis | saeculi
(t. XXXIV, r). Édition soignée d'un écrit anonyme qui est le plus souvent
attribué à S. Cyprien,mais également à S. Augustin,à Origéne, à S.Isidore.
L'auteur, qui semble avoir été un lrlandais, écrivait aprés 630, puisqu'il a
lu les Étymologies d'Isidore, et avant 700, date ver$ laquelle on le trouve
cité lui-méme dans la collection canonique irlandaise (WASSERSCHLEBEN,
2* édition, p. 77). Le traité a été beaucoup lu, et M. H. en a bien suivi
les traces à travers la littérature du moyen áge.
39) J. SickENnERGER. F'ragmente der Homulien des Cyrill. von Alexan-
"drien zum. Lukasevangelium (t. XXXIV, 1r, seconde partie). La collection
de ces homélies n'existe plus qu'en syriaque ; Payne Smith les a publiées
en 1858, W. Wright a complété son édition en 1874. Les fragments grecs
épars dansla chaine de Nicétas d'Héraclée sont connus par une double
édition du cardinal Mai (Auctores classict, t. X, et Nova Patrum biblto-
theca, t. ID), faite exclusivement avec des manuscrits du Vatican. Malheu-
reusement, le meilleur, le Vatic. 161r, est incomplet en plusieurs endroits,
et les autres manuscrits employés par Mai ne remplissent pas les lacunes.
M.S. a eu recours à divers exemplaires de Nicétas dispersés à Rome, à
Florence,àParis,à Munich,et est parvenuainsi à compléter l'éditionde Mai.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 195
49?) E. HaurscH. Die Evangeltencitate des Origenes (t. XXXIV, 2 a).
Le titre de cette dissertation en indique bien l'objet. Les résultats sont in- -
téressants. M. H. constate que chez Origene les en-téte des diverses sec-
tions ne reproduisent pas toujours le texte que suppose l'interprétation ;
ils ont été corrigés plus tard. Dans le commentaire, il faut distinguer
entre les textes qu'Origéne interpréte ex-professo et ceux qu'il cite en pas-
sant. Pour les premiers, il a suivi un exemplaire déterminé ; il note les
variantes lorsqu'il y a lieu. Pour les simples citations, il se sert tantót d'un
texte, tantót d'un autre, et souvent il cite de mémoire, non sans méler
parfois des passages paralléles.
5») TH. ScuERMaNN. Griechische Zauberpapyri und. das Gemeinde-
und Dankgebel im I Klemensbricfe (t. XXXIV, 2 b). C'est un bien singulier
rapprochement que celui de la lettre de Clément avec une série de textes
magiques. M. S., dont on connait l'érudition étendue et minutieuse, a
trouvé dans cette littérature assez spéciale des idées et des expressions ten-
dant à montrer que les priéres de la lettre de Clément ne sont pas tout à
fait originales, ni pour le fond, ni pour la forme, mais appartiennentà un :
genre qui n'était pas entiérement inconnu ni aux paiens ni aux juifs. Cette
conclusion semble bien exacte, maisles papyrus magiques ne sont point
par eux-mémes des paralléles qui la rendent plausibles ; leurs éléments,
recueillis partout, sont propres à mettre sur la voie des recherches, et c'est
en ce sens surtout que ce fatras n'est pas absolument méprisable. P.18-2r,
M. S. publie une suite inédite des priéres dites de Grégoire le thaumaturge
d'aprés le ms. Grottaferrata B. XIV. Le reste se trouve dans PRADEL,
Griechische und. Süditalische Gebete, p. 8 (cf. Anal. Boll., XXVII, 437)
et dans le recueil de Lemberg Eos, t. XIII, p. 135-49.
6?) W. RricHanRpr. Die Briefe des Sextus Iulius Africanus an Artstides
und Origenes(XXXIV, 3). Les deux lettres de Jules Africain sur les généa-
logies du Christ et sur l'épisode de Susanne sont célébres dans l'histoire de
la critique exégétique. On les relira toujours avec plaisir, maintenant sur-
tout qu'on en a une édition soignée, avec d'intéressants prolégoménes.
H. D.
88.—* Studien und Mitteilungen aus dem Kirchengeschichtlichen
Seminar der theologischen Fakultát der k. k. Universitát "Wien.
I, 2, 3. Wien, Mayer & Comp., 1908-9, in-8o, v-95, 1v-63, vi-134 pp. —
La faculté de théologie de l'Université de Vienne a inauguré un séminaire
d'histoire, dont les travaux seront publiés. On ne peut qu'applaudir à cette
initiative, qui ne manquera pas d'avoir des résultats importants au point
de vue de la formation des éléves, et dont le public aussi tirera du profit,
nous le souhaitons bien sincérement. Il y a de la variété dans les trois
premiers fascicules du recueil, dont la publication a commencé.Le premier
est un numéro d'introduction. Il est intitulé : Die Chrysostomus-
196 BULLETIN
JTubilàumsfeier 1908,et composé des travaux lus par MM. Weissenhofer,
Waldhór, Horváth, Josika,dans une séance académique tenue à l'occasion
du jubilé de S. Jean Chrysostome. Ces travaux, à qui leur destination
méme interdisait de prendre une tournure scientifique trop accentuée,
sont encadrés dans des allocutions de circonstance. Le titre du second
fascicule, Walahfrid Strabo, ein Mónchs- und Dichterleben, en indique
bien le contenu. L'auteur, le P. Eigl, raconte, d'aprés les sources, la vie
du célébre moine de Reichenau. Cette courte monographie, dans laquelle
il ne faudrait pas chercher des vues nouvelles, se lit agréablement. Le
travail du Dr P. Asslaber, Die persónlichen Beziehungen der. drei grossen
Karchenlehrer Ambrosius, Hieronymus und. Augustinus, est d'un tout
autre caractére. La question est intéressante et méritait d'étre examinée
avec calme ; car si les relations de S. Ambroise et de S. Augustin ont été
ce qu'elles devaient étre entre deux grandes àmes, on ne saurait en dire
autant de S. Jérome dans ses rapports avec ses deux illustres contempo-
rains, et il est tel incident pénible que ses panézyristes n'aiment guére à
rappeler. Je crains que la critique de M. A. n'ait été quelque peu
influencée par son admiration pour S. Jérome. Peut-étre s'est-il dit qu'un
saint ne saurait avoir donné que de bons exemples. De là des discussions
embarrassées, comme celle du fameux passage : praesertim cum a sinistro
oscinem corvum audiam. crocitantem. et mirum. in modum de cunctarum
avtum ridere coloribus, cum ipse tenebrosus sit (Prol. Hom. 1n Luc.).
M. A. a beau dire, c'est S. Ambroise qui est l'objet de ces compliments
flatteurs, et toutes les raisons de sentiment que l'on peut faire valoir
n'effaceront pas ces lignes malheureuses, qui ne sont pas isolées ; car
ailleurs encore S. Jérome a parlé de l'évéque de Milan en termes qui ne
s'accordent guére avec les sentiments de vénération que lui préte M. A.
Il est vrai qu'il ne prend pas toujours ce ton et qu'il lui arrive d'étre poli
à l'égard du grand évéque ; car, pourle dire en passant, ce n'est qu'une
politesse à cette époque de donner à un prélat le titre de sa/ictus (cf. Azal.
Boll., XXVIII, 170). Il est vrai aussi qu'il en appelle à Ambroise dans un
contexte oü il fait profession de s'appuyer sur les colonnes de l'Église
(Adv. Ruf. Apol. I, 1) ; mais c'est dans une circonstance oà Ambroise est
avec lui contre Rufin, et la polémique, celle de Jérome surtout, est pleine
de ces surprises. La méthode scolastique, qui, appliquée à l'interprétation
des textes historiques, donne si souvent le change sur la valeur des argu-
ments, a quelque peu égaré M. A., de méme qu'un excés de zéle l'a
empéché de rendre justice à M. Grützmacher, dont lelivre, trés modéré
dans le ton, ne mírite à aucun titre la qualification de « Schmáhschrift »
que lui décerne notre bouillant auteur. S81 M. Grützmacher ne goüte pas
certains cótés du caractére de S. Jérome, il en a parfaitement le droit, et
tout le monde sait qu'en donnant le titre de saint au grand docteur,
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES I97
l'Église n'entend point proposer à l'imitation des fidéles d'indéniables fai-
blesses. H. D.
89. — * Eugéne TissERANT. Ascension d'IsaYe. Traduction de la ver-
sion éthiopienne, avec les principales variantes des versions grecque,
latines et slave. Paris, Letouzey et Ané, 1909, in-85, 252 pp. — L'Ascen-
ston d'Isaie est un vieil apocryphe juif mélé d'éléments chrétiens, et intéres-
sant à étudier, comme tout ce qui se rattache à cette littérature,à condition
que l'on se rende bien compte du genre auquelil se rattache et du milieu qu'il
représente. 1l ne nous est parvenu au complet que dans une version éthio-
pienne; mais on a retrouvé des fragments du grec (B.HG;. 957), d'une dou-
ble version latine et d'une traduction en slavon. Le martyre grec d'Isaie,
sous forme de légende hagiographique, publié par Gebhardt (BHG?. 958),
dépend également de l'Ascension, et peut jeter quelque lumiére sur la
tradition de cet écrit. On sait qu'avec d'autres Dillmann et Charles se
sont occupés de l'Ascension d'Isaie et que le dernier surtout a laissé bien
peu à glaner aprés lui. Ce n'était pas une raison d'exclure cet apocryphe
' de la collection des Documents pour l'étude de la Bible, dont l'utilité princi-
pale est de vulgariser pour les lecteurs frangais des recherches qui se pré-
sentent trop souvent sous une forme peu attrayante. M. T. a bien résumé
les travaux de ses devanciers et y a mis de la clarté. La traduction fran-
caise du texte éthiopien est pourvue d'un double commentaire, critique et
historique, et suivie de la traduction du martyre grec d'1saie. Dans l'intro-
duction, l'auteur analyse le livre et fait ressortir son importance au point
de vue des doctrines qui y sont supposées ou exposées. Il insiste avec raison
sur le témoignage qu'il rend au martyre de S. Pierreà Rome (p. 25-28, cf.
P. 227). L'histoire du livre est retracée avec sobriété. Parmi les synaxaires
qui ont conservé le souvenir du supplice d'Isaie, il y avait lieu de citer,
au lieu du martyrologe romain, le synaxaire de Constantinople au 9 mai. -
Dans un ouvrage scientifique comme celui-ci, les citations des auteurs
ecclésiastiques devraient étre faites d'aprés les meilleures éditions, notam-
ment d'aprés le Corbis de Vienne et celui de Berlin, plutót que d'aprés la
Patrologie de Migne. Je regrette de devoir ajouter que M. T. semble s'étre
abstenu de relire les textes grecs. Sans doute,le typographe est le coupable;
mais l'auteur est responsable. H. D.
40. — *M.CHariNE. Apocrypha de B. Maria Virgine. Rome, De Luigi,
I909, deux fasc. in-89», 8o et 68 pp. (— CoRPUS SCRIPTORUM CHRISTIANORUM
ORIENTALIUM. Scriptores acthtopict, Series prima, t. VII). — Il n'y a rien
de trés paradoxal à prétendre que, pour sa premiére période tout au moins,
la littérature éthiopienne est surtout intéressante par ce qu'elle a de moins
éthiopien. On n'en tirera guére de choses plus utiles que certaines traduc-
tions, dont les unes peuvent suppléer un original disparu, les autres servir
198 BULLETIN
à fixer le texte ou à préciser l'histoire de quelque document d'origine étran-
gére. Aussi faut-il s'étonner que le Protévangile éthiopien n'ait regu les
honneurs de l'impression qu'aprés maint et maint autre texte moins connu,
mais aussi insignifiant que rébarbatif. Quelle que soit la cause de ce passe-
droit, il vient d'étre fort heureusement réparé par l'édition du R. P. Chaine.
La version éthiopienne de la Dormitio B. M. V. mérite également
d'étre bien accueillie. On sait qu'il en existe deux recensions différentes.
La plus développée, sur laquelle s'est porté le choix de l'éditeur, fait à
premiére vue l'impression d'un abrégé par rapport aux versions arabe et
syriaques. Le premier livre ou, si lon veut, le chapitre préliminaire,
manque en entier. La narration proprement dite semble contenir d'assez
notables divergences, surtout dans sa derniére partie.
L'Apocalypse de la Vierge se présente sous un aspect encore plus carac-
téristique. Le récit est censé adressé par la Vierge en personne à S. Jean,
qui le rapporte en propres termes. Il dépasse notablement le cadre connu
d'ailleurs. À cela prés, le document n'est pas aussi complétement nouveau
que l'avant-propos du P. C. le donne à penser. Cinq recensions du
texte grec ont été publiées (BHG. 1050-1054). En arménien on n'en pos-
séde déjà pas moins de sept.
La sincérité nous force d'ajouter que la bibliographie des éditions paral-
léles n'a pas été dressée avec beaucoup plus de soin pour les deux autres
documents compris dansle volume du P. C. Ainsi, par exemple, parmi
les rédactions déjà connues du Protévangile,il resterait à signaler au moins
le texte syriaque publié par Mme Smith Lewis (le seul complet), deux ver-
sions arméniennes complétes et une troisiéme fragmentaire. L'introduc-
tion, par trop sommaire, au Liber de transitu B. M. V. confond sous un
titre inexact les deux rédactions syriaques publiées par Wright, et ne dit
mot de l'édition de Mme Lewis, non plus que de l'abrégé arménien.
Nous n'insistons pas sur ces inadvertances, nous permettant de ren-
voyer pour plus de détails à la Bibliotheca hagtographica orientalis, qui ne
tardera plus guére à paraitre. Le mal n'est pas dans les erreurs auxquelles
pourront donner lieu ces indications incomplétes ou inexactes. Mais i] faut
avoir la franchise de reconnaitre que les textes paralléles sont, pour l'édi-
teur et l'interpréte, un secours qu'il est parfois imprudent de négliger.
La traduction du P. C. a une allure fort dégagée. Elle suit l'agencement
des idées en prenant, quantà la contexture de la phrase, la liberté per-
mise ou imposée par le fait que les mémes formes d'expression n'ont pas
la méme valeur en latin et en éthiopien. Touchant cette question de prin-
cipe, nous avons le plaisir d'étre entiérement d'accord avec l'auteur, pour
des raisons sur lesquelles nous comptons bien nous expliquer à fond un
jour ou l'autre. Cependant, là oü l'exactitude littérale est possible, il vau-
drait mieux ne pas s'en départir sans motif. Voici quelques exemples de
licences discutables : P. 47 : Pretiosa in conspectu Domini mors sanclorum
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES I99
(Ps. 116.25). Cette réminiscence de la vulgate est ici hors de place. Le
texte dit (p. 55) : fMM-Ct 495: : ARE i P Eram: ATL Adde C :
pretiosa coram. Deo mors. iusti. — Ybid. : Apud me venisti. sicul vosa et
odorem incensi paradisi mihi attulisti. Texte (p. 56: e9»&Ah. : "(be :
he»: Z1: 5: mA: a2? :m'rt : 3^0", 1 apud me facta es
sicul flos rosae el turis paradisi odorem afflasti mihi. — lbid., au lieu de la
phrase peu grammaticale: Tu quae ad tram non me concilasti, ego ad
tram non te concitabo etc., on pouvait dire plus exactement : quta me non
irritasi, lA. 9975005 : (p. 56), etc.
Aprés toutes ces remarques, dont l'importance vraie se réduit en faità
peu de chose, nous en revenons à notre premier jugement. La publication
de P. C. est un excellent service rendu à tous ceux qu'intéresse l'ancienne
littérature chrétienne. PP.
41. — * Stephan BersszL, S. I. Geschichte der Verehrung Marias in
Deutschland wáührend des Mittelalters. Freiburg im Breisgau, Herder,
I909, in-8^, x11-678 pp., 292 gravures. Mk. r15.
42. — * Joseph Lgvv. Die Wallfahrten der lieben Mutter Gottes
im Elsass. Rixheim,Sutter, 1909, in-89, xv-365 pp., nombreuses gravures.
L'ouvrage du P. Beissel est un des plus considérables et un des plus
Savants que nous ayons sur l'histoire du culte de la S'* Vierge au moyen
áge. Pour ne rien dire de l'illustration, qui est ce qu'on devait attendre
de la maitrise spéciale de l'auteur, son livre est une mine de renseigne-
ments, renfermant la matiére de plusieurs volumes, et d'autant plus
utile à consulter que les références sont toujours soigneusement indi-
quées. Il s'agit simplement, pour en tirer parti, de se familiariser avec la
méthode de l'auteur et de se rendre compte de son procédé, qui péche par
l'accumulation des détails et l'absence de vues d'ensemble. L'art de la com-
position n'est pas poussé fort loin ici, et le défaut de proportion pourrait
tromper sur la valeur du livre. Voici, dans les grandes lignes, la division
du sujet : Généralités et origines, Églises dédices à la Vierge en Allemagne
et en France avant la fin du IX* siécle. Fétes dela Vierge au 1X* siécle.
Littérature et iconographie mariale à l'époque carolingienne. Mémes divi-
sions, en y ajoutant les pélerinages, du X* au XIII* siécle. Culte de Marie
dens les divers ordres religieux : Cisterciens, Prémontrés, Dominicains (le
rosaire), Franciscains, etc. Culte populaire. Marie dans les révélations, du
XlIv* au. XIV* siécle. Reliques. Liturgie du NIe au XV* siécle. La Vierge
des Douleurs. Pélerinages aux sanctuaires de la Vierge à partir du XIllI*
siécle. Églises de la fin du moyen áge.Légendes et prédications. Mystéres
du rosaire. Joiesde la Vierge.
Quatre sujets principaux attireront surtout l'attention : les arts, la
légende, les visions, les reliques. Sur le premier point, le P. B. a natu-
rellement été obligé de se restreindre. Les ceuvres d'art, de toute
200 BULLETIN
sorte, que le culte de la Vierge a fait surgir, depuis l'humble image atta-
chée au mur jusqu'àla cathédrale, sont en tel nombre qu'à elles seules
elles exigeraient des volumes. Il en est un peu de méme de la légende.
Rien que les légendes des pélerinages de la Vierge forment une littérature
considérable, et on souhaiterait que le P. B. eót poussé plus loin son
esquisse de classement. Les mémes types se répétent souvent, mais il y a
une grande variété dans les types eux-mémes. Voir, par exemple, ceux qui
se compliquent d'une intervention des anges. Les anges ne se contentent
pasd'attirer l'attention des fidéles par leurs chants célestes, ils transpor-
tent des images, voire des chapelles, quand ils ne les bátissent point, et ils
procédent eux-mémes à la consécration de l'église, ne laissant à l'évéque
que le soin d'y célébrer la premiére messe. Les images miraculeuses sont
souvent mises en rapport avec quelque grand fait religieux ou avec un per-
sonnage célébre. En Autriche, plusieurs statues de la Vierge sont attribuées
à S. Thiémon de Salzbourg, et l'on raconte que la Vierge de Wilten avait
appartenu à la légion Thébaine. Les soldats l'avaient cachée dans le
camp, lors de la persécution ; elle y fut retrouvée aprés leur martyre.
Faut-il dire que le P. B. donne ces récits pour ce qu'ils sont, et sait fort
bien de quoi l'imagination populaire est capable ? 1l n'a pas d'hésitation
non plus au sujet de la crédulité excessive d'un Césaire d'Heisterbach.
Je m'étonne cependant de lui entendre dire, à ce propos: « Pourquoi
certaines de ces histoires, comme telles apparitions de la Vierge au lit de
la mort, ne seraient-elles pas vraies ? » C'est là une raison de sentiment qui
ne saurait résoudre une question de fait, et qui ne suffit pas à inspirer. con-
fiance en Césaire d'Heisterbach et ses pareils, qui avaient certainement une
psychologie à part. Les principes du P. B. au sujet des révélations nous
paraissent manquer également de fermeté. En définitive, nous en sommes
toujours réduits, en cette matiére,au témoignage du visionnaire lui-méme,
et s'il suffit, pour le contróler, de se rendre compte des dispositions et
du caractére de la personne (car, quoi qu'on dise, et quelques réserves que
fasse le P. B., on en est toujours amené là), il n'est pas de bonne àme d'un
tempérament un peu exalté dont il ne faille accepter les imaginations
comme des communications célestes. Le P. B. insiste d'ailleurs, en s'inspi-
rant de Benoit XIV, sur l'entiére liberté d'appréciation laissée aux catho-
liques au sujet des révélations privées, et sur l'attitude réservée de l'auto-
rité ecclésiastique, qui examine la teneur et la doctrine de ces manifes-
tations, sans se prononcer sur leur origine.
Dans la question des reliques de la Vierge, le P.B.,qui ne se fait sans doute
pas beaucoup d'illusions, trouve, dans les ressources de son tempérament
optimiste, de quoi tranquilliser jusqu'à un certain point les consciences.
Il avoue que les authentiques ne remontent généralement pas au delà
de la seconde moitié du moyen áge,et il ajoute que rarement l'existence de
ces reliques se constate au 1V* ou au V* siécle. Rarement ? Il y aurait
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 20I
. donc des exemples ? Ce n'est pas l'idée du P. B., car il affirme trés nette-
ment ceci : « Nie haben wir ein unmittelbares Zeugnis aus altchristlicher
« Zeit zu Gunsten einer bestimmten Reliquie. » Cela étant, je ne saurais
me contenter de la régle donnée à ceux qui s'inquiétent: « Il faut appliquer
les principes dont on use dans les vieilles familles au sujet des propriétés.
On garde et on défend ses droits, alors méme que les anciens titres font
défaut. » On retrouve ici l'équivoque 8i fréquemment produite par l'intro-
duction des principes du droit dans les questions critiques. L'axiome fosses-
ston vaut titre peut s'appliquer ici si vous vous contentez de dire : « Nous
possédons cette relique de temps immémorial, donc elle est à nous. » Mais
si vous ajoutez : « Donc elle est authentique », vous raisonnez mal. Met-
tons que mes ancétres m'aient légué un tableau qui a toujours passé dans
la famille pour un Rubens. Des connaisseurs à qui je voudrais le vendre en
contestent l'attribution et m'en offrent un prix dérisoire. Croyez-vous que
je les ferai changer d'avis en leur opposant la cozd:cto posstdentts et la tra-
dition de famille favorable à l'authenticité ? En matiére de propriété pos-
session vaut titre, parce qu'une chose doit étre à quelqu'un, et trés proba-
blement à celui qui la détient ; sans quoi on serait venu la lui reprendre.
Mais de ce qu'une touffe de cheveux passe pour avoir appartenu à la Vierge,
il ne suit pas qu'il en soit réellement ainsi, parce que personne n'avait
intérét à protester, et qu'au contraire il fut un temps oü l'on acceptait
sans contróle tout ce que des colporteurs sans scrupule inventaient pour
tromper une piété trop crédule. Il est à peine besoin de dire que, dans cer-
taines circonstances spéciales, l'antiquité de la possession d'une relique
peut entrainer une présomption d'authenticité. Ainsi, le meilleur argument
à donner en faveur de l'authenticité du corps d'un martyr, c'est de prou-
ver que vraisemblablement son tombeau est resté intact depuis le temps
des persécutions, et je ne crois pas qu'on ait douté jamais de la découverte
des reliques de S. Hyacinthe en 1845 par le P. Marchi. Mais tel n'est pas
du tout le cas ordinaire, et ce n'est pas de pareilles reliques qu'il est ques-
tion ici. Le P. B. rappelle en passant un joli trait de la Vie de S'* Cathe-
rine de Bologne (ct. SS., Mart. II, * 58, n. 59). Un jour, à Ferrare, oü
elle était portiére, un vieillard vint lui présenter une tasse de porcelaine,
assurant que la S'* Vierge s'en était servie pour donner à boire à l'enfant
Jésus, et la priant de la garder jusqu'à son retour ; mais le vieillard ne
revint pas. La portiére en conclut quel'inconnu était S. Joseph en per-
sonne ; elle porte la tasse à l'abbesse, et lui persuade d'exposer la relique
à la féte du saint. Un pareil exemple aurait dà mettre l'auteur en garde
contre l'explication que quelques auteurs ont imaginée de la relique du
lait de la Vierge. Elle n'a aucune probabilité, et ceux qui ont mis en
honneur cette relique étrange entendaient bien faire vénérer du véritable
lait, et non de la craie ou de la galactite. 1l n'était peut-étre pas inutile de
tirer ces conclusions, dont le P. B. donne les prémisses, mais qu'il n'a pas
202 BULLETIN
eule loisir de développer. Deux légéres rectifications, en passant. Le
pélerinage prés de Lille est Esquermes et non Erquermes, et l'église
située £4 oppido Messinenst n'est pas celle de Méziéres, mais l'ancienne
église de l'abbaye de Messines (Meessen) dans la Flandre Occidentale.
Jai été étonné de voir le P. B. citer Santa Maria Antiqua comme
une fondation du pape Silvestre (p. 20). Ce n'est pas facile à prouver.
Sur les pélerinages d'Alsace, nous avions jusqu'ici le livre de Th. de
Bussiére (Paris, 1862) et quelques petits ouvrages qui en sont tribu-
taires. M. Levy, qui embrasse, dans son"volume, non seulement les sanc-
tuaires existants, mais encore ceux dont il ne reste plus que le souvenir,
est bien plus complet et renseigne mieux. ll a dépouillé une foule d'ou-
vrages et n'a pas négligé les archives. Les notices sont courtes et précises;
mais l'auteur n'a pas prétendu donner à son ouvrage un cachet scienti-
fique. Vis-à-vis du titre, on voit une gravure avec cette légende « Wahre
Abbildung Mariens nach dem hl. Lukas. » Lescitations ne sont pas tou-
jours exactes ;les Bollandistes en particulier sont cités de différentes facons,
toutes assez bizarres : Guértn, Bollandistes VI, 1439 (p. 38), Giry, Bol.,
VI, 439 (p. x21). On finit par comprendre qu'il s'agit des Petits Bollan-
disles. Combien de fois faudra-t-il répéter encore que cette mauvaise
compilation n'a rien de commun avec les Acía sazctorum ? H. D.
43. — Chrysostome A. PaPrApoPouLos. Maprüpiov ToÓ dyíou
TloAukáprou, dans «ópoc éxkxAnciacTiKóc, t. 1 (1908), p. 209-30. — Le
P. Chrysostome A. Papadopoulos publie quelques fragments du mar-
tyre de Polycarpe trouvés dans la bibliothéque de Jérusalem. Les cinq
feuillets dont se compose le manuscrit formaient la couverture d'un vieux
codex ; à la fin du 4* feuilleton lit la date de 1642.Sans préciser davantage,
le P. P. ajoute que l'écriture du manuscrit lui parait plus ancienne. Voici
les passages du Martyrium qui y sont contenus :la fin du ch. v, les ch. vi
à IX, la fin du ch. xiv jusqu'au commencement du xix*. Pour qu'on puisse
mieux se rendre compte des particularités de son manuscrit, le P. P.a
publié en regard le texte traditionnel de la Passion. Un rapide examen
nous montre que le manuscrit de Jérusalem est étroitement apparenté à
celui de Vienne; quelques chapitres (virt et xvim) sont abrégés; le
dernier s'arréte au méme endroit à peu prés que le récit d'Eusébe dans
son histoire ecclésiastique. C'est sans doute par distraction qu'au ch. xvi
je P.P. donne rrepi orópaka comme texte de son manuscrit; plus haut
(p. 213) il nous a dit que celui-ci porte regio Tepá. V.D. V.
44.— Antonio Roccur. L'epitafio di S. Abercio, vescovo di Gerapoli
in Frigia, dans DissERTAZIONI DELLA PONTIFICIA ÁCCADEMIA ROMANA DI
ARCHEOLOGIA, Série II, t. IX (1907), p. 241-350. — Le regretté prieur
des Basiliens de Grottaferrata était un homme fort laborieux; le dernier
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 203
travail sorti de sa plume suffirait à le montrer. Le P. Rocchi avait tenu,
avant de se mettre à l'ouvrage, à lire tout ou à peu prés tout ce qui a été
publié ces derniéres années sur Abercius et sur sa fameuse inscription.
La rigueur de la méthode n'était malheureusement pas en rapport avec
l'érudition accumulée au prix de tant d'efforts, et il faut bien constater que
cette longue dissertation n'éclaircit aucun point demeuré obscur jusque là.
L'auteur est d'avis que la critique a été trop sévére à l'égard des Actes
d'Abercius, et il essaie timidement de les réhabiliter. Nous n'insisterons
point. Rappelons, avec le P. R., qu'en 1172 un nommé Joannice apporta à
Grottaferrata une relique de S. Abercius. On n'en connait point la prove-
nance. H. D.
45. — * F. C. BunxrrT. The oldest Ms. of St. Justin's Martyrdom.
Extrait de Tug JouRNAL or THEOLOGICAL STUDIES, t. XI (1909), p. 61-66. --
La bibliothéque de l'Université de Cambridge a récemment fait l'acquisi-
tion d'une série de feuilles de parchemin dont une partie, malheureuse-
ment palimpseste, nous intéresse tout particuliérement. M. Burkitt décrit
en détail seize de ces feuilles ayant appartenu à un méme manuscrit, un
ménologe des mois de mai, juin et juillet, du commencement du IX* sié-
cle, précieux par son antiquité. Les piéces dont il reste au moins des frag-
ments sont les suivantes: Christophe (BHG:. 310) ; Isidore, recension
inédite ; Hermias (B HG. 744) ; Constantin et Héléne (B HG. 366), Justin
(un résumé et BHG. 973), Marcien et Nicandre (BHG. 1330), Théo-
phane et Pansemne (résumé) ; Barnabé (BHG. 225) ; Pierre et Paul
(BHG. 1490) ; sermon de S. Jean Chrysostome ; Hyacinthe (recension
inédite, probablement) ; Cosme et Damien (non identifi£) ; Procope.
Parmi ces piéces, il y a deux résumés qui portent le titre de üróO0egig et
qui ressemblent, pour leur étendue et leur allure, aux notices des sy-
naxaires. M. B. les publie tous deux. Celui de Théophane et Pansemne
est sans doute un résumé dela piéce contenue dans le ms. de Paris 1217,
fol. 153*-159"*. Le morceau capital est la Passion de S. Justin, dont M. B.
donne une collation sur l'édition de M. P. Franchi, lequel s'était servi des
mss. Paris 1470 (— P), Jérusalem 6 (— H), Vatican. 1667 (— V). Les té-
moins du texte doivent désormais se grouper comme suit : P d'un cóté,
H. V. C(antabr.) de l'autre. En cas d'accord des deux familles, il n'y a
pas grande difficulté ; c'est autre chose lorsqu'elles se séparent. Un exa-
men approfondi de la question dépasserait les limites de notre bulletin.
La Passion de S. Procope est identifiée avecle n. 1579 dela BHG., qui
correspond au texte Br de la premiére édition. D'autres textes, désormais
mieux connus, ont été signalés dans la seconde édition. Les diverses recen-
sions se ressemblant assez pour qu'une erreur soit vite commise dans
l'identification, M. B. a bien voulu, à notre demande, examiner le frag-
ment de plus prés. L'extrait de la Passion qu'il nous a envoyé permet de
204. /— BULLETIN
reconnaitre, sans hésitation possible, le n?» 1577. La précision absolue
dans le cas présent n'est pas indifférente. Si le manuscrit de Cambridge
contenait le texte 1579, celui-ci serait donc antérieur à Métaphraste et
aurait été incorporé dans la collection sans remaniement (voir BHG?,
P. 391). H. D.
46. — Adhémar p'Arrts. L'auteur de la Passio Perpetuae, dans la
IEVUE D'HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE, t. VIII (1907), p. 5-18.— Il y a quelques
années, la découverte à Jérusalem d'un manuscrit grec de la Passio Perpe-
iuac a derechef attiré l'attention des critiques sur l'auteur de ces Actes célé-
bres ; plusieurs d'entre eux semblent portés à en attribuer la paternité à
Tertullien.C'est à l'appui de cette thése que M. d'A. apporte quelques nou-
veaux arguments.]l remarque, tout d'abord, que la dénomination de fratres
et filioli, donnée aux lecteurs, fait supposer un évéque ou un prétre, et il y
voit une présomption en faveur de Tertullien ; de l'examen linguistique
ressortirait une grande analogie entre la maniére de Tertullien et celle du
rédacteur de la Passion. À ces arguments s'ajoute une ressemblance assez
frappante entre un passage du De virginibus velandis (1),écrit vers la méme
époque et le prologue et la conclusion de la Passion ; c'est la preuve prin-
cipale alléguée par M. d'Alés. Elle est loin d'étre décisive.
Dans une seconde partie, il examine les traces de montanisme relevées
dans la Passion de Perpétue. Dans une vision de la sainte, nous voyons le
Christ lui présenter du fromage de ses brebis ; on a voulu y trouver une
allusion à la communion montaniste. M. d'Á. pense qu'au commence-
ment du III* siécle cette pseudo-eucharistie était inconnue aux montanis-
tes de Carthage. Au cours de sa réfutation, il nous apprend que l'image du
Pasteur, empruntée peut-étre à Hermas, bien loin d'étre un indice de mon-
tanisme, comme on l'a prétendu, a fini par devenir spécialement odieuse à
Tertullien. N'est-ce pas là une objection qui va à l'encontre de la premiére
partie de la thése ? V. D. V.
47. — * Pietro KaEn. San Doimo vescovo e martire di Salona nell
archeologia e nell? agiografla. Sebenico, Fosco, 1908, in-8^, 280 pp.
48. — * P. G. M[4ancovic]. Il buon senso comune nella questione
di San Doimo vescovo e martire. Quaracchi, tipogr. del Collegio di
S. Bonaventura, 1910, in-8", 62 pp.
Nous citons ces opuscules pour répondre aux voeux des auteurs qui nous
les ont envoyés, nullement pour les discuter. On a dit, de part et d'autre,
sur laquestion de S. Doimo, ce qu'il y avait à dire, et ce que l'on semble
chercher cette fois — sans peut-étre s'en rendre compte — c'est de
jeter dans la balance l'opinion d'un public incompétent, qui finira par
(1) Ed. Orsurzn, t. I (Leipzig, 1853), p. 884.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 205
croire de bonne foi que l'honneur de l'Église est compromis et que la
religion est en danger. Car si nous voulions étre complets, nous signale-
rions, outre les brochures ci-dessus, des articles de journaux oü, pas plus
que Mgr Bulié et M. Zeiller, professeur à l'Université catholique de Fri-
bourg, nous ne sommes épargné. Les zélés défenseurs de la tradition
qui ont entrepris cette campagne, ne se sont jamais demandé quel intérét
nous pourrions bien avoir à n'étre pas d'accord avec eux, Mgr Bulié tout
le premier, qui deviendrait grand prophéte dans son pays s'il voulait bien
essayer de faire parler les pierres comme parlent ses adversaires. Il aurait
son portrait dans les journaux qui le traitent maintenant de suspect et
d'hypercritique. Áu moyen áge, les querelles de ce genre finissaient par
des batailles. On sait comment elles se terminent de nos jours. Nous avons
vu à l'eeuvre d'autres fanatiques de l'apostolicité. Ils ont fini par compro-
mettre leur cause à fond, et par leurs excés méme ils ont háté le triomphe
de l'école critique. Il en sera en Dalmatie comme ailleurs, et le temps est
proche oü tout le monde sera de l'avis de Mgr Bulic. H. D.
49. — F. Buixéc. Proviene qualche cosa nel palazzo di Diocleziano
8 Spalato, per es. qualche colonna, qualche pezzo architettonico od
ornamentale, qualche statua, dalle lapidicine di Sirmium (Fru$ka
Gora nella Slavonia) ? dans BULLETTINO DI ARCHEOLOGIA E STORIA DAI.-
MATA, t. XXXI (1908), p. 111-27. — Les montagnes voisines de Sirmium
(Mitrowitz) et appelées Fruska Gora — de Franas$ka Gora, montagne des
Francs — passent pour avoir été le théátre de la Passio SS. Quattuor
Coronatorum. Karajan a proposé en 1853 cette localisation, quia été
généralement acceptée. Mgr. Bulic, en compagnie de M. Zeiller et du Dr
Sv. Ritig de Djakovar, a entrepris, en 1908, un pélerinage archéologique
dans ce pays, avec l'espoir de préciser certaines questions qui se ratta-
chent à la célébre Passion. Les données topographiques de celle-ci sont
malheureusement bien vagues,et l'état des lieux, — la plupart des collines
Sont boisées, — ne permet guére d'espérer des solutions certaines. Mgr B.
place l'action dans la partie de la Fru$ka Gora qui regarde le Danube ;
C'est aussi dans ce fleuve, et non dans la Save, comme le pensaient Kara-
jan et De Rossi, que les martyrs doivent avoir été jetés. Le mons tgneus
de la Passion pourrait étre Kipovno (colline des statues) ou Crveni-Cot
(colline ou mamelon rouge), deux collines voisines, à 5 kilométres du
Danube surla routede Banostor (Bononia).Le calcaire rougeátre de Kipov-
no expliqueraitla dénomination de « montagne de feu», et il est vraisem-
blable que la « colline des statues » rappelle le souvenir de quelques restes
de sculpture trouvés dans les vieilles carriéres. Les bois qui couvrent
Crveni-Cot empéchent de se rendre compte de la couleur de la pierre ;
mais le nom est une indication qui a son prix.
On voudrait naturellement aussi savoir oü était le lemplum solis bàti
206 BULLBRTIN
sur l'ordre de Dioclétien, et devant lequel les martyrs furent jugés. Il existe
à ce sujet des traditions difficiles à concilier. Est-ce à Banostor, est-ce à
Gradac, éloigné d'une demi-lieue de Kipovno, qu'il faut en chercher la
trace? Mgr B. se prononcerait plutót pour Gradac. Mais on comprend
l'hésitation que l'on. doit éprouver devant des identifications reposant sur
des traditions locales qui semblent étre le commentaire d'un récit. La
psychologie populaire — et je donne à ce mot un sens trés étendu — a
une tendance à la précision qui ne recule devant aucun probléme. Un
vieil édifice ou des ruines remarquables ont toujours une histoire et un
nom, que l'on ne se donne pas la peine de chercher trés loin. La connais-
sance d'un temple du Soleil, propagée par la lecture des Actes, d'une part,
et les restes de quelque vieil édifice, de l'autre, ont pu suffire à créer une
tradition, dont on apprécie aussitót l'importance.
Ceci soit dit sans préjuger aucunement les résultats de recherches
nouvelles, qui pourraient, à la rigueur, donner un corps à ce qui
semble pour le moment du domaine de la fantaisie. Il faut se réjouir
de voir le probléme des Zcía SS. Quattuor Coronatorum repris, pour la
partie topographique, par les savants du pays, les seuls juges en dernier
ressort. Le point spécial abordé cette fois par Mgr B. n'est point sans rela-
tions avec l'histoire des cinq sculpteurs Pannoniens. Le palais de Dioclé-
tien est contemporain de leur martyre. La tradition locale, représentée
par Thomas, archidiacre de Salone (XIII* siécle),veut qu'ils aient travaillé
à cet édifice. Y a-t-il au moins quelque probabilité à ce qu'une partie des
colonnes ou des sculptures du palais aient été fournies par les carriéres de
Fruska Gora ? Mgr B. est d'avis que ni les colonnes ni les statues ne pro-
viennent delà; il nese prononce pas sur les décorations de moindre
importance. Je ne saissi l'argument tiré de la difficulté des transports
(p.124) mérite grande considération. Du moment que les routes ne man-
quaient point, tout dépend, en somme, de l'organisation des charrois, et
sur ces détails pratiques nous ne sommes nullement renseignés. À propos,
d'un terme un peu étrange qui se rencontre dans la Passion : conchae ex
lapide porphirelico cum sigillis et herbacantis, Mgr B. note ceci : « Forse:
Herba acantho, ornamenti di forma vegetale, a foglie di acanto. » L'ex-
plication est excellente, mais la forme herbacantts n'a pas besoin de cor-
rection. On peut citer Servius (Comm. in Verg. Aen. 1,649) : Acantho
genus virgulti flexuosum, quod vulgo herbacanthum dicunt. Espérons que
Mgr Bulié continuera à s'occuper de la Passion des Quatre Couronnés, qui
fait depuis longtemps la joie des archéologues et le désespoir des hagiogra-
phes. H. D.
50. — A.-T. BaxEeR. Vie de S. Panuce, dans RouaNra, t. XXXVIII
(1909), p.418-24.— Publie,d'aprés un manuscrit du duc de Portland, datant
de la findu XIII* siécle, une légende en vers frangais sur S. Paphnuce,
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 207
C'est la traduction trés libre d'un récit de l'Historia Latustaca. M. B. croit
pouvoir en attribuer la paternité à Nicole Bozon, l'auteur bien connu
d'autres contes moralisés. A. P.
51. — *M. BniinE. — Histoire de Jean le Silotte.Extrait dela REvuE
DE L'ORIENT CHRÉTIEN, 2* sér. t. IV (1909), p. 155-73. — S. Jean le Siloite a
recu son nom de M. l'abbé Nau. Ce nom est bien trouvé et mériterait de
rester, à la condition que l'on commence par l'identifier avec celui qu'il
remplace. Car Jean « le Siloite » n'est pas aussi peu connu qu'on le suppo-
serait à lire le petit avant-propos oü M. Nau présente aux lecteurs de la
Revue de l'Orient chrétien son éléve en mathématiques, M. M. Briére, et
le texte syriaque édité par ce dernier. Nos prédécesseurs ont publié, à la
date du 30 mars, une Vie grecque de ce méme saint, qu'ils appellent
lohannes 1n puico, eremita in. Armenia (Act. SS., Mart. III, 831-34 ;
43*-45* ; cf. BHG. 895). Une recension arménienne de cette piéce a
été imprimée jusqu'à trois fois dans les Vitae Patrum (BHO. 522). Une
autre, moins développée, a paru dans la troisiéme édition de ce recueil
publiée par les RR. PP. Mékhitharistes de Venise en 1855 (I, 113-25 ; cf.
BHO. 520). L'original,qui a certainement été rédigé en grec, reste encore
à trouver; car le texte des Z4cía SS. semble porter quelques traces
d'abréviation.
Dans toutes les versions, l'auteur de la Vie se dit étre un solitaire
nommé Chrysios ou Chrysés, qui aurait été envoyé vers le saint (comme
S. Antoine vers Paul de Thébes, Paphnuce vers S. Onuphre, Sérapion vers
S. Marc l'Athénien) pour assister à ses derniers moments et lui donner la
sépulture. BHO. 522 ajoute qu'un second vieillard, nommé Chrysion,
écrivit,sur la foi d'une révélation, un autre récit, qui fut trouvé identique à
à celui de Chrysios. Jean « le Siloite » passait pour originaire de la ville de
Cybistre en Cappadoce, ce qui a conduit à chercher du cóté de l'Arménie .
le vague désert oü ils'enferma. La seconde version arménienne le fait
naitre à Césarée. Le premier texte arménien et le syriaque se taisent de
ce menu détail. Mais tous trois s'accordent à dire que Jean se retira dans
un désert au delà du Jourdain. On notera aussi qu'il avait pour voisin de
solitude un Égyptien nommé Pharmuthi (cf. Act. SS., t. c., 44*; Synax.
Eccl. CP., 590). Il n'est donc pas improbable quele texte primitif ait
voulu désigner Césarée de Palestine. D'aprés le grec, corroboré en ceci
par l'arménien, le Chrysios qui fit la rencontre de S. Jean, habitait
éV Ti) Un Tüv Baparéuv, Jitiuupunnfh furpunnugeng : « dans
le désert des Baratiens ». Ona voulu reconnaitre dans ce nom celui de le
ville de Barattha en Lycaonie (Aca SS.,t. c., 48*). Le syriaque porte
que Chrysios résidait dans le pays de Qwrte. De rMan à réxMas :
Bárate i| n'y a pas loin, et 2X, : « cóté », peut étre corrigé sans
crainte d'apres la ligne suivante en r4. : « forét ». Reste maintenant à
trouver la UAn Tüv Baparéuv.
208 BULLETIN
Les observations qui précédent réduisent sans doute l'importance du
texte syriaque ; elles ne l'annulent pas. Nous ne pouvons donc que remer-
cier M. B. et l'engager vivement à continuer ses excursions à travers l'ha-
giographie orientale, en compagnie de son distingué professeur. P. P.
52. — * Cyrille Cuanow (C. P. KanaLEvskiy). Le quinziéme cente-
naire de S.Jean Chrysostome (407-1907 ).Rome,1909,in-8»,xvt-413 pp.
—Le travail de M. l'abbé C. fournira dans les Acía sanctorum une belle
page au chapitre de la gloire posthume de S. Jean Chrysostome, si ce
chapitre est récrit un jour. En attendant, il remplira honorablement sa
mission propre. Les fétes du XV* centenaire du saint docteur ont été célé-
brées par l'égl:se melkite avec un éclat qui ne semble pas avoir été suff-
samment remarqué dans le reste de la catholicité. Pour perpétuer le sou-
venir de ces solennités imposantes et garder vivace l'impression qu'elles.
ont laissée, M. C. a voulu en écrire une relation détaillée. Il a recuelli avec
un soin pieux tous les détails relatifs aux cérémonies commémoratives du
grand anniversaire, à leur préparation et à leur épilogue. Rome, l'Italie,
Constantinople, toutes les contrées de l'Orient gréco-slave, apportent ainsi,
en des formes variées, leur hommage à la mémoire de l'illustre saint. Ce
compte rendu en 400 pages serait quand méme un peu long, si l'on n'y sen-
tait percer partout l'ardente et enthousiaste espérance que ces fétes cente-
naires ouvriront une ére nouvelle pour l'Orient chrétien. Nous n'avons
pas de jugement à porter sur ces prévisions optimistes, oü les saints ont
Sans doute leur mot à dire, mais non pas les hagiographes. Pp
53. — Jacques RaNcrEAnp. Saint Maurille, quatriéme évéque d'An-
gers, dans L'ANjou nisrORIQUE, t. IX (1909), p. 337-43. — « Extrait de
l' Histoire ctvie et. eccléstastique de l' Anjou par Jacques Rangeard, archi-
prétre d'Angers (1723-1797), manuscrit conservé à la bibliothéque d'An-
gers, n? IOI3 ». Pas plus que jadis pour la notice sur S. René (cf. A4.
Boll., XXI, 212), on ne nous dit pourquoi on a été exhumer ces quelques
pages de Rangeard ; et franchement, je n'en vois aucune raison plausible.
AP.
54.—*Joseph DuNN.La vie de saint Patrice. Mystére breton en trois
actes. Texte et traduction. Paris, Champion, 1909, in-89, xxxri1-265 pp. —
Poéme de 3151 vers,écrit dans le dialecte de Tréguier,probablement avant
le milieu du XVII* siécle, et publié d'aprés une copie du XVIII: /XIX* sié-
cle qui fait partie de la collection de feu Arthur de la Borderie. M. J. D.
ne surfait nuHement la valeur de cet ouvrage, médiocre sous tous les rap-
ports et oü pullulent les platitudes, les gaucheries et les idées grotesques
(p. x) ; mais il espére que son Édition ne sera pas sans intérét, comme une
contribution à la littérature patricienne età l'histoire du théátre breton.
À. P.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 209
55.— Dom Ursmer BrnriEns, O. S. B. Le prieuré de Saint-Sévére à
Meeffe, dans LEopiuM, t. VIII (1909), p. 146-53. — Fournit notamment
(p. 149-53) des renseignements inédits sur les reliques du patron de Meeffe,
S. Sévére de Vienne en Dauphiné ; le texte De feretro S. Severi in Meffía,
publié (p. 152-53) d'aprés le ms. de Paris, Bibl. Nat. lat. 17194, con-
cerne l'histoire de ces reliques depuis 1421 jusqu'en 1578. A. P.
56. — Alfred ANscoMBE. The Longobardic Origin of St. Sechnall,
dans Énrv, t. VI (1908), p. 74-90.— L'auteur de l'hymne sur Patrice BHL.
6495, appelé Secundinus en latin, Sechnall en irlandais, était fils de Dar-
Ercae, sceur de S. Patrice, et d'un certain Restitutus, que le Liber hym2ao-
rum dit avoir été d'origine lombarde : de Longbardato Letha. A détermi-
ner oà se trouvait ce « Letha », M. À. déploye une érudition linguistique et
historique vraiment débordante. Je crois avoir finalement compris que les
« Lombards de Letha » doivent étre cherchés en Armorique. AP.
57. — * Wilhelm Levisow. Sigolena, dans NEvEs AncHtv DER GESELL-
SCHAFT FÜR áLTERE DEUTSCHE GESCHICHTSKUNDE, t. XXXV (1909), p. 219-
231.— La Vie de S'* Sigoléne souléve une série de problémes qui ont mis à
l'épreuve la sagacité des historiens. Frappé de certaines contradictions
qu'il y rencontrait, Cuperus concluait mélancoliquement : Haec combinel
qut potest. Les indications chronologiques font défaut, si bien que, malgré
les noms propres qui s'y rencontrent, on ne put déterminer, sinon assez
approximativement, du VII* au VIII* siécle, à quelle époque la sainte avait
vécu, En recherchant les sources de cette biographie, M. L. est parvenu
à résoudre ces problémes et à signaler un exemple typique des procédés
littéraires de certains hagiographes. Du commencement à la fin, la Vie
n'est qu'une transcription ou une paraphrase de Vies célébres, celles
surtout de S. Césaire d'Arles, de S. Columban, de S'* Eugénie, de S. Ger-
main d'Auxerre, de S'** Mélanie, de St* Radegonde et de S. Sébastien. Elle
emprunte aussi aux ceuvres de S. Grégoire le Grand, de S. Isidore de
Séville et de Sulpice Sévére. Dans ces combinaisons, l'auteur n'a pas pris
soin d'éviter certaines incohérences, et plusieurs noms propres qu'il cite,
ceux notamment d'Aliphia, Evantius, Gislulfus, Gisloaldus, se retrouvent
dans les Vies qu'il a copiées et sont suspects par là méme. La série des
emprunts permet aussi de dater la Vie de S'* Sigoléne. La Vie de S.Colom-
ban par Jonas, écrite au milieu du VII* siécle, y est paraphrasée ; d'autre
part, la Vie de S. Wandrille (BHL. 8804), composée vers l'année 7oo, fait
des emprunts à celle de S'« Sigoléne. Cette derniére a donc été écrite durant
la seconde moitié du VII* siécle, et S'* Sigoléne vécut, selon toute vrai-
semblance, vu le manque d'information que trahissent les procédés de son
biographe, assez longtemps avant cette époque. H. MonkrUs.
ANAL, BOLL. XXIX. I4
2rO BULLETIN
58. —* L'abbé DuiNE.Saint Samson. Rennes, Bahon-Rault, s.a. (1909),
in-I2 carré, 35 pp., illustrations(LEs SaiNTs pe BRETAGNE). — M. l'abbé D.
a consacré à l'évéque-abbé de Dol plusieurs travaux scientifiques (cf.par ex.
Anal. Boll., XXI, 219, 419). Cette fois, il s'adresse au. grand public. Dans
une premiére partie, il raconte sommairement l'histoire du saint, « suivant
les légendes anciennes », sur un ton à la fois pieux et de bonne humeur.
Une seconde partie renferme de nombreux détails sur le culte du saint
homme (1). CEuvrette de vulgarisation, sans doute, mais dans laquelle il
n'est pas malaisé de retrouver, à cóté du gracieux conteur, le bon historien
que nous connaissons. | A. P.
59. — L. SERRANO, O. S. B. Una legenda del Cronicón Pacense,
REVISTA DE ARCHIVOS, BIBLIOTECAS Y MUSEOS, 3* epoca,t. XX (1909), p. 40I-
411.— Démontre le caractére fabuleux de l'anecdote d'aprés laquelle l'abbé
. Táàion, qui fut plus tard évéque de Saragosse, aurait, lors de son voyage à
Rome,été informé, dans une vision, de l'endroit oü il trouverait un exem-
plaire des Moralia de Grégoire le Grand (cf. BHL. 3647, 3648). Momm-
sen avait déjà, en deux mots fort vifs, selon sa maniére, fait valoir l'argu-
ment décisif qui milite contre cette légende (MG., Auct. ant. X1,327).
Nous profitons de l'occasion pour faire remarquer que le texte BHL. 3648
est tout simplement un extrait de la chronique, jadis attribuée à Isidore de
Badajoz (Chronicon Pacense) et qui est, en réalité, une continuation ano-
nyme ajoutée en 754 à l'Historia Gothorum, Wandalorum, Sucborum
d'Isidore de Séville (derniére édition de Mommsen, 1. c., p. 341-43, $ 27-
33). Le récit BHL. 3647 doit étre plus récent que BHL. 3648. — A. P.
60. —* Jos. Sricr.MA YR, S.I. Der heilige Maximus mit seinen beiden
Schülern, dans DER Karnours, t. XXXVIII (1908), p.39-45. — Les histo-
riens qui se sont occupés de Maxime le Confesseur étaient d'accord pour
admettre que, lorsque le saint fut conduit, en 653, sur l'ordre de l'empe-
reur, de Rome à Constantinople, il était accompagné à la fois d'Anastase
le moine et d'Anastase apocrisiaire de l'Église Romaine. Le P. S. démon-
tre qu'à cette époque Anastase le moine seul suivit son maitre à Byzance ;
l'apocrisiaire était alors en exil à Mésembria,et c'est seulement en 662 que
nous le trouvons dans la capitale de l'empire en méme temps que Maxime
et Anastase le moine. Ils y subirent tous les trois, avant leur dernier exil,
les plus indignes traitements. Dans l'ouvrage du regretté P. Pargoire
(L^ Eglise byzanliue de 2527 à 9817, 162-64), on peut constater que
celui-ci ne partageait pas l'erreur commune. V. D. V.
(1) Ala place de M. D., j'aurais hésitéà compléter ce paragraphe, volontaire-
ment incomplet du reste, par une mention de L'íIe des Pingouins (p. 3a).
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 211
61. — * L. Govcavp. Le tómoignage des manuscrits sur l'eeuvre
littéraire du moine Lathcen. Extrait de la REvUE CELTIQUE, t. XXX
(1909), p. 37-46. — On n'a presqu'aucun renseignement sur l'histoire de
S. Lathcen (1t 660 ou 661), moine de l'abbaye de Clonfert-Mulloe, qu'on
trouve inscrit au I2 janvier dans les martyrologes irlandais dés le IX*
siécle. Deux ouvrages figurent sous son nom dans les manuscrits. Le pre-
mier est bien de lui : c'est un abrégé des Morata 1n Iob de S. Grégoire le
Grand ; de l'autre, une priére célébre, appelée Lor:ca Gildae, il n'a été
que le zélé propagateur. Le R. P. Dom L. G. a rassemblé sur l'un et sut
l'autre une quantité de renseignements précis, et la notice bibliographique
et critique qu'il leur consacre est un modéle d'exactitude et de solide érudi-
tion. A. P.
62. — * L'abbé J.-B. MesxEL, Saint Aquilin, óvéque d'Évreux à la
fin du VII: siécle. Évreux, Hérissey, 1909, in-8?, 85 pp. Extrait du
RECUEIL DE LA SociÉTÉ D'AGRICULTURE, SCIENCES, ARTS ET BELLES LETTRES
DU DÉPARTEMENT DE L'EunE, 6* sér., t. VI. — Dans ce volume, dédié aux
anciens éléves du petit séminaire de Saint-Aquilin, on trouve l'histoire
du saint évéque d'Évreux retracée d'aprés une Vie assez peu ancienne
BHL. 655, que M. M. interpréte avec une sagacité parfois excessive. Il
attribue ce document à un moine bénédictin nommé Hécélon, person-
nage d'ailleurs inconnu, qui semble avoir écrit vers la fin du XI* siécle et
s'étre servi d'un récit plus ancien. En appendice, la Vie est intégrale-
ment réimprimée, telle que le P. Bossue l'avait éditée (Act. SS., Oct.
VIII) à l'aide de copies récentes. Quel dommage que, pour découvrir le
nom de l'auteur de cette biographie,qu'une lacune du texte rend incertain,
M. M. n'ait pas examiné les manuscrits connus, notamment ceux de la
bibliothéque nationale de Paris (lat. 815, du XV* siécle, 5296, du XIII*
siécle, nouv. acq. 2261, du XII* siécle). Il aurait ainsi, sans grande peine,
à la fois reconnu la valeur de son hypothése et amélioré son édition.
Pour mettre le héros dans son cadre historique, M. M. s'est servi aussi
des Vies de S. Regnobert, de S. Leufroy et surtout de celle de S. Ansbert
par Aigrade.
Ainsique ses études antérieures le faisaient prévoir, M. M. a surtout
porté son attention sur l'histoire du culte de S. Aquilin. La féte du saint est
indiquée tantót au 15 février, tantót au 18 juillet, tantót au I9 octobre.
Voici l'explication proposée : « L'usage de l'ancienne église d'Évreux,
« aussi haut que l'on puisse remonter, était de féter son saint évéque le
« I5 février. » On ne peut « supposer un seul instant que la date que nous
« trouvons dans tous nos vieux calendriers et nos vieux missels ne soit
« pas la date primitive.D'autant plus que, dans ces ázes reculés, la liturgie
« avait une fixité qu'elle ne connait plus maintenant » (p. 51). La féte du
I9 juillet, mentionnée dans un bréviaire de la fin du XIII* siécle (ms.
212 BULLETIN
Paris, Bibl. Nat., lat. 1270), est d'institution « relativement récente, puis-
« qu'elle n'est pas au calendrier du commencement du XIII* siecle (Paris,
« Bibl. Nat., lat. N. A 1773). » Àu reste, M. M. n'admet pas qu'on aurait
commémoré en ce jour une translation des reliques ; d'aprés lui, c'était là
« une seconde » féte, fixée durant la bonne saison, pour la « plus grande
commodité des assemblées patronales » (p. 60). Quant à la féte du
I9 octobre, elle est due à une erreur qui s'était glissée dans un calendrier
écrit à Corbie au XII* siecle (Paris, Bibl. Nat., lat. 12410); elle fut accré-
ditée par le martyrologe romain, si bien que, au grand regret de l'auteur,
en 1740, à Évreux méme, on supprima la féte du 1 5 février pour lui substi-
tuer celle du 19 octobre (p. 52, 53).
Cette théorie ne nous parait pas tenir assez compte des faits. La féte de
juillet (1) coincide trop bien avec celle de S. Aquilin, l'un des martyrs scil-
litains inscrits au 17, I8 ou 19 juillet dans le martyrologe hiéronymien et
dans les divers martyrologes gaulois du IX* siécle, pour ne pas faire songer
à une simple confusion. Dans un examen, d'ailleurs trop sommaire
pour étre concluant, nous n'avons rencontré le nom de S. Aquilin au I5
février que dans des livres liturgiques d'Évreux et pas avant le XIII* siécle
(Paris, Bibl. Nat., lat. 1270, nouv. acq. 388), tandis que la féte du 19 octo-
bre était célébrée plus anciennement dans beaucoup d'églises, comme le
prouvent un bréviaire limousin du X* siécle (Paris, B. N., lat. 822) un
bréviaire rémois du XII* siécle (Paris, B. N. lat. 12601) un bréviaire arlé-
sien du XIII* siécle (Paris, B. N.lat. ror8), etc. Le calendrier n'est pour
rien, on le voit, dans les divergences des livres liturgiques ; pour détermi-
ner l'origine de ces deux fétes et expliquer l'usage particulier de l'église
d'Évreux, un examen méthodique des manuscrits s'impose. Il reste encore
à faire. H. MonETUs.
63. — Vincenzo CnzsciNt. Del passo relativo 8! linguaggi nella bio-
grafia di san Mummolino. Extrait des MEwoniE srogicHE. FonociU-
LIESI, t. V (1909), p.1-12. — M.C. propose,à son tour,une interprétation du
passage trés obscur de la Vie de S. Mommelin BHL. 6025 : utraque aulem
erudittori latinorum eloquio, stcut (Si cut correction de M. Novati) gratta
haec concessa fuer:t, ad plenum respondere dinoscitur. 1l commence par
exposer et par discuter, au long et au large, l'exégése du P. Van Hecke dans
les .cla sanctorum, celle de M. Novati, de M. Pellizzari (cf. Anal. Boll.,
XX, 226-27 ; XXVI, 345), et montre fort bien leurs points faibles. Lui-
méme interpréte : « Ces deux langues (le roman parlé à Noyon et l'alle-
« mand parlé à Tournai) correspondent pleinement, on le sait, au latin
(1) Cette féte est déjà mentionnée au XI«e siecle dans un calendrier de l'église
d'Angers : S. Aquilini episcopi et. Arnulphi episcopi (ms. Amiens, fonds Lesca-
lopier 12).
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 213
« savant (dans la prédication), si on obtient la permission (de se servir des
« langues vulgaires dans la dite prédication) ». Comme explication, c'est
peut-étre moins mal que ce qu'on avait proposé ; mais je n'oserais dire
que c'est bien. Àu surplus, M. C. ne parait pas avoir remarqué que le
texte BHL. 6025, d'oü est tiré le passage en question, semble bien, depuis
les excellentes remarques de M. Van der Essen, devoir étre considéré
comme postérieur au texte paralléle dela Vie BHL.6206 (cf. Anal.Boll.,
XXV, 370). Comme nous l'avons déjà dit, ce passage obscur et tant dis-
cuté perd, par là méme, davantage encore de son importance. A. P.
64.— T.A.WarsH. Irish Saints in Belgium, dans Tur EccLEsiASTICAL
Review, t. XXXIX (1908), p.122-40.—Àrticle de vulgarisation.En téte, une
vue d'ensemble sur l'évangélisation dela Belgique et sur le róle qu'y ont
joué les Irlandais ; à la fin, quelques pages sur l'abbaye de Waulsort; entre
deux, dix-huit courtes notices sur les divers saints irlandais ou réputés tels
qui ont vécu en Belgique. M. W. résume les récits connus, vrais ou légen-
daires, sans un mot qui avertisse le lecteur au sujet de ces derniers (voir
par ex. p. 130, S. Liévin, p. 133, S** Dymphne). A. P.
65.—C.CLainEAUX. Les reliques de saint Aubert, évéque d'Avran-
ches et fondateur du Mont-Saint-Michel. Rennes, Simon, 1909, in-85,
22 pp. (Extrait des ANNALES Du MoNr-SaiNT-Micurr).— Les fétes du dou-
ziéme centenaire de la fondation du Mont-Saint-Michel ont été clóturées
le 16 octobre dernier, jour auquel se célébre, dans le diocése de Coutances
et d'Avranches, la féte de l'apparition de S. Michel à S. Aubert. À cette
occasion, M. C. a étudié l'histoire de deux reliques conservées dans son
église de Nogent-le-Rotrou. Elles proviennent du Mont-Saint-Michel et
semblent étre les seules qui aient échappé à la dispersion du trésor de
cette abbaye lors de la révolution francaise. L'une est de S. Aubert, l'autre
de S. Leofortis, personnage d'ailleurs inconnu. Deux curieux parchemins
furent retrouvés dans la méme chásse que ces ossements ; l'un, du XIII*
siécle, atteste la translation, en 1252, du corps de S. Aubert d'une chásse
dans une autre ; le second,de la fin du XI* siécle,contient une liste de reli-
ques. Comparés à d'autres inventaires, ces documents pourraient servir
à l'histoire des reliques conservées dans le célébre monastére. Malheureu-
sement, M. C. s'est interdit de poursuivre plus loin ses recherches.
H. MonzTUs.
66. — Archibald B. Scorr. Saint Maolrubha, dans Tur ScorrisH
HISTORICAL REviEw, t. VI (1909),p. 260-80. — S. Maolrubha est honoré le 21
avril par les Irlandais, qui en font un confesseur ; le 27 aoüt par les Écos-
sais, d'aprés lesquels il subit le martyre. Il naquit au VII* siécle et on dit
qu'il mourut en 722. Son histoire, faute de documents anciens bien expli-
214 BULLRTIN
cites, est fort peu claire. Qu'il suffise de dire, par exemple, que le P. Jean
Pien, dans les 4Acía sanctorum, place la mort du saint en 1024, et cela
d'aprés des renseignements venus d'Écosse. La courte notice qu'il a con-
Sacrée à « S. Malrubius » (Aug. VI, 131-32) est embrouillée et fort maigre.
M. Scott, qui a misà profit le remarquable travail publié par W. Reeves
en 1862, est beaucoup plus abondant et, sur plusieurs points, plus précis. Je
ne dirai pas qu'il a tiré au clairla plupartdes questions qui touchent à S.
Maolrubha. Son article est plutót une causerie trés érudite qu'un travail
méthodique, et on souhaiterait souvent un petit bout de preuve, de vraie
preuve, à l'appui d'affirmations trés catégoriques.N'est-il pas illusoire aussi
de vouloir reconstituer les voyages du saintà travers l'Écosse au moyen
des localités ou des sanctuaires qui ont conservé son nom ? A.P.
67. — *H.LaA«MENs. Études sur le régne du calife omaiyade Mo'a-
wia Ier. XIX. Jean Damascéne et Akhtal, commensaux de Yazid, dans
les MÉLANGES DE LA FACULTÉ ORIENTALE DE L'UNivERsITÉ SAINT-JoskPH,
t. III, zr, (Beyrouth, 19083), p. 242-65.
68.— S. VaiLu£. Date la mort de saint Jean Damascéne, dans ÉcHos
D'ORIENT, t. IX (1906), p. 28-30.
Malgré l'incertitude compléte oü restent enveloppées la jeunesse et pres-
que toute la carriére de S. Jean Damascéne, les historiens s'accordent
à répéter qu'il descendait d'une lignée de hauts fonctionnaires byzantins,
préposés de pére en fils au contróle général des finances dans la Phénicie
libanaise. La familleà laquelle convient cette qualité, est la puissante
tribu des Mansür qui, pendant le VII: siécle, se perpétua à la téte de l'ad-
ministration fiscale de cette province, sous les trois dominations byzan-
tine, perse et arabe. Jean de Jérusalem, qui rappelle avec complaisance
la noble origine de son héros, se garde bien d'évoquer certain souvenir
moins glorieux, surlequel le P. Lammens vient d'attirer l'attention.D'aprées
une tradition persistante, rapportée en termes formels par Eutychius,
patriarche melkite d'Alexandrie, ce fut un Mansür, fils de Sargün, qui
livra aux Árabes, en 635, la ville de Damas, dont il était gouverneur, et,
par cette capitulation injustifiéce, causa la perte de toute la Syrie.
Si ce personnage appartenait réellement à la dvnastie financiére des
Mansür, son cas doit étre encore plus noir qu'il ne ressort des paroles
d'Eutychius. Un fonctionnaire administratif n'avait nulle qualité pour
négocier de sa propre autorité la reddition d'une place. Pour se voir impu-
ter la perte de Damas, il a dà commettre une trahison pure et simple. Les
Arabes ont dit eux-mémes qu'ils avaient pris Damas à la fois «de gré et de.
force », expression qui peut se comprendre, puisque recourir aux services
d'un transfuge pour s'emparer d'une ville, c'est à la foistraiter et ne pas
traiter. Ajoutons que, d'aprés un chroniqueur musulman, Damas était com-
mandé pendant le siége par le patrice Anastase (voyez DE Gorgje, Mémoire
.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 215
sur la couquéte de Syrie, Leyde, 1900, 82-83; LaMMENs, 250). Balàdhori
parle d'un évéque, qu'il ne désigne pas autrement. Les deux indications
peuvent s'accorder sans grand effort. Entre batríg, « patrice», et balrtark,
« patriarche »,la confusion est facile et il est arrivé à des auteurs chrétiens
de s'y laisser prendre. De patriarche à évéque, la distance n'est plus lon-
gue pour un canoniste de Bagdad.
L'église melkite ne semble pas avoir contesté le déshonneur qui pése
sur la famille d'un de ses plus grands hommes. De tous les témoignages
qui prouvent la faute, le plus significatif peut-étre est fourni par un manus-
crit arabe de l'Université Saint-Joseph, sur lequel le P. L. est un peu
sobre de détails. Ce document, à tendances nettement apologétiques, en
allégue vaguement un autre, oü il serait rapporté que Mansür avait été
averti par une vision céleste de livrer Damas, parce que Dieu avait aban-
donné la ville pour un temps (LaMMENs, p. 252). Ainsi défend-on une
cause perdue ! Le lecteur qui voudra apprécier exactement la vraisem-
blance du róle joué par la lignée des Mansür et la situation que ce róle
implique, fera bien de se reporter un peu plus haut dans les Études du P.L.
Remontant ainsi de chapitre en chapitre, il lira tout le livre et n'y
perdra pas son temps.
Dans les vieux textes arabes, qu'il fait parler avec tant de sagacité, le P.
L. a retrouvé aussi la trace d'un chrétien nommé Sargün, qui aurait mené
joyeuse vie à Damas, en compagnie du fils de Mo'àvia I, le futur khalife
Iazid. Selon toute apparence, ce nom désigne un membre de la famille des
Mansür, et le P. L. croit voir de sérieuses raisons pour qu'il appartienne
àS. Jean Damascéne en personne. Jean Damascéne, le moine austére,
l'érudit au labeur tenace, le théologien courageux et désintéressé, l'oracle
vénéré de toute l'église d'Orient, aurait donc commencé par courir, avec
un prince mahométan, les « couvents» de Damas, comme auraient dit
les Árabes de l'époque suivante, pour désigner les cabarets ! On convien-
dra que voilà une révélation piquante, si toutefois le fait est prouvé.
Le sera-t-il ? Le R. P. Vailhé a mis une bonne arme entre les mains
de ceux qui tiendront à le contester. En combinant les dates qu'il a rele-
vées dans la biographie de S.Étiennede Sabaite, neveu de Jean Damascéne
(BHG*. 1670), il arrive à cette conclusion que les quinze années qu'Étien-
ne avait passées sous l'autorité de son oncle, quand il en fut émancipé, à
l'áge de vingt-quatre ans, prennent fin en 749. Il y a defortes raisons pour
croire que cette date soit celle de la mort du saint docteur. Elle ne s'écarte
pas sensiblement du point que l'on avait communément admis par conjec-
ture. Mais il est intéressant de voir marquer une limite supérieure en
decà de laquelle on ne peut plus guére la reculer. Or Iazid mourut en 681
vers l'áge de quarante ans. Il y a bien quelque chose, non pas d'im-
possible, mais de peu naturel, à supposer que son ancien commensal lui
ait survécu environ 70 ans.Et pour cette méme raison, il est certainement
216 BULLETIN
plus vraisemblable de compter au moins deux générations entre Mansür
le traitre et son illustre descendant. Au fond, le P. L. n'est pas loin d'en
convenir. BE
"69. — Francesco GasPAROLO. San Baudolino, patrono della diocesi
Alessandrina, dans la RivisTA DI STORIA, ARTE, ARCHEOLOGIA DELLA
PROVINCIA DI ÁLESSANDRIA,t. XVIII (1909), p. 83-91.— Aprés avoir annoncé
son intention de publier une étude critique sur S. Baudolin, patron d'Ales-
sandria, M. G. se lance aussitót dans une digression, qui n'a d'autre
excuse que la ressemblance de deux noms. Il rapporte fidélement les résul-
tats de recherches récentes faites par M. Alvarez, M. Mélida et le P. Fita,
au sujet dela diffusion du culte de S. Baudile, évéque de Nimes, dans la
Vieille-Castille et jusqu'en Estramadure. Cette communication se termine
parla publication d'une correspondance curieuse échangée en 1733 entre
Pusterla, curé de Abbiategrasso, et Sassi, bibliothécaire de l'Ambrosienne.
Le curé s'y plaint que quelques-uns de ses paroissiens prétendent célébrer
la féte de S. Baudolin le ro novembre et reconnaitre en lui le patron des
litigants ; il prie son. correspondant de vérifier si la féte du patron d'Ales-
sandria se célébre le ro novembre. M. G. témoigne de l'intérét qu'il y
aurait à reconnaitre comment le culte de S. Baudolin, qui paraissait n'étre
en honneur que dans son diocése, s'est propagé jusque dans le Milanais.
Comme la lettre de Pusterla indique que la célébration de la féte au
IO novembre constitue une innovation, il y aurait lieu de vérifier quelle
était la date antérieurement en usage. La similitude des noms, la proxi-
mité des lieux de culte suggére la pensée d'une confusion entre S. Baudile
de Nimes et S. Baudolin d'Alessandria.
Cette courte note montre que M. G. a une bonne méthode historique et
une large information. Aussi souhaitons-nous qu'il mette prochainement
à exécution son projet d'écrire la Vie de S. Baudolin. H. MonErus.
70. — M. A. PorrER. Ami et Amile, dans PunBLICATIONS OF THE
MopERN LANGUAGE ÁssociATION or ÀÁMERICA, t. XXIII (1908), p. 471-85.—
En étudiant naguére la gracieuse légende d'Ami et Amile (cf. 47a/ Boll.,
XXVII, 113), M. J.Bédier disait que, comme jadis Gaston Paris, il ne savait
pas qu'on lui eüt découvert le moindre récit parallele ni dans l'Inde, ni
nulle part en Orient. llla regardait, jusqu'à plus ample informé, comme
une légende d'origine à la fois féodale et chrétienne. Or M. Potter signale,
dans les contes de la Sibérie méridionale publiés par. Radloff, un paralléle,
un peu lointain peut-étre, à coup sür grotesque, mais dont il faudra tenir
compte. Pour M. P., « Ami et Amile » est originairement un conte, et le
théme primitif des récits qui nous sont parvenus ne serait pas de prove-
nance ecclésiastique. C'est à voir. A. P.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 217
71. — * Gordon Hall GERourp. ZElfrió's Legend of St. Swithin.
, Extrait de ANGLIA, N. F., t. XX, p. 347-57. — /Elfric a rédigé à Winche-
| Ster, en 996 ou 997, la troisiéme série de ses « homélies », dans laquelle se
trouve la légende de S. Swithun. La source principale, qu'il traduit en la
résumant, est le récit composé quelques années auparavant, en 98r, à
Winchester méme par le moine Lantfred (BHL. 7944, 7945). Or une
comparaison minutieuse de l'original latin et du poéme anglais améne
M. G. à cette intéressante constatation que parfois /Elfric s'écarte du
texe BHL. 7944-7945 pour s'attacher à une recension abrégée de l'ou-
vrage de Lantíred, soit le texte BHL. 7948. C'est le cas notamment pour
les vers 1-20, qui sontla traduction du début de BHL. 7948 et auxquels
rien ne correspond dans BHL. 7944-7945. Ce début de BHL. 7948 et
méme tout le texte de l'abrégé serait-il aussi de la main de Lantfred ?
M. G. penche vers cette conclusion, surtout en ce qui regarde le début de
BHL. 7948. Comme ille dit justement, il faut attendre, pour porter un
jugement définitif, que l'on ait une édition critique du texte BHL. 7944-
7945, le manuscrit de Rouen, seul utilisé par l'abbé Sauvage, n'étant pas
unique et ne comprenant pas tout ce qu'on lit dans un des autres manus-
crits connus, Brit. Mus. Reg. 15. C. VII, lequel semble au moins aussi
ancien que celui de Rouen. A. P.
72. — F. Frr4. San Dunala, prócer y mártir mozárabe del siglo X,
dans BoLETÍN DE LA REAL ÁCADEMIA DE LA HisrOR1A, t. LV (1909), p. 433-
442. — La notice du synaxaire de Constantinople au 17 décembre est le
seul document que nous possédions sur un saint au nom exotique,
AovvaM (Synax. Eccl. CP. 320). Les diverses rédactions de cette notice
représentent une biographie perdue, qui devait étre d'un grand intérét
historique, à en juger par les données éparses dans ]le court résumé qui
nous reste. Dounalé vivait au X* siécle, sous les empereurs Romrnanos et
Constantin (949-959). Il était gouverneur d'une ile appelée 'Hfepríc ou
Nifepric, d'autres disent Bepón, à peu de distance de Cadix. Il fit un péle-
rinage à Rome,oü il trouva le pape Agapit II sur le siége de S.Pierre (946-
955), et eut quelques difficultés avec le tyran Albéric (1 955). De là, il se
rendit à Constantinople, oü il fut recu avec distinction par les empereurs,
puis il entreprit le voyage de Terre-Sainte. A Jérusalem, le patriarche
Christodule lui donne le uéva oxfiua, et il prend le nom d'Étienne. En
Égypte, i] est capturé par les Musulmans et succombe aux mauvais traite-
ments qu'ils lui font endurer pour sa foi.
Le P. Fita republie, avec traduction espagnole, le texte du synaxaire, et
le fait suivre d'un intéressant commentaire. Le saint descendait d'une
noble familie visigothique, comme l'indique son nom, qui n'est pas isolé.
On connait un Dünila, évéque de Malaga au VII* siécle, et plus tard les
textes signalent d'autres homonymes, comme Danila (878), Donnellus
218 BULLETIN
(967). L'ile de l'Océan Atlantique oà i! naquit, seraitl'ile de Saltes, qui
n'est pas trés éloignée de la région de Cadix. Bepór] est rapproché de la
forme /a Broa. Un autre rapprochement indiqué par le P. F. est celui du
voyage entrepris en 955 par Recemundus, évéque de Grenade, pour le
compte de Abderrahmaàn 1II à la cour d'Otton III, et il se demande si
Dounalé n'aurait pas été chargé d'une mission analogue auprés du pape et.
des empereurs de Byzance. S'il faut s'en tenir au texte hagiographique,
tel que nous l'avons, ce ne fut certes pas le but principal de son voyage.
Ce n'est aussi que par conjecture que l'on arrive à mettre une relation
entre la politique et le martyre de Dounalé. Espérons que le P. Fita, qui a
eu Si souvent la main heureuse, découvrira quelque texte pour compléter
les données des synaxaires, qui ne nous apprennent que juste assez pour
piquer vivement la curiosité. H. D.
73. —* Léopold D&Erisr.e. Rouleau mortuaire du B. Vital, abbé de
Savigny, contenant 207 titres écrits en 1122-1123 dans différentes églises
de France et d' Angleterre. Paris, Champion, 1909, in-fol.,1x-47 pp., 49 plan-
ches. Fr. 40. — C'est la troisiéme fois que M. Léopold Delisle s'occupe du
rouleau du B. Vital, un des plus importants et des mieux conservés qui
nous soient parvenus. Il fut l'occasion et en bonne partie l'objet du premier
travail de l'illustre savant, et si son mémoire Des monumeuts paléographi-
ques concernant. l'usage de prier. pour les morts date de plus de soixante
ans,— il a paru en 1846-1847 dans la Bibliothàque de l' École des chartes,—
ce premier essai d'un tout jeune homme est à ce point excellent que
l'auteur de tant et tant d'ouvrages de premier ordre n'a rien trouvé de
mieux à faire que de le reproduire ici tel quel (p. 1-24), quitte à le complé-
ter par un magnifique supplément en 25 articles (p. 25-37), oü sont signa-
lés les nouveaux rouleaux ou fragments de rouleaux retrouvés depuis lors.
Plus tard, en 1866, M. L. D. publiait le texte intégral du rouleau qui
nous occupe dans son recueil des Rouleaux des morts, p. 281-342.
L'histoire et l'histoire littéraire en particulier avaient ainsi leur part.
Mais le document est trés intéressant, plus intéressant encore, peut-étre,
au point de vue paléographique, et M. L. D. a rendu un nouveau service à
cette science, qui lui doit tant, par la belle reproduction phototypique que
nous annoncons. Son importance sautera aux yeux des moins avertis quand
on se rappellera que le rouleau contient plus de deux cents notices écrites
durant l'espace de moins de deux ans dans diverses localités du nord et du
centre de la France et dans différents comtés de l'Angleterre.
En téte du volume (p. 1-1x),le sympathique et vénérable savant a raconté,
avec la simplicité et la bonne gráce qu'on lui connait, les circonstances
qui l'amenérent à s'intéresser, il y a tant d'années, au . célébre rouleau.
C'est une page bien instructive, bien attrayante aussi, de l'histoire de
l'érudition frangaise. A. P.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 219
74. — Th.IrcrN. Kritische Beitráge zur rheinisch-westfálischen
Quellenkunde des Mittelalters. IV. Vita Arnoldi archicpiscopt Mogun-
lini, dans WrsrpEUTsCHE ZkEITSCHRIFT, t. XXVII (1908), p. 38-97, fac-
similé. — Le travail de M.I. est de ceux oü la clarté de l'exposition,
l'abondance de l'information etle souci de tenir compte de tous les élé-
ments d'un probléme soutiennent l'attention du lecteur et donnent à sa
. curiosité une pleine satisfaction. Un historiographe du XVII* siécle, par-
lant d'une controverse au sujet de l'authenticité de la Vie de S. Arnoul,
caractérisait ainsi cette question : s; st0zt curiosum, sludiosum ! M. I., qui
applique ce texte à son article, aurait pu dire aussi bien : ef curtostam. et
studiosum.
L'histoire de S. Arnoul, évéque de Mayence, nous a été conservée dans
une Vie (BHL. 687) qui fut longtemps regardée par les historiens, méme
les plus compétents, tels Wattenbach, Boehmer et Will, comme un docu- :
ment de grande valeur. Ce n'est pas le sentiment de M. I. Quelques détails
de cette biographie et l'allure méme du récit avaient mis sa perspicacité
en défiance (p. 45-47). La tradition manuscrite n'était pas pour dissiper
ses soupcons. Le plus ancien exemplaire, le ms. 187 de Wurtzbourg,
dont se sont servis les deux éditeurs du texte, porte les traces éviden-
tes de la contrefacon d'une écriture plus vieille. Son ancienneté semblait
confirmée par une légende d'aprés laquelle i1 aurait appartenu à un cer-
tain Krickenberg, qui l'aurait vendu pour deux ducats à Nicolas Schmidt,
chapelain vers 1640 du comte de Manderscheid-Blankeuheim. Déjà, le
P. Gamans accrédita ce racontar en appelant le volume « codex Dlancken-
heimensis». L'examen des sources de cette Vie rend la supercherie évidente.
Aucun des auteurs, assez nombreux du reste, qui,avant le XVII* siécle,ont
eu à parler d'Árnoul de Mayence, n'a connu les détails de la vie du
saint ; son martyre méme fut longtemps ignoré. Hebelin de Heymbach,
Serarius, Brower, Jacques de Kirschgarten, Jacques de Mayence, ont tous
emprunté les quelques traits qu'ils rapportent à un ou peut-étre deux
opuscules (p. 73-75) apparentés entre eux, mais différents de la Vita BHL.
687. Le compilateur de la Vita a largement puisé à cette source; il a utilisé
aussi la chronique de Wilhelm Werner von Zimmern (p.78), celle d'Otton
de Freisingen (p. 85) et quelques piéces d'archives.
M. I. est trés heureusement parvenu à découvrir le nom de l'audacieux
faussaire. Dans un ouvrage écrit en 1628, Jean Ántoni, prieur de l'abbaye
de S* Jacobsberg prés de Mayence, écrivait au. sujet de la mort de
S. Arnoul : de hac tmmani caede ac monasterii calamitosa. desolatione. et
destructione. suo tempore, si vita superstes. fuerit, agemus latius. (p. 59).
L'auteur eut le loisir de mettre son projet à exécution, puisqu'il ne
mourut qu'en 1638. M. Ilgen a pu prouver que plusieurs des documents
utilisés pour cette compilation se trouvaient dans cette abbaye et furent
dispersés peu aprés la rédaction de la fameuse Vita. Quelques années plus
220 BULLETIN
tard, exactement en 1630, on retrouve dans une note insérée dans le manus-
crit de Wurtzbourg certains signes d'inquiétude à l'endroit de cette biogra-
phie ; mais la défiance fut peu générale et tomba bientót. Vers la méme
époque, le P. Gamans retranscrivit deux fois de sa propre main, et en se
permettant de grandes libertés, l'opuscule du prieur. M. I. en conclut,
trop hátivement, peut-étre, à la collaboration du jésuite, qu'il traite de
parrain de baptéme (p. 95).
Différents indices ont permis à M. I. de reconnaitre que la mémoire
d'Arnoul, demeurée peu en honneur,parfois méme assez malmenée durant
le moyen áge, fut vers les années 1500 l'objet d'une réhabilitation post-
hume. M. I. se réserve de revenir dans un prochain article sur quelques
détails de ce revirement d'opinion (pp. 87 et 96).
La conclusion principale du travail se dégage avec une parfaite netteté :
la Vita Arnoldi n'est qu'un faux document, de composition tardive. Cette
constatation n'est peut-étre pas aussi neuve que semble le croire M. I.
L'authenticité du texte, voire méme le martyre d'Arnoul, avait dés long-
temps été mis en doute. Ne lit-on pas dans le premier volume de juillet
des Acía sanclorum, publié en 1719 : Longum el. verbosum de eius (1. €.
Arnoldi) vita ac martyrio commentarium ms. legt, in quo de etus virtuli-
bus mulla traduntur, ut. ferme tantum. non sanctus martyr appelletur.
Caedis causa apud altos longe abest a marlyrio ; tpsius vero cum Frederico
Aenobardo et Victore anttibaba communio non argui magnam cum ecclesta
catholica eiusque capite Alexandro III. coniunctionem (p. 4 b). I1. n'est
guére douteux que le /osgus cl. verbosus commentarius n'est autre que
la Vie qui nous occupe. Puisque le P. Gamans, qui fut pour les Bol-
landistes un infatigable pourvoyeur de documents, a transcrit deux fois
le texte, il est à croire qu'il le leur a envoyé ; mais cette copie est perdue.
Il eüt été intéressant de savoir avec plus de détails pour quels motifs le
Bollandiste rejetait l'authenticité de la piéce et s'il avait, pour nier la
sainteté d'Arnoul,des motifs plus convaincants que les rapports de l'évéque
avec l'antipape. H. MonzTUS.
' 75. — F. Manr. Di un curioso esempio di piagio agiografico, dans
la RtiVISTA STORICO-CRITICA DELLE SCIENZE TEOLOGICHE, t. V (1909), p. 925-
933. — Fait voir que la seconde partie de la Vie de S. Rainaldus,évéque de
Nocera au XIII* siécle, a été tout simplement empruntée, fond et forme,
aux écrits de Sulpice Sévére sur S. Martin de Tours. M. M. aligne, en de
longues colonnes paralléles (p. 926-32), d'une part le texte de Sulpice,
d'autre part celui de la Vie de S. Rainaldus, telle qu'elle a été publiée dans
les Acta sanctorum par Henschenius ; or celui-ci, faute de mieux, avait
remis en latin une traduction italienne de l'original latin, qu'il n'était
point parvenu à se procurer. La démonstration de M. M., en dépit de ces
circonstances défavorables,est convaincante. Néanmoins le plagiat sautera
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 22I
davantage encore aux yeux dans l'édition du texte primitif que nous don-
nerons bientót en appendice au Catalogue des manuscrits hagiographiques
de la bibliothéque Vaticane. AP,
76. — * A. MonriER,O.P. Histoire des mattres gónéraux de l'ordre
des Fréres Précheurs. Index général des noms propres de personnes et
de lieux contenus dans les tomes I, II, 1II et IV. Paris, Picard 1909, in-8?,
91 pp. — C'est déjà quelque chose que cet alignement de noms propres et
de chiffres; maisj'ose espérer que ce n'est là qu'une pierre d'attente.
Quand cet excellent ouvrage touchera à sa fin, son auteur nous gratifiera,
je n'en doute pas, de tables opulentes, à la fois alphabétiques et méthodi-
ques, oüà par un heureux choix de mots significatifs, de caractéres et de
chiffres divers, il nous aidera à nous orienter promptement dans ce dédale
de richesses : quelque chose qui ressemble aux Indices de chaque volume
des Nunltaturberichte et de la Correspondance du B. Pierre Canisius du
Pére Braunsberger. En attendant, la séche nomenclature que nous avons
sous les yeux ne manquera pas de rendre de bons services. V. O.
7*7.— *Ferdinando RoNporiwo, Riccardo BRAvpA. La chiesa di S.
Domenico in Torino. Torino, Celanza, 1929, in-8^, 126 pp., illustrations.
— Belle monographie, intéressant à la fois les arts, l'histoire etle culte
des saints qui ont leur tombeau ou un autel dans l'église Saint-Domi-
nique à Turin. Les Fréres Précheurs vinrent s'établir en cette ville en
I257 ou 1258. Leur couvent devint bientót pour le Piémont un centre
florissant d'études et acquit encore de la renommée par le séjour prolongé
qu'y firent le B. Pierre Cambiano de Ruffia, martyrisé pour la foi en 1365,
etle célébre prédicateur populaire S. Vincent Ferrier. L'église, qui vient
d'étre restaurée, date du commencement du XIV* siécle. On y a rendu de
tout temps un culte spécial à la Mére de Dieu, en lui associant, dans la
suite, le B. Amédée IX de Savoie, dont l'anniversaire liturgique prit les
proportions d'une féte nationale et qui devint plus particuliérement le
patron dell" università det parrucchiert (p. 103).
Église et couvent,l'église surtout, ont rencontré dans les auteurs de cette
dissertation des historiens méthodiques, exacts, scrupuleux, pleins de leur
sujet, pour lequel ils se sont livrés à de minutieuses recherches d'archives.
C'est sans doute par distraction qu'il leur a échappé de dire que l'empereur
Frédéric, l'ennemi de la papauté, favorisa l'hérésie dans ses états (p. 19).
Il est bien vrai qu'il n'a pas toujours été tendre, quand ils contrecarraient
ses desseins, envers les religieux, fussent-ils méme investis de la charge
d'inquisiteurs. V. O.
78. —* F. M. PaoriNi. Un document inédit du XIV* siécle sur la
vie de S' Jean Discalcéat, recteur, puis frére mineur (1278-1349).
222 BULLETIN
Rome, 19ro, in-89,xxxv1-38 pp., portrait. — Ce document inédit, apparem-
ment la plus ancienne biographie que l'on posséde du saint frére breton
Jean le Déchaussé, nous a été conservé dans une copie du XVII* siécle,
comme l'atteste une note écrite de la main de Bollandus, qui le regut de
Paris le 17 juillet 1642, et une autre note du scribe lui-méme (Bibliothé-
que royale de Bruxelles, Collectanea Bollandiana, 8974-75, fol. 1o et 43").
C'est une composition pieuse, écrite dans un piétre latin médiéval, farcie
de textes de l'Écriture sainte, et oü l'on s'est plu particuliérement à accen-
tuer les traits de mortification de l'humble religieux. Son biographe
anonyme a vécu au couvent des Fréres Mineurs de Quimper, dans
l'entourage du bienheureux. ll se réclame volontiers, pour appuyer ce
qu'il avance, de ses relations personnelles avec le frére Jean et des réminis-
cences d'autres témoins oculaires. Il semble avoir écrit peu aprés la mort
de son héros, qu'il place en l'année 1349. Bien des personnes qui s'étaient
confessées au bienheureux étaient encore en vie. Comme il vécut trente-
trois ans dans l'ordre de S. Frangois, aprés avoir administré une paroisse
en qualité de prétre séculier pendant treize ans, et qu'il peüt avoir
recu le sacerdoce à l'àge de vingt-cinq ans, le R. P. Paolini présume avec
beaucoup de probabilité que le saint homme naquit vers 1278.
Il est incontestable que la piéce découverte et publiée par le docte Frére
Mineur est d'une importance capitale pour poursuivre avec succés la
cause du B. Jean devant la Congrégation des Rites. Néanmoins à cause de
. Sa latinité barbare et des grossiéres bévues du copiste, elle donnera du fil
à retordre à nos successeurs, quand ils songeront au r4 décembre' à la
reproduire dans les Acta sanctorum. 1l leur incombera avant tout d'en
faire une collation trés attentive sur le manuscrit de Bruxelles. — V. O.
79. — *L. Micuz1, S.I. Vie de saint Francois Xavier, apótre des
Indes et du Japon. Tournai, Casterman, s. a. (1908), in-8?, x-592 pp.,
illustrations.
80. — * Pio Pi, S. I. Disertación sobre la venida de san Francisco
Javier a Filipinas. Manila, Santos y Bernal, 1909, in-896, 33 pp., carte.
81. —* L. DELPLACE, S. I. Le catholicisme au Japon. 1540-93.
Saint Frangois Xavier et ses premiers successeurs. Malines, Dierickx-
Beke s. a. (1909), in-8^, 282 pp., carte.
Était-il bien besoin d'écrire une nouvelle Vie d'un saint aussi connu que
S. Frangois Xavier, et qui a rencontré tant de biographes ? C'est la ques-
tion que l'on se pose naturellement devant le volume compact du Pére
Michel. Aprés l'avoir parcouru, avec intérét du reste, on voit bien que
l'auteur a entassé dans le vieux moule hagiographique bon nombre de ren-
seignements inédits, empruntés aux meilleures sources; mais l'image qui
en est sortie n'a pas assez gagné ni pour l'expression des traits, ni pour la
fermeté des contours. Maitre Frangois fait trop l'impression d'étre,comme
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 223
on dit de nos jours, un surhommoe, et sa vie semble complétement étran-
gére aux remous terrestres qui emportent autour de lui les autres mortels,
Portugais, Indiens, Nippons. L'auteur s'est appesanti trés fort sur les
événements merveilleux de la carriére de son héros et il se plait à voir
dans la moindre navigation houleuse, dans la moindre traverse, une machi-
nation «du démon et de ses suppóts ». C'est excessif, assurément, et, à
la longue, cela devient fatigant. D'abondantes citations textuelles, décou-
pées dans la correspondance du saint et de ses confréres, etoü il n'y a sou-
vent qu'un détail topique à prendre, viennent encore ralentir la marche
du récit et dérouter l'esprit des lecteurs par des idées accessoires au sujet
qui se traite.
L'information est abondante et, en général, judicieuse et süre. L'auteur
n'a méme pas hésité à porter ses investigations dans plusieurs grands
dépóts d'archives du Portugal. C'est fort bien ; ce qui l'est moins, c'est de
recourir, quand il s'agit de Xavier, aux mémoires de Menendez Pinto. Il
importe une bonne fois de résister à cet entrainement. Ce voyageur, con-
temporain de Xavier et qui a pérégriné sur ses traces,est un écrivain fantai-
siste, un romancier indigne de créance. Il a notamment exagéré le nom-
bre des conversions que le saint opéra au Japon ; et là n'est pas la gran-
deur extraordinaire de l'entreprise. Une autre fiction de cet esprit inventif
est la prétendue dispute théologique qui se tint à Bungo cinq jours de
de suite. La principale lacune à signaler au R. P. Michel, c'est d'avoir
ignoré le premier volume de l'histoire du christianisme au Japon, compo-
sée à Tokyo par H. Haas (Anal. Doll., XXII, 364-66). Si l'écrivain protes-
tant a trop laissé dans l'ombre « l'éminent contemplatif » que fut Xavier,
il a réussi par contre, dans une large mesure, à planter de solides jalons
chronologiques, qui permettent de retracer l'itinéraire de ses courses
apostoliques au Japon. Il y avait lieu encore de s'inspirer de la censure
que fit, en ce qui concerne Xavier, le Pére Al. Valignani dela Vie de S.
Ignace par Pierre Ribadeneira (Scripta de S. Ignatio de Loyola, dans
Monumenta Iegnatiana, t. 1, p. 741-44). Le Pére Astrain ne met pas moins
de zéle à dénoncer les pieuses hyperboles dont la légende encombrait la
vie suffisamment pleine et merveilleuse du grand apotre.
En appendice, le R. P. Michel disserte sur la date de sa mort (p. 552-63)
et défend résolument le jour traditionnel du 3 décembre. Sa démonstra-
tion, oü il accumule les témoignages les plus disparates et oü il abuse de
l'argument négatif, m'a convaincu plus que jamais que la date du 27
novembre, proposée par le Pére Cros, est la vraie (.1zal. Boll., XXIII,
41IO-II). Un autre chapitre, trés bon celui-ci, est consacré à établir /a
chronologie de la Vie de S. Frangots-Xavter (p. 525-37). C'est peut-étre
trop laconique de consigner qu'à telle date le saint écrit une lettre à un tel.
Il aurait fallu, me semble-t-il, indiquer d'un mot son contenu.
S. Frangois Xavier a-t-il visité les Philippines ? L'enquéte, à laquelle
224. BULLETIN
s'est livrée le R. P. Pi, avec beaucoup de circonspection, pour ne point
froisser le sentiment national de leurs habitants, aboutit à ce résultat que
les contemporains du saint et les auteurs du XVI* siécle n'ont rien affirmé
de semblable. L'opinion de sa venue a été mise en circulation par des tra-
ditions populaires postérieures et par les revendications d'apótres des Phi-
lippines au XVII* siécle. C'est ainsi que le Pére Mastrilli se réjouit en 1637
de récolter dans ces iles ce qui a été semé par S. Francois Xavier, et il
indique en. méme temps comment s'est formé son sentiment: « Enfin il
« suffit de dire que l'apótre des Indes S. Frangois Xavier a été le premier
« à y précher le saint évangile, como consta de la bula de su canonización »
(p. 15). En effet, Urbain VIII déclare, dans la bulle de canonisation du 6
aoüt 1623, que Xavier ?pse primus Paravis, Malatis, Iais, Acents, Minda-
&4is (Mindanao, une des plus grandes iles Philippines), Malacensibus
et Iaponibus evangelium. Christi: annunttaverat (p. 9). Or il n'est point
interdit de penser que l'on a commis là une légére erreur, tout comme on
s'est manifestement trompé en attribuant à Xavier une premiére expédi-
tion apostolique chez les Javanais, dont il n'est resté aucune trace ailleurs,
pas méme chez Ribadeneira ni chez Nieremberg.
S. Frangois Xavier n'a guére séjourné plus de deux ans dans les iles
nipponnes. C'est moins son histoire que celle de la chrétienté qu'il y fonda,
que le R. P. Delplace a pris à táche d'écrire, en se servant presque exclu-
sivement de la correspondance des missionnaires. Comme le saint débar-
qua pour la premiére fois au Japon le 15 aoüt 1549,il eüt mieux valu
inscrire ce millésime sur le frontispice du livre, que 1540.
L'auteur estime avec Baronius que efistolart historia nulla fidelior vel
tuttor. Je n'y contredis pas, pourvu que les lettres émanent d'observateurs
attentifs, probes, exercés, soucieux de dire la vérité, et bien placés pour la
connaitre. C'est le cas des missionnaires-martyrs, qui ont fourni au P. Del-
place ses meilleurs matériaux. Sous ce rapport, son livre présente les
garanties d'un document de premier ordre. C'est méme dommage que,
pour des raisons d'économie ou pour quelque autre motif, l'auteur n'ait
point donné in extenso le texte des trente lettres fort instructives, qu'il
s'est contenté de résumer, trés convenablement d'ailleurs (p. 139-70). Ces
analyses, si bien faites qu'on les suppose, n'inspirent pas la méme con-
fiance que les originaux. Un mérite qu'il importe encore de relever, c'est
que le P. Delplace ne s'est pas borné à extraire de la correspondance des
missionnaires les seuls détails qui enrichissent leur propre biographie ;
mais quil a de plus recueilli avec beaucoup de soin et mis en ceuvre
tout ce qui était de natureà éclairer d'une lumiére nouvelle ou plus vive
l'áàme de la nation nipponne, de ses chefs et de ses bonzes, leur caractére,
leurs secrets ressorts d'action, leur degré de civilisation, leurs dipositions
envers le christianisme et, en général, la sincérité de leur conversion, leurs
intrigues et leurs trahisons, leurs craintes et leurs espérances à leur con-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 225
tact récent avec les Européens, et l'extréme vigilance des missionnaires
jésuites à empécher leurs néophytes, là méme oü ceux-ci étaient majo-
rité, de détruire les pagodes et les autres monuments du culte ancestral.
Le livre du P. Delplace s'arréte à l'année 1593. L'ére des funestes riva-
lités entre missionnaires de différents ordres religieux va s'ouvrir, pour
la ruine des chrétientés florissantes du Japon. Déjà en 1587 des préoccupa-
tions politiques et des visées ambitieuses avaient dicté à Taikosama un
édit de bannissement contre les Péres.jésuites. « Notre consolation »,
écrivait en 1589 un des plus remarquables missionnaires de cette époque,
le Pére Organtino Gnecchi, « est de songer que nous partageons les dan-
« gers et les épreuves de nos saints martyrs d'Angleterre » (p. 270). Lui
et ses confréres tinrent bon, mais en redoublant de réserve et de circon-
spection. Taikosama leur sut gré de cette attitude et usa envers eux d'une
large tolérance. Et le nombre des conversions allait toujours augmentant.
Bientót, hélas ! l'arrivée intempestive d'ouvriers évangéliques d'autres
nations, leurs prétentions, leur zéle irréfléchi, déchainérent la plus san-
glante des persécutions sur la portion déjà défrichée de la vigne du Seigneur.
Cette fois le sang des martyrs, répandu à profusion durant de longues
années, ne fut pas une semence de chrétiens, maisle prélude de la plus com-
pléte destruction. Sur cette période de l'histoire du catholicisme au Japon
il plane encore tant d'ombres et d'obscurités. Elle est digne de solliciter
l'érudition si süre et si sincére de notre docte confrére ; et nous lui souhai-
tons de tout cceur de céder généreusement à la tentation.Il ne sied pas que
son histoire du catholicisme au Japon reste à moitié chemin. V.O.
82. — * J. Susra. Die Rómische Curie und das Concil von Trient
unter Pius IV. Actenstücke zur Geschichte des Concils von Trient.
Wien, Hólder, 1904, 1909, deux volumes gr. in-8», xci1-372 et xxvir-606
pp. Mk. 12 et 17.
83. — * P. O. v. TónNEÉ. Ptolémée Gallio, cardinal de Cóme. Paris,
Picard, s. a. (1907), in-8o, xxxviI1-292 pp., portrait. Fr. 5. |
Ons'accorde dans le monde savant à reconnaitre qu'il n'existe pas
jusqu'ici de véritable histoire du concile de Trente. Fra Paolo Sarpi n'a
été qu'imparfaitement renseigné et a trop cédé à son penchant de déni-
grer. D'autre part, Pallavicini a eu accés aux archives secrétes du Vati-
can ; mais préoccupé à l'excés de réfuter son devancier, il n'a puisé dans
ce trésor, selon les habitudes de l'époque, que les bribes de documents
capables de confondre le moine lige de la république de Venise. ll nous
manque toujours un tableau lumineux et complet des préliminaires et des
délibérations de l'auguste assemblée, et l'on ne peut se flatter dele pos-
séder un jour qu'à la condition de se mettre d'abord sérieusement à la
publication fidéle et compléte des piéces importantes qui concernent
cet événement capital du XVI* siécle. La vaillante Société de Goerres fut
ANAL. BOLL. XXIX, I5
226 BULLETIN
la premiére, aprés une entente préalable avec les autres instituts histori-
ques établis à Rome, à s'atteler à cette táche de géant. Plus tard, l'Insti-
tut autrichien s'en méla à son tour. Comment a-t-il été amené à jeter la -
faux dans le champ de son voisin, champ trés vaste d'ailleurs et oü plu-
sieurs escouades de travailleurs peuvent se mouvoir à l'aise ? C'est ce que
feu le professeur Th. von Sickel, alors directeur de l'Institut, s'efforce
d'expliquer dans un habile plaidoyer, écrit, sous forme de préface, en téte
du premier volume (p. v-xxr1). Abandonnant à la société rivale le soin de
publier les actes et les délibérations du concile et tout ce qui s'y rapporte,
mémoires, dissertations, diaires, il s'était réservé une part des plus inté-
ressantes, puisqu'elle est découpée dans la derniére période (1561-1563) et
qu'elle comprend la correspondance entretenue par les légats du concile
tant avec la curie romaine — cela constitue le corps de chaque volume —
qu'avec les nonces accrédités auprés des différentes cours d'Europe ;
c'est la matiére d'un copieux appendice. Ces Beilagen, avec les docu-
ments rapportés en note, occupent presque autant de place que la corres-
pondance officielle du saint-siége et de ses légats. Ils apportent une con-
tribution précieuse à l'histoire politique et religieuse de la France et de
l'Espagne, et de leurs souverains.
À en juger par les deux volumes déjà parus, l'ensemble formera
un corpus dtplomaticum de toute premiere valeur, et la facon de l'exé-
cuter ralliera, je pense, les suffrages de tous les hommes compétents.
L'honneur en revient à M. le professeur J. Susta, un des plus brillants
disciples de Sickel. Une introduction critique, claire, sobre, substantielle,
ne s'égarant jamais en des digressions oiseuses, rend parfaitement compte
des difficultés qu'il a fallu vaincre pour réunir et trier des matériaux fort
disparates et dont on est loin de posséder tous les originaux. L'éditeur
exerce aussi Sa sagacité à retracer les pérégrinations que ces documents
ont accomplies, avant d'aboutir à leurs dépóts actuels, et esquisse d'un
trait juste les principaux correspondants qui occupent la scéne. L'intro-
duction du premier volume contient, en outre, une dissertation trés
fouillée sur la chancellerie pontificale au temps de Pie IV, et sur le róle du
secrétaire d'état et de ses aides. Une large part de ce travail critique,
M. Susta n'a garde de le dissimuler, revient à son maítre, dont les
Rómische Berichte, publiés dans les Sitzungsberichte de l' Académie
de Vienne (1893-19o1), sont des modéles de discussion scientifique, qui
péchent peut-étre par un scrupule de minutie. C'est Sickel quia fait
adopter un ordre chronologique un peu spécial pour les messages échan-
gés entre les légats du copcile et la cour de Rome, sous la rubrique
Proposte et. Risposte. Comme les avis du saint-siége influaient sur la
marche du concile, on prenait soin à Trente d'annoter à quel jour on les
y recevait. C'est à la date de réception queles éditeurs ont jugé bon de
placer les Proposte dans l'enregistrement chronologique des lettres, pour
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 227
qu'on puisse mieux se rendre compte de la suite des affaires. D'autres
missives étant aussi apportées en note cà et là, un index strictement chro-
nologique mentionne à sa date propre chaque document, à quelque série
qu'il appartienne, et facilite ainsi les recherches.
' Le r** volume comprend la période des préparatifs du concile jusqu'au
jour de son ouverture solennelle (mars 1561 - 18 janvier 1562) ; le second
S'arréte au 17 septembre 1562, jour oü l'on termina la question irritante de
la communion sous les deux espéces. Toute la correspondance officielle
s'échange entre le secrétaire d'état, S. Charles Borromée, et les agents du
saint-siége, nonces et légats du concile ; il est bien rare que Pie IV leur
écrive ou qu'il en regoive des lettres. Et pourtant c'est le pape qui est l'áme
de toutes les négociations, de toutes les savantes manceuvres qu'on doit
exécuter pour aboutir à des résultats appréciables. C'est lui qui surveille
attentivement tous les mouvements des Péres du concile et qui leur
imprime, sans violenter leur liberté, une efficace direction. Chaque jour,
et parfois bien avant dans la nuit, le cardinal Borromée « piü presto sem-
plice esecutore che consigliere » (t. I, p. xxxiv), comme s'exprime l'ambas-
sadeur de Venise, communique à son oncle, en des sommaires succincts,
les nouvelles qui lui sont parvenues de partout, et se retire dans ses appar-
tements avec les réponses à faire. Trés souvent, le souverain pontife relit
lui-méme les lettres les plus graves, et s'il découvre qu'on n'a point saisi
toutes les nuances de sa pensée, il ajoute, pour la compléter, quelque post-
scriptum, démontrant mieux que toute autre preuve qu'il est et veut
rester le guide et le maitre absolu dans le gouvernement de l'Église et
de ses représentants à Trente. J'aurais souhaité que M. Susta signalát ce
dernier point, qu'il n'ignorait pas sans doute, et qu'il sS'exprimát avec
moins de dédain sur l'action de la contre-réforme catholique, qui com-
mengait à porter des fruits. En revanche, il a observé trés justement que, dés
le début deson régne, Pie IV prit, en sa qualité de chef supréme de l'Église,
une attitude de souverain seigneur. Et pour éviter tout conflit d'autorité,
i] n'accueillit dans le cercle des confidents intimes, à qui il remit le manie-
ment des affaires courantes, que des personnes de mince crédit, comme
son neveu, Charles Borromée, et eut soin d'en exclure systématiquement
des cardinaux aussi distingués que Morone, Simonetta, Ferrare et Amulio,
dont il sut pourtant à l'occasion se servir magnifiquement.
Le choix des légats du concile nefut pas moins heureux. Le docte
éditeur a consacré une excellente notice à son premier président, le cardi-
nal de Mantoue, Hercule Gonzague, dont il vante à bon droit l'intégrité, le
désintéressement, les vertus ecclésiastiques. Litta (Famiglie tillustrt,tav. 5)
prétend qu'il a eu trois enfants naturels. Comme M. Susta, je n'ai rencontré
dans mes recherches aucun vestige de cette imputation. Le savant profes-
seur apprécie encore avec modération le róle effacé que joua au concile un
autre légat, qu'on a trop surfait plus tard, le cardinal Hosius, évéque
228 BULLETIN
d'Ermland, et la valeur prépondérante du général des Augustins, le cardi-
nal Seripando. Quant au cardinal Marx Altaemps, qui des camps, oü il
avait vécu jusque là, vint, à l'avénement de son oncle Pie IV, briguer les
honneurs ecclésiastiques à Rome et ne tarda pas à obtenir le plantureux
évéché de Constance, est-il bien vrai que S. Charles Borromée le fit
nommer cinquiéme légat du saint-siége pour écarter un dangereux rival
(t. II, p. vir) ? Franchement, et à défaut d'autres raisons, le personnage
était alors trop insignifiant pour lui porter ombrage.
Dans cette nouvelle publication diplomatique, la part de l'inédit est
énorme. Les documents sont annotés avec une discréte ampleur, d'ordi-
naire en donnant la parole à d'autres témoins contemporains. Je me
demande cependant s'i] n'eüt pas été plus profitable de déverser dans
l'Introduction une partie des commentaires, aprés les avoir condensés et
réduits en synthése. C'était un moyen d'exposer d'un coup et plus complé-
tement certains événements, certaines situations et groupements politi-
ques, dont la connaissance préalable importait à la pleine intelligence de
plusieurs documents ; et en outre, on parait ainsi à l'inconvénient de répé-
ter plusieurs fois la méme chose, ou à peu prés. Des tables abondantes, -
pourvues d'indications nettes et précises, permettent de tirer bon parti de
cette richesse d'informations. Toutes nos félicitations à l'auteur. À bien-
tót, j' espére, son III* volume.
Parmi les fonctionnaires, que S. Charles Borromée eutà la main à la
secrétairerie d'État, on discerna bien vite un ancien conclaviste de Pie IV,
Tolomeo Gallio, originaire de Cernobbio prés de Cóme, prélat dt 05
molto grande spirito, au dire des Vénitiens, et que le pape estimait fiu
losto per la fedeltà, che per. sufficienza (t. I, p. xxxiv). Néanmoins PieIV,
qui se connaissait en hommes, apprécia si haut ses capacités et ses services
qu'il le promut en 1565 à la dignité cardinalice: et lui. confia la charge de
premier secrétaire pendant l'absence du cardinal Borromée (septembre à
décembre 1565). La pratique de la chancellerie pontificale avait rapproché
ces deux prélats, Borromée et Gallio, et avait fini par les unir d'une étroite
et inaltérable affection. Tous deux étaient chauds partisans d'une réforme
ecclésiastique de haut en bas (t. II, p. 450), le sens politique trés affiné de
Ptolémee venant à propos tempérer le zéle et la vigueur de son saint ami.
A l'avénement de Pie V, tandis que Borromée allait gouverner son église
de Milan, Gallio, qui avait pris le titre de cardinal de Cóme, se retira dans
son humble diocése de Maníredonia. Mais il revint aux affaires sous le
pontificat de Grégoire XIII, qui en fit son premier ministre. Ce fut le point
culminant de sa longue carriére (1527-1607). Il se révéla alors véritable
homme d'état et gouverna avec un prestige incontesté le département des
affaires étrangéres. Sa gloire, c'est d'avoir aidé le saint-siége à. reprendre
à l'hérésie en territoire allemand plusieurs de ses conquétes. Quand Sixte-
Quint ceignit la tiare, Gallio abandonna la vie publique pour consacrer sa
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 229
fortune, ses goüts artistiques et son activité à l'embellissement de la ville
de Cóme et de plusieurs siéges suburbicaires de Rome. Le collége Gallio,
fondé pour l'éducation de la jeunesse, est toujours debout à Cóme, comme
un monument des sollicitudes éclairées du grand cardinal. |
Ces quelques traits, auxquels on pourrait en ajouter bien d'autres, mon-
trent assez quel est le personnage considérable dont M. von Tórne a
entrepris d'écrire la vie. Hélas ! il faut bien l'avouer, l'ouvrage n'a point
réussi au gré des bonnes intentions de l'auteur. Malgré quelques recher-
ches dans les dépóts d'archives, à Rome, à Milan, à Florence, l'informa-
tion est absolument insuffisante ; et la facon de mettre en ceuvre les
documents exhumés et d'utiliser les sources imprimées, dénote beaucoup
d'inexpérience. Pour avoir placé une foi aveugle dans le livre de M. Go-
thein, Ignatius von Loyola und die Gegenreformation (cf. Anal. Boll., XV,
449-54), 11 débite sur notre compte des énormités. Exemple : « L'obéis-
« sance était leur régle cardinale, l'obéissance portée jusqu'au point de
« pouvoir au besoin commettre un délit, si c'était sur l'ordre du pape, ou
« dans la conviction de le faire pour le bien de leur cause ou pour la gloire
« de Dieu » (p. xvi). La contre-réforme catholique n'a guére l'heur de
lui plaire davantage ; et il écrit de la meilleure foi du monde : « Ce mou-
« vement religieux, rendu tout puissant vers la fin du siécle, est destiné à
« engendrer une forte réaction intellectuelle et morale, qui aura pour toute
« l'humanité, et surtout pour l'Italie, les conséquences les plus funestes »
(p. 1). Le reste est à l'avenant. Sans parler de la correction du style, qui
laisse tout naturellement à désirer chez un étranger, il importe encore de
constater que l'art d'écrire ne rachéte guére la pauvreté du fond. Quand
il aura parcouru cette biographie fort décousue, le lecteur le plus indulgent
ne pourra manquer de sourire devant le sous-titre : Étude sur. la cour de
Rome, sur la secrétairerie. ponttficale et sur la politique des papes au
XVI* siécle. Ce serait déjà lui faire beaucoup d'honneur d'y voir un
simple essai. V. O.
84. — * Paul Henne. Papsttum und Papstwahle im Zeitalter Phi-
lipps II. Leipzig, Teubner, 1907, in-8o, xx-660 pp. — Les papes qui défi-
lent successivement dans la puissante synthése de M. Herre, sont Pie IV,
S. Pie V, Grégoire XIII, Sixte V, Urbain VII, Grégoire XIV, Innocent IX
et Clément VIII. Pour la plupart, l'auteur ne se contente pas de raconter
leur élévation à la dignité de chef supréme de l'Église, mais il étudie encore
leur régne, en s'attardant de préférence aux promotions des nouveaux car-
dinaux, qui sont les acteurs des élections subséquentes, et aux influences
politiques et religieuses des grandes puissances, notamment de l'Espagne
et de la France. C'est, de plus, avec une prédilection. marquée qu'il táche
de débrouiller les fils secrets des conclaves oü furent élus Pie V, Grégoire
XIII, Sixte V et Grégoire XIV. Il va de soi que l'exagération et les idées
230 BULLETIN
préconcues ne sont pas toujours absentes de ces sortes de recherches. Ainsi
il nous a semblé que l'habile écrivain s'est plu, comme à plaisir, à enfler
les complications qui surgissaient à la veille du choix de Grégoire XIII. Au
témoignage des contemporains, tant des cardinaux conclavistes que des
diplomates résidant à Rome et surveillant les opérations pour en rendre un
compte exactà leurs gouvernements, s'il est une élection papale qui fut
menée sans heurt et sans intrigues, c'est bien celle-là. Comment, en
outre, M. Herre a-t-il pu qualifier le nouvel élu de pape plus insignifiant
que S. Pie V (p. vir) ? Il lui eüt suffi de parcourir un peu — c'est étrange
qu'il ne l'ait pas fait, — les volumes déjà parus des Nuzttaturbertchte de
cette époque, pour se convaincre que, si Grégoire XIII a eu un pontificat
moins bruyant que celui de son devancier, il lui revient cependant l'insigne
honneur d'avoir arrété la marche triomphale du protestantisme en Alle-
magne et de lui avoir méme infligé de sensibles défaites. C'est là un résul-
tat acquis à l'histoire dela papauté et reconnu par les maitres de l'érudi-
tion allemande qui ont le mieux exploré ce genre de documents. Au lieu de
s'attacher à quelques menues citations de lettres inédites, tirées des archives
de Simancas et qui disent peu de chose, il eüt été préférable de consulter
davantage le livre d'un contemporain, Giampietro Maffei, Degit annalt di
Gregorio XIII. Ce dernier a pu fourrager à son aise dans les papiers
secrets concernant le pontificat de Grégoire XIII, et i1 a composé son
ouvrage, —j'en ai amplement la preuve, — avec le butin qu'il en a rapporté.
C'est un travail de premier ordre et qui garde encore aujourd'hui toute sa
valeur. Les dépéches diplomatiques méritent en général considération.
Encore faut-il y puiser avec circonspection, comme aux autres sources
d'information. Et l'on ne saurait user d'assez de réserve, quand on a
affaire, par exemple, à un Galeazzo Cusano, le secrétaire de l'ambassadeur
césarien, Prosper d'Arco. Ce Galeazzo est le type de ces diplomates piliers
d'antichambres, qui passent leur temps à papoter et à débiner. C'est inoui,
les niaiseries qu'il écrit à son impérial seigneur. J'ajouterai que, sur le con-
clave qui élut Grégoire XIII en mai 1572, Giovanni Botero n'a pu étre
renseigné que par des intermédiaires, et cela beaucoup plus tard, puisqu'il
n'entra au service du cardinal Borromée qu'aprés avoir quitté la Compagnie
de Jésus, en 1580.
Il ne faut pas pousser bien loin la lecture du volume touffu de M. H.,
pour constater que l'historien se plait à spéculer longuement sur chaque
promotion de cardinaux et à n'y voir qu'un produit des calculs intéressés
et politiques du souverain pontife qui en est l'auteur. Sous ce rapport, il ne
traite guére Pie IV avec une bienveillance excessive. lgnore-t-il donc que
ce pape, en revétant de la pourpre cardinalice l'ancien ambassadeur de
Venise Ámulio, se brouilla avec la sérénissime république ? que l'autre
Vénitien compris dans la méme promotion, Bernard Navagero, était un
des prélats les plus distingués de son temps, formé à l'école de l'illustre
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 231
évéque de Vérone, feu Matteo Giberti, et qui eüt eu grande chance de suc-
céder au pape régnant, s'il lui avait survécu ? Quant à l'élévation au cardi-
nalat du neveu du pape, Marx Sittich Altaemps, c'était dans les traditions ;
et il faut une bonne dose d'ingénuité pour y voir l'intention de susciter un
rival à l'autre neveu, S. Charles Borromée, déjà cardinal et préposé à
la secrétairerie d'état ?
La vérité est qu'en dépit de tous les entrainements de famille et du
désir d'honorer certaines maisons princiéres, les papes ont eu le souci
constant, Pie IV comme ses prédécesseurs, de faire entrer aussi dans le
Sacré Collége des esprits éminents, qui pussent leur servir de conseillers
et de soutiens. On n'était pas toujours enchanté de ces choix ; mais, quand
Sa Majesté impériale observe quanti cardinali st faccino poco degni di tal
grado (lettre du 19 décembre 1563, adressée par L. Contarini au Doge de
Venise, dans Tuna, Venecttanische Depeschen vom. Katserhofe, 1II, 251),
c'est une maniére de se plaindre que ses candidats n'aient pas été agréés
par le pape.
Si les limites d'un compte rendu le permettaient, il y aurait beaucoup à
objecter contre la thése fondamentale du docte professeur. Cette thése
tient en quelques lignes. Durant la premiére partie de son régne jusqu'à
la conquéte du Portugal en 1580, les mobiles religieux dictent à Philippe II
saligne de conduite politique. Dans la suite, la raison d'état prime les
préoccupations de la foi et améne un changement de front vis-à-vis de la
papauté. Mais cette démarcation, à y regarder d'un peu prés, est purement
imaginaire. En réalité, le monarque espagnol n'a jamais varié. Dés les
premiéres années de son long gouvernement (1 1598), il est, il affecte d'étre
un chrétien sincére et soumis; il se pose en champion du catholicisme,
mais sans jamais subordonner ses vues politiques aux intéréts de la reli-
gion. Pour concilier les uns et les autres et donner à la religion sa pléni-
tude d'influence, il savait s'imposer des sacrifices ; car il était persuadé.
que l'unité de croyances, la paix avec le saint-siége et la répression de
l'hérésie lui assureraient le sceptre de l'hézémonie universelle. D'autre
part, il n'entendait pas que le clergé discutát avec son souverain ; et s'il
comblait l'Église etle pape de ses largesses, 1| comptait bien étre payé
de retour. La concession des galéres pontificales en est un lamentable
exemple. Àu lieu de s'en servir contre les Turcs, — c'était la condition
que le saint-siége avait mise à l'octroi de cette faveur, — il fait la paix
avec l'ennemi du nom chrétien et applique ces forces navales à réduire le
Portugal en son pouvoir. '
Ses relations avec les papes sont empreintes de déférence filiale, aussi
longtemps qu'ils cédent à ses exigences et qu'ils reconnaissent son patro-
nage autant que sa protection. Son régne débuta, — M. H. eüt bien fait de
S'en souvenir, — par une guerre contre Paul IV. 1l ne fut guére plus
traitable vis-à-vis de son successeur, Pie IV. Il faillit en effet compromet-
232 BULLETIN
tre son ceuvre capitale, la réouverture et la conclusion du concile de
Trente, qui eut pour la contre-réforme catholique des résultats incalcula- .
bles. Que M. H. veuille bien parcourir le t. III des Venettanische Depe-
schen vom Kaiserhofe (Wien, 1895) éditées par G. Turba et les deux
volumes déjà parus de Susta concernant Die Rómische Curie und Das
Concil von Trient (cf. ci-dessus, p. 225) ; il arrivera, je pense, à concevoir
une idée plus juste des difficultés sans nombre que suscitérent au saint-
siége et à ses légats l'esprit tátillon et la fierté du gouvernement et des
prélats espagnols. Toute cette opposition tracassiére n'est guére concilia-
ble avec l'intention que M. H. préte au monarque de sauvegarder à tout
prix l'autorité papále. Qu'on se rappelle d'ailleurs en quel état de sujétion,
voisin de l'oppression, il avait réduit le bas clergé de son royaume, voire
les plus hauts dignitaires ecclésiastiques ; l'histoire de l'archevéque de
Toléde est caractéristique à ce sujet. Avec quelle ápreté et quelle finas-
serie il soutint à Milan et à Naples les empiétements de ses fonctionnaires
civils sur la juridiction spirituelle des évéques, et cela malgré les récrimi-
nations du saint-siége. Les luttes de S. Charles sur ce terrain sont
restées célébres dans les annales de l'église de Milan. Avec quelle rigueur
farouche le roi inquiet fit servir à ses fins de souverain temporel l'Inquisi-
tion espagnole, comme si les tribunaux de l'Inquisition romaine péchaient
d'ordinaire par un excés de mansuétude. Et s'il. ne l'imposa pas à ses
sujets de Naples et de Milan, c'est qu'il crut prudent de reculer devant
l'émeute et les objurgations de Pie IV et du cardinal Borromée. En
résumé, le prestige temporel de la papauté n'a jamais servi dans la
pensée de Philippe II, — au demeurant, nous tenons à le répéter, un chré-
tien trés sincére, — qu'à seconder ses desseins politiques de grandeur et de
domination. Pour le reste, il se souciait médiocrement d'épouser les que-
relles du saint-siége dans la vie publique. Son illusion était que la gloire
de l'Espagne était l'honneur et la prospérité de l'Église catholique.
Qu'il ait cherché, comme les autres souverains de l'époque, à exercer
dans les conclaves une influence prépondérante, rien de plus naturel. lf
n'y a pas toujours réussi. Ainsi M. H. a tort de voir dansl' élection du pape
S. Pie V une brillante victoire pour l'Espagne. Cette élection fut princi-
palemert l'eeuvre du cardinal Alexandre Farnése, qui n'était rien moins,
lui et sa famille, qu'un ami de Philippe Il. Farnése manceuvra avec une
extréme dextérité. Il fit continuellement échec aux candidats des cardi- -
naux neveux du pape décédé, et contraignit ceux-ci à se rabattre de guerre
lasse sur le sujet de son choix, le saint cardinal Alessandrino. Et la preuve
encore, c'est qu'aussitót élu, Pie V fit du cardinal Farnése son premier
ministre. Aprés coup, Philippe II s'empressa de se réjouir de ce choix pro-
videntiel. C'était une maniére habile de saluer le soleil levant.
Et je pourrais pousser beaucoup plus loin la critique de cet ouvrage,
tout en rendant hommage à la puissance de travail de l'auteur,à son érudi-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 233
tion, àla modération habituelle de ses jugements quand ils ne cótoyent
pas sa thése principale, à la pénétration de son esprit. La personnalité
complexe, hautaine et ombrageuse de Philippe II stimula l'ardeur de ce
savant plein de promesses. Il crut qu'à l'étudier dans ses rapports et ses
conflits avec la papauté, il y aurait matiére à écrire un livre original. Si,
à mon humble avis, les déductions de l'auteur ne répondent pas toujours à
la réalité des faits qui leur servent de prémisses, l'ensemble renferme, avec
une solide documentation à l'appui, des groupements de détails inédits,
des considérations politiques, des descriptions d'intrigues, des tableaux de
mceurs, trés intéressants, trés instructifs et dignes de retenir l'attention
de tous ceux qui cultivent l'histoire civile, religieuse et diplomatique du
XVI-* siécle. | V.O.
85. — * Ange-Marie HinaL, O. F. M. Vie de saint Frangois Solano,
de l'ordre des Fréres Mineurs, apótre de l'Amérique méridionale,
1549-1610. Bruges,Desclée, s. a. (1906), in-8», xv1-304 pp., illustrations.
— Vie écrite sans prétention critique ni littéraire. L'auteur, qui a surtout
vécu au Canada, laisse parler les faits, tels qu'ils furent exposés aux procés
de canonisation du saint, sans exprimer la moindre réserve ni le moindre
doute. C'est peut-étre professer une confiance excessive en ce genre de
documentation, quand on s'imagine qu'on « peut y ajouter foi en toute
süreté » (p. xii1). Les témoins cités aux procés canoniques ont pu, mal-
gré la droiture de leurs intentions, se tromper et égarer les juges. Comme
source d'information, je me permets de lui signaler une Vie bien anté-
rieure à celle de 1671 : la biographie parue vingt ans aprés la mort du saint
parles soins du Pére Diego de Cordova, et dont j'ai sous les yeux la
seconde édition, de 1643, un fort volume de plus de 700 pages. Évidem-
ment, les hagiographes se copient ; mais il peut étre instructif de vérifier
comment la narration d'un méme prodige s'amplifie, à mesure que l'on
s'éloigne de ses premiers informateurs. S. Francois Solano avait beaucoup
du tempérament de son maitre, le séraphique patriarche d'Assise.
Comme lui, il s'entendait à merveille avec les petits oiseaux et déployait
une maestria extraordinaire à dompter les taureaux furieux. Sa vie est
ainsi remplie d'une foule de singularités et de menus prodiges, auxquels
il ne convenait pas de s'attarder et de donner autant de relief qu'aux faits
et aux discours qui expriment la véritable physionomie et la sainteté du
grand thaumaturge de Lima. Ce n'est point par ce procédé que les simples
fidéles, les tertiaires franciscains, se feront une idée exacte du personnage
qu'on présente à leur édification. Enfin, le R. P. Hiral a une maniére de
citer les in-folios des Bollandistes qui prouve bien qu'il n'y a guére
regardé. Exemple. À propos du B. Martin de Porrés (et non Perrés), il
donne comme référence : « Bollandistes, 5 novembre ». Or le volume, com-
prenant les saints du 5 novembre, ne doit paraitre que dans quelques mois.
234. BULLETIN
Au demeurant, la nouvelle biographie de S. F rancois "Gelano: toute
vibrante des convictions sincéres et enthousiastes de l'auteur, ne peut man-
quer de plaire à beaucoup de pieux lecteurs. V.O.
PUBLICATIONS RÉCENTES
Plusieurs de ces travaux seront l'objet d'un compte rendu
dans un prochain numéro de la revue.
* Ua wüqbguy, Quum e fib iáuyng (Agalhangeli historia Armeniae),
ed. G. TER-MEKERTTsCHIAN et S. KANANIANTZ. Tiflis, 1909, in-8o, LXXX-474-
XXX pp.
* ALLARD (Paul). S: Sidoine Apollinaire (431-489). Paris, Gabalda, 1909, in-12,
X1I-2:3 pp. (Lgs SaiNTSs). Fr. 2.
* AMANN (ÉMILE). Le Protévangile de Jacques et ses remaniements latins. Introduc-
ton, texte, traduction et. commentaire. Paris, iL: et Ané, Ig9ro, in-89
X11-378 pp. Fr. 6.
* AsTRAIN (P. Antonio), S. I. Historia de la Companía de ess en la asistencia de
Espaíia. Tomo III. Mercurian. Aquaviva (primera parte), 1573-1615. Madrid,
sucesores de Rivadeneyra, 1909, in-86, xv11-744 pp. Pes. 10.
* BALLESTER Y CLARAMUNT (D. Juan). Vida de san 70sé Oriol, presbitero beneficia-
do de la iglesia parroquial de Nuestra Setora del Pino, de Barcelona, Barcelo-
na, Subirana, 1909, in-8o, xx1v-668 pp., nombreuses illustrations.
* Barbi (Ludovici) ep. Tarvis. de initiis Congregationis S. Iustine de Padua Pata-
vii, ex typogr. Antoniana, 1908, in-8o, x-97 pp., fac-similé.
* Banpv (Gustave). Didyme l'aveugle. Paris, Beauchesne, 1910, in-8o, x11-279 pp.
(ÉrupEs DE THÉOLOGIE HISTORIQUE, I).
* BEccaRI (Camillo). // Tigr? descritto da ut missionario gesuita del secolo XVII.
Roma, 1909, in-8o, 114 pp.
* BEGUIRIZTÁIN (P. Justo), S. I. Sas Ignacio de Loyola apóstol de la comunión frc-
cuente. Barcelona, Subirana, 1909, in-12, 64 pp.
* BEssoN (Marius). L'art barbare dans l'ancien. diocése de Lausanne. Lausanne,
Rouge, 1909, in-49, 4 ff., 239 pp., 29 planches, 194 figures. Fr. a0.
* Binz (Jakob). Die Trinitátslehre des hl. Johannes von. Damaskus. Paderborn,
Schóningh, 1909, in-8o, vir1-200 pp. (FORSCHUNGEN ZUR CHRISTLICHEN LITE-
RATUR- UND DoGMENGEsCHICHTE, IX, 3). Mk. 6.
* Bonon: (Ruggero). Francesco d' Assisi. Con prefazione di Paul SABATIER. Città
di Castello, Lapi, 1910, in-12, 146 pp. L. 2.
* BRauN (Joseph), S. I. Die Kirchenbauten der deutschen Tesuiten. Ein Beitrag zur
Kultur-und Kunstgeschichte des 16., 47. und 48. Tahrhunderts. Zweiter Teil.
Freiburg in Br., Herder, 19ro, in- 8o, xit-390 pp., 18 planches, 31 gravures
(— SrIMMEN AUS Manta-LaaAcn, Ergánzungshefl 103/104).
* BunRTON (Edwin H.). The life and times of. Bishop Challoner. (1694-1781). Lon-
don, Longmans, 1909, deux volumes ifi- 8e, xxx1v-403 et vi11-367 pp., illus-
trations. Sh. 25.
*
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 235
* Catholic Encyclopedia (The). Volume VI (Fathers-Gregory). New-York, s. a.,
gr. in- 8o, xv-8oo pp., illustrations.
* CHEVALIER (Le chanoine Ulysse). Gallia christiana novissima... Saint-Paul-
Trois-Cháteaux (évéques, prévóts). Valence, 1909, gr. in- 49, xt pp., 746 col.
* CHEVALIER (Le chanoine Ulysse). 7eati de Bernin, archevéque de Vienne (1218-
1266). Mémoire historique. Paris, Picard, 19xo, in- 89, 5x pp.
* CrAvATTONI (P. Giuseppe) da Sulmona, O. F. M. JJ convento di S. Nicola di
Suimona dalle sue origini ai giorni nostri. Lanciano, Masciangelo, 1909, in-
I2, 343 pp-, gravure. L. 2.
* DEwiT (Abbé J.). Le meurtre du bienheureux Pierre de Castelnau, légat du pape
Innocent III. Bruxelles, 1909, in- 16, 14 pp. | |
* Die Nekropole von Kóm-Esch-Schukáfa. Ausgrabungen und. Forschungen heraus-
gegeben von Ernst SrEGLIN, bearbeitet von Theodor ScHREIBER unter
Mitwirkung von Friedrich Wilhelm Freiherrn voN BisstiNo, Giuseppe BoT-
TI, Ernst R. FiEcHTER, Victor GARDTHAUSEN, Jean Paul RiCHTER, August
TurERscH. Leipzig, Giesecke und Devrient, 1908, deux volumes in-fol.
Textband : xv1-407 pp. et 1o planches. Tafelband : 70 planches.
* DoNALDsoN (Stuart A.). Church Life and Thought in North. Africa A. D. 200.
Cambridge, at the University Press, 1909, in-8o, xi1-200 pp., illustrations.
3 Sh. 6d.
* DunENGUES (Le chanoine A.). La question. du « De ide. » Agen, 1909, in- 8o,
61 pp.
* ÉDOUARD d'Alengon (Le P.), O. M. C. L'abbaye de Saint- Benoit au mont Soubasc
pr?s d'Assise. Essai. d'annales de ce monastóre, Couvin, 19og, in-8o, 53 pp.,
gravures. Extrait des ÉTUDEs FRANCISCAINES.
* FEgpER (Alfred Leonhard), S. I. Studien zu Hilarius von Poitiers. I. Die soge-
nanníe « Fragmenia historica » und der sogenunnte « Liber Lad Constantinum
imperatorem » nach ihrer Ueber lieferung, inhaltlichen Bedeutung und. Entste-
hung. Wien, Holder, x9ro, in-8o, 188 pp., a fac-similés en héliogravure
(z SITZUNGSBERICHTE DER KA1S, ÁKADEMIE DER WISSENSCHAFTEN IN WIEN,
Phil.-Hist. Classe, CLXII, 4).
* FERRATO (Andrea). Cronologia Costantiniana e de Papi S. Eusebio e S. Mil-
ziade. Iscrizioni di S. Damaso aliribuite erroncamenic ai tempi Costantintani
sptegats. per $ tempi di Liberio papa. S. Pier d'Arena, 191o, in-8o, XX-143 pp.,
gravure.
* FouquERAY (Le P. Henri), S. I. Histoire de la Compagnie de 7ésus en. France,
des origines à la suppression (1528-1762). 'Tome I. Les origines et les premieres
luttes. Paris, Picard, 1gro, in-8o, xxv-673 pp. Fr. 1o.
* GLASER (Friedrich). Die Franziskanische Bewegung. Ein Bestrag zur Geschichte
sozialer Reformidecn im Mittelalter. Stuttgart-Berlin, Cotta, 1903, in-89,
X-166 pp. Mk. 4.
* GoLvBoviTCH (Fr. Hieronymus), O. F. M. Acta ct statuta generalis capituli
Tertii Ordinis Poenitentium D. Francisci Bonontae celebrati an, 1289.— Caere-
montale Ord Min. vetustissimum... — Una pagina dantesca. Notizie inedite sul
conte Frate Guido da Montefeltro (c. 1222-1298). — Extraits de l'ARCHIVUM
FRANCISCANUM HISTORICUM, t. II (1909), p. 63-71 ; t. III (1910), pp. 55-81,
214-30.
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LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
Nous avons montré naguére (r), — et, franchement, c'était
presque trop aisé, — qu'une lettre d'Hincmar de Laon à S. Jean de
Cambrai, utilisée par le P. Ghesquiére dans sa notice sur S. Vin-
dicien évéque d'Arras (2), est un faux de basse époque et qu'on
doit se garder de prendre pour argent comptant les détails, relati-
vement assez nombreux et tout à fait inédits, qu'elle présente au
sujet, non seulement de S. Vindicien, mais aussi de S. Aubert de
Cambrai. La piéce avait été, au commencement du XVII* siécle,
communiquée au prieur du Mont-Saint-Éloy par un certain Cl.
Delepretz ; Georges Colveneer en avait recu, àla méme époque,
un résumé en francais de Claude Despretz, jurisconsulte arté-
sien (3), — apparemment le méme personnage, — et nous nous
demandions s'il fallait chercher plus loin et si le faussaire n'était
pas tout simplement le dit Claude.
Nos soupcons à son endroit se sont accentués depuis lors, Claude
Despretz s'étant fait prendre au moment oü il lancait dans la cir-
culation d'autres piéces de mauvais aloi. Vers 1620, comme le
P. Jean Roberti, S. I., recueillait les éléments de son histoire de
S. Hubert, il recut. d'un sien ami, qu'il appelle Claudius Despretz
I. C. Atrebatensis clarissimus et. Dominus de Quecant (4), une gerbe
de glanures (4474lecta) prétendument ramassées dans des manus-
(x) Anal. Boll., t. XXVII, p. 384-92. — (a) Acta sanctorum Belgis, t. V (1789),
P- $04 et suiv. — (3) Ce jurisconsulte était lettré, comme tant d'autres parmi ses
pairs, et sa curiosité sc portait sur des matiéres variées. Un contemporain, F. de
Locre (1 1614), dans son Catalogue des écrivains de l'Artois, rapporte qu'il com-
posa les ouvrages suivants, qui semblent étre restés inédits : 1) des commentai-
res et des questions sur les Metaphystques et les Ethiques d'Aristote ; 2) un Specu-
lum vitae humanae, en vingt livres ; 3) des notes sur le De divinis institutionibus
de Lactance ; 4) des Asalecta sur la somme de droit canonique d'Henri de Suze,
Cf. Ferreolus Locnius, Chronicon belgicum (Atrebati, 1616), p. 681. Plus d'un
siécle aprés, Foppens n'avait rien à ajouter à cette liste, Dibliotheca belgica,
t. I (Bruxcllis,1739), p.184.— (4) Iohannes RoBERTI, Historia S. Huberti (Luxem-
burgi, 1621), p. 166.
ANAL, BOLL. XXIX. I6
242 LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
crits anciens, mais qui ne laissérent pas de l'étonner. Il y avait de
quoi, vraiment. Car bien que Roberti, au prix de recherches éten-
dues et d'informations demandées partout (r), eüt recueilli sur le
patron de sa ville natale un dossier considérable, tout ce que lui
fournissait Claude Despretz était nouveau et l'on n'en trouvait pas
la moindre trace dans les documents antérieurs. Mais la bonne foi
de Despretz était pour lui au dessus de tout soupcon,et il admirait
fort sa science et la finesse de son jugement (2). Aussi passa-t-il
outre et mit-il à profit, dans son histoire, les découvertes de son
savant ami, Elles portaient sur cinq points :
1) Le 29 avril 71o, S. Hubert aurait tenu, dans l'église Saint-
Lambert de Liége, un premier synode diocésain et y aurait fait
édicter dix canons,dont Claude Despretz avait transcrit le texte (3).
Il suffit deles lire pour voir aussitót que le fond et la forme sont
aussi Cctrangers que possible au VIII* siécle commengcant, qu'ils
accusent, au contraire, tous deux, un style et une discipline d'épo-
que beaucoup plus récente, si pas méme tout à fait moderne.
2) Enn 720, second synode, dirigé contre les adversaires du culte
des images ; car 1l s'en était trouvé dans le diocése du saint. Cette
fois, Despretz ne donne pas letexte des actes du concile, mais il
affirme qu'Hubert y inséra intégralement « le second synode célé-
bré à Rome sous Grégoire II (715-731) au sujet de l'affaire des
images » (4). Ici Jean Roberti hésita un moment ; car il avait lu
dans Baronius que le second concile romain dont il s'agit avait été
tenu en 726. Mais il se rassura bien vite, en conjecturant ou bien
qu'il y avait erreur de transcription dans les 4zalecta de Despretz,
ou plutót que le texte du concile romain avait été inséré dans
le protocole des Actes du sv node liégeois non pas par S. Hubert,
mais, plus tard, par un de ses disciples ou par quelque autre per-
(1) Il avait rédigé et fait imprimer en quatre langues (latin, francais, flamand,
allemand, un questionnaire détaillé, qui parut en 1618 et fut envoyé de tous
cótés. Il a rcimprimé l'édition latine dans son /Fistoréa S. Huberti, p. 53a-39. —
(2 RonEnTI, Historia S. Huberti, p. 329. Jean Roberti vint à Douai dans
l'automne de x6r19, pour v enseigner l'Écriture sainte, et il y resta un an cnvi-
ron. C'est sans doute alors qu'il entra en relations avec Despretz. Jusque là il
avait séjourné fort loin d'Arras : à 'Tréves, à Wurzbourg, à Mavence, à Fulda,
à Paderborn, à Luxembourg. Cf. J. VaNNEnvs, dans la Biographie nationale de
Belgique, t. NIX (1907), col. 515-16. — (3j RopEuTI, Historia, p. 166-67. Les
canons ont cté réédités dans ScHANNAT-HaRTZHEIM, Concilia Germaniae, t. I
(Coloniae, 1739), p. 32-33: dans les .4ct. SS., Nov. t. I, p. 793, num. 139 (ou on
ne les prend pas au sérieux! ; dans les MG., Concilia t. IL, 2 (1908), p. 816-17
(parmi les sPuriaj. — !4) RoBERTI, Historia, p. 168; ScHANNAT-HARTZHEIM,
t. c, p. 33; Act. SS., p. c., num, I40.
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 243
sonne. Ces conjectures, d'une bienveillance assez naive, lui eus-
sent paru bien plus nécessaires encore, s'il avait constaté, — ce
qu'a établi M. K. Hampe (1), — qu'il n'y eut sous Grégoire II
aucun concile romain oàÀ ait été traitée la question des images, et
que celui dont parlait Claude Despretz eut lieu sous Grégoire III,
en 731, c'est-à-dire aprés la mort de S.. Hubert.
3) I1 paraít aussi que Claude Despretz avait trouvé dans de
vieux manuscrits la liste des évéques qui avaient assisté à la
translation du corps de S. Lambert faite par S. Hubert, vers l'an
710 selon les uns, vers 720 environ selon d'autres (2). Ces vieux
manuscrits ne sont certainement pas les plus anciens documents
qui donnent un récit de cette translation, savoir la Vie de S. Lam-
bert, écrite trés peu de temps aprés l'événement, et la Vie de S.
Hubert, rédigée par un clerc contemporain des derniers jours de
son héros. Car la premiére ne signale dansle cortége que des pré-
tres, des diacres et d'autres clercs inférieurs : accessit pontifex. (S.
Hubert) cum. sacerdotes et levites et cleris (3). Quant au biographe de
S. Hubert, il dit bien que le saint convoqua pour la cérémonie
des évéques et des prétres : accttts quoque episcopis ei sacerdotibus (4),
mais il ne donne aucun nom et l'on sait, du reste, que ce passage,
comme plusieurs autres, est copié de la Vie de S. Arnoul de
Metz (5), oà il s'agit de tout autre chose, et qu'il n'a donc aucune
autorité. Au surplus, aucune des autres Vies de S. Lambert et de
S. Hubert, — et elles sont nombreuses (6) — ne nomme les pré-
lats qui auraient pris part à la translation. En résumé pas d'évé-
ques — à part S. Hubert, bien entendu, — d'aprés le seul témoin
authentique, la Vita Lamberti ; desévéques, mais anonymes, d'aprés
les trés nombreux écrivains postérieurs qui, du IX* au XVI* sié-
cle, ont mentionné ou raconté la translation. Que peuvent bien
étreles anciens manuscrits découverts enfin par Claude Despretz ?
4) Autre récit, tout aussi inédit que les précédents jusqu'à
Claude Despretz (7). Un jour, raconte-til, S. Hubert se rendit
(1) Neues Archiv der Gesellschaft für àltere deutsche Geschichtskunde, t. XXI
(1896), p. 103-10. — (2) RoBERTI, Historia, p. 169. Critique dans Act. SS., t. c.,
p. 789, num. 120, 121. Sept évéques sont nommés : deux sont de proches voisins
d'Hubert, savoir Ánnon de Cologne et Willibrord d'Utrecht. Les cinq autres se
groupent en quelque sorte autour d'Arras : Vindicien d'Arras, Erkembode de
Thérouanne, Garulfe de Noyon-Tournai, Rigobert de Reims et Dominique
d'Amiens. On remarquera Vindicien, dont Claude Despretz s'était déjà occupé.
— (3) J. DEMARTEAU, La plus ancienne Vie de S. Lambert (Liege, 1890), p. 6x ; cf.
Act. SS., Sept. t. V, p. 580, num. 29. — (4) Act. SS., Nov. t. I, p. 799, num. 2. —
(5) MG., Scr. rer. merov. t. II, p. 442, c. 23; cf. Act. SS., t. c., p. 761. — (6) Cf.
BHL. 4680-4688 et 3994-4002. — (7) RoBERTI, Historia, p. 179-80. Critique dans
Act. SS., t. c., p. 788-89, num. 118.
244 LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
au tombeau de S. Léger ; c'était à un endroit nommé ancienne-
ment Sarchinvilla, au diocése de Cambrai. Comme le siége épisco-
pal de cette ville était vacant, Hubert construisit une basilique et
la dédia au martyr; elle dépendait du clergé de Saint-Hubert de
Cambrai ; au XVII-* siécle, il y avait dans cette localité une con-
frérie de S. Hubert et, prés de la basilique, un jardin dit «de S.
Hubert. » Chose remarquable, Sarchinvilla n'est, toujours selon
Despretz, que l'ancien nom du village de Quéant, dans l'arrondis-
sement d'Arras, et il se fait que Despretz était « seigneur de
Quéant. » Nous avouons ne point parvenir à partager l'impertur-
bable confiance de Roberti, qui conclut : « Itaque tanto maiore fide
« dignus est quod de rebus loquitur sibi familiariter notis, ut qui in
« illas procul dubio diligenter inquisierit, tamquam suas, » Au
contraire, nous rappelant que c'est, de fait, dans ces parages que
S. Léger fut mis à mort et qu'on identifie communémentla oi//a
Sarchingus avec le village de Saint-Léger (1), situé non loinde là,
à deux lieues environ de Quéant, vers l'ouest, nous nous deman-
dons si Despretz n'a pas essayé d'illustrer sa seigneurie en y trans-
portant, de sa propre autorité, le martyre de l'évéque d'Autun (2).
5) Reste un dernier récit (3), pour lequel Despretz donne une
référence plus précise. Il l'a trouvé « in perantiquo manuscripto
« libro qui passim et semper vagabatur in ecclesia Fratrum Domini-
« canorum Duaci, hoc titulo: Viae sanctorum episcoporum confesso-
« Yum », et il semble bien en vouloir donner le texte original:
« notandum est me legisse haec verba ». Le latin toutefois est
d'allure bien moderne, et la narration inouie, elle aussi, jusqu'à
Claude Despretz. Un jour, est-il dit, et c'était en 719, S. Hubert
préchait au peuple de Ville-l'évéque. Survient un étranger atteint
de la rage. La foule effrayée s'enfuit en háte, L'évéque, affligé de
cette désertion, ordonne à la rage de s'en aller et de laisser en
paix le malheureux. La rage obéit, et l'homme, rendu à la santé,
doux comme un agneau, s'emploie à rassembler autour d'Hubert
ses ouailles dispersées et les invite à entendre jusqu'au bout la
parole du saint. Le sermon fini, Hubert leur dit de s'en aller en
paix, et leur annonce qu'en récompense de leur humilité et de leur
(1i) Cf. B. KnuscH, dans Neues Archtv..., t. XVI (1891), p. 587. — (2) Nous
avons conjecturé que la Bulti-curtis d'oà serait originaire S, Vindicien, d'apres
le Pseudo-Hincmar de Laon, pourrait bien étre identifiée avec Bullecourt
(Anal. Boll., t. XXVII, p. 386, note 3). I1 est intéressant de remarquer qu'entre
ce village et Quéant il y a à peine quatre kilometres. — (3) RoBEnTI, Historia,
p. 328-29. Rapporté, mais avec les plus expresses réserves, dans 4ct. SS.,
t. c., p. 893-94, num. 177.
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 245
dévotion, eux, leurs enfants et leur lointaine descendance auront
jusqu'à la fin des temps le privilége particulier et singulier de
guérir de la rage ; Hubert y met toutefois une condition, c'est que
ces gens croient en Dieu et en l'église Romaine, cutus Legta filia
est. Et le récit se termine 'ainsi: Inde $$ nalique ex ts coeperunt
sanare, el soli in hoc privilegio perseverant ;. quod approbavit suo diplo-
mate Victor secundus anno 1055. L'histoire, avec la mention de ce
monopole fort curieux, a paru extraordinaire à Jean Roberti lui-
méme : « Nova plane ista mihi ; credo etiam tibi, lector erudite. »
Aussi, tout en protestant de sa confiance en Claude Despretz, il
laisse au dit lecteur la liberté de se former son jugement.
Nous profiterons de la permission. En somme, quand on ne se
borne pas à examiner chacun des récits au fur et à mesure qu'ils
nous sont présentés par Roberti ou qu'ils viennent se ranger,
d'aprés l'ordre chronologique, dans l'histoire de S. Hubert, mais
qu'on les groupe et qu'on les rapproche, surtout quand on les com-
pare aux données fournies par Despretz sur S. Aubert et S. Vindi-
cien dans la lettre d'Hincmar de Laon, une impression d'ensemble
se dégage, trés nette. Voilà toute une série de détails historiques,
les uns suspects, d'autres au moins étranges, ignorés jusqu'à la
fin du XVI* siécle et qui apparaissent. tout à coup, fournis par un
seulet méme homme; et les textes qu'il apporte en témoignage
d'aprés de vieux manuscrits, — quand il en apporte, — n'ont
aucunement un cachet antique, mais sont rédigés dans un latin de .
basse époque, si pas tout à fait moderne. La conclusion se tire
d'ellecméme. Nous présentions naguére deux alternatives :
Despretz se sera laissé tromper et sa bonne foi aura été surprise ;
ou bien il est lui-méme le trompeur, le faussaire. La seconde solu-
tion devient de plus en plus probable ; car depuis que nous l'avons
vu produire en témoignage ce trés vieux manuscrit oü il aurait lu
lui-méme (« notandum est me legisse ») l'histoire de l'enragé de
Ville-l'évéque, il est bien difficile d'expliquer son cas par une intré-
pide crédulité.
Dés lors on peut, sans étre taxé de témérité, se demander s'il ne
faut pas porter au compte de Claude Despretz un autre groupe de
faux, qui se rapporte aussi, comme la lettre d'Hincmar de Laon
et, en partie, comme les anecdotes sur S. Hubert, au diocése de
Cambrai-Arras, et qui se présente dans des conditions analogues:
totalement ignoré avant le commencement du XVII* siécle, il
fournit, dans une langue qui n'a rien d'antique, des renseigne-
ments entiérement nouveaux et dont la fausseté est, pour une part
du moins, facile à toucher du doigt.
246 LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
Une des meilleures histoires diocésaines que nous ait laissées le
moyen áge est l'ouvrage actuellement connu sous le nom de Gesía
episcoporum Cameracenstum. Le dernier éditeur, L. C. Bethmann,
a parfaitement démontré (1) qu'elle a pour auteur un chanoine de
Notre-Dame de Cambrai, né dans la'ville méme ou du moins y
ayant vécu depuis sa premiére jeunesse, familier de l'évéque Gérard
I** (1012-1048). Les deux premiers livres et le commencement du
troisiéme ont été rédigés à Cambrai entre ro41 et 1043 ; la fin du
troisiéme, encore du vivant de Gérard Iv, aux environs de 1044.
Voilà tout ce qu'on peut retirer Pp au sujet de l'auteur,
en lisant son ouvrage.
Le premier éditeur, Georges Colveneer, en savait beaucoup
plus long, comme le fait pressentir le titre du volume : Chronicon
Cameracense el. Atrebatense sive historia utriusque ecclesiae... abhinc DC
fere annis conscribta a. Balderico Novtomensi el Tornacensi episcopo (2).
Dans le paragraphe préliminaire (3), « De auctore huius chroni-
Ci », Colveneer précise : l'auteur est Baudry, d'abord chapelain
(sacellanus) et secrétaire de l'évéque Gérard I*', puis secrétaire
des évéques de Cambrai Lietbert (1051-1076) et Gérard II (1076-
1092), puis chanoine et chantre de Thérouanne, puis archidiacre
de Noyon, enfin évéque de Noyon-Tournai. Personne jusqu'ici,
dit Colveneer, n'avait donné le nom de l'auteur ; mais, à force de
recherches, lui-méme est heureusement parvenu à le déterminer.
Présentée ainsi par un homme d'une grande érudition et d'une
probité au dessus de tout soupcon, à la téte d'une édition de tous
points excellente, pour l'époque, cette attribution devait avoir
grand succés ; et de fait, elle a été longtemps admise sans con-
teste (4) et maintenant encore, que l'erreur a été depuis long-
temps démontrée à l'évidence, on la voit reparaitre à l'occasion
sous la plume d'écrivains mal avertis.
Oü donc Colveneer avait-il fait cette curieuse trouvaille ? Sur-
tout dans trois lettres, jusque là inédites et méme totalement
inconnues, qu'il publia dans ses prolégoménes et qui ont trés
souvent été réimprimées depuis (5). Il ne dit pas d'oü il tenait les
deux premiéres ; la troisiéme aurait été prise aux archives de
l'église d'Amiens.
La premiére, datée de février 1082 (— 1083, sila piéce est
authentique), est adressée par Gérard II de Cambrai à Hubert,
(1) MG., Scr. t. VII, p. 393-94 ; ré£imprimé dans P.L., t. CXLIX, col. g-1o. —
(2) Douai, (615. — (3) Non paginé. — (4) Voir, par exemple, les noms cités dans
Bethmann, MG., t. c., p. 395, note 23 ; P. L., t. c., col. t2-13, note 23. — (5) Il
suffra de citer MG., t. c., p. 394-95, note 22 ; P.L., t. c., col. 11-12, note 22.
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 247
évéque de Thérouanne. « Je vous envoie », dit-il, « Baudry,
« longtemps secrétaire de mon oncle Lietbert, maintenant mon
« secrétaire à moi. C'est un. homme lettré, qui connait bien les
« choses de Thérouanne, comme on peut le voir par sa récente
« chronique de Thérouanne et de Cambrai (wt tuae el. meae gentis
« chronicon nuperum indicat). Il vous renseignera sur l'histoire de
« votre siége épiscopal. »
La seconde est de Rainaud, archevéque de Reims. Il écrit à
Baudry, chantre de Thérouanne, en janvier 1094, c'est-à-dire
I095, si la lettre est authentique : « Vous demandez mon jugement
« sur votre histoire ecclésiastique de Cambrai et d'Arras ? Voici.
« Le frére Sigebert » — Sigebert de Gembloux, apparemment —
« m'en a fait le plus grand éloge. Cessez donc, par une excessive
« modestie, de garder ce travail pour vous. Laissez-le quitter vos
« mains, afin qu'il soit répandu dans les églises et dans les mona-
« stéres. Ce sera tout honneur pour vous, tout profit pour la posté-
« rité et, pour les deux églises, un plaisir et un ornement. »
La troisiéme est de S. Geoffroy, évéque d'Amiens. Nous sommes
en mai 1108, et le saint s'adresse à Baudry, devenu son collégue
sur le siége de Novon, pour le prier d'écrire l'histoire de l'église
d'Amiens, comme il a fait celles de Cambrai et de Thérouanne.
De plus, Colveneer publie, comme complément, l'épitaphe de
Baudry, qui se trouvait, nous dit-il, dans le cheeur de la cathédrale
de Thérouanne avant la ruine de cette église (en 1553). Voici le
morceau, qui était, comme les trois lettres, une nouveauté ;
P. Baldericus huius. ecclesiae. cantor et. episcopus Noviomensts an.
verbi incarnati. M. C. XII, fraelationis suae. anno. XV, pridie Kal.
tunti obit, meritis plenus, et chronico Cameracensi illustris.
Nous ne nous attarderons pas à relever en détail — car c'est
chose faite depuis longtemps (r), et bien faite — les nombreuses
erreurs et invraisemolances dont fourmillent ces textes, en dépit
de leur briévetc. Il suffira de rappeler quelques points. Baudry de
Noyon n'est pas mort en rr12, puisqu'on a une charte de lui datéce
de l'année suivante (2). Il n'était pas chantre de Thérouanne en
janvier 1094 (à plus forte raison en janvier 1095) ; car dés 1093 on le
trouve souscrivant, comme archidiacre de Noyon, à une charte de
l'évéque Rabode (3). D'autre part, une lettre du clerzyé de Noyon
(1093-1115), écrite du vivant de Baudry, nous apprend qu'il est né
(1) Voir surtout MG., t. c., p. 395-96 ; P.L., t. c., col. 12-14. — (2) L. D'ACHERY,
Spicilegium, ae éd., t. III, p. 463-64. La remarque est de Dom RiIvET, Histoire
littéraire de la France, t. IX (1750), p. 581. — (3) Gu£RaRD, Cartulatre de l'abbaye
de Saint- Bertin (Paris, 1841), p. 206.
248 LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
à Noyon, qu'il y a été élevé, qu'il y a constamment vécu, qu'il y a
parcouru tous les degrés dela carriére ecclésiastique (1) ; ce n'est
le cas ni de l'auteur des Gesía, ni de l'individu hypothétique, du
Baudry de CambrarThérouanne-Noyon, dont Colveneer nous
esquisse la vie assez mouvementée. La chronique a été achevée
en 1044, un peu avant ou un peu aprés ; comment peut-on l'appe-
ler en 1083 un ofus nuperum ? comment, d'ailleurs, si elle est men-
tionnée en 1083 comme un ouvrage assez connu, l'archevéque de
Reims peut-il, en 1095, dire qu'elle n'est pas encore aux mains du
public ? L'auteur de la chronique n'était plus un enfant en ro41,
quand il commenga à rédiger son ouvrage ; la position qu'il occu-
pait et les lectures trés étendues dont les Gesía témoignent (2), le
montrent clairement, Mettons, — ce qui est à peine vraisemblable,
— qu'il eüt seulement 25 ans; ce serait donc à un vieillard de
92 ans que S. Geoffroy aurait demandé d'écrire l'histoire de l'église
d'Amiens ! |
Les points essentiels des difficultés que nous venons de résumer
avaient été apercus et fort bien marqués par le bollandiste Pierre
Van den Bosch (3). Mais on fut longtemps à tirer pleinement pro-
fit de cette observation, faite comme en passant et à propos
d'autre chose. Un systéme fut créé, qui eut un réel succés. L'in-
venteur en est, je crois, Dom Rivet (4), dont la finesse habituelle
a peut-étre, cette fois, été mise en défaut. Donc, il est entendu que
Baudry de Novon n'est pas l'auteur des Gesta episcoporum
Cameracensium. ; Van. den Bosch l'a démontré. Mais rien
n'empéche de croire que les Gesía sont. d'un autre DBaudry,
celui dont parlent les deux premiéres lettres publiées par Col-
veneer, Baudry de Cambrai-Thérouanne. La troisiéme lettre,celle
de S. Geoffroy d'Amiens, ne permet évidemment point pareille
exégése, étant adressée Balderico Novtom. episcopo, Rivet l'explique
donc en disant que S. Geoffroy d'Amiens a fait erreur et que,s'il a
écrit cette lettre à Baudryv de Noyon, c'était dans la persuasion
que les Gesía étaient son ouvrage « parce qu'on savait dans le
public que c'était la production de la plume d'un Baudri ». Quant
à l'épitaphe, qui, elle aussi, identifie formellement Baudry de
Noyon et l'auteur des Gesía, il n'y a pas moyen de plaider, comme
(1) Le document n'a pas été connu de Colveneer et fut publié beaucoup plus
tard par BaLuzE, Miscellanea, t. V (1700), p. 309-10; réédition dans P.L.,
t. CLXII, col. 663-64. I1 a été utilisé par le P. Van den Bosch, Act. SS., Aug.
t. II, p. 670, num. 22, et par BETHMANN, MG.,t. c., p. 395 ; P.L., t. CXLIX,
col. 13. — (2) Bethmann a dressé la longue liste des sources utilisées, MG., t. c.,
p. 394 ; P.L., t. CXLIX, col. rz. — (3) Act. SS., Aug. t. II, p. 670, num. 22. —
(4) Histoirc littéraire dc la France, t. VIIL, p. 400-407.
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 249
pour S. Geoffroy, excuse d'erreur. On la jette donc par dessus
bord : c'est une « fausse épitaphe » (1), rédigée aprés coup, « sur
la lettre de Geoffroy d'Amiens. » Ainsi, comme le remarque juste-
ment Bethmann (2), aprés avoir fait la part du feu et rejeté
l'identité, certainement fausse, de Baudry de Noyon avec l'auteur
des Gesía, on n'en conserve pas moins tout le reste de ce qui est
rapporté dans les trois lettres, et l'on introduit dans l'histoire et
dans l'histoire littéraire un Baudry de Cambrai-Thérouanne et
une chronique de Thérouanne, lesquels sont tout deux entiérement
inconnus par ailleurs et n'ont d'autre attestation que les lettres en
question.
Ces lettres avaient paru à Van den Bosch suspectes par plus
d'un cóté (3). Tel ne fut pas l'avis de Dom Rivet, et c'est là
l'explication de son exégése. « On n'a », dit-il (4), « aucun motif
légitime, ni aucune raison apparente de les regarder (ces docu-
ments) comme supposés. La lettre de S. Godefroi (Geoffroy), en
« particulier, se trouve dans les archives de l'église d'Amiens, et
« l'on n'y découvre rien, non plus que dans les autres piéces dont
« il s'agit, qui ressente la supposition. Il est vrai qu'elles sont
«
«€
datées des années de l'Incarnation de Jésus-Christ, contre l'usa-
ge ordinaire de ces temps-là, lorsqu'il était question de simples
« lettres. Mais les prélats à qui appartiennent ces lettres pouvaient
« avoir des raisons d'y employer cette maniére de dater, intro-
« duite longtemps avant eux dans les actes publics. C'est ce qu'on
« a déjà montré à l'ézard de Gérard II évéque de Cambrai (5), et
« qu'on verra encore à l'article de S. Godefroi (6) ».
Ces explications n'ont pas pleinement satisfait Bethmann, et
sans écarter absolument l'hvpothése d'une erreur chez Geoffroy
d'Amiens (Bethmann écrit, par distraction, Gerardum au lieu de
Godefridum), i fait valoir les raisons qu'on aurait de regarder les
pieces comme apocryphes:leur allure vague, leur style (« color est
recentior, non qualis illo tempore esse solebat »), les contradictions
et les invraisemblances qu'elles renferment (7). Il conclut en
(1) Ibid., p. 400, ct t. IX, p. 581. — (3) MG., t. c., p. 395, note 23 ; P.L., t. c.,
col. 13, note 23.— (3) Act. SS.,1. c. : « instrumenta non uno ex capite suspecta ».
— (4) Op. c., t. VIII, p. 401. —(5) Ibid., p. 397. La démonstration se réduit à ceci :
« Il parait extraordinaire qu'elle soit datée suivant l'ére vulgaire portant pour
« date le mois de février 1082 ; ce qui ne doit pasau reste faire une difficulté
« capable d'arréter, parce que la lettre est une espéce de Dimissoire accordé à
« Baudri, qui passait du diocése de Cambrai à celui de Terouane. » — (6) Au
tome X de l'Histotre littéraire, p. 267-68, la lettre de S. Geoffroy est simplement
mentionnée, sans plus. Aussi bien ce volume n'est plus de Dom Rivet, qui Était
mort dans l'intervalle. — (7; MG., t. c., p. 395 ; P.L., t. c., col. 13-14.
250 LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
déclarant que ces lettres, comme aussi les détails qu'elles fournis-
sent et qui ne sont pas confirmés par ailleurs, — c'est-à-dire à peu
prés tout, — doivent si non étre absolument rejetées, du moins étre
considérées comme douteuses et non avenues.
Il y a lieu, pensons-nous, d'aller plus loin et de mettre résolu-
ment les trois lettres et Pepitdphes tout le dossier en un mot, au
rang des apocryphes.
Le contenu nous y invite. Car rien, à part les soris des auteurs
des trois lettres et du destinataire de la troisiéme, et aussi, bien
entendu, l'existence d'une « chronique » de Cambrai, rien n'est
confirmé par ailleurs. Tout le reste, dés que le contróle est possi-
ble, apparait aussitót comme faux, incohérent ou invraisemblable.,
Aux points qui ont déjà été signalés et que nous avons résumés
ci-dessus, ajoutons-en deux qui ont bien quelque importance. La
premiére lettre aurait été adressée, en février 1083, par Gérard de
Cambrai au religieux évéque de Thérouanne, Hubert. Or, en 1080,
Hubert avait encouru la disgráce de Grégoire VII (r1), et il semble
bien que dés ro8r il avait renoncé à l'épiscopat et s'était fait moine à
saint-Bertin ; en 1082, Lambert de Bailleul avait envahi le siége de
Thérouanne, d'oü il devait étre expulsé en 1083 (2). Sans doute,
la lettre de Gérard fait une allusion, assez confuse, à des tribula-
tions auxquelles Hubert serait en butte ; mais à la date qu'elle
porte, elle n'en reste pas moins fort étrange. L'autre cas est plus
clair encore. Dans les piéces qui nous sont restées relativement à
l'histoire du chapitre de Thérouanne vers la fin du XI* siécle,
nulle part on ne rencontre l'ombre d'un Baudry. Mais il y a. plus :
en 1094-1095 ce n'est pas Baudry qui est chantre de cette église,
comme on le croirait d'aprés la lettre de Rainaud de Reims, mais
un certain Folcuin, que nous trouvons occupant ce poste au moins
de 1093 à 1099 (3).
Le style des lettres n'est pas moins probant. Je n'insiste pas sur
le libellé de la date, que Dom Rivet a essayé vaille que vaille d'ex-
pliquer, ni sur ce bien moderne : « À mon cher conífrére », Dilecto
confrairt, par lequel Geoffroy d'Amiens est censé commencer sa
lettre, et qu'il est permis de rapprocher du m confrater employé
(1) JarrÉ-LoEWENFELD, 5157. — (2) Gesta abbatum Sancti. Bertini, par l'abbé
Simon, l. II, ch. 5r (MG., Scr. t. XIII, p. 646) ; Vie de S. Jean de Thérouanne,
ch. 5 (ibid., t. XV, p. 1141-42). Cf. Gallia christiana, t. X, col. 1539-40 ; A. GiRY,
Grégoire VII ct les évéques de Térouane, dans la REVUE HISTORIQUE, t. I (1876),
p. 396-407. — (3) Voir les trois chartes publiées par Th. DucutET et A. GriRv, Car-
tulatres de. l'église de Térouane (Saint-Omer, 1881), p. 6-7. Elles ne sont pas
datées, mais se placent respectivement entre les années 1085-1093, 1093-1098,
1099-1130, et couvrent donc à tout le moins la période 1093-1099.
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 25I
par le Pseudo-Hincmar de Laon (1). Il y a mieux que cela. L'en-
semble méme des lettres a, comme le sentait fort bien Bethmann,
une allure, une couleur, qui ne permettent pas de les mettre au
XI* siécle. C'est le style un peu recherché d'un bon humaniste, et
autant il est aisé d'y voir un produit du XVII* siécle, autant on
aurait de peine à les attribuer à peu importe quel écrivain du
moyen áge. Je transcris, et cela suffira, je pense, quelques lignes
prises au commencement de chacune des piéces.
Lettre de Gérard. Mitto ad te Baldericum, dudum pii Lietberti a
secretis, el mihi nepoti ad idem servientem... Vitr est lstieratus et vsquae
Morinenstum sunt imbutus...
Lettre de Rainaud. Mewm, dilecle, de tua historta. eccles(tastica)
Cam(eracensi) et. Atrebaten(si) requiris iudicium. De qua. quae accept
a F. Stgeberto tibi rescribo...
Lettre de S. Geoffroy. Me indignum ad hanc pastoris curam. evexit
Deus, ut quod dignum devoltone gregis. est faciam. Cum itaque in. hac
dtoecest peranttquae sint ecclesiarum fundationes... Ajoutons l'étrange
fin de cette lettre : Scripsit ad S. Quintinum, meas delicias, tuxta Peron-
nac villam (2), anno 1108, 1n mato.
Mais il y a une troisiéme raison, et qui nous parait sérieuse, de
suspecter ces piéces ; c'est leur provenance. Dom Rivet nous dit
bien que la lettre de S. Geoffroy « se trouvedans les archives de
l'église de Cambrai. » C'est une maniére de parler, mais la réalité
est différente. Nous savonstout simplement, par Colveneer, qu'elle
aurait été prise des archives de Cambrai: « quae desumptae sunt
ex archivis ecclesiae Cameracensis. » Par qui ? Si c'était par Col.
veneer lui-méme, la chose aurait quelque importance, vu l'intégri-
té incontestable de cet historien. Maisila pula recevoir d'autrui,
et alors ? Au surplus, ce n'est pas dansles archives de Cambrai,
siége de l'expéditeur, mais dans celles du destinataire, dans celles
de Thérouanne, qu'il serait plus naturel que la lettre eüt été trou-
vée. Et cela nous rappellela lettre du Pseudo-Hincmar, que Claude
Despretz prétendait avoir copiée dans les archives de Laon, et non
dans celles de Cambrai, oü, cette fois, la lettre étant adressée à
S. Jean de Cambrai, on aurait songé tout d'abord à chercher le
document. Mais, à la rigueur, on pourrait supposer que les lettres
(1) Cf. Anal. Boll., t. XXVII, p. 388. — (2) Saint-Quentin du Mont, prés de
Péronne, au diocése de Noyon. Le faussaire, qui avait de Ja lecture, s'est rap-
pelé que S. Geoffroy avait passé dans ce monastére sa jeunesse religieuse,avant
de devenir abbcé de Nogent-sous-Coucv.
252 LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
ont été copiées et conservées dans des registresau lieu d'expédi-
tion, et c'est de fait ce qui a été imaginé pour la fausse lettre
d'Hincmar. Aussi, nous n'insistons pas. |
Si nous soupconnons que les trois lettres ont été communiquées
à Colveneer par Claude Despretz et, éventuellement, qu'elles ont
été fabriquées par le dit Claude, c'est sur d'autres indices, que
nous livrons à l'appréciation des lecteurs. Danssa notice « de
auctore huius chronici », une bonne page aprés l'endroit oü il
résume, comme nous l'avons fait avec lui, la biographie de Bau-
dry de Cambrai-Thérouanne-Noyon, Colveneer ajoute d'assez
nombreux détails sur la famille du personnage. Illes tient d'un
savant homme artésien, qu'il a eu souvent l'occasion de citer dans
les notes de son édition : « amica manu communicata a viro docto
Atrebatensi, quem in notis saepe nominavi, » c'est-à-dire, sans
aucun doute, de Claude Despretz. Aussi bien, les deux points qui
regardent plus spécialement Baudry portent la marque des préoc-
cupations de Despretz : Baudry, a-t-il dit à Colveneer, était fils du
chevalier Aibert, seigneur de Sarchinville et Quéant: « Baldericus
« duos habuit fratres Elboldum et Ellebardum filios Aiberti equitis
« rubri, domini de Sarchinville et Queant, prognati ex eodem loco.»
Sarchinville etQuéant ou plutót, selon l'égalité établie par Despretz
lui-méme, Sarchinville — Quéant, sont des quantités connues ; c'est
le lieu dont Despretz se disait le seigneur. Plus loin, Colveneer
rapporte, d'aprés la méme source, que Baudry chargea la terre de
Quéant d'une redevance en faveur des religieuses du Verger prés
d'Oisy. On savait que le monastére Cistercien de Notre-Dame du
Verger avait été fondé peu avant l'an 1225 (1). Voici que Colve-
neer, ou plutót Despretz, nous apprend quela maison était bien
plus ancienne, qu'elle existait plus d'un siécle avant le temps oü
la régle de Citeaux y fut observée; de méme, il est le premier
à produire ce seigneur de Sarchinville et Quéant, qui aurait eu
pour fils, outre Baudry, l'archidiacre Ellebard et Elbold ou Elbald,
le fondateur de Sainte-Croix. On connait par les documents
anciens (2) un Erleboldus 1udex et. procurator civitatis et un autre
Evrleboldus, cognomento Rubeus, fondateur de Sainte-Croix, tous
deux contemporains de l'évéque S. Lietbert (1051-1076) ; mais de
leur origine, de leur parenté, de l'archidiacre « Ellebard » ou Erle-
bold, l'histoire authentique ne sait rien. -
Oü Claude Despretz a-t-il trouvé tout cela ? Ces notices, qui
(1) Cf. Gallia christiana, t. III, col. 185. — (2) Voir la Vie de S. Lietbert de
Cambrai i— BHL. 4929), num. 30 et 57 (Act. SS., Iun. t. IV, pp. 596,603). Cf. les
Gesta Lietberti episcopi (— BHL. 4928), ch. 24 (MG., Scr. t. VII, p. 497).
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 253
regardent spécialement Cambrai et l'Artois, il les a puisées dans
un ouvrage relatif... à Thérouanne, ex amitquitatibus ecclesiae
Mortnensts, rédigé par un certain Mathieu archidiacre de Thérou-
anne et vicaire général de l'avant-dernier évéque, Frangois de
Créquy (f 1553). C'est du moins ce que Claude affirma à Colve-
neer, et celuici, avec la simplicité des ámes droites, le crut sur
parole, comme il accueillit aussi sans hésiter les fables tirées de la
lettre apocryphe d'Hincmar de Laon. Il est permis d'étre moins
confiant. Le De antiquitatibus ecclesiae Morinensts est cité cà et là
par d'autres écrivains (1). Mais aucun de ceux-ci n'est antérieur
ni à Colveneer, ni à Claude Despretz, et c'est à Claude Despretz
que tous, sans exception, doivent — directement ou indirectement
— tout ce qu'ils savent à ce sujet. Cela n'est pas fait pour nous
rassurer, et nous allons voir tout à l'heure que le De asttquitatibus
est, lui aussi, fort inquiétant.
En tout cas, il est indéniable que, dans les renseignements four-
nis à Colveneer sur le Pseudo-Baudry de Cambrai-Thérouanne-
Noyon nous retrouvons la main de Claude. Il n'est pas défendu dés
lors de penser que c'est la méme main qui lui a passé les trois let-
tres apocryphes et l'épitaphe. Aussi bien, nous y avons retrouvé
absolument les mnémes procédés, les mémes caractéres plus que
suspects constatés déjà dans la lettre apocryphe d'Hincmar de
Laon et dans les anecdotes sur S. Hubert. La farine est toute
pareille ; il est à croire qu'elle sort du méme sac.
Pour les mémes raisons, il semble bien qu'il faille ranger parmi
cette littérature de mauvais aloi le De antiquitatibus | ecclestae
Morinensis de l'archidiacre Mathieu. Colveneer a-t-il eu l'ouvrage
entre les mains ? Ce n'est pas clair, et il est probable que Claude
Despretz lui en a simplement communiqué des extraits : « Ut
« autem », dit-il, « pauca attexamus, ex Antiquitatibus ecclesiae
« Morinensis... desumpta fere ex archivis eiusdem ecclesiae per
« venerabilem virum Matthaeum archidiaconum dictae ecclesiae...
« mihique amica manu communicata a viro docto Atrebatensi
« quem in notis saepe nominavi. » Valére André (2) ne le connait
non plus que de seconde main, vraisemblablement d'aprés Colve-
neer: « Matthaeus, archidiaconus Morinensis seu Tervanensis,
(1i) Valére André, Jacques Malbrancq, Foppens, Lelong, que nous citerons
bientót. -— (2) Bibliotheca belgica, a« édition (Louvain, 1643), p. 654. Cette notice
ne figure pas encore dans la premiere édition, publiée à Louvain en 16233. Elle
est reproduite mot pour mot par J. F. ForPENs, Bibliotheca belgtca, t. 11 (1739),
P. 865.
254. LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ.
« conscripsit An£tqutiates ecclesiae Mortnensis, ex archivis. eiusdem,
« legunturque MSS. Atrebati » (r). En revanche, le P. Jacques
Malbrancq, S. I., non seulementa lu ce que Colveneer dit du De
Antiquitatibus, mais il a recu le document lui-méme, et cela de
Claude Despretz. Et voici que nous apprenons du nouveau:
l'auteur supposé du De axtiquttatibus, dont on n'avait donné jus-
qu'ici que le prénom, se serait, parait-il, appelé Mathieu Despretz
et serait le grand oncle de Messire Claude ; « Alterum (chronicon
« Mortnense) conscripsit D. Matthaeus Despretz, Tarvannensis ante
« excidium archidiaconus et vicarius generalis R"! Francisci de
« Crecquy, penultimi eiusdem urbis episcopi, cuius participem me
« fecit eius pronepos D. Claudius Despretz I. V. licentiatus in
« Atrebatensi curia olim advocatus consultissimus, et dominus in
« Queant » (2).
L'archidiacre Mathieu Despretz ou méme l'archidiacre Mathieu
tout court a-t-il réellement existé ? Ce serait peut-étre aller un peu
vite en besogne que de le nier carrément ; mais tous les doutes
sont justifiés. Il n'y avait que deux archidiacres à Thérouanne,
celui de Flandre et celui d'Artois (3) ; or durant l'épiscopat de
Frangois de Créquy (1535-1553) et précisément à la veille de la
ruine de la cité en 1553, nous voyons ces deux postes occupés par
Eustache d'Othove, qui fut archidiacre de 1546 à 1553 (4) et par
Philippe Nigri ou Lenoir, déjà en fonctions dés r519 et qui portait
encore en 1554 le titre d'archidiacre d'Artois (5). A la rigueur, il y
a place pour un archidiacre, non pas précisément au moment du
désastre de 1553, mais avant 1546. Cet espace, que les documents
connus laissent vacant dans la liste des dignitaires du chapitre (6),
le remplira qui voudra en y mettant Mathieu, voire Mathieu Des-
pretz. Mais franchement, on a le droit d'hésiter à le faire, ce per-
sonnage n'étant attesté que par Claude Despretz lui-méme et ne
comparaissant nulle part dans les piéces d'archives (7).
(1x) Ce que Valére André dit du manuscrit conservé à Arras peut bien n'étre
qu'une conclusion tirée du texte de Colveneer. — (2) Jacobus MarnsRANCQ, De
Morinis et. Moriuorum rcbus, t. I (Tournai, 1639), p. 685, dans le paragraphe
intitulé : « Auctorum in opere citatorum commendatio ». Mathicu « Despretz »
a passé de là dans la Bibltothéque historique de la France du P. Lelong, t. I, no
9766. — (3) Cf. O. BuEp, Regestes des évéques de Thérouanne, t. I (1904), p. 12. —
(4) Cf. ibid., p. 19, et t. II (1907), p. 142. —(5) Cf. ibid., t. I, p. 19 ; t. II, p. 141-42,
et O. BLEp, Les évéques de Saint-Omer depuis la chute de Thérouanne (Saint-Omer,
1898 — Mi wMoIRES DE LA SocIÉTÉ DES ANTIQUAIRES DE LA MoRINIE, t. XXVI),
pp. 7, 13. — (6) Cf. O. BrEp, Regestes, t. I, p. 11-34 ; t. II, p. 135-50. — (7) M. l'abbé
Bled l'inscrit parmi les archidiacres (ibid., t. Ij, p. 19, avec un point d'interro-
gation quant à la date), en apportant comme unique garant Malbrancq, c'est-à-
dire, en fin de compte, Claude Despretz.
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 2955
Ce qu'on peut arriver à savoir de l'ouvrage attribué au prétendu
chroniqueur, n'est pas de nature à diminuer notre méfiance.
Autant que j'ai pu voir, en parcourant page par page, assez rapi-
dement d'ailleurs, les tomes II et III du De Mor:nis, le P. Mal-
brancq n'a pas eu l'occasion d'y faire usage de la chronique de
« l'archidiacre ». En revanche, il l'a citée et utilisée une dizaine de
fois au cours du tome I (1). Une bohne moitié de ces citations con-
cerne deux personnages au sujet desquels on ne savait pour ainsi
dire rien jusque là et sur lesquels Malbrancq peut, gráce à Mathieu
Despretz, fournir une quantité appréciable de renseignements
inédits. Il s'agit d'Antimundus et d'Athalbertus, les deux premiers
évéques de Thérouanne. Ces deux prélats semblent avoir encore
été inconnus au IX: siécle. La plus ancienne Vie de S. Omer, qui
date de cette époque, raconte longuement les origines chré-
tiennes de Thérouanne (2) ; or elle ignore Antimundus et
Athalbertus, et elle désigne clairement Omer comme le premier
évéque de ce siége. Le bollandiste Stilting s'est sagement rallié à
cette maniére de voir, l'autorité de Malbrancq et de son garant
Despretz lui paraissant insuffisante, et les documents qu'ils produi-
sent, suspects (3). Ce n'est pas toutefois que Despretz ait inventé
ces deux noms d'évéques. On les trouve déjà, avec de légéres
variantes pourle premier (4), à la téte des listes épiscopales copiées
au XII* siécle (5). Claude Despretz ne manquait pas d'une cer-
taine érudition et il possédait d'anciens catalogues épiscopaux,
comme on peut le voir par le groupe de prélats qu'il a envoyés
assister àla translation de S. Lambert (6). D'autre part, les listes
donnent les deux noms sans plus, et depuis lors jusqu'au De anti-
quitatibus ecclesiae Morinensis, silence complet dans les documents
historiques au sujet de ces personnages.
Nous ne nous arréterons pas à ce que le De antiquitatibus rap-
porte au sujet d'Antimundus, qu'il présente comme un contempo-
rain et un compagnon de S. Remy de Reims et de S. Vaast
d'Arras (7). Aussi bien, tout se borne ici à des affirmations, et en
mettant les choses au mieux, c'est-à-dire en prenant le De anttqui-
tatibus pour un ouvrage de l'archidiacre Mathieu et non pour un
produit de l'officine de Claude Despretz, nous avons affaire à un
document de la seconde moitié du XVI* siécle ; ce qui est fran-
chement insuffisant, quand il s'agit de faits arrivés au VI*.
(1) PP. 48, 50, 202, 221, 229, 230, 240-41, 429, 479, 507. — (a) Act. SS., Sept,
t. III, p. 397, num. 5-7. Mémes données dans les Vies plus récentes. — (3) Ibid.,
P. 387. — (4) Audmundus et Aimundus. — (5) MG., Scr. t. XIII, pp. 389 et 751.
— (6) Voir ci-dessus, p. 243, note 2. — (7) MALBRANCQ, t. C., p. 202-203.
256 LES DOCUMENTS DB CLAUDE DESPRETZ.
Il n'en est pas de méme pour Athalbertus. Ici, outre des affir-
mations, on nous exhibe de nouveau un petit dossier de documents,
et le contróle direct est possible. Pour nous en tenir à quelques
détails plus marquants, on nous assure qu'Athalbert était bien vu
du roi Clotaire I*', qui aurait énergiquement travaillé à sa pro-
motion au siége de Thérouanne ; qu'il aurait été chargé d'initier à
la foi chrétienne la jeune Radegonde, amenée captive dans la villa
d'Athies; que le pape Jean II l'aurait encouragé et dans son
labeur apostolique à Thérouanne et dans son ministére prés de la
future reine des Francs. A l'appui de ces assertions, dont une au
moins semble positivement fausse, — S'* Radegonde était chrétien-
ne et catholique quand elle fut emmenée de son pays de Thuringe
parles Francs vainqueurs (1), — on apporte trois documents.
D'abord une épitaphe, rédigée, assure-t-on, par Venant For-
tunat :
Athalberius erat Morints grandaevus et ardens
Pastor, pascebat verbo factoque fidelis.
Regi caelorum Radegundem semine verbt
Reddit namque Deo caram regique potenti
Qut Mortnos sceptro premebat (2).
Inutile de dire que cet étrange morceau n'a jamais été rencontré
dans les manuscrits, et l'on ne peut que s'étonner de le voir parfois
cité comme du Venant Fortunat authentique (3).
Puis, il y a unelettre du pape Jean II à Athalbert. Elle ne figure
pas dans Jaffé, pas méme comme apocryphe, et pour cause. Il
suffira de transcrire, pour édifier pleinement le lecteur, les deux
derniéres phrases (4) :
Filiam Radegundem reginam tuae caritati committo : timet. Deum et
apud Regem regum invenit gratiam. ampliorem. Remaneat. in le. et
grege iuo benedicto apostolica, quam elargimur.
La troisiéme piéce estau moinsaussi extraordinaire. C'est un
billet de félicitations envoyé par le roi Clotaire, qui s'y montre
nourri de l'Écriture comme un Pére de l'Église. Voici ce morceau,
vraiment savoureux (5) :
(Y) Cf. P. JoEnnES, Chronologische und. relictonswissentschaftliche Untersu-
chungen über das Leben der. h. Radegunde (Ahrweiler, 1896), p. 26-33. — (2) Mar-
BRANCQ, t. c., p. 241. — (3) Par ex. dans J. ConBLET, Hagiographie du diocése
d'Amiens, t. IV (1874), p. 578. — (4) MALBRANCQ, t. c., p. 230. — (5) Ibid., p. 221.
LES DOCUMENTS DE CLAUDE DESPRETZ. 257
Chiothartus rex S. Athalberto sacerdoti Morinorum salutem. Audiens
audivi el auditui meo datum est gaudium super promotione tua ad sacer-
dotium Morinense. Fac inventaris iustus, tamquam imbres mittens elo-
quia sapientiae tuae, el in oratione confitere Domino. Cura gregem novi-
ter Christo acquisitum, et regem, qui tuus est, ama.
Si l'on se donne la peine de comparer, on trouvera un étrange
air de famille entre la prose du pontife Romain et celle du roi bar-
bare, et tout autant entre ces deux morceaux, prétendüment du
VI* siécle, et les quatre lettres qu'on nous a exhibées comme ayant
été écrites, l'une plus de quatre cents ans, les trois autres plus de
six cents ans aprés, par les évéques Hincmar de Laon, Gérard de
Cambrai, Rainaud de Reims et Geoffroy d'Amiens. N'est-ce pas
tout simplement que le pape Jean, le roi Clotaire et les quatre
prélats francais du IX* et du XI* siécle ont tous eu un seul et
méme secrétaire, le jurisconsulte artésien Claude Despretz, sire de
Quéant ? Á. P.
ANAL, BOLL. XXIX, 17
UNE PASSION
INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME.
Dans les fastes des premiers siécles ilest fait mention d'une
série de saints qui, avant de verser leur sang pour la foi chré-
tienne, ont exercé la profession de comédien. Ce sont en Orient
S. Gélase, S. Ardalion, S. Porphyre; en Occident S. Genes, On
n'a guére parlé de l'un d'entre eux sans évoquer en méme temps
le souvenir de tous lesautres; c'est qu'en effet, nous le verrons
plus en détail, la carriére de ces personnages présente, malgré
la distance des lieux, des traits frappants de ressemblance. Ces
analogies sont-elles purement fortuites? cacheraient-elles une véri-
table dépendance ? Avant d'ajouter une nouvelle piéce au dossier
de ces saints, nous voudrions à notre tour reprendre en peu de
mots la question.
C'est avant tout sur S. Genés, comédien et martyr à Rome,
que notre attention devra se porter. I] y a quelques années, M*!!e
Bertha von der Lage a publié sur ce saint une étude trés fouillée (1)
et quia été favorablement accueillie. Sa conclusion fut que S.
Genés le mime n'est pas un personnage historique. Jusque là
pourtant, aprés Tillemont (2) et les Acta saxctorum, la plupart des
critiques avaient été d'un autre avis. Dans son histoire de l'an-
cienne littérature chrétienne, M. Harnack (3) estime que les
Actes de S. Genés reposent pour le moins sur un fond historique.
Il n'y a pas longtemps, M. Paul Allard (4) a revendiqué contre
M*!* von der Lage la pleine historicité sinon de la Passion, du
moins de la personne du martyr.
(1) Studien zur Genesiuslegende, I. Teil (Berlin, 1898). Cf. Aval. Boll., t. XVIII,
p. 186-88. Dans la suite de notre étude nous aurons plus d'une fois l'occasion de
mettre à profit les matériaux accumulés dans cette dissertation. — (a) Mémoires,
t. IV (Paris, 1701), pp. 418-21, 694-95. — (3) Geschichte der. altchristlichen | Litte-
ratur bis Euscbius, I. Teil (Leipzig, 1893), p. 82x. -- (4) La FOSHHON de Pitocs
Hen, t. I5 (Paris, 1908), p. 7-9.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LB MIME. 259
Le 25 aoüt, jour de la féte de S. Genés de Rome, rappelle égale-
ment la mémoire de S. Genés d'Arles. Celui-ci remplissait l'em-
ploi de notaire ou de greffier ; selon toute apparence ce fut vers
le début du IV* siécle qu'il subit le martyre. De bonne heure il
jouit d'une grande célébrité non seulement en France, oà bon
nombre de localités portent son nom (1r), mais méme en Espagne.
Dés la fin du IV* siécle, Prudence le chante dans ses vers; au VI*
siécle, on retrouve son nom dans les poésies de Venant Fortunat.
Cette identité de noms et de dates est de nature à éveiller les
soupcons ; tout naturellement on se demande si les deux Genés,
celui de Rome et celui d'Arles, ne doivent pas étre identifiés. Le
saint d'Arles n'a-t-il pas été honoré de bonne heure à Rome,
comme il le fut en Espagne? n'y eut-il pasun sanctuaire ? plus
tard, oubliant ses attaches avec Arles, on lui aurait attribué une
légende venue d'Orient; du coup, S. Genés se serait trouvé dédou-
blé. Avant de nous prononcer sur la valeur de cette hypothése,
examinons les titres du martyr Romain.
On a invoqué en faveur de S. Genés le martyrologe hiérony-
mien (2) ; dans le manuscrit le plus important, celui d'Echternach
(2 E), nous lisons au VIIII kal. sept. : Romae S. Genisti, et au
jour suivant : 2z Ariolato Genisi ; le manuscrit de Wissenbourg
(— W)a comme texte : VIIII kal. sept. Roniae natalis S. Genest et
le lendemain : Zn cínu. eiusdem via numentana miliario XVIII
Arelato nat. sanclorum Genesi martyris, Iuli, Hermetis. Sous cette
derniére rubrique nous trouvons réunis trois bouts de phrase
entiórement indépendants ; quiconque a pratiqué quelque peu le
martyrologe hiéronymien ne s'en étonnera pas. Le premier mem-
bre jusqu'à miliario XVIII est un détail topographique qui se
rapportait à un autre saint et que nous pouvons négliger ; nous
ne le trouvons pas dans le codex E, qui est plus condensé et oü les
indications de ce genre sont omises le plus souvent. Les deux
derniers noms ZJult, Hermetis forment un groupe spécial ; ils sont
mentionnés le méme jour dans E, mais 1solés de Genesius. Entre
le codex E et le codex W il y a donc accord dans la question qui
nous occupe. Quant au codex Bernensis (— B), malgré les appa-
rences, au fond il ne s'écarte pas des deux précédents. En exami-
nant dans ce manuscrit l'ensemble de la notice placée au X kal.
sept. on .remarquera qu'en substance elle correspond à celle du
VIIII des deux autres manuscrits; méme constatation pour le
(1) Cf. W. MosTERT u. E. SrENGEL, L'ystoire et la vie de Saint Genis (Marburg,
1895), pp. 38, 39, et B. voN DER LAGE, op. cit. II. Teil (Berlin, 1899), pp. 20, 21.
— (a) Act. SS., Nov. t. II, 1, p. [110].
260 UNE PASSION INÉDITB DE S. PORPHYRE LB MIME.
jour suivant : il correspond au VIII kal. sept. de E et de W (1).
Le seul point qui peut embarrasser c'est que, contrairement à la
lecon de E et de W, Areíato est inséré dans la premiére notice et
Romae dans la seconde. Mais il se fait que ces deux noms de villes -
sont d'une main moins ancienne et remplacent d'autres mots
effacés ; il est tout naturel de supposer que sous ce grattage se
trouvait primitivement ce qu'on lit dans les deux manuscrits
paralléles et que, pour ce point comme pour les autres, il y avait
accord. Nous avons donc, dans le martyrologe hiéronymien, tel
qu'il nous a été transmis, au VIIII kal. sept. : Romae S. Genesi et
au VIII kal. sept. : Arelato S. Genesi. Tout le monde admet que la
notice de S. Genés d'Arles appartenait au martyrologe hiérony-
mien primitif ; si on pouvait en dire autant de celle de S. Genés de
Rome, le probléme serait tranché et il faudrait attribuer à ce
saint une existence distincte. Mais les manuscrits qui nous présen-
tent cette lecon ont passé par bien des vicissitudes. Avant son
entrée en Gaule, le martyrologe hiéronymien avait déjà subi la plu-
part des.déformations qui en rendent l'étude si déconcertante (2).
Les mots S. Genest, mentionnés au VIIII kal. sept. peuvent fort
bien avoir été empruntés à la notice du saint d'Arles qui se lit le
jour suivant. Des répétitions de ce genre ne se comptent pas ; elles
sont courantes dans l'hiéronymien. Le mot Rore peut lui aussi
provenir d'ailleurs ; il est probablement à rattacher à l'indica-
tion topographique isolée du VIII kal. sept. dont nous avons
parlé un peu plus haut, et il fallait lire : Romae $n cimiterio eusdem
via numentana mtliario XVIII. La formule serait tout à fait dans
le style du férial Romain ; seulement le nom du saint auquel
elle se rapporte serait tombé. En tout cas, on comprendra que
pour regarder Romae S. Genesi comme la vraie legon dela com-
pilation hiéronymienne primitive, il nous faudrait des preuves ;
ces preuves les avons-nous ? |
Le premier témoignage d'oà l'on tire argument, est celui des
pélerins qui, à une date trés ancienne, ont visité les sanctuaires de
la Ville Éternelle. De Rossi, dans la Roma sotterranea (3), cite des
itinéraires du VII* siécle oà il est fait allusion à S. Genés ; dans
l'Itinerarium. Salisburgense, nous trouvons : « Postea illam viam
demittis et Derventes ad s. Ypolytum martyrem qui requiescit sub terra
$2. cubiculo, et Concordia mulier eius. martyr ante fores, altero cubiculo
(1) Des perturbations de ce genre sont loin d'étre exceptionnelles dans le
martyrologe hiéronymien. — (2) L. DucuEsNE, Les sources du martyrologe
hiéronymien, dans MÉLANGES D'ARCHÉOLOGIE ET D'HISTOIRE, t. V (1885), p. 156.
— (3) T. 1 (Roma, 1864), p. 178.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 261
s. Tryphonia regina et. marlyr, et Cyrilla filia eius et. martyr, quas
meditus (lege Messius : antiqua manus in margine scripsit Clau-
dius) Dectus interfecit. uxorem. et. fitam, et. s. Genisius martyr. »
Cette mention est confirmée par l'Epitome libri. de locis sanctorum
martyrum datant de la méme époque et également cité par De Rossi.
On y lit: « Inde 12. boream sursum in monte basilica s. Hippolyti est,
ubi tpse cum. familta sua tota XVIII martyres 1acet.. Caycer. ibi est. in
quo fuit. Laurentius. Ibi est. Tribhonta uxor Decti Caesaris et. Cyrilla
filta etus ; inter utrasque. Concordia et s. Geneseus et multi martyres 16$
sunt. » Quelle que soit la valeur de ces documents, sur la nature
desquels on n'est pas d'accord (x), il est bien difficile d'en conclure
qu'à Rome on vénérait le tombeau d'un S. Genés. Les fouilles sont
muettes jusqu'ici (2) et probablement le resteront-elles. Au VIII*
siécle, le pape Grégoire III fit restaurer à Rome une église de
S. Genés : item in. ecclesta beatt Genesti marlyris leclum noviter vestau-
ravi ; ubi el allare erexit $n nomine Salvatoris domini Det nostri, n
quo contulit batenam argenteam et calicem, seu coronam argenteam cum
delfinis VI, necnon el coronulam auream cum cruce, pendentem super
altare (3). » Voilà le sanctuaire qui, au siécle précédent, avait recu
la visite des pélerins ; rien ne nous garantit qu'il a été construit
sur le tombeau de S. Genés de Rome ; pourquoi n'aurait-il pas été
élevé en l'honneur d'un martyr aussi célébre que celui d'Arles ?
A Rome comme en d'autres cités, on ne se bornait pas à élever
des sanctuaires à des saints locaux ; dans les itinéraires eux-
mémes, on peut relever les noms d'une S* Thécle, d'un S. Timo-
thée, d'un S. Félix de Nole etc., qui n'appartiennent pas en propre
à la ville de Rome et qui sont mentionnés indistinctement avec les
martyrs de l'endroit. Encore une fois, des preuves positives en
faveur d'un saint Genés martyriséó à Rome méme ne nous sont pas
fournies par ces documents.
Des témoignages écrits passons aux monuments figurés. On
posséde au Vatican un verre du V* siécle (4), trouvé dans une
des catacombes romaines et représentant l'image de deux saints
avec cette inscription : Gezestus, Lucas (5). Le premier nom
a été généralement regardé comme celui de S. Genés de Rome ;
dans la persuasion oü l'on était qu'à Rome était mort un martyr
de ce nom, c'était tout naturel ; de cette découverte on peut tirer
la confirmation du culte rendu à S. Genés ; y voir une preuve de
(1) Cf. ci-dessus, p. 188. — (2) Bullettino di archeologia cristiana, 1882, p. 75.
— (3) DucHEsNE, Le Liber Pontificalis, t. I, p. 419. — (4) H. VopEL, Die altchrist-
lichen Goldgláser (Freiburg i. B., 1899), p. 54, note 2. — (5) Il a été reproduit par
le P. R. GanRucct, Storia dell arte cristiana, vol. III (Prato, 1876), tav. 188, 5.
262 UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME.
l'origine romaine de ce saint, c'est s'obliger à en dire autant de
S.Luc, dont le nom est uni à celui de Genés. Mais l'examen icono-
graphique du verre peint ne fournit-il pas quelque indice révéla-
teur ? On y voit Genés sous les traits d'un adolescent, revétu du
pallium et portant un volume sous le bras ; le volume fait songer
au notaire bien plus qu'au mime et l'air candide du saint nous
rappelle que le martyr d'Arles lui aussi est représenté comme un
tout jeune homme sur les monuments de Gaule (1).
En :9o4, M. Gatti (2) a attiré l'attention sur une inscription
Romaine portant le nom de Geresius et que l'on dit dater de la
seconde moitié du IV* siécle. De la plaque de marbre qui servait de
couvercle à un sarcophage, trois débris ont été conservés. Ils pro-
viennent de l'église Saint-Martin à Rome et sont actuellement au
musée du Capitole. En voici la teneur : bene HteRENTI . SV...ANO
COIVG1....... | QVIETEM . PERENNEM FECIT IN PACe | QVI VIXIT
ANNOS XXXV DEPOSITVS | SALVATOR . GENESIVS. L'inscription
avait déjà été signalée au XVII* siécle dans le codex Barberini
XXX, 135 (aujourd'hui le Barberinianus lat. 2062 à la Vaticane).
Depuis lors, un fragment de la derniére ligne a été perdu ; on y
lisait anciennement PETRVS . PAVLVS . SALVATOR . GENESIVS ; un
cinquiéme nom s'y ajoutait de facon à ce que le nom du Sauveur
füt encadré de chaque cóté par celui de deux saints. M. Gatti, en
publiant l'inscription, émet l'avis quele mot Genestus représente le
martvr romain ; il part évidemment, lui aussi, de la supposition
qu'à Rome un martyr de ce nom avait son tombeau. L'inscription
est une nouvelle preuve qu'à Rome on honorait un S. Genesius ; en
conclure que dans cette ville se trouvait la sépulture dusaint, serait
dépasserles prémisses. De Rossi, dans l'article mentionné plus
haut, fait remarquer qu'en Gaule on trouve sur plusieurs sarco-
phages la représentation de S. Genés d'Arles. Comme la nouvelle
inscription provient, elle aussi, d'un sarcophage, la coincidence
mérite d'étre signalée ; elle fait songer bien plutót au martyr de
Gaule.
Les témoignages que nous venons de parcourir établissent l'exis-
tence à Rome du culte d'un S. Genés. De preuve en faveur d'un
martyr Romain nous n'en avons pas encore. La Passion du saint
nous la fourniraitelle peut-étre ? Ruinart avait inséré dans ses
Acta mariyrum sincera (3) la légende du saint empruntée au marty-
rologe d'Adon. Tillemont et aprés lui le bollandiste Cuypers regar-
(1i) De Rossi:, Bullettino, 1864, p. 46 sq. — (2) Bullettino della Commissione
archeologica comunale di Roma, t. XXXII (1904), p. 325-30. — (3) T. RUINART,
Acta primorum martyrum sincera ed. a4 (Amstelaedami, 1713), p. 269 sq.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 263
daient, eux aussi, le récit comme authentique. Dans un ouvrage
récent, Dom Quentin (1) a démontré qu'Adon n'avait fait que
remanier le martyrologe de Florus à l'aide d'un passionnaire
ancien ; ce dernier appartenait à la méme famille de manuscrits
quela passion éditée par Mombritius, tandis que le texte de Florus
est extrait d'une autre passion publiée d'abord par Surius et repro-
duite naguére par MM. W. Mostert et E. Stengel (2). Les deux
relations plus anciennes auxquelles nous voilà ramenés avaient
déjà été regardées comme suspectes par Tillemont ; la critique
moderne ne s'est pas montrée plus indulgente. M. Paul Allard (3)
les range, avec le P. Delehaye, dans « la classe des romans d'ima-
gination. »
Il reste un dernier témoignage à peser ; il nous est fourni par
le Calendarium | Carthaginiense, qui remonte dans sa rédaction
actuelle à la premiére moitié du VI* siécle. On y lit : ... &. seft. s.
Genesi mimi, les premiéres lettres ont. disparu: Mabillon suppose
qu'il fallait lire «VIIID» k. ; malgré l'absence de toute indication
topographique il est trés probable que c'est de Rome que cette
mention a passé à Carthage ;à cause de l'épithéte s£m£ on ne peut
songer à une influence directe d'Arles. Au cours du VI* siécle
notre saint jouissait donc d'une célébrité assez grande pour que
l'église voisine de Carthage ait cru devoir l'inscrire sur ses fastes
à cóté d'autres saints illustres dont le culte avait été importé de
Rome. Les preuves du culte de S. Genés signalées plus haut ne
font que corroborer ce témoignage. Mais n'avons-nous pas davan-
tage ? Le mot simi accolé au nom du saint ne prouverait-il pas
qu'il est question d'un Genés distinct de celui d'Arles ? Avant de
trancher la question, il sera bon de passer en revue les mimes
honorés par l'église d'Orient.
Au sujet de Gélase (27 février), nous possédons, outre quelques
maigres notices des synaxaires, oà sa féte oscille entre le 26
etle 28 février, une courte passion conservée dans le Chronicon
paschale ; d'aprés ce document, qui date du commencement du
VII* siécle, Gelasinus ou Gelasius était comédien à Héliopolis,
ville de Libanésie. Un jour que sur la scéne il parodiait le bapté-
me, soudain il se déclare chrétien ; le peuple furieux l'entraíne hors
du théátre et le fait périr sous les pierres ; ses parents firent trans-
porter le corps du saint à Mariammé sa patrie et élevérent un
sanctuaire en son honneur. La date du martyre est fixée à l'an
(x) H. QueNTIN, Les martyrologes historiques (Paris, 1908), p. 533-41. — (2) Op.
cit., p. 40-51. — (3) La persécution de Dioclétien t. ]I* (Paris, 1908), p. 7.
264 UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME.
297 sous le cinquiéme consulat de Maximien Hercule et le deuxié-
me de Maximien Iovius. Le synaxaire, qui entre dans moins de
détails, fait mourir le saint par le glaive. Le récit du Chronicon
paschale dérive probablement d'Actes de martyrs qui avaient cours
au début du VII* siécle (r). Dans la narration elle-méme il n'y a
rien qui éveille les soupcons ; la scéne est localisée en Syrie ; le
nom méme de Gélase semble étre originaire de ce pays ; il est
vrai que l'étymologie populaire a pu y voir un nom de mime ;
c'est la seule raison qui doive nous rendre quelque peu circon-
spects.
De S. Ardalion (2), dont le 18 avril rappelle la mémoire, nous
savons peu de chose. Le synaxaire, notre unique source, rapporte
qu'un jour au théátre il contrefaisait le martyre chrétien, lorsque
tout à coup il fut touché par la gráce et se convertit.
Il nous reste à parler de Porphyre. Ce saint est mentionné deux
fois dans le synaxaire : le 15 septembre et le 4 novembre. Dans le
premier récit la scéne se passe sous Julien ; dans le second, sous
Dioclétien. A part ce détail, les deux narrations se couvrent ; on
y trouve relatée la conversion subite d'un mime au moment méme
od, par dérision, on lui administre le baptéme. Aux mémes dates,
nous retrouvons Porphyre dans le ménologede Basile: le 4 novem-
bre le récit est en substance le méme que dans le synaxaire ; mais
la notice insérée le 15 septembre s'en écarte quelque peu. Ici il
n'est plus question de baptéme. Porphyre, comédien de profession,
éclate en invectives contre Julien l'apostat, qui le fait mettre à
mort. Deux récits plus développés de la Passion de Porphyre nous
ont été conservés ; l'un, imprimé d'abord dans les Mvnyeia
&yioloyikáà de Théophile Ioannu a été reproduit dans le volume
II de novembre des Acía sanctorum ; dans les pages qui suivent
nous publions le second ; il est plus étendu et aussi plus ancien.
Nous en parlerons bientót plus à loisir.
De cerapide examen du groupe des saints mimes peut-on déga-
ger quelque conclusion ? Tous ces récits ont des airs de famille.
Partout des bouffons représentent sura scénele baptéme des
(1) K. KRuMBACHER, Byzantintsche Litteraturgeschichte ?* (München, 1897), p.
337 sq. — (2) Le nom méme d'Ardalion rappelle déjà un personnage de comé-
die ; cf. REICH, Der Mimus t. I, a (Berlin, 1903), p. 436sq. et A. SoNNY dans
Archiv für. lateinische Lexikographie, t. X (1898), p. 381.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 265
chrétiens (1) ; le personnage chargé du róle de néophyte se con-
vertit soudain, soit au contact de l'eau baptismale, soit aussitót
aprés ; tous aussi ont une vision. Genés rapporte que du ciel une
main est descendue sur lui et qu'il a vu des anges à l'aspect de
flamme. Gélase a eu dans le bain une apparition terrifiante. Dans
la Passion de Porphyre, le róle des anges est bien plus important : .
ilslui enseignent à prier; des phalanges d'esprits célestes rem-
plissent l'église. Entre la Passion de Porphyre et celle de Genés on
peut signaler d'autres points de contact : l'un et l'autre s'étaient
mis en quéte des usages et des rites des chrétiens ; dans les deux
récits, l'action de la gráce se manifeste dés avant le baptéme (2).
Les ressemblances abondent donc, on vient de le voir. Comme
la plupart des Actes que nous avons passés en revue n'ont pas
d'attaches historiques, il est tout naturel de supposer qu'ils déri-
vent d'une légende unique.
Il est certain que, durant les premiers siécles, les rites chrétiens
ont été parodiés ; à lui seul le texte classique tiré de /'Afolo-
geclicum (3) de S. Grégoire de Nazianze en est une preuve. Un
passage de 'Théodoret, non moins connu (4) prouve qu'au
V* siécle on regardait comme un fait acquis qu'un histrion
avait été touché subitement par la gráce et s'etait déclaré
chrétien ; le langage de S. Augustin dans le De baplismo (5),
(:) Ill faut laisser ici la Passion d'Ardalion, qui ne parodiait que le martyre
lui-méme. — (2) Dans la Passion de S. Genés le rédacteur (cf. MoMBniTIUS, Satic-
tuarium t. LI, p. 333) raconte qu'avant le baptéme fictif le mime est touché par la
gráce ; plus tard il met dans la bouche de son héros des paroles qui placent la
conversion à un autre moment. Il est bien invraisemblable qu'une fois converti le
saint ait continué à jouer son róle de bouffon et à tourner en dérision des rites
que désormais il regarde comme sacrés. Chez Porphyre, au contraire, l'action
de la gráce est seulement insinuée : év d) 6r ró TIveópa 1ó GYiov poevrpyret (cf.
infra, ch. a). — (3) Kai veróvapev 0éarpov kaióv, oUx dT féAoi; kal ávOpuimote,
olov ó Yevvaiórarog; Tüv dOXAntüv TTaOAoc, tpóc tác dpxyàc kal ràc éEovolac
dYwvicóuevoc, dÀÀd máoct uikpoO Toig Trovrpoic, kal érri rravróg katpoO xdi róTOU,
év dYopaic, év móToic, év eüppooüvaigc, év. TévOeoiv. "Hbnr 5é mporAOoyev kai
uéxpt Tfig oknvficg, 9 uixpoO. xai bakpüu Aévuv, kal uerà Tv doeN(eotdtuv
YeXue0a * kal oU0bév oÜTu Teprvóv TUv dkovaoudtuv xai 0caudruv, dic xpio-
Tiavóc xupuboüpevoc. (P. G.,t. XXXV, p.489). — (4) Graecarum affectionum cura-
iio, Ch. Ix : 'Axoóu 5é é(uvé Tiwwag xai rf) oknví) Euvrpagévragc, kal é£amívng
toic dYuvictaig Euvray0évrac, xai dErovikouc Yefevnuévouc, xal TUv OTepdvuv
TE€TUynkórTag, xal uerà trjv dvdppnoiv ogóbpa 6ebirrouévoug ToUc baipovas, olg
"cav ómoxeipiot tdÀat, (P. Gt. LXXXIII, pp. 1032, 1033). — (5) Solet ctiam
quaeri, utrum. approbandum sit. baptisma, quod ab co qui non accepit, accipitur, si
forte hoc. curiositate aliqua didicit quemadmodum dandum sil : et uirum nihil inter-
Sit, quo animo acciptat ille cu$ datur, cum simulatione, at. sine simulatione : si cum
simulatione, utrum fallens, sicut in. ecclesta, vel in ea quae putatur. ecclesia ; an
iocans, sicut in mimo etc. (P. L., t. XLIII, p. 242).
266 UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME.
s'il ne fournit pas une preuve directe, montre au moins que ces
récits de conversions subites n'étaient pas étrangers à sa pensée.
N'est-il pas vraisemblable qu'une conversion de ce genre se trouve
au fond de ces témoignages ? Elle a dà avoir du retentissement ;
l'imagination populaire s'en est emparée ; sous la plume d'hagio-
graphes peu scrupuleux elle est devenue une espéce de lieu commun.
Dans l'état actuel de nos connaissances, il est difficile de préciser
davantage. Toutefoissi,parmi tousles personnages quenous venons
de passer en revue, il fallait décider lequel a exercé la profession
de comédien, c'est sur S. Gélase que se porterait notre choix,
non sans quelque hésitation pourtant ; plus haut nous en avons
indiqué les raisons. A défaut de preuve positive, nous pouvons
invoquer en faveur de notre hypothése un rapprochement assez
frappant. La Passion de ce saint, nous l'avons déjà dit, trahit une
origine syrienne. Or parmi les auteurs qui ont parlé de la conver-
sion soudaine d'un mime, c'est Théodoret qui est le plus explicite.
Y aurait-il témérité à supposer que ce dernier, syrien de naissance
et écrivant en Syrie, a eu connaissance de cette méme conversion
dont nous trouvons un écho dans le Chrontcon paschale ?
Quelle que soit la valeur de ce rapprochement, puisque dés le
V* siecle on racontait des conversions de mimes, pourquoi ces
récits n'auraient-ils pas pénétré jusqu'à Rome, et, la similitude
de nom aidant (1), pourquoi un S. Genesius n'aurait-il pas hérité
de la légende d'un S. Gelasius ? Pareilles métamorphoses ne sont
pas rares ; pour n'en citer qu'un exemple, mis récemment en
lumiére (2), S. Procope, qui était clerc del'église de Scythopolis,
n'est-1l pas devenu, sous l'action de la légende, un saint militaire ?
Mais il y a moyen de préciser davantage. De trés bonne heure
nous constatons à Rome l'influence de l'hagiographie orientale.
On connaít le martyre de S. Laurent et la scéne oü, étendu sur le
gril, il crie à son bourreau : assastt unam partem, regyra aliam et
manduca. Cetrait, on l'a noté il y a quelques années (3), semble
emprunté à la Passion des martyrs Phrygiens qu'on lit dans
Socrate (III, 15) et dans Sozoméne (V, 11).Les Actes de S.Cassien
rapportent que ce saint fut martyrisé par ses propres écoliers qui
le percérent de leurs styles ; on trouve un récit analogue dans
Sozoméne (V, 1o) ; la conversion du mime ne se rattache-t.elle
pas à la méme série, et n'est-elle pas due au méme courant d'idées?
(1) Cf. B. voN pER LacE op. cit., I. T. p. x9 sq. Il suffisait du changement de
la lettre / en 5 pour aboutir à la confusion des deux noms. — (2) H. DELEHAYE,
les légendes grecques des saints militaires (Paris, 1909), p. 77 sq. — (3) Cf. Anal.
Boli., t. XIX, p. 453.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 267
On connait la fortune de cette légende à Rome. Toutefois à
Arles la Passion de S. Genés était trop connue pour qu'un récit
venu d'ailleurs la supplantát aisément. Le résultat fut qu'une
double version (r)eut cours etfit croire à l'existence de deux
saints. Dés lors le mot »n:: qui, dansle calendrier de Carthage,
accompagne Genmtis?, ne peut plus créer de difficulté ; il prouve
seulement que vers le commencement du VI: siécle la légende a
dü gagner assez de crédit à Rome, pour qu'une église voisine ait
accueilli dans ses fastes le nom de S. Genés avec l'épithéte de mime.
Résumons en quelques mots les conclusions de cette étude :
I. La mention de S. Genés de Rome dans le martyrologe hiéro-
nymien est suspecte ; il est fort probable qu'elle n'est due qu'à la
répétition du nom de S. Genés d'Arles.
2. De nombreux témoignages attestent l'existence à Rome d'un
culte rendu à S. Genés ; comme le saint d'Arles, célébre en Gaule
et en Espagne, se trouve inscrit au martyrologe hiéronymien pri-
mitif, rien ne s'oppose à ce qu'il ait été l'objet de ce culte.
3. La légende du mime importée d'Orient et qui trés probable-
ment repose sur un fond historique explique fort bien le dédouble-
ment du saint.
Il y a peu d'années la passion de S. Genés a fait l'objet d'un
travail tout différent, qu'il n'est peut-étre pasinopportun de rappe-
ler ici. Dans son ouvrage Der. Mitmius, M. Hermann Reich estime
que le récit du martyre (2) de ce saint est un précieux vestige de ce
que devaient étre les représentations des bouffons au début du IV*
siecle ; il en tire des conclusions au sujet du nombre de comédiens,
des différents actes ; dans la mise en scene du drame son imagina-
tion se donne libre carriére. Comme la valeur historique de la
Passion est trés sujette à caution, nous l'avons dit plus haut, il est
bien à craindre que les théories báties sur un fondement si fragile
ne soient pas fort consistantes. Nous l'accordons volontiers, la Pas-
sion de Genés a une saveur toute spéciale ; il se peut qu'elle
(1) Le légéndier d'aprés lequel Mombritius a publié la Passion de S. Genes le
mime localise son martyre à Arles ; c'est le cas aussi de plusieurs autres manu-
scrits (cf. BHL. 3320), p. ex. le codex r4 de la bibliothéque des Bollandistes,du Xe
siecle (cf. Anal. Boll., t. XNIV, p. 43a). On peut sedemander si, originairement,
le texte ne portait pas Arelato plutót que Romae. La chose n'a rien d'invraisem-
blable, vu qu'au moment oü la légende est accueillie à Rome, un S. Genés
y est honoré comme saint des Gaules. L'examen complet de la tradition manus-
crite pourrait seul trancher la question. — (2) Hermann REtcH, Der Mimus, t. I,
1 (Berlin, 1903), p. 87 sq.
268 UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME.
remonte à une époque oü la tradition des anciens mtn: était encore
vivante ; à ce titre, elle peut fournir d'utiles renseignements. Pour
en tirer sagement parti, ilfallait une plus grande circonspection et
une plus grande réserve que n'en a montrées M. Reich. Celui-ci
est encore beaucoup moins heureux lorsque, des quelques notices
de «imt que nous venons de rappeler et qui apparemment dépen-
dent les unes des autres, il conclut à l'immense diffusion de ces
parodies du christianisme. Dans tout le monde gréco-romain,
elles auraient été pendant longtemps un des morceaux les plus
goütés du répertoire des mimes (r).
Il nous reste à dire un mot du texte méme dela Passion de Por-
phyre, qui a été l'occasion de ce travail. Dans sa Bibltotheca graeca
Fabricius avait signalé (2) une vie de Porphyre dont l'zcifit différait
quelque peu du texte publié depuis par Théophile Ioannu. Dans le
tome II de novembre (3) des Acfa sanctorum, cette passion échappa
aux recherches du rédacteur ; certains indices du reste faisaient
soupconner une erreur chez Fabricius.Depuis lors gráce à la publi-
cation du catalogue grec du Vatican (4), la piéce a été retrouvée.
Elle vaut, semble-t-il, la peine d'étre publiée, Non pas qu'elle pré-
sente la légende sous des aspects bien nouveaux ; mais elle en donne
une forme plus ancienne. Nous avons ici la source oà le synaxa-
riste a puisé directement sa notice du 4 novembre ; la dépendance
verbale est des plus frappantes ; certains détails, obscurs dans
le résumé s'expliquent d'eux-mémes (5) lorsqu'on les rapproche du
texte complet. Il est vrai que l'abréviateur omet le miracle du boeuf
ressuscité (6) et que de cette facon son récit prend un air de vrai-
semblance qui peut donner le change ; mais chez les synaxaristes
des omissions de ce genre n'ont riend'insolite; du restedans les mots
fipei Tv kepaM|v Téuvera, puevfóáha O0aíUuara épyfacóuevogc
qui terminent la notice du 15 septembre, on peut voir uneallusion
à ce miracle. Si maintenant nous comparons à la nouvelle Passion
(1) Ibid, p. 96. Ailleurs (op. cit., pp. 87, 94) M. Reich, rappelant que, dans
certaines localités, S. Genés a été invoqué comme patron contre l'épilepsie,
suppose fort gratuitement qu'avantsa conversion le martyr a fait semblant de
ressentir les atteintes du méme mal. — (2) B:bltotheca graeca, t. X, p. 316. —
(3) Pp. 238 Fr, 229 4. — (4) Catalogus codicum hagiographicorum graecorum
bibliothecae Vaticanae (Bruxellis, 899), pp. 45. 54. — (5) Par ex., di; b1&. tjv
aüTnv alíríav, la vraie raison se comprend, lorsqu'on lit le texte complet. I] en
est de méme de l'expression obscure oí kai 5ià vegpéAng éBarrrío0ncav. — (6) Le
récit de la résurrection du bauf est fort ancien ; on retrouve le méme motif
dansla légende des SS. Pierre et Paul (Atal. Boll., t. XXI, p. 132), dans la
Passion de S.Georges (ib. t. XXVIII, pp. 256, 257) et sans doute ailleurs encore.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 269
le texte de Ioannu, reproduit dans les Acta sanctorum, on constate
que la trame du récit est identique ; au ch. r, nous retrouvons
souventles mémes mots; à la fin de ce chapitre il y a quelques paro-
les d'édification qu'on ne trouve pas dans l'original ; le ch. 2, trés
condensé, omet des détails, indiqués par les synaxaires, p. ex. le
passage oü les anges apprennent à Porphyre à prier, Dans les trois
derniers chapitres, oü il est question de la résurrection du boeuf, le
récit est abrégé également, mais sans gagner en vraisemblance.
Bref, nous nous trouvons en présence d'un fíog év guvróuuw. Il n'est
pas certain pourtant que l'abréviateur, à moins de supposer chez
lui beaucoup de négligence, ait puisé directement dans la Passion
publiée ci-dessous ; d'autres Vies paralléles ont eu cours peut-étre.
La notice du ménologe de Basile relate que le préfet de la ville
fait mettre à mort le saint ug vónra bisgaAuv; ce détail rappelle un
passage du Bíog év Guvróuu oü on lit : o0 uáYvov ce, TToppüpie, rjoeiw
àÀAà uipov;il ne se trouve pas, au moins dans des termes aussi pré-
cis, dans la recension plus longue. Notons en passant que le repro-
che de sorcellerie adressé au martyr est apparemment une allusion
au miracle du boeuf. Tout converge pour faire regarder le récit le
plus développé comme étant aussi le plus ancien : le texte publié
par les Acía sanctorum et celui des synaxaires ont chacun des
détails qui leur sont propres ; nous les trouvons à peu prés tous
dans la nouvelle Passion. C'est aussi l'impression d'ensemble qui
se dégage de la lecture du morceau.
Nous publions la Passion de Porphyre d'aprés les manuscrits 808
et 803 de la bibliothéque Vaticaue ; on en trouvera la description
détaillée dansle catalogue cité plus-haut; le codex 808 (— A) est
du XI* s. ; il est écrit sur deux colonnes et renferme le ménologe de
novembre ; la Passion de S. Porphyre, assignée au g de ce mois,
. y occupe les feuillets 100" à 104" ; le codex 803 (— B), également
écrit sur deux colonnes, est plus récent. C'est un ménologe de
novembre et décembre du XII* siécle ; aux feuillets 58" à 6r. on lit,
à la méme date, la Vie de S. Porphyre. Dans B la rédaction est
quelque peu abrégée surtout versla fin; à part cela les deux
manuscrits sont étroitement apparentés. C'est A qui est à la base
de notre téxte. Cà et là, il a fallu modifier l'orthographe et faire
disparaitre les négligences du copiste. V. D. V.
Porphvrius
mimus
Cacsareae in
theatro
270 UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME.
Maptópiov! roO óvíou xai évbóEou nuáprupog roO
XpioToO TIToppupiou ToO év Kaicapeía? Tfc
Kamrmrabokíag unaprupncavtoc.
1. Bacuebovrog ToO Tapavóuou xai dcepeorátou AUpnAiavoO ? év
Ti npeoBurépa Tuv TÓAeuv 'Puüun, rpócra[ua é£éboro okAnpóv xai 5
dTrüvOpurmov, UOTE Távrag toUg UrO Tv Baciuetav aUTOO Obelv
TOlg dkxaO0Gptotg kai ur| oUgiv Oeoig; ToO oUv GkÀnpoO xai xoe-
TOU ToUTOU bó[uaTOG ÉkmEugOévrog kai éri rà uépn Tfjg ávaroMjc,
katüvrncev xai uéxpi Kaicapetag Tfjg Karrraboktag * 60ev xai ó drT10G
Kai évóo£og póprug ToO Xpicto0 TTopqupiog rjv xai autog * éri rfj; ro
BaciMeíag AupnAiavoO ?, "Aciavóg pév TU) Yvéver àvarpageig év Tí)
'Egpeoíuv TóÀe, ék mai560ev 06 Üümfüpxev uiuog ? év tí] Oearpikij
0vuuéAQ 5 avatpageíg. ToOTov ibuv rore 'AMé£avbpóg Tig KkÓung tv
TUÜxnv Umdpxuv, kai rrputeUuuv Tfjg Kaicapéuv móAeuc TüUv Karrra-
boküv, Távu eUQuüUg TpoGOqQepónuevov Toig aüToig Oearpikoig TrO1- I5
Yvioig, Tóre mavróuuiov ?^ roO Teyvirou Aeyouévou OuXoriuvog xai
TUv Aourüv xai ràvu TepqOcig eig aUrÓv, uerüigev " autóv dr
'"Eqpécov iy Tj aüTí) Koicapeta.
2. Eyévero bé év puià TÓv fiuepubv, xeAeócavrog ToO AXeEdUBH oU,
0Catpov dyO0fvat év Tí] aUrí) Koucapéuv móÓÀer émi TO karàü TüG20
uvuGapüg aUTÜUV Tépyeig Guvépxeo0at év TU) O0edürpu «ig Oeupíav
TÀeíG Tuv ÓyAuv. Koi bf] rpokaOnuévou ToO kóunrog év ti) Oedrpu,
érerélouv Tà Tratfvia éri ToO Onuou, ug óre éumaiLovreg ' tv
&Yiav kai dypavrov pguOtTa[uYiav tüg dYiag Tpiébog tv Tiwopé-
vv eig TÓ Bámrnopga TOO XpicroD * xai O'] kxaraotnoOavreg eig 25
éauTOUG oi Tfjg aüTfüg OuutéAng ?*, dmó érmiOkÓmOu rev koi TpeG-
Burépuv, ó:akÓvuv Te kai péxypt yaXrUv ? kai ávafvuGTUÜV, Ttpoe- -
BáXlovro róv abUróv TToppüupiov Umobé£ac0ai 1Ó Bárricua TV Xpic-
TiQvVUVv * kai OxynuoaTigavreg éauTOUg karà TOV TUTOV Tfjg dYíag
ékkAoiag kaQug nbn Tapà TiOTUV XpiOTiavUV ueuaOünkóTeg Urfjp- 30
xov, éka0égtnOav perà TO moÀÀà Ééumoi£ai TÓ TUV XpiOTi4VUV puG-
Tipia, Tóre Aéyev ó. Tuv OupeMikiüv * xai oU xypiOtiavuv ériGkorog
A
3
1. — ! "A0ànoi; B. — ? Katcapia B. — * AópnAAMavoO A, B. — * xai abr.onm.
B. — 5 ufjuo; A, B (ratyvuornc DB. in marg.). — 9 0OvuéAArn A, B. — ? mavréÉ
ufjuov (it marg. inf. xó távrag uieto80ai) À, ravréuiiov B, — 5uerüknoev A, B.
2. — ! éurttécovroc B. — ? QuuéAArng A, B, — ? wav B. — *om,. B, —50v-
peAAiküv À, B.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 271
QOTe TpoOqépev oUtü ToUg uéAAovrag BamríZeg0ai* mpofaAóvteg — per ludi-
6€ TÓóv aUróv uakapuourarov Tlopüpiov, év dj 5 ró TIveüga ró brium bapti-
ápiov mpoevipret, fjverkav Obup* etra. éxbucduevog Tv tüg moÀmó- ^^ "5
. TntOG ÉéG0fra, eiorjA0ev év ri) Ubari kaOug mpoceráy0n aUTÓ xai
C maXtUdlcvoe ó ajTOg bfj0ev émíckomog TTarépa xai Yióv xai TÓ
üyiov. TIveoua, éBámmoev abróv.
8. Mri cibóreg oi dOMo: xai doepeig dyMeUacTov xai dvemmpéa- christianus
O10v ! eivai T'jv büvautv. ToO. Xpic ToO ToO TO lbiov. mpóflarov é£aprrá- fit. :
gavrog éK OróÓuarog Aükou xai dyafÓvrog eig Tv udvópav* Tig
IOQGUTOÜ XápirOG* Ékeivot pév vàp év yAeUn kai YéAutt éuraiZovreg TU)
XpiOTÀ, uGAAov bé éavtoig?, é£eréAecav Ómep rj rvóouv guvoTüpiov ,
érikalegóuevoi tfjg dfíag Tpoiáóog TO Óvoua. 'O 5é xópioc kai Oeóq
&An8Ug büpov éavtü) Tíuiov é£eMé£aro év Tf] auToO Bacieío. Barrri-
O0cic 66 ó abTóc d[wrarog TToppüpiog évebücaro Um auTUv OTo-
I5AÀv Aeuküv * kai eó0éug rjÀA0ev ém' abtóv rO TTveona rÓ G[it0v. Koi
ibou dyveXoi Kupíou éurpoc0ev aüToU * kparoOvreg Aaumábag kai — Angclis
obrug Tponpyoóvro Tj puakopiu Tloppupiu dore dmó Tüg quvrg aPParentibus
TUV d[iuv dy[éÀuv GeicO0nvar* xai Ti)v TOv: év 5€ Toig ÓxAotg rjv
oU pgikpóov 8éaua*. Ot pnév. vàp &Aepov: « Oi 8eoí eiciv oi Oceupou-
20ue€vot Güv TÀ TTopoupiu », oi 66€ &vepov órt « póvraoyuó éoarv ».
"AMlot éMevov. órU« €i? TO Bártoua Tloppuptou yeubég Óv* Touww-
Tag buvápeig €xet, TrócUu jiàM ov oi é£. OÀnc kapóiag Tpocepxónevot
Ti XpigTÓ * kai Bac ei TOv xpictiaviv '* oóTo!: kKApovópot dvabety-
0ncovra: Tüg Bacuclag Tüv oüUpavuv:» O0ev mapayxpfjua karaei-
25wavteg Tàc éauTüv ka8ébpag éppiyav éauToUg Éri TU mobUv roO
&viou TTopqupiou dà£io0vreg tfjg TotaUTQg TuXeiv xápirog Aé[ovteg
aUTi * « Abehgé TTopopupie, mpóGeu£ai kai Tepi fuv TUv ramet-
vüv iva q0áó09 kai ép fhiuàg fj ówped ToO àyiou TIveunarog. »
4. 'O bé pakdpiog TToppupiog raÜ0Ta dkoUcag kai karavufelG ! et orare
30 00x joe? mc? rrpoceU£erai* : Tóre TpoceA0Uv auTG Ó ToO Kupiou docentibus
d[Y€Aog Urébei£ev mpoOéyeiv ? Tpóg dvaroÀldg* kai TOoUTOU Ye€vopé-
vou xai TOO Octou d[yéAou Uürmoóecizauvrog aUtUÜ) 5, eüOéugc Ó paká-
piog ^ érfpev aUTOO Tüg ÓOiougG xeipag eig TO TtpoOeUEao0ai Tmtpóc
3. — ! àvenepéaorov. À, B. — ? udvbpa B. — 5 éavutoUg À, B. — * addendum
fortasse éoxnoav. — * oeio0civav A, D. — 9 rÓ. 0éaua B. — ? eig À. — * yevbf)
óvxa À, B. — ? 0e B. — !" 8Bacuei viv Baou ei B.
4. — ! raüta dx. x. kar.om, B. —* oókrjbe A, B. — ^om. B. — * tpoocótago-
0a1 B. — * rpooéxewv abtü) A, B. — * aUtóv À, x. T. 0. dT. 0T. abr. 0. B. —?Ó
pax. om. B.
ab episcopo
recipitur.
Coram prae-
side ductus
272 UNB PASSION INÉDITE DB S. PORPHYRE LE MIME.
Koópiov. EUxonévou $6 aítoO rAOev vepéà] quróg kai émeokíagev
év TÓ) Ocàrpu xai obTUG karà uikpóv rjv bpociZuv koi quiricuv*
TOUG TpoceA06vrag Tij dyíu farricpar : otriveg puric8évreg eüpé-
0ncav xai aüTOol OTOAldg Aeuküg qopoüvrec, UgTe Umó? Tfj; Xópirog .
ToU áyíou TIveóuoarog é£eA0ÓóvTeg éx TOO. O0cárpou civ toig dYiolg 5
&Y(éNoig érekareAáuBavov tiv ávíav ToO Oeo0 éxxàncíav. l'vwcTÓV
66 éyévero ToÜro Tij OeocepeoTáru érmigkómu Tíüg móAeug Kaica-
peíag xai mpocamavricag '^ rjorácaro abroUg év quijuori. éíu *
kai oUTugG cigfjA0ev Güv aUToig eig t')v ávíav ToO 0€o0 ékkAnoiav,
kai émÀAnpun ó vaóg ámró dkpac eig dkxpav áyiuv moÀÀAUv dr[Yé- rio
Auv Güv TOig qumi0ecigiv. KMvávruv bé abTÓÀv TÓà YÓvara xai
Tpoceu£auévuv éri ikavóv xai dvaoTávruv Tóvtuv, xareeigOn *!
uóvog ó émíOkoroc GUv Toig Barricecioiv.
5. 'O óé xóung, ibuv TO mopábo£ov, dmmveu0n': Tí) o6 érmab-
piov Tpoka6ícag éri roÜ Oeárpou ó xÓung éxéAeuGev mpocoy0fvat 15
aUTi TOv üYtiov TTopoüpiov. 'Ax0évrog bé abTo0 Aéyet mpóc aUTÓV
ó kóunc * « OUTug eu0€ugc éx rüv év0dbe ámnébpac, TTopgüpie ; » 'O
&(vog TToppüpiog Aépfev: « Mupé xai dvaigOnre ópyxuv, oUk éfvug
Tà kar éué vrÓvra Ye[fevnuéva ümà TOO Oeo0; Táya, tg bokü, xai:
gU fj] Guvfjkag €i kai rv dÀreiav oU O0éMei; ÓóguoAorfijcot ?. » 20
*'O xóung Aéfer* «"Efvuv, dMÀà u'jv xoi pavracíav bokü) eivat. »
"'O éqiog Tloppüpiog Aéyev: « Taóra mávra, rp1060Xie, pavraoía
Got boxkei eivai ; f| TÀv ófíuv dpréNwv xopocracía xai f| év abroiq
k«patouuév] Aaurág póvraguó Go boxet eivai ; f| mrepuriguévn ToO
Tiveóuarog bóvauig kai fj dr aüTfjg eig fjuàg pOdvouca eoepyreoía 25
oU boxe goi eivai 100. OcoÓ0 ónpioupría ; » 'O xóung Me: «^Q
Kak kepaÀ, uupóg Go box eivat xai Tpi7á0M0c ; » 'O d[0G
Tloppópiog cimev: « Naí, xai mg Yvàp oUk el uupóc koi TQiGó-
OMog; ibé yàp ég' olg oégn': t&v bé Go1 Mu, kÓung el bíkatog el ?
Kpirfg, KéAeucgov mapacTüvar ToUg iepeig tUv Oeiv xai TpoOtuEd- 30
uevoi Touw]GáruGav Onuciov iva lou xai TiOTeUOU ^ dunxavov Tóp
uoí écnrwv ur] ibóvra auTÀv Onueiov mi0Te0Ga! * eic abTOUG..... ? kai
áro0aveiv. » Kai éxéAeuGev Óó kóung ToOTOo vevéoO0o:
6. Tlapactávruv 66 abTi) tUv iepéuv roO re AróMuvog xai ToO
— 8 exspectes bpoaizouga x. qutiZoucd — ? ànà B. — !" tpóc ómavtijcac A, B.
— 1! xareA oen B. |
b. — ! éotüc év awmf) évvec add. A, B. — ? ópoA. o0 064. B, — 5 €( A, B. —
4 tva (bu xai moreucat À. — 5 aliquid deesse videtur.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 275
Kpóvou, oU unv bé dÀÀà xoi dÀÀuv Ótakocíuv iepéuv Gcuvay0évruv
Mei aUrOig Óó Kkóung* « "^O AMéfu byiv, mouw]gcare év Táyet * TrpoO-
eu£áuevoi émibe(£are anueiov tva ibuv ó Tloppüpiog ro0To, Ov é[U)
kaküg fjfaYvov évra00a, migTEUO!: TOig LeyiOroig Ocoig. » Tóre oi
giepeig rfjg druAÀetíag pépougi Tra0pov, kai OT/OavTeg aUtóv pgégcov
TOO Oedrpou, Aépouci tU) dyíuw TTopqupiw * « TTopoüpie, éàv. ToO-
TOV ! 0avatujguuev TÓv Ta0pov xai ràMv LZuomom]cupjev, TiOTEUEIG
TOlg 0coig; » 'O dioc; Tloppüpiog etmev: « Noí ?*, küv ur]. 06Àu
TiGTeUU. » Tóre oi dOXioi iepeig araO0€vreg eig rà be£ià pépn ToO
IoTaUpou iHp£avro qOé[[eo00i eig 10 oUg auTOÜ * kai rrapaxphjua Tre-
OUv Óó tTa0pocg drméOavev. Kai ékpa£av? quvüi pge[póÀg Aé[ovreg *
« Mé[ag et, d) * 'ArtóAÀu, kai rávreg oi Aorroi 0eoí. » 'O 5é kóung
Aévev* « Té éomTtv, TTopoüpie, moteUeig f) guvrónuug órogatvonat
katü C00 ; » 'O d[tog Tloppüpiog eirev: « Xü. abróg dkr]koag rap
I5 aUTUV Ott OavaruGogev * róv taüpov xai mráhv Cuoroicouev. 'Eàv
oUv LuomowjugGiv 5 aürÓv kaOugc «imov, mi70TeUU kd[u. » Tóre
fp£avro ràMv oi utapoU» tepeig ? rpogeuxeo0at àmó üpag Tpitng
€ugc dag évvàtng * kai dvaotnoatr aótTÓv oUk loxyucav. louv 6é Ó
dY10G TTopgupiog óTt amopoÜOciv oi lepetg ToO ér[eipar TÓv TaUpov,
20Mépfe& Tj ÓyNw: « Tí évi, * prj ioyóe '* m. 'AnóMàuv !! ; oUkérmi
"Apnc, oükétt Kpóvoc, oükért "ArólAuv, oükéri yàp GÀnOug ioyUet
Tt Tà GeBáopara uv: Xpigto0 Tàp qavévrog tà elóuAa Ttüvta
Kugà xai xevà '* uévougiv dua Tüv Éém auroig rmermoidóruv. » Tóre
Aéfouciv oi iepeig rg amuAeiag* « Hueig dmekretvauev, oU Zuo-
25T:00í]70v : kai éàv roOro vévnran mi0TEeUOUev " xoi fjuetg Ti) Oed)
00v. »
7. "Hpeoev 56€ ó Aóyog obUTog TÀ Te brjuuw xoi rÓ ' kóuntt.. Tóre
OTác ó á[ivog; Tfoppüpiog dvrikpug xarà àvaroÀàg xaOdug kxoai*
ébibayOn ümO ToO d[yéhou kai émópag ràg óoiag aüUToÜ0 yxcipag,
gonÜEaro Tijv eUyrv raUTRY kai eürev * « "Q? Ocóc ó uéfac xai aiveróc,
Óó TUV kpugiuv vYvuOTng kai Tüv dónÀuv éE£eraoTüg, Ov oUócig
eibev dvOpuuruv oüUbé ibeiv buvarai, ó bid GmÀd[yva éAéoug xoi
dYaO0óTnrOoG kapé TOV TarmeivOvV kai droMuuevov yur| drooTpaqgeíic,
6. — ! éav 100 B. — ? om. B. — 5 éx«pav B. —* 6 A, om. B. — 5 0avardiou-
uev. A, B. — * ávatuomoiwjouoiw B. — 7? oi ptepetg A, ol unepeig B, — 5860' A.
— 9 «(evi Á.. — !'? loyün A, B. — !!^AmtUMAuv B. — !'* fortasse legendum est
éveà. — !* miOTeUU) uév À, moreóouuev B.
7. —1«0 A, B. —? on B, — 56 A, B (cóxyn A in marg.).
ANN. BOLL. XXIX. 18
bovem a sa-
cerdotibus
occisum
suis precibus
ad vitam re-
vocat.
Postquam
eius iussu
idolorum si-
mulacra cor-
ruerant,
274 UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME.
GAÀ oikreípac xai émigTpéyag eig rv aidviov Zurjv, éripavov Tfj
(pao TraUTQ TU Te b/uu ToUTU xai TU) xóunr, koi oóei£ov év T)
dAóvu ToUTU LZüu Tiv TUV vekpuv dvafíuoai, Óórt rtávra bUvacat,
óénT0Ta, ^ dbuvarei 6€ Got o0bév. Xoi? yàp uóvu* mpére fj* oó£a
xai TÓ xpároc, Yié roO Oco0, àua rU TTarpi cou xoi TÀ ari TIveU- 5
uar eig ToUg aiivac, durlv. » Koi raüra eimuv ó áyiog Tloppupioc,
émigTpageig éri Tóv ra0pov Aépet* * « Xoi? AMép[u év óvópari ToO
TTarpóg xoi ToO YioO xai roO dyíou TTveoparog, Ov dbikug dréx-
Telvav oi &vopot íepeic, épeipe Cuv kai dM ÓLevog, iva Yvugiv. ürrav-
T€G oi Trepi rTÓv dopxovra xai TrOÓv bfjuov, Óri oUK éOTIv Ocóg ÉTepoc ro
TÀv ToO Oeco0 fuuüv.» Kai rapaxpfjua mrépOn ó Ta0poc év Óvó-
uari Kupiou xai fjpEaro meprrareiv koi uukàcO0ot, Zntüv TO iotov
óuóCu[yov kai oUTuG é£5]À0ev Ó ra0pog dró ToO Oedtrpou? Éumpooc-
0ev TtávTuV.
8. Tóre &Nofev! móvrag qópog xai éxOraGig xoi ébóEagav TÓV 15
Oeóv. 'O 566 xóung oUb' óXug Guvfjkev: dÀÀà xkerquOeig TOv voüv
ünó roO Garavà biCuewwev dricTog: 00ev! mepuraroOvrog ToO d[íou
Tloppupíou év rüj Ocárpu év Toig émiepopévoig rtpooknvíoig? eibev
dYáNMuata TOÀÀÓ éGTU Ta: ÉéV Olg ']V kai Óó 'AnóMAuv xai? ék óe£wv
uév aUTOU Umnpxev* ó 'AaokAnmióg, é£ eüuvüuuv 8€ f| "Apreuig Kkoi2o
'Appobirp*. Aépe oüv ó d[i0g Tloppüpiog TU. dróGÀXuati* « Xoi
Aé(u, Ai0e duuxe, TéXv davOpurmuv xaragkevagjuéve, oiknTnpiov
óouióvuv, dmuüÀeia yuxyüv, kugóv kai? dÀalov, év óvóuam To0
Tlarpóg xai roO YioO xai ToO dyíou TIveuuaroc, éA0é ér Óyiv érii Tf]
(fig dpa TUv Aouüv dpaÀudtuv.» Kaleu0éuc dua aUro0 éÉm€Gov 25
6Àa rà dYóXuara ém Oyeoiwy éri ToO ébagoug. Kai Tevóuevog wógog
ué[ag, éAerrrüvOncav ümavra kai éfévovro uUGei* wyápgupuog Aerer. "EE
Qv fj kepaM| uóvi roO AróMuvog xaréAoBev TOv io10v" íepéa
Kai TeOU)vV émi Tv xoniav aüTOO OicOgkoprmíc0n mávra aUTOÜ TÀ
ép[kara xai Tà uéÀAn. Tóre &áqavaktrjcag ó kóung Távu eóOéug drregr- 3o
vato xarà TOU dyiou tl Od" £ipoug Tiuupíiav.
9. Aoguv oóé Tüv TotaUTüqv Gmógpaciwv ó. apio; Tlfoppuptog xai
xyapàüg TmOMMjg koi eUqpocuUvng mÀno0eig uereméuyaro Tapayxpfjua
TOV Ógiov kai O0coceBéotarov émiokomov Koicapetag, dOTE Kotvu-
vica! aóTóv TOÜ dypávrou cupgarog kai roO riuiou aluarog 'Ingo0 35
— 5 om. B. — * gà A, B. — $Aé(u B. — ? G0 A, B. — * dm. v. Ocar. ó raóp. B.
8. — ! (&Aapev... 60ev) om. B. — ? npickivoig A, B, — 5 om. B, — * ab. Um. om.
B, — *^Agpobíitng A, B. — 5dof] A, B. — ? om. B. —*61ià ToO. A.
UNE PASSION INÉDITE DE S. PORPHYRE LE MIME. 275
XpicTOoO TOO kupiou fiv xai oUtUG O1id TOO £ípoug TeAeuwOf|vai.
Tóre éA0Uv év omovubíj ó óciog éríOkoroc xai tjv Ocíav xai dypav- ab episcopo
tov aUT() koiwuvíav rapacyóuevog épn mpóg aüróv: « Maxáópiog lccreatus,
ei, Tékvoy Tlopoüpie, dàn8Ug dopnkróg Gou fj míctig, eUcef|g Ó
5Ao[pi10uóg Kai TéAevro; Ó OTÉépavog, fj óvrug Topqoupa Tfjg rriOTEUG,
^ nrérpa fj dGdAeutog tfjg ékkAncíag, Óó eUbi0g Murlv TUV yxeiuaco-
uévuv* rapakaAu) bé Ge tva, órav uéAÀng mapaoTfjvoi Xpic TU), rtpeo-
Beuong kai bmép éuoO0 ToO éAayiGrou xai TareivoO '. » Kai ra0Ta
eimóvrog ToU érmiOkÓTOvU, dOrracáduevor dÀhihÀoug év quijuam diu
Iokai bakpügavre; égp' ikavóv drexupicO0ncav àm' dÀÀiÀuv. Tóre ó
áf1'og uàpruc TOO Xpicto0 Tfopgüpiog ékreivag Tàg xeipag xai éri
TOÀU TtpoOcuEOjievog kai éautóv ka0' óAou toÜ0 OUaTOoG KkaraOqQpa- capite plecti-
YíOag, éreleuu0n bià Tg ToU £Eípoug Tuuuwpíag unvi voeupptu 9' évy tur.
TÀ Óvóuari TOU kupíou Auuv 'IngoO XpicToO, i» f| 5ó£a xai TÓ xpá-
I5 TOG VÜV kai dei kai eig ToU * aiuvag TUV aiuvuv, áunv?.
9. — ! ram. kal éAax. B. — ? vobc áreAeutr|rag B. — 5 om. A.
LES ACTES DE S. BARBARUS.
S. Barbarus est en. grande vénératton dans les pays balkantques. Il
comple, comme S. Démétrius, parmi les saints myroblytes, et le patriar-
che Calliste, écrivant en 1355. au clergé de Trnovo, constate chez les
Bulgares l'abus de remplacer dans les cérémontes du baptéme le saint
chréme par le baume que distillent les reliques du grand martyr. Démé-
irius ou de S. Barbarus (1).
Ce n'est pas un mince indice de popularité d'étre mis, pour ainsi dire,
au méme vang que le patron de Thessalontque, dont la renommée esl
devenue universelle, ei 1l convient de se demander ce qui a valu, à un
saint que nous ne connaissons guére, une pareille célébrité.
Qui était S. Barbarus ? Quand vécut-il ? Oui se trouvait son tombeau ?
Avouons sans délours que notre information. actuelle ne semble pas
nous permettre de trouver à ces questions essentielles une solution défint-
live. La plupart des données sont d'un vague désespérant et. celles qui
semblent d'une précision absolue, présentent entre elles des contradictions
inquiétantes. Sauf la. diffuston du. culte en. Occident, le cas de S. Bar-
barus rappelle celui de son homonyme féminin Barbara, que personne ne
peut se flatter. d'avoir résolu. Avant. d'exposer l'état de la cause, il nous
faut verser au. dossier une piéce qui a été négligée jusqu'ici. C'est la
Passion de S. Barbarus dont nous publions plus loin le texte grec el la
vieille traduction latine.
Nous prenons le texte grec dans un manuscrit de la fin du IX* siécle,
le 1470 de la bibliothéque Nationale de Parts (2). Le Maptópiov. 100
&víou Travevbó£ou uáprupoc roO XpicToO Bapfápou (fol. 25-28") n'a
fas encore lenté la curiosité des critiques, et on le comprend sans peine.
Il suffit d'en lire quelques lignes pour apprécier la qualité de cette hagto-
graphie ; on n'aborde ce genre de lexles que forcé par le devoir ou les
(1) MrkLosicH-MüLLER, Acta et diplomata graeca, t. I, p. 441. — (2) Catal. Gf.
Paris., p. 148. |
LES ACTES DE S. BARBARUS. 277
nécessilés du mélter. Nous le donnons au lecteur. sans nous meltire en
frais de conjectures. Les grosses fautes du manuscrit seront corrigées, et
l'orthographe retouchée selon les régles usuelles.
Voict, en. peu de mots, l' histoire de S. Barbarus d'aprés notre docu-
ment.
L'empereur Tulien, aprés avoir lancé un édit conire les chréitens, s'en
va fatre la guerre aux. Francs. Il y avait dans son armée un. soldat
chrétien fort distingué, nommé Barbarus. L'armée ennemte ayant pro-
posé de terminer le différend par un combat singulier, Barbarus est chargé
de représenter l'armée romaine. Avec l'aide de Dieu, 1l tue son adver-
satre, el les Francs se retient. Barbarus alors est invité à sacrtfier aux
tdoles ; 1l refuse, et reconnait avotr requ le baptéme des masus de l'évéque
Cyriaque.
Alors commence la sérte des supplices. On lut racle le venire jusqu'à ce
que les entrailles s'échappent. Mats l'ange Gabriel arrive el les remet en
place. A cette vue, Bacchus, le général, et deux soldats, Callimaque et
Denys, se convertissent ; Tulien les fait décapiter.
Le lendemain, Tulien essaie inutilement de gagner. Barbarus par des
promesses. Il fait amener une roue armée, que l'on chauffe et sur laquelle
Barbarus est. jeté et arrosé d'huile bouillante. Le martyr. adresse unc
prire à Dieu, et le feu dévore deux mille idolátres. Recondutt en prison,
Barbarus y est visité par le. Christ. S ulien. le fait alors préciptter dans
une fournaise ; 1l en sort satin et sauf. On l'accuse de magie et on le met
aux prises avec des serpents, qui vont lut lécher les pieds.
"Julien imagine de le faire jeter dans un beuf d'airain rougi au feu.
Dés que le marty? y est entré, le feu. s'éteint et le beuf se met à marcher.
Enfin, Barbarus est condamné à avotr la téte tranchée. Il fast une longue
priére, une. voix du ciel lui répond, et la sentence est exécutée. L'évéque
Phénix réclame le corps et l'enscvelit év. móhev Aegonévy Mo0ó6v. Cela
se passait le 8 mai.
. On éprouve quelque rébugnance à. s'engager dans l'étude. d'un pareil
document ; ce serait. évidemment perdre son temps que. de chercher à en
déterminer. minutieusemeut les. sources, Sauf les dernitéres phrases, qui
n'ont avec l'ensemble qu'un lien artificiel, et sur lesquelles nous aurons à
revenir, la Passton de Barbarus, ou tout. élément historique. fait. évi-
demment défaut, (x) m'a pas méme le mérite des ceuvres d'imagtnation
du genre le plus modeste. C'est. une compilation dont. toutes les parttes
(1) Sur le choix de Julien comme persécuteur, voir Act. SS., Maii t. III, p. 286.
278 LES ACTES DE S. BARBARUS.
soni empruntées à des lexles hagtographiques populaires dans le goát
des Passions de S. Georges, de S. Théodore ei des autres satnts amili-
laires. En la parcourant, on. se souvtent. d'avotr renconiré ailleurs non
seulement les traits les plus sailants, mais jusqu'aux phrases elles-mémes.
Quelques exemples pour préctser.
D'abord, l'édit du persécuteur. Les hagiographes en imagtnent volon-
tiers le texte. Voir les Actes de S. Procope, de S. Mercure el plusteurs
autres (1). Le duel. que dott terminer la guerre semble une réminiscence
du combat de Nestor avec le gladiateur Lyaeus dans les Actes de S.
Déméirius. Puts vient le lieu commun des supplices inefficaces, soil que
le martyr n'en sente pas les atieintes, soit qu'un miracle guérisse presque
aussttót ses blessures. On n'a qu'à se rappeler les Áctes de S. Théodore, de
S. Georges, de S. Procope, de S'* Catherine. Les divers genres de sup-
plices sont aussi des emprunts. Ainsi, la roue est assez connue par l'his-
lotre de S. Georges et par celle de S'* Catherine ; le beuf d'airain de
Phalaris se retrouve dans les Actes de S. Georges, de S. Antipas, de
S'* Pélagte de Tarse, de S. Eustache, de S. Héltodore ; mats l'hagto-
graphe a su dépasser ses modéles en. imaginant de. mettre le boeuf en
mouvement. |
L'accusation de magie est des plus communes ; S. Georges et S. Mer-
cure, pour ne citer que ceux-là, en. sont l'objet. Non moins fréquente. est
la vision du martyr, à qui le Chrisli se fatt voir dans la prison, comme
on le raconte daus les Actes de S. Georges, de S. Théodore, de S. Pro-
cope. Ajoutons encore les converstons en masse provoquées par le spectacle
de la constance du martyr. el par ses sniracles, et l'épisode oii est racontée
en délail la conversion de deux ou trois notables, sutvte de leur martyre.
C'est ainsi que le groupe Bacchus, Callimaque et. Denys a. son pendant
les Actes de S. Georges, de S. Procope, de S. Théodore. Enfin, la pricre
du maytyr au moment du dernier combat et la votx céleste qut luv répond
soni une véminiscence d'autres Actes. Ces traits. sont étroitement
apparentés à l'ébisode final de la Passton de S. Georges, dans certaius
manuscrits. La réminiscence biblique "loxve xai àvópiZovu a passé du
Martyrium Polycarpi dass un grand nombre de Passions. Te n'ai
rien dit de bien d'autres emprunts aoins saillanis.
S? l'on veut, aprés cela, se rendre compte de ce qui reste comme élément
Jrimitif et original de la Passion de S. Barbarus, on sera suffisamment
(1x) Nous renvoyons une fois pour toutes à notre recueil Les saints militasres,
(Paris, 1909), oü l'on trouvera soit l'analyse soit le texte des Passions des SS.
Georges, Théodore, Procope, Mercure ct Démétrius,
LES ACTES DE S. BARBARUS. 279
édifié sur la valeur historique de la piéce, et personne, croyons-nous, nec
sera tenté de chercher le noyau historique qui se dissimule sous la rhéto-
rique de l'hagtographe. Barbarus est le nom d'un saint vénéré à Méthone
oti l'on croyait. posséder som. corps. Voilà, je pense, tout ce que l'on. peut
relirer de la lecture des Áctes.
On n'apprendva rten de plus dans la Passion latine que nous publions en
méme temps d'aprés le manuscrit de la bibliothéque Saint-Marc de Ventse
3560, fol. 232»-296", écriture du XIIF' siócle (x). C'est une traductton
de la piéce grecque, fatte sur un manuscrit qui s'écarte légérement de
celui de Paris. La date de la mort est ict le 14 mat. La Passion grecque
de S. Barbarus aura. été apportée de Méthone à Venise, en méme temps
que le corps du saint, que l'on prélend garder. dans l'église de Satnt-
Laurent (2), et. traduite aussitót. Il est assez étrange que le traducteur
ne fasse aucune allusion à la. translation des reltques ; mats je dois dire
que la date de cet événement nous est. inconnue (3). La notice de Pterre
de Natalibus sur S. Barbarus est un résumé de la traductton latine (4).
D'aprés noire hagtographe anonyme, Barbarus est un. martyr de la
persécutton de T ulien. Toute autre est la version de Constantin Acropo-
lite, auteur. du commencement du. XIV, siócle, qui. nous a. laissé un
Aóvog eig 1tóv Gy10v Bóápfapov (s). D'abord, nous somwnes ramenés
aux lemfs de Michel II le Dégue (820-829). Les Arabes infestent la
ser lIonienne et altaquent les villes de la cóte. Ils s'emparent de Nicopo-
lis, et de là se dirigent sur. Ambrakia. Là s'arrétérent. leurs succes.
L'armée arabe fut. détruite prés de Dragamest. Barbarus, qut servait
dans celte armée, ful du petit. nombre de. ceux qui parvinrent à se. sau-
ver. Voici ce que le panégyriste sail sur l'origine de son héros : "Hv u£v
ék Bapfóápuv, ug n repi aütoO qnoiv ioTopla kai fj ue0' dv Gvyrxa-
TüAewKTO OTpatià uaptupei, ug óé Aófog oipei kai móAÀeug oUtu
rapuvopacuévng meptrou rà Tiv "Agpuv Ópia. TuYXxavobOng (6). On
ne peut s'empécher de trouver que. c'est beaucoup de coincidences. Le
saint s'appelatt. Barbarus, 11. était. barbare, 4l servait. dans l'armée des
(1) A. M. ZanETTI, Latina et italica D. Marci bibltotheca. codicum manuscripto-
rum, p. 149. — (2) Flaminius ConNELiUs, Ecclesiae Venetae, t. XI (Venetiis, 1749),
p.74. — (3) Act. SS., Maii t. VII, p. 770. — (4) Lib. V, c. 170. Les legons
du second nocturne de l'office de S. Barbarus tel qu'on le récitait à Venise résu-
ment également la piéce. Fl. CoRNELIUS, t. c., p. 75-76.— (5) BHG1. 220.— (6) A.
PaPADOPOULOS-KERAMEUS, 'AvdAekra iepoooAuptrikfjg üoraxuoAovíag, t. I, p. 410.
280 LES ACTES DE S. BARBARUS.
barbares, il. était originaire d'une ville d' Afrique nommée Barbara.
Mais laissons cela, et sutvons le récit.
Barbarus échappé au désastre de l'armée arabe, se fait voleur de grand
chemin. Il arrive dans une. localité appelée Nysa (NoG00), oti 1l y avait
une église de S. Georges desservie par un prétre nommé "fean, de Nico-
polis. Le brigaud attend le prétre. à la porte de l'église ; mats durant
l'office divin, une vision a transformé son áme ; 11 demande d'etre
instruit, recott le baptéme et se soumet à la pénttence. Le prétre lut met
des fers aux mains el aux pieds, et au cou une chaine reliée aux maius,
qut le force à baisser la téte : nebeitai xyeipag dua xai rÓbac Baputó-
TOi; ÓTi xAoroig, kai é£Zoprürai ToUTU TOÜ TpaxühÀou Oeipà Tüv
x«epaM|v GuYkarakAivouca Toig xepoí (1).
Alors Barbarus se retire dans la montagne, oti il vtt, exbosé à toutes
les rigueurs de la température, avec les animaux sauvages el ne. se nour-
rissant que d' herbes. |
. lise ltvrait. depuis trois ans à. ces austérités, lorsque des chasseurs,
venus de Nticopolis, trompés par la demi-obscurité, lut/ envotent. leurs
fléches croyant vtser un fauve. Mortellement blessé, il demande qu'on aille
lui chercher le prétre Jean. Celui-ci arrive. trop tard. On se met en
devotr de transporler le corbs à Nicopolis ; mais subitement il se. dérobe
dans. le sein de la terre. On báttt à. cet endroit. une. chapelle, qui. fut
agrandtie et. embellie plus tard. Du sol s'échappe en sources abondantes
le baume miraculeux qui guérit. toutes les maladies. Boolovtai 600v
Tapà T'|v mÀnciarTépav TUV TÓAeuv dya[eiv — f NikómoNlig aut
y€ v — dg àv ór| rnoarev. puév aUTÓv Ug eikÓc, koouricarev 6€
xai Tv rÓMv oUy fixi gta. * dÀX. &Aao0ev abroUG ékpu[qUv, vfjc uuxolq
évarokpuBeig kai ug 'Evux tig àÀAog perareOeíc * iva br] kai veug
TÓTE uéV TrpOóg aUtOV OxeoidZerat dvoikoboyuetrat b'eig aUOic TtoÀv-
TeAéO tepov kai Aaumpótepov. Tó bé ueicov, xai uüpov TÓ dm ékeivou
TOv Tfjg vic Aayóvuv bayiA Og dvabíborat koi váei rroraunbóv * TÓ €
uéyiO tov kai O0avpactuüTepov, xai idoeig rravtoiuv ékreAel voonudtuv
xpióuevov fj órucoóüv ueralaufBavónuevov. (2). Constantin. Acropolite
raconle en terminant la guérison. d'un de ses enfants par l'application
du baume de S. Barbarus.
Il faut. rapprocher du. panégyrique de Constantin. Acropolite la Vie
bulgare de S. Barbarus publiée en 1898 par A. T. Tactmirsktj, dont
(1) T. c., p. 414. — (2) T. c., p. 418.
LES ACTES DE S. BARBARUS. 281
nous dirons quelques mots d'aprés l'analyse détaillée qu'en. a. donnée
M. K. Radécenko (x). Elle a pour auteur un certain Cyprien, qui la tra-
diisit du grec ou simplement se servit d'un original grec qu'il arrangea
à sa facon. Le gros de V histoire ne. différe point du récit de Constantin.
Seulement, l'additton de nouveaux épisodes el des velouches motables à
toutes les parties de la narration ont. légérement modifié la physionomte
du saint ; l'éditeur de la légende bulgare a trouvé les divergences assez
marquées pour ne pas hésiter à distinguer ce. Barbarus de celut du pané-
gyrisie grec.
Barbarus. celte fois, est un égyptien qui, ayant perdu ses parents à
l'áge de vingt ans, se Joint à une bande de pirates. Dans une expéditton
aux environs de Durazzo, le navire qui les portait. fait naufrage ; Bar-
barus, qut étatt chrétien, ayant seul échappé au. désastre, se retire dans
wn endroit désert pour fare pénitence. Une année aprés, 1l est découvert
pav un chasseur. Il va se cacher ailleurs, pendant irots ans ; décóuvert
de nouveau, 1l se fait recevoir dans un monastére. Il finit par quitter ce
couvent el se rend à Pelagonta. Arrivé dans un village, 1l s'arréte dans
le vestibule de l'église. Le prétre l'engage à se reposer ; mats Barbarus
demande à faire péntlence. Le prétre lui. fait mettre les fers, et donner
lous les jours un peu de pain el d'eau. Barbarus méne. cette vie durant
19 ans, au bout desquels, le prélre étant mors, 1l se retire dans la
montagne. Un jour, on le trouve percé d'une fléche par un chasseur ; de la
plaie découle un baume antraculeux. Les habitants du village votstn vont
par mer chercher le saint corps. La nuit élant tombée, tls s'arrétent à
quelque distance du village, et le corps est déposé dans le lit desséché d'un
ruisseau ; le lendemain on. remarque que le baume coule vers la mer.
On essate en vain de ramener le corps. Alors on fait chercher l'archevé-
que de Pelagonta, Thomas, qui résidatt à Achrida. Cependant, des
Égybtiens étaient arrivés, qui réclamaient les reliques de leur. compa-
Iriote. On convient de s'en rapporter au satnt lui-méme, et tout le monde
fléchtt le genou. Or, durant la pricre, les deux. vives du ruisseau se
rejoig nent et recouvrent les. Yeliques, tandis que le baume continue à
couler vers la mer. Une église et un. tonastére sont bátis au lteu oii s'est
accompli le prodige.
On a reconnu les tratts principaux de la précédente lérende. Barbarus
a d'abord vécu de rapines ; il se fait charger de chaines et se soumet à
(1) Einige Bemerkungen zur ncugefundenen Abschrift des Lebens des heil. Barbar
in bulgarischer Uebersctzung, ARcHIV FÜR SLAVISCHE PuiLoLoaiE, t. XXII (1900),
P. 575794-
282 LES ACTES DE S. BARBARUS.
une rude pénitence, jusqu'à ce qu'il. sott tué par un chasseur ; son corps
disparait miraculeusement. Mais toute attache chronologique fait défaut
— ilya lieu de croire que l'archevéque Thomas n'est qu'um figurant —
el le milieu géographique est modifié. Nous sommes transportés des envi-
rons de Nicopolis à Durazzo et au pays d' Áchrida.
Une autre version de U'histotre de S. Barbarus nous est fournte par un
de ces. petits livres populatres de la classe des àkoXov0ion, genre cultivé
par les hagiographes de. quatriéme ordre et justement suspect aux histo-
riens. L'àkolouOía ToO ócíou mrarpóc fhudv BapBápou toO TTevra-
rOoÀlTOou waÀAouévg Tí) :€' roO gaíou unvóg, publiée à Venise en
1734 (1), et réimprimée en. 1886 à. Corfou (2), contient un assez long
synaxatre (3), dont la source est tndiquée : 1Ta010 € návra éfpáqnoav
kdi égcuvtáyOncav Tapà TOO mavociutTóTOU kai Ào[iwTóTOu kupíou
Mar0atou f"ouuévou T€ kai TmveupgarikoU. TOU aUTOU dYfiou Bap-
Bápou, ék Tfg oceBaouiag povfjg ToO dr[iou évóó£ou pefalouóp-
tupoc leupyíiou, év Trà Kopvavia (4). Le motne Matthieu, dont il
esi d ailleurs question dans le récit, ne serait pas seulement un contempo-
rain, mais le prc spirituel de S. Barbarus.
Le satnt est originaire. de la Pentafole. Il est. réduit en. esclavage
&rÓ TOoUG urapmapégouc ; aprés vingt quatve ans, 1l réussit à Yecouvrer
la liberté, mais. c'est pour. s'enfoncer datus la solitude, gardant au cou
une longue chaine et des entraves au. pied. droit. Il. s'établit. prós d'un
endroit nomimé Tpüquvy. Un jour 1l est remarqué par un chasseur (5),
puts visité par deux prétres ean et. Démétrius, qui essatent en vatn de le
faire renoncer à ses liens, devenus des instruments de pénttence. Il con-
Linue son genre de vie dix-huit ans durant. Parmi le trés petit nombre de
personnes qui. connaissatent sa retraite, il y avait le moine Matthieu,
ék tfjg oeBaouíag uovrg ToO dyiou kai évóó£Zou pgeralopáprupog
[eupy[tou ToO Tpomatopópou xalouuévng Tlóprag. Use vtston lut
apprend un jour que Darbarus n'est plus : c'était le 28 jutn. On lut. fit
des funérailles solennelles, et on l'enterra au lieu dil. Tpóquiv, avec sa
chaine.
(1) Voir Syntax. Eccl. CP., p. xor3. — (2) 'AkoAou8í(a xai Bloc ToO óclou rrarpóc
' fiuàüv BapBdpou ToO revramoAirou ya opnévr tfj w' uatou, vóv TÓ beUTepov
ékbibouévrn uerà Tfjg eikóvog ToO áviou OmO "ludvvou "AAe£dkn. "Ev Kepkopq,
1886. — (3) P. 13-24 dc l'édition de Corfou. Le Mévag Xvva£apiotl]c, mai, p.
297-303, le reproduit, en meilleur style, d'aprésl'édition de Venise. — (4) 'Axo-
AouB8ia, p. 24. — (5) L'édition de 1886 porte évag morixóc ; le ué(ag Xuvata-
pic trc, dit, probablement d'aprés l'édition originale, évag kuvnY(óg.
LES ACTES DE S. BARBARUS. 283
Les principaux traits des légendes précédentes se dessinent encore. La
Pentafpole, patrie de S. Barbarus, accentue l'origine égyptienne. S'il n'a
plus à expier. de grands crimes, 1l porte toujours des chaines ; le chas-
seur el. les prétres vappellent ceux que nous connaissons déjà. La topo-
graphie du récit nous rapproche de nouveau de Nicopolis. Bonitza,
Prebetza, lieux principaux de la scéne sont bten connus, et le 1ómoq
xaloUuevoc Nnoí dott étre la Nóaa de Constantin Acropolite. Il y a
éealement de part el d'autre une église ou monastére de S. Georges. En
revanche, il est absolument vmpossible de mettre d'accord la chronologte
de Constantin avec celle de l'acolouthie. | Celle-ci est. d'une. précision
absolue et fait commencer lU histoire proprement dile exactement en 1544.
On ne peut s'empécher de nourrir. quelque défiance à l'égard du moine
Matthieu, l'auteur présumé de la. velation qui a fourni au. rédacteur de
l'acolouthie la 1matiére de son récit. 1l se dit pére spirituel de Barbarus,
el raconte de lui une histoire qui avait déjà cours sur un homonyme au
moins deux siócles plus tót.. Matthieu nous a tout l'air d'étre un confrére
de Pasicrate et d' Augarus, les prétendus compagnons et. secrélatres de
S. Georges et de S. Théodore.
A la fin du récit. 1l est. question d'une translation des reliques de
S. Barbarus à Rome : bà mpoGtTa[fj; ToO TÓTe Tmümma 'Puung,
éuerapépOn ró áy10v Aeíiyavov eig aütrv Tv peyolómohv "Puüyunv,
TO óÓmoiov BóÀAer abTO eig éva povacThpiov (1). Biem entendu,
aucune source digne de foi ne confirme ce renseignement, qut n'esl
peut-étre qu'une véminiscence de la translation de S. Barbarus à Venise.
Quoi qu'il en. soit, l'hagiographe raconte que le navire qui portait les
reliques fit escale dans un port de l'ile de Corfou, nommé Potamos ; le
capitaine les débarqua méme, pour deux jours, afin de permeltre aux habt-
lants de satisfaire leur. dévotton et au saint. d'opérer plusweurs miracies.
On bátit une église en mémoire de. l'événement, et une. féte fut. tnstituée
pour en rappeler la date, c'est-à-dire le 15 du mots de mai (2). La chaine
du satnt fut laissée à Tpóquv. Mais en. 1688, elle disparul également :
y»xuaAdiricav oi ToOpkor rà zepóuepa xai TO xuptov Karoóva xoi
"AMeupd, kai àkóun kai ro xuptov TpUquv kai... éxyóáOrj kai fj ààucoc
dTÓ TOV TÓTOOV Tn 7.
(1i) Mépfac XvvatapiotTüc, t. c., p. 303. — (2) L'auteur de la nouvelle édition
de l"AxoAou8ía ToU ó6otou Bapfidpou se'déclare desservant de l'église commé-
morative roÜ0 év mtpoaocreiu TTorauo0 íepoü vaoü roO ó(iou Bapfdpov. —
(3) Mérfag Xvvatapiotr|c, t. c., p. 303.
284 LES ACTES DE S. BARBARUS.
Malgré des lacunes évidentes, la sérte des lextes que nous venons. de
parcourir. donne quelque idée de la tradition littéraire concernant S.
Barbarus. Elle se partage, on le voit aisément, en deux branches princi-
fales, l'une qui fait de S. Barbarus un martyr, lautre qui le présente
comme un pénitent et un ascite. La. légende du martyr. est. localisée à
Méthone ; celle du soltatre a pour centre tantót Nicopolis, lantót
Achrida, et tandis qu'une. des verstons place l'action au IX« stócle, une
autre la. fait descendre jusqu'au. XVE.
St l'on veut donc s'en. tenir à la. légende et. faire entrer en ltgne de
compte tous ses éléments y compris la. topographie et. la chronologie, 1l
faudra distinguer quatre saints du nom de Darbarus: celut de la Passion
grecque ; celui de Constantin l'Acropoltte, qui. vitvatt au. LX* siócle mon
lotn de Nicopolis ; celut de la Vite bulgare, dont la vetratte était votsine
d'Achrida ; celut de l'acolouthie. qui vappelle le second en beaucoup de
points, mais qui vivait sept stécles plus tard.
Pouríant, on a quelque pewne à se persuader qu'sl. ast. existé dans le
móme pays quatre saints célbres, portant le méme mom, assurément
étrange, .el que trois de ces saints atent anené, chacun de son cóté, le
méme genre de vte, plus étrange encore ; ou. cherche 1nstincttvement le
moyen. de concilier. les traditions, en apparence 1nconciltables, qui nous
obligent à admettre d'aussi graves tuvratsemblances.
C'est ict le lieu de rechercher sil on ne constatepas l'existence d'un autre
courant historique qui, comme 11 arrive souvent. en. hagtographie, se
déroule indépendamment de la tradition littéraire et permet de remonter
plis sitrement à l'origine du culte populaire.
La féte de S. Barbarus est célébrée partout au commencement du mois
de iat. Dans les svnaxaires nous relevons son nom le 5, le 6, le 7, le 8,
le 14 de ce mois (x). Le 14 est aussi la date de la verston latine.
Les recueils récents ajoutent. encore le 15 (2), qut est aussi le jour de
la féte à Corfou, comme nous l'avons vu. dans l'àxokovO0ia, bzen qu'elle
donne une autre dale — 1solée celle-là — de la morl. du satnt, le 23
juin. La répétition d'un méme nom à des dates voisines du méme mots
dans des compilations de la classe des marlyrologes et des synaxatres
n'est pas d'ordinaire un. argument en. faveur de la multiplication des
homonymes, bien au contraire, el st nous n'avions pour nous décider que
ces nolices lilurgiques, les plus grandes probabilités | bencheratent en
faveur d'un seul et unique Barbarus.
(1) Syttax. Eccl. CP., pp. 659, 661, 666, 684. — (a) Mévagc Xuvatapiotrc, t. c.,
P- 297.
LES ACTES DE S. BARBARUS. 285
Mais les légendes ? En général, dans les questions de ce genre, les textes
légendaires ne sont pas, malgré leur caractere disparate, un. argument
décisif en. faveur de la. distinction des personnages. Leur multiplicité
alleste ordinawement la diversité el la célébrité des sancluaires, qui
cherchent, chacun. à sa maniere, à se rattacher au patron par. les liens
les plus intimes. La précision de la topographte donne parfois le change
sur la valeur des récits anspirés par cette tendance. Elle tient uniquement
à ce fait que le récit a été écrit au lieu méme oil le ferment légendaire a
travaillé. L'existence de quatre versions ne s'oppose donc pas, par elle-
méóme, à ce que quatre homonymes ne représentent qu'un seul personnage.
Il y a bien la difficulté que l'on pourratt tirer du groupement des légen-
des. On accordera sans peine que les trois récits oi Barbarus apparait
chargé de chaines et menant dans les bois une vie solitaire et pénitente,
dérivent d'une source unique et se rapportent probablement à un méme
saint honoré en divers lieux. Mais comment concilier la tradition qui en
fait un confesseur du IX* siócle avec la verston, remontant probablement
au delà du IX* siécle, de la Passion grecque ? Barbarus était. honoré à
Méthone comme marlyr avant la mort de Barbarus pénitent.
Telle est l'objectton principale que l'on peut faire valoir contre la thése
du Barbarus unique. Elle aurait. quelque poids si la lérende du DBarba-
rus enchainé, notamment d'aprés la version de Constantin. Acropolite, la
plus sinple et. la mieux. équilibrée, nous permettait de remonter à un
lexte historique. Mats on a beau appuyer, on. me sent nulle part sous le
pied ce terrain solide, et s'1l arrive une fois uu rhéteur byzantin de fatre
allusion à une source écrite, c'est pour. donner lumnpresston. qu'elle avait
un caractiàre nettement légendaire : og f| vepi aóToO. qnoi laropía,
ceci à Dlendroit oii dl justifie le nom de Barbarus porté par le saint.
L'histoire du brigand converti et de la rude pénitence imposée par le
frétre est dans le goütt oriental, ei racontée avec une certaine vivacité ; il
serait. vmprudenl de se laisser prendre aussitót. à l' habile emtse en scene
de l'écrivain, dont il conviendratt de coniróler les dires.
Malheureusement, la source est perdue pour nous ; tout ce que nous
pouvons en deviner c'est qu'elle était un. développement du thóme sug-
géré par le nom du saint. Elle nous le montrait barbare d'origine,
exercant un métier barbare el se soumettant à une pénitence qui ne létait
fas moins, fuyant la société humaine, finalement tué comme. une béte
fauve. La mention si précise du rógyne de. Michel le Bógue ne. doti pas
nous en imposer. Il n'est pas certain. que Constantin l'att prise dans sa
source. Les procédés de la rhétorique comporiaient quelque. étalage
286 LES ACTES DE S. BARBARUS.
d'éruditton et 1. était de bon Lon de rattacher les récits à des épisodes
historiques. La maniere dont notre banégyritste s'exprime en cet endroit .
per met de peuser qu'il a puisé cette fois dans le trésor de ses souvenirs.
S1 nos défiances sont. jusitfiées, 1l veslerait. qu'un. saint nommé Bar-
barus, dont le culle s'est. répandu vers le IX* siécle, beaucoup. plus tót
peut-etre, dans la presqu'ile des Balkans, a été honoré iantót comme mar-
Lyr, tantót comme confesseur , et que deux légendes sont nées, ew harmo-
nie avec ses litres, lesquelles ont été diversement modtfiées, l'une d'elles
du moins, sutvagl les lieux.
Joseph Bryenntos (T vers 1436), dans son discours TTepi Tfjg uv
río eU, "onume en passant S. Darbarus, au milieu. d'une. phrase qui
mérite d'élre remarquée (1). Nous ctterons aussi le contexte, car tout le
passage est intéressant pour l'histoire du culte des reliques dans l'empire
byzantin au XV* siécle.
Aci bé kdkeivou ueuviqo0a, ÓTi moOÓ xpóvuv biakociuv TUv E
'raMag xparqcóávruv Tfig Kuvotavrivou xai karacxóvruv vaouUq
dYioug ér OaUuara fpuovrag, kai kaO0' Óv xpóvov érupávvouv tiv
TÓÀtv év TOlg vooig ékeivoig 6a0pta. Yvéfovev oübaptügc, kai TÓ ueTe-
vey0évra évrTeOO0ev Aetyava TÜUV dyíuv oükéri Oauparoupyei * kai
puaprupet rà eioéri keiueva év. T(j Hreipu. "Oca 5€ évaormeetqn
AavO0óvovra, o0 O1gAetmrer 0auparoup[oU0vra dg éE àpyfhg^ Ug TÓ
Tfjg TapO0€évou Oeobooíag Aeiyavov, dg Tà TÓv dyiuv Eüóbokiuovu
xai Mixarh * koi otv. oóvao, 16 év Tfj Aapagkü éxfAuZóuevov
&Aotov Umép Aóvov, ék Tfg «ikóvog Tüg ouru kalouuévng Xay[ira-
váyia * TO év Tf O«eocoalovia) xpouvnbóv Trpoekyeóuevov | uUpov,
Tapà ToU KaÀódc év gdpruO: Aóumovrog Amnunrpiou, rO év ri)
'"EÀAábi mTpócg T00 d&yiou BaopfBópou moroaunóóv, xai TO év Tí)
Ai(UrTu BóÀcauov, év tr ToO óOvóuarog ToO Xpicro0 éÉmuKnoce
ék QuroO é£avrAoUuevov: trà Trpoc tfjg Obónynrpeiag Oi OÀXou koi
tfig 9avuaroBpurou TÍn[fig kai roO Octou TTpoopóuou tfüg TTérpag
TeloUueva (2).
Ainsi donc, suivant Bryenntos, les sanctuatres tombós au pouvotr des
Latins cessérent. d'étre le théütre des prodiges ordinatres, de méme les
corps saints dont ils s'emparérent ne firent plus de miracles. Parmi ceux
(1) Sur la personne et les ceuvres de Joseph Bryennios, voir Ph. MEvER, dans
Byzantinische Zeitschrift, t. V (1896), p. 74-11x. — (2) 'luor|p uovaxoü ToO Bpvuev-
viou rà ecUpeOévra... b émipeAeiag EUYveviou b1aKkóvou ToO BouAYdpeug, t. II
(Leipzig, 1768), p. 35.
LES ACTES DE S. BARBARUS. 287
qut échappérent à ce qu'il appelleratit volontiers leurs profanattons, 1l cite
S'* Théodosie et S. Eudocime, qui nous sont. assez connus, el un saint
Michel qu'il est difficile d'idenlifier, mais qui probablement ausst appar-
tenait à Constantinople. Puts 1l passe à des sanciuatres oii le miracle du
baume continue à se produire, celut de Saidnaia (Zaqvravóáqua) prés de
Damas (1), la basilique de S. Démétrius à. Thessalontque, l'église de
S. Barbarus dans U' Heliade, et l'Hortus Balsami, frés du Catre (2) ;
£i revient alors à Constantinople, oii trois églises, celles de l' Hodigttria,
de la Source, de S. Tean-DBaptiste tfjg Tlérpag atttrent les. foules par
un miracle du méme genre.
Remarquons d'abord que le tombeau de S. Barbarus est placé celte fois
dans l' Hellade. Bryenntos ne songe donc pas, semble-l-il, au solitaire
Barbarus, dont les diverses légendes, on l'a vu, sont localtsées ailleurs.
S'4l est. vrai que. le centre du culle. du martyr. Barbarus. est Méthone,
dans le Péloponnése, comme on. l'a admis jusqu'ici (3), nous aurtons à
enregislrer un. nouvel homonyme, honoré dans P Hellade. Mais on nc
sait irop pourquoi, enire les diverses villes du | nom. de MeOdovn,
MoOd vn, on s'est décidé pour. Méthone de Messénie ou. Modon (4).
D'autant plus que le patron. de cet évéché parait avoir clé non pas
S. Barbarus, mais S. Jean. l'évangéliste. Les sceaux des évéques de
Modon portent le buste de l'aótre avec la. légende. 6. àiog lwuávvng ó
0coÀóvogc (5).
Ne faudrait-il pas. plutót. identifier la MoOdivn. de. la Passion avec
Méthone de Thessalie (6), qut appartenatt au thóme de U Hellade ? Dans
ce cas, la phrase de Bryenntos se rapporteratt au méme sanctuatre que les
derniers mots de notre texte grec, et nous. aurious un nouvel argument
pour identifier le martyr. de Méthone avec le saint imyroblyte honoré
atileurs. Il. est certainement bien. élrange que le phénomene miraculeux
du baume qui coule em ruisseau, roraunobóv, esl censé se passer dans trois
endroits au amoins oii lon prétend posséder le corps. du saint. Quelle que
puisse étre la réalité qui répond à ce trait de la. légende, on ne s'avisera
guére, croyons-nous, de tirer de l'identité du prodige une objection contre
l'identité des homonymes.
Oz a remarqué que Dryenntos parle de S. Darbarus comme d'un des
sqinis thaumaturges que les Latins ont respecté ; or, à celle époque, les
(1) Voir Anal. Boll., t. XXV, p. 137-57. — (a) Anal. Boil., t. c., p. 143. —
(3) Act. SS., Maii t. III, p. 285. — (4) C. BunsiAN, Geographie von. Griechenland,
t. II, p. 175. — (5) G. ScHLUMnERGER, Sigillographie de l'empire byzantin, p. 186.
— (6) BunsiAN. op. c., t. I, p. Ioa.
288 LBS ACTES DE S. BARBARUS.
Vénittens croyaient, depuis deux stécles au moins, posséder ses veliques.
Faudratt-il en conclure qu'une fois de plus les Grecs ont joué un tour
de leur fagon. aux occidentaux amateurs de reliques ?. Il n'est. peut-étre
pas témératre de le penser.
Nous voudrions bien. dire qui élait, en définitive, le saint dont U his-
totre se dérobe à toutes les recherches, et. essayer. d'indiquer. ses. vérita-
bles titres à la vénération populaire. On. a compris qu'aucune solution
certaine ne saurait étre proposée. Mats 1l est permis. d'énoncer. une con-
Jecture. Les dates du. culte de S. Barbarus oscillent autour du 9 mat.
Or, le 9 mai est, dans l'église grecque, la date de la féte de S. Christophe.
S. Christophe — qu'on se rappelle sa légende — est non seulement le
martyr barbare d'origine, d'aspect et de langage, mais Barbarus est une
des épithétes dont on s'est servi pour le désigner. La version syriaque de
la Passion de S. Christophe porte ce titre : Martyre du Barbare Chris-
tophe et de ses compagnons (1) S. Christophe n'aurait-il pas. été
honoré, en certains endroits, sous le vocable de Darbarus, et le vocable
n'aurail-il pas, comune il arrive fréquemment créé une légende. nouvelle
el la légende un personnage nouveau ?
Il suffira cette. fois de poser la. question. Il doit y avoir, dans le pays
oii fleurit le culte de S. Darbarus, des documents ou. des souvenirs dont
on pourrai tirer parti pour abpuyer ou bour ruiner. notre conjecture. La
parole est à ceux qui les ont à leur portée. .
H. D.
(1) J. PoeEscu, Die Erzáhlung oder das Martyrium des Barbaren Christophorus
und sciner Genossen, Inaugural-dissertation (Strassburg), Leipzig, 1903, p. 3t.
LES ACTES DE S. BARBARUS. 289
Maptiópiov ToO dYTíou rmavevóóEou pgáprupog
ToO Xpio100 Bappápov.
1. '"Eroug mpurou Tüg Bacucíag 'ouMavoO é[évero ÓwyuOq
uépfag karà TUV xpictiavüv. KaO0ícag oUv 'ouMavóg ó Bacueuq
5év émignjuu Tii TÓTU, Ypaget Oidra£iv. mepiéyougav oUTug * « Baoci-
AeUg 'louMavóg mào0« Tfj oikoupévg xaipew. El mig dkoUce ToO
Oói'gTd(HOaTOG TOUTOU kai jg TmpoOckuvrnoei TOig dnrrrOig Ocoig
"AnóMuwi koi 'HpakAel xai Tí) uepáAug "Aprépibi, To0Tov rapakeAeUo-
uev óeivoróáTaic gGuuqopoig kai Bagávoig ávaipeicO0at, » ToO 6€ mpoo-
IoTÓ(uaTOG Ttug0évroc xa0' OÀng Tüg oikouuévng, TÓ TrpoOTay0€v
dmereAeiro xai xvica ue[óàÀm eibuAuv érfévero. Tóre Topevouévou
ToU Bacukéug 'louMavoü érmi Tfj TUV OpdYyuv xupa, rpoyeinpíiZeroat
ék Tpogumou dqUTOÜ OTparnAódtnv Tivà Óvóuari Bákyov émi ri)
OvykpoUcer TOO moÀéuou. Kai Tig ék rÀv Orpamurüv xpicTiavóG
15 Urápyuv, «; BápfBapog ToUvoyua!', ^ vikog péya memoínkev év TU)
TOoMéuu. Kai yvoug ó Baxyog Óó émoínoev ó Bópfopoc, Zuüvvuociv
QUTÓV KÓLITO.
! supplevi, om. cod.
Passio sancti Barbari martyris.
20 31. Regnante imperatore Iuliano, anno primo imperii eius, facta
est persecutio magna contra christianos, et sedente eo pro tribunali
scripsit praecepta haec : « Rex Iulianus universo orbi salutem. Si
quis non audierit praeceptum hoc et non adoraverit magnum
deum Apollinem et Herculem et magnam deam Artemiam, prae-
25 cipimus ut patentes angustias et afflictiones atque diversa paciatur
tormenta. » Iussione hac missa in universum orbem, ut disposuit,
factum est ut odor sacrificii multis adoleretur ! idolis. Tunc Iulia-
nus rex abiit in regione Francorum bella ordinans ante faciem
eorum. Et miles quidam erat primarius, Bacho nomine, in illa
3o expeditione. Quidam vero ex ipsis militibus, nomine Barbarus,
christianus erat et victoriam magnam fecit in ipso praelio. Sciens
Bacho hoc quod fecit Barbarus praefecit eum honore comitatus.
! Adoletur cod.
ANAL, BOLL. XXIX. I9
290 LES ACTES DE S. BARBARUS.
2. Merà 56 fhuépag óMyag émavépyerai TÓ a01TÓ0 €0vog TUV
Qpó[(uv xoi aireirai Top" aüTUv pMovouáyov, iva uovonuaynouotv.
'Ev áunxoavia oUv ToÀM) ruYXxávuv ó Bóxyog Tmepi ToUTOU peTaka-
Aéirai TOv kóunra BópBapov xai Aéfe&i a0rTQ « Kóung Bóppope,
oiba Ótri dvip óvvaróg «i xai mQdiv vikog oük OMYov memoinkag* 5
kai vüv aito0ci ue oi roO éO0voug rUv COpá[[uv ToU uovonaxfh-
cat puer aUTUJV, Kai érépou oUbevóc égii ToO! mopeuOfjvat ei prj Ti
Y€ c00*. Nüv oUv ákouGÓv pou kai ropeUovu. » '"Amokpi0cig 56 Ó
BápBopoc Aérea rà Báxyw: « Mr| voutong óm mpümv épu memoínxa
TO vikocg, dÀÀ ó xópiíóg pov. » Aéy& abTO ó Báxxyog : « Oox oiba 1o
€i ó XpioTÓóg Gou émoínce mpünv TO vikog !j oi 0eoí* Tropeuou
Kai vOv ». Kai ropevouévou ajTo0, émfjpev roug óq90o0ÀluoUg auToO
ó &poc BápBapog eig Tóv oüópavóv xoi eimev: « Koópioc ó Oeóc,
ó rapaóoUg TOUG ÉmTà aociueig eig xeipag ToU Oepárovróc Gou
Muücéuc, ó xaraBaMuv tTO0v dAAóqQuAov foMó0 dármó Trpocurovu rS
ToU 06001ou Gou Aofíió, aüróg kai vüv, béoTOoTa oüpavoO xoi
Yfjig, érákoucóv pou T00 GOpapruAo0 xai Tapáoocg TÓV dOcov
ToO0Tov eig Tüg xeipóg uou, iva vvügiv Távreg Óri GU el ó Oecóq
uóvog kai oUk égnrwv dAAog mÀv Gco0, óri bebo£aGcyuévog €i eig ToUG
! forsitan legendum x0. — * oo cod. 20
2. Post paucos dies iterum venit gens Francorum et querens ab
eo monomachiam, hoc est singulare certamen, in studiis multis,
contigit Bacho ut vocaret comitem barbarum pro hoc et dixit ad
eum : « Comes Barbare, scio quia vir potens es et antea victoriam
non modicam fecisti ; sed nunc querit a me generatio Francorum 25
hominem in sui singulare certamen, et alius non est qui exeat nisi
tu. Sed audi me et yade. » Respondens Barbarus dixit Bachoni:
« Ne cogites neque arbitreris ut ego primus fecissem victoriam, sed
dominus meus Iesus Christus. » Dixit ad eum Bacho : « Nescio si
Christus tuus fecisset victoriam aut dii nostri. Vade et nunc 3o
iterum. » Et abiit elevans oculos suos ad celum, et dixit: «Domine
Deus, qui tradidisti septem reges in manu electi tui Moysi et pro-
stravisti alophilis Golam ante «faciem ! 7» servi tui David, tu es
et nunc dominator celi et terre ; exaudi me peccatorem et trade
istum infidelem in manu mea, ut cognoscant omnes quia tu es 35
Deus solus regnans et vivens in secula seculorum, amen. » Com-
! supplcvi, om. cod,
LES ACTES DE S. BARBARUS. 291
aidvac, durv. » Kai relewocavroc; aüToO0 TÓ dv, émoíncev TO
onueiov ToO o1aupo0 éri ToÜÓ perümou aüUTOÜ xai oUTUG ÉrO-
peueTo.
3. Xuvavrcag 56 aüTi ó COpá[roc, é£érewwe Tv xeipa abro0
5100 karapBaAeiv róv dy1vov BópBapov, kai eó0Ug aüT( Tfj dpa éAU-
0ncav tà ÓrÀa aUTOU dr aUro0, kai aüTOg O:chUOn Um dyTéAov
kai éuewve vekpóc. '"loóóvreg ó& oti $páprvoi Óri TéOvnkev ó Obuvá-
OTng GUTUV, ÉéQuyov dmró mpoourmou To0 Báxyov. 'lóuv o€ ó Báx-
xog óm ó ,móAegog eipnveuera, mpoekalécaro TOv kxópunra Báp-
IOBapov xai Aéyet abT( * « 'oU Uürméa£za rOó é0vog TUv CGpá[[ruv:
Kai vUv TpOGcÀOe xai 00g0v Toig Ocoig. » 'Amokpi0cig 5€ Ó üy10c
Béáppapog Aépe * « Aaipoci dka0óGprowr; 000Qi oU Boulonao:. »
Taü0ra dkoócag ó Báxyog àvüyreàe TOÀ focuei '"ouMavi óm
BápfBapoc, ó ró émwvixiov mouwjcag év TU moAéuu, 00001 oU foób-
15AÀerat TOig 0€otg, àÀÀà kai xpiOTiavóv éavutóv eivai Aéyei.
4. Tóre ékéMevoev ó 'louMavóg mapacTfüvai aüUrÓv kai Aéye
aUTU *« Tí TOó Óvopuá cov ; » 'Odptog Bápfapog eimev: « TÓ mpu-
TOV Óvouà pou yxpioTiavOg eiui * €i 6€ Znréig Ó. éruvópaoév ue ó
ávw)UTaTOG Kai OcoquiéoTatog Kupiakóg, ó . xai Barrícag pe, Báp-
20Bapog Aé[ouat. » — lovuMavóg Aépei* « Kupiakóv. ép. ékóhaca pr)
pleta oratione, fecit signum crucis in fronte sua et in pectore suo,
et sic habit obviam Franco illi,
3. Et extendit manum suam Francus ille ut interficeret beatum
Barbarum. Et ceciderunt arma de manu eius et membra eius dis-
25 soluta sunt. Et sic expugnatus ab angelo cecidit mortuus. Videns
gens Francorum quia vir potens illorum mortuus esset, fugierunt
ante faciem Bachonis. Videns Bacho quia quievit prelium, vocavit
comitem Barbarum et dixit ad eum : « Ecce subiugavi gentem
Francorum ; modo veni et sacrifica diis. » Respondit sanctus Bar-
3obarus dicens : « Ego demonibus inmundis non sacrifico. » Hec
audiens Bacho nunciavit regi Iuliano quia Barbarus, qui victoriam
fecit in prelio, non vult sacrificare diis, sed pronunciat se christia-
num esse.
4. Tunc precepit Iulianus eum adduci ante tribunal suum et dixit
35el : « Nomen tibi quale vocatur ? » Sanctus Barbarus respondit :
« Si nomen meum scire volueris, christianus sum. Sed si queris
qualiter vocavit me sanctissimus Ciriacus, qui et me baptizavit,
Barbarus mihi nomen est, » Iulianus dixit : « Cyriacum ego cola-
292 LES ACTES DE S. BARBARUS.
TeigOévra uoi 00got Tolg Ocoic. » 'O dioc Bápfapoc eirev : « Kápu
xigóroig 0coig 000a1 o0 BouAlouai obbé mrpockuvücai Oalpoctv
áka0dprotg* dÀÀà mpockuvü kai OUu Ti) éuu) begmór: xai Baciel
'ngcoó Xpiotü. » Taóra dkoócag ó 'ouMavóg éBpu£ev ém abróv
TOUc óbóvrag aUTo0 xai keAeüer éveyOfjvai xMuaka xai Gibüpotg 5
TouX(Zeg0oi! abTÓv. eUTOvUsG, Aévuv aüótU/ * « Bópfiape, éàv ur) érrakou-
Onc uou xai mpocceA0Uv O0U0ng Toig Ocoig, év rüg1 ToUToig; paca-
vwio0r0n. » 'O &yio; BápBapog eirrev oTi * « NouíZeic, rópavve, óri
euAaBoOuaí Gov rà fBacavigtüpia xai dpvoOpar Tóv Oeóv pov; Mm
Yévowto ToOTOo * ToOTO 6€ Aéq[uU Got OTi TV xpiOoTiavuv' fj. moArTe(a ro
6ó1apéper TUv Baoávuv cov. Ev mroAAoig yàp ruuupíaig kai OTEVOXU-
píaig oct fjuüg eigeXAOciv eig t']v Bagueiav ToO Oeo0. 'O yàp beorrótng
fuv Ocóg évebuvánuocev fjuüg. » "loujuavóg eimev* « Maxpoloreic,
BápBape, xoi oók dvéyoua( Gov. » Tóre ékéAeuoev aUTÓv dvaocTa0f-
vai kai £éeo0a. "Avacra0évrog bé aUtTo0 xai E£eonuévou, TÓà pévig
E (kara. auToO émiurrov xauai*: TO 5€ Ocupa aUTOO ÓOÀov époÀo-
vero TU) oiuart.
5. 'Enápag 66 roug ógp0aMuoUg aUTOÜ eig Tóv oüUpavóv Ó [ioc
Bópfapog &Meyev : « Kópie "Inooó Xpia Té, oUk drogeuru Tv oiko-
! fta cod, ; melius vewiteo00V ? 20
phizavi, quia non credebat mihi nec sacrificabat diis. » Sanctus
Barbarus respondit : « Non fiat michi ut incurvatus diis sacrificem,
neque spero me adorare demones iniquos deos. Ego vero adoro et
sacrifico dominatori et regi Iesu Christo. » Hec audiens Iulianus
et stridens in eum dentibus suis precepit eum in vinculis ferreis 25
teneri et dixit ad eum : « Barbare, si non audieris me et non sacri-
ficaveris diis, tormentis omnibus cruciabo te. » Sanctus Barbarus
respondit : « Putas tu, tyranne, quia nocebunt michi tormenta tua
et negabo Deum meum ? Non fiet istud. Hec dico tibi quia regnum
christianorum regni celorum preparatio est his qui diligunt eum. 30
Mine tue et tormenta tua vana computantur. Per multas enim tri-
bulationes et angustias oportet nos intrare in regnum Dei, quia in
hoc pater noster celestis confortavit nos. » Iulianus dixit : Multa
loqueris Barbare, et non consentio tibi. » Tum precepit eum
suspendi et cum acuto gladio ventrem eius radi, donec interiora 35
eius in terram caderent et sanguis illius tota membra perfunderet.
5. Elevans oculos suos in. celum sanctus Barbarus dixit ;
LES ACTES DE S. BARBARUS, 293
vouíav cou * karnpriguévoc vóp eiut bmép roO. óvópuaróc cou Ta0civ:
QÀÀá v€ rapakoli) xai óéouaí cou, Küpie, pg xeebonug vuvi dro-
0aveiv ue, Ómug xaraicXuvOi] ó 'louhavóg. » Tóre dryelog Kupiou
[agpw|À cT ék be£w)v ToO dóíou Baopfópou, xoi Aagüv Trà
5évrepa aüto0 dméOero eig ajüTóv kai Gqpavícag aüTÓv éÉroinOcv
Um, xai rjv ouogc óAog Aurpucic TÜüv Bacávuv. Báxyog 56 Ó
OTpaTQnAdtng kai oi E£éovreg aüróv KoMMpaxyog kai Aij0vobotoc,
ibóvreg tT)v xeipa roO d[rélou éuBáMiovcav rà Évrepa ToO dyíov
BapBápou, rapaxpüua érmícTevuGav, koi rdg éavutUüv Lüvag buppn-
ro£avreg égTnSav éumpoc0ev "louMavoO, Boüvrec xai Myovreg év
rappnoía * « XpicTiavoi éouev xai fjuetg. » — louAiavóg 5€ Ovujpu68eic
eimmev. aüToi; * « Tí ioere Óri ei; TocaíTQv uavíav érpámnoav
karappovügcavtéc puoi xai TUv Oiwatuv Oeív f££opvoi éyéveo0e ;
eiraTé uoi. ». Oi 66 xarà. óuoquvíiav dmekpíóncav * « Oloaouev, dXX
1500 buváucO0G Go: cimeiv: véypamroi yàp év Tí] Ocíqa vpagü' ur)
óóre Tà Óyià uou Toig kuciv unóé roUc pgopyopírag üudv BáXere Matth. 7, 6.
(£unpoc0ev tüv xoípuv. » 'O "louMavóg eirev: «. 'OpnoidZeré pe Toig
xoipoig xai Toig kugív; » Oi àé dpt eirov abTO * « Aebikaturaít
Ooi* ry Tàp Ciüov dypiov Tí] ióía quoet Tov Ocóv bo£óLe* oU
20 « Domine Iesu Christe, non fugio tuam operationem ; paratus sum
enim mori pro nomine tuo ; sed deprecor te, domine, ut non moriar
modo ; forsitan confundetur Iulianus tyrannus ob meam libera-
tionem, » Tunc angelus Domini Gabriel stetit invisibilis ad dexte-
ram sancti Barbari et levavit interiora eius et revocavit ea in cor-
25 pus eius et signavit eum et totus sanus factus est, et liberatus est a
tormentis Iuliani persecutoris. Bachus vero miles et qui radebant
eum Callimachus et Dionisius videntes manus que restituebant
interiora sanctissimi Barbari tota mente crediderunt et zonas qui-
bus precincti erant iactaverunt ante faciem Iuliani dicentes: « Quia
3oet nos sane christiani sumus. » Iulianus iratus dixit : « Que vidistis
quia in tantum furorem conversi estis ad despiciendum me et deos
iustos negatis? ? Non possumus narrare tibi. Scriptum est : Non
licet sanctum dare canibus nec margaritas porcis offerri. » Iulia-
nus dixit: « Ut quid me comparatis canibus et porcis ? » Qui
35 dixerunt ad eum : « Iustum est tibi quia omnes bestie et reptilia
in sua natura propria Deum collaudant, tu vero reprobas illum
! supra lin. corr., tribulationem prima manu — * qui cod, — 5 nonnulla desunt,
Act. 8, 20.
294. LES ACTES DE S. BARBARUS.
6€ ómoboxiuóZerg abtóv xal dpveiga.. » Tóre "louavóg rjravákxrmoe
KQüT QGUTUV Trüvu kai ékCNeucev ádmokepalig0fvai abTobG Onpeu-
cápgevog Tà Óvóuara abtüUv. Kai é£fjve(kev abtToUg CEu Tfjg rrÓAeuG
kai dmekepáMGev aUToUg koi éreleuu0nGav év xaMj ópolovía xai
eic oUpavoug Tope[évovro év Tiuí] kai bóEn. 5
6. lovhavóg 6 ó pacuebóg dvéctm dàmó roO frjuarog xoi
&mjei eig TÓ TaÀáriov xoi ékéAeugev róv ópiov BápBapov oción-
pu8évra dvaprnO/vai eig ró becuurfpiov. Tfj bé é£fg fjuépa. mpo-
xa0icag éri roO früjuaroc, éxéAevoev eioekOeiv Tóv &yiov Bápfapov *
xai tpockakegáuevog aUtóv Aéfer mpóc aüTóv * « BápBope, dkouGóv 10
Hou kai meícO0nTi xai 00Ggov Toig Oeoig, xai Óód)gU Oo! yprjuara
0ca àv ait'jg)c, kai beUTepoc &on év rfj BactAeíg uou. » "Arekpiün
auti) ó Gio; BápBapog xai etrev * « TeOavarupéve bó ráang! ópap-
Tiac, vié ToO O1aBóAou, éx0pé róGOnc bikoairocUvne, xpriuara ur. Ürré-
Oxou 5o0vai iva àpvrioouai Tóv oeorótnv uou 'Inco0v XpioTóv ; Mi) 15
Y€voió uoY ToOUTO, àÀÀà TÓ dpr[Ópióv cou koi TÓ xpucíov cou OUV
Ooi eig &ruüeiav égovrat. » Tóre éxéAevoev ó "louhavóg éveyOfivot
Tpoxóv ocibnpoüv xai év abTi) BAnOjvoi róv dy[10v Bóppapov, xoi
! ab hoc loco usque ad. verba àópaxvoc multa lectu difficilia inducto atramento
renovata sunt. 20
et negas. Iulianus hec audiens, iratus est nimis et iussit ut decol-
larent eos, signantes nomina eorum. Et eiecerunt eos extra
civitatem et sic decollaverunt eos. Feceruntque finem in bonam
confessionem et in celis facti sunt in honorem et gloriam magnam.
6. Iulianus rex surgens a tribunali sede, perrexit ad palacium et 25
iussit sanctum Barbarum mitti in ferreis vinculis et tradi in custo-
diam. Alia vero die sedens Iulianus rex pro tribunali iussit ante
suam presentiam eum adduci. Adveniente autem eo, Iulianus rex
dixit: « Barbare, audi me et crede michi ; sacrifica diis et dabo
tibi pecuniam quantam postulaveris, et secundus eris in regno 30
meo. » Respondens sanctus Barbarus dixit ei : « Mortificate in
omni peccato, fili diaboli et inimice omnis iusticie, pecuniam vis
michi dare ut et ego negem dominum meum Iesum Christum ?
Non fiet istud ; pecunia tua tecum sit in perdicione. » Tunc rex
Iulianus precepit rotam ferream venire, et vehementer eam igne 35
accendi et super eam beatissimum Barbarum extendi, ut totus igne
cremaretur, et desuper oleum fundi praecepit, ut fortiter caro illius
cremaretur. Dixit tirannus: « Hanc penam nullatenus poterit
LES ACTES DE S. BARBARUS. 295
Ümoxkoíec8at Tóv Tpoxóv eütÓvug xai &Aatiov érixéeo0aot érüvu auToO
UGcTEe karakafjvai xai dvalu80rjvar aóTOU Tàg Oópkag. "EAeve vàp ó
Tüpavvoc óri* « OU ur biaupóvqng Tv kóAagiv Tasty. » 'O 6€ rog
BóápBapog dvopAéyag eig Tóv oüUpavóv mpóg Tóv éauro0 eUepyrérnv
semev* « Kópie ó Ocóc roO oíUpavoO, ó dóparog xai dkaráAnrroc, ó
tavógac TÓV oüUpavóv kai Ocuekuogag év auTQ GTON&la Obidqopa,
ó Tv fv kpeuácag éri rTUv ÜibdrUV kai roig dvOeoi xarakoogyrn-
gag aüTv, Óó tóv ávOpurmokróvov BuOd raprápou ! mapabobc xai
ToUg éLwu[pnuévoug Ur aüUTOOU O112100Gac, ó róv topavvov foMdà0
IokaraBaluv kai eig tv àpucGoov oikeiv abTóv TpoocTOEfacg, Ó Tv
eikóva Tv xpuofjv Nofouxyobovócop kxaraotpéyag, Ó ToUg Teig
TOioac ék ruUpOg tfjg kauivou O1iac0u)gac, aUTÓC kai vOv, kopié pou
'Ingo0 XpicTé, T0 qc Tüv fév Okóre. kaO0npévuvy, érníbe éri ri|v Luc. a, 79.
Tametvugiv uou xai un éfkaraMmng pe «ig Tóv aiüva, dàÀX
I5ÉéKTelVOV T'|v xeipà Gou Tiv kparaidv érmi TO TÜp ToÜTO TO rrpo-
Keiluevóv puoi Omug un) émuyopáj uot ó Aupeuv 'ouMavóg. » Koi
Tpoceu£auévou ToU dY(íou Bopfópou, é£fyev dqvu T6 Tp xoi
ánékrewvev. O1.]yüuMouG cibuAoAóTpag.
7. ouv 5€ ó 'lovMavóg TÓ vTe[povóg Évrpopog Yevópevog éxé-
20 ! raptdpu cod.
effugere. » Beatissimus Barbarus elevans oculos suos ad celum
omnipotenti Domino taliter preces effudit : « Domine Deus celestis
et invisibilis, qui nullam habes indigentiam, qui celum extendisti
diaforum et terram fundasti super aquas et terram floribus variis
25 florere fecisti et pro deceptrice serpente primum hominem in pro-
funda tartara detruxisti et inde per ipsum cunctos qui decepti
sunt redemisti et tyrannum Goliam seve morti tradidisti et tres
pueros de camino ignis ardentis illesos liberasti eosque, ne statuam
quam Nabuchodonosor rex erexit adorarent, ullatenus permisisti,
30 et nunc, Iesu Christe Domine, qui es verum lumen et illuminator
omnium qui in tenebris et in umbra mortis sedent, respice in
humilitatem meam et ne derelinquas me in finem, sed extende
manum tuam magnam in ignem super quem posuerunt me, ne
gaudeat super me vorax et iniquus Iulianus. « Dum itaque beatus
35 Barbarus orationem complesset, subito exiens flamma ingens et
combussit duos viros cultores ydolorum.
7. Iulianus imperator videns hoc quod factum est, tremens et
pallens effectus, iussit eum in vinculis teneri et in ima carceris
Deut. 31, 6.
Ps. 30, 2.
296 LES ACTES DE S. BARBARUS.
Àeucev aüTÓóv Gibnpu0Éévra drmeveyOfjvoi év Tí) quAaki, éug àv
Okéyntat Tépi aUTo0, Toíu Oaváru dvoldce TÓv Oíkotov. Koi
iboU émipaveig ó Kópiog rij dy(wu Bapflápu Tfj vuxkri éxeivi Méqe
aUTU * «'AvópíZov, Bápape, xai toyue- éyi áp eii perà Go0, ó
puóuevóg Ge ék rüv Baoacávuv ToUtuv.» Kai domacdáuevog aUTOV 5
ó Küpiog dvfjÀOev eig Toüg oUpavoUc pgerà Tuv dyiuv dyréAuv
abTOÜ. AUTOG oUv uápruc «Óó7» dürvog OieréAei &uc ópOpov. TIpuiag
66 Yevauévng, ékéMeugev abtTOv óÓ "louhavóg é£eÀOeiv éx Tfüg
QuAakfg xai dyeo0oi éri ToO Qruarog. 'Afóuevog 6€ ó óoíkaiog érii
TOÜ fnüuarog é&yaMev TOv waÀuóv ToOTov: « "Emi coi, Kopie, 1o
fikmica, uf xaraicquvOeinv eig Tóv aiva* év Tfj Oixoto00UvQ Oov-
pócai ue xai é£&hoO Le: xMvov mpóc ue rTÓ oUg Gov xoi OUGÓv
ue. » "Enea. éA0ujv éri 100. frjuarog &£Aepev: « Ka0' ouv nA0ov
éri ToO coO fnuatroc, 'louMavé, koi "AróAÀAuvog xai 'Hpaxkéug xoi
Tfig Aptéuibog* ÉEyu bé per époO marépa xai vióv xai rÓ ravá- I5
10v TtveOua, Tpió6a óptooUOtov. » Tóre 'louMavóg keAeuei auTOv Tavu-
c0fvoi ék TegGáÓpuv kai bo0rva aóTU fouveupa moMóÓ xará T€
TOÜÓ vütou kai Tfjg KkouMac, xai keAeuei kafjvai Kkóuivov. éri fpé-
pog Tpeig, xai BAnOnvoai avTOv Éév Tí) kauíivu koi xpicOnvair Tiv
Kápivov éugc fiuépag émró, ómug dvoÀuO0üQ év tí) kauívu. 20
trudi, donec cogitaret quali morte eum interficeret. Et apparuit ei
Dominus in nocte illa. Dixitque illi : « Barbare, esto fortis et virilis
quia ego sum tecum et eruam te ex hac angustia. » Et osculatus
est eum Dominus et sic ascendit in ccelum. Et ipse martir vigilavit
usque mane. Mane autem facto, precepit eum Iulianus exire de25
carcere et duxit eum ante tribunal suum et ipse psallebat dum
usque perveniret ad eum: « In te, Domine, speravi, non confun-
dar in eternum, in tua iusticia libera me ; inclina aurem tuam ad
me et exaudi me. » Et dum perveniret ante tribunal, dicebat:
« Tribunal tribunal contra nos ; et nos venimus ad te, Apollo et 30
Hercules «et!» Arthemia * ; habeo mecum patrem et filium et spi-
ritum sanctum trinitatem inseparabilem unius substantie. » Tunc
iussit eum Iulianus in quattuor partes extendi et cedi cum nervis
taurinis ante et retro et iussit caminum ignis succendi usque in
diem tercium et misit eum ibi usque in diem septimum, ut dissolve- 35
rentur membra eius.
! supplevi, cod, om. —? Arthemiam cod.
LES ACTES DE S. BARBARUS. 297
8. Toóuruv 5€ Tevauévuv ó &pocg BápBapoc Üpvouc ávérreurrev
TU Kupiu xoi puvi) é£rjpyero ék Tfjg kauivou pueródÀn. "Akoícav-
Tec b oi GTpart)roai Tfjg qQuivfjg, ébeiMogav xai dmeAOóvreg dvüy-
yehav TO "louMavü Aéyovreg: « Mepóáloug qófoug xai quvág
5àkoUouev é£epyouévag ék Tfjg kapívou. » Kal dkoucag "lovMavóg
éKéAeuGev dvoiyOfjvai Tv Kkduivov* xai eüpéOn ó &[10; Báppapogq
tg dró AourpoO é£epyóuevog. Kai d[a[uv aüjtTóv émi ToO priua-
TOG, Aépfei aótO) "ouMavóg: « Einé 5é puoi Bápfope, koi óuoAó[n-
Gov Tüg Yyonreiac Gou. Ei bé dpveioat kai oU mpoGépyn Toig Ocoic,
IoÉrépag Tiuupiag TpoOáEu Got » 'O dog Bápfapog eiümev *
« Avope xai dvatoOnre, roíaig Tiuupíate uéAAeig ue Bav ; "Ovoua
éxetg xai Yvvdunv dóóvarov: oU gofoOuaí Gov tà BacavicThpio,
TUpavve* éyu Tàp TOV oóUpávióv uou OeoTmóTnv TOv évbuvapoOvrá
ue xai oU Troo0gat Tàg Bacávoug Gou obóé gun drapvrcouat
I5TÓV KÜpióv uou 'Incooüv XpictÓv. »
9. Tóre '"lovMavóg ékéAevoev Onpiouódyoug é&AOciv, koi pAn0f
voi émdvu auto0 O00 dormíbag kai éyibvag. Koi Aépev aüTU-
« Eiré pow Bóápfape, u^ kai Onpía oóó0vacoi fuepóo0at;» 'O bé
8. Sanctus vero Barbarus hymnum psallebat Domino, et vox
20 magna facta est de camino. Audientes milites vocem timuerunt
valde et abierunt et nunciaverunt Iuliano dicentes : « Magnum
sonum audivimus cum voce de camino, et territi sumus. » Hec
audiens Iulianus precepit caminum ignis apperiri et inventus est
sanctus Barbarus quasi ex balneo exiens et adduxerunt eum ad
25 pretorium. Tum dixit ad eum Iulianus : « Dic michi, Barbare, et
manifesta que sunt magie tue ; quod si negas et non supplicas diis,
alia tormenta pacieris. » Sanctus Barbarus dixit : «Inique et impie,
qualiacumque tormenta michi imposueris, non me habes terrere
et emolimentum tuum quasi ex nichilo non timebo, quia habeo
3o confortatorem meum celestem dominatorem Ihesum Christum, qui
potest exsolvere magias tuas et cogitationes tuas et confortare me,
ut non timeam tormenta tua et non negabo dominum meum Iesum
Christum. »
9. Tunc precepit in claustra mitti scorpiones duos et aspides
35 «seu ! 5 serpentes et dixit ad eum Iulianus : « Barbare, numquid
et serpentes obediunt tibi? » Sanctus Barbarus respondit: « O
! supplevi, cod. om.
298 LES ACTES DE S. BARBARUS.
&pr0c BápBapog etmev: « "Q dmigTe koi memÀnpupnéve móOnc dbi-
Kíag xai àvouiag, dàvónre, Óó ul Tnpüv Tiv To0 Oeo0 bóvanv:
é[U) Ó6€ éNriZu eig róv begmórnv uou 'lIngoO0v XpicTOv TÓv mapa-
OTa0Évta qoi eig TàOaG Tüg Tiuupiag Gou * eig aUTÓv Yàp
mémOI0q TÓV TtOl00vTa £Àeog xai AurpoUnevóv ue xai ék TOUTUV 5
Tiüv Onpíuv.» Tóre 'ouMavóg éxéAevcev éveyOfjva: rà Onpía xai
&roÀuOfvar émóvu aUTOÜU: kai mpocópauóvra Tà Onpía rrepiéAet-
xov tà méMiara ToO dqíou Bapfiópou xarà xéAeuciw Xpioro0. 'O
ó€ dyrog; BápBapog dvapAéyag eig tróv obpavóv perd bakpüuv
&Nepev* «. Eoxapio TU Goi xópie 'IngoO0 Xpioté, Óti karn£íucÓG ue 1o
[(vupigOrnva: UrOÓ Tüv Épmerüv ToUTUV.» Kai GTpageig ó áy[10c
Aépet Toig éÉpmeroig Tfjg Tfjg: « '"AméA0ere eig Tóv TÓmOov Übguüv xai
unóéva dbixonre. » Kai e600g àvexópnoav Trà Onpío.
10. 'lbuüv € ó 'lovMavóg ór1 o0bé rà Onpía abtóv fjbikncav,
éveóg Yevópevog éAoyíZero év éauTÓ) émi dpag ó00* « Tí mowjcu rs
TÓÀ Auuedvi ToUTU, Órt Bácavog aóro0 oUx ürmrTerati ; » Koi mpoc-
Kolecáuevog Tóv àv10v BópBapov, Aéyei aUtU) * « 'Apkei goi Aormóv:
(óci£ag Tüg YTonreíag Gov: be0po Aorróv émíGTpeyov émi Toig
Gvexouévoig 0eoig * ei 5€ ur) BoUMe, bewvorároi; Bagávoig Ge áva-
Mogu.» "'Amoxpiücig 56 ó d[t0g eimev aUTÓQ : « 'Aváckagpe xai2o
infidelis et omni iniquitate replete et stulte, nesciens virtutem Dei.
Ego fiduciam habeo in Christum dominum, qui astitit michi in
omnibus tormentis meis; in eo habeo fiduciam, qui facit mecum
misericordiam et liberabit me de istis tormentis et serpentibus. »
Tunc ipsi serpentes ceciderunt ad pedes sancti Barbari martiris. 25
Sanctus vero Barbarus elevans oculos suos ad celum cum lacrimis
dicebat : « Gratias tibi ago, domine Iesu Christe, quia dignum me
fecisti tua sancta gratia, ut et isti serpentes michi ignoscerent et
illesum me sinerent permanere » Tunc sanctus Barbarus dixit ad
serpentes : « Ite ad loca vestra neminem ledentes. » Et abierunt. 30
10. Videns Iulianus quod neque serpentes in eum lesionem
fecissent, stupefactus est. Et cogitare cepit intra se quasi horis
duabus et dixit: « Quid faciam de isto sceleroso quia tormenta
eum non ledunt ? » Et iterum vocavit sanctissimum Barbarum et
dixit ei: « Barbare, sufficit tibi ; demonstrasti enim magias tuas. 35
Nunc redi ad benefactores deos et dona michi quasi patri iniuriam
tuam ; quod si non vis, patenter tormenta pacieris. » Respondens
sanctus Barbarus dixit ad eum : « Stulte et ignorans Deum, tot
LES ACTES DE S. BARBARUS. 299
G0ce, roOaUTac ocóvoug xai aikiguoUg émüve[kág uoi koi éx
TüvTUv éppücarÓó ue Óó Kópiíóg gov * xoi vOv beworárag agá- Ps. 33, 20.
. VoUG dmi; pot éàv uf 000u roig Ocoig gGou; uf büm pot
Kópiog moifjco: ToOTO * o) Gp u karaAetyu Tóv Ocóv uou TOV
5 bóvra pot tO Zfüv xai pucóuevóv ue éxk mávruv Tüv pacávuv
Oov. Aorróv O oibag, facue0, npàrte. » Tóre ünmofáMAei Óó. Xora-
vàg eig Tv kapbíav ToO Tupávvou xai éxéAeuge xaXAkoüv poüv Ümo-
koíec80oi: ecüTÓvug xoi év aóTQ AnOfnvat róv dyiov Bópfapov.
'O 6€ d[tog &A0Uv émi TOv Boóv, émoínce ró Gnueiov roÜ Orav-.
IOpo0 éri ToU perümou a)ToÜ koi outTUG ciofA0ev «ig TOv QoOv
Llpeo0cíong 5€ Tfjg pAoyóc, ó Bo0g mepiemáret. "loóvreg 6€ oi ÓyAot
órt Ó BoÜüg mepieráre, dig év Gefei' &Neyfov mpóg dAM]Aoug « Tíq
évvU Ort Ó xolkóg TepiemárqOÉ m0Te ; » '"EOaUuace O6 kai ó
BacueUg érmi ToOro. Alpvng oó0v éppé[n ó xyaMkoüg oü0c, kai
I5épávn ó ToO XpioToO. dOAnTg nunóév ? memovOde. 'lóvreg 5€ ol
Óxhot ÓTi oUK ékupíeucev aóro0 TÓ mp, ÉkpaZov Tóc kÜptov
TOV Oecóv Aéqpovreg * « 'Elénoov fjuàg, küpie ó Oecóc, xard TO
uéya Gou CAeoc, ó Oeóg ó &ià. Bapfápou moubv Oavpuácia. » 'Enic-
TeuGav Oóé éri róv Küpiov mÀr0n moMaà.
20 ! lectio non udmodum certa, — ? unbév ev cod.
tormenta michi intulisti et de his omnibus liberavit Dominus ; et
nunc minas profers michi, si non sacrificabo diis tuis. Non faciat
michi hec Deus, quia non derelinquam neque negabo dominum
meum, qui dedit michi vitam et liberavit me a tormentis tuis, Ergo
25quod vis, rex, age. » Tunc diabolus misit in cor tyranni Iuliani
et iussit ereum bovem nimis succendi et in eum mitti sanctissi-
mum Barbarum martirem. Sanctus vero et famulus Christi Bar-
barus veniens ad bovem fecit signum sancte crucis in fronte sua,
et sic introivit in bovem ereum et ignis qui erat in bove quievit et
3o ipse bos cepit ambulare. Videntes turbe bovem ereum ceperunt
dicere intra ! se : « Quis unquam vidit bovem ereum ambulare ? »
Et miraculum factum est magnum in hoc facto, Et rex turbatus
est, et subito bos excisus est et apparuit famulus Christi qui erat
in eo. Videntes vero turbe quia non dominaretur eum ignis, cepe-
35runt clamare et dicere : « Miserere nobis, Domine, secundum
magnam misericordiam tuam ; tu es Deus, qui per beatum Bar-
! infra cod.
300 LES ACTES DE S. BARBARUS.
11. Koi ibuv ó Tüpavvog Ótri molAoi émicTevGav émi TÓV
Küpiov kai Óri oU 5óvarat ueramoijcat 1Tóv &qov BápBapov, Oupo0
xai ÓpTfjg mÀncOeig ékéAeucev GupOrnva: TO Bfjkov. Kai Gcugufov-
Aevcáuevog óóypa é£Qyayev kxorà ToU dyíou Bapfópou Toto0TOV
Aéryuv * « Bópflapov ó0errjcavra ToUg Ocobüg xai mpoceA0ó0vra TU) 5
XpigTU xepaMi Tuuwpía ómoXéo0ai xeAeUopev. » Kai Aafüv tv
dmógpaciv ó óqiog rnÀOev émi TrÓv mpoke(uevov TÓmov xaípuv.
'lóuv 5€ roAioUg xpi Tiavoüg dkoAovuOo0vrag kai bakpoovrag, cimev
TÜ karéyovrt a0TOv OrpanuT * « Meivov guikpóv, Órug Trpoo-
eU£ouai . » Kai égrug mpocnü£aro oUtuG: « Kópie 'Inco0 XpioTéÉ, 10
ó Bon8rcag nor mÀejgTókig, dmróbog rU facue lovXavi, küpie
Tavrokpdrop, dOGvare facue0, airoO0uat Tv Ocrnv dya0óTmqTO *
Tapagyou TÓ ÉAeÓóc Gov, kai óóg xópiv TÀ óÓvOnarí uou, iva Tüg
&vOpuroc Ééyuv Bpaxyó Tt TOU Aeupóávou pou gi éméA0Q ém aUTÓv
vógoc gfüjte óaiuuv mapevoyljiog aUTóv more: Mi ém&0Q ém 15
aUTOV xóÀaZa ! ure Ougóc* dÀÀd ei kai rjoumjOn moté, 5óg xápiv
Tí ÓvópgaTi uou, iva vüg Ó uvnuoveuuv pou * xai rou)v Tv d0An-
! xdÀaEa cod. — ? poi cod.
barum facis mirabilia. » Et crediderunt in illa die in Dominum de
turba multi. 20
11. Videns tyrannus Iulianus quia multi crediderunt in Dominum
et quia non potuit ad se convertere sanctum, ira et furore repletus
est et iussit ante faciem suam adtrahi velum, et cepit consiliari :
« Iste qui negavit deos, capitalem sententiam subeat. » Et adduxe-
runt illum in locum ubi decollandus erat. Ille autem gaudens vidit 25
christianos multos sequentes et lacrimantes «et !7» dixit ad milites
qui eum portabant : « Patientiam habete in me, donec orem. » Et
stetit et oravit : « Domine Iesu Christe, qui semper adiuvisti me,
redde retributionem Iuliano; domine Deus omnipotens, immortalis 30
rex, quod ego postulo a te prepara michi ; Deus celestis, da gra-
tiam corpori mco, ut omnis homo qui habet de reliquiis meis non
veniatsuper eum infirmitas neque demon perturbet eum aliquando,
neque veniat super eum grando nec ira tua, Domine ; et si iniusta
patitur a qualicumque homine, esto ilius adiutor et refugium. 35
Domine, da nomini meo gratiam ut omnis qui invocat * me et
facit meam commemorationem exaudiatur in die angustie dum
! supplevi, om. cod. — ? invocant cod.
LES ACTES DE S. BARBARUS. 301
Civ pou, érakovgOó ?) év bixacThpíu fj év Ortcvoxupia, eire érmi
Yfig €re éri 00ÀdGcO0ng. »
12. Kai nA6ev abtU quvr| rapà Kupíou Aéyovca * « BápBape, ó
0ncaupóc ó riutoc, ó GTépavog ó àuapóávrivog, eiankouc0n f oén-
5G0í; Gou xarà ró airuá Gov * oUTug xai vevfjgeroi Oo, xai oU
ur Aumrgu Ge «ig róv aidva. XU € dvarauovu, ó roig pou, koi
óce0po el0€A0e eig trjv BagiAeíav Tv oUpavüv.» Kai raÜTa ciróv-
Tog TOU Kupíou, eumev ó dápi0; Báópfapog TÀ OTekouAóTopi:
« AcÓ0po, Aorróv Téuve T'|v kepaMrv gov. » Kai TpoGeA0Uv Ó grme-
IoKOUÀdtup éÉreuev tü|v kepaMv aUTOÜO, kai éreAeujOn auToO fj kal
uaprupía. TTapareváuevog 5€ oivi£ ó ériokorog x9rjoaro rTó apa
toO dyíou Bapfápou xai drméOcero aUTÓ év Aópvak, oikobonngag
kai TÓ paprüpiov aUTODO éÉv mÓAet Aeyouévn Mo8óvn. '"Enoprüpnoe
ó€6 ó &yiog Báppapog unvi uaiw n', éri Bacuiéug "lovMavoO ToO
I5TUpdvvou, karàü 56 fjuüg Bacueóovrog roO xupiou fudv 'Inco0
XpicTo0, d) ^j 5ó£a kai TO xpárog eig Toug aiivag Tv aiujvuv,
durlv.
'Eràno0n cov Oei T0. uaprópiov roO. àáyviou BappBápov.
invocaverit me, sive in contentione sive in angustia sive in terris
20 aut in mari, exaudi eos velociter. »
12. Et subito venit ad eum vox a Domino dicens: « Barbare,
famule meus, thesaurus pretiosus, corona immarcessibilis, exaudi-
vit Dominus Deus deprecationem tuam ; per me ipsum iuro et per
angelos meos quia secundum postulationem tuam fiet tibi et non
25 contristabor te in eternum. Tu requiesce, electe meus, et veni ad
regnum celorum. » His expletis, sanctus Barbarus dixit ad spicu-
latorem : « Age quod cepisti et tolle caput meum. » At veniens
speculator tulit corpus sanctissimi Barbari martyris et completum
est per gladium martirium sanctissimi Barbari martyris quarto
3odecimo die mensis madii. Et factum est ut episcopus Felicius
peteret corpus sancti Barbari martiris Christi ; et posuit illud in
monumento et dedicavit martirium eius in civitate que vocatur
Muthonis, in diebus Iuliani tyranni regis, regnante domino nostro
Iesu Christo qui cum patre et spiritu sancto vivit et regnat in
35 secula seculorum. Amen.
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE
À HELIOPOLIS.
L' « autobiographte » du Pseudo-Denys est proprement le récit. de sa
converston au christianisme. Voici en abrégé, comment le sot-disant
aréopagtte la rapporte :
Un jour dans sa jeunesse, se trouvant à Héltopolis (de Syrie), 4l y
fut témoin d'une éclipse de soleil accompagnée d'un tremblement de terre
et d'autres Dhénoménes terrifiants. Aprés avotr inutilement. essayé de les
expliquer par une cause naturelle,il eut recours aux enseignements occultes
de l'astrologte. Alors, dans une sorte d'évocatton mystagogique, 1l entre-
vit que ce bouleversement de la nature. était déterminé par la mort d'un
dieu fail. homme, qut, à ce moment méme, avail. été crucifié par. les
Juifs. Quatorze ans plus tard, S. Paul. vint annoncer. V vangile aux
Athéniens. En V entendant raconter la passion du. Sauveur, Denys se
ressouvint de la. vision d' Héltopolis, dont 1l avait gardé une relation
écrile. Il compara son propre mémorial au. récit de l'apótre : toutes les
tndicattous y concordaient de. poinl en. point. A. cette preuve. évidente,
l'aréopagite reconnut la vérité de l'évangile, et, sur le champ, 1l demanda
le baptéme, qu'il requt de la main de S. Paul, avec tout le peuple
d' Athénes.
Telle esl U histoire que le soi-disant Denys met en scéne avec une liberté
d'invention audacieuse et grossióre, dont on pourra juger par le lexte que
nous allons traduire. Quant à l'histoire elle-méme, clle n'est pas neuve.
Elle appartient au plus. ancien fonds de la. littérature pseudo-aréopagi-
tique. La lettre à Polycarpe la anentionne incidemment, en des. termes
qut semblent supposer un récit déjà connu (1), mais qui peuvent aussi
(1i) Eimé 5é abr * TL Aéfeig Ttepl Tfjg év tij. Gowtnpiu oraupü vefovuiag
ékAelyeuc ; duporépu dp TÓTe karà 'HhioímoAÀv dua trapóvre ve kal ouve-
OTÜüTe Tapabórug TU) fiu Tr|v oeArvnv épmitroucav éuptbuev — oU à Tv
Ouvóbou Katpóg* — ab00íc ve aótrjv dmÓ Tfjg évvdtng pag üypr Tf)g éomépag
€(; TÓ ToU h^Aiou biduerpov Üreppuug dvrixaraotácav. "Avduvnoov bé r1 xai
€repov aüTÓv* oibe vàp Oti kai T')v éurruotv. abtr|v é£ àvaroÀAuv éupdkauev
àptauévnv kal péxpi ToO fjakoü Téparog éA0o00av, eira dvamobícacav xai
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 303
avoir été calculés bour dissimuler, sous une alluston ficitve, la supercherte
du faussaire. Quot qu'il. en sott de sa premiere origine, la fraude parti-
cipa au succés déconcertiant des auvres du. Pseudo-Denys. On retrouve
l'éclipse miraculeuse d' Héliopolis à travers toute la tradition, qndéfimi-
meni ramifiée, qui prend naissance dans ces apocryphes célebres. Il n'y a
Bas st longtemps qu'elle a disparu pour tout de bon des traités d'apologé-
lique. et. d'exégése (1). Aussi faudrait-tl. de. vastes recherches pour
déterminer la. place exacte qui revient à I! « autobiographie » du faux
aréopagite dans le développement de ceite légende. On nous pardonnera
de n'avoir bas envisagé dans toute son ampleur | ce sujet assez peu anté-
ressant. Quelques observations insiructvves, auxquelles se fróte notre
document, beuvent étre dégagées sans un effort aussi démesuré.
L'autobiographtie est. présentement connue. en quatre recenstons diffé-
rentes. |
I) Une version copte-saidique, dont un. long fragment a été publié et
iraduii avec un commentaire philologique, presque toujours excellent,
par M. O. von Lemm, d'aprés le manuscrit copte 129!* de la Bibliothe-
que Nationale de Parts (2). Ce manuscrit, dans son. état actuel, se com-
pose de 10 feuillets de papier. M. Amélineau en date l'écriture du XV«
siécle. M. von Lemm sé range avec quelque réserve à la méme estima-
lion (3). Les pages sont numérotées (K€) — 34 &. $&€ — **&.
Le texte débute à peu prés vers le milieu du récit. Il est interrompu
par une lacune. de quelques lignes, 1uste à l'endroit oi se. termine la
rédaction syriaque dont nous allons parler. Les quatre dernióres pages
sont occupées par une sorte de priére lyrique ou de louange à Dieu,
auieur de la sagesse. Ce développement oraloire parait se vattacher
imanédiatemenl à. [a partie narrative. Il est. impossible de deviuer. com-
ment 4l se lerminait ou de quot 1l élatt sues.
Ce texte copte est. une traduction du. grec. Il. est sensiblement "m
a00ig oUK ék ToÜU aíroO0 kai rr)v éurruoiv kal Trjv dvakdOapotv, àÀÀY ék. 100
katà óiduerpov évavríou Terevnuévnv. Tooabtd éori «ré. P. G., t. III, p. 1o8r.
Sur l'origine de ce motif légendaire, cf. J. SriatrMAYR, Zur Lósutig « Dionysischer
Bedenken », dans BvzaNTINIsCHE ZEiTSCHRIFT, t. VII (1891), p. 108-109.
(1) Voir Cornelius a Lapide, qui a servi de source à la plupart des modernes,
Commentaria in. Matthaeum, c. xxvir (Antverpiae, 1732), p. 541-42 ; Commen-
taría in Actus apostolorum, c. xvi1 (Antverpiae, 1717), p. 277-78. — (a) Eine dem
Dionysius Arcopagita zugeschriebene Schrift i koptischer Sprache, dans BULLETIN
DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DES SCIENCES DE ST.-PÉTERSBOURG, 5? série, t. XII
(1900), p. 268-306. — (3) T. c., p. 268.
304 . LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
développé qu'aucune autre. des rédactions connues. Il se peut que. le
traducteur y ait ajouté du sien, mais, plus vratsemblablement, les lon-
gueurs qut caractérisent sa. recension appartiennent au modéle qu'il a
reproduit, car elles renferment plusieurs singularités d'expression qui
ont l'air d'hellénismes mal traduits. A cela prés le copte me présente rien
de trés original. La ville os se passent les. événements est par. deux fois
appelée We AWa.g, (1) transcription de Ba'lbek. La forme de ce nom
et le nom lui-méme ont quelque chose d'assez imprévu dans une version
copte d'un texte grec. On n'en pourrau évidemment pas conclure que le
nom d' Hélopolis ou [a périphrase équivalente : « ville du soleil » était
omise dans ce dernier. Il. n'en est pas moins étrange qu'un. traducteur
égyptien n'ait. pas songé d'abord à Héliopolis d'Égvbte ; d'autant plus
que c'est bten en cette ville que l'inventeur de la lérende, ou du motns la
tradition dont 1l a créé le théme, semble avotr situé le lieu de la scéne(2).
]l convient. également de relever l'expression suivante : WCJC4*0C
2e (vHpeqo irzaquene sn wóinuiSe dutebocunp
fraevoxeone ez768e mnovie idiXvci24vpo? $0:0q4:
omnis iste terrae motus et astrorum perturbatio quae acciderunt
propter Deum qui crucifixus est (3). Cette formule est mnanifestement
«n écho antidaté de la célibre coniroverse théopaschtte. Elle ne se lit dans
aucune des autres recensions connues de. l'autobtographie. Il. serait
intéressant de savoir comment elle s'est glissée — ou matntenue — dans
la traduction copte. Au reste, on ne saurait, en bonne logique, en tirer
une indication précise ni sur la date nt sur la provenance du document.
2) Rédactton syriaque. On en connait trois exemplaires. M. le pro-
fesseur M.-A. Kugener, qui les a publiés cette année méme dans l'Oriens
christianus (4), les groupe en deux rédactions. La premiere est contenue
dans le manuscrit. British. Museum. add. 12151. Deux. autres manus-
crits représentent la seconde : ce sont le manuscrit Drilish. Museum add.
14645, el celut de la Dibltothéque Nationale de. Paris, svriaque 255.
Ils se distinguent lun de lautre par des variantes à peine moins. tran-
chées que celles par oi ils s'écartent, chacun pour sot, de la rédaction pré-
cédente. S1 l'éditeur, dont on connait. l'urréprochable méthode phtilolo-
gique, les a réunis en un groupe distinct, c'est, croyons-nous, pour. un
(1) VoN LEMM, t. c., pp. 270, 275. — (a) Voir ciaprés, p. 319, n. I. — (3) VoN
LEMM, p.270. —(4) Use autobiographie syriaque de Denys l'arcopagtte, dans ORIENS
CHRISTIANUS, t. VII, p. 292-348. Ce tome, qui porte le millésime de 1907, n'a paru
effectivement qu'en 1910.
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 305
molif d'une autre portée, sur lequel. mous demanderons la permission de
«ous expliquer plus loin.
3) Rédaction. arménienne. Elle débule à peu prós comme le texte
syriaque (1) ; c'est. malheureusement tout ce que l'on en. pourra dire
jusqu'à ce qu'un arméniste ait la complaisance de nous la faire connaitre.
Mats le colophon dont elle s'est suivie dans certains manuscrits, contient
une indication. précieuse. Le voici: JJ ju upanmf ie. [d [n | o p pju
o) bre nap l untpp puiquipü [p pocnuq Ei bp ["p-
daihblusp do gmadpafoo b aba aulparifu. — bali hi Mh pu
$upjng : Haec historia sancti Dionysii in sancta civitate
Hierosolymis e graeco sermone in visacan translata est ; in
nostrum autem eam transtulit Iohannes medicus, anno Ármenio-
rum CCCXXIX. Un autre exemplaire porie :.— [f jui apanmfii.
P be D mtb bru upprnJ l uini. pu 'H prreuuig Lit [^ "ps-
i'uilolru p bob y Jdulparh. [4 l ilr pus [!wpaitis.
Haec historia sancti Dionysii in urbe. Hierosolymis a. presbytero
graeco translata est ; in nostram autem (linguam) transtulit (eam)
Iohannes medicus anno Armeniorum CCCXIX (2).
La premióre de ces deux molices est rendue obscure par le mot
if pra alqufin , auquel on ne trouve pas de sens acceptable. Le P. Dashian
en fait abstraction el s'en tient à une interprétation qui permet de laisser
la difficulté sans réponse. D'aprés lui, la traductton de Tean le médecin a
élé faile directement sur. le grec (3) et ne dépend pas de la version qui
est désignée par celle expression énigmattque.
G. Zarbhanalian entend la phrase tout autrement : Phistotre de Denys
a été traduite d'abord. du grec en. «f [on funlqurhi , c. c'est cette version qui
ensuile a élé mise en arménien (4). Il faut reconnaitre que cette seconde
(1) J. DasutaN, Catalog der armenischetn. Handschriften in der. Mechitharisten-
Bibliothek zu Wien (Wien, 1895), partie arménienne, p. 224. — (2) J. B. Avcuzn,
Lfudpuuruip iuipp li afpungupurunc d fi uppng s Pleniores Vitae Passioncsque
sanctorum, t. VII (Venetiis, 1813), p. 17r. Sur les manuscrits d'oü proviennent
ces deux notices, voir ibid. t. XI (18r4), p. 71-72. Cf. G. ZARBHANALIAN,
Varia bn ur prr Rug pulp [Burpqulurhinc [B bufig uurfjuliburg s. Bibliotheca vete-
yum interprctationum armeniarum (Venetiis, 1889), p. 382, et Dasutaw, t. c.,
p. 224. — (3) DasHtaw, t. c., p. 34 de l'abrégé allemand. — (4) Gnd ^5uriibu
uinicurini] pd) fp, np vppnyu (hinibujnuh: uj d Bip quib an] b
ANAL. BOLL. XXIX. 20
5306 . LA VISION DE DENYS L'ARÉOLAGITE A HÉLIOPOLIS.
tnlerprétation s'accorde mieux avec le contexie. On ne voit pas à quot il
seri de rappeler,à propos de la verston arménienne, une autre version dont
elle serait tout à fait indépendante. Mais quelle peut étre cette langue sur
laquelle un. traducieur arménten exerqgait sou art au. IX*. siécle ? Nous
nous permeltons de suggérer. que ef [esfuailgufts ressemble d'assez prés à
if pier ailpafhy « ibérien » ou. « géorgien », pour qu'un copiste s'y soit
trompé. Áu prix de celle correctton, en somme assez plausible, le texte
se comprend sans. difficulté. Il n'est. pas déraisonnable de s'attendre à
voir reparaitre quelque Jour une version géorgienne de lautobtographte
qui confirmeratt cette conjecture.
Quant à la seconde notice, Zarbhanalian, qui a vu le manuscrit d'ou
elle est tirée, semble la tentr pour non avenue. En fait, elle a tout l'air
d'un remaniement artificiel et malencontreux de la. mottce précédente.
Le copiste aura cru reconnaitre dans le mot df nduulparh | n. dérivé. de
ifi&slt, kMpoc, et pour. plus de précision, tl aura remplacé « clerc »
Bar « prétre ». Seulement, 4d néglige tout à fait de nous dire sur. quel
texte a travaillé ce « prétre grec », et en quelle langue il l'a traduit. On
peut supposer — conformément à une opinion que nous disculerons plus
loin, — que le dit prétre grec a traduit le document du syriaque en sa lan-
gue maternelle. Mats le. libellé de la notwe ne le dit pas et, pour cette
raison, 1l ste dit exaclement rien du tout.
Quot qu'il en sott, deux choses restent cerlatnes jusqu'à présent : Ü'his-
toire de l'Aréopagite a. été mtse en. arménien en. 880 (ou. peut-étre en
969) ; et cette traduction a été faite d'apres une rédaction grecque ou
d'aprós une recension traduite du grec.
4) Rédaction arabe. Il en. existe au motus un. exemplaire dans un
manuscrit de Paris, Bibiiothéque Nationale, arabe 212, fol. 122-154,
lequel est daté de l'an 1601, et, semble par son contenu éire de prove-
nance égyptienne (1). Nous n'avons pas eu loccaston de l'examiner.
Mais à défaut de ce document, 1l nous est tombé sous la main un abrégé
Jaoiuulpuribn iin juupbu b v. ho[nulquii (?) 5j Epnb Marpqufurhbg ( durfqur-
fpurii 5i nuppned bui, upuniaifrii dea s Historia. litterarum armcntarum | anti-
qutorum, cd. 23, (Venetiis, 1897, p. 530.)
(1) Voir le catalogue du Bon de Slane, p. 53. Mgr Chébli s'en est servi pour
éditer le traité de Sévére d'ASmunain contre Eutvchius (cf. Patrología orienta-
lis, t. HI, p. 120). Il ne donne aucune indication complémentaire sur le ms,, dont
il semble nc pas faire grand cas.
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 307
arabe de l'autobiographie, qui a été incorporé dans une histotre. du
Pseudo-Aréopagite. Elle se trouve dans un manuscrit récemment acquis
par la bibliothàque de la Faculté Orientale de P Université Saint- Joseph
à Beyrouth, et dont nous avons déjà eu l'occaston d'eniretentr nos lec-
feurs (1). |
Ce volume est composé de deux manuscrits sur papier, d'áge inégal et
d'écritures. différentes, lesquels ne tiennent l'un. à l'autre que par. la
reliure. Celui qui nous. intéresse peut élre vieux de deux stiécles environ.
Il comprend 1^ (fol. 1-54), la Vte de S. Euthyme dont 11 a été. ques-
tton ic; méine ; 2? (fol. 54"-104), les miracles de S. Basile ; enfin
3" (fol. 104*-120), une histoire de S. Denys l'aréopagtite dont la compo-
sition. n'est pas longue à détailler. D'abord, un préambule, ou l'auteur
prend occasion du savoir encyclopédtque attribué à son héros, pour explt-
quer à sa manióre l'invention des aris et des sciences el comment ils appa-
rurent. chacun en un. pays déterminé. Il. est probable que cet aperqu ne
vieni pas de lui et. qu'avec un peu. d'application on. cn retrouverait la
source. Áprós ce hors d'auvre, le narrateur tourne court et revient par
une transition artificielle à Denys et à son histoire.
Cette histoire, qu'il. prétend. avoir. écrite. d'aprés des renseignemenis
recueillis sur place à. Athénes méme, est en. réalité faite de deux ptóces
qui ne lui ont cofité ni l'une ni l'autre un. ausst long voyage. L'expost-
Lion rappelle à grands traits, d'aprs les données de l'autobiographte,
comment Denys, fils de l'illustre Socrate, fut voué par ses parents au
citlle des idoles, et fat tusiruit dans tous les arcanes de la sagesse antique,
avant d'élre éclairé par la fot chrétienne. Puis. le narrateur s'interrompt,
et interpellant Denys en personne, dans une apostrophe on ne peut plus
gauchement simulée, 1l le prie de. raconter luj-méme ce qui lu$. advint
aprés son enirée au lemple des faux dieux.Et gráce à ce puéril arttfice de
rhétorique, 11 insére en propres termes, dans sa rhapsodie, l'autobtogra-
- phie du faux Aréopagite, sans qu'il lui en cote seulement le soin de met-
ire le récit à la troisiéóme personne.
La seconde partie du récit est un plagiat comme la premire. Elle est
empruniée à la. Passion de Denys attribuée à. Métaphraste (2) et répóte
trait pour trait la légende connue : mission de U' Aréopagite en Gaule, son
arrivée à Paris et son martyre en compagnie de Ruslique et d' Éleuthére.
. Cette juxtaposition de deux légendes disparates, sinon contradictotres,
donnerait lieu à quelques observations intéressantes, mais qui sortent du
cadre de la présente étude.
(x) Anal. Boll., t. XXVIII. p. 494-95. — (2) 3BHG?. 555.
308 LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
Le texte. arabe de l'autobiographie, tel qu'il se trouve rapporté dans
nolre manuscrit, est un. abrégé, sott que le compilateur y ast fait. des
coupures, soit qu'il ait utilisé une recension. déjà écouriée. Sous sa forme
actuelle, il est facile d'y reconnaitre une traduction. du. grec. Le tour de
phrase hellénique s'y devine à travers l'arabe, et plus d'une expression
doit étre retraduite en grec pour devenir inielligible. Exemple,au S 5,les
snots: s1& Al FTN. uu OV et au S 18, LS ll SAI Uem de
Par le contexte, par le parallélisme des autres. versions. et, à. leur
défaut, par l'alluston évidente à un. passage des. Actes des. Apótres (ch.
XVH, 53), il. est clair que ces mots se rapportent à l'autel « du. Dieu
inconnu ». Or. AS s ne peut étre ict que le pluriel du. s] qui signifie :
lerire ou mamelon. Le iraducteur. s'est visiblement snépris sur. le sens
du mot gwpóg. In&tile de nous. attarder à. chercher d'autres exemples :
noire texte n'est ceriaimmement que du grec iris mal habillé de mots
arabes. |
On peut ajouter que la rédaction d'ou 4l dérive était apparentée à la
recension. D. de M. Kugener, et plus. spécialement au manuscrit. Brit.
Mus. add. 14 645 (M); car, en deux endroits au moins, elle se rencontre
avec ce dernier à l'exclusion des deux autres. Les voici:
89: yy c£ gl oll à Coa); —M:
rcs. dre vom usa eeN mi em» (axo : et incessi per
itinera quae sunt sub terra; L et P: tmo» ra B MAC NT.
ea exei ;: et incessi per itunera inferiora.
Did: 5, cL QE wl, — M: qua Óuda oc nale
més. ir: et mare illud quod est sub terra ; L el P : ea 208
ré.d só ca : et mare illud inferius.
X UE v Jas Cil ) T3 DET : et legebam
(ulum) cum auctoritate inter sapientes — M.: óduaco $a».
PARCI e. Qcnat932 : coram cis legebam cum potestate.
L ei P ometient ce. dernier snot.
Cette. concordance littérale se broduisant par. deux fois sur un "détail
jrécis ne. saurait. étre fortuite. Et la. conclusion. qui s'en. dégage est
rendue plus vraisemblable pas. d'autres indices, sur lesquels, d'ailleurs,
4 n'y a pas d'intérét spécial à insister dans l'état présent de la question.
Voyons maintenant ce qu'il. est. possible de savoir quant à l'age et à
la provenance de notre document. Les quelques points de repóre ceriains
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 309
que nous avons pu relever, n'autorisent pas sous ce rapport une esbérance
bien assurée.
I? L'autobiographte fut traduite en arménien, à "Térusalem, par ean
le médecin, en 880 (ou 869). D'ou l'on peut. conclure, ce semble, avec
assez de vraisemblance, qu'elle n'était pas. comprise dans la verston. des
euvres du faux aréopagile exéculée un siócle et. dem? plus 161 par
Étienne de Siunie (x). Run ne permet. d'al'er plus loin et d'affirmer
qu'Étienne. ne l'a pas traduite parce que le lexte grec. m'existait. pas
encore à cetle époque
29 Une des traductions syrtaques de l'autobtographie se trouve dans
un manuscrit daté de l'an 804 de noire ere, à savoir le ms. Drit. Mus.
add. 12151 (le codex L de M. Kugener) (2). On remarquera qu'elle y
fatt. suite. à une collection des Areopagitica copié(e d'un exemplaire
transcrit ou compilé au siécle précédent par Phocas bar-Sergius d' Édesse.
Le diacre Georges, qui a calligraphié l'add. 12151, a méme reproduit
textuellement la note ltbellée bar. Phocas au moment oi. il. achevatl son
travail (3). Ce colophon précéde immédiatement intitulé de l'autobio-
graphie, ou, pour conserver la rubrique. méme du. diacre Georges,
« l'histoire de Denys, l'ancien juge de U Aréopage ». On peut en déduire,
el celte fois avec une entióre certitude, que l'autobiographte n'appartient
pas à la collection. lranuscrite ou. colligée par. Phocas. Ainst donc la
rédaction syriaque de. cette pice était encore, au VIIIe stécle, tgnorée
d'un leitré qui avait fatt des Areopagitica son étude spéciale, C'est au
moins une grave raison de soupconner qu'elle n' existait pas.
3* Au milieu de VII* siccle, S. Maxtme le confesseur. n'en connais-
sait. pas davantage le texte grec. Ses scoltes sur les a'wvres du. Pseudo-
Denys comprennent un long commentaire de la. lettre à Polycarpe (4)
dans laquelle le soi-disant aréopagite parle de léclipse, dont 11 aurait
élé témoin avec Apollophane, pendant son séjour à Héliopolts (5). Ce
commentaire ue fait pas la plus lointaime allusion à un autre réctt oii
Denys aurait relaté les mémes faits avec plus de détails. Bien plus, il
est en contradiction flagrante avec les données fondamentales de l'auto-
biographie. Du reste,entre cette derniére et la lettre à Polycarpe, l'uncom-
patibilité est compléte et 1rréductible. Maxime admettant Dune devait
rejeler l'autre ; mais il serait inexplicable qu'il eit omis de mentionner,
ne fül-ce que pour la déclarer apocryphe, une relation. développée des
(1) DAsHIAN, t. c., abrégé allemand, p. 155, cf. p. 133.— (2) WRiaur, Catalogue,
D. 493. — (3) WRianT, ibid., p. 495-96. — (4) P. G.,t. IV, p. 536-44. — (5) Voir
ci-dessus, p. 303.
310 LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
faits dont il s'occupatit ex professo. Son silence prouve qu'il ne la con-
naissait pas. |
La scolie sur la. letire du Pseudo-Denys à S. Jean n'est pas moins
décisive. S. Maxime y fait. un calcul chronologique, dont le point. de
départ est que l'aréopagite devait étre dgé d'à peu prós vingt-cinq ans lors
des événements. d' Héltopolis ; et 1l base sa supposttion. sur cette circon-
stance que Denys, à cette époque, n'avait pas encore achevé ses études :
"YnoO0uuev 5é TOÓv Ociov Aiovüciov, Óre rà émi TU Gravpu ToD
Kupíou eibev, elvat ke' érüv, áre oiuat kai éri áva[ivckovra (r).
C'est tout. Si Maxtme avait lu l'autobtographte, $1 ne pouvait. négliger
plus mal à propos l'occasion d'en parler, ni la démentir tacilement avec
une inlention plus marquée. Mieux vaut croire qu'il l'ignoratt.| Ainsi
donc, aprés le milieu du VII* sicle — S. Maxime est mort le 13 aott
662 (2) — celle piéce énigmatique n'était pas encore arrivée à la connais-
sance de l'homme qui, pendant si. longtemps, avail poursuivt. avec une
curtostté passionnée, l'étude des Areopagitica. Ce est pas ume preuve
suffisante bour déclarer qu'elle était encore à naitre, mais c'est au snotns
une trés grave raison de le supposer.
4? Il faut ici prendre en considération un autre. document, dont
nous ous sommes systématiquement abstenu. de parler. Il s'agit de la
lettre de. Denys au. philosophe Apollophane. On sat que cette lettre,
dont l'authenttcité n'est plus défendue et ma jamais. élé sérteusement
défendable, apparait pour la premiere fois dans une prétendue traduction
latine. insérée par. Hilduin au. ch. xiv. de. sa Passio. sanctissimi
Dionysii (3). Jamais le texte grec n'en a. été retrouvé, Quant au texte
latin, son origine ne seratt peul-étre que trop facile à découvrir.
Le fameux abbé de Saint-Denys, qui a le premier exhibé cete fausse
piéce, est assez mal défendu par sa réputation contre. le soupcon de l'avotr
fabriquée. Nous. n'irons pas jusqu'à dire que la prévention est. acca-
blante, mais elle est certainement trop. vraisemblable, et parmi les. criti-
ques qui s'interdisent d'accuser. Hilduin, la. plupart sans doute ne se
(1) P. G., t. IV, p. 573. Comparer la scolie sur la lettre VII (ibid. p. 541): T'v
év A((ortru 'HiioUumoAtv. fauc qnoiv* ért Yàp óve[lvuakov ékei dua. À pro-
pos de la ville d'Héliopolis en Égvpte, qui est ici nommée par S. Maxime, nous
rappellerons que l'intitulé de l'autobiographie syriaque, d'apres le ms. M, porte
la méme indication, bien que Ba'lbek soit nommé en toutes lcttres dans le corps
du récit ; cf. KUGENER, t. cit., p. 342, cf. pp. 312, 320, 338, et supr. p. 303. —
(a) Voir E. MoxTMassoN, Échos d'Orient, t. XIII (19101, P. 149-54. — (3) BHL.
2172 ; cf. P. G., t. CVI, p. 33-34.
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 31I
chargeraient pas de le disculper. En tout cas, s'al nc s'agit que de dater
la lettre à Apollophane, c'est. au début du IX* stécle qu'elle appartient
Jusqu'à nouvel ordre.
Voict maintenant le passage par oi elle intéresse la recherche qut nous
occupe : «...penetralibus cordis mei (lux superna) infuditut tibi
memoriale piissimum recordarer, qualiter in Heliopoli, paene
coaeve mihi, ego quinque et viginti annorum fere tempus exsol-
vens, pariter morabamur, cum feria quadam sexta, ferme hora
etiam quasi sexta, luna se ei iniciente, sol est horribiliter obscu-
ratus, quia non Deus sed creatura, Dei lucis suae occubitu, lucere
nequivit. Questusque sum apud te, quid hinc tibi, prudentissime,
videretur ; ex quo prudentia tua respondit quod adeo tenaciter,
cordi mentis meae inhaesit, ut nulla obliteratione abradi nullaque
mortis imagine valeat aboleri. Obfusi namque orbe uniformiter
tenebrarum caligine tabescente, ut purgatum rediit solis diame-
trum, regulam Philippi Aridaei assumpsimus ; cumque repperi-
mus, quod et erat notissimum, eo tenus fatigatione ecliptica solem
pati molestias non debere .. praesertim cum lunae (luna ?) deesset
et nec conventus tempus propinquaret, aio ad te, peritiae vastae
sacrarium, adhuc nescius tantae rei mysterium : « Quid, inquam,
« speculum doctrinae, Apollophani, his secretis ascribis? » Ad
quae mihi tu inquiens omine divo, et non humani sensus sermone:
« Ista, o bone Dionysi, divinarum retributiones sunt rerum. »
Denique notatum feriae diem et annum, annuntiationi, quam Pau-
lus auribus nostris suspensis insonuit, signis acclamantibus con-
cordare expertus, dedi veritati manus et falsitatis sum nexibus
absolutus.... » (1) |
Il y a dans cet. extrait plusieurs détails dignes d'attentton. D'abord
l'áge vers lequel le soi-disant Denys. prétend avotr séjourné à Héltopolts
esi exactement. celut que S. Maxime lui attribue par conjecture. dans la
scolie qui vient d'étre rappelée (2). Cette coincidence peut w'étre que. for-
lue ; mais tout le. monde ne cousenttra pas à l'admetire. On. a méme
prétendu tnvoquer. ce parallélisme pour authentiquer la letire à Apollo-
phane (3). Le moindre. défaut de cette argumentatton est de. s'appuyer
sur tne fausse interprétation du texte de S. Maxine (4). Maxtme. donne
(x) Comparer une autre rédaction de la méme piéce, P. G., t. IV, p. 1119-22.
— (a) Ci-dessus, p. 309. — (3) Voir, par ex., la note de Pierre Lansel, reproduite
dans P. G., t. III, p. 1121-22. — (4) Traduction de Lanscl : Supponamus autem
sanctun Dionysium, quando ista propter. Domini crucem. prodigia conspexit,
312 . LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
le chiffre qu'al. propose, comme une estimation conjecturale, déduite. par
lui-méme d'une circonstance historique ou. prélendue telle. Si. l'on veut
absolument voir dans ses paroles une allusion. à un document écrit, à la
lettre à. Apollophane, non. Toutes les supposilions restent permises sauf
celle-là. Le plus simple est. d'admettre que la conjecture de S. Maxime
aura fait son chemtn et sera tombée sous une forme quelconque. entre les
maius d' Hilduin ou de son pourvoyeur.
Non motns digne de remar que est. la manióre dont le récit de l'éclise
est arrangé dans la lettre à. Apollophane. La. donnée fondamentale est
restée la méme que dans la lettre à Polycarpe ; mais deux détails au
moins rappellent. d'étrange sorte la mise. en scóne de l'autobiographie.
Comme duns l'autobiographie, Denys. et son. compagnon consultent un
ouvrage d'astrologte, espérant y. trouver la cause du phénomóne miracu-
leux qut les déconcerte. Comme dans. l'autobiographie encore, Denys
consigne par écrit une relation. authentique des événements. d' Héltopolis,
el c'est en comparant son procés verbal à la prédicatton de S. Paul, qu'il
est amené, dans la suite, à reconnaitre la vérité du. christianisme. Cette
fots 1l devient. difficile sinon tmposstble de croire à une pure coincidence.
La lettre à Apollophane et l'autobioyraphte sont les deux premiers docu-
ments oii apparaisse ce développement légendaire (1). Est-ce pas hasard ,et
comme par l'effet d'une inspiration identique, qu'ils se seraient renconirés
sur un délatl d'une telle préctston ?
Enfin nous ne pouvons manquer. de noter que la Vita sanctissiml
Dionysii, dont. l'auteur a — mettons : découvert — l'ébitre ad Apollo-
phanem s'est pas sans rappeler, elle aussi, certatues données fantaisistes
de l'autobiographie. De part et. d'autre, Denys. fait. ficure. de juge
supréme de l'aréopage et, en cette qualité, 1l cite S. Paul devant son tribu-
futsse. viginti quinque annorum. quemadmodum | me adhuc legisse arbitror. Balth.
Cordier est tombé dans la méme méprise, en traduisant : Quemadmodum me
adhuc legisse autumo (P. G., t. IV, p. 574). Comparer le texte grec ci-dessus.
(1) Michel le Syncelle dans son panégvrique de S. Denvs, ccrit, semble-t-il,
vers le milieu du IX* siécle (BHG?, 556), se contente de dire. que l'aréopagite,
ayant observé le moment oü l'éclipse s'était produite, sc livra là dessus à toutes
sortes de conjectures pour deviner la signification du phénoméne : TÓv xpóvov
Ka0' óÓv Tourl TO TaY(kóGcutov ÉréTÉAe0TO TéparoUpynua cexunpuodpevog
étrjpet Tap! éaurdü) ToUvreO0ev biav[eloUuevov kapabokuv (P. G., t. VI,
p. 628 ; cf. KUGENER, t. c., p. 347). Il n'attribue d'ailleurs aux observations de
Denys aucune influence sur la conversion de ce dernier (voir P. G., t. c.,
p. 639).
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 313
nal,pour le forcer à rendre compte de sa doctrine (1).Ce tratti de ressem-
blance, joint à ceux qui précédent, ne laisse pas que de donner à réfléchtr.
Hilduin traducteur des ewvres de l'aréopagite, et auteur pour son propre
conipte d'une histoire de S. Denys oii l'invention ne manque pas, n'était
en peine ni de lire une légende grecque mi de la iravestir. Il n'y a vrat-
menit rien de léméraire à supposer qu'il a eu entre les matins une recension
de l'autobiographte et qu'il s'est borné à en extratre, pour l'ornement de
son récit, certains délatls conciltables avec la traduction plus anctenne,
créée ou reflétée par la lettre de Denys à Polycarpe. On convtendra tout
au motns que la lettre à Apollobhane, qui est aussi. clairement que possi-
ble une réplique de cette derniere, donne un corps palpable à notre suppo-
sttton.
S tl. en est ainsi, le texte grec de l'autobiographie, postérieur à S.Maxt-
me el antérieur à. Tean le médecin (vers l'an 880), serait attesté pour le
commencement du IX* siccle, donc. à peu prés vers l'éboque oii l'on voit.
apparaitre Dour la premiere fots l'autobiographte syrtaque.
Une question. se pose dés lors à propos de ce lexte grec : original ou
traduction ? Nous avouons en loute franchtse que la premiére réponse nous
semblait s'imposer d'avance, quand. M. le professeur Kugener s'est réso-
lument prononcé pour la seconde. Au gré du savant orientaliste, l'auto-
biographte a. « élé écrile par un Syrien, en langue syriaque, » vers la fin
du VI siecle ou au début du VIIe (2).
Deux motifs apputent cette mantóre de maniére de. voir. C'est. d'abord
l'évidente parenté de l'autobiographie avec un traité syriaque de cosmo-
graphte et de méiécorologie, qut nous est parvenu sous le nom de Denys ;
C'est ensuite, et subsidiatrement, la. couleur. araméenne du style, qut est
exempt de tout helléntsme (3). On nous permelira de ne point. nous arré-
ler à celle seconde considératton, puisque dans la pensée du judicieux
critique. elle n'a de force que solidairement avec la précédente. En fatt,
elle implique une supposition trop peu assurée pour. former. le point de
départ d' une démonstration rigoureuse. De quel droit poserait-on en prin-
cipe qu'un texte proprement écrit n'est ni ne peut. étre une. verston ?. Il
n'est pas sans exemple qu'un traducteur sante sa. langue avec la correc-
tion el l'élégance d'un puriste. On connait anéme, en. Arménte el ailleurs,
des traductions qui ont rang. de chefs d'auvre classiques pour la perfec-
lion du style. L'autobiographte n'en. est un à aucun égard. L'interpróte
(1) P. L., t. CVI, p. 27. — (2) Oriens christianus, t. c., p. 293. — (3) Ibid.,
P- 293-94-
314 . LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
qui en aurait faconné d'aprés le grec, directement et sans. vetouches, la
rédactton la plus lisible, n'aurait rien fait de miraculeux. St donc il faut
la regarder comme une production syriaque originale, ce ne peut étre que
pour la raison alléguée en premier lieu. Mais que penser de cette raison?
Nous conviendrons sans nulle difficulté qu'il extste un len. de parenté
indéntable entre l'autobiographie et la disserlation cosmographique attrt-
buée à Denys. On peut là dessus s'en rapporter de confiance à M.Kugener,
qut a lui-mémc édité, traduit el commenté cette dissertation avec un soin
digne de tout éloge (x). Il a fort bien montré que notre document la refléle
tantót par des emprunts, tantót par des allusions, tantót par des idées qui
visiblement s'inspirent des mémes conceptions (2). S'il. était. certain que
la premiére a élé. primitivement védigée en. syriaque, 4l. faudrait en dire
autant de la seconde el la question. serait. tranchée. Seulement. le traité
cosmographtque a-t-1l été d'abord écrit en syriaque? M. Kugener le pense,
- €t celte fois pour l'unique ratson qu'il ne voit pas trace d'hellentsme dans
le style (3). Dans le style, c'est possible, malgré le grand nombre de ter-
tes et de locutions insolites auquels il a fallu trouver une explicatton (4).
Le Syrien qui a tenu le calame savatt sa langue. Mats ce qu'il parait
savoir motns bten, ce sont les choses qu'il veut dire, parce que, manifeste-
ment, 1l m« les a pas pensées lut-méme. M. Kugener nous permettra d'in-
voquer tct contre son avis el contre son autorité l'excellence de sa propre
traduction. Les logogriphes qu'il y a laissés appartiennent au. texte el
nous doutous fort que d'autres réussissent mieux que lui à les débrouiller.
Le seus qu'il n'a pas vu chez son auteur ne s'y trouve pas. Pourquoi, sion
parce que nous avous affaire à un traducteur répétant vaille que vatlle des
phrases qu'il ne comprenatt guére ?
Voici un exemple de ce slyle tncohérent et désarticulé, ou nous croyons
reconnaitre l'embarras d'un esprit qut pense par à peu prés, sous la dictée
d'autrut. Nous cttons la traductton de M. Kugener.
« Le vent n'est pas [d']une seule vartété, parce qu'tl n'a pas un maga-
« st (seulement). En effet, les douze magasins constituent douze vartétés
« pour les douze vents qui sont renfermés en eux, de méme que les douze
« apótres ont recu douze langues différant l'une de lautre. Les apótres
« élaient ausst des magasins du vent de sainteté (du Saint-Esbrit). Or,
(1) Un. tratté astronomique et météorologique syriaque attribué à. Denys l'aréopa-
gile, dans les AcTEs pu XIVe CoNGRÉS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES, t. [I
(Paris, 1907), p. 137-98. — (a) Oriens christianus, t. C., p. 342-47. — (3) Congrés des
Ortentalistes, t. c., p. 144-45. — (4) Voir, en particulier, l'index syriacitatis dressé
par M. Kugener lui-méme, Congyés des Orientalistes, t. c., p. 195-98.
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. . 3I5
« ce n'est pas parce que les apótres ont. requ. douze langues, qu'ils les ont
« reques de douze vents ( Esprits), mais (1ls les ont regus) d'un seul vent
« (Esprit). De méme, les douze magasins n'(ont) pas requ douze vents
« 110n visilés (par Dicu), mais un seul vent, celut qut parlait par les
« apótres, habite en eux (1). »
Cette traduction, si peu satisfaisante, esl pourtant irréprochable et nous
n'entendons pas la corriger, puisque le texte, en effet, ne dil pas autre
chose. Mats en partant de la supposition. que ce dernier a été pensé en
grec, voict le sens que nous sertons lenté d'y remelire, Il s'agit des douze.
0ncaupoí ou rauicta (2) dans lesquels le vent se diversific.
ráac mSlsar 5 ANIM
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302 3.35 34A, MT EAT "T
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eiciv. TUv TveupárUV Oujbeka év
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Tüg Oudbexa YvM0Ggag óAlÀuv
oó11pepouuévac, «c» ébéEavro
oi óub5ecka dmógtolot — rjoav
qàp xai oi drógToAot Oncaupoi
ToO Tfveónarog àvíou — ox érei
6uó6eka [YAuoGcag] éboé£avro [oi
dróOTOÀoi] dró óubeka rveupdá-
Tuv éóé£avro, àÀÀ' àg' évóg mveb-
Haroc* dioaUrUG oi Oncaupoi
oUTO: Óujbexa oU mveUuara OÓu-
ócka* émei oU « mveuuarao » ou-
pnuéva (3) ON £v Tfiveüua,
TÓ éV Toig dmocTÓAoig AÀoAoOv,
aUTOicg Évukeiro.
(1) Ibid., p. 183-84. — (2) Cf. '$8 4.32 JO4I, vox Lew, loc. cit., p. 276,1. 6. —
(3! Nous lisons qoi353».
— (4) KuGENER, Cong. des Or., p. 156-57.
316 LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
Quot qu'il en. soil. de notre essat de rélroverston, une chose au motns
nous parait claire. Le traducteur syrien. s'est vu en présence d'une com-
paraison. symétriquement exprimée dans une période, dont la protase et
l'apodose sont encore indiquées bar les mots 1a en - ea a ed. Ne sai-
sissant pas le point précis sur lequel portait le rapprochement, 2l en a
démembré les deux termes el les a rejoints tant bien que mal, en dépit de
leur agencement logique. Le méme malheur. lui est arrvoé en plus d'un
autre endroit.
Pour ce motif, que nous remettons volontters à l'appréciatton du
lecteur, nous ne sommes pas persuadé que le tratté cosmographique soit
d'origine syriaque.. Loin de s'opposer à l'hypothése que l'autobiographte
a élé primitivement rédigée en grec, dl en fournirait plutót une nouvelle
confirmation.
M. Kugener nous permettra de nous en tenir à celle hypothése qui nous
parait. S'accorder le mieux avec l'ensemble des faits et des témoignages
connus, comme aussi avec le mouvement général des échanges entre. les
littératures grecque et. syrtaque. Enfin, stile récit pris en lut-méme peut
fournir un. argument. dans un seus ou dans l'autre, le genre littéraire
auquel 1l appartient. dc. par sa forme autobtographique, est grec plutót
que syriaque (x).
Encore un détail avant de. clore ces trop longues observattons. St l'on
part de la supposition. que l'autobiographie est d'origine grecque, le clas-
sement des rédacttons syrtaques dott. étre modifié en. conséquence. La
premuére place revient à. celle qui reflte le mieux le texte grec tel que
celut-ct nous apparait à travers les autres versions paralléles. D'aprós
l'indication, toute provisotre, que fournit notre abrégé arabe, c'est le texte
du manuscrit add. 14645. — le manuscrit. M de M. Kugener — qui
justifie celte condition (2). La rédaction A. — celle du manuscrit. add.
12151 — serait donc une métaphrase. A parler. franc, c'est. un. peu ia
figure qu'on lui trouve à une smple comparaison avec la rédactzon B. S1
l'autobtographtie avait été rédtgée d'abord sous sa forme la plus littérai-
Ye, les copistes ne. l'auratent retouchée que pour. lut donner, comme à
dessein, un. lour motns cultvvé.. Au veste 1l seratt inconsidéré de préten-
(1) Cf. G. Miscu, Geschichte der Autobiographte, I. Das Altertum (Leipzig-Ber-
lin, 1907). Cf. Anal. Boll., t. XXVII, p. 436-37. — (2) Nous ferons remarquer que
précisément ce manuscrit donne une lecon correcte, en un endroit oü, d'apres
les deux autres, Denys parle de lui-méme à la troisiéme personne. CÉ.KUGENER,
t. c., pp. 300 et 322.
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 317
dre décider celte question tant que l'on ne. disposera pas d'une base de
contróle plus süre et plus étendue.
En attendant ei faute de mieux, nous donnons ci-afrés la traductton
du résumé arabe. Nous en avons cité le texte original dans [a revue
al-Machriq, au cours d'une étude oii se trouvent rapidement indiquées
les considérations qui précédent (1x). Le manque de place nous avast forcé
d'en relrancher. quelques lignes. Nous vétablirons dans la. traduction
ci-aprés, celles qui intéressent le sens du document (2).
PP.
(1) -54,! JI UOS uL u0I oem à» o2) 43: De historia
sancli Dionysii Areopagitae huiusque epistula ad | Apollophanem, AL-MACHRIQ,
t. XII (1909), p. 118-27. — (2) Les paragraphes correspondent à ceux du texte
syriaque dans l'édition de M. Kugener. Les passages oüà la lecon du manuscrit
a dà €tre corrigée sont mis en italique.
1. «Haec» dixit sanctus «et^» sapiens Dionysius : « Intelle-
gite, qui auscultatis, ut describam vobis quam bona sit sapientia
diligentibus eam. Equidem scientiam eius aliquanto tempore desi-
deravi, et ex meo adversus eam amore sapientibus omnibus eius
ope restiti. Advocavit me sapientia eique respondi et attrahenti
mihi obsecuta est.
2. Porro die quodam festo (r) ingressus est Arius Pagus in
aedes deorum. Et cum esset hic archon daemonum, ingressus est
deorum aedes, ut inspiceret aedes et modum quo sacerdotes iis
ministrarent. Ut autem aspexit sedulitatem meam et in mini-
strando navitatem, ilico me arcessivit meque interrogavit de
nomine meo et de parentibus meis. Cui me Atheniensem esse
renuntiavi, Socratis viri clarissimi filium, meque diis consecratum
fuisse. Praecepit ille sacerdotibus idolorum ut de me solliciti
essent meque omnia disciplinarum genera edocerent.
8. Me igitur tradiderunt Democrati philosophorum principi, qui
instituendo mihi naviter incubuit, Didici sapientiae ingressum et
exitum (1) ; didici argutissima cognitione quae in excelsis sunt et
(quae) in infimis ; didici fines (2) siderum et horarum, et ventorum
2. — (1) Lege : 5Lel
3. — (x) Intellege, ex usu biblico, sapientiam universam. Syr. M. et P :
[bxetass jia-$:e0 ji&-e oos
— (2) aa — TÉéÀOg.
318 LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
cursus (3), fuleurum tempora, et Caniculae ordinationem (4),
et ventorum mutationes ; didici et ordinationem diluculi et
muneris eius festinationem (5) ; didici conversiones sphaerae
motusque Gigantis et Pleiadum ; didici mutationes temporis (6)
et momenta defectionis solis ac lunae; didici portas siderum et
efficientias stellarum quae in sphaera moventur (7), causasque cur
a suis gradibus recedant.
4. Atque ad extremum assecutus sum etiam librum Astronomiae
illumque cum auctoritate Jegebam (1) inter sapientes, et doctrinam
«eius» perlegi «Cin?» philosophorum ordinibus.
5. Die quodam prodiit edictum ab archonte ut Athenis aedificae-
rentur aedes magnae sapienti Ario Pago. Quae postquam exaedifi-
catae ac perfectae sunt, convenerunt Athenienses, utsacrificia sua
offerrent. Porro super unum e tumulis (1) qui sacrificiis destina-
bantur, scriptum erat: « Deus absconditus deorum est dominus »,
Cum autem Arius Pagus aedes deorum ingressus esset, praecepit
ut me principem iudicum crearent. Quod ut resciverunt Athenien-
ses, ingenti laetitia mea causa perfusi sunt.
6. Porro tempore quodam convenerunt incolae Urbis «Solis»,
quae est Baalbek, deieceruntque idolum quod Sarapion vocatur et
comminuerunti (1) cervices eius. Quapropter commoti sunt cives
atque coniecerunt in vincula sacerdotem qui illud (idolum) deiece-
rat litterasque de eius causa Athenas miserunt. Postquam autem
hac de re Arius Pagus certior factus est, praecepit archonti ut me
(3) Hic versus aliquot supplendi sunt in textu edito : VOL zt tX
Ades s KI JB my e) C XS D) 2t3 d osa Q2)
( ALS) x c3, bl oLUll cS Um» Cul css c3 l7
JU S c2 cles cx» il, Ql du LU, QoUJl
H Lu] cube Vibe due apa ol duel sab eee ov 1S3
(4) 2«2» syr. |5»3a4L — oixkovouía. — (5) Ita vertendum. Profecto scriptor
inepte Axe « festinationem » legit, pro 4e — | S... , Plaustrum, nomen sideris
de quo in syriacis sermo habetur (cfr. KUGENER, pp. 296, 316). — (6) Pro
OU) « tempus », legendum fortasse: Qld — Ljease, « Libra » (cf. KucE-
NER, ibid.). — (7) Id est planetarum. .
4.—(1) lacs (1,51). 6 3| — syr. M. b5]gose; abOcevriküc.
b. — (1) Id est altaribus (Bupnoic). Vid. supr. p. 307.
6.— (1) Cod. 1435, leg. 135». — (2) Cod. lzaa 5 à SAL je; leg. Mol,
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 319
Heliopolim mitteret, ut negotium expedirem quod de hoc idolo
acciderat.
7. Profectus sum igitur Heliopolim, sicut iussus eram. Adventu
meo commota est civitas universa, conveneruntque omnes cives et
omnes principes ex urbibus pagisque illi circumiacentibus. Porro
advenerant isti propter sententiam quam illic edere decreveram et
ul etus testes essent (2). Tunc illis edixi ut plateas ornarent dieque
crastino ad aulam iudicialem convenirent. Omnes igitur primo
mane convenerunt.
8. Equidem sedi in solio aureo, omnes vero principes, proceres,
sacerdotes, archontes, philosophi astabant, neque eorum quem-
quam sedere iussi : ut nempe in deorum ministerio diligentiores
fierent. Deinde iudicium protuli iustum, secundum probatas leges,
sicut decet aequum iudicem. Porro, ut venit hora sexta, cum sol in
medio gradu esset omnesque oculi in me intenti (exspectarent)
quonam pacto causam expediturus essem — hoc autem tempore
(agebatur) passio Christi Domini — ecce subito contremuit terra
universa et obscuratus est sol et idola universa collapsa confrac-
taque sunt. Tres porro (ita) continuatae sunt horae. Postquam
autem tenebrae dimotae sunt, sacerdotes, principes universi et
quotquot mihi astabant, se prostraverunt meque interrogarunt
quid in mundo accidisset.
9. Accepi igitur Librum Numerorum et decurri viam solis por-
tasque lucis, et inspexi omnia sidera neque inveni causam huius
perturbationis. Scrutatus (t) sum gradus scalarum sphaerae, et
9. — (1) Hic add. in textu edito: (3,2) (555 3 el^ c ON Y,
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320 | LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
rotationem axtdis (2) vicesque stellarum. Ingressus sum «c(man-
siones» solis quae sunt inter hiemem et aestatem ; circuivi the-
sauros ventorum, et incessi per viam subterraneam : neque ullam
perturbationem deprehendi. Aspexi mare inferius: erat autem a
fluctibus tutum. Thesaurique ventorum clausi erant et quieti, sol
integer, portae siderum apertae coram eis, meatus horarum expe-
ditus eta perturbatione remotus. Luna erat plena neque aderat
tempus interlunii (3). Neque Gtgas ad Plaustrum accesserat, neque
Hyades « numero » imminutae erant; neque Canem lugum
domuerat. Inspexi : neque Plaustrum ex itinere suo deflexerat ;
sidera circumvolvebantur ; polique axidis (4) sphaerae impertur-
bati erant. Mare quoque subterraneum, quod quingentesimo
quoque anno commovetur et concutit terram, repperi quietum.
Neque archon bellum gesserat (5) in quo sanguinem funderet. Quae
cum ita essent, obstupul. Ángor me legentem tenuit, si forte cau-
sam reperirem qua perturbatae essent creaturae (6) ; vertigo (7)
me afficiebat et mens mea concutiebatur. Itaque sapientiam advo-
cavi, ut mihi praeiret meque ad veritatem perduceret. Quae
respondit et mihi dixit: « Haec profecto causa quam inquiris, o
sapiens, neque in summis est neque in infimis. Enitere igitur ad
inquirendam eam, si quidem sapiens es, et Sphaerarum librum
decurre reperiesque quod desideras. »
10. Quocirca praecepi discipulo meo Asclepio, ut mihi afferret
librum Sphaerarum, quae est Astronomia (1). Et cum illum acce-
pissem, terram omnem coram me /raduxt. Et ecce vidi hominem
eumque crucifixum in media terra, qui in ligno pendebat ; et supra
caput eius tabella (posita) erat, in qua (litteris) occultis erat scri-
ptum : « Hic Deus absconditus, clam descendit in terram incarna-
tusque prodit ex virgine, cum (tamen) sit ipse effector omnium
creaturarum visibilium et. invisibilium. Crucifixores vero eius ex
vecordia stultitiae suae crucifixerunt eum imprudentes. »
11. Quae cum aspexissem, converti manus meas ad vestem
(a) Vid. syr., et cf. PayNE SurTH, Thesaurus syriacus, col. 2742, in n. fva
— (3) Proprie: tempus nativitatis ezus. — (4) Vid. supr. annot. 2. — (5) Cod. pro
—J*-, evidente errore habet OZ dolor. — (6) Cod. Las, quod ibi et 3$ 11,
3 et I4 dictum puto pro xrícetg. — (7) Cod. O/3Y| vel 5 ,*Y| quod glossema
omni sensu caret,nisi forte fictum est pro ltfY0c. Syr. hocloco : b$o
10, — (1) De hoc opere fabuloso, cf. KUGENER, Orens chrislianus, t. c., p. 345.
LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS. 321
meam eamque discidi. Ut autem me sic agentem viderunt sacer-
dotes et sapientes qui aderant, obstupuerunt. Deinde accedentes
ad me, petierunt ut docerem eos quod esset hoc portentum ingens
quod in mundo ita advenerat, sicut ista evenerant. Tum eis manu
significavi ut ne quis quidpiam loqueretur. Ipse vero stupore atto-
nitus dixi : « Auscultate, o sapientes, neque dubitent animi vestri,
quia veritas apparuit. Neque frustra laboremus, o popule ! Deusa
mundo absconditus in terram sponte sua descendit, incarnatus est
eumque crucifixerunt homines gentis suae; neque tamen id
cognoverunt, quia de eius incarnatione impie errabant. Propterea
obscuratum est lumen, et contremuit terra et perturbatae conver-
saeque sunt creaturae (1). » Quae cum ita essent, scripto notavi
diem et horam et momentum et mensem et annum; atque
« scripta asservavi ut futuris saeculis innotescerent.
12. Post haec autem tempora, quattuordecim annis elapsis,
advenit inclitus apostolus Paulus ut Athenis praedicaret. Et cum
eius praedicationem audiissent commoti sunt omnes cives : doce-
bat enim cum auctoritate ac de cruce disserebat. Congregati sunt
icitur omnes homines ac principes etad me venerunt dicentes :
« Ecce nuper in urbem nostram homo peregrinus advenit. Qui
vir «&... (1) 5 similis est et aspectu «decorus (2) est, nobisque
ex eius sermone manifestum est eum esse ex numero sapientum ac
philosophorum. Hic modo verbis et adhortationibus suis homines
obstupefecit. Doctrinam vero annuntiat nobis ignotam et mirabi-
lem, quippe nobis praedicat Deum quendam crucifixum, nosque
ad illum eiusque cultum pertrahere et ab immolationibus et sacri-
ficiis avertere conatur. Propterea tibi renuntiatum venimus, ut de
eo consilium capias, quod tibi visum fuerit. »
13. Quod cum me docuissent, 11s praecepi ut multos praecones
mitterent et ut omnes homines convenirent. Ipse equidem in sug-
cestu consedi in gradu summo, atque sapientes omnesque philo-
sophos, sacerdotes regnique proceres sedere iussi. Deinde, misso.
(nuntio), arcessivi Paulum, et prohibui ne quis hominum quid dice-
ret. Ut autem ingressus est (Paulus), eum verba facere iussi et
proferre rationem doctrinae suae. DLxorsusest ivitur ille electus
11. — (1) Vid. supr. ad 39.
12. — (1) Hic aliquot voces a librario omissae sunt. — (2) Cf. Syr. et Copt.
(voN LEMM, l. c., p. 271,1. 1-3).
ANAL. DOLL. XNIX, 21
322 . LA VISION DE DENYS L'ARÉOPAGITE A HÉLIOPOLIS.
Spiritu sancto (fretus), cum potestate et audacia, sine timore nec
commotione. Et ait : « Vos equidem, o Athenienses, excellentio-
res (1) esse video quam omnes gentes in daemonum cultu. Cum
quondam transirem per quasdam domos eta/taria (2), (illic) inscrip-
tum vidi: «Deum absconditum ». Iamvero ille idem est quem vobis
praedico ; ille est quem nescientes adoratis. Exopto equidem ut
illum in veritate cognoscatis. Ille est qui (3) .....crucem ascendit,
tormenta pertulit in corpore suo ad salutem mundi, filiosque homi-
num a daemonum servitute liberavit. Atque in eius passione dolue-
runt creaturae (4), sol obscuratus est, terra contremuit, saxa
diffissa sunt, idola corruerunt et confracta sunt. »
14. Ut autem (Paulus) commemoravit crucem et. «....7» crea-
turarum (1), recordatus sum ea quae acciderant cum essem Helio-
poli, et praecepi discipulo meo Asclepio, qui mecum Heliopoli
fuerat, ut afferret commentarios 1los (qui) ab isto tempore
«scripti erant». Hos autem cum attulisset, aperui et praelegi
coram omnibus principibus. Sanctum vero Paulum interrogavi de
tempore, die, mense, anno, et quo in signo sol (tunc) fuisset, et in
quoto gradu, et lunae dies quotus esset. Porro, comparatione a
nobis facta, verba eius se congruentia praestiterunt, iis quae apud
me scripta erant, in illa historia. Comperi ergo crucifixum illum
esse Deum, effectorem omnium creaturarum.
15. Quae cum audivissem, temperare mihi non potui, sed veri-
tatem confessus sum et aznovi. Atque baptizatus sum sancti Pauli
manu ipse ego et omnis populus Athenarum, Ille vero mihi addi-
xit sacerdotium. Gratias igitur Deo reddidi, qui me per sapientiam
perduxit ad cognitionem veri, mihique per sapientiam auctorita-
tem quoque cum fiducia concredidit.:
13. — (1) Proprie : sntobiliorcs. — (2) Proprie : tuniulos. Cf. supr. pp. 307 ct 317.
—1(3) Hic desunt pauci versus, qui in textu edito brevitatis causa omissi sunt,
nec in apographo nostro nunc habentur. — (4! Vid. supr. ad 3 9.
14. — (1) Cod. creaturas. Cf. supr. ad 3 9.
BULLETIN
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES
N. B. Les ouvrages marqués d'un astérisque ont été envoyés
) à la rédaction.
86. —*Hippolyte DErzEzsavEÉ. Les légendes grecques des saints mili-
taires. Paris, Picard, 1909, in-89, rx-271 pp. — Parmiles saints honorés
par l'Église erecque, bon nombre, d'apres la lécende, ont suivi la carriére
des armes ; c'est à cette catégorie spéciale que le P. Delchaye a consacré
son nouvel ouvrage ; non pas qu'il ait voulu passer en revue tous les saints
qui ont porté l'épée ; il s'est attaché à ceux-là seuls que les Grecs reyzar-
daient comme les saints militaires par excellence: les deux "Théodore,
S. Georges, S. Procope, S. Démétrius, auquel est venu se joindre S. Mer-
cure. Aprés avoir établi les attaches historiques de chacun de ces person-
nages,le P. D. recherche sa Vie la plus ancienne et montre par quel
procédé littéraire d'autres légendes en sont issucs. Gràce à ce classement,
les Vies secondaires, négligces à dessein, se grouperont tout naturellement
autour des grandes divisions tracées 1ci. In cours de route, nous pourrons
constater comment maint personnage, créé pour l'agrément du récit, a
passé dans les synaxaires. On saura gré à l'auteur d'avcir mis un peu de
lumiére dans une des questions les plus embrouillées de l'hagiographie ; en
méme temps, et ce n'est pas le moindre intérét de cette étude, il nous four-
nit une application des principes posés dans les Légendes hagtographi-
ques. Autour des saints les plus anciens et les plus authentiques, l'ima-
gination populaire a fait naitre tant et de si fantastiques récits, que la vue
nette du personnage se dérobe souvent enticrement à nous. À cet égard, la
palme revient assurément à S. Georges, dont, à part le fait de son exis-
tence et de son culte, nous ne savons absolument rien. Toutefois l'exem-
ple le plus typique, auquel le P. D. revient avec prédilection, est celui de
S. Procope, dont Eusébe nous a conservé en quelques mots les Actes
authentiques. En l'opposant à ce qu'en a faitla lézende, on peut se rendre
compte des déformations que subissent au cours des temps les récits les
plus fidéles, et on conviendra que, placé en face d' Actes suspects, l'hagio-
graphe ne saurait se montrer critique trop circonspect.
Parmi le$ personnages passés en revue, deux au moins n'ont pas exercé
324. BULLETIN
le métier des armes ; ils doivent leur baudrier à l'imagination populaire.
Pourquoi cette prédilection de la légende pour la carriére de soldat? Aprés
avoir discuté les principales hypothéses, l'auteur trouve « plus naturel
d'attribuer à la vogue d'un modeéle la fréquente répétition du type mili-
taire ».
À la suite de l'ouvrage que nous venons d'analyser, se rangent en appen-
dice onze textes hagiographiques inédits, publiés d'aprés les manuscrits
occidentaux les plus anciens. Les cinq. premiers se rapportent à S. Théo-
dore ; le Martyre de S. Eutrope etdesescompagnons, qui lcur. fait suite,
se rattache au méme cycle. Parmi les derniers, nous comptons deux Pas-
sions de S. Procope, autant de S. Mercure ; celle qui a traità S. Démétrius
clót la série.
Le mémoire a été lua l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et
publié avec son concours. V. D. V.
87. — * A. PAPAbOPOULOS-KERAMEUS. Varia graeca sacra. Cóopume
rpeueckuxb Hen3jjaHHHX'b GorocztoBcknx e TekcTOoBp IV-V X nkbkonsb. Saint-
Pétersbourg, Kirschbaum, 190), in-8^, xr1v-320 pp.
88. —* A. ParaboproUvLos-krERAMrUs. Denys de Fourna. Manuel
d'iconographie chrétienne, accompagné de ses sources principales
incdites et publié pour la premizre fois en entier d'aprós son texte original.
Saint-Pétersbourg, Kirschbaum, 1909, in-8^, va' -353 pp.
Des dix-huit pieces inédites réunies par M. P.-K. dans ses l'aria graeca
sacra, la moitié exactement, soit les neuf premiéres, viennent enrichir le
trésor de la littérature haeiographique.. Nous devons à l'exquise amabilité
du savant éditeur d'avoir. pu les enrecistrer, avant l'apparition du volume,
dans la seconde édition de la HG. Il convient de les signaler plus claire-
ment ici à l'attention du lecteur. 1^) La piéce de résistance est celle qui
ouvre le volume, le recueil des miracles, au nombre de quarante-cinq, de
S. Artémius, d'aprés les manuscrits. de Paris 1468, de Jérusalem S. Sabas
27, de l'Université de Messine 50. Les miracles sont censés avoir été obte-
nus au tombeau de S. Artémius à Constantinople: eig Tov ádfi0ov "lwav-
vv TOV Barmrorv «eig Trüv Ozeav, mÀnoiov Tüv Aouvíivov
éuBóAuv. Le saint avait la spécialité de guérir de certaines miseres, que
l'auteur décrit avec une simplicité et une crudité de langage que nous sup-
portons difficilement.Ses récits sont parsemés de détails topographiques et
de traits de maurs qui sulliraient à leur assurer une place importante
dans cette classe de textes, et l'on se souvient qu'ils ont été exploités,
au point de vue chronologique, dans la question de la date de Romanos.
Comme nous nous proposons d'y revenir, nous n'en dirons pas davantage
en ce moment, 2^) Petit recueil de six miracles du méme saint, d'aprés le
manuscrit de Paris Coislin 304. 3^) Discours (Uróuvnua) de Jean. Tzetzes
sur S'* Lucie, d'apres un manuscrit appartenant à M. D.-K. et le n? 30 de
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 325
Messine. 4^ Scolies sur la piéce précédente, d'aprés les mémes manuscrits.
5? Histoire del'apparition de l'image du Christ dans le monastére rü)v AaTó-
uuv à Thessalonique, par Ignace, abbé du monastére roO "Axarvíou dans
la méme ville, d'aprésle manuscrit 34 du monastére KociwvítZng et le 390
de la bibliothéque synodale de Moscou. C'est une histoire des plus bizarres, -
faite en grande partie de réminiscences qu'il ne sgra pasdifficile de préciser.
L'empereur Maximien aunce fillejnommée Théodora,qui,se trouvant à Thes-
salonique,embrasse la foi chrétienne et se fait baptiser par l'évéque Alexan-
dre (personnage fictif, bien entendu).Devant son pére,elle feintd'étre malade
et elle obtient qu'il lui fasse construire un bain au lieu appelé Aatópia.
L'empereur parti, elle transforme le bain en chapelle. Elle y fait peindre
une image de la Mére de Dieu ; la peinture se transforme miraculeusement
en une image du Christ. L'impératrice cherche à faire apostasier sa fille,
qui est condamnée à mort. La chapelle est livrée aux flammes, mais
l'image miraculeuse ne souflre aucun dommage. Aprés les persécutions, un
moine ézyptien, nommé Senufios, arrive à Thessalonique, découvre l'ima-
ge,et meurt aussitót. À partir de ce moment 1l y eut au monastére un
grand concours de fideles. 69) Vie de S. Agapit, évéque de Synaos, d'aprés
le manuscrit 375 de la bibliothéque synodale de Moscou. Cet évéque
Phrygzien est connu par les synaxaires, au 18 février, et par Suidas, qui a
puisé dans Philostorge. La vie est édifiante ; mais elle est bien loin de res-
sembler à un document contemporain. 7?) Office (akoAou0ía) du méme
saint, tiré du manuscrit 294 de Moscou. La date indiquée en téte de l'office
est le I2 février; la Vie portait, je crois, le 18 (dans l'édition r au lieu de i,
le premier chifire étant tombé), comme les synaxaires. L'hymnographe
dans l'acrostiche s'appelle Joseph, ce qui ne signifie pas nécessairement
Joseph l'Hymnographe. 8») Panégvrique de S. Athanase d'Atramyttion, un
saint inconnu d'ailleurs. Il naquit a Derkos en Thrace, embrassa le sacer-
doce,et arriva à Atramyttion, TOv év auTíf) rouaíiveiw Aaov m0 TevOeíc. Il y
mourut, et ses miracles le font ranger parmi les saints myroblytes. C'est à
peu prés tout ce qu'on peut tirer de cette piéce, conservée dans le manus-
crit de Jérusalem S. Sépulchre 40. 9^) Miracle de la Vierge, d'aprés le
manuscrit de Jérusalem S. Sabas 332. C'est un miracle se rattachant au
sanctuaire de l' 'Ob8nrrrpia de Constantinople. L'histoire se passe en 1426,
sous Manuel Paléologue.
Les autres numéros du volumie n'ont que des rapports indirects avec
l'hagiographie. Nous y signalerons encore la liturgie de la bénédiction du
Nil, des lettres d'Aréthas de Césarce et de Joseph Bryennios. Il y a aussi
une lettre de Macaire métropolite de Pisidie à Michel róv Aicurmatov
au sujet de Joseph le Galésiote.Deux bonnes tables,l'une des noms propres,
l'autre des mots remarquables, complétent le recueil.
Le premier fascicule du Manuel d'iconographie chrétienne publié en 1900
par M. P.-K. etque nous avons annoncé alors (-1ua£. Doll., XIX, 451), n'a
326 BULLETIN
pas été suivi d'un second.L'auteur a préféré reprendre l'ocuvre entiére,dont
nous avons enfin une bonne édition, suivie d'importants appendices, sous
le titre de Sources du Manuel. de. Denys. Dans l'introduction, il retrace
l'histoire du fameux traité, sur lequel circulent tant de données erronées, et
fait une fois de plus le procés du faussaire Simonidés, qui avait éralement
exercé son talent spécial sur l'eeuvre du moine Denys. Dans la partie de
l'édition de Simonidés qui concerne les saints, M. P.-K. a relevé un cer-
tain nombre de lecons qui ont passé dans l'édition d'Athénes de 1885, et
contre lesquelles il était opportun de mettre le lecteur en garde, pour qu'il
ne perde pas son temps à chercher des détails sur des saints comme
ceux-ci : ITTobáciog, Owudg ó pueubóc, 'ovuAivog, Xepamivoc, Otó-
TOoumOG, Tamewvhü, 'Apáxiog, Baocávn etc. etc., dans lesquels il aurait
de la peine à reconnaitre respectivement Patapios, Romain le mélode,
Justin, Sérapion, Theopemptos, Tatiana, Abercius, Bassa, et ainsi de
suite. H. D.
89.—* Carolus PruxMrER. Vitae sanctorum Hiberniae partim hacte-
nus ineditae...Oxonii,e Typographeo Clarendoniano, 1910, deux volumes
in-85, cxcir-273 et 391 pp.Sh. 32.— L'année r19ro aura été particuliérement
fertile pour lhagioeraphie. Sans parler de nombreuses monorraphies,
parmi lesquelles il en est d'importantes, elle sera marquée par l'apparition
de deux publications d'ensemble d'une haute valeur et d'un intérét con-
sidérable. Pour étre complet, je devrais dire trois, mais, cela s'entend,
sans qualifier la troisiéme : nous espérons bien, en effet, achever avant la
fin de l'année l'impression d'un nouveau volume des cla sazctoriim. Les
deux autres ouvrages sont le tome V des Scriptores rerum mcerovingica-
Yum, qui vient de nous arriver et dont nous parlerons bientót plus en détail,
quand nous aurons pu l'étudier à loisir, et les deux beaux volumes de M.
Charles Plummer. Ces derniers ne sont pas inférieurs, ils dépassent peut-
étre méme en mérite l'admirable édition de l'Histoire ecclésiastique de
Béde publiée en r896 parle méme savant (cf. ,4nal. Boll., XVI, 200).
Depuis lors, il a dà consacrer à peu prés tous ses loisirs à la préparation de
l'ouvrage qu'il nous donne aujourd'hui. Aussi bien, d'un bout à l'autre,
depuis l'introduction jusqu'aux tables : zsdex locorum, index nominum,
index verum, glossary, trós amples (t. II, p. 312-87), trés travaillées, il
porte la trace d'un labeur énorme, d'une science solide et étendue, et des
soins les plus minutieux.
Outre les textes qui se rencontrent à l'état isolé dans certains manus-
crits, 1] existe trois grandes collections de Vies latines des saints irlandais,
contenues respectivement I) dans le manuscrit de Bruxelles connu sous
le nom de codex Salmanticensis ; 2) dans. deux. manuscrits. étroitement
apparentés entre eux et tous deux conservés à Dublin: Marsh's Library
V. 3. 4 et Trinity College E. 3. 11 ; 3) dans deux manuscrits de la Bod-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. ; 327
léienne, Rawlinson B. 485 et 505, le second étant la copie du premier (cf.
Anal. Boll., XXVI, 319-20). Le Salmanticensis ayant été reproduit inté-
eralement en 1888, dans une publication luxueuse surveillée par deux de
nos confréres (cf. BHL., p. xvi), M. P. a renoncé à réimprimer les Vies
qu'il contient, de méme que celles qui, dans les mss. Rawlinson, ne
font que représenter, entiérement ou en abréeé, les recensions propres au
Salmanticensis. On peut regretter cette décision, l'édition de 1888 étant
insuffisante au point de vue scientifique. Du moins M. P. a-t-il pris soin de
comparer constamment, quand il y avait lieu, tant dans l'introduction que
dans l'appareil critique, la teneur du Salmanticensis — collationné à nou-
veau — avec celle des autres exemplaires. En fait, l'objet propre de son
ouvrage a été de rendre utilisables les textes contenus dans les manuscrits .
de Dublin et d'Oxford. Il publie ainsi trente-deux Vies, dont un tiers envi-
ron étaient inédites (1), sans compter trois piéces qui figurent dans l'appen-
dice et qui sont prises à d'autres exemplaires.
En voici la liste : Vies des SS. Abban (DHL. x a), Aedh évéque de Cillair
(BHL. 188), Ailbe (BHL. 199, inédite), Barr ou Findbarr (BHL. 2983),
Berach (BHL. 1168), Boecius ou Buite (BHL. 1388, inédite), Brandaine
(BHL. x439, inédite), Cainnech (elle n'est pas inédite, comme le croit M.
P. [t. I, p. xui]; voir BHL. 1520), Cartach (B3HL. 1624), Ciaran de
Clonmacnois (B HL. 4654, inédite), Ciaran de Saigir (BHL. 4657), Coem-
gen (BHL. 1866), Colman de Lann Ela ou Lynally (inédite), Comgall
(BHL. 1910), Cronan de Roscrea (inédite), Declan (DHL. 2116), Enna ou
Endeus (BHL. 2543), Fechin (BHL. 2845), Finan abbé de Kinnity (iné-
dite), Fintan de Clonenagh (DHL. 2993), Gerald de Mayo (DHL. 3410),
Ita de Killeedy (BHL. 4497), Lasreanus de Devenish (BHL. 4725, iné-
dite), Aedh ou Maedoc, évéque de Ferns (BIIL. 185), Mochoemhog ou
Coemgen de Leamokevogze (DHL. 5975), Mochua de Timahoe (BHL.
5977), Moling ou Dairchellus (inédite et trés intéressante), Molua ou Lugid
(BHL. 5059), Munnu ou Fintan de Taghmon (BHL. 2957), Ruadan abbé
de Lothra (inédite), Samthanna abbesse de Clonbroney (inédite ; c'est le
seul texte qu'on ait sur cette sainte, et il est intéressant), Tigernach de
Clones (BHL. 8287). L'appendice contient deux textes sur S. Brandaine,
publiés d'aprés deux autres mss. dela Bodléienne : une Vie inédite qui,
comme le montre M.P., est la source du poéme anglo-normand publié par
Francisque Michel et par Suchier, et un poéme satirique, qu'il croit inédit
(t. I, p. xri), mais qui avait déjà été donné en 1902 par M. Paul Meyer
dans Romania (XXXI, 378-79) ; enfin, une autre vie de S. Aedh de F'erns
(1) Ce quine veut pas dire qu'elles étaient toutes inconnucs. Des fragments de
bcaucoup d'entre elles avaient été publiés, notamment par Colgan,dec sorte que,
comme on lc verra, nous avons pu, il y a dix ans, en cataloguer la moitié dans
la BHL.
328 BULLETIN
(BHL. 184), conservée dans un ms. du British Museum et dont on n'avait
qu'une édition peu exacte par Rees.
L'introduction met admirablement en valeur cet imposant ensemble de
documents, et M. P. y prodigue une quantité prodigieuse de renseigne-
ments, puisés dans les annales, les généalogies, les martyrologes etc. etc.,
notamment dans les Vies irlandaises, qu'il a étudices de trés prés et dont il
publiera un jour, nous l'espérons,celles qui en valent la peine. Ces amples
et précieux prolégzoménes sont répartis dans cinq paragraphes. Le premier
(p. Ix-xxit) est consacré à une étude approfondie sur les manuscrits utilisés.
Dans le second (p. xxim-Lxxxix), M. P. passe en revue, un à un, les diffé-
rents textes qu'il. va publier. Ce sont autant de petites dissertations, trés
serrées, trés précises et pleines de choses : critique littéraire de la piéce ;
comparaison, quand il y a lieu, avec les autres Vies latines ou irlandai-
ses (1) ; résumé des données fournies, tant par la Vie que par les autres
documents historiques, sur l'histoire du saint, sa chronologie, son culte etc.
Le troisiéme paragraphe (p. LxxxiX-xcv) groupe quelques considérations
générales sur la composition et le caractére des Vies. Peu d'entre elles sont
trés vieilles, mais elles contiennent des matériaux plus anciens et en partie
primitifs. Le dessein des hagiographes était de glorifier le fondateur ou le
patron de leur église ou de leur monastére,et souvent aussi d'expliquer les
liens qui unissaient tels et tels de ces établissements, de revendiquer pour
eux des propriétés, des droits etc... ; en quoi, ce nous semble, ils ne se dis-
tinguent pas essentiellement de beaucoup de leurs confréres non-irlan-
dais. De méme, comme chez tant d'autres hagiographes, mais à un
degré plus aigu peut-étre, le saint est avant tout considéré comme un
thaumaturge.La religion des écrivains et celle qu'ils prétent à leurs ancétres
ont un caractére matériel fort accentué. De beaux traits d'un esprit vrai-
ment religieux ne manquent pas, sans doute, mais ils sont isolés et ont une
tendance à disparaitre dans les rédactions plus récentes des Vies. Le para-
graphe IV, intitulé. « Contenu des Vies » (p. xcv-cxxixX) présente une
ample synthése des « traits» qui y sontrapportés.IEn général, elles sont trop
récentes et trop fabuleuses pour quil soit saze d'y aller chercher des
«faits » ; mais elles sont une source abondante et précieuse d'information
historique indirecte, comme on peut le voir dans les deux sections entre
lesquelles M. P. a réparti une foule de détails typiques a) sur la vie sociale
et les mceurs et usages du peuple, et b) sur tout ce qui regarde les hommes
et les choses d'évlise. Enfin, si le dernier paragraphe (p. cxxix-cr.xxxviir),
(1) Trés souvent le texte publié par M. P. et celui qui se lit dans le codex
Salmanticensis sont deux recensions indépendantes d'un méme original ; la plu-
part du temps, la version du Salmanticensis est plus proche de l'ancétre com-
mun, mais il est des casoü celle qui est publice ici se trouve étre, au contraire,
la meilleure. |
DES FUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 3?9
oü sont recherchés et groupés les souvenirs du folk-lore paien et de la my-
thologie dans les Vies des saints celtiques, remplit tant de pages, bourrées
de citations et de menus détails, cela n'étonnera personne de ceux qui ont
abordé cette étrange littérature. Le sujet est, scientifiquement parlant,
délicat et préte, on le sait, à la controverse. M. P. n'appartient pas à l'es-
péce des mythologues exagérés, et il rappelle nettement que beaucoup des
coutumes et des maniéres de voir dont il est question dans ces pages, ne
sont spécifiquement ni chrétiennes ni paiennes, mais simplement humai-
nes. On n'en consultera qu'avec plus d'intérét et méme de confiance, —
en dépit des doutes qui pourraient s'élever sur tel ou tel cas particulier, —
l'ensemble imposant des faits par lesquels il s'attache à faire voir, dans la
littérature hagiographique, l'influence d'un passé qui ne meurt jamais
entiérement. AT.
90.— * El P. Juan pE T.y RopRiGuEz. Vidas de los santos más cono-
cidos y venerados en Espana y en las repuüblicas sudamericanas.
Paris, Roger y Chernoviz, 1908-1909, quatre volumes in-12, 432,468,456 et
452 pp.—L'ouvrage est visiblement destiné à fournir quotidiennement une
trés courte lecture édifiante, tirée de l'histoire — ou de la légende — des
saints. Il est disposé d'apres l'ordre du calendrier ; à chaque jour on trouve
une notice, souvent deux, parfois davantage ; àlasuite,la traduction de
l'évangile de la messe du jour. Les notices sont au nombre de 670 environ ;
les unes tiennent en quelques lignes ; les plus longues ne dépassent guére
dix petites pages, et l'on ne se rend pas bien .compte du principe quia
présidé à la répartition de l'espace disponible (par ex. S. Antoine l'ermite
se voit adjuger dix pages, tandis que S.Grégoire le Grand et S. Benoit n'en
ont pas quatre). Méme incertitude quant aux raisons du choix de ces saints
« plus connus et plus vénérés en Espagne etc. »; exemple, au 7 novembre,
oül'on trouve trois notices : sur S. Florent de Strasbourg, S. Amaranthe
d'Albi et S. Willibrord d'Utrecht. Aucun effort pour tenir compte des tra-
vaux scientifiques consacrés depuis trois siécles à la vie des saints. Pas de
préface, pas de notes ou de références quelconques. AP.
91. — * Fernand BauwEs. La Vie de saint Benott d'Aniane, par
saint Ardon, son disciple, traduite sur le texte méme du cartulaire
d'Ániane.
92. — * René AtGRarN. Vie de sainte Radegonde, reine de France,
par saint Fortunat. Traduction publiée avec une introduction, des appen-
dices et des notes.
Paris, Bloud, s. a. (1910), deux volumes in-12, 64 et 64 pp. (— ScrENCE
ET RELIGION, n?* 562 et 564. L4 viE DEs sAINTS. CHEFS-D'G:UVRE DE LA
LITTÉRATURE HAGIOGRAPHIQUE).
Le choix est heureux, et ces deux documents méritaient de figurer dans
330 BULLETIN
la collection. Le traitement qu'on leur a fait subir est trés inégal. Il n'y a,
en somme, que du bien à dire de l'opuscule de M. l'abbé Aigrain. Il a tra-
duit la biographie de S'** Radegonde par Fortunat, en y joignant des extreits
de l'autre Vie de la sainte, écrite par la moniale Baudonivie, et quelques :
fragments de Grégoire de Tours; le tout expliqué par une annotation sobre,
mais parfaitement suffisante et d'une trés louable érudition. L'introduc-
tion, assez ample (p. 3-24), présente les trois auteurs, Grégoire et Baudoni-
vie sommairement, Fortunat avec plus de détails, comme il convenait ici.
C'est un trés intelligent résumé des travaux antérieurs, à part ceux d'Ebert
et de W. Meyer, que M. Á. connait, mais qu'il n'a pu consulter.
9. Benoit d'AÀniane a été moins bien partagé. L'introduction, assez
maigre (p. 3-7), met à peu prés suffisamment en relief les mérites et du
saint abbé et de son biographe. Encore ce dernier est-il flatté quand on
trouve qu'il porte les marques distinctives de l'époque carolingienne, la
supériorité de la forme et un latin plus soigné (p. 5). Le style d'Ardon est,
sans doute, simple et sans recherche, mais cet auteur est visiblement resté
en dehors du mouvement de rénovation littéraire qui donna, du temps de
Charlemagne, un essor si puissant aux études latines en France ; sa prose
est la langue incorrecte et barbare des VII* et VIII* siécles.
Le traducteur, dans le but de « rendre plus nettement la physionomie du
texte primitif », a eu la singuliére idée de « calquer la phrase frangaise sur
la phrase latine » ; aussi bien, « il ne se pique pasde faire de l'écriture
artiste. » Mais entre la dite écriture et le pénible décalque qu'on nous ofíre,
il y ade la marge ! A certains endroits méme, le lecteur aura peine à com-
prendre, et peut-étre se demandera-t-il, non sans quelque raison, si le tra-
ducteur a compris. Exemple, le commencement du ch. 31 des éditions :
Puissimus quoque Ludoycus rex, quo ab insanis magis magisque inrideba-
iur Denediclus venerabilis abba, eo. sibi eum in. dilectione sociabat multo-
ciis amore, lequel est rendu ainsi : « Mais le trés pieux roi Louis, plus les
« insensés tournaient en ridicule Benoit, le vénérable abbé lui témoignait
« une affection plus grande » (p. 45). Ce n'est pascela ; il fallait à tout le
moins : « Mais... en ridiculele vénérable abbé Benoit, plus il [le roi !] lui
« témoignait d affection. » Ou encore p. 59 : « Il eut sous sa direction douze
« monastéres :... celui de Maur en Elizaz » ; on prétend traduire par là les
mots: Monasterium Maurum in I7lizaz, c'est-à-dire « Maursmünster en
Alsace ». M. D. semble avoir renoncé à traduire les vers latins qu'il trans-
crit, faute de mieux, p. 63. De fait, tels qu'il les transcrit, ils sont intradui-
sibles, le premier mot des vers 2 et 3 étant décapité : Ore foli madidos...
pour « R orc polt m., et Ordis obimus ager pour. « Co»ordis o. a. Au
lieu d'aller chercher le texte d'Ardon dans le cartulaire méme d'Aniane,—
lequel, du reste, est l'unique manuscrit ancien qui nous reste de la Vie, —
que n'a-t-il pris tout simplement une édition convenable de ce texte, par
exemple celles de Mabillon ou de Waitz. AT.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 331
93. — * Henry Melvill GwarkriN. Early Church History to A.D.
313. London, Macmillan, 1909, deux volumes in-8^, xit-310 et v1-376 pp.
—L'auteur de cette nouvelle histoire de l'Eglise primitive a longtemps
enseigné, et les deux volumes qu'il donne au public sont le fruit d'une
longue préparation, Mais ils n'ont rien du manuel d'histoire que l'on
pourrait attendre d'un professeur, ni la forme didactique, ni la rigueur de
l'ordre chronologique, ni encore, ce qu'on ne peut s'empécher de regretter
malgré tout, le systéme de références continues qui permet de remonter
aux sources. La bibliographie est réduite au strict nécessaire, on pourrait
méme dire que l'auteur est resté en decà. Et c'est évidemment parce qu'il
la voulu, car il connait bien les sujets qu'il traite, et sa lecture ne se
borne pas aux ouvrages cités sous la rubrique laconique Dooks qui termi-
ne la plupart des chapitres. Voici la disposition adoptée: Généralités sur
l'histoire ecclésiastique. Décadence de l'ancienne religion. L'empire
Romain. L'áge apostolique. Persécution de Néron. Période Flavienne.
Trajan. Adrien et Antonin le Pieux. Marc Auréle. Commode. Les Apolo-
gistes. Vie chrétienne. Les églises et l'Église. Influences paiennes. Gnos-
ticisme. Montanisme. Irénée. Les empereurs d'Orient. L'école d'Alexan:
drie. Origéne. L'église Romaine. L'Afrique, Tertullien. Déce et Valérien.
Les questions de discipline. La longue paix. La grande persécution. Cha-
cun de ces chapitres constitue un récit trés vivant, d'un tour personnel et
souvent piquant, qui soutient l'attention. Sur toutes choses, l'auteur dit
rondement son avis, et là méme oü l'on se sent un peu surpris par sa fran-
chise, on l'écoute avec plaisir et sans étre choqué. Il caractérise trés heu-
reusement le róle de l'historien de l'Éelise : les sources dont il dispose ne
valent pas moins que les sources profanes, et il n'a qu'à appliquer les
bonnes méthodes pour aboutir à dcs résultats aussi certains et aussi défini-
tifs que dans les autres branches de l'histoire (p. 0). L'auteur est d'avis que,
si les écrivains catholiques (Roman- and. Anglo-Catholics) ne sont pas les
seuls à pécher contre les lois de l'histoire, ils ont. certainement plus de
reproches à se faire que les protestants. Ce ne sont évidemment pas les
historiens divnes de ce nom que l'auteur a en vue, mais sans doute cette
classe, nombreuse d'ailleurs, de polémistes et d'apologistes qui, tout en
protestant de leur absolue impartialité, donnent dans tous les travers des
avocats et des orateurs. Mais n'en rencontre-t-on pas de pareils dans tous
les camps? La littérature religieuse préte plus que toute autre à ce genre
Spécial, qui na pas grand chose de commun avec l'histoire; mais qui
oserait dire qu'il n'y a pas moyen de s'en aflranchir ?
L'auteur porte sur les textes hagiographiques un jugement plein de bon
sens. Si les Vies des saints, cit-il, ne sont pas la vérité pure, les lettres
des diplomates ne le sont pas davantage (I, 7), et il fait bien ressortir le
ton calme et digne sur lequel sont rédigés les anciens Actes des martyrs,
contrastant ainsi avec les récits de date postérieure (I, 274-75). La Vie de
332 BULLETIN
S. Grégoire le thaumaturge (II, 312) est bien appréciée ; il va de soi que le
trait des dix-sept chrétiens et des dix-sept paiens n'est que de la légende ou
du style. Je m'étonne de lui voir attribuer sans hésitation à Tertullien la
Passio Perpeluac, mais nullement d'éprouver quelque défiance à l'égard
de la Passio S. Savint. Les textes auxquels il est fait allusion t. I1, p. 328,
sont de valeur trés inégale. Il est exact que le martyre des Quatre Couron-
nés tombe, d'aprés les Áctes, en dehors de la grande persécution. Mais les
circonstances trés spéciales dans lesquelles se passe cet épisode — nous
nous en expliquerons ailleurs — rendent le fait parfaitement vraisembla-
ble. On nous permettra de faire remarquer que la note concernant les
Actes d'Apollonius (I, 169) est rédigée de facon à attribuer à l'éditeur du
texte grec, dans les .4zalccía, les « gross blunders » énumérés par l'auteur.
Ces grosses bévues sont simplement imputables à l'hagiographe et à nul
autre. H. D.
94. — * G. TrR-MrkERTISCHIAN et Sr. KANAJEANTS. VWqufd uriqbnun
upuvifni ii — $uyng (Agathangeli Armeniae historia) Tiflis,
Martiroseants, 1909, in-&^, d-474-, pp. QqUSUUShf*R 4U808: HisroRicI
ARMENIAE). — Tous les genres de célébrité se sont réunis sur lhis-
toire d'Arathange. Pour les vrais Árméniens, ce petit livre est à la
fois la lérende héroique de leurs origines chrétiennes, une épopée natio-
nale et un monument vénérable de la langue des aieux. La foi religieuse,
les traditions du pays et de la race, la littérature et les arts l'ont environné
d'une admiration pieuse, rendue plus ardente encore par les lonps mal-
heurs de la patrie. Enfin la critique s'est emparée de ces pages éloquentes
et naives et leur a donné,par surcroit,la maussade notoriété de ses disputes.
Cet ouvrage tant lu et tant commenté n'avait pourtant pas encore été
publié avec le soin convenable. On n'en possédait que des éditions provi-
soires, établies comme au hasard, sans étude approfondie de la tradition
manuscrite. Les lecteurs ordinaires n'en demandaient pas davantage.
Mais ce qui est plus grave, philologues,historiens et critiques raisonnaient,
aqui mieux mieux, sur les menus détails d'un texte maintes fois remanié,
dont la forme primitive leur échappait. Le travail qui restait à. faire vient
d'étre excellemment accompli par le savant archimandrite d'Etschmiadzin
G. Ter-Mekerttschian et par M. St. Kanajeants, deux érudits formés aux
meilleures méthodes occidentales. Leur publication, irréprochable pour la
clarté, l'élégance et le bon gout, se présente, au pointde vue scientifique,
sous les apparences les plus favorables. Evidemment, ils n'ont pu songer à
épuiser la masse énorme de matériaux qui attendaient encore leur emploi.
Devant cette abondance, en partie assez stérile, les consciencieux éditeurs
n'ont rien négligé de ce qui était pratiquement réalisable. Outre les cinq
éditions précédentes, ils ont utilisé plus de cinquante manuscrits, avec un
soin clairvoyant dont leur 'ntroduction témoigne à l'évidence. Tout au
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 333
plus pourra-t-on regretter qu'ils n'aient pas formulé dans un apercu plus
synthétique les résultats généraux de leur longue et consciencieuse
enquéte. Leur pensée est certainement fort claire ; mais il faut la cher-
cher en plusieurs endroits qui se complétent l'un par l'autre.
Les manuscrits d'Agathange se divisent en trois groupes;,abstraction faite
de certains exemplaires hybrides qui se dérobent à un classement ferme
(cf. p. pL). Le second groupe, qui a donné naissance aux deux autres,
dérive lui-méme d'une rédaction plus ancienne, dont on retrouve les traces
dans la Vie de Mesrob par Koriun. C'est donc lui qui représenterait le
texte fondamental, celui duquel dérivent les Actes grecs de S. Grégoire
l'Hluminateur. Le premier groupe s'est détaché du second à la suite d'une
mutilation accidentelle qui en a tronqué le prologue : um ulpa
url unl iunii [d hart gunp^ fn... .. npm[ uiui gn hr L « uu.
i'isrioim » (jumnaubuipurh p — Decet exemplaire estropié est sortie toute
une famille qui a vécu de sa vie propre (p. fug). :
Le troisiéme groupe, lui, est plutót une rédaction artificielle, caractérisée
par de légéres retouches intentionnelles : pup f hp — gp fans pan pi
epusirrins pi iió [7 ^ [2 h [^i puurg pnec[d luf (ibid.). L'archétype de
cette recension dérive de quelque ancien manuscrit de la seconde classe.
De cet exemplaire procédent d'autres copies, remaniées plus librement
encore, au point que le texte contenu dans certains. &uun pinnhptihr p,
ou Jibrt cclorariorum, fait aux. savants éditeurs l'efiet d'une rédaction
enticrement neuve (pri pr] p "inp [od png prs [d biu), qui aurait
vu le jour dans le canton de Varag (p. 9p).
Cette rapide esquisse ne donne qu'une pále idée du travail énorme sur
lequel repose l'édition de MM. Ter-M. et K. Ils ont dansla plénitude du
terme fait oeuvre d'initiateurs, Leur remarquable publication assure enfin
une base solide aux recherches dont le texte d'Agathange continuera d'étre
l'objet. Les cditeurs de la collection des historiens arméniens ont en prépa-
ration un Moise de Choren. On ne peut que lui souhaiter de ressembler
au modéle que MM. Ter-M. et K. viennent de lui donner. I*- 15
95. — * Kirsopp Laxr. The early days of Monasticism on Mount
Athos. Oxford, Clarendon Press, 1909, in-8", 117 pp., carte. — Au
cours de divers voyages d'études, M. Kirsopp Lake, professeur d'ancienne
littérature chrétienne à l'université de Leiden, eut l'occasion de séjour-
ner à l'Athos. ll en a profité pour publier, à cóté d'autres travaux, un
livre qui traite des origines du monachisme sur la sainte montagne. Dans
cet ouvrage, qui sera accueilli avec faveur par les byzantinistes, M. K. L.
essaie de montrer qu'au mont Athos le monachisme a passé par les mémes
334 BULLETIN
phases de développement que dans les autres pays oü il a fleuri. Les soli-
taires, qui l'habitaient au. début, commencent vers la seconde moitié du
IX* siécle à se réunir en laures, tandis qu'au X* siécle on voit triompher
le systeme cénobitique, qui, avec peu de changements, restera »n vigueur
jusqu'à nos jours. S. Pierre l'Athonite personnifie la vie érémitique ; dans
S. Euthyme de Thessalonique, qui, tour à tour anachoréte, fondateur de
laures et de monastéres, termine ses jours comme ermite, nous voyons
la période de transition ; enfin, aprés que diverses causes extérieures ont
contribué à multiplier les liens entre les anachorétes de l'Áthos, ils parvien-
nent, sous l'umpulsion de S. Athanase l'Athonite, à la forme définitive.
Parmi les piéces justificatives placées à la fin des chapitres, nous devons
mentionner la Vie de S. Pierre l'Athonite, qui jusqu'ici n'avait été publice
qu'en grec vulgaire. Bien quelecodex A. 79. de l'Áthos fournisse trés
probablement le texte le plus ancien (il est du XIIe siécle), on regrettera
que M. K. L.se soit contenté de le reproduire sans vouloir examiner de
plus prés la tradition manuscrite. Aux exemplaires récents de Paris et du
Vatican cités par M. K. L. je joindrais le Vindobonensis theologicus
graecus I49 (olim 150), du XII*/XIII* siécle. On y trouve (fol. 134*-139),
parmi d'autres miracles de S. Nicolas, un passage assez long qui se
rapporte à Pierre l'Athonite. Je soupconne fort que nous nous trouvons en
présence d'un fragment de la méme Vie.
D'aprés lcs calculs de M. K. L., Pierre l'Athonite aurait vécu au IX*
siécle ; je crains que cette chronologie ne repose sur des fondements trop
fragiles pour faire la conviction.La Vie de Pierre, M. K.L.est le premier à le
reconnaitre, parait lézendaire d'un bout à l'autre. Des deux ou trois détails
plus précis qu'elle renterme y a-t-il vraiment beaucoup à tirer ? Le voyage
à Rome de notre anachoreéte, si tant est qu'il soit historique, doit-1l néces-
sairement étre placé dans la premiére moitié du 1X* siécle ? Àu moins
deux cents ans plus tót nous trouvons déjà à IRome des couvents byzantins
(cf. L. Ba£uign, Les colonies d'Orientaux en. Occident, dans ByzawriNI-
SCHE ZEITSCHRIFT, XII, 7-8).
A la fin de son livre, M. K. L. nous donne, pour la bibliothéque de
l'Athos et pour celle du couvent du Prodromou prés de Serres, l'tz7c:pit des
Vies de saints grecques encore inédites. Ces listes, qui assurément sont les
bienvenues, auraient été réduites quelque peu, si l'auteur avait pu utiliser
la 2* édition de la DHG. V. D. V.
96. — Is. ARMaLÉ (55)l. iol Ó 4-6 4a (Apercu historique
sur les couvents de Mardin), dans AL-MACHRIQ, t. XII (1909), p. 760-70.—
A l'occasion du vingt-cinquiéme anniversaire de la fondation du couvent de
Saint-Éphrem à Mardin, M. l'abbé J. Armalé s'est. chargé d'écrire une
courte notice sur cette institution. S inspirant de souvenirs plus lointains,
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 335
qui étaient de mise en cette circonstance solennelle, il a rappelé, par
maniére de préambule, les anciennes gloires monastiques de Mardin. L'ar-
ticle débute par une évocation de la légende de Mar Augin, que les hagio-
graphes ne liront pas avec une admiration extraordinaire. Mais ils auront
profit à consulter les pages qui suivent. M. ÁÀ. y a dressé une liste assez
longue, sinon absolument compléte, des anciens couvents dela ville et du
Pays environnant, avec une bréve indication topographique, qui pourra
suffire éventuellement à les identifier. Plusieurs de ces couvents ont un
rapport étroit avec le culte du saint ou des saints sous le vocable desquels
ils étaient placés. Nous regrettons vivement que M. A. ait été par trop
sobre de références aux sources historiques et hagiographiques. Il est facile
de reconnaitre qu'un bon nombre d'indications ont été fournies par la bio-
graphie de Jean de Mardin (AssEMaNr, Bibliotheca orientalis, 11, 217-29) ;
mais il en reste plusieurs autres sur la source desquelles on aimerait d'étre
édifié. On nous permettra de placer ici une rectification, qui nous con-
cerne également. Le couvent de Qarqaítà, autrement dit couvent du
« Cráne » ou du « Sommet », qui occupe le n? 3 dans la liste de M. A.,était
connu notamment par un passage de la vie de Màr Benjamin (ScuriL,
Zcelschrift für. Assyriologte, XII, 92). Ily est dit formellement que
ce monastére était situé sur la montagne de Mardin. Néanmoins les sou-
venirs rappelés par M. À. peuvent tout aussi bien se rapporter àun autre
monastére de méme nom, situé prés de ResSaina-Theodosiopolis, qui jouit
d'une certaine notoriété dans l'histoire de la Bible syriaque (cf. G. Horr-
MANN, Zetlschrift der Deutschen Morgenlàndischen Gesellschaft, XXXIII,
745). Ayant commis ailleurs la méme confusion, nous ne croyons pas
inutile de la réparer ici (cf. 41zal. Boll., XXVII, 163). P.I
97. — * Edward Craig TRENHOLME. The Story of Iona. Edinburgh,
Douglas, 1909, in-8^, xv-173 pp., illustrations. — C'est au cours d'un voyage
a travers l'ile d'Iona que surgit l'idée de ce livre. Les études faites sur place
ont été poursuivies par des recherches dans les bibliothéques et complétées,
pour la littérature gaélique, avec le concours de spécialistes. Le volume
garde l'empreinte de son origine par la vive sympathie pour la contrée,
son histoire, ses sites, par le grand nombre de reproductions d'intérét
architectural ou simplement pittoresque, qui en font un livre d'aspect
élégant et d'une lecture captivante. Bien que l'histoire monumentale ait
été traitée avec prédilection par M. T., la partie hagiographique doit sur-
tout retenir notre attention. La vie de S. Colomba et celle de son biographe
S. Adamnan occupent d'ailleurs, ainsi qu'il convenait, une assez large
place dans l'ouvrage (p. 20-61). La vie du saint fondateur d'Iona est
retracée d'aprés le récit de son successeur S. Adamnan (BHL. 1886) et
complétée par des anecdotes empruntées à la littérature gaclique. Il eüt
valu la peine de préciser quels étaient ces documents et d'établir leur
336 BULLETIN
valeur. On est étonné de voir inutilisée la Vie la plus ancienne de S. Co-
lomba, celle attribuée à Cummeneus (BHL. 1884) dont feu d'Arbois de
Jubainville avait récemment encore signalé l'importance. M. L. n'a pas
cru devoir tenir compte des hypothéses de M. Anscombe sur la chronolo-
gie de S. Colomba et de la polémique à laquelle elles ont donné lieu ;
c'était son droit. Encore eüt-il été utile de signaler ces ouvrages dans la
bibliographie du sujet (p. 165-68). L'article de W. Stokes, Te adventure
of St. Columba's clerics ( Revue celtique, XXVI, 130-70) aurait pu fournir
d'utiles renseignements. H. MonETUs.
98. — *J. Armitaze RoniNsoN and Montagne Rhodes Jawres. The
Manuscripts of Westminster Abbey.
99. — * J. Armitage RoBiNsoN. The History of Westminster Abbey
by John Flete.
Cambridge, at the University Press, 1009, deux volumes gr. in-8^,
VIII-ISI et vir-IO8 pp. (-— Norrs AND DocuMwENtTS RELATING TO Wezsr-
MINSTER AnnEv, I, II). Sh. 5 et 5.
Il existe deux histoires anciennes de Westminster, écrites toutes deux
par des moines de l'illustre abbaye, l'une au. XII* siécle par Sulcard,
l'autre au XV* par John Flete. La premiére est et reste presque entiére-
ment inédite. De la seconde, les six premiers chapitres seulement avaient
été publiés (dans le Monasticon de Dugdale, t. 1, p. 288-91 de la nouvelle
édition). Malgré sa date relativement tardive, elle méritait de sortir de
l'oubli. Car Flete est un historien consciencieux, et 1l a utilisé, souvent
méme transcrit, un bon nombre de documents anciens. En commengant
presque, par la publication de cet ouvrage, une série de notes et docu-
ments, — que nous souhaitons longue et dans laquelle il faut espérer que
l'histoire de Sulcard prendra un jour place, — le savant doyen de Westmin-
ster s'est avant tout préoccupé d'en établir fidelement le texte d'aprés un
manuscrit fragmentaire, qui pourrait bien étre original, et d'apres plusieurs
copies complétes. S'il a renoncé à ll'annoter et méme à faire la critique
approfondie tant des récits que des piéces d'archives transcrites par Ilete,
du moins une intéressante préface amorce en quelque sorte cette critique
et fournit, provisoirement, les renseirnements essentiels. Nous y signale-
rons surtout une étude (p. 2-11) dela légende qui remplit les six premiers
chapitres de l'ouvrage, celle de la consccration de l'église de Westminster
au VII: siécle par l'apótre S. Pierre, opérant, bien entendu, zs sfiritu.
Aux textes rassemblés par F'lete — celui-ci s'est borné à compiler, à juxta-
poser, cinq récits anciens — M. J. M. Robinson ajoute une relation inédite
(p. 9-10), qu'il emprunte à la Vie de S.Édouard le Confesseur par Osbert de
Clare (BHL. 2422 ; M. R. transcrit non pas la recension abrégée qui seule
avait été utilisée jusqu'ici, mais le texte original fourni par le ms. du
British Museum add. 36737). Les hagiographes remarqueront aussi, entre
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. |. 837
autres, le ch. 14, qui contient une longue et curieuse liste des reliques de
l'abbaye (p. 68-73). En appendice, M. R. a dressé et commenté un trés
utile catalogue provisoire des abbés de Westminster, des origines à 1396
(P- 139-44).
La bibliothéque du doyen et du chaprtre de Westminster ne renferme
plus que quelques manuscrits. Ceux que possédaient jadis les moines furent
dispersés ou détruits lors de la suppression de l'abbaye ; l'importante col-
lection formée plus tard, au cours du XVII* siécle, périt misérablement
dans l'incendie de 1694. Ce que l'on peut savoir de l'histoire et de la com-
position de la bibliothéque aux difiérentes époques a été soigneusement
recueilli et méthodiquement exposé dans le premier volume des « Notes et
documents », pour lequel le doyen de Westminster s'est assuré la collabo-
ration d'un spécialist? bien connu, le trés distingué prévót de King's Col-
leze à Cambridge. A.P.
100. — * Friedrich PrisreR. Der Reliquienkult im Altertum. Erster
Halbband.Das Objekt des Reliquieukultes. Giessen, Tópelmann, 1909,in-89,
XII 399 pp. (KEriGtoNsGEscHICHILICHE VERSUCHE UND VORARBEITEN, V.
Band). Mk. 14.— Les formes extérieures du culte des saints et surtout cer-
taines manifestations de la piété populaire rappellent ce plus d'une maniére
toute une série de pratiques religieuses dont la littérature classique a
eardé le souvenir. Nous avons relevé nous-méme maint exemple de ces
analozies, surtout dans l'histoire du culte des héros (Les lérendes hagio-
graphiques, 181 et suiv.). Le sujet méritait d'étre repris en détail, et
M. P. s'est attaché principalement à retrouver dans l'antiquité grecque et
romaine ce qui répond à notre culte des reliques. Il a méme notablement
élargi le sujet ; car les récits imaginés à la gloire des héros sont fréquem-
ment examinés . et mis en paralléle avec les inventions des haviographes;
comme nous l'avons constaté en plus d'une circonstance, une source com-
mune et inystérieuse alimente souvent ces deux courants, si divergents, de
la légende populaire. Quant à ce qui fait l'objet propre du livre, on pourra
Se convaincre, non pas que le culte des saints dérive en ligne directe de
celui des héros du paganisme, mais que certains de ses développements
ont suivi une marche identique. Telles incontestables déviations de la
discipline primitive qui nous ont, pour ainsi parler, gáté l'austére simpli-
cité des manifestations du culte,se retrouvent trait pour trait chez les
anciens et se présentent à nous moins comme des phénoménes religieux
que comme les eflets lointains du travail inconscient de la lézende. On ne
dira pas que, parce que les anciens ont dédoublé certains de leurs dieux
ou de leurs héros, les chrétiens ont traité de méme quelques saints
célébres. Si l'on signale par ci par là des multiplications de reliques chez
les anciens, des compétitions entre plusieurs villes au. sujet de la posses-
sion d'un tombeau ou d'un objet consacré par la mémoire d'un héros,
ANAL. BOLL, XXIX. 22
338 BULLETIN
ira-t-on jusqu'à prétendre que de pareilles erreurs ne se seraient point
produites dans l'É;;lise s'il n'y avait pas eu de précédents parmi les paiens ?
La religion du souvenir produit partout les mémes eflets, en raison de son
intensité et du nombre de ceux qui en sont les gardiens. Partout et tou-
jours on cherchera à se rendre présents ceux qui ne sont plus dans quelque
objet matériel oü l'on croit retrouver leur empreinte ; si ce n'est pas une
partie. d'eux-mémes ce sera une arme, un outil, un meuble qui a été à
leur usage, une maison qu'ils ont habitée, une place oü ils sc sont signalés
par quelque exploit. Et nous savons que l'imagination populaire est ingé-
nieuse à créer des relations de cet ordre, et qu'il se trouve partout des
gens peu scrupuleux habiles à exploiter la crédulité. La curieuse liste des
Reliquien aus der. Heroenzeit dressce par M. P.(p. 331 et suiv.), et oà l'on
trouve la lance d'Achille, l'épée de Memnon, le bouclicr d'Énée, le vais-
seau d Agamemnon, témoigne du méme état d'esprit qui nous a valu les
invraisemblables collections d'objets sacrés vénérés dans certains sanc-
tuaires du moyen áge : respect profond et puérile curiosité chez le peuple,
néeligence ou connivence de la part des chefs.
La lecture du livre de M. P., oà sont groupés un trés grand nombre de
faits, pourrait sugeérer bien d'autres réflexions. Mais nous ne voulons point
préjuger les conclusions de l'auteur, qui s'est contenté, jusqu'ici, de réunir
des matériaux et de faire connaitre l'objet du culte des reliques chez les
anciens. Matériellement parlant, cet objet est le méme que chez nous. Le
: mode de vénération n'est pas en tout le méme. On ne voit pas, par exem-
ple, que les paiens aient attribué à leurs reliques les mémes vertus que les
chrétiens, ni qu'ils aient jamais poussé le respect jusqu'à se contenter d'un
linge sanctifié par le contact de l'objet sacré. Mais M. P. nous expliquera
la raison de cette différence dans son second volume. |. H.D.
101. — * Adolph FRaNz. Die kirchlichen Benediktionen im Mit-
telalter. Freiburg im Breisgau, Herder, 1309, deux volumes in-89»,xxxvirt-
6.46 et vr1-764 pp. Mk. 50. — Voici un ouvrage sur lequel les professeurs de
théologie, qui en sont réduits à dire sur les sacramentaux les choses vagues
que l'on sait, se jetteront avec. avidité. Puisque c'est trop leur demander
que de les renvoyer à quelques centaines d'ouvrages, de revues et de
manuscrits d'oü ils pourraient tirer. les faits qui doivent servir de support
aux théories, ils se rcjouiront d'avoir trouvé en Mgr Franz — qui d'ailleurs
n'a pas seulement travaillé pour eux — un précieux auxiliaire. Rien n'a été
négligé pour découvrir tout ce qui peut éclairer la question des bénédic-
tions liturgiques. Et il faut entendre ici le mot liturgie dans un sens large
et ne point insister sur l'idés d'universalité qu'il évoque d'ordinaire, ni sur
le caractére officiel de tout c3 qui €'y. rattache. ÁÀ cóté de certaines béné-
dictions qui sont devenues des pratiques générales dans l'Église, il yen
à d'autres qui n'ont eu qu'une diflusion restreinte ; il en est un bon nombre
—— 7
T — 0 —— — —
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 339
aussi qu'on s'imagine malaisément avoir été répandues avec les encoura-
gements de l'autorité ecclésiastique, tant est sensible le relent de super-
stition qui s'en dégage. La distinction ne sera pas difficile à faire, gráce
au classement méthodique de l'énorme masse des matériaux. Voici, aprés
l'introduction sur les sources et les concepts théologiques, les grandes
sections qui divisent l'ouvrage : 1») L'eau bénite ; 2») bénédictions du pain
et du sel, 3?) du vin, 4") de l'huile, des fruits et légumes ; 5*) bénédictions
usitées aux jours de l'épiphanie, de la chandeleur, de S. Blaise ; 6? du
caréme et de Pàques ; 7?) bénédictions de la maison, de ses attenances, des
instruments des métiers ; 8?) bénédictions monastiques ; 9?) phénoménes
naturels ; r0?) animaux ; r1?) mariage, la mére et l'enfant ; 12») dangers
divers ; 13") maladies ; 14») possession diabolique. Le chapitre final résume
l'histoire de la polémique engagée par les réformateurs contre l'usage des
bénédictions. Les textes nouveaux que l'étude des manuscrits pourra
amener au jour (l'auteur a surtout exploré les bibliothéques allemandes)
seront trés aisés à classer sous ces rubriques.
L'auteur n'a eu garde de népliger une catégorie de sources spécialement
riche en renseignements, les Vies des saints et les recueils de miracles.
C'est une mine inépuisable, que l'on pourra continuer à exploiter avec suc-
cés. Le chapitre des eulogies est un de ceux qui gagnera à étre complété
au moyen des renseignements épars dans les piéces hagiographiques grec-
ques. La Vie ancienne de S': Matrone (D HG .? 1221), qui paraitra sous peu,
renferme sur les eulogies des textes curieux, etil en reste bien d'autres à
étudier. |
Mgr F. cite(I, 272) l'usege allemand de bénir, le jour de S** Agathe,
5 février, des billets portant ces mote Meztem sanctam. 7 sbontaneam 1
honorem | Deo $ et patriae liberationem. Ignis a. laesura protege nos,
Agatha pia. Ces billets bénits étaient gardés comme préservatif contre l'in-
cendie, ou jetés dans la flamme pour l'éteindre. Les huit premiers mots
sont empruntées à la Vie de S** Agathe (/ct. SS., Febr. I, 618) oü ils
sont donnés coinme le texte d une inscription placée par les anges dans le
tombeau de la sainte. On les rencontre souvent ailleurs. Mgr F. publie (II,
94) une ócnediclto aure, entremélée de formules magiques, une autre
contra nebulas (I1, vo), une couturatio contra tempestatem (1I, o1), oü ils
figurent, de méme que dans le texte suivant,destiné aux femmes en couches
(II. 199) : Haec verba scribe 1n pergameno vel 1n. folito porri et pone. super
pectus eius: « Mentem sanctam spontancam,honorcm Dco el patrie liberatto-
nc », et fac per domum porlari, ut intus non mancat. On pouvait ajouter
que dans l'Italie centrale,et probablement ailleurs, ils étaient fréquemment
inscrits sur les cloches. Pourquoi ? La sainte qui protégeait Catane contre
les embrasements de l'Etna, était spécialement invoquée contre le danger
d'incendie. D'autre part, les cloches étaient considérées comme un moyen
d'écarter la foudre, et l'inscription qu'elles portent souvent : a fulgure et
340 BULLETIN
lempestale libera nos, Domine, rappelle cette croyance. Ne faut-il pas dire
que la devise de S'* Agathe en est une sorte de pendant ?
Comme complément au recueil déjà si riche de Mgr F. on pourra lire la
TáEiG áYiau0uo0 TOV UbaTUV ToU rorauo0 NeiAou, récemment publiée
par M. Papadopoulos-Kerameus (plus haut, p. 325), presque au méme
temps que paraissait l'ouvrage du savant allemand. H. D.
102. — *Georz GnowER. Die Laienbeicht im Mittelalter. Ein
Beitrag zu ihrer Geschichte.
103. — * Dionys SriErENHorER,. Die Geschichte der Kirchweihe
vom 1.-7. Jahrhundert. |
104. — * Albert Mich. KorNicER. Voraussetzungen und Voraus-
setzungslosigkeit in Geschichte und Kirchengeschichte.
München, Lentner, 1309, 1909, 1910, trois volumes in-&9, vitI-95, vrir-
I4X et 50 pp. (— VERÓFFENTLICHUNGEN AUS DEM KIRCHENHISTORISCHEN
SEMINAR MüNciEN, III, 7-9).
Les trois opuscules, dont nous venons de transcrire le titre, sont des
publications du séminaire d'histoire ecclésiastique de Munich ; comme la
plupart des travaux düsà l'initiative de M. le professeur Knóptler, ils se
distineuent à la fois et par l'intérét du sujet traité, et par la rigueur de la
méthode.
Pendant plusieurs siécles, les fidéles,en cas de nécessité,lorsque le prétre
faisait défaut, ont demandé à des laiques de recevoir l'aveu de leurs fautes.
C'est cette pratique, qu'on rencontre principalement sur les champs de
bataille ou dans les récits de naufraze, que M. G. Gromer a pris comme
sujet de sa dissertation et dont il nous montre tour à tour la genése, le
développement et le déclin. Parallélement, il étudie l'interprétation théo-
rique qui en fut donnée aux diflérentes époques. Rezardée par des théolo-
eiens comme oblieatoire, par d'autres comme facultative, elle finit, surtout
sous l'influence de l'école franciscaine, par étre reietée en principe, pour
tomber ensuite de plus en plus en d^suétude. Aux historiens du doezme de
passer au crible de la critique les dittérentes conclusions de ce travail ; ils
Seront au moins d accord avec nous pour en reconnaitre le haut intérét.
M. D. Stiefenhofer a pris pour objet de son étude la consécration des
églises durant les sept premiers siécles.. Aucun indice ne montre qu'elle
soit d'origine apostolique ; pendant les premiers temps du christianisme
la céne se célébrait dans les maisons particuliéres ; au IlI* siecle seule-
ments les églises proprement dites commencent à s'élever, Si aux yeux des
fideles elles sont rezardéss comme sacrées, ce n'est pas par l'effet d'un
rite particulier, mais par la seule célébration de l'Eucaaristie. Les raisons
que M. D. S. fait valoir ea faveur de sa th?se paraissent trés plausibles.
Dans une seconde partie, l'examen porte sur la période qui s'étend à par-
tir de l'élit de Milan jusqu aa VII* siézle. Nous ne pouvons suivre l'auteur
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 341
dans tous les détails de cette étude ; le point qui nous intéresse plus spé-
cialement, c'est le rapport que l'on trouve entre les martyrs et les locaux
destinés au culte. Parmi les églises, les unes étaient élevées sur les tom-
beaux des confesseurs de la foi ; d'abord petites, elles devinrent souvent,
une foisla paix rendue aux chrétiens, de superbes basiliques ; d'autres
églises, qui servaient de lieu de réunion aux fidéles, furent bientót pla-
cées, elles aussi, sous le vocable de quelque saint ; non pas qu'elles fussent -
construites sur sa tombe, mais parce qu'elles en possédaient les reliques ;
celles-ci étaient le plus souvent un peu d'huile puisce à la lampe de son
sanctuaire, des linges qui avaient touché ses ossements, un peu de pous-
siére rapportée du lieu de sa sépulture. Peut-on y ajouter dés cette époque
les instruments de torture ? Le eril de S. Laurent, auquel il est fait allusion
(p. 96), parait bien étre du domaine de la légende (71za/. Bol]., XIX, 452).
Posséder quelques-unes de ces reliques, c'était posséder le corps méme du
saint. Cette fiction lévale, qui ne tarda pas à étre perdue de vue, explique
en certains cas comment, dans les siécles qui suivirent, plusieurs églises
prétendirent posséder réellement le tombeau du méme martyr.
Dans la méme collection, M. A. M. Koeniger a reproduit, enrichie de
quelques notes, une coníérence prononcée au début de cette année à
Cologne. La condition d'historien de l'Église, M. K. le démontre fort bien,
ne diflfére pas essentiellement de celle de n'importe quel historien. En
restant aussi objectif que possible, il rend les meilleurs services à l'Église,
qui n'a besoin que de la vérité. V. D. V.
105. — * Die Nekropole von Kóm-esch-Schukáfa. ^userabungen
und Forschungen, herausgegeben von Ernst SirGriN, hearbeitet von
Theodor ScuRinER. Leipzig, Giesecke und Devrient, 1905, deux volumes
in-folio. Textband: xvr-407 pp. et ro planches. '"l'afelband : 7o plan-
ches.— Il n'est pointde ville dont les antiquités aient été moins respectées
que la capitale de l'Égvpte. Alors que des textes innombrables attestent sa
gloire, et qu'elle ne le céde en importance qu'à Rome dans l'histoire des
premiers siécles chrétiens, elle n'a presque rien gardé de ses monuments
et c'est à peine si les archéologues connaissent l'emplacement de ses. plus
célebres édifices. La splendide publication que nous avons.sous les yeux ne
peut qu'aviver nos regrets. Avec un soin pieux on recueille et on met en
lumiére les moindres vestiges d'un passé glorieux.. Mais on voit. aussitót
combien est borné le champ des recherches : ettam pertere rutuac. Le pre-
mier tome publié par l'expédition Sieglin, composé d'un volume de plan-
ches, presque toutes en héliogravure et admirablement réussies, et d'un
volume de texte,lui- méme abondamment illustré, a pour objet la nécropole
de Kóm-esch-Schukáfa située non loin de la colonne de Pompée.
C'est à Botti que revient l'honneur de l'avoir découverte, et la mission
allemande rend pleinement hommayge à l'activité de ce savant trop tót
342 BULLETIN
enlevé à ses travaux ; un long rapport et plusieurs articles de Botti sont
reproduits dans le volume,oü l'on voit d'ailleurs figurer, à cóté du principal
auteur, M. Schreiber, les noms de MM. J.P. Richter, von Bissing, Ehrlich,
Gardthausen, Fiechter et À. Thiersch.
Le présent volume, qui sera suivi de deux autres, est divisé en sept par-
ties. M. Schreiber, aprés avoir fait connaitre les travaux de la mission
Sieglin, commence par trois chapitres d'introduction, oü il est question de
l'étendue des nécropoles d'Alexandrie, de la situation et des conditions
géologiques de la colline Kóm-esch-Schukáfa, de l'origine des débris de
poteries (11071e testaccto) trouvées en grand nombre dans le voisinage des
tombes. La seconde partie est une histoire, en huit chapitres, des recher-
ches entreprises avant r9oo. Dans la troisiéme partie il est question spé-
cialement des découvertes de la mission Sieglin de 1900 à 1902, et surtout
d'une vaste sépulture (Hauptgrab) avec rotonde, triclinium, escalier tour-
nant, chapelle centrale, chambres, galeries garnies de loculi. Les ceuvres
d'art du grand tombeau et des catacombes secondaires sont étudiées par
M. v. Bissing dans la quatriéme partie. Dans la cinquiéme, M. Schreiber
consacre plusieurs chapitres à l'étude de la sépulture gréco-égyptienne,
disposition générale, tombe proprement dite, usages funéraires, mobilier
et ornementation des nécropoles. C'est un véritable traité sur la matiére,
se terminant par l'histoire de la construction dela grande catacombe. La
VI* partie traite des menus objets trouvés dans les fouilles de Kóm-esch-
Schukáfa et dans les environs. La VII* partie se compose principalement
des mémoires de Botti et de quelques dissertations sur des points spéciaux.
Les conquétes nouvelles de l'expédition Sieglin ont été faites presque
exclusivement sur le domaine de l'antiquité paienne. Ce n'est pas à dire
que ce volume puisse étre négligé par ceux qui s'intéressent aux origines
chrétiennes de l'Égypte. Outre la connaissance générale du milieu, singu-
liérement élargie par l'abondant commentaire auquel les découvertes
archéologiques servent pour ainsi dire de prétexte, on cherchera dans ce
volume la description exacte et développée d'un des principaux souvenirs
chrétiens d'Alexandrie, la catacombe chrétienne creusée, elle aussi, dans
les flancs de la colline de Kom-esch-Schukáfa, et qui aujourd'hui a totale-
ment disparu. La catacombe Wescher, ainsi désignée du nom du savant
francais qui fut le premier à l'étudier. scientifiquement, est bien connue
des archéologues par les travaux de De Rossi (Dulletti2to, 1865, p. 57),
etles descriptions de Néroutsos (Dulleli de. ÜC Institut. éevplien, 1875;
L'anctenne Alexandrie, 1888). Nous trouvons réunies ici, dans les contri-
butions de MM. Schreiber, Dotti et Richter, toutes les données qu'il a été
possible de recueillir sur ce dernier vestiye des nécropoles chrétiennes
d'Alexandrie.
Le chapitre V, intitulé Die Wescher-Katakombe im. Yahre. 1876, de
M. Richter, acquiert une importance spéciale par ce fait que l'auteur a
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 343
visité Alexandrie à une époque oü la catacombe existait encore, et a pu
contróler sur place les renseignements de ceux qui l'ont précédé. La cata-
combe renfermait-elle le tombeau d'un martyr ? Cette question, qui nous
intéresse tant, reste malheureusement sans solution précise. M. Schreiber
me permettra en terminant une petite critique. Il appelle Alexandrie (p. 18)
la ville de S. Marc, de S'* Catherine, de S. Ménas et de S. Georges. Pour
S. Marc il n'y a pas d'objection ; pas davantage pour S. Ménas, sil'on
veut se rappeler le texte de S. Sophrone (plus haut, p. 118), bien que le
sanctuaire du martyr füt situé. dans la Maréotide. Mais oü sont les
pélerins qui vont à AJexandrie pour faire leurs dévotions à Ste Catherine
et à S. Georges ? M. S. aurait de la peine à en découvrir. H. D.
106. — Bullettino della Commissione archeologica comunale di
Roma. Roma, Loescher, anno XXXIII-XXXVII, 1904-1909, in-89. —
Des circonstances indépendantes de notre volonté nous ont mis en retard
avec le Bulletiino, qui n'a point cessé d'apporter à l'archéologie chrétienne
d'importantes contributions. Force nous sera de nous en tenir à de bréves
indications. Les discussions de détail nous méneraient trop loin.
1^) G. Garrr. Di un frammento imnarmorco col nome del imartire Genesio,
I904, p. 325-30. Parmi les inscriptions venues de droite et de gauche et
employées à la réparation du pavement de S. Martino ai Monti, se trouvait
un fragment de sarcophage portant, avec une épitaphe, les noms suivants :
Pelrus, Paulus, Salvator, Genesis. Hl existait de l'ensemble de mauvaises
copies. On a retrouvé le marbre original, déposé actuellement au musée du
Capitole. Les quatre noms étaient disposés sur la largeur du couvercle du
sarcophage, et correspondaient aux personnages qui S'y trouvaient figurés :
PETRVS . PAVLVS . SALVATOR . GENESIVS....
Le Sauveur au milieu, à droite les princes des apoótres, à gauche deux
autres saints dont le second n'est pas connu. S. Genes d'Arles était honoré
à Rome ; il avait une petite chapelle sur la voie Tiburtine. On finit par lui
donner une légende romaine, età en faire un personnage distinct du mar-
tyr d'Arles (voir ci-dessus, p. 258 et suiv.). L'inscription que nous venons
de citer, pas plus que le verre doré, bien connu, portant les noms
Grenesius, Lucas, ne prouve rien en faveur de la distinction.
29) P. Srgzi.. S. Salvatore de. Gallia, 1905, pp. 62-103, 233-63. Parmi
les lettres pontificales données à S. Lorenzo in Damaso, on compte la
bulle .4postoltcae sublimitas. dignitatis d'Urbain Ill, datée de Vérone,
I4 février 1156, sur l'authenticité de laquelle on ne s'est pas pleinement
mis d'accord (KrEun, Regesta, I, p. 94), mais qui, en toute hypothése, a une
certaine importance à cause de sa liste des églises dépendantes de la basi-
lique, au nombre de plus de soixante. M. 5S. s'occupe spécialement ici de
l'église qui porte le n? 5r sur la liste, et le nom de S. Salvatoris de Gallia.
Elle est mentionnée dans d'autres documents, que M. S. examine avec
344. BULLETIN
beaucoup de soin. Il écarte d'abord l'identification qui a été faite de cette
église avec S. Salvator 1n. Thermis, et arrive à la conclusion que primiti-
vement elle s'appelait S. Salvator de Galla. Ce nom rappellerait une
sainte Romaine, St** Galla (50ctobre), celle dont parle S. Grégoire dans
ses Dialogues (IV, 13). Lorsque les Frangais quittérent leur hospice de
S. Sauveur 27; Ossibus prés du Vatican, ils vinrent se fixer prés de S. Sau-
veur dec Galla. Delà le changement de vocable, de Gallta, qui se fit tout
naturellement. Telle est l'explication de M. S., que nous ne discuterons
pas cette fois, mais qui est à retenir pour le moment oü il faudra revenir à
l'histoire du culte de S'e Galla.
37) G. Garrr. Capselle reliquiarie cristiane e misurc romane di capacità,
I9O5, p. 316-28. A propos d'une cassette de plomb donnée par M. P. Pierià
la municipalité de Rome, et dans laquelle on a voulu voir une de ces boites
à reliques que l'on déposait dans les autels, M. G. étudie un certain nom-
bre d'objets du méme genre. Il rappelle que les cafselle reltquiaric. étaient
généralement assez petites et en métal précieux. Le volume des réci-
pients de plomb, dont 11 compare divers exemplaires, semble exclure l'usage
religieux auquel on les a parfois crus destinés, et les signes dont ils sont
marqués ne sont pas nécessairement des symboles chrétiens. M. G. croit
que ce sontsimplement des mesures de capacité,l'amphora quadrantal dont
parle le jurisconsulte Maecianus.
4?) F. TowassErrI. Notizie tutorao ad alcune chicse di Roma : S.Maria
(n Aventino, S. Stcfano del Cacco, S. Gregorio in. Martio, S. Gtovaum
det Genovesi, 1955, p. 329-43. Parmi les inscriptions réunies par M. T.,
nous relevons celle d'un reliquaire de marbre, que l'on dit du VI* siécle, et
qui fut retrouvé en 1765 sous le pavement de la premiere des églises men-
tionnées : 7? Hic reconditum est. caput sancti. Savint. Spoltlint. episcot et
marlyris et costa sanctt Cacsartt marlvris et sang utnem sancti Sebastiani
marlyris el reliquie sanctt Abundt marlyris et reliquie sanctt (sic) quadra-
ginta). I1. peut paraitre téméraire d'énoncer un avis sur l'áre d'un monu-
ment qu'on n'a pas vu. Nous sera-t-il permis de dire que la teneur de l'in-
scription ne ferait guére songer à une époque aussi reculée que le VI*
siécle ?
59) P. J. BLok.Le antiche memorie dei Frisont in Roma, 1906, p. 40-60.
L'église des SS. Michel et Magnus, voisine de Saint-Dierre,et peu visitée par
les étrangers, peut étre considérée comme l'éelise nationale des Frisons.
M. B. esquisse l'histoire de la Scola F'risonorum, étudie la légende de
S. Magnus, qui rappelleàsa maniere les services rendus au saint-siége par
les l'risons contre les invasions sarrasines ; 1l commente ensuite deux ins-
criptions conservées dans l'église. Celle qui. rappelle la translation de S.
Magnus — une histoire fort obscure et qui mériterait d'étre examinée. de
nouveau — est datée par M. D., qui l'analyse fort bien, des environs de
1300. L'auteur a été moins heureux dans le déchiffrement de l'épitaphe
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. . 384.5
de Hebi, genere Frisonorum. La. note de M. Gatti (p. 54) donne les élé-
ments d'une lecture beaucoup meilleure.
6^) G. TouassErTI. Dei sodalizi im genere e dei marmorari Romani,
I906, p. 235-69. Travail d'ensemble, publié à l'occasion du cinquiéme cen-
tenaire de l' Uziversità det marmorari de Rome. Il y est question, en pas-
sant, des patrons des ouvriers et artistes du marbre, et M. T. admet enco-
re que les Quatre Couronnés sont des intrus qui ont supplanté les cinq
martyrs de Pannonie Claudius, Castorius, Simpronianus, Nicostratus,
et Simplicius, sculpteurs de leur métier. Nous espérons montrer bientót
que les Quatre Couronnés et les cinq Pannoniens ne sont qu'un seul et
méme groupe. M. T. rappelle, p. 26r, l'inscription d'une statuette prove-
nant de l'ancienne église de S.Matteo in Merulana,et qu'il transcrit comme
suit : S(anctus) Sünplician(us), Aug(ustinianus) ci(n)xit cipug alum),
€x corto. Quel est ce saint Simplicien ? |
79) P. SeEzzr.. Ricerche di topografta mediccale di Roma, 1606, p. 27c-
307. C'est encore la bulle d'Urbain III (plus haut, n. 2) qui fournit. la
matiére de cette dissertation. Elle ne cite pas moins de trois églises de
S. Pantaléon parmi les filiales de S. Lorenzo in Damaso. La discussion des
textes en laisse tout au plus subsister une seule.
89) G. SrARA Tkppe. Ricerche sulla evoluzione del culto degli. albert dal
principio del. sec. IV. $n pot, 1907, p. 129-81. Nous avons fait connaitre
déjà les conclusions de ce travail (plus haut, p. 33). |
9?) G. Garri. Notizie di recenti trovamenti di antichità tin Roma e dl |.
suburbio, Y9c9, p. 113-45. Un cippe de marbre découvert. dans l'église de
S.Marcel in ViaLata,avec l'inscriptionsuivante : f- Hic requicscunt corpora
sanctorum. Iohannt presbyteri, Dlasti, Diogent et Longini marturum, est
l'objet d'une suite de remarques intéressantes. Les quatre martyrs en ques-
tion étaient d'abord honorés au cltvus. cucineris, sur l'ancienne voie
Salaria. Le corps du prétre Jean était diposé dans le cimetiére souterrain ;
la téte sous l'autel d'une petite basilique au-dessus du sol ; de là le nom du
cimetiére ad caput S. Iohannis. & l'époque des translations, VIII*-IX*
Siécle, les corps des quatre saints furent portés à Saint-Marcel. On ne sait
ce qu'il advint de la téte du martyr Jean.M.G.se demande si le pape Paul I
(787-797) ne dota point de cette relique l'église des SS. Martin et Silvestre
in via Lala, etsi cette église ne doit pas à cette circonstance le nom de
S. Silvestre 7/7: capite. On est d'accord pour expliquer le vocable par la pos-
session de la téte d'un S. Jean. Mais on entend S. Jean-Baptiste, comme
si assez d'éclises déjà ne se disputaient son chef sacré. On conviendra que
l'hypothése de M. G. mérite considération. Sur les martyrs de Saint-Marcel
je citerai en terminant le mémoire du P. G. Albarelli, Z/ cimitero « un cli-
vum cucumceris » (Aquila, 1909), sur lequel nous aurons bien l'occasion de
revenir. H. D.
346 BULLETIN
LU
107. — * Karl Jatisre. Die Dioskuren als Retter zur See bei Grie-
chen und Rómern und ihr Fortleben in christlichen Legenden.
Tübingen, Heckenhauer 1907, in-8^, x11-74 pp.
108.—K.Lürrck.Dasangebliche Fortleben der Dioskuren in christ-
lichen Legenden dans Drn Karnor.tis,vierte l'olge,t. XL (1909), p. 2.11-65.
109. — K. LünEck. Der hl. Phokas von Sinope, dans HisroRiscHES
JangpucH, t. XXX (19c9), p. 743-61.
Dans la dissertation de M. Jaisle, les Dioscures sont considérés comme
sauveurs des marins et des voyageurs sur mer, d'abord chez les Grecs, puis
chez les Latins. Ces deux premiers chapitres, assez développés, sont inté-
ressants et ne prétent pas à des critiques bien graves. Je voudrais pouvoir en
dire autant du chapitre III, oü M. J. essaie de retrouver les Dioscures dans
la lézende chrétienne. Nous avons dit et répété que certaines survivances
et réminiscences paienncs dans le culte populaire et dans la littérature sont
incontestables, tout en repoussant la méthode qui se contente des plus futi-
les rapprochements pour conclure à l'identité d'un saint avec quelque dieu
du paganisme. Le malheureux essai tenté par M. Rendel Harris pour
retrouver les Dioscures en vingt endroits du martyrologe (.1zal. Boll.,
XNIII, 427; XXVI 332), semble n'avoir pas eu l'effet salutaire qu'on
pouvait raisonnablement en attendre. Qu'un débutant soit ébloui par
l'abondance de l'érudition et la nouveauté des combinaisons, on le congoit
'encore. Mais que des maitres l'encourazent dans cette voie ! Pour étre
juste, il faut ajouter que M. J. ne donne pas dans tous les excés de ses
modeles. Il ne voit pas les Dioscures partout, et il semble expliquer la sur-
vivance d'une facon plus modérée qu'on ne le fait d'habitude. Mais enfin,
le fait de rapprocher les SS. Pierre et Paul, S. Polyeucte, un martyr bien
historique, et S. Phocas, de Castor et Pollux autrement que pour constater
que les chrétiens s'adressent à eux en vue d'obtenir une protection que les
paiens attendaient peut-étre des Dioscures, suppose une telle suite d'idées
fausses qu'on croit perdre son temps à relever tous les détails de l'argu-
mentation.
M. Lübeck, qui a déjà rendu d'autres services de ce genre, a eu la
patience de reprendre les différents cas traités par M. J. Dans le premier
article, il s'occupe des SS. Pierre et Paul, de S. Castor de Coblence, de
S. Polyeucte, et d'un saint Policetus diaconus martyr Caravis in Hispania,
lequel, pour le dire en passant, est bien suspect, mais nullement de parenté
avec les Dioscures. M. L. connait bien le sujet et a certainement le bon
sens de son cóté. De tous les rapprochements ingénieux accumulés par
M. Jaisle, je retiendrais ce fait curieux, dont je m'étonne qu'il n'ait pas
essayé de tirer meilleur parti. C'est la coincidence, le méme jour, de la
commémoraison de S. Castor et de S. Polyeucte. Mais n'oublions pas que
l'un demeure à Coblence, l'autre à Méliténe. Les Dioscures n'étaient point
séparés par de pareilles distances.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 347
M. Lübeck s'est occupé spécialement de S. Phocas dans le second des
articles cités. Ce saint s'est peut-étre recommandé à la dévotion des
marins par son nom, qui rappelle le phoque. M. L. serait prét à l'admet-
tre, apres M. Rademacher. Ce n'est pas impossible. Mais on voudrait
quelque indice pour se décider à allonger la liste des patronages déterminés
par des étymologies ou des jeux de mots. J'ai peine à croire qu'à l'époque
oü S. Phocas commenga à étre invoqué par les marins, la mode füt déjà à
ces bizarreries. Et comment M. L. s'est-il laissé prendre à la fantaisie de
M. E. Maas sur le nom de S. Gilles (cf. Aral. Doll., XXVIII, 202), invoqué
contre la violence des ouragans parce quil s'appelait Aegidius (ci[íc),
et cela par des gens qui ne savaient pas le grec ? H. D.
110. — * Angelo MoxrEvERpI. I. La leggenda di S. Eustachio. II. I
testi della leggenda di S. Eustachio. Bergamo, 1909, 1910, deux volu-
mes in-89, 65 et 108 pp. Extrait des SrUDi MEDIEvALI, t. III, pp. 169-229 et
392-498. — M. M. ne s'attarde pas à critiquer le joli roman hagiographique
qu'est la légende de S. Eustache, et il a raison. Comme il arrive souvent
pour les récits merveilleux, la vogue de celui-ci semble avoir crü en raison
directe de son manque de réalité historique.On s'en convaincra en parcou-
rant le second travail de M. M., oü sont passées en revue les innombrables
rédactions de la légende : textes grecs (4 pages), latins (21 pages), francais
(31 pages), italiens (38 pages), parmi lesquels il en est beaucoup d'inédits.
L'exposé trés clair, trés précis (1), de M. M. tend à mettre bien en relief les
variations, méme les plus minimes, de la légende, et à reconstituer ainsi,
dans la mesure du possible, la vénéalogie des diverses recensions. Le
résultat essentiel, parmi tant de conclusions particuliéres (2), est que toute
cette végétation lézendaire est sortie en définitive d'une seule racine, le
texte grec DHG:.641. Il faut en dire autant des rédactions en langue espa-
gnole, anglaise, allemande, islandaise, au rapide examen desquelles M.
M. a consacré son premier appendice (3). Les deux autres appendices con-
tiennent respectivement d'abondantes indications sur les productions de la
littérature moderne (depuis le XVII* siécle) au sujet de la légende, et à
(x) M. M.a raison de dire (p. 8/398], note 4) quele texte contenu dansle Ses-
sorianus 5 (cf. Catal. Lat. Rom., p. 10055) n'est autre que la « version libre »
publiée dans la Bibliotheca Casinensis (— BHL. 2761) ; il aurait pu ajouter qu'il
présente de trés nombreuses variantes de forme, comme on peut constater rien
qu'à comparer les ptcipit. ct les. desinit. La fin de sa note « e ad essa poscia
rimanda ogni volta... » est absolument inexactce. Cf. Catal. Lat, Rom., pp. 327",
354?*. — (a) J'en signale au moins une, qui contredit une idée émise par nous
ci-dessus, p. 23-24. D'aprés M. M. (p. 12-13 [402-4]), l'Abreviatio in gestis et mi-
raculis sanctorum aurait Cté utilisóe et copiéce par Vincent de Beauvais. —
(3| Tant qu'à faire, pourquoi ne pas signaler aussi les deux recensions orienta-
les, l'une en syriaque et l'autre en arménien (voir BHO. 298, 299) ?
348 BULLETIN
l'énumération d'une trentaine d'ceuvres d'art oü elle a été représentée, du
AIIv au XVI* siecle.
Nous disions que toute la documentation se réduit, en somme, à la
vieille rédaction grecque. Dans sa premiére étude, M. M. établit claire-
ment que cette rédaction méme a été utilisée et copice par S. Jean Damas-
cene, qu'elle n'est donc pas postérieure au commencement du VIII: siécle.
Partant de là, il s'cflorce, dans une dissertation érudite et fort intéressante,
d'en déterminer l'origine. Il commence par examiner ses rapports avec
d'autres lérendes plus ou moins semblables, la lézende francaise du roi
Guillaume d'Aneleterre, les pocmes allemands de la Donne Dame et du
Comte de Savoie, le poéme anglais de sir Ysambrace, le roman espagnol
du chevalier Cifar, une nouvelle hébraique du Midrasch sur le Décalogue,
une nouvelle arabe des Mille et wc nuits, etc. etc. La conclusion est nette
et parait bien fondée : toutes dérivent, en fin de compte, des Actes de S.
Eustache (1). Mais ceux-ci d'ou viennent ils ? M. M. y distingue trois par-
ties : 1^) la conversion d'Eustache ; 2^) ses aventures, savoir les malheurs
qui frappent et dispersent sa petite famille et les événements qui la réunis-
sent et la rétablissent dans une situation prospére ; 3") son martyre. La par-
tie centrale, de loin la plus importante assurément, serait un roman d'ori-
«eine grecque et paienne, composé avec des éléments erecs. Plus tard, il
aurait été adapté par une main chrétienne, complété par la premiére et la
troisiéme partie, et serait ainsi devenu, d'un simple roman d'aventures, un
ouvrage à tendances religieuses et morales. On lira avec plaisir, avec un
intérét soutenu, les pages dans lesquelles M. M. dépense, à exposer et à
soutenir cette explication, une ingéniosité et une érudition remarquables.
La question est complexe et ardue et il n'était pas possible, à notre avis,
d'arriver à une démonstration péremptoire,. Du moins M. M. a-t-il réussi à
rendre sa solution trés vraisemblable (2).
Quoique la légende chrétienne soit d'origine grecque, on ne manqua pas
de la localiser en Occident. Quant au sanctuaire de la Mentorella, prés de
Tivoli, l'endroit oü se serait converti S. Eustache, M. M. adopte et con-
firme les conclusions de M. Attilio Rossi (cf. 4zal. Boll., XXIV, 284-85).
(1) Dans l'appendice, qui occupe les trois derniéres pages, M. M. maintient,
avec raison, nous parait-il, sa maniere de voir, contrairement à la thése défen-
due naguére par. M. L. Jordan, Dic. Eustachius-Legende, Christians Wilhelmsic-
ben, Doeve de Hunstone und. thre orientalische Verzandten, dans Ancutiv. rüR DAS
STUDIUM NEUEREN SPRACHEN, t. CXNXI, p. 341-67.— (2) Ce n'est pas à dire, d'ail-
leurs,que tous les détails de son long exposé nous paraissent également solides.
Ainsi, malzré ses explications, nous avons de la peine à trouver dans l'épisode
de l'enlévement des deux fils d'Eustache par des animaux féroces, un souvenir
des antiques légendes sur les bétes fauves qui allaitent des enfants (la louve
romaine etc...).
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 349
Sur sa prétendue séópulture à Rome, M. M. utilise et met bien en valeur la
courte notice que nous avons publiée naguére d'aprés le Vallicellanus VII
(Catal. Lat. Rom., 32672»). AP.
111.—*Friedrich WiLHELM.Sanct Servatius, oder wie das erste Reis
in Deutscher Zunge geimpft wurde. Ein Beitrag zur Kenntnis des
religiósen undliterarischen Lebens in Deutschland im elften und
zwólften Jahrhundert. München, Beck, 1910, in-89, xv-xcvi-32I pp.,
2 planches. Mk. 12. — Le volume s'ouvre par une préface (p.v-xi1) qui sent
la poudre. Aprés avoir carrément dit leur fait aux critiques éventuels de son
ouvrage, l'auteur s'en prend àses coníréres en philologie germanique.
C'est un véritable manifeste, trés franc, trés net et, pour tout dire, trés
batailleur, en faveur d'une compréhension plus large, plus rationnelle, des
études germanistiques. N'étant pas de la partie, nous ne nous doutions pas
qu'elles fussent depuis quelque dix ans tombées si bas, à force de se perdre
dans des minuties inutileset d'en arriver à une étroitesse de vues qui va
parfois jusqu à faire négliger de parti pris la chronologie, l'histoire et l'his-
toire littéraire elle-méme. Quoi qu'il en soit, les idées préconisées par M.
W.sont pure sagesse et on ne peut qu'applaudir quand il rappelle à ceux
qui seraient tentés de l'oublier que la philologie est une science historique;
quand, en termes chaleureux, il demande aux germanistes d'élargir leur
horizon et de faire ccuvre d'historiens en méme temps que de philologues.
Les lecteurs que l'allure combative de la préface auraient pu. inquiéter,
se rassureront dés qu'ils aborderont l'introduction (p. rri-xcvr), laquelle
forme la partie principale du volume. Celui qui a écrit ces pages excellentes
était incontestablement qualifié pour protérer les véhémentes objurgations
qui précédent. Il s'y montre en pleine possession de son sujet, doué du sens
de l'histoire autant que versé dans la technique philologique, voyant de
haut et armé d'une érudition trés exactement informée.
Le premier chapitre est consacré aux légendes latines relatives à S.
Servais jusqu'à la fin du XII* siécle. Il débute par un fort bon et intéres-
sant exposé de l'évolution des légendes « hunniques »: celles de S. Ser-
vais, de S. Aignan, de S. Mémoire, de S. Loup, des Onze mille vierges.
Puis vient l'histoire du développement de la lévende de S. Servais. Les
textes BHL. 7611-7615 sont bien caractérisés, et l'on remarqueral'élégante
conjecture proposée au sujet du dernier, à savoir que son auteur, Hériger
de Lobbes, aurait eu en vue de répliquer à l'auteur de la Vie des SS.
Euchaire, Valére et Materne (DHL. 2655) et de montrer que les églises de
Tongres et de Cologne n'avaient rien à envier, en fait d'ancienneté, à celle
de Tréves. Nous arrivons ainsi aux Gresia S. Servalit, lesquels sont, quant
à S. Servais, le trait d'union entre les récitslatins et les anciens poémes
allemands et constituent un des points capitaux sur lesquels se sont portées
les investigations de M. W. Cela n'a pas été sans fruit. Onle sait; il y a
350 BULLETIN
au moins quatre recensions dillérentes, et en bonne partie inédites, des
Gesta ; en cataloguant cette littérature assez complexe et d'une respecta-
ble longueur (BHL. 7617-7637), nous disions, il y a dix ans, qu'elle n'avait
pas encore été l'objet d'une étude critique. un peu approfondie. Voici le
classement établi par M. W.: la plus ancienne recension est le groupe
BHL. 7633-7637 ; elle a été rédigée postérieurementà l'année 1087, mais
encore du vivant de l'empereur Henri IV (4 1106). L'auteur est un parti-
san décidé de ce prince ; M. W. appelle méme son ouvrage « eine Partei-
schrift zugunsten Heinrichs. IV » et croit qu'il a eu notamment pour but
de combattre la doctrine du pouvoir des clefs défendue par Grégoire VII et
en méme temps la primauté del'église Romaine, intimement liée à ce
pouvoir. En imaginant la lézende de la clef que S. Pierre,dans une vision,
aurait remise à S. Servais, lors du prétendu voyage à Rome, entre-
pris par celui-ci aprés le concile de Cologne de 346, l'auteur des Gesta
entendait, nous dit-on, faire passer Servais « pour le successeur immédiat
de Pierre dans le pouvoir des clefs » (p. xv); nous en reparlerons. Viennent
deux autres romans, fonciéórement fabuleux, tout comme le premier: le
texte DHL. 7617-7621, combinaison de la rédaction originale et des légen-
des DHL. 7513 et 7515, et le texte 7626-7632, dont l'auteur, le prétre
Jocondus, a utilisé à la fois la rédaction originale etla recension DHL.
7617-7621. Cette derniére, combinée avec l'ouvrage de Jocondus, a donné
naissance au texte BHL. 7622-7625.
Nous avons repris, rapidement du reste, l'examen des quatre rédactions,
et la contre-épreuve nous porte à regarder comme fort acceptables les con-
clusions de M. W. au sujet de leur dépendance mutuelle et de leurs dates
respectives. Mais si son esprit d'observation l'a bien servi sur ce point,
nous craignons que, sur d'autres, il ne se soit mépris. L'explication qu'il
donne de la fable de la clef d'argent nous parait risquée. Que l'auteur
primitif des Gesía polémique pour Henri IV, contre le pape qui l'a excom-
munié, cela ne fait aucun doute. Qu'en faisant donner par Pierre à Servais
la clef symbolique, marque d'un pouvoir dont les évéques, eux aussi, ont
une part d'aprés les doctrines les plus orthodoxes, il ait voulu présenter
l'évéque du IV* siécle comme le successeur immédiat de Pierre dans ce
pouvoir, c'est là une énormité que l'on a de la peine à préter méme à un
écrivain qui, comme lui, prend avec l'histoire les libertés les plus exces-
sives, Aussi bien, l'ensemble des passages, d'ailleurs fort courts, qu'il con-
Sacre à cette clef (pp. 47, 56, 85, r4o, r42 de l'édition de M. W.), ne
parait pas indiquer qu'il lui attribue une pareille importance. Si S. Pierre
l'a remise à Servais comme un sigzum mirabile claudendi: celum et afe-
ricudi polestalis acceple (p. 47), si en la lui donnant Pierre lui confie le
pouvoir d'ouvrir et de fermer le ciel sua vtce (p. 142), du temps de l'auteur
elle est devenue un talisman d'ordre bien moins noble : Que hutus virtutis
esse dinoscitur ul, si quando. soricum pestis aut lale aliquid agros invasc-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 351
ril, tpsa pcr agros deporiata omnem huiusmodi putredinem funditus extin-
gttal (p. 140). Nous avons plus de peine encore à croire que Jocondus ait
écrit son ouvrage « pour rayer de la légende de S. Servais la tradition des
clefs de S. Pierre à Servais » (p. xxvrit).Il n'en parle qu'une fois, et encore
en passant, dit M. W. Mais s'il écrivait pour faire disparaitre la lézende
(um zit llzen), que ne la supprimait-il entiérement ! Àu surplus, ce n'est
pas une, c'est deux fois qu'il en parle: MG., Scr. t. XII, p. 95, l. 34:
clavem, de qua dictum est. superius, argenteam ; p. 96, 1.6: quid de
clave ?... Hanc 1n lestimontum visionis a beato Pelro dalam... Mais ce
n'est pas assez dire. Sans doute le chapitre, jusqu'ici inédit et que M. W.
publie p. 278-80, dans lequel Jocondus raconte l'apparition de S. Pierre à
Servais (1), ce chapitre ne dit rien de la clef ; il est souverainement proba-
ble toutefois qu'il avait — dans un autre passage inédit — relaté plus lon-
guement le don de cette clef. Lui-méme ne l'atteste-t-il pas: de qua
diclum esl superius. Donc trois fois il est revenu sur ce sujet ; c'est beau-
coup chez quelqu'un qui veut le faire oublier !
Le second chapitre de l'introduction, chapitre trés fouillé lui aussi,
traite des deux poémes allemands écrits au. XII* siécle sur S. Servais:
I)celui d'Henri de Veldecke, en bas-allemand ou néerlandais, rédisé
aprés I165. Le poéte est un partisan de Frédéric I et un adversaire
d'Alexandre III, et son ouvrage trahit clairement les tendances politico-
religieuses de l'auteur ; celui-ci a utilisé la rédaction latine BHL. 7617-
7621 des Gesía ; 2) un poéme en haut-allemand, postérieur à Veldecke,
mais antérieur à l'année 1190. L'auteur anonyme a utilisé, outre le texte
original des Gesta, le poóme de son devancier ; mais ses sentiments, ses
tendances, à lui, sont tout autres et ses idées politico-religieuses essentiel-
lement modérées et pacifiques. On avait conjecturé jadis qu'il avait com-
posé son cuvre à l'hópital d'Augsbourg. Par une suite de déductions bril-
lantes, M. W. montre qu'il faut le chercher au diocése de Freising, proba-
blement dans le monastere des chanoines augustins d'Indersdorf.
Entin, aprés un dernier chapitre, rempli par les prolégoménes techni-
ques des éditions qui suivent, le corps méme du volume. Abstraction faite
des appendices et des tables, il comprend deux textes : le poóme haut-alle-
mand (p. 149-209), dont une premiére édition avait été donnée il y a
quelque cinquante ans par M. Haupt, et la recension originale des Gesta
(p. 1-147). Du poéme allemand, on n'a retrouvé qu'un seul exemplaire
complet, plus quelques fragments de deux autres manuscrits. Les Gesía,
au contraire, sont conservés dans une quantité de manuscrits et, vu la
(1) Pour le dire en passant, on se demande comment M. W. a bien pu voir
dans ce chapitre l'expression d'unc «joie diabolique» chez Jocondus.Il faut pour
cela toutela vive imagination de l'auteur ; elle l'a bien servi dans plus d'un
cas, mais je crains que parfois clle ne lui joue de mauvais tours.
352 BULLETIN
longueur de la piéce, la táche de l'éditeur était particuliérement lourde.
M. W. n'a pas reculé et, par surcroit, il s'est donné beaucoup de peine pour
annoter son texte. Àu risque de paraitre ingrat et trés exigeant, je me
demande si, tant qu'à entreprendre l'édition princeps du document, il
n'eüt pas été bon de tenir compte d'une maniére plus compléte de la tra-
dition manuscrite. Sans doute, M. W. n'a pas tort quand il raille agréable-
ment dans sa préface (p. vir) les éditeurs par trop consciencieux qui
renonceraient à publier un ouvrage si, sur « 21 » manuscrits connus, il en
était un qu'ils ne pouvaient atteindre. Mais ce n'est pas précisément le cas
ici. L'apparatus de M. W. se compose essentiellement de douze exemplai-
res des Cresla primitifs : un du XII* siécle, deux du XII«*/XIIIe, six du XIII*,
trois du XV*. Or, sans chercher bien loin, on en trouverait pas mal d'autres
et rien que parmi les manuscrits du. NII* siécle, je lui signalerais le ms.
theol. qu. 188 de Berlin (catalogue de V. Rosr, II, 2, p. 845-46), le ms. 72
de notre bibliothéque (cf. zal. Boll., XXIV, 443?), le ms. 466 (catal.
507) de Cambrai, le ms. ;71 B (catal. 514) de Valenciennes, et à la Vati-
cane, un exemplaire complet dans le ms. 711. II de la Reine, et dans le
ms. 49€ de la meme série, lequel est du commencement du XII* siecle, les
chapitres 54-57.
Quoi qu'il en soit, et malgré quelques autres petites critiques de détail qui
pourraient étre faites (1), il serait injuste de ne pas remercier chaleureuse-
ment M. W. dulabeur ingrat auquel il s'est livré pour publier enfin un
ouvrage étranze, qui semblait avoir rebuté jusqu'ici les éditeurs les plus
courageux, et surtout de la remarquable et suggestive introduction, qui
montre à l'évidence qu'on peut unir à un haut degré les dons d'un zgerma-
niste compétent et d'un historien trés averti. A.P.
(1) Par exemple. d'aprés M. W. (p. xxviit-xxvii), le fontifex Adclbertus nommé
par Jocondus serait S. Albert de Licge (T 1192) et l'ouvrage de Jocondus pourrait
bien dater sculement du XIII: siecle. Et cependant le ms. qui nous a con-
scrvé cct ouvrage (Tréves, Ville 46, jadis LIXia été transcrit au commencement
du XII* siécle, comme en a juzé Koópke (MG., Scr. t. XII, p. 87) et comme nous
l'avons nous-mémc constaté. P. 16, note e, M. W. regrette que personne nc se
soit jusqu'ici sérieusement occupé des écrits liturgiques du moven-áve ct, en
conséquence, il se sert, pour commenter le récit que font les Gesta de l'ordina-
tion épiscopale de S. Servais, du Pontificale Romanum actuellement en usage.
Il aurait pu cependant trouver,rien que dans le De antiquis ecclesiae ritibus deDom
Martene, plus de 300 pages de renseignements ct de textes anciens sur les ordi-
nations (tome II, p. 258-595). Du texte (p. z1r, l. 138) : lerat idem frater quodam
tempore Stabulaus... : « Un jour ce méme frérec s'était rendu à Stavelot », il con-
clut à l'existence d'un frater Stabulaus (p. 110, l. 38 ctà la table, p. 298) ; cc qui
prouve qu'on peut ctre fort éCrudit et prendre le Pirée pour un homme.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 353
112. — * J. ScHárER. Basilius des Grossen Beziehungen zum .
Abendlande. Ein Beitrag zur Geschichte des 4.Jahrhunderts n. Chr.
Münster i. W., Aschendortt, 1909, in-8", vir-208 pp. — M. J. S. étudie
dans ce livre les rapports de S. Basile avec l'Occident. Aprés avoir fait
connaitre ses sources, qui sont constituées en grande partie par les lettres
de Basile,1l examine dans le détail la chronologie de cette correspondance;
c'est le fondement sur lequel repose tout l'ouvrage. La premiére partie de
la vie du saint et la position prise par lui dans les controverses trinitaires
avant son élévation au siege de Césarée, sont passées rapidement en
revue ; comme de juste, c'est à la carriére épiscopale du grand évéque (370-
379) que l'auteur s'est attaché de préférence. Frappé de la triste situation
de l'église d'Orient, Basile ne saurait retenir son zéle dans le cercle de sa
province ecclésiastique ; il veut ramener l'union et l'entente parmi les
évéques orientaux restés fidéles à la foi de Nicée; ce but,il comptait
l'ateindre gráce à l'appui de l'Occident; aussi est-ce de ce cóté que se
porte l'effort principal de son activité. Il charge le diacre Dorothée de
lettres pour Alexandrie et pour Rome ; on ne sait pourquoi Dorothée
n'arriva pas en Italie. Damase, en ce moment, venait de remplacer le
pape Libére ; de nouveau les regards de Basile se tournent vers Rome.
Cette fois, c'est le diacre Sabinus qui est porteur du message ; hélas ! le
succés ne répondit pas à l'attente ; les lettres de l'évéque de Césarée furent
renvoyées ; Damase exigeait une profession de foi plus développée.
D'autre part, la délégation d'évéques occidentaux, sollicitée vivement par
Basile, n'arriva pas. Dégu dans ses espérances, et froissé quelque
peu du procédé dont on avait usé envers lui, c'est vers l'Orient qu'il dirige
surtout ses efforts. Il faudra des priéres instantes de ses amis pour
qu'aprés quelques années il se décide à tenter personnellement prés de
Damase de nouvelles démarches, qui ne furent couronnées que d'un succés
partiel. Lorsque, l'année suivante, en 377, 1l demandera à Rome la con-
damnation de ceux qu'il regardait comme les adversaires principaux de
la foi de Nicée: Eustathe, Apollinaire, Paulin d'Àntioche, il n'aboutira
qu'en partie. Malgré toute l'énergie dépensée, Basile ne devait pas, de son
vivant, voir se réaliser son réve d'union; mais si, peu de mois aprés sa
mort, au synode d'Antioche, 153 évéques se prononcérent en faveur de la
foi de Nicée, on put dire que ce fut l'ecuvre du grand évéque.
L'ouvrage de M. J. S. fait l'impression d'une étude trés consciencieuse et
trés objective, oü, chemin faisant, plus d'un point obscur ou controversé est
éclairci. S'il constitue une utile contribution à l'histoire ecclésiastique du
IV* siecle, il met aussi. en pleine lumiére le noble caractére d'un grand
saint. V. D. V.
113. — Ioannes Sajpak. Quaestiones Nazianzenicae. Pars prima :
Quae ratio inter Gregorium Nazianzenum et Maximum Cynicum inlerce-
ANAL. BOLL. XXIX. 23
354 BULLETIN
dat, dans Eos, COMMENTARII SOCIETATIS PHILOLOGAE, t. XV (1909), p. 18-48.
114. — Ioannes SAjpak. Nazianzenica. IBID., p. 123-29.
115. — * Carolus GRoNav. De Basilio,Gregorio Nazianzeno Nysse-
noque Platonis imitatoribus dissertatio inauguralis. Gottingat,
Hofer, 1908, in-85, 71 pp.
S. Grégoire de Nazianze, au début de son séjour à Constantinople, avait
admis dans son intimité un certain Maxime le Cynique, qui bientót devait
abuser étrangement de sa confiance. Soutenu par Pierre, patriarche
d'Alexandrie, le fourbe ne songea à rien moins qu'à usurper le siége épis-
copal de son ami. L'entreprise avorta, et pendant plusieurs années Maxime
continuera sa carriére d'intrigant, sans arriver davantage à ses fins.
Parmi les ceuvres de Grégoire se trouve un écrit intitulé eig "Hpuva tóv
qQiAócogoyv. Sur la foi de S. Jéróme, on admit que ce discours, oü Grégoire
fait le plus vif éloge du philosophe,avait été adressé à Maxime le Cynique ;
pour ne pas mettre le saint en contradiction avec lui-méme, les éditeurs
se seraient aviséós de changer le titre. Bien des essais ont déjà été tentés
pour tirer au clair cette question. M. Sajdak, dans un intéressant tra-
vail, la reprend à son tour et présente une solution qui semble devoir étre
définitive. En comparant ce que Grégoire dit de Héron avec tout ce que
nous savons de Maxime, force est de reconnaitre qu'on se trouve devant
deux personnages dont la carriére, à cóté de quelques points de contact,
offre de grandcs divergences. Dés lors, comment se rendre compte de l'er-
reur de Jéróme, qui peu de temps aprés fit un long séjour à Constantinople
et y fut l'éléve de Gréyzoire ? Voici l'explication de M. S. Au moment oü
Héron quittait Constantinople, Grégoire prononga le discours que nous
possédons; quelques années aprés, il aurait fait également l'éloge de
Maxime le Cynique. Comme, cette fois encore, il s'agissait d'un philosophe,
il aurait, suivant son habitude, utilisé plusieurs parties de la premiére
harangue. Plus tard, lors de la rupture entre Grégoire et Maxime, le sou-
venir de cet éloge se présenta tout naturellement à l'esprit des habitants de
Constantinople, et l'évéque crut devoir se justifier. Jéróme, trouvant dans
ses notes un discours de Grégoire adressé à un philosophe, crut avoir entre
les mains le second discours, le seul dont il avait entendu parler, et imagina
l'explication que l'on sait.
Dans le méme article, M. S. touche quelques points de moindre impor-
tance. Maxime le philosophe à qui S. Athanase adressa une lettre, doit-il
étre identifié avec le personnage dont nous venons de parler? Avec de bon-
nes raisons à l'appui, M. S. conclut pour la négative. Dans les cuvres de
S. Dasile on trouve également deux lettres dont l'une a comme suscription
Ma&£iuu qiAocóqu, lautre Ma£iuu oxoAaoriKü. De ces deux person-
nages, qui sont certainement distincts, le premier serait, selon M. S., le
compétiteur de Grégoire ; il serait peut-étre plus simple de l'identifier avec
le correspondant d'Athanase dont il vient d'étre question.
p md
—mM— €— — s €
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 355
Avant de terminer cette étude, M.S. revient à Héron. Le méme nom
seretrouve dans les Vies de S. Euthyme et de S. Sabas par Cyrille de
. Scythopolis, avec l'épithéte de philosophe et de confesseur, qui convient
parfaitement à notre personnage. On peut en dire autant de la courte men-
tion qu'un synaxaire consacre le 11 aoüt à Héron: "Hpuv ó quiócogog
éy eiprivr reAeioO Tat. Je serais porté à croire que c'est par voie littéraire
qu'il a passé dans le catalogue des saints; l'éloge qu'a fait delui S. Grégoire
de Nazianze suffisait pour qu'un synaxariste enregistrát son nom.
.. Nous nous contentons de signaler ici les résultats d'un second travail de
M. Sadjak sur S. Grégoire de Nazianze. En rgor, M. A. Hausrath avait
publié dans la Byzanttntsche Zeitschrift (p. 93-103) une partie du commen-
taire de Maxime Planude sur Ésope. Les citations de S. Grégoire que M.
Hausrath n'avait pu identifier, l'ont été par M. S. ; il en est de méme d'un
autre texte de S. Grégoire signalé par Fr. Boissonade dans ses Azccdoía
graeca. Ily a peu d'années, Mgr Mercati a édité une lettre d'un certain
Grégoire aux moines de Sannabadaen. M. S., aprés avoir rappelé qu'elle a
déjà été imprimée à Cologne en 1690, parmi les ceuvres de Grégoire de
Nazianze, montre qu'elle doit avoir été écrite avant l'arrivée du saint à
Constantinople. Àu cours de sa carriére, celui-ci modifia entiérement son
opinion au sujet des monastéres doubles, auxquels, dans la lettre en ques-
tion, 1l s'était montré favorable.
La dissertation de M. Gronau a pour objet les emprunts faits à Platon
par les trois grands évéques Cappadociens du IV* siécle. Aprés avoir con-
staté qu'ils n'ont pas été tributaires des platoniciens, il examine dans le
détail ce qu'ils doivent au prince des philosophes. Dans les écrits de
S. Grégoire de Nysse, à l'étude desquels M. G. s'est attaché plus spéciale-
ment, on trouve des traces des dialogues suivants : le Phédon, Phédre, le
Banquet, la République, le Timée et Cratyle. L'examen des ouvrages de
S. Grégoire de Nazianze et de S. Basile montre que ces deux Péres avaient
eu également connaissance d'autres écrits de Platon. Sur tel point particu-
lier on trouvera peut-étre que M. G. cherche un peu loin les réminiscen-
ces : mais l'ensemble du travail fournit d'utiles renseignements.
V. D. V.
116. — * Pierre pe LaBRIoLLE. Un épisode dela fin du paganisme.
La correspondance d'Ausone et de Paulin de Nole, avec une étude
critique, des notes et un appendice sur la question du christianisme d'Au-
sone. Paris, Bloud, 19r1o, in-12, 64 pp. (— SCIENCE ET RELIGION, 561. Cukrs-
D'GUVRE DE LA LITTÉRATURE RELIGIEUSE). — Traduction, fort bien anno-
tée, de ce qui nous reste des lettres échangées entre Ausone et son ancien
disciple, 3 l'occasion de la « conversion » de celui-ci. En téte, une étude
excellente sur « Ausone et Paulin de Nole » (p. 3-20). Elle porte surtout
sur le premier, qui est dépeint et apprécié à la fois avec sympathie et avec
356 | | BULLETIN
une équitable sévérité. Un premier appendice (p. 51-52) confirme la chro- .
nologie des lettres en question, telle qu'elle est généralement fixée de nos
jours. Un second (p. 53-63) fait voir qu'Ausone était « nominalement »
chrétien, mais tout juste nominalement.
La seule chose que nous aurions à critiquer dans le solide et élégant
opuscule, c'est la longueur des titres, sous-titres etc... Àu point de vue
bibliographique, c'est bien compliqué, surtout qu'il s'agit d'une petite bro-
chure. La responsabilité, du reste, n'en incombe probablement pas à
l'auteur. A. P.
117. — * Paul Arranp. Saint Sidoine Apollinaire (431-489). Paris,
Gabalda, 1910, in-12, xir-213 pp. (LEs SairNTs). (r) — Peu d'existences
offrent des aspects aussi multiples et contrastants que celle de Sidoine Apol-
linaire. Issu d'une famille sénatoriale et gendre de l'empereur Avitus,
comte sous Majorien, puis préfet de Rome, mais plus réputé encore comme
poéte que comme fonctionnaire, il obtint, durant la premiére partie de sa
carriére, toutes les dignités auxquelles pouvaient conduire le mérite, la
protection ou seulement l'art de flatter en vers. Puis, brusquement, Sidoine
quitte Rome, renonce aux charges publiques et bientót méme à la poésie,
pour mener dans ses terres d'Auvergne la vie seigneuriale. À cause de sa
bienfaisance, la voix populaire l'appelle malgré lui à l'évéché de Clermont.
Durant cette seconde période de sa vie, Sidoine, qui jusque là ne s'était
montré que mondain patriote et épris des lettres, se révéle tout à coup
pasteur d'ámes dévoué, habile à apaiser les rivalités intestines, comme à
conjurer les dangers d'invasion. Ce contraste soudain a frappé tous les
biographes du saint. On s'est plu à insister sur le caractére paien de ses
poésies, oü. abondent les allusions mythologiques, sur ses panégyriques
flatteurs jusqu'à l'adulation, sur son ardeur excessive, meurtriére méme, à
réprimer la violation du champ de sépulture de ses ancétres. M. À., ren-
contrant un à un tous ces griefs, montre que l'on a souvent exagéré les
écarts de pensée et de conduite de Sidoine et qu'on a suspecté sans
aucun motif le caractére moral de ses poémes. En somme, d'aprés M. A., le
fonctionnaire n'avait pas tant à se convertir qu'à réformer un peu et à épu-
rer Son idéal pour se trouver étre un saint évéque. Cette transition est,
comme M. A. l'a parfaitement remarqué, le point le plus délicat etle plus -
intéressant de cette vie. Il déclare danssa préface s'étre spécialement
appliqué à l'élucider ;. mais, à dire toute notre pensée, il ne sufhit pas de
diminuer l'ampleur d'une conversion pour supprimer le probléme
psychologique qu'elle souléve. Le mobile intime, ou les circonstances qui
(1) Cette monographie avait paru en 1908-1909, sous forme d'articles, dans les
tomes LXXXIII, LAXXIV et LAXXVI de la Revue des questions historiques.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 357
transformérent brusquement le préfet de Rome en un seigneur rural
capable d'étre élevé à l'épiscopat, nous restent inconnus.
Ce qui fait le principal intérét de ce livre,c'est que Sidoine y revit dans son
milieu. Il fallait la connaissance approfondie qu'a M. A. de l'histoire de la
Gaule à cette époque, pour dépeindre si pleinement l'existence des gran-
des familles gauloises, tantót opulente dans leurs vastes domaines, tantót
enfiévrée parmi les intrigues des cours, pour condenser en quelques pages
vigoureuses les principaux bouleversements politiques et religieux qui
transformérent la Gaule au V* siécle, et pour faire connaitre le monde lit-
téraire dans lequel Sidoine aimait à se distinguer. ' |. H. MonETUS.
118. — * Hermann La4v. Die angelsáchsische Missionsweise im
Zeitalter des Bonifaz. Preetz, Hansen, 1909, in-89, 83 pp. Mk. 1,50. —
Cette thése donne un exposé méthodique et fort clair de l'apostolat
des Anglo-Saxons en Hesse, en Thuringe, en Frise et en Saxe, depuis
S. Willibrord jusqu'à la mort de S. Willehad, survenue en 789. L'étude est
précédée d'un court apergu surla situation religieuse de ces contrées.
M. L. examine ensuite quelles étaient les relations des missionnaires avec
le saint-siége, avec les rois l'rancs et avecleur ancienne patrie. Leur mé-
thode d'évangélisation, leur prédication, la construction de leurs monas-
téres, leur organisation hiérarchique, font l'objet d'autant de paragraphes,
oü se retrouvent, dans leur grandes lignes, les appréciations exprimées
par M. Hauck dans sa Kirchengeschtchte Deutschlands et par les collabo-
rateurs de la Realescyklopádie für protestantische Theologie und. Kirche.
Ces ouvrages forment la plus grande partie de la bibliographie de M. L.
Chacune de ses assertions, et c'est ce qui faitle principal mérite de son
travail, est appuyée de textes empruntés à la correspondance ou àla Vie
des saints missionnaires. L'excellente bibliographie critique publiée par
M. Kurth dans son Saixt Bontface (p. 183-95) aurait avantageusement
complété celle de M. L. . H. MonErvs.
119. — P. K. KekrrIDZE. Cuweome Meradfpacrb mo rpyaHHCKHM'b
merouumkaw» (Syméon Métaphraste d'aprés une source géor-
gienne), dans Tpyinu hienckoi ;[yxosHoit Axaj;ewim, roro, t. II,
p. 172-91. — On ne s'attendait plus guére à découvrir de l'inédit sur
Syméon Métaphraste ; en voici pourtant. Dans le manuscrit géorgien n? 9o
du Musée d'archéologie ecclésiastique à Tiflis, M. P. K. Kekelidze a trouvé
une courte mais intéressante notice sur Syméon le logothéte et son ceuvre
littéraire. Le manuscrit est un vénérable codex sur parchemin, du XIII:
siécle, en écriture Aiufsirri ou ^ hiératique, et que certaines méprises de
transcription font reconnaitre pour une copie plutót que pour un exem-
plaire original (KEKELIDZE, p. 175, note). La notice vient de bonne source.
Elle est de cet Éphrem le Petit (Mtsyre), dont M. le professeur Marr, a
358 BULLETIN
déjàsi bien fait ressortir la féconde et intelligente activité (Ilepkosuna
B'51owocrz, 1907, 13 janvier, supplément, p. 104-106). Éphrem vécut en
solitaire, dans la Montagne Noire prés d'Antioche, dans la seconde moitié
du XI* siécle. Il mourutau plus tót versl'année riro. C'était un écrivain
remarquable : poéte, chroniqueur, grammairien, il est à tous ces titres une
des figures les plus éminentes de la littérature géorgienne. Le tour exact
et consciencieux de son esprit l'a fait regarder comme un précurseur de la
philologie. On lui doit surtout des traductions raisonnées et annotées de
livres grecs, parmi lesquels un bon nombre de piéces hagiographiques.
Éphrem, quise connaissait en métaphrases, caractérise avec beaucoup
de netteté l'ceuvre du logothéte et l'état de choses auquel elle prétendait
remédier. Son témoignage concernant la chronologie de Métaphraste
aurait été une trouvaille inappréciable il y a quelques années. Il garde
presque la méme valeur aujourd'hui que la question est tranchée par un
témoignage plus ancien. Syméon, nous dit Éphrem, se révéla comme
hagiographe dans la sixiéme année du régne de Basile (KEkEripzx, p. 189).
Cette date tombe exactement dans la période indiquée par le célébre texte
de Iahia d'Ántioche — qu'il faudra désormais citer dans la belle édition
que le P. Cheikho et MM. B. Carra de Vaux et H. Zayyat viennent d'en
donner en appendice aux annales d'Eutychius (Corpus scriptorum chri-
stianorum orienlalium, scr. arabici, textus, ser. 3, t. VII, Paris, 1909 ;
cf. p. 159). M. K.,qui rapproche ces deux témoignages, parait s'étonner que
deux auteurs s'accordent sur une méme assertion. 1l prend la peine d'ex-
pliquer que dans une ville comme était Autioche au XI* siécle, on ne
devait pas manquer de documents écrits sur l'histoire contemporaine de
Constantinople et que Iahia et Éphrem, chacun de son cóté, ont pu trouver,
l'unen arabe, l'autre en grec, un renseignement provenant de la inéme
source (p. 178). Pourquoi dela méme source, si le renseignement est vrai ?
Ou bien estime-t-on que le fait est mieux attesté, si les deux témoins qui
le rapportent se réduisent à un seul ? Ceci nous améne à dire que les com-
mentaires de M. K. n'offrent pas le méme intérét que le document qui en
est l'occasion. Il y aurait évidemment, de l'injustice à lui reprocher de
n'avoir pas connu la derniére étude consacrée à la chronologie du Méta-
phraste (B. HG?., p. 269-71). ; mais les phases antérieures de la controverse
auraient pu étre plus fidélement indiquées. Entre le regretté Wassiliewskij
et ses contradicteurs la question n'était pas posée exactement comme
M. K. parait le croire. Et quand lui-méme répond à la fameuse difficulté
déduite de la Vie de St* Théoctiste (p. 178-80), il se trouve, pour le fond
des choses, en parfait accord avec un auteur qu'il croit combattre (H.DrrE-
HAYE, La Vie de S. Paul le. Teune el la chronologie de Métaphraste,
REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES, juillet 1893, p. 68-70).
On nous permettra de placer ici, d'aprés Éphrem (KEKELIDzE, p. 189),
une anecdote, qui mérite au moins d'étre jointe à la légende de l'homme
)
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 359
aux légendes. Si elle est authentique, elle jette un jour intéressant sur
l'histoire littéraire de Métaphraste. Il parait donc qu'un jour l'empereur
Basile assistant à l'office, entendit la lecture du ménologe, qui contenait
précisément ce jour-là la Vie de Ste Théoctiste. Quand le lecteur arriva à
ces paroles du prologue: éri Kpmnrv óbiémAeov ümó roO pgakapíou
Aéovtoc, ékéice TeuqOeí;g, Aéovroc, qnuí, ro0 eütuyo0g Óvroq
BaciMéug xoi Tv «uruxíav '"Puuatuv TU Tóqpu GuvOOwyavtoc
(cf. Theophilos IoaNNv, Mvnueia dyioÀoyvikó, 19), l'empereur entra
dans une violente colére et ordonna de livrer au feu les écrits du logothéte.
Si l'on s'en rapporte au texte de Iahia, cet incident dut éclater sous le:
patriarche Nicolas Chrysoberges (4 995). Éphrem ne dit pas si le Méta-
phraste, aprés sa disgráce, renonca au dangereux métier d'écrire des Vies
de saints ou s'il continua d'enrichir la collection de chefs d'ceuvre, que des
admirateurs cachés lisaient encore clandestinement. Quand Basile mourut
(t 1025), Syméon n'était plus de ce monde. Sous le régne suivant, un saint
homme du clergé de Constantinople recut par une révélation céleste la
mission de réhabiliter les écrits du prince des hagiographes. Le ménologe
reparut au grand jour, pour entretenir la piété parmi les fideles et la noise
parmi les critiques.
La notice d'Éphrem se termine par une nomenclature des traducteurs
géorgiens qui ont travaillé sur le texte de Métaphraste. Ces données préci-
ses et circonstanciées sont à retenir pour le jour, prochain, espérons-le, oü
nous pourrons faire ici à l'hagiographie géorgienne la place qu'elle réclame
impérieusement. P. P.
120. — * Henry Tuopr. Saint Francois d'Assise et les origines de
l'art de la Renaissance en Italie. Traduit de l'allemand sur la 2* édition
par G. Lrrivnk. Paris, Laurens, s. a. (1909), deux volumes in-8*, xvt-326
et 334 pp., 64 planches hors texte (inaugure la collection : Lrs ÉrUpEs
D'ART A L'ÉTRANGER).
121. — * Johannes JónGENsEN. Der heilige Franz von Assisi. Eine
Lebensbeschreibung. Autorisierte Uebersetzung aus dem Daànischen
von Henriette Gráfin HorsrEiN LEpREBORG. Die Einleitung übersetzt von
A. HrssrF. Kempten, Kósel, 1908, in-I3, xvrri1-676 pp., portrait. Mk. 5.
122. — * Johannes JoknGENSEN. Saint Francois d'Assise, sa vie et
son ceuvre, traduits du danois avec l'autorisation de l'auteur par T. pE
W vzEwA. Paris, Perrin, 1909, in-I2, ct1-536 pp., illustrations. Fr. 5.
123. — * Johannes JoEgGENsEN. Pélerinages franciscains, traduits du
danois par Téodor bE W vzrwa. Paris, Perrin, 191o, in-12, x-324 pp., illus-
trations. Fr. 3,50.
124. — * J. JóncENsEN. Un pélerinage dans l'Italie franciscaine,
traduit par L. p'Yvg, dans la REvvE GÉNÉRALE, t. XCI (1910), pp. 40-73,
225-55, 403-22, 552-72, 740-61, 840-49....
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Les traductions annoncées ci-dessus prouvent la vogue considérable de
leurs originaux et le succés, plus grand encore, qu'on se flatte d'atteindre,
en élargissant le cercle de leurs lecteurs. Je me réjouis particuliérement de
voir vulgarisée en frangais l'histoire artistique de M. Thode. Quand parut
la 24« édition, en 1904, nous nous sommes empressé de louer les qualités
solides de l'ouvrage (/ztal. Boll., XXV, 380-85), et nous l'avons fait avec
la liberté du critique qui ne ferme pas les yeux sur les imperfections. S'il
se présente quelques lacunes dans l'information et s'il faut convenir que le
portrait du saint se ressent parfois de la mentalité confessionnelle de
l'auteur et de ses aspirations démocratiques, on a pu, en revanche, recom-
mander presque sans restriction l'étude des sources de la vie de S. Fran-
Cois, poussée avec vigueur et pénétration et appliquée à démolir les posi-
tions de certaine école récente de franciscanisants.
Cela regarde les érudits. La partie artistique, au contraire, de beaucoup la
plus considérable de l'ouvrage, ne peut manquer d'intéresser le grand public
cultivé et tous les amateurs d'art et d'esthétique ; et c'est pourquoi le livre
de M. Th. mérite de figurer en téte de la nouvelle collection des Études
d'art à l'étranger. Livre riche d'idées, de conclusions imprévues et variées
sur le puissant élan qu'imprimérent au XIII* siécle la vie et la prédication
du poverello d'Assise aux diverses manifestations de l'architecture, de la
sculpture, dela peinture, des arts décoratifs, de la poésie, voire de la musi-
que.La mort du séraphique patriarche fit sortir de terre la superbe basilique
d'Assise et ses trésors de beauté, que M. Th. ne se lasse pas d'étudier et de
décrire avec prédilection (t. I, p. 196-322). On ne résiste pas à l'émotion qui
l'étreint quand | il détaille l'aeuvre de Giotto, véritable initiation à l'art le
plus pur, le plus élevé, sans qu'il cesse pour cela d'étre profondément
humain et naturel. Et l'on est heureux de constater que des pages aussi
doctes, aussi attrayantes, aient été rendues dans une traduction trés litté-
raire à la fois et trés fidéle.
Comme beaucoup d'esprits d'élite, l'éminent poéte et romancier catholi-
que danois qui porte le nom de Johannes Jergensen a éprouvé le charme
. fascinateur du plus populaire des saints. Aprés avoir étudié convenable-
ment les sources, — sur ce terrain nous sommes loin de nous rencontrer
toujours, — il a composé une ample biographie de S. Francois, d'une ortho-
doxie impeccable et qui tient en méme temps de la lézende et de l'histoire.
Nous n'avons pas recu l'original danois ; mais les traductions allemande et
francaise, exécutées de main d'ouvrier, permettent de se rendre compte du
mérite littéraire de l'ouvrage (1). S'il fallait établir une différence entre les
deux traducteurs, on n'aurait pas de peine à montrer que la version alle-
(1) Depuis il a paru également, en 19o9, une traduction flamande par le R. P.
Stanislas Vandevelde. Je nel'ai pas vue, non plus que la version Haenne
annoncée par un éditeur de Palerme.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 361
mande se distingue par plus de rigueur dans l'interprétation, tandis qu'on
reconnait dans le travail de M. de Wyzewa la plume si fine, si délicate, si
. Souple, du collaborateur assidu de la Revue des deux mondes. 11 importe
encore de noter que l'édition frangaise renferme un double appendice. Le
premier, Sur l'indulgence de la Portioncule, est une rétractation, l'auteur
admettant maintenant l'authenticité du célébre pardon, qu'il avait d'abord
niée. Nous y reviendrons une autre fois. Dans le second appendice,
M. T. de Wyzewa énumére, en les classifiant judicieusement, les plus
anciennes Refrésentations artistiques de S. Francois.Ce qui donne plus de
prix encore à l'édition francaise, c'est qu'elle est pourvue, à l'exclusion de
l'autre, d'un trés utile index alphabétique. Enfin, à la place de l'avant-pro-
pos de la version allemande, signé par M. Jergensen lui-méme et oü celui-
ci exprime sa gratitude à tous les Fréres Mineurs qui lui ont prété assis-
tance pour la composition de son livre, le traducteur francais a esquissé,
avec un charme tout franciscain, la carriére antérieure de l'écrivain danois,
on pourrait dire les derniéres étapes de sa conversion au catholicisme.
L'auteur étant ainsi connu, il est plus aisé de se faire une idée juste du type
de biographie qu'ila voulu composer, mélange de poésie et de réalité
historique.
C'est l'impression que la lecture de l'ouvrage nous a laissée dés les pre-
miéres pages de l'introduction. Pour avoir entendu M. jJ. proclamer tout
bonnement « la valeur que peuvent avoir des sources méme relativement
« tardives, lorsque ces sources nous transmettent une tradition authenti-
« que, et entretenue dans sa pureté avec un zéle pieux » (p. xvi), je me
suis senti peu rassuré sur la trempe critique de l'écrivain, surtout en voyant
dans la suite l'application qu'il faisait de ce principe. Or il est incontestable
que la nature primesautiére du mystique troubadour d'Assise, comme il
aimait à s'appeler, ses qualités captivantes de l'esprit et du cceur, les sail-
lies originales de son caractére, sa sainteté à la fois transcendante et pro-
fondément humaine, l'ambiance de l'Ombrie oü il naquit et vécut, la
masse de disciples qui se faconnérent à son image et à sa ressemblance,
tous ces facteurs ont ag! puissamment et de bonne heure sur l'imagination
populaire, — comment cet examen ne s'est-il pas imposé à l'attention du
biographe? — et donné un rapide essor à un travail intense de la légende.
Ainsi ont vu le jour les Actus ou Fiorcttt,.le Speculum perfecttonts, dont la
plupart des chapitres ne font que diluer par des explications de détail les
anecdotes beaucoup plus sobres rapportées dans la 2* Vie de Thomas de
Celano ; la légende traditionnelle des trois intimes de S. Francois, qui s'est
alimentée à la méme source et à des écrits postérieurs ; les biographies des
premiers compagnons du saint,oü le merveilleux bizarre et les singularités
se donnent libre carriére, comme l'histoire invraisemblable du pied de
porc, coupé par le frére Junipére à l'animal vivant, histoire que M. J. a
insérée tout au long dans son ouvrage ; les Rotult du frére Léon et toute la
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littérature de combat éclose avec les querelles sur la pauvreté franciscaine.
91 l'on prend cet ensemble d'écrits pour de l'argent comptant, pour « une
tradition authentique et entretenue dans sa pureté avec un zéle pieux », et
qu'on l'emploie sans réservee, on a chance de dépeindre assez exactement -
la mentalité des premiéres générations de l'ordre, mais on sera loin d'at-
teindre la réalité vraie et exacte de S. Frangois et de son ceuvre.
L'àme poétique de l'écrivain danois a respiré trop complaisamment le
parfum capiteux de cette floraison apocryphe. Tout en rendant justice à
l'eeuvre hagiographique de Thomas de Celano, il a voulu remonter le cou-
rant de la haute critique. Le Speculum perfectionis, il l'accepte comme une
Source trés pure, mais il en place la rédaction définitive en 1318. La
lézende traditionnelle des trois compagnons, non seulement illa tient pour
authentique, mais il lui semble qu'elle revit entiére — et ceci est un symp-
tóme alarmant — dans l'essai de reconstruction intégrale tenté par les
PP. Marcellino da Civezza et T. Domenichelli. Les Actus D. Fracisct et
Sociorum cius sont à ses yeux un « trésor de pures traditions franciscai-
nes.., un recueil infiniment précieux de traditions franciscaines »
(p. LxXxxix). Le ramassis d'historiettes, tirées de fonds divers et qui a pris
le nom de Legenda antiqua, a été composé vers 1318 à l'aide des fameux
Rotuli du frére Léon. Barthélemy de Pise, qui a terminé vers la fin du
XIV* siécle son livre des Conformités, a employé une méthode d'examen
et de comparaison, qui en fait « l'un des précurseurs de notre critique
moderne » (p. xcii). Hélas! Les Péres de Quaracchi, aprés avoir étudié à
fond son a:uvre àl'occasion de la nouvelle édition qu'ils ont commencé
d'en donner dans leurs 4zalecta. Franciscana (t. V, 1906), ne partagent
pas cet enthousiasme pour un compilateur soigneux et fidéle, autant qu'on
voudra, mais « magis pius et credulus » comme s'exprime le bollandiste
Stilting, « quam crisi severa usus », En effet, ajoutent-ils, « nimis credulus
« revera fuit et clausis oculis saepe omisso examine acceptavit quae
« pia gens et fratres simplices retulerunt; narrat miracula, prophetias,
« visiones, ridicula et absurda » (cf. 4:al. Boll., XXVI, 364). Par contre,
M. J. cherche à déprécier l'autorité de Jourdain de Giano et de sa chroni-
que, et cela parce que l'honnéte vieillard appréhende au début de son
travail de s'étre trompé sur quelque date. Qu'il prenne connaissance de
l'étude placée par M. H. Boehmer en téte de la nouvelle édition de cette
chronique (cf. z12a/. Boll., XXVIII, 335-37), et je ne doute pas qu'il ne
revienne à de meilleurs sentiments. Ce qu'il a dit encore de la chronique
de Thomas d'Eccleston sur l'arrivée des Fréres Mineurs en Angleterre,
pourra étre utilement complété et rectifié par le docte commentaire de son
nouvel éditeur, M. A. Little (cf. ci-aprés, p. 369). L'autorité de Vincent
de Beauvais, de Jacques de Voragine, de S. Antonin de Florence et de
Pierre Natal est nulle pour l'histoire de S. Frangois ; leurs résumés peu-
ventservir tout au plus à résoudre de menus problémes littéraires. C'est
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 363
une erreur de croire que Bonaventure n'a connu et copié la r1'* Vie de
Thomas de Celano qu'à travers le remaniement de Julien de Spire ; il a
puisé séparément chez tous les deux. Erreur aussi de dire que les principaux
mss. de la Légende antique se. conservent à la bibliothéque Vaticane
(p. t xxxvi) ; un seul s'y trouve, le Vatic. 4354. L'Histoire des sept Tribu-
lations d'Ange Clareno a été reproduite presque en entier par Doellinger,
Beitráge zur. Sektengeschichte des. Mittelalters, 11, 417-526. Enfin, pour
une prochaine édition, on fera bien de repasser les références bibliogra-
phiques, qui sont souvent erronées ; et ceci n'est pas la faute du traducteur.
S1 donc le travail historique de l'écrivain, en tant qu'il dépend cà et là
de sources troubles et suspectes, préte flanc à la censure, en revanche son
mérite littéraire demeure intact et digne de tout éloge. Partout oü il
applique son merveilleux talent de psychologue, la gráce de son style et
Soa exquise sensibilité à caractériser les personnages en scéne, à situer les
événements qu'il raconte, à analyser et à commenter des textes authenti-
ques, comme ceux de Thomas de Celano etles écrits du saint, il est bien
pres d'approcher de la perfection. Tel est en particulier le premier livre de
l'ouvrage (p. 1-84), celui oü il raconte la conversion de Frangois (1). Quelles
que soient ses défectuosités, la nouvelle biographie, solidement charpentée,
dénote un grand effort artistique et littéraire ; elle comptera parmi les
meilleurs ouvrages de l'espéce, pour avoir rendu avec une profonde
expression de vie, de douceur et de netteté, l'impérissable physionomie
du séraphique patriarche d'Assise.
Décidément, on se passionne à l'étranger pour les cuvres du poécte
danois Jergensen. Tandis que la Revue générale de Bruxelles, sous la signa-
ture de M. L. d'Yve, sert par menues tranches à ses lecteurs une traduction
francaise de ses Pélertnages franciscatus, M. T. de Wyzewa vient d'ache-
ver le méme travail et de le publier en un joli volume, finement illustré de
quelques reproductions artistiques d'André della Robbia. C'est sur le texte
primitif, retouché par l'auteur, que M. de W. a pu exercer son talent de
fidéle et harmonieux interpréte, soucieux de rétablir dans l'édition fran-
caise de nombreux passages qui avaient été exclus de la version alle-
mande. Trés maitre de sa langue, il a réussi à rendre au naturel la frai-
cheur descriptive, la suave et profonde émotion de l'original.
Le livre de M. Jergensen est écrit avec un art consommé ; nulle part
on ne sent l'effort ni l'apprét. Tout y est vie, lumiére, chaleur. Le pitto-
resque semble jaillir- spontanément des spectacles variés qui s'offrent
au regard observateur de l'écrivain. C'est du Karl Huysmans, mais moins
cru, moins impétueux, plus idéalisé. Les réveries du poéte danois sur les
souvenirs du passé ont un charme indéfinissable. Sa description de l'Al-
(1) Les cinq premiers chapitres de la traduction francaise ont été offerts en
primeur à ses abonnés par Le Correspondant, t. CCXXXIV (1909), p. 1147-71.
364 BULLETIN
verne, celle du minuscule couvent de Greccio et le portrait des rudes
fréres mineurs qui l'habitent,expriment d'une facon intense l'attrait austére
de la vie franciscaine. Ses colloques avec les différents péres gardiens qui
l'accueillent sous leur toit hospitalier, font songer aux entretiens faciles et
spirituels dont le séraphique patriarche d'Assise récréait la solitude de ses
premiers disciples. Les lieux mémes qu'il visite fournissent souvent à
l'auteur l'occasion de faire des emprunts discrets à l'histoire. primitive de
l'ordre. Et ces retours continuels vers le passé mettent sur les réalités pré-
sentes comme une empreinte archaique et achévent de donner au récit
une saveur franciscaine. N'étaient certaines considérations trop précises
sur des points scabreux d'histoire, comme sur les réformes opérées au sein
de l'ordre, sur la régle primitive, etc. (1), n'était encore un penchant exces-
sif à moraliser, je n'aurais pas de peine à voir dans le. nouveau livre de M.
Jergensen un petit chef. d'eeuvre. Ce sentiment sera, je pense, partagé par
quiconque a parcouru l'Ombrie franciscaine ou s'appréterait à entrepren-
dre ce pélerinage en compagnie de ce guide, unique en son genre. V.O.
125.— * Leonhard LrEMwMrws, O.F.M. Der hl. Bonaventura, Kardinal
und Kirchenlehrer aus dem Franziskanerorden (1221-1274). Kemp-
ten, Kósel, 1909, in-12, viri1-288 pp., portrait.—Quoique cette nouvelle Vie
de S. Bonaventure ait été écrite avec le cceur autant qu'avec l'esprit, coz
tlclletio d'amore, selon l'expression si chére aux Italiens, on n'a pas de
peine cependant à y reconnaitre les qualités qui en font un véritable livre
d'histoire : l'information süre et abondante, autant que le comporte le
sujet, le jugement sain et perspicace, la discrétion dans l'éloge et une sin-
cérité que ne recule pas devant des aveux pénibles à la piété filiale d'un
véritable franciscain, une compréhension suffisante des situations embrouil-
lées et des affaires épineuses qui pesérent sans reláche sur un généralat de
dix-sept ans, l'habileté à extraire d'une féconde production littéraire les
multiples détails capables de révéler le professeur, l'écrivain, le prédica-
teur, le chef d'ordre, le saint que fut Bonaventure. Sans l'édition critique
des ceuvres du séraphique docteur exécutée par les Péres de Quaracchi et
sans leurs doctes et copieuses introductions, il est probable que le courage
du Pére L. se serait rebuté à la táche. D'autres trouveront peut-étre que
la suáve onction du style de son héros, son art de nuancer sa pensée, de
lui communiquer de la vie et de la couleur, n'ont guére déteint sur la ma-
niére de l'auteur. Soit. Mais ces défectuosités ne sont guére sensibles,
(1) Dans la Revue générale, p. 569-70, on prétend que Mgr Faloci Pulignani est
l'auteur de la premiere et de la meilleure Vie de la Bse Claire de Montefalco,
A la vérité il n'en a été que l'éditeur, comme a trés bien traduit M. de Wyzewa
(p- 191).
- — — -——
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 365
. tantla st/va verum patiemment amassée, méme abstraction faite de la
mise en ceuvre, renferme de charme et d'intérét. .
Pour apprécier ce trésor d'informations, qu'on se souvienne du peu d'em-
pressement qu'ont mis les Fréres Mineurs de la fin du XIII* siécle à trans-
mettre à la postérité les faits et gestes de leur savant et vertueux contem-
porain. S'il est une gloire bien posthume, c'est celle du plus illustre suc-
cesseur de S. Frangois d'Assise. Le Pére L. a beau prétendre que l'obscu-
rité et l'effacement furent, au XIII* siécle, le lot de beaucoup de grands
hommes de son ordre ; il n'en demeure pas moins une énigme que l'oubli
et l'insouciance aient également atteint celui en qui les Fréres Mineurs de
nos jours aiment à voir le sauveur, l'organisateur incomparable et comme
le second fondateur de leur institut. Et ce mystére s'épaissit d'autant que
les représentants les plus authentiques du parti des zélateurs, les Ange
Clareno et les Hubertin de Casale, ne se sont point fait faute d'allonger à
Bonaventure de bons coups de griffe dans leurs ouvrages. La vérité est —
comment ne l'avoir pas apercue ? — que des masses compactes de francis-
cains ont méconnu au XIII* siécle les services que la sagesse et la modé-
ration de leur saint général ont rendus à l'ordre séraphique. Malgré toute
sa vertu, son tact, son savoir, ses éminentes qualités d'administrateur, il
fallut attendre deux siécles et un pape conventuel, Sixte IV, pour lui décer-
ner en 1482 les honneurs de la canonisation. Un siécle plus tard, en 1588,
un autre pape conventuel, Sixte V, se décida à le proclamer docteur de
l'Église universelle. .
Faut-il en conclure que les rigoristes dela famille ont eu raison de
ranger Bonaventure parmi les partisans de la vie des grands couvents,
qu'ils taxaient volontiers de reláchement ? On l'a cru parfois ; mais pour
comprendre combien cette imputation a peu de consistance, il suffit de se
rappeler qu'il fut le candidat favori d'un rigoriste et d'un joachimite de la
plus belle eau, le B. Jean de Parme. Contraint d'abdiquer le généralat,
celui-ci le désigna comme son successeur. Il lui reconnaissait apparemment
les capacités et les vertus nécessaires pour remédier à la déchéance et aux
querelles intestines de l'institut. D'autre part, notre saint n'exclut point
systématiquement certaines dispositions pratiques adoptées par les con-
ventuels. C'est ainsi qu'il jugea plus utile à la réforme et au maintien de la
discipline religieuse que le grand nombre habitát des locaux spacieux, sim-
plement et solidement bátis en pierre, plutót que des ermitages ou de
misérables petits couvents. Mais en méme temps, il dénongait et poursui-
vait avec tant de vigueur les abus, les folles dispenses de la régle, la
recherche des honneurs et du casuel d'église, que les conventuels peu fer-
vents ne se sentirent guére àl'aise sous sa férule pendant son long
généralat. Partant, à sa mort, qui arriva un an aprés qu'il eut quitté ces
hautes fonctions pour revétir la pourpre cardinalice, ceux qui gémirent de
sa fermeté ne se souciérent point de préserver sa mémoire de l'oubli.
366 BULLETIN
À la vérité, le séraphique docteur constitue un type à part dans la grande
famille franciscaine de la seconde moitié du XIII* siécle: c'était un homme
de juste milieu. Tandis que toute une catégorie profite des moindres occa-
Sions pour se soustraire aux exigences génantes de l'observance religieuse
et que, à l'autre extrémité, les zélateurs fanatiques prónent à outrance la
pauvreté la plus rigoureuse, la vie dans les ermitages, le travail manuel, la
pratique scrupuleuse du testament 'de S. Frangois, Bonaventure, tout en
vénérant les faits et gestes du fondateur et son idéal primitif, ne leur
reconnait aucune force deloi et raméne toute la perfection religieuse
pour les siens àlobservance stricte de la seconde régle, de celle, bien
entendu, qui fut sanctionnée en 1223 par Honorius III et qui implique une
atténuation des aspirations religieuses de la premiére heure. C'est sur ce
terrain que le clairvoyant général se maintint inébranlable, pour relever
son ordre et lui donner une vigoureuse impulsion. Les constitutions nar-
bonnaises de r260 consolidérent encore l'édifice. Il parait, d'apres le
P. L.,qu'ils furent légion ceux qui agréérent le nouveau systéme. Je me
permets d'en douter. En général, aux périodes tumultueuses et passion:
nées, les gens de juste milieu recoivent un accueil plutót froid. Seulement,
à la longue, aprés les bourrasques du XIV* siécle, le malheur aidant et des
déchets s'étant produits de toutes parts, on comprit que les principes et la
ligne de conduite de S. Bonaventure réalisaient la vraie forme de gouver-
nement pour l'ordre des Fréres Mineurs. Ou finit par y adhérer compléte-
ment, et vers le milieu du XV* siécle la plus compléte réhabilitation
. échut au génie administratif du docteur séraphique.
Le Pére L. n'a pas de peine à avouer les torts réciproques des deux par-
tisrivaux de l'ordre. Mais il se montre trés chatouilleux sur l'honneur de
Bonaventure ; et il y a plaisir à voir qu'il en prend le plus souvent la
défense avec force et dignité. Parfois cependant son zéle l'entraine à de
pures chicanes de mots. Ainsi, lorsqu'on fait remarquer que le saint géné-
ral s'en tint toujours à l'observance légalement mitigée par les indults du
saint-siége (1), le Pére L. se récrie contre ce qu'il appelle un langage
imprécis et trompeur.Ne serait-il donc plus permis de constater que la pau-
vreté en usage du temps de S. Bonaventure s'écarte notablement de la pra-
tique de S. Frangois (p. 159-60) ? D'autre part, le biographe approuve pleine-
ment les récriminations d'Hubertin deCasale contre les suppressions inten-
tionnelles, ex tzidistria, du docteur séraphique, qui élimina desa légende
de S. Frangois un certain nombre de faits et de réflexions, propres à mettre
en lumiére l'idéal primitif du saint fondateur et la déchéance d'un bon
nombre de ses enfants (p. 128-29). Pourquo1 ces deux poids et ces deux
mesures, sinon que, inconsciemment, la mémoire et les idées de ce vision-
(i) EHRLE, Die Spiritualen, dans AncHuiv rüR LITERATUR-UND KIRCHENGE-
SCHICHTE, t. III, p. 59r.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 367
naire dévoyé demeurent toujours sympathiques à toute une catégorie de
fervents fréres mineurs ?
Sans amoindrir le mérite littéraire de la Vie de S. Frangois écrite par
Bonaventure,laquelle est une véritable perle biographique,il est bon de ne
point perdre de vue qu'à sa composition présida une pensée de conciliation
et d'édification, le méme esprit, en somme,qui dicta au chapitre général de
Narbonne des atténuations jusque dans l'office liturgique du séraphique
patriarche. Interprétant exactement le texte de la r'* Vie, approuvée,
comme on sait, par l'ami intime de Francois, le pape Grégoire IX,
Julien de Spire avait dit : Htc vir 1n. vanitalibus nutritus 1ndecenter. Le
chapitre prescrit : Fia£ falis mutatio : divinis chartsmatibus praccentus
€sl clementer. Y importe de noter que Thomas de Celano n'a rien retracté,
dans sa 23* Vie,de ce qu'il a avancé dans la premiére. Le chapitre ordonne
encore de poursuivre, au dedans et au dehors de l'ordre, la destruction de
toutes les légendes de S. Frangois antérieures à celle de Bonaventure.
Pourquoi cet édit de proscription ? Quel aliment pouvaient bien oflrir les
textes de Celano et de son abréviateur, Julien de Spire, aux discordes qui
commencaient à fermenter au sein de l'ordre ? Les questions brülantes
regardaient la pauvreté. Sous ce rapport, certes, Celano avait réussi à se
maintenir en parfait équilibre entre les deux factions. Je persiste donc à
croire que le décret des Péres de Narbonne visait avant tout des convenan-
ces liturgiques. J'y reviendrai. Le style parfois trés cru de Celano aurait
détonné sous les voütes du sanctuaire, Il en était tout autrement du texte
soigneusement expurgé de Bonaventure, onctueux, mystique, une vraie
musique de poéte, comme s'exprime Fr. Ozanam.
A quelle école se forma cet esprit d'élite? Nous sommes hélas ! réduits à
l'ignorer et le Pere L. lui-méme n'a presque rien à dire sur les 25 premiéres
années de cette belle existence. On sait qu'il étudia à l'université de Paris,
et cela, avant son entrée en religion, si l'on admet, comme le fait son
nouveau biographe, les principaux repéres chronologiques que j'ai táché de
fixer pour cette période obscure (4zal. Boll., XXII, 361-62). Il fut sans
doute un novice exemplaire ; mais il ne me semble pas qu'il suffise, pour le
prouver, de dégager les idées maitresses de deux opuscules qu'il composa
plus tard sur la Regula novitiorum et Y Epistola continens. 25 1emoralta
(p. 53). Comme il ne se met nullement en scéne dans ces écrits, il va de
soi qu'on n'en peut tirer que des renseignements vagues et conjecturaux.
Certaines anecdotes, mises en circulation deux ou trois siécles aprés sa
mort et devenues fort populaires, ne méritent que bien peu de créance.
Tel, le concours auquel le pape Urbain IV convia S. Thomas d'Aquin et
9. Bonaventure pour la composition d'un office de la Féte-Dieu. Ce dernier,
au rapport de Denys-le-Chartreux (ft 1471), accepta sa défaite de la meil-
leure gráce du monde (p. 94). Une autre fois S. Thomas aurait dit à son
compagnon, à la vue de S. Bonaventure absorbé par la composition de sa
368 BULLETIN
légende de S. Francois : « Laissons un saint écrire la vie d'un saint » ; et
dans une autre circonstance encore, le séraphique auteur aurait désigné au
Docteur angélique son crucifix comme renfermant toute sa bibliothéque
(p. 268-69). Ces traits curieux ne reposent sur aucun témoignage plausible.
Le Pére L. le laisse suffhsamment entendre. Du reste, l'accent de sincérité
que l'on pergoit à travers tout l'ouvrage, communique un charme particu-
lier à cette nouvelle Vie de saint. La maitrise de l'auteur illumine dans toute
la force du terme la grande figure de S. Bonaventure et ajoute une belle
page aux fastes déjà si glorieux de l'ordre des Fréres Mineurs. V. O.
126. — * Heribertus HorzaAPrEL, O. F. M. Manuale historiae ordinis
Fratrum Minorum, latine redditum a P. Gallo HasELBEck. Friburgi Bris-
goviae, Herder, 1909, in-89», xxt-662 pp. Mk. 9,50. — On a cru nous faire
plaisir en nous envoyant la traduction latine de ce Manuel, plutót que l'ori-
ginal allemand, paru presque en méme temps. C'est une attention dont
nous savons gré à l'éditeur ; mais nous le prions de ne plus pousser si
loin, à l'avenir, la délicatesse, l'original étant toujours préférable pour des
gens de notre métier.
Ce manuel de 700 pages embrasse l'histoire de toutes les familles
et de toutes les branches de l'ordre de S. Francois d'Assise qui ont jamais
existé depuis sept siécles : Fréres Mineurs proprement dits, avec les diffé-
rentes réformes opérées dans leur sein, celles notamment des Coletains,
des Alcantarins et des Récollets, les Conventuels depuis la scission défini-
tive de 1517, les Capucins qui, prenant prétexte de la forme du capuchon
et d'autres détails du costume, se détachérent des observants en 1525 et
devinrent en peu de temps un des rameaux les plus vigoureux du vieux
tronc franciscain, les Clarisses, comprenant les Urbanistes, qui adoptérent
la régle mitigée d'Urbain IV,les Colettines, qui suivirent au XV* siecle
la réforme de S'* Colette de Corbie, les Conceptionistes, de création espa-
gnole, et d'autres groupements moindres, enfin le tiers ordre laique, qui en
évoluant engendra un tiers ordre régulier distinct, tant pour hommes que
pour femmes ; celui des religieuses pullula et se ramifia au XIX* siécle
en de multiples congrégations nouvelles.
On comprend que l'histoire de chacun de ces groupes n'ait pas été
traitée avec la méme ampleur. La part du lion est faite, comme de juste,
aux franciscains dela premiére heure, que le P. H. a tort de nous repré-
senter comme une libre réunion d'hommes (p. 5), puisqu'il les considére
comme liés par les trois vceux essentiels de religion (p. 16). On pourrait
relever bien d'autres inconséquences, inévitables au cours d'une encyclo-
pédie de cette espéce ; on pourrait lui reprocher un manque de calme et de
sérénité à répartir les torts entre conventuels et spirituels observants dans
leurs luttes séculaires, sans que du reste l'écrivain se laisse dominer, en
d'autres sujets, par l'esprit de corps et les querelles de clocher ; un enthou-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 369
siasme excessif pour les vertus, le zéle et le savoir qui ont brillé parmi les
membres du premier ordre, quoiqu'on se garde de dissimuler les faiblesses
et les excés des communautés comme des individus ; une admiration trop
exclusive pour l'euvre réformatrice de S. Jean de Capistran, dont les
procédés ne paraissent pas toujours imprégnés de la plus suave charité
chrétienne ; un exposé par trop sommaire et incomplet de l'apostolat fran-
ciscain aux Philippines et au Japon : à tout le moins aurait-il fallu caracté-
riser d'un mot les agissements du B. Louis Sotel (cf. A4zal. Boll., XXVI,
507-8). En revanche, l'auteur a été bien inspiré en laissant complétement
de cóté les discussions critiques et les controverses courantes, lorsqu'elles
n'ont pas influé sur l'histoire proprement dite de l'ordre.
Quoiqu'il y ait des lacunes dans l'information et que les matériaux
utilisés ne soient pas tous de premier choix, que la composition se ressente
d'une certaine háte et qu'on y rencontre trop rarement l'expression juste
et frappante, propre à caractériser une situation ou un personnage, il con-
vient néanmoins de recommander, à cóté de l'ancien Compendto dt storia
Munoritica du conventuel Fr. Benoffi (Pesaro, 1829), le Manuel du P. H.,
comme un exposé clair, substantiel, méthodique et, tant que faire se peut,
chronologique, de l'histoire parfois embrouillée de l'ordre des Fréres
Mineurs, de son développement intérieur, de sa législation, — ici les gens
de la maison formuleront quelques restrictions, — de ses travaux apostoli-
ques et scientifiques, de ses célébrités qui brillérent sur les différents
théátres de l'activité humaine, le tout entrecoupé d'excellentes statisti-
ques. Peut-étre a-t-on fait une place trop restreinte aux saints et aux bien-
heureux, qui constituent, parmi la postérité du séraphique patriarche, une
catégorie originale, trés attrayante à contempler et à étudier. Les multi-
ples tableaux de la fin et l'index général font de ce manuel, rédigé par
ordre supérieur, il est vrai, mais dans un esprit large et sincére, un réper-
toire commode et trés utile à consulter. V.O.
127. — *Andrew G. LirrLE. Tractatus Fr. Thomae vulgo dicti de
Eccleston de adventu Fratrum Minorum in Angliam. Paris, Fisch-
bacher, 1909, in-8?, xxx-228 pp.(COLLECTION b'ÉTUDES ET DE DOCUMENTS SUR
L'HISTOIRE RELIGIEUSE ET LITTÉRAIRE DU MOYEN-AGE, t. VII.) Fr.8.—]Je ne
sais ce qu'il faut le plus louer de la nouvelle publication de M. L., ou l'esprit
critique qui l'anime ou l'érudition trés süre et trés ferme dont elle déborde.
Le texte, déjà édité deux fois, avait absolument besoin d'une révision. À
l'ade d'un ms. Phillips inconnu à ses prédécesseurs et gráce à un
examen plus attentif du ms. d'York, le savant professeur a pu accom-
. plir sérieusement ce. travail d'épuration et remédier ainsi aux erreurs et
aux lacunes des manuscrits employés par ses devanciers. Quelques
corrections sont de la plus haute importance. L'annotation, fort drue, a été
ANAL. BOLL. XXIX. 24
370 BULLETIN
puisée en majeure partie aux archives et aux publications du Record Office
de Londres. Ce dépót, on le constate ici une fois de plus, est une mine de
renseignements unique au monde. M. L. y a trouvé de quoi compléter les
données fournies par Thomas d'Eccleston et déterminer avec précision les
progrés de l'établissement des Fréres Mineurs en Angleterre (voir le som-
maire, p. XxvI-XxIX) durant la période qu'embrasse le récit du chroniqueur
anglais (1224-1258).
Sur la vie du frére Thomas planent d'épaisses ténébres. Il semble qu'il
entra dans l'ordre vers 1232-1233. Lui-méme nous apprend qu'il mit vingt-
Six ans à réunir les matériaux de sa chronique, qu'il étudia et qu'il pro-
fessa à Oxford. La rédaction du texte est quelconque. C'est plutót un fouil-
lis de notes, oü l'auteur rappelle à ses confréres des traits de mortification
et de pauvreté de leurs ancétres et táche ainsi de provoquer une salutaire
émulation. Mais en méme temps il leur fournit, sur leurs bienfaiteurs et
surla fondation de leurs maisons en Angleterre, une foule de détails
qu'on ne rencontre guére ailleurs. Comme une partie de ces informations
sont confirmées par des documents officiels, pour le reste, qui échappe à
ce genre de contróle, il sied aussi. d'accepter l'autorité de Thomas d'Ec-
cleston.Il est moins au courant de l'histoire générale de l'ordre, quoique, ici
encore, il nous ait gardé quelques précieux souvenirs. En somme, tout le
mémorial méritait le soin méticuleux que M. L. a misà en donner une
édition irréprochable.
L'appendice renferme, entre autres piéces excellentes, une réédition de
la chronique abrégée de Pérégrin de Bologne (cf. 4zal. Boll., XXVII,
248), un Calalogus Ministrorum. Provincialium. in Anglia, et une Liste
des custodies el. des couvents de la. province d'Angleterre, avec les dates
approximalives de. leur. fondation. C'est M. Little (p. 227) encore quia
découvert le nom de l'auteur dela Vie versifiée de S. Francois d'Assise
(BHL. 3101). Dans le ms. de l'université de Cambridge Dd. XI, 78, fol.
200, le texte porte en effet cette inscription : « Super vita beati Pranctsct
magislri. Henrici Abrincensts » ; Maitre Henri d'Avranches, et non Henri
de Pise ou Henri de Burford, comme on avait conjecturé jusqu'ici (cf. 4
Catalogue of the Mss. of the University of Cambridge, Y, 476). Le nouvel
Eccleston se termine, comrre tous les volumes de la méme collection, par
une table alphabétique détaillée et trés pratique à manier. V. O.
128. — * Paulus vou Lo£ und Benedictus Maria RErIcHERT. Quellen
und Forschungen zur Geschichte des Dominikanerordens in
Deutschland. Leipzig, Harrassowitz, 1907-1910, quatre fascicules in-8» de
VIII-55, XXIV- II2, VI-I68 et 66 pp. Mk. 2, 5, 7 et 2,60. — Trois excellentes
publications inaugurent ce nouveau recueil de documentation domini-
caine. La premiere, due à la plume érudite du R. P. Paul de Loé, est inti-
tulée: Statistisches tiber die Ordensprovinz Teulonta. Cette statistique con-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 371
tient: 1) l'énumération et l'année de fondation des différentes provinces
et, aprés les réformes du XV* siécle, des différentes congrégations issues
peu à peu de la province teutonique primitive, Celle-ci embrassait à l'ori-
gine d'immenses territoires, tous les pays situés au nord des Alpes et
s'étendant depuis les frontiéres naturelles de la France jusqu'à la Hongrie
et la Pologne. Sur ce nouvel organisme des congrégations, voir en parti-
culier MonrIER O. P., Histoire des Maitres Généraux de l'ordre des Fréres
Précheurs, IV (cf. Anal. Boll., XXVIII, 139) ; 2)1a nomenclature des cou-
vents proprement dits, avec la date du moins approximative de leur érec-
tion ; 3) la liste compléte des prieurs provinciaux depuis les origines de la
province de Teutonie jusqu'à nos jours. ll convient d'ajouter, d'abord, que le
savant auteur s'est livré à de laborieuses recherches pour fixer les années
que dura chaque provincialat ; et en second lieu, qu'il a été singuliérement
secondé dans ses investigations, pour la période antérieure au XVI* siécle,
par la découverte de quatre anciens catalogues manuscrits de son ordre,
qui se conservent actuellement aux bibliothéques de Stuttgart, de Vienne
et de Bále. Le texte de ces catalogues lui aura suggéré, je suppose, l'idée
de ce travail de statistique; fort correctement publiés en appendice, ils ser-
vent, partiellement du moins, de piéces justificatives.
C'est un travail analogue que le R. P. de Loé a entrepris dans le 4* fas-
cicule sur la province de Saxe : Sfatislisches über die Ordensprovinz Saxo-
^ia. Entre autres matiéres intéressantes, ce fascicule, digne de retenir
spécialement l'attention des historiens, comprend r) une liste des Fréres
Précheurs élevés à la dignité épiscopale en pays saxon ; 2) la nomenclature
des écrivains de l'ordre qui appartiennent à la province dominicaine de
Saxe ou qui sont originaires de ce pays: c'est un complément appréciable à
l'ouvrage bio-bibliographique de Quétif et Echard ; 3) enfin, une exposition
fort soignée de la réforme tentée au XV* siécle dans les couvents saxons
de l'ordre. Ce précis renferme des pages inédites et lumineuses sur les ori-
gines, jusqu'ici trés obscures (voir H. MonrrER, t. c., 442-50), de la con-
grégation de l'observance dominicaine en Hollande.
Dans les fascicules 2 et 3, le R. P. B.-M. Reichert donne une nouvelle
édition, cette fois compléte, de l'ouvrage de Jean MrEvzn, O. P., Buch
der Reformacto Predigerordens, en cinq livres. Le récit du fécond chro-
niqueur que fut J. Meyer (1 1485) embrasse particuliérement la réforme
des couvents des sceurs dominicaines d'Allemagne de la fin du XIV* siécle
au dernier tiers du XV*. Le point de départ de ce relévement spirituel fut
le monastére de Schónensteinbach. Au XVII* siécle, des confesseurs de
cette maison, puristes un peu indiscrets, retouchérent la rédaction de leur
devancier jusqu'à y pratiquer des suppressions. L'ouvrage, ainsi corrigé et
mutilé, parut en 1897 par les soins de M. J. von Schlumberger, sous le
titre de Seraphin Diellers Chronik des Klosters Schónensteinbach. Le
P. Reichert s'applique avant tout à rendre au texte son intégrité et sa
372 BULLETIN
physionomie primitive. C'est dommage que pour s'acquitter pleinement
de sa táche, il n'ait point connu les deux manuscrits sur lesquels M. K.
Bihlmeyer vient d'attirer son attention (Thcologische Quartalschrift de
Tubingue, t. XCII, 191o, p. 300-301). Quant aux autres questions critiques,
de fond et de forme, que souléve la chronique de Meyer, le docte éditeur
leur a donné une solution fort satisfaisante. A signaler spécialement son
tableau des couvents dominicains, tant d'hommes que de femmes, réformés
en Allemagne de 1389 à 1468 (fasc. III, introduction, p. t1-v1). V. OO.
129. — * San Carlo Borromeo nel terzo centenario della canoniz-
zazione, 1610-1910. Anno I et II (depuis novembre r9o8). Milano,
I908-19rIo, grand in-8^, 416 pp., nombreuses illustrations.
130. — * Virginio Civari. S. Carlo Borromeo nelle opere e nello
spirito. Storia narrata al popolo. Milano, Libreria Salesiana, 1909,
in-I2, X-300 pp.
131. — Orazio PREworr. Il duello nella pubblica opinione, dans
RivisTA INTERNAZIONALE DI SCIENZE SOCIALI, t. LII (1910), p. 489-501.
132. — [E. Morra4]. I supplizio dei congiurati contro S. Carlo
Borromeo, dans l'ARCHIVIO srORICO LoMBARDO, Ser. IV, t. IX (1906),
p. 187-88.
133. — Ed. WyYMaNN. Karl Borromeo und seine Metropole im
Jahre 1581, dans Z&rrscHRIFT FüR SCHWEIZERISCHE KIRCHENGESCHICHTE,
t. II (1908), p. 131-37.
134. — Ed. WyMaNN. Ein Brief des Kardinals Karl Borromeo.
Inrp., t. III (1909), p. 300-302.
A l'approche du III* centenaire de la canonisation de S. Charles DBorro-
mée, quelques esprits distingués de Milan se sont concertés pour raviver
et alimenter le zéle de leurs concitoyens envers l'illustre archevéque de la
Lombardie. Le moyen dont ils ont fait choix est un périodique mensuel qui,
commencé en novembre 1908, a déjà dépassé les 400 pages d'impression.
De toutes parts on lui a prodigué un sympathique accueil ; et nous ne vou-
lons pas étre les derniers à lui apporter l'hommage de notre sincére admi-
ration. Ceux qui Sont à la téte de la nouvelle publication ont parfaitement
compris que, pour réchauffer l'enthousiasme des masses, il fallait viser
beaucoup moins à produire de l'inédit qu'à mettre en belle lumiére la car-
riére féconde du saint cardinal, ses ccuvres multiples, et la gloire post-
hume qui en a perpétué le souvenir.
Ce but a été notamment poursuivi et atteint dans une large mesure par
une Vita di S. Carlo Borromeo, assez développée, fort diserte et bien
écrite, dont il a paru dés le début quelques pages dans chaque livraison du
périodique. L'absence de toute ombre au tableau et de toute référence
bibliographique indique que le biographe a voulu se restreindre à une
ceuvre de pure vulgarisation. Une note exclusivement laudative se pergoit
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 373
de méme dans quelques chapitres spéciaux, que d'autres écrivains con-
sciencieux ont consacrés à la famille de S. Charles (1), à ses visites pasto-
rales, à son amour des pauvres, des malades et des pestiférés, à son influ-
ence dans les conclaves, qui a été fort exagérée, à son ardeur à promouvoir
l'oeuvre catéchétique du saint prétre Castellino da Castello, à ses relations
avec les souverains pontifes et quelques hauts personnages de son temps,
à son savoir théologique, à son éloquence : ici on aurait pu accentuer
l'éloge et le proclamer le plus grand orateur sacré parmi ses contemporains
d'Italie. Qu'il aimát le clergé régulier et qu'il en employát volontiers les
membres dans les ministéres variés de son diocése, le fait est par trop
patent; mais il n'est pas moins notoire,— pourquoi le dissimuler? — qu'entre
les supérieurs de ces religieux et le saint archevéque tout ne se passa point
toujours sans heurt. C'est ce dont font foi, entre autres, certaines lettres
de S. Philippe de Néri et de S. Frangois de Borgia, qui se conservent à
la bibliothéque Ambrosienne. Il advint méme que le pieux prélat se crut
obligé de retirer aux jésuites la direction de son grand séminaire. La prin-
cipale raison n'en fut pas, comme on aime à le répéter, le trop grand nom-:
bre de jeunes lévites qui sollicitaient leur admission dans la Compagnie
de Jésus, ce à quoi aurait pu aisément remédier le réglement encore en
vigueur au collége germanique de Rome, mais les importunités toujours
croissantes du zélé pasteur. Il réclamait sans cesse pour son service nos
meilleurs sujets et entendait les soustraire à l'obédience religieuse et en
disposer entiérement à sa guise. Cependant il n'était pas, comme on
semble le croire (p. 164), notre cardinal protecteur, pour la raison bien
simple que la Compagnie de Jésus n'en a jamais eu depuis la mort de son
fondateur. C'est sans doute encore par scrupule d'édification qu'on n'a
pas osé apprécier les réformes introduites par S. Charles dans la liturgie
ambrosienne. Toutes ces réformes en effet ne constituent pas un progrés ;
plusieurs méme méritent d'étre qualifiées de véritables bévues. L'auteur
responsable en fut un certain Pierre Galesini, librorum helluo, comme
s'exprime Silvio Antoniano, et qui avait fini par accaparer toute la con-
fiance du saint archevéque. Une note de Mgr Ratti (p. 384) l'appelle plus
justement un fatrassier manquant absolument de critique : au demeurant,
un esprit fantasque, au témoignage méme de son maitre. C'est peut-étre
la seule erreur que commit S. Charles dans le choix des hommes qu'il
attacha à son service. Il en est un surtout, que je voudrais voir figurer
dignement dans cette publication jubilaire, avant qu'elle prenne fin. C'est
Nicolas Ormaneto, Véronais de vieille roche, formé à l'école sévére de
Matteo Giberti et qui, aprés avoir travaillé avec éclat à la réforme de
Milan et de la Ville Éternelle, fut promu au siége épiscopal de Padoue
(x) A signaler paticuliérement l'article de M. Alex. Giulini sur un théme
demeuré obscur : Lo stemma dei Borromcei (p. 292).
374 BULLETIN
et s'en alla mourir nonce du saint-siége à Madrid. L'article qu'il convient
de lui dédier sera tout entier à l'honneur de S. Charles.
Quoi que fassent les heureux inspirateurs de ce magnifique recueil jubi-
laire, malgré de précieuses piéces inédites dont il est émaillé et qui lui
assurent sa place dans la littérature documentaire de la vie de S. Charles
Borromée, les faits et gestes du héros, tels qu'ils y sont exposés, préteront
toujours flanc à la censure d'Aristarques pointilleux. Mais il est un aspect
du volume qui lui vaudra de plaire à tout le monde indistinctement et de
vivre bien au delà des publications occasionnelles du méme genre : c'est
l'illustration historique. Par le choix et l'exécution des sujets, portraits,
médailles, fac-similés, tableaux, édifices publics et privés, par les commen-
taires artistiques et numismatiques qui encadrent et rehaussent ces repré-
sentations multiples, les collaborateurs du Sas Carlo Borromeo de 1910 ont
érigé à leur saint et illustre compatriote un snonumentum aere perenntus,
monument d'érudition, d'art, de critique et de bon goüt. Puisse la splen-
deur des fétes qui se préparent répondre à leurs talents et à leurs efforts !
Le livre de M. l'abbé Civati, qui semble 1a réédition d'un travail paru
en I884 en réponse à un injurieux pamphlet, rentre dans la catégorie
des ouvrages de vulgarisation populaire. C'est une biographie édifiante,
taillée sur un vieux patron: dans une premiére partie, on expose les
ceuvres ou la vie du saint ; dans la seconde, ses vertus. Le style est clair,
imagé, alerte, cà et là quelque peu agressif ; ce qui provient sans doute des
circonstances spéciales qui ont vu naitre la premiére ébauche. L'ensem-
ble forme un récit agréable et édifiant. L'intention de l'auteur étant de
se faire lire du peuple, comme l'indique le sous-titre de l'ouvrage, nous
osons lui promettre que son vceu sera pleinement exaucé.
L'article de R. P. Premoli renferme trois lettres de S. Charles Borromée
de 1582, par lesquelles le pieux cardinal prie le grand duc de Toscane,
le duc de Ferrare et le duc de Mantoue d'empécher deux gentilshommes
de leurs états de se battre en champ clos. Le duel eut lieu quand méme à
Florence et coüta la vie à l'un des deux adversaires.
Une lettre inédite du Baron Paul Sfondrati datée du 5 aoüt 1573 et
publiée dans l'Archtvto storico lombardo raconte le supplice des Fréres
Humiliés, qui attentérent aux jours de S. Charles Borromée.
Enfin, M. Ed. Wymann, qui s'est fait une spécialité de recueillir tout ce
qui peut jeter du jour sur les rapports des cantons suisses et de S. Charles
Borromée, publie une lettre inédite de l'illustre archevéque aux magistrats
d'Uri, au sujet de certaines cures à conférer dans la vallée de Bregno,
lettre pleine d'une aimable condescendance, et des extraits trés inté-
ressants de l'Jiinerarium Hierosolymitanum du prévót de Fribourg, Séba-
stien Werro. Auparavant déjà M. W. avait tiré du méme ouvrage des
détails fort instructifs sur Pie V et Grégoire XIII (méme revue, I, 219-223).
Car Werro, en se rendant en Palestine l'an 1581, passa par Rome et s'y
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 375
arréta une quinzaine de jours. Le pieux prévót était un pélerin trés averti.
Le récit de son voyage en Terre Sainte est parsemé d'observations fines et
curieuses. Quand donc un archiviste de la valeur de M. W. se résoudra-t-
il à publier in extenso, sans retouches et sans suppressions, un document
aussi précieux ? V. O.
PUBLICATIONS RÉCENTES
Plusieurs de ces travaux seront l'objet d'un compte rendu
dans un prochain numéro de la revue.
* ALESSANDRI (Sac. Paolo p!). Atti di S. Carlo riguardanti la Svizzera e i suoi
territorii. Locarno, tipografia artistica, 1909, in-8?, v1II-427 pp.
* ANCEL (D. René), O. S. B. Nonciatures de France. Nonciatures de Paul IV.
Tome Ir, Premiére partie. Paris, Gabalda, 1909, in-8o, cx-253 pp. (ARcHI-
VES DE L'HISTOIRE RELIGIEUSE DE LA FRANCE.)
* Bojawi (F. de). Innocent. XI. Sa correspondance avec ses nonces, 21. septembre
1676-31 décembre 1679. Rome, Desclée, 1g10, deux volumes in-8o, v1-712 et
V1-602 pp., portraits.
* CAMERLINCK (Le R. P.), O. P. Saint Léger, évéque d' Autun (616-678). Paris, Ga-
balda, 19ro, in-I2, XXI11-177 pp.
* CaNDorTI (P. Clemente), O. F. M. I! santuario della Madonna dei miracoli
presso Motta di Livenza. Motta di Livenza, Pezzutti, 1909, in-12, 290 pp., 3 ff.,
gravures. Avec un album oblong de 14 planches.
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Volume II. Via Appia, Ardecatina ed Aurclia. Koma, Locscher, 19ro, in-8»,
X1-562 pp., 3 planches, 124 gravures. L. 30.
La lettre de Valérius aux moines du Vierzo
sur la bienheureuse Aetheria.
Le récit du pélerinage en Terre sainte, publié pour la premiere fots par
M. Gamurrint sous le titre Sanctae Silviae Aquitanae peregrinatio
ad loca sancta, continue loujours d'attwer l'atiention des amateurs
d'ancienne littérature chrétienne. On sait que Dom Férotin est. arrivé à
identifier, à l'aide d'une. lettre du saint abbé Valérius, qui vivait. dans
la seconde moitié du VII* siécle en Galtce, son véritable auteur avec une
vierge appelée Aetheria ou. Egeria (1). En esqutissant. l'histoire. des
manuscrits contenant l'opuscule, i1 a été facile à Dom Wilmart (2) de
faire voir. que le titre traditionnel de celui-ct. était : Itinerarium Ae-
theriae (Eucheriae d'aprés Dom Wilmart) abbatissae. Les deux pre-
miers 1iots se lisent dans une charte de donatton de Celanova de 935,
et le titre tout entier nous a été conservé par trois catalogues de manus-
erits de Limoges, du XIII* siccle. Le nom de la pilertne, sa patrie
el la date à laquelle elle vécut, ont fat récemment l'objet. d'une étude
approfondie de M. Á. Meister (3). Sur les deux premiéres questions nous
aurons bientót à nous prononcer. Quant à la date du pélerinage, M.
Meister la place au commencement du VI* siécle. Quelque intéressante
que Soit. cette conclusion, qui semble solidement établie (4), nous mous
contenlerons de la signaler tct. Aussi bten, la question dott étre décidée à
l'aide de l'ITtüànerarium. [ut-méme et. n'entre donc pas dans le cadre de
noire travail.
La lettre de Valértus, adressée aux moines du Vierzo, contient
l'éloge de notre héroine et restera désormais unie au récit du pélerinage.
S4 nous nous sommes décidé à en donner une édilion critique, et à
reprendre en partie le travail déjà fait par Dom Férotin, nous y avons
élé surtout amené par (a découverte du manuscrit. de Toléde de 902,
(1' Le véritable auteur de la « Percgrinatio Silviae », la vierge espagnole Éthéria,
dans la REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES, t. LXXIV (1903), p. 367-97. —
(2) L' Itinerarium Eucheriae, dans la REVUE BÉNÉDICTINE, t. XXV, (1908), p. 458-
467. — (3) De Itinerario. Aetheriae abbatissae perperam nomine S. Silviae addicto,
dans RHEiNISCHES MUSEUM FüR PHILOLOGIE, 1909, p. 337-92. — (4) Elle a dejà
été acceptée par Dom Dr BnRuvNE. Revue Bénédictine, t. XXVI (1909), p. 483.
ANAL. BOLL. XXIX. 25
$78 LA LETTRE DE VALÉRIUS
que le savant bénédictin avait cherché en vain (x) el que tous ceux qui en
ont parlé aprés lut, considérent à tort comme perdu.
La tradition manuscrite, aujourd'hui en somme assez pauvre, était
pius abondante autrefois.
Il faut d'abord signaler. deux volumes découverts par Ambrosio de
Morales, lors de son voyage à l'ézlisz d'Oviedo (2) et. qui. contenatent
les auvres de Valérius. Il est probable qu'on y trouvait. ausst la
Vte d' Aetherta. Dom Férotin croit. pouvoir. identifier lV'un. d'eux. avec
l' Escurialensts a. II. 9 (3), dont 1l. sera question. bientót ; l'autre a
disparu.
Un troisiéóme manuscrit. est. celu de S. Millán de la Cogolla (A).
D'aprés Loewe-Hartel, 4l se conserverait. actuellement à la bibliothéque
de l'Académie d^ histotre de Madrid, n? 6 (4). Nous avions prié le R. P.
Frías de vouloir bien. l'examiner pour nous; mais il m'a pas pu. le
relrouver sous celle cole. Hartel en donne du reste une description
détaillée, qut su/ftra, on va le voir, pour le présent travail. Ce serait un
volume en écriture wisigothique du X* ou. XF siécle, comprenant 593
feutllets. Au folio 287" se lisait : Epistola de beatae eiheriae laude ;
mais le texte aurait disparu. Le manuscrit avait été connu par Nicolas
Antonio, d'aprés une communtcatton qui lut avait été fatte par. Antonio
Zapata y Aragón (5). Celui-ci. le croyait. écrit. par. S. Braultus et. dl
apportait en. preuve cette rubrique : Explicitus est liber iste a Brau-
lione, episcopo Caesaraugustano, era sescentessima septuagessima
quarta. L'erreur fut acceptée plus tard par Risco et Castro (6). Ntcolds
Antonio, esprit beaucoup plus critique, latsse à Zapata la responsabilité
de son assertion. De fait, toujours d'aprés Hartel, A serait de. trois
siécles postérieur. à l'évéque. de Saragosse, et dansla description. qu'il
en donne, cel explicit. n'apparatt nulle part. La. méprise de Zapata
frovient probablement de ces mots, intercalés par. un faussaire du XIIF
stécle au folio 286" ; Sub die pridie nonas aprilis luna nona decima,
era sexcentessima septuagessima quarta, Ioannes abbas est in
Sancto Emiliano. C'est précisément le temps, ou vivait. l'évéque de
Saragosse. Comme, d'autre part, le manuscrit contient quelques-uns. de
ses écrits, la combinaison de Zapata n'étatt pas difficile à faire.
Flórez parle aussi d'un codex de San Millán qui me contenait. des
auvres de Valérius que le traité De vana saeculi sapientia Jusqu'au
numéro 160 de son édition et. la premicre. révélation au. bienheureux
(1) L. c., p. 378, note. — (2) Viage de Ambrosio de Morales, por orden del Rey
Felipe IT, à los reinos de Leon y Galicia y principado de Asturias, édité par FLóREZ
(Madrid, 1765), p. 95-96. -- (3) L. c., p. 377, note 2a. — (4) Bibliotheca Patrum lats-
norum hispbanensis, t. I (Wien. 1887), p. 484-90. — (5) Bibliotheca hispana. vetus,
t. I, p. 376. — (6) R. BErRn, Haundschriftenschátze Sbaniens (Wien, 1894), p. 128.
SUR LA BIENHEURBUSE AETHERIA. . 379
Donadeus avec l'acrostiche (x). Ces données s'accordent parfaitement
avec noire manuscrit (fol. 209"-212"). Flórez ne dit rten de l'épitre en
l'honneur. d'Aetherta. Il peut se. faire qu'il. n'ait. pas vu lut-méme le
manuscrit ou, s'il l'a vu, qu'il n'aitpas remarqué le titre du folio 287".
Pourtant dans ce folto on trouve une tniéressante lable des chapitres :
Incipiunt capitula libri huius. Vita sanctae Constantinae virgi-
nis. Vita sanctae Mcelaniae. Vita sanctae Castissimae. Vita cuius-
dam sanctae virginis, quae (cod. qui) in extasin fuit scripta. Epi-
stola de beatae Eiheriae laude. Vita sanctae Pelagiae. Vita san-
ctae Mariae aegvptiae.
J usqu'tci toul est écrit par une matn du X* ou du XI* siécle. Le faus-
satre du. XIII* stécle a ajouté Vitae. sanctae Mariae virginis. Le
reste jusqu'à la fin est de la méme matn que le début, et le manuscrit fintt
brusquement dans la prenuére partie de la Vie de S'* Constantine.
Ces trois caractéristiques nous font songer. au manuscrit. a. II. 9, de
P Escurial (E). Il est du méme tems et se compose de deux parties, l'une
comprenant les folios 1-58, 133-140 en gros caracteres, l'autre les folios
59-152 écrits en plus petits caracteres par le notaire Tean, l'an 954. Ces
deux parties semblent, d'aprés le bibliothécaire actuel. de U'Escurtal, le
. R. P. G. Antolín, avoir apparienu à deux manuscrits. différents (2). Or
i| arrive précisément que. dans les feuillels 59-132 se rencontre. la méme
série de Vies dont. A nousa conservé l'index, sauf une Vita sanctae
Haeliae, qut se lit aux fol. 72-95 de E el n'a pas été marquée dans A ;
chose du reste facile à expliquer. dans la confection. d'une table des
chapitres. Mats ce qui est encore. beaucoup plus frappant, c'est que la Vite .
de S'* Constantia, qui dans l' Aemiltanensis finit brusquement au premier
livre, commence aussi dans E brusquement dans le méme lore. Il aurait
été intéressant de constater su lun finit. précisément là oii l'autre. com-
mence. Malheureusement, le codex A n'ayant pas pu étre retrouvé, 4l nous
a été impossible de coniróler. ce point. Il est hors de doute que le codex
Escurtalensis était au. XVI* siécle, lorsque forge de Beteta l'offrit à
Philippe IL, tel qu'il. est actuellement. La séparation des feuillets seratt
antérieure et, pour en déterminer la date avec ceriiude,1l faudrait étudier
[ lhüstotre et les péripéties des deux manuscrits avant le XVI siécle et les
comparer au. point de vue paléographique. Quot qu'il en sott, puisque la
lettre de Valérius a disparu de Ul Aemiltanensis, nous n'avions à signaler,
dans notre édition, que les trois. variantes que présente le titre. Nous les
avons prises daus Hartel.
Quant au manuscrit de l'Escurial, 4l a été décrit. plusieurs. fots et i
(1) Espaüa sagrada, t. XVI?*, no 52, p. 366. — (2) G. ANTOLÍN, Códice a. II. 9 de la
Biblioteca del Escorial (Madrid, 1909), pp. 18, 20 (— BorETIN DE LA REAL Aca-
DEMIA DE LA HISTORIA, t. LIV, pp. 117-18, 120).
380 LA LETTRE DE VALÉRIUS
est. inulile que nous y reventons (x). Rappelons simplement qu'il a. une
double numérotation, l'une à l'encre, qut. m'est pas compléte et porte sur
132 feuilleis seulement, les premiers n'étant pas numérotés ; l'autre au
crayon el récente, qui compte 141 foltos. La lettre de Valérius se t aux
fotos 108-110 de la premiere numérotation, 117-119 dela seconde.
Pour notre Lexte, nous nous servons de la reproduction fatte par dom
Férotin d'aprés une collation du R. P. G. Antolín.
Dans le monastére de Carracedo extstait un manuscrit. wistgothique
(O), utilisé par Flórez pour son. édition, d'apres la copte que lut avast
envoyée Fray Alonso Ambrosto (2). N1 l'original, n1 la copie ne nous ont
élé conservés. Une autre copie du. méme manuscrit avait. été. faite par
Ambrosio de Morales. C'est celle que le P., Cifuentes, btbltothécaiwe de
l' Escurtal, a reproduite, en notant une partie des legons par lesquelles elle
s'écarte du manuscrit E. et de lédition de. Flórez (3). Tat relevé les
vartanies d'aprós l'édition du. P. Cifuentes, qui semble rendre C assez
fidélement.
Un manuscrii de Silos (S), qui est maintenant à Parts ( Bibl. Nat.
lat. nouv. acq. 2178), renferme, f. 262"-264, la lettre de Valérius. Cet
exemplaire date du XI* siécle(4). — —
Nous avons encore à menitonner, dans l'histoire de ia tradition
manuscrile, l'édition princeps de la lettre de Valérius, publiée par Fran-
cisco Xavier Manuel de la Huerta y Vega (5) d'aprós un manuscrit que
l'auteur n' indique pas et que nous tácherons de délermtner bientót. Nous
powvons dés maintenant l.appeler H.
Venons en au manuscril de Tolàde de 902 (T). Il est maintenant à la
bibliothéque nationale de Madrid. On sait que plusieurs manuscrits
furent transportés du chapitre de Toléde à celte bibliothéque. Plus tard on
donna l'ordre de les rendre à Tolóde ; mats quelques-uns restérent. tou-
Jours à Madrid. Parmi ceux-ct se trouve le codex 10,25, anctennement
15,5, aujourd' hut n». 10007. Comme pour beaucoup d'autres manus-
cris, Harlel en a donné une description trs soignée (6). C'est un volume
de grand format, écrit. sur. deux colonnes en. écriture wistsothique et
comprenant 263 feuillets. Sur la. couverture une. nain récente. donne en
espagnol le contenu du codex, en indiquant. qu'il avatt. été copié par D.
juan Baut* Pérez. et que. daus la. méme. bibltothéque. extstatent deux
copies du manuscrit. Au folio 147" se rencontre cette notice, d'une main
(x) LoEwE-HARTEL, l. c., p. 19-21; FrnoriN,l. c., p. 377, note25; ANTOLÍN,
Códice..., p. 18 sqq. (— BorETtN, p. x17 sqq.). — (2) L. c. p. 324. — (3) Ambrosii
Morales opuscula historica, collectore annotatoreque Fr. Francisco Valerio
CiroNTANO, t. III (Matriti 1793), p. 154-59. — (4) Cf. L. DErvisrE, Mélangees de
paléographte ct de bibliographic (Paris, 1880), p. 85 ; Catal. Lat, Paris., t. III, p. 474.
— (5) Anales del reyno de Galicia, t. II. (Santiago, 1736), p. 379-81. — (6) L.c.,
p. 265-69.
SUR LA BIENHBUREUSE AETHERIA. 381
du IX* s1cle d'aprós Hartel, mais plutót du. X*, puisque le codex est de
902 : Hunc librum dedit domnus pe/////][] ti deo et ecclesiac e»
sanctae mariae sedis toletanae pro redemtione animae suae et
omnium parentorum suorum : in tali vero ratione ut nullus, nec
episcopus, nec clericus vel etiam laicus eundem librum ab eadem -
ecclesia auferat, sed semper ibi maneat. Au dernter. feiillet, 263,
on Ahi: Explicit liber in era DCCCCXL (— an. 902), regnante
domno adefonsum princeps, armentarius indignus et grave onus
peccatorum depressus scripsit, hora pro me sic inveniad re-
quiem animae tuae. Amen. La letire sur. Aetheria, se irouve aux
f- 298-225. Le reste du volume est rempli des Vies des Péres ortentaux
el par des ouvrages de Valértus. Le texte du manuscrit m'a étéremis par
le R. P. Frías, qui l'a cofié et collationné avec soin sur l'ortgtnal.
Flórez a eu entre les mains pour son édition une copte de ce manuscril,
faite par le P. Burrtel S. T. Elle est matnienant à la. Bibltothéque
nationale de Madrid (1). |
Il. existait encore au chapitre de Toléde un. autre manuscrit. du XII
Stécle, qui semble, d'aprós Flórez, n'avoir élé qu'une copte de celui de
902 ; il note, en effet, que dans tous les deux manquait la phrase : et
(Moyses) in eodem loco decidens dicitur ab angelis fuisse sepul-
tus (2).
De tout ce qui précéde 1l vésulte que, pour. élablir le texte, nous avons
les manuscrits TES, celui de Carracedo représenté par la copte d' Ambro-
sio de Morales publiée par. le P. Cifuentes, ek un autre encore. indéter-
miné (H), dont s'est servt Manuel de la Huerta y Vega pour son édition
princeps. Il nous importe donc de fixer leurs relations. Commencons bar
les manuscrits dont la date est. connue, T de 902 et E de 954. Nous
croyons pouvoir affirmer qu'ils sont indépendants l'un de l'autre.
D'abord, dans T. la lettre sur Aetherta n'est pas, comme dans E, au
yuilteu d'une série de Vies de saintes, mats parmi les ouvrages de Valé-
rius.
Une note caractéristique et. frabpbante cst la. différence dans l'ortho-
graphe. Tandisque T a conservé presque partout et multiplié sans. mesure
l'e cedillé (par ex. evehente), E au contraire l'a souvent supprimé. De
pius,
T écrit toujours : abitatio, abi-— E habitatio, habitare, habere
tare, abere
T holim, holeo, homnis, excepté | E olim, oleo, omnis
deux fots
(1) Cf. Colección de documentos inéditos para la. historia de Espana, t. XIII,
p.341. — (2) L.c., p. 348.
382
1 karitas les deux fots que s'y lit
ce 3noi
T magestas /es trois fois que s'y
trouve le mot,
T Egeria deux fots
T quur tzierrogatif
LA LETTRE DE VALÉRIUS
E une fois caritas, une autre fois
charitas
E maiestas
E eiheria e£ aiheria
E cur
Devant ces divergences, on seratt. lenté de conclure à l'indépendance
des manuscrits. Mats, aprés lout, un copiste habitué à l'orthographe pro-
pre à E a pu la rétablir mécaniquement.
Les variantes proprement dites fournissent, en faveur. de l'indépen-
dance des deux exemplaires, un argument beaucoup plus fort.
T
Quaeso... SANCTI ET DEo PLaA-
CITI FRATRES
heteria... MAGESTATIS DOMINI
OPITULANTE VIRTUTE... arTi-
puit iter
ceterisque desertis
esse conscripta
PBREGRINANDO proficiscens
unde benedictionibussanctorum
PLERUMQUE munita, et dulce
alimonia KARITATIS REFECTA
fons aquae vibe salientis IN
VITAM AETERNAM |
ista CiBO Dei refecta
toth montium INACCESSIBILI-
BUS... verticibus
quam gentium impiorum trucu-
lentissima atrocitas non per-
terruit, nisi omnem sul desi-
derii devotionem... usque in
finem PROPERAVIT
hic terrenum corpus terreno
onore macerabit, ut caelesti
domino caeliculam animam
innocuam PREPARARET
Sic nos debemus die noctuque
infatigzabiliter PREPARARE
REPPERIT
E.
Quaeso... SANCTIS ET DEO PLA-
CENTIS FRATRES
Etheria... MAIESTATIS OPITULA-
TIONE DOMINI VIRTUTE arri-
puit iter
caeterisque desertis REPPERIT-
QUE esse conscripta
PEREGRINATIONE proficiscens
unde benedictionibussanctorum
PLERIQUE munita, et dulce
alimonia CARITATE REFECTA
fons aque vivae salientis IN
VITA ETERNA
ista cIVOS Dei refecta
toht montium INCESSABILIBUS...
verticibus
quam gentium impiorum trucu-
lentissima atrocitas non per-
terruit, nisi omnem sui desi-
derii devotionem... usque in
finem PERPETRAVIT
hic terrenum corpus terreno
onere maccravit, ut celesti
domino celicolam | animam
innocuam REPARARET |
sic nos debemus die noctuque
infatigabiliter REPARARE
SUR LA BIENHBUREUSE AETHERIA. 383
Toutes les legons de T sont correctes, à l'exception de onore, tandis
que celles de E. sont fautives, excepté les deux vartantes onere, per-
petravit. Ce fait ne s'expliqueratt. pas suffisamment dans le caso E
seratt une copie de T ou d'un manuscrit de la famille T. On se trouveratt
alors en face d'un cofiste qui,toul en corrigeant assez habilement l'ortho-
graphe de T, aurait. altéré son lexte, en subsiituant. à de bonnes leqons
des fautes ou des contresens.
Une derniére preuve, sans doute la. plus déctstve, est. fournte par. les
omissions. E a omis et varias pulchritudines. D'autre part 11 contient
la phrase : etin eodem loco decidens (Moyses) dicitur ab angelis
fuisse sepultus, qui manque dans T. E n'a donc pas transcrit. cette
phrase de T, ni d'aucun autre manuscrit dérivant de celui-ci.
Cette conclusion est confirmée par l'examen. du manuscrit de. Silos.
S ne présente des vessemblances importantes avec T que dans les vartantes
karitatis, viror, e£ dans les mots: Sancti et deo placiti fratres.
Il reproduit en revanche toutes les fautes de E : Domini opitulatione
virtute, repperitque, sollicite, plerique, civos, audientis, iterum,
repararet. 77 conserve les legous peregrinatione,onere, tendunt, quis-
que, exultatione et laetitia, propres à E. Les mots monachorum, et
varias pulchritudines stanquent aussi dans S. Remarquons enfin que
la phrase et in eodem loco decidens (Moyses) dicitur ab angelis
fuisse sepultus se trouve dans le Silensts. Il est donc hors de doute que
ces deux manuscrits sont étroitement apparentés et représenlent une
famille lout à fait différente de celle de T.
Ce résultat est confirmé par l'examen du Carracedensts. Ce manuscrit
apparttent évidemment à la famille T. Pour s'en rendre comte, 4l sufftt
de rappeler que toutes les legons, qui. distinguent T de E, à savotr :
sancti et deo placiti fratres, maiestatis Domini opitulante virtute,
reperit, peregrinando, plerumque, exultationis laetitia, item
horum, honore, praepararet,pergunt,et varias pulchritudines, sos
scrupuleusement conservées par C, oii l'on conslate aussi l'omisston de:
et in eodem loco... sepultus. /4u reste, de méme que S a gardé
quelques ressemblances avec T, de méme C se rapproche de E dans les
variantes incessabilibus, perpetravit et dams les mots atque ignis
qui ont disparu dams T, ce qui prouve que ces manuscrits, quotque
appartenant à la méme famille, ne sont pas de simples copies les uns des
autres.
C'est surtout. le cas du manuscrit H utilisé bar Manuel de la Huerta
y Vega. Afrés avoir examtné le texte, on me peut pas douter. de sa
parenté avec T. Les preuves en sont les snémes que nous venons de donner
pour C. et il est tnutile de les répéter. On remarque néanmoins que H
s'écarte beaucoup plus de T que C. Outre les variantes 1ncessabilibus,
perpetravit, atque ignis, oz y Ii? huius montis qui, avec la suppres-
384 LA LETTRE DB VALÉRIUS
ston. des mots ardua proceritate... cacumen et surtout la phrase et
in eodem loco decidens (Moyses) dicitur ab angelis fuisse sepultus
H dérive donc de la méme famille que T, mats tl n'est pas une copte de
celui-ct.
En résumé, les manuscrils se divisent en deux familles, dont la sneil-
leure est représentée par CHT, l'autre par ES.
La lettrea été publiée plusieurs. fots, mats toutes les éditions sont
incomplétes. Il y a d'abord, mous l'avous. dit, l'édition de Manuel de
la Huerta y Vega (1), accompagnée d'une iraduction esbagnole (2).
P:is celle de Flórez dams l'Espaüna sagrada (3), reproduite par
Migne (4). Flórez n'a pas fatt usage du manuscrit E. Il. n'avait. à sa
disposition que les deux copies de CT mentionnées plus haut. Mais pour
T, doni nous possédons maintenant l'original, 1l a omis de relever des
variantes qui. ne manquent pas d'intérét. On en jugera par ces quelques
exemples : Incipit epistola de beatissimae Echeriae laude PY(7lorez)
item epistola beatissime egeriae laude T ; quaeso ut F quaeso et
T ; fortior virorum 7 fortioris viror 7; dulci alimonia claritatis
referta dulci alimonia karitatis refecta T. Nous avons parlé déjà
de l'édition donnée en 1736. par le P. Cifuentes (5). Dom Férottn,
dans son étude sur l'auteur de l' Itinerarium, a reproduit le manuscrit E,
en le corrigeant parfois à l'aide de CT d'aprés l'édition de Flórez (6).
Mats aprés la découverte de T, nous avons pu voir que quelques-unes des
lecons attribuées à ce manuscrit ne. s'y rencontrent pas. T n'a dans le
tliire ni incipit, nt de (p. 379, note 3) ; virtutum ze manque pas dans
T (p. 380, 2); fortior »'extste pas dans T, mats fortioris, et la legon
fortior, jugée par Dom Férotin comme la meilleure, n'a pas de sens
(380, 3) ; T donne sanctarum de méme que E (381, 5) ; EE n'est pas
le seul qui porte refecta -au lteu de referta, la méme legon se lrouve
aussi dans T (382, 8) ; T écrit aussi per singulis hisdem locis (386,5)
el. itinera, pas iter (386, 5) ;. T. porte enfin prevaleamus (588, 3).
Naguére le texte de Dom Férolin a été réédité, avec quelques petites cor-
reclions, par Geyer, dans l' Archiv für lateinische Lexikographie (7).
Le latin de la lettre est un peu barbare. On y rencontre... epistola...
conscripta fratrum Bergidensium monachorum (Zire), multarum
animarum... praebuit documentum (ch. 4), au lieu de fratribus etc.,
multis e£c. Une construction encore plus bizarre. se rencontre au ch. 1 :
Itaque dum olim almifica fidei CREPUNDIA lucifluaque sacrae
religionis immensa claritas huius occiduae plagae sera processione
tandem refulsisset EXTREMITAS. Dom Férotin et M. Geyer corrtgent:...
(1) L. c., p. 379-81. — (2) L. c., p. 73-75. — (3) L.c., p. 366-70. — (4) P. L.,
t. XXXVII, col. 421-26. — (5; L. c., p. 154-59. — (6) L. c., p. 379-88. — (7) T.XV
(1908), p. 240-45.
SUR LA BIENHEURBUSE AETHERIA. | 385
dum... crepundia PULLULARENT lucifluaque... claritas IN huius...
EXTREMITATE. Le toi pullularent a éié emprunlé à un texte parallele,
extrait. par S. Benoit d' Aniane d'un ouvrage de Valértus, aujourd'hui
perdu : Cum in. ista ultimae extremitatis occiduae partis confinia
rara videlicet'et exigua pullularent sacrae religionis crepundia (1).
Nous croyons qu'il n'est pas besoin de rien suppléer. Crepundia peut trés
bien. s'accorder avec refulsisset. On connait l'usage espagnol de trans-
former des neutres plurtels (bar. exemple vota, arma — boda, arma) en
féminins singuliers.Valérius lui-méme a emplové cette forme au singulier
dans son autobiographte... pro adipiscenda sacrae religionis crepun-
dia (2). La terminaison extremitas peut irs bien avoir. été inspirée par
l'assonance du mot. claritas. Quot qu'il. en. soit, cetle legon fauttve est
confirmée par une expresston parallile du méme Valérius dans la Vite de
S. Fructueux... Postquam antiqui mundi tenebras supernae verita-
tis nova inradiavit claritas... et huius occiduae plagae exigua
perluceret EXTREMITAS (3).
La question. du nom de la pélerine est. aussi en. quelque sorte une
question philologtique. On le renconire trois fots dans la letire, une fois
dans le titre et deux. fois dans le texte. C portait Echeria et Etheria
d'aprés F'lórez, Echeria seulement d'apres Cifuentes ; E donne Eiheria
Aetheria, Aiheria ; S e£ A Eiheria; T Egeria deux fots, Heteria
une fois ; H toujours Aetheria ; la charte de Celanova de 935. donne
Ingerarium Geriae, et les trois catalogues de Limoyes, du XIII siócle,
Itinerarium Egeriae abatissae.
Dom Férotin a adopté, comme plus probable, la lecture Etheria (4).
Le R. P. Bouvy a proposé celle d' Eucheria (5). Cette lecon, ad mise par
Dom Wilmart (6), cadrai trés bien. avec ce qu'on savatt alors de la
pilerine. D'aprés son réctt, elle appartient à une noble famille. D'autre
part, on la croyait espagnole el dc la derniére moitié du IV. stécle. Or,
précisément en. 381, dl y avait à. Constantinople un consul. d'origine
espagnole de la famille de Théodose, appelé Flavius Eucherius ; i1. sem-
blait donc tout naturel de faire de notre polerine um membre de sa famille.
Cette hypothése perd. ce point. d'appus si la. conclusion de M. Metster,
qui fait vivre. la pélerine au. commencement du. VI*. sicle, est vrate,
conune 1l semble. En lous cas, le nom Eucherta ne peut gué£re se réclamer
de la traditton manuscrite. L'unique. exemplaire qui se rapprocherait de
celle lecon, serait. celus. de Carracedo, oii on. lisait, dit-on, Echeria.
Malheureusement le manuscrit est perdu aujourd? hut et le renseignement
nous arrive par llórez et Cifuentes, lesquels n'avatent pas vu l'original,
(1) Espana sagrada, t. c., p. 388; P. L., t. c., col. 437,1. 36. — (a) P. L.,t. c.,
col. 439,1. a9. — (3)Ibid., col. 459, prologus. — (4) L.c., p. 378. — (5) Revue
Augustinicnne, 1903, p. 514. — 6) L.c., p. 463.
386 LA LETTRE DB VALÉRIUS
mais simplement les copies faites par. Fray Alonso Ambrosio. ei par
Ambrosto de Morales. Esi-4 zwmossible que ceux-ct, em coptant le
manuscrit, aient. changé l'i en c ? Notons encore que C portatt ausst,
d'apres Flórez, Etheria. Comme, d'autre part, le nom ne se rencontre
que deux fots dans le lexte et. une fois dans. le litre, la leqon Eucheria
serait représentée dans un seul codex et tout au plus deux fots.
Cette legon. présente de plus des difficultés pbhonétiques. D'aprés Dom
Wilmart, ia transformation se serait produite ainsi :Eucheria, E» cheria,
Echeria (1). Mats précisément le Carracedensits provient de l' Espagne,
oi la diphtongue eu s'est conservée jusqu'à nos jours aussi bien dans
l'écriture que. dans la prononctation (à comparer Euquerio, Eugenio,
Eulogio) (2). Nous me voyons pas non plus que le simple fait. que la
tradition (lire. une partie de la tradition) orthographtatt en. France el
en Espagne Egeria, suffise à expliquer ce changement (3).
Que les formes Egeria et Eiheria sotent des équivalents phonéttques,
C'est clatr. On sait que, dans le latin vulgatre, g devant e se transforme
souvent en i, el nous venons de votr que T écrit magestas, landisque E
a toujours maiestas. Donc 1l. ne nous reste que le choix enire la legon
Egeria-Eiheria et la legon Aetheria. Nous préférons cette dernicre.
Les raisons que nous en avons sont les mémes qui ont été déjà indiquées
par Dom Férotin et derniérement par M. Meister. D'abord, elle est paléo-
graphiquement bien fondée, puisqu'elle nous a été conservée par H et une
fois bar CET. On. explique facilement le changement du t en g. Dans le
latin vulgaire, on. permuta quelquefois ces deux lettres. Rappelons-nous
le titre de la charte de Celanova : Ingerarium Geriae. Valérius lui-
méme semble fasre une allusion au nom Aetheria dans cette phrase de
l'épitre; ut (Aetheria) ETHEREA hereditaret regna. Exfin, on cher-
cherail en. vain dans la littérature chrétienne le nom. de la nymphe
classique Egeria. Au contraire, M. Meister n'a pas eu beaucoup de peine
à trouver le nom Aetherius, Aetheria flusteurs fois dans les auteurs
chrétiens des VI* et VII. stécles, aussi bteu en. France qu'en Espagne(4).
Le nom est. orthographié dans EH avec ae et nous choistssons cette
forme, avec M. Meister, comme plus correcte.
Pour ce qui regarde la. patrie d'Aetheria, 11. faut enregistrer. ivots
opinions. La premiere la. plagait, avec M. Gamurrint, dans la Gaule
narbonnaise. Aprés la découverte de Dom Férotin, on. adimtt. avec lut
(1) L. c., p. 464. — (2) Cf. Cod. Escurial R. II. 18, saec. VIII, fol. 87 : « Incifst
opusculum sancti EvcHERII » (HARTEL, l. c., p. 134) : cod. Escurial. a. II. 3, saec.
X, fol. 75" : Epistola EvuLoar ; fol. 99*, Paule et EusrTocHiUM (HARTEL, l. c.,
p. 16) ; cod. Acad. Hist, Matr. saec. X, fol. 115Y : « incipit liber instructtonum beati
EuczEnR11 » (HARTEL, p. 500). — (3) Le « De mysteriis » dc S. Hilaire au Mont-Cas-
sth, dans REVUE BÉNÉDICTINE t. XXVII (1910), p. 19, note 2. — (4) L.. c., p. 340.
SUR LA BIENHEUREUSE AETHERIA. 387
qu'elle était du nord-ouest de l'Espagne, prés de l'océan. M. Meister
revtent. à la premióre opinion et Dlace son monastére à Arles ou à Mar-
seille. Nous ne sommes pas du méme avis et nous. croyons qu' Acthería
élatt née en Galice.
Pour que l'argumentation soil plus claire, nous grouperons ici de nou-
veau les témoignages. Il y en a quatre. en lout. Deux sont tirés de lItc-
néraire ; un autre d'un fragment du méme Ilinéraire, conservé par
Pierre. Diacre, et le quatrióme de l'épitre de Valérius.
L'évéque d' Édesse, s'adressant à la fólerwne, lui dit : Video te, filia,
gratia religionis tam magnum laborem tibi imposuisse ut de extre-
mis porro terris venires ad haec loca (1r). La portée géographique
de celle phrase a été déterminée par. Geyer à l'aide des textes paralléles
des auteurs latins. Elle peut. s'appliquer aussi bien à la France qu'à
l' Espagne ou à l' Angleterre (2).
Le second témoignage de l' Itinéraire est un peu plus précis. Aetherta
écrit aux saurs : Perveni ad fluvium Euphraten, de quo satis bene
scriptum est esse flumen magnum Eufraten et ingens et quasi
terribilis est ; ita enim decurrit habens impetum, sicut habet
fluvius Rodanus, nisi quod adhuc maior est Eufrates (3). Cetie
comparaison de l' Euphrate avec le Rhóne prouve qu'Aetheria connaissait
celut-ct ; elle prouve en. plus que ses seurs le connaissatent aussi. Mais
lorsque M. Meister en conclut. qu'elles le connatssatent parce qu'elles
vivaienl tout. prós de lui, il tire une conséquence qui m'est pas contenue,
au moins clairement, dans le texte. Celut-ct est susceptible d'une dosble
explicatton, proposée par Geyer. et. que M. Metster s'est pas arrivé à
exclure (4). Il est possible que, dans la partie du pélerinage aujourd'hui
perdue, Aetheria att donné une description du Rhóne, et alors la compa-
raison était. intelligible et. naturelle. Méme sans cela, 1l n'était. pas
difficile pour. ces seurs, dont l'érudatton esl louée par notre polerine, de
connaitre un fleuve, dont l'impétuosité étatt proverbiale. Il est appelé con-
stamment dans la. littérature latine praeceps, velox, ferox, gurges
Rhodani (5).
Le irotsióme témoignage est. un fragment de Pierre Diacre, extrait
de la partie de l' Itinéraire. qui n'existe plus aujourd'hui,: Mare autem
rubrum non ob hoc habet nomen, quia rubra est aqua aut turbu-
(1) GEvEn, Itinera Hierosolymitana (1897), p. 62,5.— (2) Tite Live (V,37) dit des
Celtes: £unc inusitato atque tnaudito. hoste ab Oceani. terrarumque. ultimis oris
bcllum cicnte. Cf. S. JéÉROME, ep. 121: Filtus meus Apodemtus, qui inlerpreta-
tionem. nominis sui, longa ad nos veniens navigatione, stgnavit el de occani Hitorc
atque ultimis Galliarum finibus Roma praeterita quaestvit Bethlehem, et S. AvuGus-
TIN, ep. 166, 2,qui dit d'Orosius : Qui ad nos ab ultima Hispania, id. est ab oceani
litore advenit . (ARcuiv, l. c., p. 2336). — (3) GEvER, Itinera hierosolymitana, p. 61,9.
— (4) L. c., p. 363. — (5) GEvER, Archiv, l. c., p. 236.
388 LA LETTRE DE VALÉRIUS
lenta, sed adeo est limpidus et perlustris et frigidus ac si mare
oceanus. Ibi elecessae nimii saporis et suavitatis sunt. Omne -
autem genus piscium in eodem mare sunt tanti saporis ut pisces
maris Italici... Corallum vero in eodem littore plurimum est, ipse
autem mare rubrum pars oceani est (1). D'afrés ce passage, Aetherta
ava:l savouré les poissons de cele mer italienne, dont l'identification
précise est assez difficile à faire. On peut admettre loutefots comme pro-
bable, avec M. Meister, qu'elle répond à celle que les italiens appelaient
mare Gallicum, c'est-à-dire la partie de la. Méditerranée qus batgne les
cótes de France. S'ensuit-il pour cela, commoe prétend M. Metster, que
les seurs connatssatent ausst par expérience ces potssons savoureux et par
conséquent que leur monastére devatt élre dans la Gaule narbonnatse? (2)
Avec le méme texte. et le méme raisonnement on pourrait prouver. que
leur monastére était tout. prés de l'océan. Aetherta et. ses seurs savatent
que l'océan était limpidus e£ perlustris et frigidus ; donc elles l'avatent
vu el connaissatent par expérience ses eaux froides ; donc leur monastére
devatt en élre tout proche.
Venous au témoignage de Valérius, de beaucoup le plus smportant :
Itaque dum olim almifica fidei catholicae crepundia, lucifluaque
sacrae religionis inmensa claritas huius occiduae plagae sera pro-
cessione tandem refulsisset extremitas, eadem beatissima... Aethe-
ria... inmensum totius orbis arripuit iter. Vers [a fin 11 dit : Quae
extremo occidui maris oceani litore exorta, Orienti facta est
cognita. Pour Dom Férotin, le second lexte précise ce qu'a d'un peu
vague le premier et indique clairement qu' Aetheria était née en Galice (3).
MM. Anglade et Geyer, tout en acceplant cette opinton, ont exprimé des
doutes sur. la portée de l'argument (4). Il. est. vraiment étonnant que
Valérius n'ait pas ajouté aux derniers mots le pronom déterminatif, hoc
ou huius, comme 11 l'a fait dans le texte qui nous. a été conservé par
S. Benoit. d'Aniane, cité plus haut. On pourrait se demander si cette
phrase ne dérive pas des paroles de l'évéque d' Éidesse. M. Meister. revient
de nouveau sur ces difficultés, et dl les juge d'autant plus fortes que,
dans le cas oii la péilerine serait née en Galtce, Valértus, st enthousiaste
des gloires de sa. elite. patrie, n'edt pas manqué de le faire vessortiw (5).
Ces objections enlóvent-elles leur force aux passages de l'épitre ? Nous
nous irouvons ici em face d'une expresston. géographique, dont 1l. faut
fixer la significatton el la. portée. Le recours aux paroles de S. Téróme
sur Apodemtus (6) nous semble hors de propos. Il oinet le snot extremus,
qui a, dans le témotgnage de Valérius, une importance capitale. Comme
d'ailleurs le pays oi S. Teróme écril, a une situation. lopographtque
(1) GEYER, /inera, p. 117, 17. — (2) L. c., p. 667. — (3) L. c., p. 387, note 2. —
(4) GEYER, Archiv, p. 239. — (5) L. c., p. 365. — (6) Cf. ci-dessus, p. 387, note 4.
SUR LA BIENHEUREUSE AETHERIA. 389
completement différente de. celle qu'a la Galice par rapport à la Gaule,
le parallétsme des deux passages n'est qu'apparent. La phrase de S.
Augustin sur Orosius (1) Jette un peu plus de lumiere sur la. question.
Ict, les deux difficultés qu'on peut faire valoir sur le lexie de S. Teróme,
sont considérablement diminuées par le seul fait que le nord de ' Afrique
est. beaucoup plus pris de/ la Gaule et de la Galtce e£ que sa. situation
topograbhique par rapport à ces deux pays est tout autre que celle de la
Palestine. Or il est évident que si le texte de S. Augustin prouve quelque
chose, t4. prouve que la phrase de Valértus sur la. patrie d' Aetherta dott
s'abpliquer à la Galice.
Laissons cependant de cóté ce lémoignage et táchons de saisir la pensée
de Valérius bar. d'autres moyens. Il est d'abord à noter que la phrase en
question n'est pas arbitraire chez Valérius ; elle a. bien plutót une stgni-
fication. fixe et. technique. C'est ce que prouvent le passage de la Vie de
S. Fructueux el le texte conservé par S. Benoit d' Antane, cités ci-dessus.
La Galtce y est présentée comme l'extremitas occiduae plagae. Cetíte
conception géographique répond du reste tris bien aux tdées des écrivawis
dont dépend Valérius. Il connaissatt les écrits de S. Isidore, son contem-
porain (2). Il a probablement connu ausst. le chronicon. Hydatii, écrit
au V* siccle en Galtce. En tout cas, les données géographiques d'Isidore
sur la Gaule et. U Espagne dans son historia Gothorum, Vandalo-
rum et Suevorum oz été empruntées en grande partite à la chronique
d'Idace. Valérius l'a donc connue au motus 1ndirectement, Or en suivant
année par année la narration des événements dans celte chronique, on
remarque que. lorsqu'on parle des Gaules en. général, on ne stnale
Jamais sa situation topographique par rapport à l'océan. Méme remarque
pour Narbonne et la Gaule. narbonnatise : Gothi Narbonam ingressi
vindemiae tempore (3). Pour PAquitaime, au. contrawe, on trouve
cette nolice : Gothi intermisso certamine quod agebant, per Con-
stantium ad Gallias revocati, sedes in Aquitania usque ad ocea-
num acceperunt. (4). Quant à la Galtce, les données sont. beaucoup
plus précises. Idace dit de lui-méme qu'il. est ut extremus . plagae, ita
extremus et vitae (5). J/ écrit : intra extremam universi orbis Gal-
laeciam (6). L'arrivée des Sucves en. Galice est racontée en ces lermes :
Gallaeciam Vandali occupant et Suevi, SITAM IN EXTREMITATE
OCEANI MARIS OCCIDUA (7).
Ces lextes mous permettent. de reconstruire les ddées géographiques
d' Idace autant qu'il est nécessaire pour notre question. Pour lui, c'était
(1) Cf. ibid. — (2) P. L.,t. LXXNXVII, col. 459, prologue. — (3) MG., Auct.
ant. t. XI, p. 18, n» 55. Cf. nos 57, 60, 92, 163, 176, 177, 186, 192, 193, 2to0, 217,
223, 237, 242.— 4) L. c., p. 19, 276. — (5) L. c., p. 13.— (6) L. c., p. 14. — (7) L. C.,
P. 18, 49.
390 LA LETTRE DE VALÉRIUS
l'Aquitaine, qui était située ad oceanum, pas la Gaule narbonnaise. Il.
est du reste clair que, pour un écrivain Gallego, la Gaule narbonnatse ne
touchawt pas. l'océan. On constate ausst que les mots in. extremitate
oceani, d'apres Idace, ne conviennent qu'à la Galice. Puisque. Valérius
avait la méme conception géographique qu'Idace, dont 1l dépend directe-
ment ou bar l'intermédiaire de S. Isidore, et puisque lui ausst était un
"Gallego et écrivatt en. Galice, l'expression dont il se sert pour $ndtquer
la pairie d'Aetheria, extremo occidui maris oceani litore exorta,
doit avoir la méme valeur que dans Idace et ne peut pas. se rapporter à la
Gaule narbonnaise. Cette conclusion ne sauratt. étre Yenversée. qu'en
jrouvant que cette expression dérive des mots de l'évéque d' Édesse et ren-
ferme une. exagération de. Valérius ;. mats jusqu'à. présent on m'a. rien
apporté de positif à ce. sujet. C'est. une simple conjecture, fondée, 1l. est
vrai, sur une certaine ressemblance des phrases. Mais n'oublions pas que
celle de Valérius est plus restreinte et précise ; n'oubltons pas surtout. que
c'est une phrase technique, dans le langage géographique de son temps et
de son pays, pour signaler la Galice.
Cette conclusion est. confirmée bar le premter texte : dum olim... On
ne comprend pas autrement la connexton de ces deux tdées, que Valérius
donne comme corrélatives : le voyage d' Aetheria d'un. cóté et, de l'autre,
l'état du christianisme en. Galice à ce temps-là.
Il nous reste à examiner. si les expressions de Valérius excluent ausst
la possibilité qu' Aetheria soit originatre de U Aquitaine. Au point de vue
plnlologtque, 4l n'y a pas de doute. Rien n'autorise à altérer leur signifi-
cation techniqne. On. pourrait peul-éitre songer à. la. combinaison
qu' Aetheria, née en Galice, aurait. habité un. monastére. d' Aquitaine et
aurait adressé sa relation à des seurs connaissant le. Rhóne « de visu ».
Le témotgnage de Valérius. conserveratt encore toute sa force. D'autre
part, on éliminerait ainsi tout à fait la difficulté créée par la comparatson
de l'Euphrate et du. Rhóne, au. sujet de. laquelle les solutions proposées
par M. Geyer ne tranquillisent. pas complétement l'esprit. Il. faut tout de
méme avouer que. cette. hypothése, bien qu'elle sott possible, ne saurait
étre boussée plus lom à l'atde des documents que mous possédons
aujourd'hui. Seule la découverte de la partieperdue du polerinage pourrait
donner la réponse définitive. M. Meister apporte encore, en faveur. de
sa thise, deux autres arguments qu'il nous faut examiner. bricvement. Il
ne croit pas qu'au commencement du VI sicle il y ait. eu en Galice des
monastéres de vierges. On connait la fácheuse situation du christianisme
dans celte contrée pendant la domination des Sucves. S. Isidore lut-móme
semble indiquer que ce fut S. Martin de Draga le premier qui. y tniro-
duisit la vie tmonastique vers l'an 550:« Ex Orientis partibus navigans
(Martinus) in Gallaeciam venit, ibique conversis ab ariana impie-
tate ad fidem catholicam Suevorum populis, regulam fidei et
SUR LA BIENHEUREUSE AETHERIA. 39I
sanctae religionis constituit, ecclesias confirmavit, MONASTERIA
CONDIDIT, copiosaque praecepta piae institutionis composuit. Flo-
ruit regnante Theudomiro (t 570) rege Suevorum temporibus illis, -
quibus Iustinianus in republica et Athanagildus (t 568) in Hispa-
niis imperium tenuerunt (r).
Cet argument ne tient pas. Ux Lexte d'Idace nous apprend qu'en 456,
c'est-à-dire en pleine dominatton suódve, il y avatt en Galice des monas-
léres de vierges consacrées à Dieu : Theodorico rege cum exercitu ad
Bracaram, extremam civitatem Gallaeciae, pertendente V. Kal.
Novembris die Dominico, etsi incruenta, fit tamen satis maesta et
lacrimabilis eiusdem direptio civitatis. Romanorum magna agitur
captivitas captivorum : sanctorum basilicae effractae, altaria sub-
lata atque confracta, viRGINES DEI EXIM QUIDEM ABDUCTAE, sed
integritate servata.... (2). Ces vierges consacrées à Diei: vivatent donc
en communaulé dans ces basiliques el prós des autels, d'ou elles furent
expulsées par les Suéves. Ce 1not. exim ne. laisse aucun doute sur cette
interprélation. |
Nous sonumes arrivé au. dernier argument. de. M. Metsier, tiré du
latin de VU Itinéraire. Il pense y trouver des traces du langage de la Gaule
narbonnaise. Nous m'allons pas sutvre dans le détail son exposé, car
nous sertons obligé de répéter ce qui a élé déjà dit. plusieurs fots. Remar-
quons simplement que les arguments de M. Meister n'ont pas fait avancer
de beaucoup la questton. Aux gallicismes signalés jusqu'ici : pullorum
cantus au lieu de gallorum cantus (3) e£ hostium, 4 »'a pu ajouter
que quelques mots dont voici les principaux : liberare dams le sens de
livrer, donner, ez frorencal liurar (f. 378) ; primus avec la stgnifi-
cation de praeclarus, subtilis, elegans (p. 379) ; sic au lteu de deinde
(b. 979) ; benedicens, qui rappelle la forme provencale benezir, ben-
dir (f. 382) ; l'emploi du génitif quadragesimarum septimanarum
sans le mot tempore (p. 583), du mot parvus au lieu de paucus(.374)
et de la prépositton ad avec l'accusatif à la place de in avec l'ablatif dans
les noms de lieux (p. 387).
Mais M. Meister reconnail. lut-méme que liberare, dass le sens de
dare, se rencontre ausst dans le latin d' Espagne, e* que sic à. la place
(1) MEIsTER,l. c., p. 35635; P. L., t. LXXXIII, col. x1oo, 35. — (2a) MG., Auct.
ant. t. XI, p.29, n9 174. — (3) GEvER, Archiv, t. c., p. 252; HAEREUS, ftbid.,
p- 549. Notons que Valérius dans son autobio;raphie emploie cette phrase : Cum
enim primi galli insonuisset canor, ce qui semblerait prouver que l'expression
pulli cantus n'était pas en usage en Espagne, au moins au VIIe siécle, puisque
Valérius connaissait l'expression par Aetheria.Celle-ci a pu l'apprendre en Aqui-
taine, au cas oü ellc aurait vécu dans un monastére de cette province. Il nous
parait peu probable que cette expression, si souvent répétée dans la narration,
dérive de l'Écriture sainte (Tobie, 8, x1).
392 LA LETTRE DE VALÉRIUS
de deinde »'apparttent pas exclusivement à la Gaule. Quadragesima-
rum... septimanarum fett étre une faute ou encore le résultat d'une
lacune : 1l faudrait suppléer tempore ou ieiunio, comme l'a conjecturé
Geyer. En tout cas, M. Metster lui-méme nous apprend que cette con-
siruction esl occitana ; donc pas spéctale à la Gaule narbonnatse. Cette
derniere remarque vaut ausst. pour le mot parvus au lieu de paucus.
L'usage de primus avec la significatton de praeclarus n'a rten d'extra-
ordinaire el. se trouve aussi dans le latin vulgatre des autres. régions
romaines. La forme benedicens, si elle n'est. pas une faute de copie,
peut. aussi. étre. aliribuée à un écrivatn. espagnol ; on. conserve encore
aujourd'hui dans celte langue les formes bendecir, bendice, bendi-
ciendo... Pour ce qui regarde l'emplot des prépositions, on sait qu'il fut
trop arbitratre dans tous les pays de langues romances, four qu'on putsse
en tirer un argumenti sür.
En revanche, 1l y a plusieurs hispanismes, relevés par Dom Férolin
ei par M. Anglade (x), que M. Meister n'a pas encore éclaircis. En voici
quelques-uns : tenere consuetudinem (— esp. tener costumbre) se
peut. pas étre. expliqué à l'aide. des phrases tenentes traditionem
seniorum ( Marc, 7, 3) etf aestimantes propositum se tenere ( Act.,
27, 3) ; dans aucun de ces textes n'apparaitt le mot consuetudo, qui est
ausst essentiel pour l'hisbantsime que le verbe tenere. Laissons de cóté le
particibe venitum (— esp. venido), /a. lecon. étant douteuse. Virgultas
accusatif féminin pluriel. appartient exclusivement à l'Esbagne. Meister
lui-móme avoue (p. 387) que plicare (esp. llegar), damus le sens de
s'approcher ne se rencontre que dans les glossatres espagnols, et dans le
dialecte basque. La construction habebat autem de eo loco ad mon-
tem Dei forsitan quatuor millia (p. 394) se rapproche singuliórement
de l'espagnol habia de aquel lugar al monte de Dios quizás cuatro
millas, Le verbe subire, qut se lit si souvent dans l' Itinéraire, avec la
signification d'ascendere, ae s'est conservé dans aucune langue romane,
sauf dans la langue espagnole... subire montem, in monte (— esf.
subir al monte). M. Meister, il est vrai, l'a trouvé une fois dans la
Vulgate avec le méme sens : Subiit ergo in montem, Iesus ( Toh. 6, 3).
Mats cet. exemple ne prouve pas beaucoup. Il s'agit de savoir si. ce mot
avec celte signification a. été aussi employé hors de l'Espagne, ou s'il est
propre à elle, e£ nous constatons ce dernier fait.
En résumé, les efforts de M. Meister pour placer la patrie d' Aetheria
dans la Gaule narbonnaise n'ont pas réusst, à ce qu'il nous semble. Reste
le iémotgnage de Valérius, quv. objectivement ne peut étre appliqué qu'à
la Galice, avec la combinatson possible qu' Aetherta, née. dans cette con-
tirée, aurait habité un monastóre d' Áquitatne.
(1) De latinitate libelli qui inscriptus est percgrinatio ad loca sancta, Paris, 1905.
SUR LA BIENHEUREUSE AETHERIA. 393
L'identilé d' Aetheria avec l'auteur de l' Itinéraire a été. établie par
Dom Férotin el. nous n'avons rien à ajouter à sa démonstration. Le con-
tenu de la lettre, le style, parfois méme les mots de Valérius sont en
parfait. accord avec la relation de la pilerine. Nous indiquerons, au bas
des pages de nolre édition, les endroits paralléles de lU Itinéraire (1), déjà
signalés en partze par Dom Pérotin, en partie par Geyer et. que nous
avons revus de nouveau el parfois complétés. Cela factitera la compa-
raison à ceux qui voudronl la faire par eux- mémes.
Oa. Zacharie GaAncia, S. I.
(1) Nous le citons d'apres l'édition de Geyer (— P).
Incipit' vita et* epistola de? beatissimae * Aetheriae "'
laude* conscripta fratrum Bergidensium" monachorum *a
Valerio conlata *.
1. Quaeso ! ut * intento corde pensetis, sancti et Deo placiti
5 fratres?, quanta sit exercitatio * operum diversorum praemia *
adispicendi regni caelorum 5. Dum fortissimorum ^ sanctorumque
' virorum? virtutum adtendimus * acta ?*, femineae !* fragilitatis
magis constantissima admiratur !! virtutis efficacia !?, sicut beatis-
simae Aetheriae '! cunctorum saecularium !5 fortioris '* viro-
Iorum '' eximia narrat storia '*.
Itaque dum olim !? almifica fidei catholicae *? crepundia *! luci-
fluaque sacrae ** religionis inmensa ?* claritas huius occiduae
plagae ** sera processione ?* tandem refulsisset extremitas **,
eadem ?! beatissima sanctimonialis Aetheria **, flamma *?* desiderii
Titre, — ! item T ; om. À. — ? (vita et) om. ACHST. — 35 in Cj; om.
EHST. — * beate A ; beatissime EST. — *eiherie AES ; echeriae C ; egeriae T.
— 6 audes C. — ? Bergendensium E ; Berginensium H. — * om. E ; (f. B. m.) ad
fratres Bergendenses corr. FÉROTIN ; fratribus Bergidensibus monachis; « fist
forte » consortio « excidit » GEYER. — ? collata H.
1. — ! queso ES. — * et T. — 5 (s. et D. p.) sanctis et D. placentis E ; placitis
sed. litt. s erasa. S. — * exercitio T. — 5 premia T. — * coelorum CH ; celorum
E. — ? fortissimum E. — * fortissimorum virorum sanctorumque CH.— ? atten-
dimus H.— ?* hacta S.— !9 feminae C. — !! sensu passivo notat GEYER.— !! effica-
tia H. — '? beatissime EST.— !* echeriae C ; eiheriae S ; egeriae T. — !5 secula-
rium EHST. — !6 fortior C; fortiosis E; fortiorum. H. — !?! viror ST. —!5 historia
CH. — '* holim T. — ?? catholice E. — ?! pullularent sup$/. GEYER. — ** sacre
EST. — ?3 immensa H. — ?* occidue plage E ; plage S. — ?5 praecissione H. — ?$
extrenuitas C; in huius occiduae plagae... extremitate scrzps. FÉROTIN et GEYER;
extremitati coni, MEisTER. — 'idem EST. — ?* echeria C ; etheria E ; eiheria
S ; heteria T. — ?? flama E.
ANAL. BOLL. XXIX. 26
594 LA LETTRE DE VALÉRIUS
gratiae divinae ?? succensz, maiestatis ?! Domini opitulante ?* vir-
tute, totis viribus 9 intrepido corde inmensum ?* totius orbis arri-
puit iter. Sicque ?* paulisper duce Domino gradiendo ?* pervenit ad
sacratissima ?? et desiderabilia ?* loca nativitatis, passionis et res-
surrectionis Domini (1) atque innumerabilium ?" sanctorum per
diversas provincias '* vel *! civitates corpora martyrum ** orationis
gratia (2) aedificationisque 9 peritia. Quanto plus sancto dogmate
indepta, tanto amplius inexplicabilis exaestuabat ** in corde ** eius
sancti *5 desiderii flamma *' (3).
Cuncta igitur Veteris ac ** Novi ** testamenti omni indagatione 5?
percurrens volumina (4) et quacumque ?! sanctorum ?* mirabilio-
rum loca in diversis mundi partibus 9, provinciis **, civitatibus,
montibus ceterisque ? desertis reperit ?* esse ?' conscripta, solli-
cita ?* expeditione, licet per multa annorum spatia (5) peregrinan-
do ?? proficiscens, tamen cuncta cum Dei *" iuvamine *! perlustrans,
tandem partes ** Orientis ingressa sanctorum summo cum deside-
rio Thebeorum 9 (6) visitans monachorum gloriosissima congrega-
tionum caenobia **, similiter et sancta anachorctarum *5* ergastula,
unde benedictionibus sanctorum plerumque ** munita et. dulce
alimonia caritatis * (7) refecta, ad cunctas ** se ** Aegypti "? con- 2
vertit provincias ! et omnes ?? antiquae ?? peregrinationis Srahe-
litici ** populi summa intentione perquirens habitationes ?* (8) sin-
gularumque "* provinciarum "" magnitudines, uberrimas fertilita-
9 gratie divine ST. — ?! magestatis ST. — ?? opitulatione D. E ; D. opitula-
tione S. — ?5 nisibus CES ; visceribus H. — 35** immensum H. — sic quae C.
— 3: gaudiendo C. — *?* sanctissima CH. — ** desiderauilia E ; desiderabile T.
— *! innumeravilium Iz. — * provintias C. —*! et H. — € martirum T. — * hae-
dificationisque E ; hedificationisque S. — ** aestuabat CH ; exestuabat ES;
extuabat T. — € corda H. — ** additum manu prima supra lineum S. — " flama
T.— "hac ST. — * nobi ET. — indignatione ; sed tt. n dcl., litt. a super
i scripta T. — ?! quaecumque CH. — * sanctarum ET ; sancta S, — ?* om. C. —
5! provintiis C. — 5*5 caeterisque CEH, — ?9 repperitque ES ;repperit T. — *
om. H. — ** solicita C ; sollicite ES. — ?? peregrinatione ES, — *' domini H. —
€! jubamine EST. — 5? parte codd. — ** 'Tehbeorum E. — ** coenobia CH ;
cenobia EST. — 9$ anachoritarum 'T. — ** plerique ES. — "*'* claritatis CH j
caritate E ; karitatis T. — 9* cunctis T. — *? oj. HT. — ??"egvpti ES. — *?! pro-
vintias C. — ?* homnis T. — ?» antique T. — 7* zt. h super scripta 'T 5 israletici
C;israelitici HS. — ?» habitationis H ; abitationes T. — 9 singulorumque C.
— 3! provintiarum CS. — ,
(1) Haec pars Itinerarii desideratur. — (2) P. 402. s. v. gratia in indice. — (3)
38, 30 ; 41, 10 ; 46, 26; 55, 26 ; 70, 10 ;. s. v. desiderare in indice. — (4) 40,7; 41,
23:42,3, 27; 47, 81: 51, 31: 52, 45 53, 35 57, 27 1 58, 5, 25 5 O1, 19, 28 5 65, 13, 68,
9 ; 70, 8. — (5) 60, 7. — (6) 49, 22; 50, 14; 100, I9. — (7) 40, 10, 19; 45, 16; 52, 25 ;
58, 15. — (8) 43, 26 ; 51, 15.
IO
I5
SUR LA BIENHEUREUSE AETHERIA. 395
tes "^ (1) atque "? perspicuas * urbiumque munitiones et varias
pulchritudines *!, per singula describens ** cunctarum venustissi-
mam laudem (2). |
2. Post haec ' sacraussimi * montis Domini, gratia orationis ?,
s desiderio denique inflammata *, egressionis filiorum Srahel ? ex
Aegypto sequens vestigia, ingressa est vastas solitudines et
diversa eremi * deserta (3) quae * ad singula Exodi '? libri declarat
historia !'! (4). Ubi Sraheliticus * populus triduo sitiens, ambulans
sine aqua atque ubi illis murmurantibus ex durissima petra eduxit
ro Dominus per Moysen '* inaestimabilem '*5 aquam et eorum fides
permansit ingrata; ibi in corde isuus Dominum '* sitientis
influit fons aquae vivae !* salientis in. vitam aeternam '*. Et ubi ??
multitudo illa esuriens ex *! dispensatione divina sancta ? de ??
caelo ** fluente percepit manna, insuper fastidiens Aegypti ?? exse-
I5 cranda ** quaesivit " alimenta ; ibi ista cibo ?* verbi Dei ?? refecta,
infatigabiliter (5) agens gratias Deo ?? (6), carpebat iter intrepida.
Illi autem crebro?! vocem Domini audientes ??, gratiam eius die ??
noctuque in columna nubis atque ignis ?* praecedere cernebant,
insuper ambigui retro redire (7) cogitabant; haec? evangelica
20 voce semel indepta, ad montem Domini procul dubio gaudens
properabat, nulla haesitatione "* detenta ??, Illi quadraginta dierum
spatio Movsen ?* cum lege Domini ?? non sustinentes, idolum "^. sibi
pro Deo fabricaverunt *' sculptile * ; haec 9 autem adventum
Domini post finem saeculi ** exspectans ** velut praesentem '*,
7* fertiles C. — ?? om. S. — '? praespicuas E ; prespicuas ST ; praecipuas corr.
GEVYER ; perspicuas scripsi cum CH et FÉROTIN. — *! (et v. p.) om. ES. — 9: discri-
bens T.
2. — ! hec S. — ? sanctissimi CH. — *horationis T ; orationis gratia CES. —
* inflamata T. — *Israel CH. — * egypto ES ; egvpti T. — 7? bastas T. — * hae-
remi C ; heremi S. — * que E. — '" exvodi T, sed litt, v. del. — !! storia ST. —
'? jsraeliticus CH, — '* ambulas C. — !* Moysem CH. — *'» inestimabilem E j
inextimabilem ST. — !* Deum S. — " sitiens S. — !^aque vive S; vibe T. —
I9» jn vita eterna E; in vita aeterna S, — ? hubi T. — *! om. T. — ?*? sanctum
CH. — ? dae S. — ?* coelo CH ; celo E. — *» om. T ; Egypti ES. — ?5 execranda
EST. — ? quesivit E; quesibit ST. quaesibit H. — ?* civos ES. — ?? divini H.
— 9! Domino C. — ?! crebo T. — ?* audientis ES. — ** diae S. — ** (a. i.) om. T.
— 5i hec E. — * hesitatione E ; esitatione S ; aesitatione. T. — ? detemta S j
detempta T. — ?* Moysem CH. — * legi Dei S ; Dei CT. — * idola CHT ;
ydolum S. — *! fabricaverant S, — ** scultile S; sculptilia C. — *5 hec E. — *
seculi EST. — *' spectans CH ; expectans ST. — ** presentem EST, —
(1) P. 47, 1; 50, 3 ; I15, 13. — (2) 44, X4. — (3) 402, S. v. heremus in indice. —
(4) 44--« — (5) 39, 15. — (6) 52, 2; 60, 4 ; 70, 23, 28. — (7) 47, 14-
396 LA LETTRE DE VALÉRIUS
attendens " ad montem sanctum Sina ** (1), unde eum speramus
in nubibus ** caeli ** suo tempore *! advenire, feminea ** fragilitate
oblita huius montis ardua« m^?» proceritate « m^» 9, cuius cacu-
men **, ad nubium altitudinem contiguum eminet 5? (2), infatigabili
gressu dextera divina sublevata ** pervolat (3). Sic ope divinae **
pietatis evehente ** ad eius saxei montis (4) sanctam ?? pervenit
summitatem (5), ubi ipsa divina maiestas *", omnipotens Deus,
dum beato Moysi sanctam *! praeberet ** legem, dignatus est habi-
tare 5 ; ubi cum omni exultationis laetitia ** inter crebra oratio-
num praeconia 55 salutares Deo ** obtulit hostias *' (6) et infinitas
gloriosae maiestati ** eius referens gratias ad visenda ulteriora **
processit.
Denique super quod universi paene ?? orbis terrarum lustravit ?!
confinia, etiam et "* aliorum similiter curavit ?* ingentissimo-
rum (7) conscendere cacumina montium, id est praecelsum ?*
montem Nabau (8), saepe "* dicti Sinae ?* similem "*, de cuius
summitatis?"* vertice beatus Moyses terram repromissionis est
intuitus et in eodem loco decidens dicitur ab angelis fuisse sepul-
tus??, alium supereminentem ** Faran *' valde procerrimum, in
cuius summitate ** erectis brachiis * oravit * Moyses pugnante **
populo, donec victoria fieret, nec non (9)' et immanissimi ** mon-
tis Thabor *' supercilium (ro), ubi Dominus cum Moyse ** et
Eliam *? discipulis glorificatus apparuit, atque alium eiusdem com-
parem *? valde ingentem, qui vocatur Hermon *! (1r), in quo se
IO
I5
20
Dominus ** cum discipulis suis reficere consuevit ?? aliumque valde 25
excelsum ?*', in quo Dominus discipulos ?? beatitudines docuit (12),
? adtendens ST. — 5? syna ST. — *? nuvibus H. — ** coeli CH ; celi E. — 5!
tempore suo ST.— 5? foeminea H. — 5» ardua proceritate AEST.— 5* (montis a.
p., c.c.) montis quousque ad C; montis qui usque ad H.— ?* contiguus H ; aeminet
T.— ** sublebata T.— 5? divine EST.— ** aevaehentae T. — *? om. E.—'? mages-
tas CT. — 5! secundam H. — $? preberet ET. — 9 abitare T. — 95 exultationc et
laetitia ES ; homni e. letitia T. — *? preconia ES. — ** domino H. — 9 ostias
T. — ** gloriose maiestatis ES ; magestatis T ; magestati C. — ** ultiora S ; alte-
riora T. — ? pene CEHS. — ?! lustrabit ST. — 7?? om. C. — "5 curabit ST. —
7* precelsum ES. — 7?» sepe EST. — ** sine CET ; svyne S. — 7 simile ES. —
75 sumitatis E. — 7? (et in... sepultus) om. CHT. — "" super inminentem S. —
8! Pharam CH ; Pharan S. — *? sumitate S. — 55 herectis braciis T. — ** orabit
ST. — ** pugnantem S. — 5*9 inmanissimi S. — *' Tabor CST. — ** Moysen T.
— * Elia CH. — * conparem S. — *! ermon CST, — ?? (se D.) sedens H. —
9*5 consuebit ST. — ?* excaelsum T. — *5 (suis... discipulos) om. CH. —
(1) P. 37, 7 : 39, a2. — (2) 38, 19. — (3) 39, 4-24 ; 40... — (4) 40, x1. — (5) 39, 21.
— (6) 40, 7; 56, a1. — (7) 37, 16. — (8) 50-55 5 53,9: 55, 12. — (9) 407.— (t0) 112,
22. — (11) III, 28. — (12) 113, 15.
SUR LA BIENHEUREUSE AETHERIA. 397
qui appellatur Eremus **5, et alium similiter altum montem ?' nimis,
qui ** dicitur mons Eliae ", in quo habitavit !'"" Elias propheta '!*!
et centum prophetae absconsi sunt (1), item '** horum '** similem
super !^* Hiericho !^5 imminentem '"* (2) similiter a Domino con-
5 Ssecratum ; quos cunctos pari praedestinatione !!" conscendens et
quia per singulis hisdem locis '** singula sanctarum ecclesiarum !*?
constructa sunt altaria, ubique cum gaudii exsultatione '!? et gra-
tiarum actione sua omnipotenti Deo ''! obtulit vota.
8. Igitur palam ! datur intelligi, quia, dum altitudinem regni
IOcaelorum ?*, consortium ? sanctarum * virginum in paradiso ?
deliciarum et praemia * gratiarum ardenti animo et totis visceri-
bus summoque desiderio impetrare " quaesivit *, tot * montium
infatigabiliter inaccessibilibus '* saltim inlata '! verticibus, opitu-
lante Domino,tam ingentis fastigii '* penuriam (3) ferventi * animo
I5]leviter tulit. Quis pensare poterit, quantus '* in corde eius riguerit
futuri iudicii timor, quantus dilectionis summae caritatis !'5 fluctua-
verit 5 amor " quantusque exarserit !? spei divinae '* ac ?? fidei
ferventissimus *' ardor, quam *?* totius mundi itinera ?? non quas-
savit **, maria procellosa ac *?* flumina ingentia (4) non conclusit,
20 montium immanitas ?$ diraque asperitas non imminuit ?', gentium
impiarum ?* truculentissima atrocitas (5) non perterruit, nisi
omnem ?? sui desiderii ?? devotionem, iuvante ?! Domino, usque in
finem inrevocabili ?* audacia procul dubio perpetravit 5? ? (6)
4. Ideo !, fratres dilectissimi, cur * non erubescimus qui viribus
?€ haeremus appellatur C ; heremus ST. — ?? om. CES. — ** quae S. —
Heliac S. — !*? habitabit S ; abitabit T. — 1?! Hel]ias prophete S ; prophete E.
— 1" iterum ES. — !'5 orum T, — !*^ per T ; om. H. — !"5 Ierico C ; Iericho E ;
Hyerico H ; iherico S ; hierico T. — !9* inminentem S. — ''? predestinatione
ET. — !** per singula eadem loca CH. — ''? aeclesiarum S 5 eclesiarum T. — -
!!9 exultatione EST. — !!! Domino S.
8. — ! pala ST. — ? coelorum CH ; celorum E. — ? consortiumque CH. —
* sacrarum C. — 5 paradvso H. — * premia EST. — ? inpetrare S. — 5 quesivit
E ; quesibit T. — ?toth E; thot S. — !? incessabilibus CEH. — !! illata H. —
!? fastigiis, sed litt. s erasa S ; fastidio T. — !* ferbenti S. — !* quantas T. —
!5 summe charitatis E ; summe karitatis ST. — !$ fluctuaberit ST. — !? timor C.
— 15! exurrexit T. — !? divinc EST. —.?? hac S. — ?! ferbentissimus S. — ?! quae
H. — ? iter C. — ?* quassabat E ; quassabit ST. — ?* hac S. — ?6 inmanitas S.—
*/! inminuit S. — 3?* impiorum codd. — *? hominem S. — * desiderii sui CH. —
3! jiubante ST. — ?? irrevocabili H. — 5 properabit T.
4. — ! In domino H. — ? quur T.
(1) P. r14, 2. — (2) 118, 32. — (3) 40, 11. — (4) 61,7. — (5) 70, 4; 116, 16. —
(6) 38, 30 ; 39, 20 ; 41, 10 ; 55, 26 ; 70, 10.
398 LA LETTRE DE VALÉRIUS
corporis et integritate salutis consistimus, mulierem patriarchae
Abrahae ? sanctum * complesse * exemplum, quae * femineum
fragilecim» * sexum * propter vitae aeternae praemium * sempi-
ternum in fortitudine produxit '* ut ferrum '! ? Quoniam, dum in
penuriis constrictionum '? calcat hunc * mundum, in requiem et. 5
gloriam !* exultationum " adepta est paradisum '*. Quae !" extremo
occidui maris oceani '* litore exorta !?* orienti facta est cognita.
Dum animae suae?" quaereret *! remedium, multarum anima-
rum?* sequendi Deum ?' mirabile ** praebuit ** documentum. Hic
requiem noluit habere ?**, ut ad sempiternam gloriam *? fiducialiter I0
cum palma victoriae ?* perveniret ; hic terrenum corpus terreno
onere ?? maceravit ??, ut caelesti ?!* Domino caelicolam ?* animam
innocuam praepararet ? ; hic se exercuit ?* ultronea ?* libertate
peregrinam ?5, ut in choro ?? sanctarum virginum cum gloriosa
caeli ?* regina, Domini genitrice ?? Maria, aetherea ** hereditaret 15
regna **,
Interdum, dilectissimi, qui * ultro nos vovimus * in religionis
habitu ** fideliter Domino deservire, ac 5 si non praevaleamus **
huius ineffabilis * exempli tantae ** feminae '* meritis aequi-
parando ** gratiam *' Domini ** promereri, tamen, quia multae 20
sunt viae * meritorum, quae ?* ad unam patriam ** pergunt **
regni caelorum *', in quantum, opitulante Domino, virtus substi-
terit ^, in laboribus, in vigiliis, in ieiuniis crebrisque orationibus
atque diverso regulari«/ s?» ?? officiositatis exercitio, sic nos debe-
mus die noctuque *? infatigabiliter praeparare * ab omnibusque 25
inlicitis ** voluptatibus et mundanis inlecebris *9* atque diversis
— 5 patriarche E ; patriarce Abraae S ; patriarcac T. — * semen H. —
5 complesse S. — 5 qui E. — ? foeminceum fragilem H ; fragile CEST. — *sexu
C. — ? vite eterne premium ES ; premium T. — !" perduxit H. — !! fertur H. —
12 ja corr. GEYER ; contrictionum codd. ; contritionum H e? FÉROoTIN, — !5 hic
ST, sed litt. 1erasa in T. — !5 gloria S ; gloriam T, sed [2tt. m del. — !? exultatio-
nem C. — !6 paradysum H. — ^ qui C ; que ES. —. !* occeani C. — !? litoris E ;
litoris exhorta S. — ?? anime sue E. — ?! quereret EST. — ?? multis animabus
H ; animis corr. GEYER. — ?* sequenti Deo T ; Dominum H. — ?** mirabilem ST.
— 135 prebuit ET. — ?*6abere T. — ? requiem CES, — ?* victorie ES, — 3? honore
CH ; onore T ; honere S. — *? macerabit ST. — 5! celesti E : coelesti CH. —
3* celicolam ES ; coelicolam CH ; caeliculam T. — 3*9 repararet ES ; prepararet
'T. — * exerevit C. — * ultimonia H. — 59 peregrinans H ; peregrinum T. —
3 coro ST. — 55 coeli CH ;celi E. — ? genctrice S.— 99 etherea codd. —*! reg//[na
S.:— *? quia CH. — * vobimus T. — ** abitu T. — 55 hac S. — !5 valemus C ; prae-
valemus H.— "*' inefabilis H. — ** tante EST. — *' femine ES. — *' equiparando
ES. — "! gratia E. — ** Domino S. — 55 multe vie EST. — 55 que E. — 550m. T.
— 5$ tendunt ES. — 7 coelorum CH ; celorum ET. — ** subsisterit CH ; subsi-
stere T. — 5? regulari CEH ; regulare ST. — *' nocteque CH. — *! preparare
T ;reparare ES. — *? illicitis CH. — $5 illaecebris C ; illecebris H. —
SUR LA BIENHEUREUSE AETHERIA. 399
;
flagitiis abstinere, ne forte, dum sub neglegentia ** hoc exiguum
temporis spatium expendimus, tunc 55, quando ** illa '* cum sanctis
virginibus illic ubi in hac vita ** pedibus peregrinavit ^, venienti ??
Domino clarificae ?! sanctitatis oleo flagrante "* lampade cumcete-
5ris ? sanctis in medio aere cum omni "* gaudio occurrerit, nos
quippe "5, quod absit, ianuis clausis, fuscatis lampadibus foras '*
exclusi atque nequiter abiecti ?? remaneamus et frustra introitum
vitae "* poscamus, qui adventum Domini cum ?* desidioso *? torpore
segniter exspectamus *!,
10 Reminiscamur ** Domini nostri verba dicentis : Ambulate, dum
lucem habetis **, ne lenebrae ** vos comprehendant *5 et ; Qui persevera-
veriL*5 usque tn finem, hic salvus *' erit. Quia qualis *" hinc quis *?
egreditur ?", talis ?! in iudicio praesentatur ??, ut recipiat unusquis-
que secundum opera sua. Finit. Explicit epistola de laude
Is Aetheriae virginis ".
9 necplegentia E. — 59 tum C ; tot H. — 5*6 quam H., — *' illam, sed m del. S.
— *'5 om, S. — *? peregrinabit T ; peregrinans H. — 7? veniente T. — 7! cla-
rifice EST. — 7? holeo T ; fraglante ET. — ?35 caeteris CH. — ?* homni T. —
7$ om. C. — 75$ foris ES. — 7?" ablecti T. — ?5 vite EST. — 7? dominicum T. —
9! desiderii C. — *!t expectamus EST. — ?! reminiscamus CH. — *5 abetis T. —
8 tenebre EST. — ** compraehendant C. — *6 perseveraberit S. — * salbus S. —
^" qualiter C. — ** quisque ES. — 9? agreditur C. — ?! taliter C. — ?? presenta-
tur EST. — ** (finit... virginis) om. CHT ; explicit epistola eiherie virginis S.
LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND.
Tout ce que l'on sait des vertus, de la science, de la sagesse de
gouvernement de S.Léon justifie pleinement le titre de grand, que
lui a décerné la postérité. Ce pontife exerca une forte et salutaire
influence sur l'Église universelle et de bonne heure l'Orient, aussi
bien que l'Occident, le rangea parmi les saints.
En 5:8, au concile de Constantinople, on demanda et on obtint
que le nom de S. Léon fut inscrit sur les diptyques au méme titre
que celui de S. Cyrille d'Alexandrie. Cette décision fut confirmée
par le concile cecuménique de 536, qui inséra dans ses actes (1) la
piéce rédigée en 518. Depuis lors, la mémoire de Léon ne cessa
d'étre en vénération chez les Grecs.
On regrette que quelque contemporain n'ait pas fixé les traits de
cette noble figure. Sans: doute, la chronique de Prosper, les
actes des conciles, et surtout les nombreux écrits de S. Léon
éclairent d'un jour suffisant la carriére publique de ce pape ; sur
sa naissance, son éducation, sa formation, nous ne sommes mal-
heureusement guére renseignés. L'his'oire ne s'est préoccupée
que du róle éclatant joué par Léon dans l'Église ; elle a laissé dans
l'ombre ce que nous aurions voulu savoir sur sa vie intime.
Le Liber pontificalis (2) se contente de dire que Léon naquit en
Tuscie et que son pére s'appelait Quintianus ; encore le
premier détail est-il loin d'étre sür ; la plupart des historiens pla-
cent le berceau de Léon à Rome méme.
Trouverions-nous par hasard sur ce pontife romain des ren-
seignements plus abondants chez les Bvzantins que chez les Occi-
dentaux ? De tous les ménologes grecs aujourd'hui dépouillés il
n'y en a qu'un seul, à notre connaissance. qui renferme une Vie
de S. Léon quelque peu développée : c'est l'addit. 36589 du British
Museum. Les ménées et les synaxaires ne parlent guére que de la
lutte de Léon contre Eutvchés et de la part prépondérante qu'il
prit, par ses légats, au concile de Chalcédoine.
Comme ces bréves notices ne dépendent pas de la Vie conservée
(1) HARDOurN, t. II, p. 1324 c (actio 53). — (2) Ed. DucHEsNE, t. I, p. 238.
LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND. 40I
au British Museum et trahissent néanmoins une origine com-
mune, il faut 'qu'une autre biographie ait eu cours. Il est méme
fort probable qu'elle existe encore ; voici en effet ce que nous
lisons dans le Zvva£opicTtg (1) de Nicodéme Hagioreitos : Tóv
éMnvixóv ToUTou Bíov Guvé[ppayev ó Meragpaóotrg, o0 f^ dpyn :
« Bovhogat, buyn(oac0o: », kai Ou Zerai. év. Tfj TOv" 'IBüpuv xai év
da. La méme note a été reproduite par Dukakis dans son
Mévag cuva£apic This (2). Une Vie de S. Léon se trouverait donc à
la bibliothéque du couvent d'Iviron et ailleurs encore. Nous
l'avons vainement cherchée dans le catalogue de Lambros.
Quoi qu'il en soit de l'existence de cette piéce, à en juger d'aprés
les résumés qui apparemment en dérivent, elle ne semble guére
plus riche en particularités que celle du ménologe de Londres,
dont nous devons parler plus dans le détail.
Voici en substance ce que nous y apprenons au sujet de Léon.
Ses parents avaient par leurs priéres et leurs larmes obtenu du
ciel la naissance de ce nouveau Samuel. Aprés leur mort, Léon se
retire au désert pour s!y préparer dans les austérités à la mission
qu'il remplira un jour. Au sortir de la solitude, l'ascéte sent le
besoin d'une haute culture intellectuelle ; c'est à l'école des Grecs
qu'il ira la chercher. Bientót le renom de sa sainteté attire les
foules, et sous ses pas les miracles se multiplient. Un concile l'élit
pape. Champion de l'orthodoxie, il défend la vraie foi contre les
attaques de Nestorius et d'Eutychés, et l'on voit sa sollicitude
s'étendre à toutes les églises. Pourtant l'envie se déchaíne contre
lui : excommunication, exil, mauvais traitements, tout est mis en
ceuvre, mais Léon tient téte à l'orage ; il dévoile les hérésiarques
Dioscore et Eutvchés, approuve le concile de Chalcédoine. Lors-
qu'il aura dépensé ce qui lui reste de vie à extirper les vices, une
mort bienheureuse viendra mettre fin à cette carriére si bien
remplie.
Le lecteur n'a pu manquer d'étre frappé par maint détail de
haute fantaisie dont est émaillé ce récit ; il se dira sans doute que,
si le biographe n'était guére mieux informé que nous, il était
assurément moins scrupuleux. Malgré tout, il peut y avoir quelque
intérét à déméler les traits dont se compose cette biographie, oü
nous découvrons certes plus de rhétorique que d'histoire.
(i) Zuvatapictüng Tv buübeka jnvüv ro0 éviauToO, 3* éd. (dv Zakxvv0u,
1868), t. II, p. 133. — . (4j 'Ev "A0nvaic, 1890, lévrier, p. 298.
402 LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND.
Ce qui frappe tout d'abord à la lecture, c'est le vague et l'impré-
cision de ces pages. Laissez de cóté Nestorius, Eutychés, Dios-
core, Chalcédoine, vous n'y lirez pas un nom de personne ou
de localité ; pas de date non plus. Par un procédé trop habituel,
lhagiographe a recours aux lieux communs pour combler les
lacunes de son information. Dans combien de Vies de saints ne
nous parle-t-on pas de parents dont l'union d'abord stérile n'est
bénie qu'aprés de longues années de priéres ? On se demande oü
notre biographe peut avoir puisé les détails sur la vie érémitique
de S. Léon (tr). A premiére vue on songerait à Moschos, qui, dans
son Pré spirituel (2), consacre quelques chapitres à Léon ; s'il ne
fait aucune allusion à son séjour au désert, il y parle, au moins
incidemment, de ses priéres, de ses jJeünes, de ses austérités. Je
serais plus porté à croire que le biographe s'est inspiré de ce qu'il
a lu dansla Vie des trois grands évéques cappadociens, Basile,
Grégoire et Chrysostome. Ces saints n'avaient-ils pas commencé
par s'exercer à la vie ascétique dans le désert, avant de jouer
leur róle dans l'Église ? La biographie, telle qu'elle nous est pré-
sentée, offre suffisamment d'analogies avec celle de S. Jean
Chrysostome pour que cette réminiscence, inconsciente peut-étre,
ne puisse parfaitement s'expliquer. |
Au sortir de la solitude, Léon s'adonne à l'étude de la théologie
et de l'Écriture. Que Léon ait été un esprit trés cultivé, ses écrits
le prouvent surabondamment ; on est plus étonné d'apprendre que
c'est dans l'empire d'Orient qu'il a été se former. Sans aller, avec
(1) Un auteur du XVII* siecle, J.-B. Guesnay S.J., dans une étude sur Cassien
(S. loannes Casstanus illustratus, Lgduni, 1652) rapporte (p. 126) que S. Léon
avait concu le projet de quitter le monde et de suivre Cassien dans la solitude.
Comme Guesnay ne cite aucune source, il est probab]e que ce détail ne mérite
pas plus de créance que d'autres dont Guesnay s'est fait crédulement l'écho.
On sait que Cassien dédia à S. Léon, encore avant son élévation au siége de
S. Pierre, un ouvrage contre Nestorius, Ce fut peut-étre ce qui donna à
Guesnay l'idée d'imaginer des relations plus étroites entre ces dcux personna-
gcs. Il ne parait pas vraisemblable que le biographe grec, dont l'information est
plus que pauvre, ait connu les rapports qui unissaient Cassien à Léon et en ait
inféré, à tant de siécles de distance, les mémes conclusions que l'auteur dont
nous venons dc parler. — — (2) P. G., t. LAXNXVII, p. 3012-13, c. 147 sq. Dans
ces chapitres est rapportée la légende d'apres laquelle S. Léon, avant d'envoyer
à Flavien sa fameuse épitre dogmatique, la déposa sur la tombe de S. Pierre,
demandant à l'apótre de vouloir bien corriger ce qui pourrait étre moins
exact. Cette anecdote, trés répandue, se retrouve dans les récits des synaxai-
res cta donc été une des sources dc la Vie dont ceux-ci dérivent. Du chap.
148, également consacré à Léon, dépend la notice d'Eulogius (Synax. Eccl. CP.,
P- 404).
LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND. 403
Tillemont, jusqu'à prétendre qu'il entendait peu ou point le grec(r),
il résulte des lettres (2) du saint qu'il n'écrivait pas cette langue ;
à plus d'une reprise nous le voyons demander à ses correspon-
dants, en particulier à Julien, évéque de Cos, de traduire ou de
faire traduire en grec les documents destinés à l'Orient. De ce
passage de la Vie on peut induire que l'auteur avait connaissance
de la traduction des lettres de Léon, et qu'il a peut-étre regardé
le texte grec de celles-ci comme l'original. On sait que bon nombre
de ces lettres eurent cours en Orient et que quelques-unes sc trou-
vent insérées dans les actes du concile de Chalcédoine. Dans leur
édition des ceuvres de S. Léon,les Ballerini ont TRDHE le texte grec
de 41 de ces lettres (3). |
Pourachever le portrait de Léon, on nous le montre comme
thaumaturge. I] ne fallait pas grand effort d'imagination pour
trouver les généralités qu'aligne notre auteur et qu'il regarde
comme le complément indispensable de toute vie de saint. On est
plus étonné d'apprendre que S. Léon a été nommé pape par un
concile.
(1) Tillemont (Mémotres, t. XV, p. 415) s'appuie sur la lettre I13 adressce par
Léon à Julien, évéque de Cos ; on y lit au ch. 4: « Gestorum synodalium, quae
omnibus diebus concilii 4 Chalcedonensi civitate confecta sunt, barum clara propter
linguae diversitatem apud nos habetur instructio. Et ideo fraternitati tuae spectaliter
intungo, ut in unum codicem universa factas congregari, in. latinum scilicet sermo-
nem absolutissima interpretatione translata, ut in. nulla parte actionum. dubitare
possimus, neque ullo modo esse possit ambiguum, quod. ad plenam intelligentiam te
fuerit studente perductum. Si on rapproche de ces lignes ce qu'écrit Léon aux
moines dc Palestine (cpist. 124, ch. 1): dum aut imperiti, ut apparet, interpretes, aut
maligni, quaedam vos aliter. intelligere, quam a me sunt. praedicata, fecerunt, non
valentes in. graecum eloqutum. apte et. proprie latina. iransferre, cum in rebus
subtilibus et dificilibus explicandis, vix sibi etiam in sua lingua dis-
putator quisque sufficiat, on peut trouver le jugement de Tillemont un
peu sévéere 5 lorsqu'il s'agit de concepts subtils, la lumiére ne saurait étre trop
grandc. D' Gillcdrs dans la lettre 113 Léon parle probablement de son entourage,
qui pouvait avoir quelque peine à comprendre le grec. Cette interprétation plus
bénigne s'impose, scmble-t-il, lorsqu'on mct en paralléle avecle passage cité
plus haut la lettre 133, ch. 9, oü nous voyons S. Proterius d'Alexandrie adres-
. ser à Léon une lettre écrite en grec: Transferre vero hanc epistolam in latinae
vocis cloquium non. satis cerlum esse putavimus, nc forte. graccizantes pottus apud
10s, fiec tam valentes haec diligenter exprimere, laederent veritatem. propter infor-
mem sermonem atque. incongruum, Il préfére envover l'original, de peur que les
traducteurs n'en modifient le sens. Léon semble donc connaitre suffisamment
le grec pour lelire. — (2) Cf. epist. 130, ch. 3 ; 131, ch. 1; de méme epist.
I13, ch. 4, cité dans la note précédente. — — (3) De ce nombre quelques-unes
sont écrites oar les correspondants de Léon. S. Leotits opcra (Venetiis 1753),
t. I, p. 559.
404. LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND.
Dans les pages consacrées à la carriére pontificale de Léon, on
a sous les pieds un terrain plus solide; l'auteur, un peu mieux
renseigné, décrit à grands traits la lutte de Léon contre l'hérésie.
Bien qu'il ne fasse pas mention explicite de la lettre dogmatique à
Flavien, les termes dont il se sert au chap. IV semblent montrer
qu'elle ne lui était pas tout à fait étrangére. Viennent ensuite les
épreuves du grand pape. Le concile ou plutót le brigandage
d'Éphése, comme l'histoire l'a nommé, n'est pas cité, mais il y est
clairement fait allusion. On n'est pas peu surpris de lire que l'exil,
les mauvais traitements, la déposition, qui furent le partage de
Flavien, de Théodoret etc., c.-à-d. des partisans de Léon, sont
censés avoir frappé le pontife romain lui-méme. C'est un fait avéré
que Dioscore a lancé contre lui l'anathéme (1) ; mais, pour tout le
reste,le biographe se met fort à l'aise avec l'histoire ; à le voir pris
en flagrant délit, on se rend compte de ses procédés par trop som-
maires. L'historien est plus exact lorsqu'il nous montre Léon
demeurant ferme au milieu de l'orage et continuant sa lutte contre
l'hérésie. Nous le voyons approuver de son autorité pontificale le
concile de Chalcédoine, et il se peut quele texte méme de la lettre
que Léon adressa aux Péres réunis (2) se soit trouvé sous les yeux
de l'auteur, qui ne ferait du reste que s'en inspirer. Aprés nous
avoir décrit ce que fit Léon pour la défense de la foi, il nous le
montre aux prises avec les vices. A-t-il lu les sermons de Léon ?
ceux-ci n'étaient pas traduits en grec, nous nous permettons d'en
douter. Rien n'empéche pourtant que la renommée de ce que le
pontife avait accompli sous ce rapport ne soit parvenue jusqu'à
lui.
Aprés la lecture de ce document, nous ne connaissons guére
mieux S. Léon ; au moins avons-nous pu saisir sur le vifle procédé
essentiellement superficiel de notre auteur, qui, sans se donner
beaucoup de mal, a tracé d'une plume assez alerte le portrait du
grand évéque de Rome.
Peut-étre méme nous trouvons-nous simplement en présence
d'un Bíog év cvvróuu, qu'un rédacteur aurait arrangé fort libre-
ment, en ayant au besoin recours à d'autres piéces. Les inexacti-
(1t) Nous en trouvons la preuve dans le « Libellus Theodori diaconi Alexan-
drini contra Dioscorum exhibitus » adressé au concile de Chalcédoine : oó0bév
fYnoduevog TO map'aUtoU kara ToO Tfjg óoiac xal é&viac uvrjunc; GAapiavoo
TOÀunOéÉv, éri ueiZov TÓ kakóv rpémerat * dkoivuvnoíav xarà roO &viwutdTou
xal óctu)rdrou dmootoAwo0 O0póvou tfjg ne[dÀng 'Páung rapaokeudcet...
(MaNsi, t. VI, col. 1009). — (2) Epist. 114.
e
nc PARENT re rem ECCE ger
LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND. 405
tudes et l'absence de détails caractéristiques s'expliqueraient
encore mieux de cette facon. Ce que nous savons du contenu du
manuscrit (1) n'est pas fait pour infirmer cette hypothése. Dans la
pénurie de documents qui concernent S. Léon, il n'était pas sans
intérét pourtant de mettre sous les yeux du lecteur la seule Vie
grecque un peu développée que nous eussions sur ce pape et d'exa-
miner la valeur des matériaux dont elle se compose.
Le manuscrit auquel nous empruntons notre texte semble d'ori-
gine italo-grecque et a été décrit ici méme (2). C'est un ménologe
de février, du XI-XII* siécle, écrit sur deux colonnes. La Vie de
S. Léon porte la date du 18 février et occupe les feuillets 134-135";
c'est à peine si cà et là il a fallu faire subir au texte quelques légée-
res retouches. V. D. V.
Bíog fjiTo: àO0XngGig; roO ócíou mratpóc nuuv f. 134.
Aéovrogc; máóma "Puuyng.
1. Emaiveroi uév rrávreg oi karà Oeóv róv ZijÀov kai róv ÉvOeov Prologus.
d(Uva érmibei£duevo, TÀéov bé TO émaiveróv kai pakápiov Éyov-
5 Owoiperà ToO Zhou xai trjv dÀá8eiav xivbuvebovgav ávactijcav-
Tec; kai TÓv eUgeffj xai óp80óv Aóvov moAXeuouUpuevov Tfj Ouupaxía ToO
Tiveuuarog iméprepov f|irTng arepracápevor* oic kai ueróáÀAa ÓgeíAerat
éra0Àla kai Tidi kai GTépavor xai TUv Tap fudv émaivuv TÓ
KàMMcTa. Kai oM og pgév Óó xpóvog ZnAutTüg Tfjg dGÀn0ciag dmé-
rIobei£ev kai dÀiov dÀÀm xu)pa TOV éauTfüg mpopallopévn éra[áerat
x«rpukxa, 'Püun bé mÀeiova tüv dàyaMMagiw kai TÓ kauynpga kékrm-
TO TÓV uéyav mpóebpov Aéovra Ümépuayov Tíg dÀnOecíag koi Tfjg
óp000ó0£o0u «TiOteug 7 màour(caoo *.
2. Toütov yàp ugTep Ti Qutóv eüYyevég ravrobamoig ékO0péyagca
I5KdMAegi kai ToU kKkAülvag ' rÀv áperüv ToAueibeig kai moik(Noug — f. x34".
au£caca ébeiev év koipi) TÓ Tpoo"kovri xapmóv wdpoiov xai
TpÓqQigov YTeupyoÜüvra Toig TépaOiv* Og xai ToO GuAAnyeug, Ug
1. — ! deest in cod. — | ? 1Àovticasa cod.
* $.— ' xAóvac cod.
(1) Notes sur un manuscrit du Musée Britannique, ANAL. BOLL., t. XXV, p. 495
sq. — (a)Ibid.
406 LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND.
ó TttàÀat Xapovn, ápyiepeog OcoO kai OUTq; ágpuopic To *, eüxfjc re kap-
Leo, piis pa- tÓóG; TOig aUTOÜU YevvríjropOtv év[vupiZzero vüxTup kai ge0' nué-
rentibus na- gay rÓó. elov ékArtapoügiv Kai vnoOTe(aig kai bókpugiv Tfjg dvubOev
PES Xóáptrog Tuxeiv ixereUouGiv * oig digmep ti à0Aov Tüg dpetüg xai
Tfg €UYevelag ayeubégrarov Tvüpicua ó O0aupacTóg dvamégnvev. s
Eme bé eUgefeía Tpaqévra xai bikato0Uvg omapyravuOévra, fjon
TUV Yvovéuv aUTOÜU Trpoc Tüc Ocíag Arn£ew perateOévruv, épnpog
adulescens €iye€ ToUTOV d[Uuvictiv igyupórarov, Tí bei xai Aéfew, Óca mpg
vitam in $0- kgkouxíav Tig capkóg épueAéroev, Omnhaiu (Umobüg OTevorátu)
Su dn de- col TOT uóvu xai Borávaig dypíoig Tpeqópevog xai roUTuv üma£ ro
Tfjg éBóoudbog peralaufgávuv Tog «üóroviav ToO gGupgaTog kai
Tpóg tv TüVv eUyUv Dbiakaprépnoiv dürmvov.
8. Ovtug roívuv Tí) karà Ocóv quocogía TmpoBaivuv xai rà
0cia ueherüv émiuóvug kai Tó. oupua id Tfjg TOM Mg éÉYykpareíag
vekpóv mpóc mücav érmi0uniav xoi xivngiv épyaZópevog éZWe kai rs
apud Grae- Àóyov TU piu cuvdbovra. Aid TOi Kai trjv éAÀnvikr]v maibeíav mot-
cos SaCraS bejerqi, moÀÀoig xoramukvügag éautóv émigT"uoig: éqgámreroi bé
xs SIN dàvópikutepov kai Tüc xa0 fjuüg reAeutüdtng xai àpíOtng moti5eíag,
TüJOav (pagrv raÀatdv Te Kai véav TU) Tajueiu Tfjg éavTOO wuyfic
OncaupíZuv: oig kai mpóg Uwyog O9eoloyíag Tóv voüv éavroÜU dve-20
BíBace xai t']|v YAuoocav rikovnuévnv uóxaipav é£eiprácaro tà vóOa'
óóYyuara kai rovnpà óiirkórroucav. ?
Eiusmiracu- 4. ffjg roivuv qrimng mavraxóO0ev bia0ceoUOnc, év raig drüvTUV
la. dkoaig óOwkouovro kai Tà éÉkeivou dvópavaOnuara * GuvéTpeyov
oUv tà TÀr80n éx máOng xuüpag kal móAeuc, véot re kai mpeopüroat 25
kai TuvaiKeg Tfjg éavrüv ékAavOavóuevoi ! do8evelag * koi trjv. míG-
Twv Tüvrec; eiGqépovreg; dÀÀog dAAnv Tv dipéAeigv— ékapmoÜvro *
f.135. Oi 9€ kai vógoig é|EeraZóuevor xai dMnbóci foMópnevot Gujuatoq
T mpocwyaUce uv TÓV Ékeívou xeipuv Tv eopugGTíav xai .t]v
dmaAÀa(rv Tiv vócuv éAágfavov. 30
Pontifex fac 9. Eme óé vónu Ociws xoi yngpu óp00b0zou Guvóbou Tolnv
tus, d£iog Tfjg Oclag kai punc ékkxAnoíag mpopégAnro, etlye pév mapau-
Tika ó Aófog tóv éautoU Günpayov, eye 56 xai f| aM0eia. tÓv
Tpootátnuv kai krpuka. Aiaviotatat Tolvuv TpOc faocueig oaiperi-
Covtac, éAéyxet, OpiauBeoer Tv dvoiav, OtnAhieUei. TÀ pruara, 35
? ápópioco ///] cod.
3. — ! vua cod. — ? biakórtovuoca cod.
4. — ! cioAavOavóuevat. cod.
LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LE GRAND. 407
Aóqouc éfypóqug ékríóng: brAnv ow)v Tv ón0ciav: bibácket
uíav uév émi XpigtoO oUcíav' xai qugei; buo TeAeíac? riuüv. xoi
Gégeo0awrrv kararojur]v Nearopíou uc Boelupàv? aüruOoüUpevog kai tr]V adversus
OU[yyugiv EütTuyoüg OuamTUUV dg dAoyov kai dvónrov- O0ev ug haereticos
5ék rU£(boc ToO TveUparog tfjg éavuToU kapbíag Aoyoypagei tr]|v aÀn- pugnat
0ciav * biaomeiper Trágatg Toig ToO OeoÜ0 ékkAnoíaiq 1Ó Kr'pu Yu o,
émagpingi TavTaxyo0 Tüg dOrpamüg Tí Ocíag óOibaokaMag, ToUG
TemAavnuévoug T7póc TÓ Tfjg 0eoyvuciag* qug érmi0TQégei é£a-
Aeíget Tfjg kapóíag auTUV TÀ Tovnp& Tfjg dceBetag óubdTpuara.
Io 8. Evre00ev movnpai YÀdGgGgoi kai Báckavor xarà To0 krjpukoq
Tfjg dÀnOciag ómAiZovra, Tavrobartüg tàg Tiuupiag xai érmrpeiag nec persecu-
éráYouciw, dmelaívouci O0póvou, ümepopíav karabikáZougiv, eipkroig tionibus
«di óeOuoig kai OTepnge rUüv dvaykaiuv xararmiéCcougiv. AX ó cr ur
uév Toig Bacávoig éri mÀéov GToguouuevog Oeppuórepov mTpOgc Tv
I5 dÀOciav biur[eípero * iO kai ypàqetr kai vouoOerei rà kaOrkovra
kai ToUG doxynfoUcg tüg oipégeug mpoónAug aroknpürtre,. EUruyXfi
kai Aió0kopov, kai TOv Ociuv mepigóAuv TóppuO0ev abToUg drme-
Àauvei, rà Ga0pà roUTUV Kai qpuravubn Ojd[nara TU) muUpi Tf
0coloYyou vAuocong dmoreppugcag:* ou góvov óé, dÀhà xai xeipa
20 Bon00ov óíbugci: Toig rarpáOiv, ürép TOU óÓn000 Aó[ou rrotoUpevoq
dYUva:kparüvuv rà év KaMynoóóvi ümOÓ Trg ToÀAuavOpurmou Guvó-
bou éxreOévra ópO0órTara ! bóyuara, karaAlaumpuvet TV oikougévnvy,
ópOug Baíiveiv ib GOket, ó1ba0kaMaig Tapatvel ákoAouOeiv ratépuy,
peuvetv. Tà kígónia xai vóOa Oróó[uara, ToUg karegOapuévoug f. 13s".
251T0014évagG Uc Aukoug ápmra[ag dmroctToéqeo0at.
7. OUtog roivuv ó Oaupácioc kai vükTup kai ueO' nuépav érau-
£dvuv tO mapdá Oco0 éyumigTeuOév aüTi' TaÀavrov, puOuiZer pév Postquam
ürav £00g dvOpimuv, maibeUei bé gpoveiv rà Tij yuyxij Guguqé- bonis mori-
povra kai Guvoicovra, tpogpri; éxBaAAei TO duerpov, Bábiopa rarei- omi
30 vóv ümortiOnci, xiTUVvoc tO dqoiuókouróv? re kai árugov * évi AórTu), s
Grma[et TOV ynivuv kai mpóc oopavov TOoUG aUTU) TeiO00uévoug kai
TOig ékeivou Tpómoig axolouOo0vrag peOlgtnaiv.
8. Eri 6€ xai abTOv éAefxOrivat ébei ávOpurtov Óvra, kai Trí] Tf]c
Quoeug qO9opà Urmokeiuevov, xpóvoig Ott mÀe(O0TOIg TOig kard
35O0€óv Tpómoig dfuvicáuevog kai raAaiguagiv, év yrnpa xau) Kkata- in senectute
bona
b. — ! in marg. alia manu. — * teAeiv cod. — 5 beAAupdv cod. — *Ocor-
v Gíag cod.
6. — ! óp8dvxata cod.
7. — ! ab16 cod. — * áp ókourrov cod.
quiescit.
408 LA VIE GRECQUE DE S. LÉON LB GRAND.
Aüet TÓv fíov, xepoiv dyréAuv Tv wuynv rapa0éuevog, óbUvnv xai
Aómnv dmopnpópnrov TO ibíu karolrrv mowiviu * 510 xai mepi TÓv
0póvov Tóv Ociov Güv Toig ópnoioig dOXntroig kai rarpdciv égíi-
OraTa, dÀ'krou eóppocuUvng kai Ouunbiag xoAMág éuqopouuevoc,
kai tv Tpiába. érorrreUet rpavórepov, fj; uerpiugc Tàg éugágetg kai 5
éyre00ev. memoutikev!. 'Hueig óé Toig eUyaig aü0To0 kara£iwOein-
uev Tfjg TUv oópavuüv Bacueiac, Xápirt ToO. uóvou Oeoó, (b mpéret
rüga bó£a, riu) koi mpocküvnoig gUv TU dvápyu aUTOO Yi xoi
TÀ Tava(ius xoi CZwomoup Tlveugan, vüv kai eig roug aidvag
TUV aiuvuv?, dun. IO
8. — ! vemAoUtnkev cod. — * aldóvu cod.
LA TRANSLATION DES
SS. ELEUTHERE, PONTIEN ET ANASTASE.
On sait de quelles obscurités est entourée l'histoire et méme la
légende de l'évéque S. Éleuthére martyr à Rome sous Adrien.
M. Pio Franchi de! Cavalieri a commencé à débrouiller quelque
peu l'écheveau, en éctablissant que la légende écrite est, d'origine
grecque ; quele texte primitif est la Passion BHG?. 568-570; que
la Passion latine BHL. 2451 est la traduction de cet original ; que
la Passion latine. BHL. 2450 est une autre traduction, qui serre
de moins prés le texte grec : il y a des raisons de croire qu'elle est
indépendante de BHL. 2451 et faite directement sur le grec ; mais
s'il fallait admettre une dépendance, DHL. 2451 devrait étre
considéré comme antérieur et BHL. 2450 comme un remaniement
et une amplification de la premiere recension latine (r1).
Sans parler d'autres détails, auxquels il n'y a pas lieu de nous
arréter, les trois textes, quoique paralléles et presque identiques
par ailleurs, présentent deux divergences caractéristiques. La
premiere porte sur le siége d'Eleuthére, que HL. 2450 ne
désigne pas, tandis que la Passion grecque fait de lui un évéque
d'Illyrie et BHL. 2451 un évéque de Troja [ORSIEDUSIBEME Aecae,
Aecana civitas), en Capitanate.
BHG?.568,ch.r : rporjfarev aütóv eig érigkorov xai éóukev auTÓV
év Tü lAAupikü, uerà. moAMüg Gmoubng airouuévuv Onovóti TUJV
éxeioe óvruv. Ch. 2. Tóre 'Aópiavóg émibnurngag tj Pun) fjxovoev
Tà KQGT QUTÓV... (2)
DHL. 2451: petentibus saepe. multis eum. episcopum. ordinari, 1n
Apuliam. civttatem. Hecanam destiiavit ; Dominus autem semper. erat
cin. LEleutherio. Tunc Adrianus imperator, Romam de partibus Orten-
tis advenit, audiensque Eleutherti famam... (3)
(1) Cf. Pio FRANcHI bE' CavartERt, 7 martirti di S. Teodoto e di S. Ariadne, con
ut, abpendtce sul testo originale del martirio di S. Eleuterto (Roma, 1901 — STUDI
E TEsTI, 6), p. 335 et suiv. — (alIbid., p. 150. — | (3) MowbnirTIUS, t. I, fol. 250.
Cf. Act, SS., April. t. II, p. 533, notea ; H. QuENTIN, Les martyrologes historiques
du moyen áge (Paris, 1908), p. 257, et la nouvelle édition de Mombritius par deux
moines de Solesmes (Paris, 1910), t..] p. 658.
ANAL. BOLL,. XXIX. 27
4io . LA TRANSLATION
BHL.2450, ch. 1: fecit. eum episcopum. Ch. 2. Tunc. Adrianus
wmperalor audtens haec... (1)
L'autre variante concerne l'endroit oà auraient été transférées
les reliques du saint. Autant les récits grec et latins sont d'accord
pour localiser à Rome son martyre et pour faire entendre que la
translation suivit de prés celui-ci, autant ils différent l'un de l'autre
quant au lieu dc la translation. Nous trouvons ici trois versions
opposées : ce serait l'Illyrie, d'aprés la Passion grecque ; Troja,
d'aprés la traduction BHL. 2451 ; Rieti, enfin, d'aprés la traduction
BHL. 2450.
Les deux premiers récits, donec, font retourner les restes du saint
dans l'église qu'il aurait gouvernée de son vivant; aucun docu-
ment antérieur n'atteste que S. Éleuthére ait été honoré, soit en
Illyrie, soit à Troja, et ces textes sont manifestement fabuleux et
pas bien anciens (2). Rieti est-il micux fondé à revendiquer
S. Éleuthére ? Il est permis de se le demander. Sans doute, cer-
tains auteurs modernes parlent d'un monastére de Saint-Éleuthére
qui aurait existé prés dela ville dés le temps de S. Grégoire le
Grand (3); mais quand on va aux sources, on constate qu'il est
simplement question d'un monasterium iuxta Reatinae. urbis moenia
constitutum (4), sans que le nom du patron soit mentionné, Gré-
goire le Grand raconte une vision dont fut gratifió l'évéque de
Rieti Probus (VI* siécle) et dans laquelle lui étaient apparus
sanclus Iuvenalis et. sanctus. Eleutherius martyres (5). Enfin, un acte
de l'année 747 nous montre le roi Luitprand (t 744) passant par un
endroit appelé Ad sanctum Heleutherumn et situé vraisemblablement
pas bien loin de Rieti (6). Mais, méme en admettant qu'il s'agisse
dans ces documents de l'évéque martyr qut nous occupe, ils prou-
vent tout au plus que S. Eleuthére était honoré dans le diocése de
Rieti à une époque reculée. Ses restes v avaient-ils été transportés
ou bien le culte dont il était l'objet a-t-il fourni aux gens du pays
l'occasion d'imaginer une translation, telle que la rapporte le
(1) Act. $S., t. c., p. 530. — (2a) L'original grec, d'aprés M. P. Franchi, n'est
guére antérieur au V*siécle, — — (5) C£. P.Il&EuR, Aegesta pontzicum Romanorum.
Italia pontificia, t. IV (1909), p. 2r. L'auteur s'en réiére à Avo. LuniN, Abbatia-
rum Italiac brevis notitia Komae, 1693), p. 320, et à un article de V. Boscur, Di
un antico cimitero in. Rieti presso 6 corpi de? ss. martiri Elzuterio ed Anzia, dans
BoLLETTINO DELLA REGIA DEPUTAZIONE DI STORIA PATRIA PER L'UMBRIA, t. VIII
(1902), p. 1-28 ; cc dernier montre plus d'érudition que d'esprit critique. —
(41 GRÉGOIRE LE GRAND, Hom. bi cvang.,l. II, hom. 35, ch. 8 (P. L., t. LXXVI,
col. 1263. — (5) In, Dial. 1. IV, ch. 12 (P. L , t. LNNVII, col. 340). — (6) Cf.
I. Gionot e U. Barzaet, II Regesto di Farfa, t. II (1879), p. 41.
DES SS. ÉLEUTHÉRE, PONTIEN ET ANASTASE. 411
texte, assurément peu ancien, de la version BHL. 2450 ? Il nous
suffit de poser la question et nous n'avons pas l'intention de nous
attarder à un probléme dont les éléments sont forts obscurs.
Le cas de Troja est moins clair encore. Car, chose singuliére, on
semble y avoir totalement perdu de vue la «tradition » d'aprés
laquelle le saint, aussitót aprés son martyre, aurait été rapporté
dans sa ville épiscopale. L'étrange récit que nous publions ci-aprés
nous fait, en effet, assister à une translation des reliques de S.
Éleuthére à Troja en l'an 1104. L'auteur, Roffredus, préchantre de
cette église, n'écrivait pas fort longtemps aprés l'événement ; car
son ouvrage "nous est parvenu dans un manuscrit du XII* siécle.
Il est malaisé d'étre plus précis ou, du moins, plus affirmatif. Car
Roffredus n'insinue aucunement qu'il ait assisté à la translation,
et s'il déclare avoir vu quelques-uns des miracles qu'il raconte
dans la suite (1), il n'indique pas bien clairement de quels miracles
il a été témoin. On serait tiré de l'incertitude s'il était possible
d'identifier l'évéque Guillaume auquel Roffredus a dédié son opus-
cule. Mais, comme nous le verrons (2), il y a eu à Troja, au cours
du XII* siécle, quatre évéques de ce nom et l'ona vraiment, dans
toute la force du terme, l'embarras du choix.
. Le récit est bien singulier. Il s'agit de la translation à Troja de
S. Éleuthére — l'auteur l'appelle Euletherius — l'évéque de Troja,
de S. Pontien pape et d'un confesseur nommé Anastase. Il n'y a
rien de spécial à dire sur ce dernier. Le pape S. Pontien avait été
enseveli au cimetiére de Calliste (3), oà l'on vient de retrouver
son épitaphe (4), et aucun document authentique ne parle d'un
transfert quelconque de ses reliques. Quant à S. Éleuthére, nous
avons vu que la Passion. BHL. 2451, d'origine « troyenne » assu-
rément et sans aucun doute antérieure au. XII* siécle (5), fait
reporter à Troja, aussitót aprés le martyre, les restes sacrés du
saint, et personne depuis lors n'a raconté comme quoi ils auraient
été transtérés ailleurs. Et cependant c'est assez loin de Troja
qu'on va les chercher, les enlever, pour tout dire ; non pas en
Illyrie, ni à Rieti, mais au monastére de Saint-Éleuthére, distant
d'un mille a civitate Tibera. Cette « cité » qu'on a, bien à tort,
(1i) Fin du ch. 13. — (2) Voir ci-aprés, p. 416, note 1. — (3) Léber pontificalis
(éd. DucuEsNE, t. I, p. 145). — (4) Cf. R. KANZLER, dans Nuovo Bullettino di
archeologia cristiana, t. XV !1909), p. 118 ; J. WirPEnT, Dic Papstgráber und die
Cáciltengruft (Freiburg im Br., 1909), p. 2:3. — (5) Il suffira de signaler, parmi
beaucoup d'autres, les manuscrits de Turin D. V. 5, du VIII*/IX* siécle ; F. III.
I6, du X* siécle; de Paris Bibl. Nat. lat. nouv. acq. 2179, du XI« siecle ; le Vatie
canus 78to, du XI* siecle, etc.
412 LA TRANSLATION
identifiée avec Tivoli, Tibur (x), n'est autre que Tivera, localité
du diocese de Velletri non loin de Ninfa et de Norba (2), et préci-
sément un privilége d'Hugues évéque d'Ostie et Velletri (3), daté
de 1154, mentionne un 7nozasterium Sancit Eleutheri situé dans ces
parages (4) et pour lors abandonné depuis des années (5) ; et ce
dernier détail ne concorde vraiment pas mal, comme nous le ver-
rons, avec le récit de Roffredus.
D'oü les reliques avaient.elles été apportées au monastére de
Saint.Éleuthére ? Roffredus n'en dit rien. D'autre part, des
inscriptions qu'on dit avoir été lues sur le reliquaire de Troja,
viennent non pas éclaircir, mais plutót embrouiller davantage
l'affare. Dans un « Chronici Troiani fragmentum » publié par
Pelliccia, aprés un trés court . résumé de l'opuscule de Roffredus,
on trouve ceci: Hoc erat scriptum in latere. sepulchri : EGo PERI-
SENTIA PEREGRINA CUM GaIO ET ÁURELIO MARITO MEO INVE-
NIMUS CORPORA SANTOR. EULECTERII EPISCOPI ET PoNTIANI PP.
IUXTA VIAM FRAMINEAM IN LOCO V..... (60) La fin manque dans ce
document ; l'inscription entiére, et un peu moins incorrecte, a été
publiée naguére par Stefanelli (7), qui ne dit pas d'oü illa tire:
Eco PERISSENA CUM GaAlISO ET ÁURELIO MARITO MEO INVENIMUS
CORPORA SANCTORUM ELEUTERII EPISCOPI, PONTIANI PAPAE ET
ANASTASII LEVITAE, IUXTA VIAM FLAMINIAM IN LOCO QUI DICITUR
PALATIUM. TULIMUS EOS INDE ET POSUIMUS IN DOMO S. IOANNIS
BAPTISTAE, QUAE EST IUXTA CIVITATEM TYBERAM MILLIARIO UNO.
Outre cette inscription, placée «sul frontespizio dell' urna mar-
morea in cul rinchiusero l'urnetta delle ossa », Stefanellr en
(1) PaPEBROCH, dans Act. SS., t. c., p. 538-39, num. 41, 42; V. STEFANELLI,
Memorie storiche della città di Troia (Napoli, 1879), p. B3 et suiv. — (2) Cf. AI.
Bonis, Istoria della chiesa € città di Velletrz (Noccra, 1723), pp. 74-75, 286 j
KEHR, op. c., t. IEL(t907), p. 108. — (3) DokaiA, t. c, p. 232-33 ; cf. IZ. STEVEN-
SON, Documenti dell? archivio della cattedrale di Velletri, dans l'ARCHIVIO DELLA
R. Soci&TA ROMANA DI STORIA PATRIA, t. XII (1389), p. 107-8. — (4) Cf. BonGta,
t. c.,, p.234. — (5) Practerca monasterium Sancti Eleuthert, quod nec per me nec per
anlecessores meos a XL (XV Stevenson) annis ordtnart. potuit, amo inter manus
jredeczssorum nostrorum. redactum est in solitudinem, possessiones dirutae, molen-
dina diruta, ita quod nec etiam personam invenire pot C u»erimus ut ibi habitaret...
— (6) De christianae ecclesiae... politia, tomi III pars I (Bassani, 1782], p. 345; id.
ed. I. W. I. BRAUNIUS, t. II (Coloniae ad Rhenum, 1838), p. 281 ; Kaccolta di varie
croniche,... appartenenti alla storia del regno di. Napoli, t. V (Napoli, 1782), p. I31.
Dans sa courte préface à l'édition du fragment en question, Pelliccia dit qu'il le
publie d'apres une copie faite par Jean-Frangois de Rossi, lequel l'avait pris
d'un manuscrit sur parchemin. L'cditeur promet de disserter, dans sa Neapolt-
tana bibliotheca, sur la date et l'authenticité de la chronique ; mais de la Neapo-
htana bibliotheca, il n'a jamais paru, sauf erreur, que le prospectus, publié en
17;8. — (7) Op. c., p. 84.
-
DES SS. ÉLEUTHÉRE, PONTIEN ET ANASTASE. 413
transcrit une seconde (r) qu'on avait mise «sul chiusino dell!
urnetta » : HiC REQUIESCUNT CORPORA SANCTORUM ELBUTERII ET
PONTIANI PONTIFICUM ET ANASTASII LEVITAE, TEMPORE LEONIS
TERTII INVENTA. De quand date la chronique ? de quand les
inscriptions? Les éléments nous manquent pour le déterminer,
méme approximativement. Certes, les derniers mots de la seconde
inscription ne permettent pas de penser qu'elle date de l'époque
de l'invention dont il s'agit, c'est-à-dire du commencement du IX*
siécle. Mais il est bien possible que toutes deux soient beaucoup
plus récentes, et ce sont des témoins peu sürs.
Avant d'arriver au récit de Roffredus et pour en finir avec les
versions opposées qui compliquent si extraordinairement l'histoire
des reliques de S. Éleuthére, rappelons que, contrairement à
l'affirmation de Roffredus, les reliques des SS. Éleuthére et Pon-
tien — on ne parle pas de S. Anastase — auraient été transpor-
tées de Tivera non pas à Troja, mais à Velletri.On n'en a d'ailleurs
aucune attestation antérieure à un sermon en l'honneur de
S. Pontien écrit au XV* siécle par Antoine Mancinelli (2). Celui-
ci ne donne pas la date de la translation ; mais les historiens du
crü croient pouvoir la fixer dans le deuxiéme quart du XIII*
siécle (3), soit un siécle au moins aprés que les reliques des
SS. Pontien et Éleuthére, au dire de Roffredus, presque contem-
porain du fait, avaient été emportées clandestinement à Troja.
Mais il suffit. On a cru pouvoir concilier ces « traditions » diver-
gentes et parfois méme contradictoires, en faisant voyager beau-
coup les reliques et en en attribuant une part aux diverses églises
qui prétendent les posséder. Il v a lieu toutefois de se demander si
les textes qui garantissent les revendications de chacune des églises
sontassez anciens et d'une autorité suffisante pour nous amener
à recourir à cette solution plus commode que satisfaisante.
Dans tous les cas, le récit de Roffredus, qui semble se présenter
dans des conditions meilleures, puisqu'il émane presque d'un
contemporain, n'est pas rassurant. Un moine du Mont-Cassin et
un clerc de Saint-Éleuthére de Tivera vont, nous dit-il, trouver
l'évéque de Troja, Guillaume, et lui promettent, sous la foi du
serment, de lui procurer des corps de saints — ou les corps des
(r) Ibid. — (2) Extrait dans Bonaia, t. c., p. 283-84. — (3) Bona1A, t. c.,
p. 283 ; T. BAvco, Conipendio della storia Veliterna, t. II (Roma, 1841), p. 165-66.
Nous n'avons pas sous la main la Sforia della città di Veletri publice par le
méme auteur en I851.
414 | LA TRANSLATION
saints. — L'évéque encourage par des présents leur bonne
volonté, et tous deux «retournent » à Tivera. Là, ils s'abouchent
avec l'abbé du monastére, situé à un mille de la bourgade. Le dit
abbé, se rappelant les persécutions que lui ont fait souffrir les
oppresseurs des églises, considérant du reste que les reliques des
saints ne sont pas honorées comme 1l convient dans sa maison,
entre dans les idées des deux émissaires de l'évéque Guillaume.
La nuit venue, les trois « confréres » déterrent les corps saints et
les emportent hors de l'église. Le lendemain, à la grande joie de
l'abbé et de ses compagnons et fort à propos pour faciliter leur
exploit, — sed u£ res tutius perageretur, — V église dépouillée de son
trésor périt dans un incendie. Il faut croire qu'il n'y avait plus
guére de moines ou de clercs au monastére, ou bien qu'ils ne
s'inquiétaient pas plus que leur abbé de lui conserver son dépót
sacré. Car Roffredus nous montre l'abbé préoccupé avant tout de
l'opposition que feraient les habitants de Tivera au rapt des corps
saints conservés dans leur voisinage. On avertit ces braves gens
du désastre et on les prie de venir en aide au monastére. Et comme
ils prennent les armes pour empécher qu'on ne leur ravisse les
reliques des saints, l'abbé prétexte un voyage, dans le but de
trouver des ressources pour reconstruire l'église ; et il s'en va,
emportant les reliques. Et Roffredus nous décrit en détail le
voyage des trois ravisseurs, comme aussi leurs inquiétudes et leurs
tribulations.Il semble, à le lire,que les trois complices s'étaient vite
départis de la prudence bien nécessaire pour cacher leur larcin ;
car la renommée des saints s'étant répandue « sur toute la terre du
Mont Cassin », on s'efforcait de les leur ravir. I! parait méme —
le récit de Roffredus est embrouillé, mais laisse suffisamment
deviner les faits — que l'abbé du Mont Cassin était arrivé à
enlever aux porteurs leur précieux dépót. On comprend que ces
faits, soigneusement rapportés à l'évéque de Troja (1), ne pou-
vaient que le confirmer dans la haute idée qu'il avait du. trésor
dont on enrichissait son église. Mais ce que nous en avons dit
suffit, croyons-nous, pour faire voir combien tout le récit est
suspect. Il n'y a pas lieu, semble-t-il, de mettre en doute la sim-
plicité et la bonne foi de Roffredus. Mais ces gens de Saint-Éleu-
thére, ou du moins qui se donnaient pour tels, ne nous inspirent
aucune confiance.
Il semble qu'il n'existe plus qu'un seul exemplaire ancien du
récit de Roffredus. On le trouve, transcrit au. XII* siécle en écri-
ture bénéventaine, aux feuillets 260-267 du manuscrit VI. AA. 4
(1) Voir lc ch. ro.
DES SS. ÉLEUTHÉRE, PONTIEN ET ANASTASE 415
de la bibliothéque nationale de Naples. C'est un volume factice,
dans lequel ont été reliés trois manuscrits ou fragments de manus-
crits. Il appartenait jadis à l'évéque de Troja, Émile-Jacques Cava-
lieri (élu en 1694). Le bas des feuillets sur lesquels se litla trans-
lation est usé, et quelques mots sont presque illisibles. Heureuse-
ment, nous pouvons les suppléer ou les compléter gráce à la copie
faite d'aprés un exemplaire écrit « charactere longobardico » qui
se conservait à la cathédrale de Troja (1), — sans doute le manus-
crit méme qui se trouve maintenant à Naples ; — cette copie,
envoyée à nos devanciers par le P. Antoine Beatillo (2), remplit
les feuillets 190-204 du manuscrit 8949 de la Bibliothéque Royale
de Bruxelles. Elle concorde parfaitement avec l'exemplaire de
Naples,sauf certaines corrections, visiblement faites par le copiste,
au texte parfois fautif de l'exemplaire original. Naturellement,
c'est ce dernier que nous avons reproduit, en mettant entre paren-
théses ( ) les lettres suppléées gráce à la copie récente,les crochets
« 7 étant réservés aux additions que nous avons cru nécessaire
de faire nous-mémes à quelques endroits.
La piéce a été lue par Papebroch dans la copie dont nous venons
de parler, et il la mentionne briévement à la fin de sa notice sur
9. Éleuthére (3). I1 a pris Tivera pour Tivoli et se demande, de
plus, si Éleuthére et Anastase ne sont pas des pontifes romains,
tout comme Pontien. Une telle conjecture suppose que l'on a une
confiance trés ferme dans la réalité de la translation racontée par
Roffredus. Je crains qu'elle n'embrouille encore ESHSDIOREE une
question déjà suffisamment obscure.
Stefanelli, qui confond aussi Tivera et Tivoli, a raconté la trans-
lation en résumant fidélement le récit de Roffredus (4). De méme
qu'ailleurs ses références ne sont pas toujours précises, ainsi à cet
endroit il ne dit pas oü il a pris le texte du préchantre de Troja. Je
me demande si ce n'est pas dans la Trota sacra, composce vers
1728 parle chanoine Vincent Aceto. Cet ouvrage, accompagné de
nombreux documents, a été une des sources principales de Stefa-
nelli (5). A-t-i] été imprimé ou est-il resté manuscrit ? Stefanelli
s'est abstenu de nous renseigner sur ce point. Il est certain que
nous ne l'avons trouvé cité nulle part ailleurs et que, s'il a jamais
été imprimé, nous ne sommes pas arrivé à en rencontrer un exem-
plaire dans les quatre principales bibliothéques de Naples, pas plus
qu'à Rome, à Paris, à Londres et dans de trés nombreux dépóts de
! 1r) Note de la main de Papebroch dans le ms. 8949 de la Bibliotheque Royale
de Bruxelles. fol. 188. — (a) Ibid. — (3) Act. SS., t.c., p. 538-39, num. 42, 43.—
(4) Op. c., p. 83-88. — (5) Cf. ibid,, pp. 8, ro.
. 260.
416 LA TRANSLATION
l'Italie et de l'étranger. Nous croyons donc pouvoir regarder
l'opuscule de Roffredus comme inédit, et nous le publions ci-aprés,
non sans faire toutefois de larges coupures dansle recueil de
miracles qui suit le récit de la translation. A. P.
In translatione sanctorum martirum Eul« etherii ^,
Pont«- iani atque confessoris Anastasii.
Domino ac venerabili Guillelmo, Troianae sedes antistiti (1),
Roffredus eiusdem dictus indignus precentor (2). Vestre religionis stu-
dio commonente sollicitus, quo divinitatis in actibus sacre proposito con-
versationis iugiter meditaris intentus, ut liquidum sit ac valde perspi-
(x) Ughelli et, aprés lui, Cappellctti et Gams, ne signalent au XIIe siécle qu'un
seul évéque de Troja du nom de Guillaume, qui aurait siéógé au moins de 1106 à
1133. Il faut descendre jusqu'à l'an 1309 pour rencontrer un homonyme. Au
contraire, le fragment de chronique publié par Pelliccia (voir ci-dessus, p. 412)
mentionne, rien que pour le XII« siécle, quatre Guillaume: le premier, sur-
nommé Bipgoctus ou Bigottus, élu le 13 janvier r102 ; le second siégeait en xr14
et était décédé au plus tard en 1124 ; le troisiéme élu en 1154 et mort en 1170;
le quatriéeme mort en 1187, déjà signalé cn r182. Divers documents cités, mal-
heureusement sans assez de précision, par Stefanelli, confirment en partie cette
chronologie, qui doit étre exacte dans ses grandes lignes. On nous dit que
Guillaume Ier mourut le 8 décembre 1106 (STErANELLI, p. 88). C'est fort vrai-
semblable : en effet, une inscription dela grande porte de la cathédrale nous
apprend que, en 1x19, Willelmus secundus huius Troianae ecclesiae episcopus ctait
dans la douziéme année de son épiscopat (ibid., p. 108), et une autre inscription,
relative aux petites portes de bronze de la méme éylise, atteste qu'elles ont été
données par Gugltimus secundus Det gratia. venerabilis huius Trotanac. sedis
episcopus nonus, en l'an 1127, la vingt-et-unióme année du pontificat de Guil-
laume (ibid., pp. 92-93, 107). Donc il avait succédé immédiatement à Guillaume
Ier ; donc, aussi, il n'était pas mort en I1I24 ct c'est par erreur que le fragment
de chronique mentionne, à cette année, un Honorius cpiscopus Trovanus, Ste-
fanelli (p. 103) le fait mourir en 1141, et, de fait nous vovons, dans la chronique
de Falcon de Bénévent (MunaTonr, Rer. ital. scr,, t. V, p. 129), qu'il vivait
cncore en 1139. Deux pieces, insérées dans le fragment de chronique, montrent
que Guillaume III était, en mai 1169, à la quinzitóme année de son pontificat, et
que Guillaume IV, en mai 1182, gouvernait l'évlise de Troja ; d'apres Stefanelli
(p. 119), il aurait cté &lu en 1179. Ces données suffisent ici. C'est sous l'épis-
copat d'un Guillaume que la translation s'est faite et que le récit en a été
rédigé. La translation méme, arrivée en r1o4, d'apres Rotfredus, se place donc
sous l'épiscopat de Guillaume I ; quant au récit, comme nous l'avons fait obser-
ver (ci-dessus, p. 411), on peut hésiter entre les quatre Guillaume. Ajoutons
toutefois que Roffredus n'insinue pas le moins du monde que l'évéque auquel il
dédie son ouvrage serait celui-là méme qui aurait procuré à Troja les reliques
dont il s'agit. — (2) Nous avons signalé, en les imprimant en petit texte,
les nombreux emprunts que Roffredus a faits dans la préfaceà la préface de la
Vie de S.Hiiaire de Poitiers par Venant Fortunat, DHL. 3885.
—— —M
DES SS. ÉLEUTHÉRE, PONTIEN ET ANASTASE. 417
cuum ad catholice et autentice doctrine culturam et fuisse te
educatum, et in tante provectionis cacumine esse promotum, cum
irreprehensibiliter et veteris et nove dispositionis ecclesiastici dog-
matis fundamenta custos observas, et ad edificationem plebium tibi com-
5missarum veluti sapiens architectus componendo aliquid supra
firmum fundamentum cura egregia fabricare procuras ; quod
non sine timore caritatis, cuius amore preventus michi cunctorum tibi
subditorum infimo dignatus es iubere quod de translatione et mira-
culorum glorificatione sacratissimorum martirum Euletherii et
IO Pontiani pontificum atque Anastasii confessoris ad laudem Dei-
et domini nostri Iesu Christi eiusque genitricis et intemerate
virginis: Marie, que me primis a cunabulis in domo sua quasi
peculiarem vernaculum enutrivit ac docuit, etsi non ad plenum, vel
ex parte secundum meam capacitatem perstringerem. Sed cum mei
I5ingenioli brevitatem considero, adeo sanctorum.miraculorum inmen-
sitatem mirabilem perpendo ut pene michi videatur tam omnia
eorum miracula posse describere quam digito montes transferre.
Sed ne inerti stilo composita descriptio peritis lectoribus, potius
uam provocet auscultantem, fastidium generet, licet cum mea vere-
P £ ,
20cundia, tibi quidem, pater, obedientiam et sanctis martiribus, de
quorum translatione agitur, debite servitutis famulatum impendere
gestio. Sed quia devotione me facere credo, cum ad eorum virtutes
non reticendas nequaquam sufficiam, det ipse, rogo, veniam et
parcat ori meo, cuius ope vel instinctu seriem translationis teme-
25rarius narrator attingo. |
(1.) Igitur omnibus in Christo credentibus qualiter corpora san-
ctorum martirum Euletherii Ecane urbis episcopi, que nunc Troia
dicitur, et Ponltiani pape atque Anastasii confessoris de ecclesia
eiusdem Sancti Euletherii, a civitate Tibera miliario uno distante,
3oin eandem Troianam urbem, divina Dei gubernante providentia,
transvecta sint, stilo veritatem exarante, ordine patefacio. Fuerunt
enim duo viri, quorum alter monachus Casini Montis, alter
eiusdem sancti Euletherii. clericus, qui, Spiritu sancto monente,
sine quo nullum rite fundatur exordium, ad Guillelmum episco-
35pum venerabilem properantes ac iureiurando sanctorum corpora
pollicentes, precibus ac nobilibus honorati muneribus, ad beato-
rum martirum limina cum gaudio remearunt. Ubi cum essent,
ceptum magnificum ad effectum ducere sedulo meditantes, abba-
tec m^» monasterii, virum sanctum et religiosum, Benedictum
4o0nomine, super hoc valde «desi »derabili et iam diu premeditato
circumvenere negotio.
(2.) Turc misericordia et voluntate Dei omnipotentis, qui omnia
f. 260".
418 LA TRANSLATION
Dan. 13, 42. novit ante quam fiant, et meritis beati Euletherii episcopi et
[. 261.
mártiris ad propriam sedem remeare volentis, necnon interven-
tionibus sanctorum Pontiani pape et martiris atque Anastasii
confessoris, (fra)trem (et co)episcopum comitantium, (excogi)tans
abbas ille, de quo iam mentionem fecimus, multas et innumerabiles 5
quas ibi ab ecclesiarum violatoribus passus est oppressiones,
perpendens etiam sanctorum corpora prout deberent non vene-
rari, confratrum dictis prebuit assensum. Quid plura ? Nec multo
post, licet multo confratres prephati terrore perterriti, cum
magno tamen cautele studio ac reverentie cultu, locum adeunt 1o
sepulture. In quo, signo sancte Trinitatis expresso, confidentes
de misericordia et pietate Omnipotentis, qua pretermissa nullum
bonum legitur principium, sarculo arrepto, ubi mirificus latet
thesaurus manu non timida ! securi confodiunt. Quo facto,
tanto sunt. odore sanctorum respersi, quod se in amenitate I5
- paradisi florigera putantes, vix vite quiverunt reminisci presentis.
At ubi ad se reversi sunt,sanctorum corpora Euletherii et Pontiani
pontificum et martirum atque Anastasii confessoris de loco in quo
lacebant cum summa reverentia tulerunt. Et illa quidem depor-
tantes, sicut a sancto Spiritu fuerant edocti, in loco sancto optime 20
reposuerunt.
(8.) Altera autem die, quod credimus non sine iudicio Dei facitum,
sed ut res tutius! perageretur, ignis copiosissimus de silvis
vehementi saliens stridore templum sanctorum martirum reliquiis
desolatum ita consumpsit quod preter muros omnia redegit in 25
pulverem. Videntes hec sanctorum corpora custodientes, quam-
quam in rebus adversis non sit exultandum, gavisi tamen, Tibe-
ranis, ut monasterio subvenirent, festinanter nuntiare curarunt.
Qui venientes ac sacrosanctum locum taliter destructum reppe-
rientes, et patrie desolationem adhuc ignorantes, vocibus mestis 30
ululatus ad celum dederunt. Cum autem iam in multa dementa-
tione populus esset, consolationem tristitia magna resumente, ne
sanctarum reliquiarum raptum vel furtum paterentur, cum
armis die noctuque usque ad ecclesie reparationem vigilare indixe-
runt. 35
(4.) Interea dum hec et his similia agerentur, preparato trans-
lationis sanctorum itinere, abbas cum suis ad ecclesie rehedifica-
tionem igne consumpte lucratum ire! longius finxit?*. Cumque pro
dubitatione civium Tiberanorum amputanda licentia accepta iter
2. — ! -di rescriptum al. man.
3. — ! totius cod.
4. — ! iri cod. — ? fixit cod.
DES SS. ÉLEUTHERE, PONTIEN ET ANASTASE. 419
arriperet, ita ut nescirent qualiter se habere deberent, sicque
facili cursu ad ecclesiam Sancti Petri que de Hiscleta dicitur,
secus castrum Ceccanum (ri), in Campanie videlicet partibus
sitam, applicuerunt?, ibique ospitati Deo et sanctis eius Euletherio
s et Pontiano martiribus ac pontificibus atque Anastasio confessori
se devotissime commendaverunt. Exeuntes autem inde die sequenti
per Ciperanum (2) tramite recto et per Aquinum, castrum quod
Sancti Stephani dicitur (3) cum sanctorum martirum reliquiis
applicantes intraverunt. In quo loco* securos se esse sperantes,
Io monachus ille Casinensis iam. supra memoratus cum grandi
gaudio, sicut per sacrosancta? spoponderat, de adventu sanctorum
nuntians Troiam ad predictum pontificem sine mora festina vit,
ibi cum reliquiis abbate remanente
(5.) Quo audito, prephatus antistes dictis fidem non statim adhi-
Igbuit; sed postquam rei veritatem comperit, quibusdam sani
consilii adhibitis, causam serio enucleavit. Interim, dum talia
sermocinarentur, iure pastorali, ut bonus pater, de fide sancte
Trinitatis eos alloquitur, dicens : « Christiani sumus, a Christo
« vocati, christiane legi noscamur famulari. Quem vero Christum
20 « et corde credamus, et ore non desistemus confitendo collaudare.
« Confiteamur ergo Paltrem et Filium et Spiritum. sanctum, .
« Patrem ingenitum, Filium unigenitum, Spiritum sanctum ab
« utroque credamus procedentem. Christum Dei filium, natum ex
« Maria virgine, quem cunctis populis credentibus necdum etiam
25 « credentibus certa pronuntiemus audacia. In hac enim sancta et
« catholica fidei constantia permanentibus nil umquam deesse
poterit. Hanc igitur nos fidem habentes, Deum Patrem perpetua
mundum ratione gubernantem atque regentem, ut per gloriosos
martires suos Euletherium! urbis nostre patronum et beatum
3o0« papam Pontianum atque Anastasium confessorem ecclesiam
« nostram visitare et exaltare dignetur, suppliciter oremus, quati-
« nus patrociniis? suffragati celestis hereditatis coheredes esse
« mereamur. » Cumque circumstantes respondissent « ÀÁmen »,
tum sanctorum gavisi relatione, tum pia boni pastoris refecti
35exortatione, ad propria sunt reversi. Sicque factum est ut tres
viri divinis ministeriis honorati, persone probate et meritis digne,
cum confratre Casinensi ad. sanctorum corpora sunt destinate.
(6.) Qui cum perrexissent et ad locumubi corporasanctorum erant
[i
^
— 5 applicuerant cod. — *loquo cod. — *sacrosanctam cod.
5b. — ! Euletherii cod. — ? add. tt marg.
(1i) Ceccano. — (2) Ceprano. — (3) De quo cf. E. GaTTOLA, Ad Aistortam
abbatiae Casstnensis accessiones (1734), p. 752.
f. a61*.
Ps. 67, 36;
85, 10.
Rom. 8, 28.
f. 262.
420 LA TRANSLATION
pervenissent, abbatem sanctorum reliquias custodientem adeo
insidiis circumdatum invenere, quod nullo prorsus ingenio, nullo
penitus arbitrio de domo in qua ' ospitatus fuerat procedere vale-
ret. Nam per totam terram Montis Casini fama sanctorum ita iam
divulgata fuerat ut nemo de illorum manibus quolibet * modo posse 5
abstrahi? crederet. Sed mirabilis Deus in sanctis suis, ipse faciens
mirabilia, cooperatus est in bonum, dans servis suis consilium.
Quidam enim ex tribus paulo ante recitatis, licet in multa iam de-
speratione positus, castrum Pontecorvum dictum, ubi tunc Sancti
Benedicti venerabilis abbas Oderisius (1) presens fuerat, adit *. Qui 1o
causam clerico sibi narranti se respondit scire per ordinem. Ad
quem clericus : « Iube tamen, pater sanctissime, quia non ita. Res
« enim alia est domini mei, de ultramontanis advecta finibus ;
« ideoque huc usque me transmisit ad vos, quatinus vestro ducatu
« vestroque, pater venerande, consilio secure, si placet, remeare 15
«faciatis. » Et vale dicens abbati, quia secundum petitionem,
prout sibi videbatur, | acceperat, cum gaudio reversus est ad
SOCIOS. :
(7.) Ad quos cum venisset, invenit eos pre nimia angustia flentes
nimiumque merentes, mantica, in qua sanctorum reliquie sigillate 20
erant, ab illorum potestate ablata. Quod audiens probus ille cle- :
ricus, confortatus in Domino, mox pervolanti cursu se ad abbatem
iterum contulit, dicens : « Decepisti, pater ; quem non debueras,
« decepisti. Miserere sociosque iube resolvi captivos. Miserere et
« precipe reddi quod illis ablatum est. Dux enim magnificus filius 25
« vester est ; presul autem noster fidelis et amicus ; quorum iussu
vel instinctu hec perpetrata sunt. Noli amplius retinere ; noli, sed
« festinanter reddi iubeto. Apula quidem tellus, Principatus, Cala-
« bria necnon et Sicilia ecclesie beati Benedicti Montis Casini
« omnia haec non modicum necessaria. Quod quidem nisi emenda- 30
« tum fuerit, ad tantum res illius deveniret infortunium quod pror-
«sus in partibus illis nullum deinceps quiverit retinere domi-
« nium. » Tandem pietate ac nutu Del omnipotentis, qui omnia
crcavit ex nihilo, atque interventionibus sanctorum, ad Troianam
urbem, propriam videlicet sedem, properare volentium,sine mora, 35
omni infestatione retroacta, remota reddi et usque ad Sanctam
Mariam in Cingla (2) conduci secure precepit. |
(8. Aliud miraculum. l'actum est autem, dum benedictione
R
6. — ! (de d. in q.) inq. de d. cod. — ^? quolibed cod. — *abstrai cod. —
* addit cod.
(1) 1687-1105. — (2) In territorio Alifano. Cf. Leonis Chronicon Casinense,
lib. I, c. 6 (MG., Scr. t. VIL, p. 583,1. 18).
DES SS. ÉLEUTHÉRE, PONTIEN ET ANASTASE. 421
« ab» abbate venerabili postulata pluribusque interpositis ser-
monibus, clericus ille recederet, certus sanctorum redditione reli-
quiarum, cum omni alacritate reversus est ad socios. Quibus sibi
adhibitis et, sicut imperatum fuerat, sanctorum redditis cum
s eodem quo prius fuerat sigillo sigillate reliquiis, licet insidiantium
terrore perculsi, gaudentes tamen et exultantes, quasi de tenebris
ad lucem venientes, Sanctum Germanum (r1) petierunt. Inde pro-
cedentes ad castrum quod Sancti Victoris dicitur (2) cucurrerunt ;
ubi ospitati sibi valde iam fessis necessaria exhibuerunt, Deinde
romontana transcendentes et per castrum Sextum noncupatum (3)
non sine laborioso certamine pretereuntes, domum Sancte Marie
in Cingla ingressi sunt, ibique cibo refecti et sine mora recto calle
per civitatem Alifiam (4) ecclesiam Sancti Salvatoris Telesini (5),
quasi iam securi, aggredientes, membra quieti dederunt.
I5 (9.) Die vero alia, non tamen sine cautela, quia fama sanctorum
martirum per| Samnium iam pullulaverat, sapienti indagando
examine, ne quis eos sacra ferentes perciperet, ad urbem Beneven-
tanam sine mora festinare studuerunt. Ubi, quamquam nondum
plenam securitatem habentes, repleti gaudii canebant : « Magna
20 « est gloria tua, Domine, in servis tuis, quos huc usque cum tanto
« dignatus es custodire thesauro. » Qui instantius adhuc orabant,
dicentes : « Domine, adesto nobis servis tuis et ne deseras nos
« usque in finem, ut per merita sanctorum tuorum martirum Eule-
« therii et Pontiani pontificum atque Anastasii confessoris, confisi
25 « gratuita misericordia et pietate tua, cum Troianis magna nos
« cum devoti« on »e prestolantibus nomen tuum glorificemus in
« secula. » Et hec orantes maturius solito. accelcer»averunt
gressum. "Transeuntes autem vulgo ecclesiam Sancti Laverii
dictam et a declivi Sancte Crucis portula (6),quasi iam propria cer-
3o nentes, extensis manibus ad celum, excelsa voce dixerunt : « Gra-
« tias tibi agimus, Domine Deus Iesu Christe, quoniam consolata
« est nos virtus sua, et non permisisti perdere thesauros incompa-
« rabiles, sed donasti nobis gratiam benedictionis tue. Confirma
« nunc quod actenus operatus es in nobis ; aperi fontem misericor-
35« diae tuae, quaunus Troia, pre ceteris Apulie urbibus munere
« sanctorum provecta, carmen letitiae valeat sine fine sonare. »
(10.) Talibus et his similibus expletis, iam diu rei eventum desi-
deranti audire prescripto antistiti nuntius veniens omnia intimavit
(1) Haec est nota civitas sub Montis Cassini rupesita,— . (a) De quo GarTorLa,
t. c, p. 749.— (3) Sesto Campano.— (4) Alife,.— (5) Telese. — (6. « 5. Croce
in portula, Casale nel Buccalo, alcuni chilometri lontano dalla città nostra »
(STEFANELLTI, op. C., p. 85).
f. 262".
Ps. 67, a9.
II Mach. 1o,
38.
f. 2635.
422 LA TRANSLATION !
et quod actum fuerat per ordinem pandit. Qui audiens quanto
gestiverit ! tripudio quantasque cum tota civitate Deo gratias
egerit, dictis vel scriptis facile explicari non potest. Non immemor
tamen sani consilii providus antistes, convocatis de familiaribus
quos placuit, sanctorum reliquiis obviam misit. Qui pergentes ac 5
tentorium non procul ab urbe figentes, in ymnis et confessionibus
sanctorum corpora susceperunt atque in tentorio usque in crasti-
num cum decore ac reverentia honestissime reposuerunt. Videntes
haec Troiani Deo preces et lacrimas pre gaudio effundere cepe-
runt, magnaque ad Dominum voce conversi, gratias agentes ad ro
locum ubi sanctorum sunt reliquie corruunt, tnagnalia Dei miran-
tes. |
(11.) Interea dum hec aguntur,et sanctorum vigilie sub voce pre-
conia parantur, venerabilis presul convicinos, Tortibulensem (zr)
videlicet ac Bivinensem (2), huius tanti operis testes et cooperato- 15
res invitare fecit antistites. Quibus valide mane sibi adhibitis, ac
prece ingenti rite et cum magno decore ordinata, sanctis martiri- -
bus obviam procedentes cum fere decem milibus utriusque sexus
exeunt civitatem. Expectantibus autem ibi, singula corpora sancto-
rum singula feretra habentia de campo, ubi per totam noctem 20
fuerant, cum processione plenaria summa veneratione religioso-
rum humeris imposita sacerdotum ad eos usque provecta sunt.
Venerabiles ergo episcopi mox cum thi mi amatibus religiose et
grandi «........» cum omni humilitate appropinquantes, proni
adoraverunt in terram. Factaque oratione, imperato et voce et 25
manu silentio, de nativitate et de vita sanctorum martirum, de
diversis et illorum variis tormentorum generibus, necnon de
veneratione et observatione eorum, de vite etiam emendatione
et remissione peccatorum populi multitudinem circumstantis pon-
tifex Bivinensis pia exortatione sic alloquitur, dicens : 30
(12.) « Audite, cives etífratres, quoniam dominus noster Iesus
« Christus, cuius ministros vos credimus esse, per gloriosos san-
« ctos martires suos Euletherium et Pontianum pontifices atque
« Anastasium confessorem hac nostra tempestate civitatem Troia-
« nam dignatus est visitare. Rogat vos dominus et pater vester 35
« Guillelmus venerabilis episcopus una nobiscum et obsecrat ut in
« his que ad sanctorum martirum venerationem pertinent iugiter
« meditantes, emendationem vitae eorum, precedentibus meritis,
«omni intentione queratis, et curam de preteritis plangendis et
10. — ! gestivit cod.
(i) Tortiboli. — (2) Bovino.
DES SS. ÉLEUTHÉRB, PONTIEN ET ANASTASE. 423
« futuris iterum non committendis habere studeatis. Officium enim
« pastoris tale est ut et sibi commissis necessaria suadeat et in se
« ipso et in aliis, in quantum vires suppetunt, exempla bonorum
« exercere non desinat. Nos autem, divina instigante clementia,
5 « pervigili cura hanc perpendentes sententiam, vos ut filios karis-
« simos paterno monemus affectu ut sic vivere satagatis, quatinus
« post vite decursionem ad aeternae remunerationis bravium per-
« tingere valeatis. »
(13.) Interim autem dum hec et alia ad salutem animarum prose-
IOquerentur, et venerabilis ille abbas sanctorum conductor reliquia-
rum iureiurando corpora sanctorum proprie supra memoratorum!,
quod postea adimpletum est, non alia esse firmare disponeret,
manibus ad celum extensis, omnes populi qui ibidem aderant,
quod virtuti Dei et sanctorum meritis adtribuendum est, terribili
I5 voce una eademque hora, ac si illis per singulos | iniunctum esset,
« Deo gratias » sub trina exclamaverunt invocatione. Episcopi
vero et quam plures circumstantes, quid hoc esset hesitantes,
responso videntium illos virtutem Domini et sanctorum beneficia
persensisse didicerunt. Qui episcopi dum relatione gavisi cuncta
20 prosequi tacito ordine precepissent, sacramento supra textum
Evangelii cunctis qui aderant ? id ipsum spectantibus, ut prescri-
ptum est, suptili examinatione completo, ac processione rite et
ordinabiliter preparata, pro cognito et satis aperto miraculo, quod
alias recitabitur, Te. Deum. laudamus incedentes voce excelsa ad
25 honorem Omnipotentis et gloriosorum martirum canere ceperunt.
Quibus ingredientibus cum multitudine inenarrabili ac canticis
angelicis in civitatem Troianam, plura et innumerabilia signa fecit
dominus noster Iesus Christus in magnificatione sanctorum mar-
tirum ; de quibus oculis nostris vidimus, pauca ad eorum reveren-
3o tiam singulariter subter annecti studuimus.
(14.) Sed ne transgressionem facere videamur, audito qualiter
ecclesiam intraverint et cum quanto decore, sic postea stilum
vertamus ad miraculorum ordinem. Ubi enim per mediam civita-
tem cum tam magno et ineffabili laudis honore ante ecclesiae
35 valvas sanctorum corpora provecta sunt, venerabiles presentes
episcopi feretra sanctorum martirum humeris propriis summa cum
humilitate imponentes et. 7e Deum laudamus voce excellentiori
Iterum incipientes, usque ad sacrosanctum altare, ubi dominicum
corpus cotidie immolatur, ducentes honore dignissimo super-
40 imposuerunt. In quo per merita et orationes eorum in virtute et
13, — ! -ra- add. a corr. sup. lin. — | ? ad- add. a corr. sup. lin. — |. 9? adherant
cod.
f. 263".
f. 264.
424 LA TRANSLATION
triumpho Omnipotentis multa beneficia et innumerabilia «Ca»
Christo praestantur credentibus. Quorum gloriosa translatio
quarto decimo kalendas augusti anno dominice incarnationis
millesimo centesimo quarto, indictione tertia decima, procurante
totius orbis monarchiam Pascali papa secundo (r), imperante 5
etiam gloriosissimo ac sanctarum pre ceteris ecclesiarum cultore
Rogerio duce nobilissimo (2), sub cuius vicesimo primo regn: sui
anno etin sancte Dei genitricis basilica devotissima celebratur
subsceptio. Ubi ex longinquis mundi partibus multitudines variis
et diversis infirmitatum passionibus laborantes confluunt, quae de 10
misericordia Dei et sanctorum meritis pre[sumentes, ad laudem et
gloriam nominis eius, qui omnia creavit cum non essent, pristine
sanitati redduntur, regnante domino nostro Iesu Christo, cui est
. honor et gloria, laus et potestas in secula seculorum. Amen.
15. Quidam igitur veniens de Equitanie finibus, nomine Stepha- 15
nus, hic iam diu moratus in civitate Arianensi (3), qui (id)em
apud! Troianos per multa lam tempora non multum ignotus,crure
et pede adeo exiccatus quod nullo modo absque vehiculis de loco
se removere? valeret ad locum, (cor)rigia quidem baculo affixa
sustentante genu, cum crure sicco et pede natibus adherentibus, ut 20
Deus per eum gloriosos martires mirabiliter glorificaret, audiía
fama sanctorum, prout potuit, contulit se ad eos.Ubi cum esset et
bonorum substentatione virorum sub feretris iaceret in via pro-
stratus, sic eius a prope stantibus audita ossa! sunt insonare ac si
nuces humi prostratas pedibus homines insilirent. Unde factum est 25
quod, misericordia Dei preeunte et gloriosorum martirum meritis,
ita sanus et incolumis vehicula in collo gestans usque ad ecclesiam
Sancte Marie, in qua eorum recondite sunt reliquie, processit? ac
si nullam corporis infirmitatem actis temporibus passus esset. Qui
postea in eorum servitio vitam finire devovit. 30
(16.) Dum autem missa solito more ageretur per ordinem,perlecta
lectione evangelica, cum quidam toto latere exiccatus, Riccardus
nomine, divino adtentus officio ac visis stupefactus miraculis,
Omnipotentis misericordiam ac sanctorum merita postulans anxius
et gemens flagitare non cessat. Unde factum est quod in tantum ex 35
nimia multitudinum vexatione hinc! et inde ageretur, ut etiam
magis mori quam sic. vivere optaret. Sustentatus itaque a virls
Deum timentibus,ante sacrosanctum altare ad sanctorum reliquias
perductus est. Qui mox prostratus ante sanctorum corpora, cepit
15. — ! add. al. m. sup. lin. — — ? -ve- add. al. m. sup. lin. — | »? precessit cod.
(1) ogg-1118. — (2) Rogerius dux Apuliae et Calabriac,] 111r. — (3) Ariano
di Puglia,
DES SS. ÉLEUTHÉRE, PONTIEN ET ANASTASE. 425
flere dicens: « Sanctissimi martires et a Deo excelso dilecti, con-
« Spicite miseriam huius miserriml corporis et subvenite michi
« misero iam per multorum annorum* curricula lateris dolore
«exiccati laboranti?;porrigite manum misericordie vestre,quatinus
« tanta alleviatus doloris oppressione cum ceteris misericordiam
«consecutus Deo gratias merear decantare.» Et hec dicens ab omni
egritudine lateris | exiccati liberatus, surrexit gaudens et cum
omnibus astantibus benedicens Dominum, qui talem sanctis suis
gloriosus contulerit gloriam.
(17.) Quadam itaque die iuvenis quidam de urbe Roma, Petrus
nomine, audiens famam gloriosorum martirum, de terra Fundana,
in qua cum patre tunc ipse degebat, contractus, ut erat, toto latere
ad ecclesiam Troianam, in qua sanctorum sunt corpora, quanto-
cius super (anim)al diurno pretio emptum deferri se fecit. Qui
veniens summa cum devotione! proiecit se ante sanctorum reli-
quias *, llagitans Omnipotentis misericordiam et sanctorum suffra-
gia. Gloriosi autem martires, qui ideo in seculo passi sunt tormenta :
ut per martirii palmam fideles a tormentis liberare mererentur,
non diutius passi sunt hunc pro miseria sua exaudire rogantem.
Nam toto latere amisso ? sibi reddito *, sanus ex toto effectus sur-
rexit et abiit? propriis ad propria gressibus, glorificans Deum et
sanctos martires e1us.
(18.) Alia vero die sequenti quidam vir de Hispanis finibus
adveniens, Petrus Raimundus nomine, qui iam per multorum
annorum spátia lumine amborum oculorum privatus et cruribus et
pedibus et, ut verius dicam, corpore sic ex toto contractus ut sine
geminis vehiculis per tria spatia pedum ambulare non posset, hic
denique idem, ut ipse multis qui aderant ! id ipsum audientibus
proprio ore testatus est plurima per orbem se circuisse sanctua-
ria ; qui audita tantorum fama miraculorum...
(19.) Eodem itaque tempore ac die quidam infantulus de civitate
Troiana idemque Grimaldus appellatus, qui manum adeo contra-
ctam habens...
(20.) Nec multo post quidam vir de civitate Telesina, Organellus
nuncupatus, auditis et visis tot sanctorum prodigiis, ad sanctos
Dei, ut eum saluti pristine redderent !, devote advenit...
16. — ! hunc cod. — ! add. al. m. sup. lin. — | 5 ]a- add. al. m. sup. lin.
17. — ! -tio- add. al. m. — ?*-li- add. al. m. — *ammisso cod. — ^*redito
cod. — Shabiit cod.
18. — ! adherant cod.
20. — ! redderet cod.
ANAL, BOLL. XXIX. 28
f. 264".
f. 265.
f. 265".
f. 266.
f. 266".
f. 267.
f. 267".
426 LA TRANSLATION DES SS. ÉLEUTHÉRE, PONTIBN ET ANASTASE.
(214.) Quedam vero mulier de civitate Montis Corbini (1), Maria
vocabulo, dum a primis annis totum sinistrum latus amitteret !...
(22.) Quedam itaque infantula, filia cuiusdam paupercule, nati-
one Troiana, cum ducta esset ad basilicam...
(23.) Accidit autem quod cum venerabilis supra memoratus, qui
tunc preerat, antistes die dominico supra defunctum in ecclesia
iacentem funeris exequias ageret, quidam vir de civitate Asculo
cum puero adveniens...
(24.) Mulier de castro Manuplello (2) in provincia Teatina (3),
— non est nostrum nosse quo preventa peccato, — filiam, nomine
Oblandinam, | primis a cunabulis omnibus attractam nervis, vena-
rum arefactis discussionibus, miserabilis edidit. Que tristitia ac
tanti supereminentis peccati confusa verecundia, relicta mansione
propria, notos et affines postposuit et ad ignotas se contulit regio-
nes cum filia ; quam plura post tempora propriis humeris baiulans,
ad sanctissimi Nycolay oraculum proficiscitur, de loco in locum
cotidiana corpori mendicans necessaria... 'Transacto igitur
multo tempore,... ad Troianam Dei genitricis Marie basilicam, in
qua sanctorum sunt corpora, ... iter gratanter arripuit. Hec cum
quadam die vehementi estu ac longo fatigata in via Florentina
sederet itinere...
(25.) Miraculum, quod per gloriosos martires in castro Mon-
toro (4), in principatu videlicet Salerni, accidit, propter quos-
dam Troiane ecclesie invidos ad penitentiam eorum cunctis deno-
tetur fidelibus, ut resipiscentes emuli et in tide solidentur, et dein-
ceps in virtute Dei et sanctorum beneficiis nullum scrupulum
patiantur..... Enimvero vir quidam Narniensis ad monasticum
habitum conversus, Benedictus nomine, ut mos est, ad sancti
Mathei apostoli orationis causa venit oraculum (5). Qui cum in
reversione esset et sub arbore quadam iuxta castrum praedictum
sompno gravatus quiesceret...
(26.) Hec, fratres dilectissimi, de translatione et miraculis sancto-
rum martyrum Euletherii et Pontiani pontificum atque Anastasii
confessoris, gratia opitulante superna, pro viribus meis exposui.
Multas et alias et eorum innumerabiles virtutes... nulla potest
lingua retexere. Tanta est enim......| Poscite Christum pro omni
aetate ct omni sexu... quatinus, vobis custodientibus, vobis atque
ducentibus, pervenire mereantur ad gaudia sine fine mansura,
prestante ipso... Ámen.,
21.— ! ammitteret cod.
(1r) Montecorvino. — (a) Manopello. — (3) Chieti. — (4) Montoro supe-
riore. — (5) Ad ecclesiam cathedralem Salernitanam.,
LES PREMIERS « LIBELLI MIRACULORUM »
Le chapitre VIII du dernier livre de la Cité de Dteu est consacré
à la question du miracle en apologétique, notamment du miracle
contemporain ; ; età ce propos S. Augustin rapporte une série de
guérisons et de faveurs obtenues de son temps, particuliérement
dans les sanctuaires des martyrs, dans ceux de S. Étienne en toute
premiére ligne. M. Harnack a récemment analysé et commenté
cette page si vivante et si curieuse de l'oeuvre du saint docteur,
et insisté avec raison sur les moyens pratiques préconisés par lui
pour donner un cachet d'authenticité aux récits déjà nombreux
de gráces surnaturelles qui circulaient dans la chrétienté (r).
Nous ne reprendrons que cette partie du mémoire de M. Harnack,
sans examiner cette fois à fond les considérations trés intéressan-
tes sur les Actes des martyrs que l'auteur y rattache.
Les événements qui ont agi d'une maniére décisive sur les idées
de S. Augustin en cette matiére sont étroitement liésà la décou-
verte fsmieuse desreliques de S. Étienne à Caphar-Gamla 415.
Nous n'avons pas à rappeler les circonstances de cette invention,
connue par la relation de celui qui en fut l'instrument ou, si l'on
aime mieux, l'artisan (2). Il nous importe de savoir qu'elle eut un
trés grand retentissement surtout dans l'église d'Afrique, et que
les transports de reliques qui 1a suivirent donnérent une vigou-
reuse impulsion au culte du premier martyr. En 418, des reliques
de S. Étienne arrivérent dans l'ile de Minorque. I" évéque Sévére
a laissé une relation de l'événement et de la conversion en masse
des juifs de l'ile (3). Cet écrit circulait déjà lorsque l'évéque d'Uza-
lum, ville située aux environs d'Utique, recut à son tour une part
du trésor sacré ; on le lut au peuple le jour méme de la translation
solennelle : Eodem namque die in quo tngressae sunt ecclesiam beatt
Stephan reliquiae, tn ipso principio canontcarum lectionum, epistola ad
nos quoque delata cuuusdam sanctt episcopi, Severi nomine, Minortcensis
(1) Das ursprüngliche Motiv der Abfassung von Mártyrer-und. Heilungsakten in
der Kirche, SYTZUNGSBERICHTE DER K. PREUSSISCHEN ÁKADEMIE DER WISSEN-
SCHAFTEN, I91O, p. 106-25. — (2) BHL. 5850-7853. — (3) BHL. 7859.
428 LES PREMIERS « LIBELLI MIRACULORUM »
insulae, de bulpito $n. aures ecclestae cum ingenti. favore recitata. est. (1).
Aprés l'église d'Uzalum, ce sont celles d'Aquae Tibilitanae (2),
du Castellum Sinitense aux environs d'Hippone (3), de Calama (4),
d'Hippone enfin (5), qui s'enrichirent d'une part des reliques du
premier martyr et qui élevérent des memoriae en son honneur.
Partout ce fut un grand concours, et la confiance des fidéles fut
récompensée par des miracles. Mais les sanctuaires qui acquirent
une plus grande célébrité furent celui d'Uzalum, dont les miracles
furent écrits en deux livres par l'ordre de l'évéque Evodius (6),
celui de Calama, ville épiscopale de Possidius, l'ami et le biographe
d'Augustin ; c'est par ce dernier, qui en donne quelques échantil-
lons, que nous savons qu'il s!y faisait des miracles en trés grand
nombre (7). Enfin, il y ala memoria d'Hippone (8) oü se passérent
des faits miraculeux importants, dont Augustin lui-méme fut
témoin ou qui, du moins, eurent lieu dans son voisinage.
S. Augustin qui, depuis longtemps — il n'ignorait pas les mer-
veilles opérées par les saints de Milan Gervais et Protais (9) —
avait l'attention attirée sur les faveurs célestes obtenues par l'in-
tercession des martyrs, ne pouvait s'empécher de les comparer
aux miracles rapportés dans les livres saints, et de constater qu'ils
étaient bien moins connus et moins appréciés. Gráce aux écritu-
res canoniques, disait-il, les miracles d'autrefois sont dans la
mémoire de tous ; ceux d'aujourd'hui sont à peine connus de tous
les habitants de l'endroit oü il s'opérent. Le plus souvent, surtout
dans les grandes villes, ils arrivent à la connaissance du petit
nombre; et quand on les raconte, on a quelque peine à les faire
accepter (ro). Et pourtant, il s'en produit en telle quantité qu'on
en remplirait des volumes (11). Frappé de cette sorte de défaveur si
peu justifiée, 1l chercha le moyen de donner aux miracles contem-
porains une notoriété égale à celle des miracles canoniques, et
d'appuyer en quelque sorte les témoignages d'un brevet d'authen-
ticité. De là naquit l'idée des /;belli, qui étaient des relations desti-
nées à étre lues au peuple. On n'a pu recueillir, dit-il à propos des
sanctuaires de Calama et d'Hippone, tous les miracles qui s'y. sont
opérés, sed tantum de quibus libelli dati sunt qut recitarentur 1n populis.
Etil ajoute aussitót ::d ramque fiert voluimus, cum videremus antiquis
similia divinarum signa. viriuium eliam nosiris temporibus. frequen-
(1) BHL. 7860,c. 2. — (2) De civitate Dei, 1l. XXII,8, HorrxaNN, t. II, p. 604.
— (3) /bid.,p.625. — (4) Ibid , p. 605-606. — — (s) Jóid., p. 607-608. — (60)BHL.
7860-7862. — (7) De civitate Dei, l. c. p. 608. — — (8) Nous verrons plus loin
s'il ya licu de distinguer deux memoriae à Hippone. — (9) Confess. IX, 7; De
civitate Dzi,l. c. p. 596. — — (xo) De ctvitate Dei, 1. c. p. 596. — (11) 1bid., p. 607.
LES PREMIERS « LIBELLI MIRACULORUM ?» 429
lari (1). Il résulte de ces derniéres paroles que la pensée d'authen-
tiquer les miracles en les faisant consigner dans des /tbellt, appar-
tient à S. Augustin, et c'est bien lui qui, d'accord avec l'évéque
Evode d'Uzalum, amena une miraculée, nommée Petronia, à
écrire un /tbellus sur le cas de sa guérison : Peílromtam... horíatt
sumus, volente supradicto loct episcopo, ut libellum daret, qui recitaretur
in populo ; et oboedsenttssime paruit (2).
On est tout naturellement désireux de savoir comment fonction-
nait cette institution, dont Augustin attendait de si grands résultats.
Il y revient assez souvent dans le chapitre de la Cté de Dteu plu-
sieurs fois rappelé.
C'est surtout dansle récit du miracle opéré à Hippone en 425,
durant les fétes de Páques, en faveur d'un certain Paul de Césarée
et de sa sceur Palladia, qu'il accumule les détails (3). M. Harnack a
recueilli soigneusement ces renseignements épars, tout en expri-
mant le regret de ne pouvoir produire aucun /ibellus dans sa forme
authentique (4). Il croit en effet que les seules traces qui soient
restées de ce genre de documents doivent étre cherchées dans les
compilations.
Heureusement, il n'en est rien.Parmi les sermons de S. Augustin,
il s'est conservé tout un petit dossier sur l'événement du jour de
Páques (5) et au milieu de la série des allocutions prononcées par
l'évéque d'Hippone en cette circonstance, nous trouvons le texte
méme du /ibellus de Paul, sous ce titre et avec cette introduction ;
Exemplar libelli a Paulo dati Augustino episcopo. Rogo, domine beatissi-
me papa Augustine, ut hunc libellum meum, quem ex praecepto tuo obtulit,
sanctae plebi 1ubeas recitari (6). Suit le récit circonstancié dont nous
connaissons les grandes lignes par le résumé de la C?té de Dieu.
Maudits par leur mére, que le désespoir finit par conduire au
suicide, les dix enfants dont se compose la famille sont successive-
ment saisis par le méme mal mystérieux : tout leur corps est agité
d'un violent tremblement. Ils quittent leur ville natale, Césarée
de Cappadoce,et se dispersent pour aller chercher dans les celeber-
rina sanctorum loca un reméde à leurs maux.Le second des sept fré-
res obtient sa guérision de S.Laurent à Ravenne,ad glortst marlyris
(1) Jbid., p. 608. — (a) Ibid.,p. 608-609. — — (3) Ibid., p. 609-612. — (4) Das
ursprüngliche Motiv etc., p. 113. — (5) Serm. 3230-324, P. L. t. XXXVIII, p. 1442-
47. M. Harnack ne s'est pas servi non plus des deux livres de miracles d'Uzalum,
ni du sermon 287, oü il est également question des libelli. — (6) P. L., t. c.,
P. 1443.
430 LES PREMIERS «* LIBELLI MIRACULORUM 9»
Laurentii memoriam. quae apud Ravennam nuper collocata est (1). Lui
Paul, le sixiéme, et sa sceur Palladia, vont partout sans éprouver
aucun soulagement. Leurs pérégrinations les conduisent à ÀAn-
cóne, ubi per gloriosissimum martyrem. Stebhanum mulia miracula
Deus operatur. Mais S. Étienne ne les y exauce pas, et pas davan-
tage à Uzalum. Enfin, le premier janvier, un vénérable vieillard
apparaít à Paul et lui annonce qu'il sera guéri dans trois mois ;
sa soeur voit en esprit Augustin lui-méme, et Paul aussi recon-
nait l'avoir vu souvent dans les villes qu'il a traversées. Les
deux malheureux arrivent donc à Hippone quinze jours avant
Páques. Paul va tous les jours prier à l'endroit oü est la s»netmorta
de S. Étienne. Le jour de Páques,comme il se tenait à la balustrade,
il tombe subitement et perd le sentiment. En revenant à lui, il con-
state que le tremblement a disparu. utc ttaque tanto beneficio non
ingratus, dit-il en terminant, hunc libellum. obtulit, tn quo ettam quae
de nostris calamitatibus ignorabatis et. quod de mea incolumitate et
- salute cognovislis, exhibui ; ut et pro mea sorore orare dignemini el pro
me agere Deo gratias. A ce moment, Palladia n'est pas encore déli-
vrée de son mal.
Le récit d'Augustin dans la Cité de Dieu et les piéces publiées
sous le nom de sermones se complétent, et permettent de se rendre
trés bien compte de tout ce qui s'est passé.
Le jour de Páques, au matin, il y a foule à l'église. La guérison
se produit. Des cris de joie se font entendre. On se précipite auprés
de l'évéque ; on lui raconte cc qui est arrivé et il est forcé d'enten-
dre plusieurs fois de suite le méme récit. Enfin, avec la foule, arrive
le miraculé lui-méme. Il se jette aux genoux de l'évéque, qui l'em-
brasse. Voici la suite: Procedimus ad populum, plena erat ecclesia, per-
sonabat vocibus gaudiorum : « Deo gratias, Deo laudes, » nemine tacente,
hinc atque inde clamantium. Salutavt populum, et rursus eadem ferven-
itore voce clamabant. Facto. tandem silentio, scripturarum. dvocinarum
suni lecla solemnia. Ubi autem venium est ad mei sermoms locum, dixi
pauca pro tempore et pro tilius tucunditate laetitiae.
Les paroles prononcées par Augustin nous ont été conservées.
Il débute en rappelant l'usage de donner lecture des relations de
miracles : De miraculis Det per. orationes beatissima martyris Stephani
ltbellis solemus audire. Puis, en. désignant sans doute du geste le
héros du jour, il ajoute : Libellus hutus aspectus est ; pro. scriptura
notitia, pro charta factes demonsiratur. Vous avez vu ses souffrances,
(1) Sans doute l'église de S. Laurent in Caesarea, fondée par Lauricius.
AGNELLUs, Lib. pontif. eccl. Ravenn., XN, M G. Script. rer. langob., p. 298.
LES PREMIERS « LIBELLI MIRACULORUM » 43I
« lisez » sa joie, et fixez dans votre souvenir ce qui est écrit sur
ce livret vivant. Puis il s'excuse sur les fatigues de la veille de ne
pas en dire davantage (r). Le méme jour, Paul de Césarée dína
avec l'évéque et lui raconta en détail toute son histoire (2).
Le lundi, aprés un sermon, dont nous n'avons plus le texte,
Augustin rappela la scéne de la veille, et ajouta que, malgré tout,
il convenait de donner un /ibelius, contenant tout ce que Paul lui
avait raconté de vive voix. Et s'il plait à Dieu, dit-il en terminant,
on le préparera pour vous le lire demain (3). Il n'est pas probable
que Paul de Césarée ait rédigé de sa main le texte latin du rapport.
Suivant sa promesse, l'évéque fit lire le document à l'office du
lendemain, et pendant la lecture, il fit monter sur les degrés de
l'exédre, d'oà il parlait lui-méme, le frére et la sceur (4), celle-ci
encore en proie au terrible mal. « Je veux, dit-il, quele frére et la
sceur se tiennent en votre présence, afin que ceux qui n'ont pas
vu le frére se rendent compte de ses souffrances par celles de sa
SOEUT. »
Aprés la lecture, il les pria de se retirer (5) et se mità commen--
ter le texte qu'on venait d'entendre : des considérations morales,
d'abord sur le respect des parents, puis sur le pélerinage d'Ancóne
resté sans résultat. A ce propos, l'orateur raconte l'origine de ce
sanctuaire d'apres une légende populaire, quel'on s'étonne de
cueillir dela bouche d'un homme tel qu'Augustin. Puis il passe
aux miracles d'Uzalum ; mais à peine a-t-il commencé que des cris
partent de la semoria de S. Étienne : Deo gratias, Christo laudes (6).
On apprend que Palladia vient d'étre guérie comme son frére.
Lorsque le silence s'est un peu rétabli, Augustin prononce quel-
ques paroles d'action de gráces. Le lendemain seulement il achéve
(1) Sermo 320, P. L., t. c. p. 142. — (2) Dectvitate Dei, t. c., p. 611. —
(3) Dans le De civitate Det, S. Augustin dit : Sequenti $taque die post. sermonem
redditum narrationis eius. libellum in. crastinum populo recitandum promisi. Ces
paroles dites aprés le sermon, portent maintenant le titre de Sermo 321, P. L.,
t. c. p. I443. — (4) De civitate Dei, t. c, p. Oo1r1.— (5l De civitate Dei, t. c., p. órr.
(6) De tout l'ensemble de ces récits, il ressort que la memoria de S. Étienne
était attenante àla basilique ou, sil'on veut, à la cathédrale d'Hippone. Y en
avait-il une seconde aux environs de la ville? La réponse à cette question
dépend de la lecon qu'on adopte dans le passage suivant du De civitate Dei,
l. XXIII, c. 8: apud nos vir tribunicius Eleusinus super memoriam martyrum quac
in suburbano eius cst.... C'estla lecture de HorrMANN, t. c., p. 607, de DOMBART,
t. II, p. 577. D'autres ont lu memoriam martyris, qui semble mieux d'accord avec
le contexte. Le fait raconté à cet endroit continue une série de miracles de
S. Étienne, et dans le paragraphe suivantil est question des miracula... quae
per hunc martyrem, id. est gloriosissimum. Stephanum, facta sunt ; ce qui semble
supposer qu'on n'a pas cessé de parler de lui.
432 LES PREMIERS « LIBELLI MIRACULORUM »
son sermon, qu'il reprend au point oà il a été interrompu la veil-
le (1).
Tout ceci nous fait bien comprendre ce qu'étaient les /jtbellt
dont S. Augustin recommandait la pratique, et quels avantages il
en attendait. C'étaient des témoignages authentiques, en ce sens
qu'ils émanaient de celui-là méme qui paraissait le mieux rensei-
gné. C'est Petronia elle-méme qui rédige la relation du miracle
dont elle a été l'objet (2), etsi Paul de Césarée, un Cappadocien,
n'a probablement pas tenu la plume, le libelle a été écrit en son
nom et sous sa dictée.
.La relation est soumise à l'approbation de l'évéque. Quand
Augustin décida Petronia, qui appartenait au diocése d'Uzalum,
à écrire son récit, ce fut volente episcopo, lequel sans doute en prit
connaissance avant qu'il füt lu au peuple. Paul de Césarée remet
son /tbellus à Augustin, avec priére d'en faire donner lecture.
Pour impressionner davantage les assistants, on fait en méme
temps comparaitre celui qui reconnait par écrit avoir été l'objet
d'une faveur céleste. La scéne du mardi de Páques à Hippone
n'est nullement isolée, Au début du second livre des miracles
d'Uzalum, on rappelle ce qui s'est passé lors de la lecture du pre-
mier. À chaque miracle on était allé chercher dans la foule
le privilégié dont il était fait mention : Ubi enim pronuntiaverat
lector quamlibet historiam, verbi gratia primitus de. quadam .caeca
postea illuminata (3), statim. terminato sermone, haec eadem persona
requisita in. populo, el inventa, et in medium. omnis. ecclesiae. pro-
ducta, admirantibus el congratulanlibus, videbatur sola iam sine
ullo comite ac duce, sicut. prius. solebat, 1ncedere, tpsaque etiam. per
se gradus absidae conscendens, universis. eminus conspicienda astabat...
Item cum de paralitico sanatio multis antea. cognito. praecessit lectio (4),
continuo idem qui ab eiusmodi infirmitate. fuerat. curatus, similiter
productus populo propriis gradiens. passibus, cum tottus ecclestae magno
gaudio cernebatur (5).
S. Augustin a l'air de dire que les /ibe/lt ne sont destinés à étre
lus qu'une fois, c'est-à-dire, comme nous le voyons, presque aussi-
tót aprés l'événement méme : semel hoc audiunt. qui adsunt. plures-
que non adsunt, ut nec 1llt qui adfuerunt post aliquot dtes quod. audie-
runt retineant (6). Il ne faut pas entendre la phrase avec cette
(1) Sermo 324, t. c., p. 1446-47 ; De civitate Dei, HorrMANN, t. II, p. 612. —
(a) De civitate Dei, t. c., p. 608. — — (3) BHL.7860, c. 3. — (4) Ibid. c. 1a. —
(5) BHL. 7861, c. 1. — |. (6) De civitate Dei, l. c., p. 6cg.
-— —— M —
LES PREMIERS « LIBELLI MIRACULORUM ?» 433
rigueur. Le saint docteur oppose la publicité des miracles canoni-
ques, constamment rappelés aux fidéles par la lecture des saints
livres, à celle, beaucoup plus restreinte. des miracles modernes. Il
n'est pas improbable qu'on reprenait quelques-uns de ces /ibellt à
. l'occasion de la féte de S. Étienne, comme cela semble s'étre pra-
tiqué à Uzalum : Haec interim de multis el pene. infinitis miraculis
pauciora. decerpsimus, ne. in. praesenti audstortbus | propter. festivita-
lem emarlyris de longinquo advenientibus forsitan oneri esse posse-
. mus (1).
S. Augustin, dans ses sermons, rafraíchissait parfois la mémoire
de ses auditeurs en tirant quelque legon d'un J/ibelius présenté peu
de temps auparavant : Ego aliquando memoror de libellis miraculorum
martyrum quae 1n conspectu. vestrum leguntur. Ante dies lectus est qui-
dam libellus etc. (2). On peut croire, d'apres ce texte, que d'autres
martyrs que S. Étienne faisaient également des miracles à Hip-
pone. Et en effet, les XX martyrs y étaient également invoqués
avec succes (3).
Il va sans dire que les /:be//i étaient conservés dans les archives
de l'église. En moins de deux ans, S. Augustin en avait recueilli
prés de soixante-dix à Hippone ; à Calama, oü l'usage était mieux
observé et datait de plus haut, on en avait incomparablement
plus.
Nous ne savons si la méthode introduite par S. Augustin dans
son diocese et dans les diocéses voisins franchit ces étroites limites
et passa à d'autres provinces. Considéré en lui-méme, comme sim-
ple relation ou procés-verbal, la pratique du /ibel/us parait si natu-
relle quel'idée en a dà venir un peu partout od se produisaient
des faits extraordinaires dont la mémoire méritait d'étre conser-
vée. On sait que les iópara écrits sur le bronze ou le marbre dans
les temples d'Esculape rappellent souvent, à s'y méprendre, les
récits de guérison de nos sanctuaires ; il serait étonnant que, de
bonne heure, dans les /oca sanctorum, on n'eüt pas tenuregistre des
faveurs qu'on y obtenait.
Il était naturel aussi qu'aprés un certain temps, ces récits fus-
sent réunis en collection, et c'est ainsi qu'ils donnérent naissance
à un genre de littérature qui prit, au moyen áge, un immense
développement. Les premiers échantillons que nous avons de
recueils de Miracles sont le chapitre VIII du livre XXII de la
Cité de Dieu, et les deux livres de miracles de S. Étienne d'Uzalum.
Nous y trouvons déjà en germe tout ce qui donne à cette classe
(1) BHL. 7860, c. 15,2. — (a) Serm. 286, P. L.,t. XXXVIII, p. xa10. — (3) De
civitate Dei, t. c., p. 604.
434 LES PREMIERS « LIBELLI MIRACULORUM »
d'écrits sa physionomie et sa valeur un peu spéciale, A peu prés
tous les genres de faveurs temporelles y sont représentés : des
aveugles, des sourds, des paralytiques, des malades de toute sorte
sont guéris, des morts ressuscités, des biens recouvrés, des captifs
délivrés; tantót le miracle est instantané, tantót il est le fruit de
la persévérance ; souvent le saint lui-méme se montre à son client.
Déjà aussi s'affirme le caractére composite de ces compilations,
À cóté des libellt mis à profit et par S. Augustin et par le secrétaire
d'Évode, il y a des récits oü l'imagination populaire joue un róle
incontestable, et à cóté de narrations qui ont une allure documen-
taire, on en trouve qui rappellent plutót l'anecdote et ne manquent
pas d'un certain piquant. L'ensemble est d'un haut intérét pour
la connaissance des moeurs du temps et de la discipline ecclé-
siastique.
Que faut-il penser de la méthode de S, Augustin et de ses résul-
tats ? Elle est incontestablement efficace pour donner aux faits
une grande notoriété ; elle l'est beaucoup moins pour arriver à
définir leur nature, et l'appel à la foule est ce qui doit paraítre aux
hommes de notre siécle ce qu'il y a de plus opposé à tous les pro-
cédés scientifiques. Mais on ne niera pas la sincérité de l'effort, et
une collection de /t5ellt originaux, n'ayant point subi les déforma-
tions habituelles pour passer dans une compilation, serait pour
nous un trésor inappréciable, un document autrement sür que la
prose des meilleurs hagiographes. Mais il nous manquerait tou-
jours quelques éléments essentiels, dont Augustin sentait déjà
vaguement la nécessité, et auxquels il essayait de suppléer de son
mieux. Il n'y a point réussi, et il le constate avec quelque mélan-
colie : semel hoc. audiunt qui adsunt. pluresque. won adsunt. ut nec illt
qui adfuerunt, post aliquot dies quod audierunt mente retincant et vix
quisque reperiatur illorum, qui et, quem non adfutsse cognoverit, indicet
quod audwit (1).Malgré tout, on ne réussissait pas à vaincre l'indif-
férence que le public semblait éprouver pour les miracles moder-
nes. Quel que füt, à toute époque, le goüt du peuple pour le mer-
veilleux, on ne parvint jamais, méme au moyen áge, à donner
un sérieux crédit aux recueils de miracles. Les théologiens n'y
vont point puiser, et semblent affecter de les ignorer. L'auto-
rité de S. Augustin aurait pu leur donner droit de cité dans
l'école, et il travailla à les faire entrer dans le cadre de la
démonstration chrétienne. Là encore son réve ne fut point
réalisé. H. D.
(1) De civitate Det, t. c., p. 609.
GATANOPOLIS.
L'archéologue digne de ce nom n'est pas celui qui s'entend à
fouiller le sol, à lever le plan d'un vieil édifice, à déchiffrer une
inscription. Il doit savoir interroger les ruines, donner une voix à
la matiére inerte et recueillir un témoignage là oüà le profane
n'apercoit la plupart du temps que des débris informes, des traces
d'écriture sans signification.
Sir William M. Ramsay est depuis longtemps classé parmi les
archéologues les plus habiles et les plus heureux de notre époque.
Ses fréquentes expéditions,— un de nos amis a relevé en 1908, sur
le registre de l'hótel de Gondjeli, la dix-huitiéme — lui ont assuré
une autorité incontestée en tout ce qui touche à la connaissance de
l'Asie Mineure. Servi, dans ses explorations, par une vaste érudi-
tion et une imagination toujours en éveil. il nous a rapporté plus
d'une fois des découvertes de premier ordre. Áussi n'est-ce pas
sans une certaine joie, mélée d'une vive curiosité, qu'en parcou-
rant son dernier ouvrage nous avons rencontré à propos d'une
inscription nouvellement découverte, cette phrase, pour nous
pleine de promesses: « Nous retrouvons donc, gráce à cette
« borne miliaire, en méme temps que le nom byzantin de la cité le
« souvenir d'un événement intéressant dans l'histoire des origines
« chrétiennes, un grand massacre de martyrs à Ancyre sous Tra-
« jan ou sous Domitien (1). »
Ce ne serait pas la premiére fois qu'un monument, banal en
apparence, donnerait la clef d'un probléme historique de grande
importance. Suivons donc M. Ramsay dans ses recherches.
La pierre a été trouvée au Kara Dagh à prés de soixante milles
de Konia, l'anciemne Iconium en Lycaonie. Elle ne paie pas de
mine, au moins s'il faut en juger par le dessin un peu sommaire
de la pl. 378, n. 5. Ni la paléographie, qui est d'une extréme
rudesse, ni la disposition, ni aucune particularité caractéristique
ne parlent à l'aeil, outre que letexte n'offre aucun sens bien sai-
sissable. C'est une de ces inscriptions sans áge et sans cachet
qu'on est tenté de dédaigner pour courir à des marbres plus
élégants qui se classent sans difficulté ; et il faut vraiment s'appe-
(rz) W. M. RAMsAY and Gertrude BELL, The thousand and one Churches (Lon-
don, 1909), p. 514.
436 GAIANOPOLIS
ler Ramsay pour deviner qu'il y alà un lambeau d'histoire à
recueillir. Lisons d'abord le texte, tout en déplorant de ne pou-
voir l'accompagner d'une reproduction exacte donnant la physio-
nomie de l'ensemble.
IOKONIOY &r]ó Kovíou
OF AOHN óvoóón v'
NHEICI A vn. eic fa
EIANOY eia voO
LR II Fr
La transcription est celle de M. Ramsay. Elle est ingénieuse et,
malgré tout ce que ces quelques lignes présentent de détails inusi-
tés, nous devons jusqu'à meilleur avis, nous y tenir, sur l'autorité
d'un homme qui a lu plus d'inscriptions que n'importe qui d'entre
nous, et qui les a lues sur place. M. Ramsay regarde donc la pierre
en question comme une borne miliaire, et traduit : « De Konia
cinquante huit 58. A la (ville) de Gaianus trois (milles). »
On aura remarqué les particularités les plus saillantes du texte.
Le premier nombre des milles est exprimé de deux facons, en chif-
fres v' eten toutes lettres, du moins pour les unités (óv06n), celles-
ci précédant les dizaines (v). M. Ramsay n'est point choqué de ces
anomalies, qui se rencontrent, dit-il, dans les manuscrits. Et il
cite comme paralléle le texte des Actes, XIX. 9, d'aprés le codex
Bezae: ámó dag e éug bekátngc.
Ceci est incontestable, et l'on pourrait multiplier les exemples
du mélange des styles. Ce n'est pas seulement dans les vieux
manuscrits qu'on en découvrirait. On citerait telle annonce nécro-
logique contemporaine d'un défunt ágé de qutzze ans, 4 mots el 11
Jours. Mais de pareilles analogies ne suffisent pas pour nous tran-
quilliser tout à fait. Outre qu'un texte lapidaire serait bien plus
concluant qu'une phrase de manuscrit, il faudrait, pour avoir un
cas tout à fait similaire, trouver une rédaction oü le mélange se
combine d'une répétition, quelque chose comme : ctinquante-8 58.
Et notez cette bizarrerie que, dans le grec, la premiére notation
met les unités avant les dizaines, tandis que la seconde fait norma-
lement précéder les dizaines. Tout cela est unique en épigraphie
et, comme un miliaire est avant tout destiné à renseigner les voya-
geurs, on en arriverait à soupconner ceux qui ont placé celui-ci
d'avoir cherché à dérouter le monde. Pour l'honneur des gens du
pays, il faut souhaiter qu'on découvre une meilleure lecture.
À la fin du texte, M. Ramsay trouve également une double nota-
tion du chiffre des milles, l'une en latin, l'autre en grec. Ceci est
GAIANOPOLIS 437
encore bien étrange.Le double chiffre se rencontre sur les miliaires
bilingues. On congoit à la rigueur que pour guider le vovageur, les
inscriptions latines du pays portent le chiffre grec à cóté du latin,
et M. Ramsay en donne un exemple qui ne parait pas bien cer-
tain (1) et surla lecture duquel il a lui-méme éprouvé des hésita- -
tions (2). Mais pourquoi le chiffre III sur une inscription destinée
à des passants qui ne savaient que le grec — car elle serait de
l'époque byzantine ? Enfin pourquoi le nombre cinquante huit
marquant la distance à partir d'Iconium n'estil pas compté
également en latin? Ce serait, me semble-t-il, réduire les difficul- -
tés de l'inscription en lisant simplement M(uMópiov) f.
Mais n'insistons pas outre mesure sur ce qui peut paraiítre acces-
soire à notre point de vue. Venons-en aux parties de l'inscription
qui lui donnent un sens historique.
La forme Kóviov pour 'Ikóviov ne peut créer aucun embarras.
M. Ramsay. rappelle à propos, en le corrigeant, un passage de
Chalcondyle, oà figure Toxóveiov — tó Kóveiov (3).
Il s'agit surtout de savoir ce que veut dire le mot que M. Ram-
say lit. l'aeavoO. Il n'hésite pas à suppléer le mot móMg, età
créer le nom, inconnu jusqu'ici, de faiavoUmoli, la ville de
Gaianus. La suppression du mot 1róNiG n'est pas sans exemple. On
dit : eig Tv GiiabéAgpov, fj Kuvotavtíivou etc. Pour M. Ram-
say l'awavoUroMg est une sorte de surnom chrétien dans le genre
de Stauropolis donné à Aphrodisias, de Théopolis à Prusa.
Gaianus est un martyr célébre dont le tombeau est devenu un
grand centre de pélerinage. La ville qui l'abritait, située à quelques
soixante milles au sud-est d'Iconium, a fini par étre désignée sous
son vocable.
Ce n'est pas au nom de la pure vraisemblance que nous hésite-
rions à souscrire à l'hypothése hardie de M. Ramsay. Rosapha en
Syrie doit son nom de Sergiopolis au tombeau de S. Sergius ;
Euchaita dans le Pont a de méme recu de son patron S. Théodore
le titre de Théodoropolis, et s'il était constant que dans les envi-
rons du Kara Dagh un saint du nom de Gaianus était spécialement
honoré, si l'on connaissait seulement S. Gaianus comme un mar-
tyr deLvcaonie,on applaudirait à la perspicacité de l'archéologue,
devinant, sur les vagues indications d'un texte obscur, l'emplace-
ment de son tombeau et révélant en méme temps l'antique célé-
brité d'un pélerinage depuis longtemps oub!ié. Mais si du culte
d'un S. Gaianus on ne retrouve pas la moindre trace qui puisse
(x) C. I. L. III. 7171. — (2) Mitiheilungen des deutschen Archaeologischen
Institutes in. Athen, t. VIL (1882), p. 130. — (3) Histor., |. V., BEKKER, p. 243.
438 GAIANOPOLIS
donner quelque consistance à l'identification du problématique
aigvóg avec ce martyr'et à toutes les conséquences qu'on en
tire ?
Or, je crains bien que ce ne soit là la conclusion derniére devant
laquelle vont échouer les ingénieuses combinaisons de M. Ramsay.
Bien entendu, il n'a pas créé un S. Gaianus pour les besoins de
la cause, et il n'a pas manqué d'aller à la seule source qui, en
pareille occurrence, puisse donner un résultat satisfaisant, le mar-
tyrologe oriental représenté par l'abrégé syriaque et par l'hiéro-
nymien. Les martyrs du nom de Gaianus n'y manquent pas; mais,
enyregardant, on voit que ceux du 3t aoüt et du 4 septembre
seuls doivent étre pris en considération.
Le martyrologe syriaque, porte à ces deux dates :
31 AOUT : év "Ayküpa l'iNog uáprup xai Érepot c'
4 SEPTEMBRE : év "Ayxópa MápxkeMAog xai érepoi m.
Il va sans dire que f[iAog n'est pas Gaianus, et représente
peut-étre le nom de la province de Galatie accolé à celui d'Ancyre.
Mais il faut consulter l'hiéronymien aux dates correspondantes.
31 AOUT : t^ Anctra Galitiae Gatani, Iuliani, Rufini, Vincenti, Ssl-
vani ei Italicae, Emiliant, Florenti etc.
. 4 SEPTEMBRE : 44 Ancira Galittae Marcelli, Gatani, Belpidi, Antoni,
Rufini, Silvam,, Eustoct, Maximi, Eusebti, item Gaisani, Italicae, Gau-
suis etc.
Nous nous heurtons ici aux obscurités habituelles de la compi-
lation hiéronymienne. Elle présente deux listes confuses avec des
répétitions évidentes et des contaminations dont il est presque
impossible dela dégager. Le procédé sommaire de M. Ramsay, -
consistant à corriger « the obvious errors » ne saurait nous satis-
faire, et dans les séries ci-dessus, nous n'oserions rattacher à
Anuncyre que Marcellus, suffisamment attesté par le martyrologe
syriaque, et aussi Gatsulus, Gaisatus, un nom celtique bien carac-
térisé, suivant la remarque de M. Ramsay.
Mais n'y mettons pas de mauvais vouloir, et acceptons provisoi-.
rement les deux listes de M. Ramsay, avec Gaianus en téte,
malgré la difficulté résultant de la présence du méme personnage
dans deux groupes différents, que le syriaque distingue nettement.
Il restera toujours que Gaianus est un martyr d'Ancyre, et qu'Án-
cyre est trés loin d'Iconium, plus loin encore de la ville qui serait
Gaianopolis,
GAIANOPOLIS — 439
Mais M. Ramsay a pensé à tout, et explique aisément que Gaia-
nus a pu souffrir le martyre à Ancyre et étre enterré ailleurs.
« La troupe des martyrs », nous fait-il remarquer, « était, cela va
« sans dire, recrutée de divers points de la province, et pour une
« certaine raison, Gaianus en étaitla figure la plus en vue (the
« striking figure). Si l'événement eut lieu avant que Hadrien pla-
« cát Maden-Sheher (1) dans la triple éparchie (Cilicie — Isaurie
« — Lycaonie), un natif de cet endroit devait étre jugé et exécuté
« à Ancyre ; plus tard il l'aurait été à Tarse (2). »
Mettons encore que tout cela se vérifie. Il faudra conclure, avec
M. Ramsay, que Gaianus, originaire de la ville qui porta plus tard
son nom, fut englobé dans des poursuites dirigées contre une :
troupe de chrétiens à l'époque oà la Lycaonie était rattachée à la
Galatie. Le procés eut lieu à Ancyre et se termina par une con-
damnation. Le corps de Gaianus fut ramené dans sa ville natale,
oü il devint le centre d'un culte intense.
Que d'hypothéses accumulées ! Oublions qu'il y a deux troupes
de martyrs d'Ancyre, et que c'est de sa propre autorité que le sub-
til archéologue expulse Marcellus de celle du 4 septembre pour
mettre à sa téte Gaianus. Pour défendre la thése, 1l est en outre
amené à affirmer ou à sous-entendre que le Gaianus du martyro-
loge hiéronymien n'était pas originaire d'Ancyre, qu'il était le
personnage le plus en relief detout le groupe, que les jugements -
etles exécutions n'avaient jamais lieu que dans les métropoles,
qu'une translation de reliques priva la ville d'Ancyre d'un de ses
martyrs.
Mais c'est précisément là le point que l'on ne saurait établir, le
témoignage du martyrologe ne portant pas sur le lieu oü les mar-
tyrs ont souffert la mort, mais sur celui de leur sépulture. En effet,
le martvrologe est une liste de fétes locales ; en régle générale, la
féte qu'il enregistre est celle de l'anniversaire du martyr, et dans
les temps antiques, l'anniversaire se célébre ordinairement sur le
tombeau. De la formule Iz Ancyra Galatiae Gatani 1 faudrait donc
logiquement conclure que Gaianus était vénéré à Ancyre en
Galatie. De son culte en Lycaonie il n'y a pas la moindre trace ni
dans l'hiéronymien ni ailleurs.
Le lecteur qui a escompté la bonne fortune d'une inscription
(1)Maden-Shceher —cité des mines, est le nom officiel de Bin-Bir:Kilsise —Les
mille et une églises. — (2) The thousand and one Churches, p. 514. A la fin de
la phrase, M. Ramsay renvoie le lecteur aux Actes des SS. Claudius ctc. 23
aoüt, p. 597. Ce doit étre une distraction. Ni les Áctes indiqués ni la page des
Ácta sanctorum ne contiennent rien qui se rapporte à la question:
440 GAIANOPOLIS
attestant le culte d'un martyr historique et mettant en lumiére
une page oubliée des annales des persécutions, éprouvera quelque
déception. Notre attente n'a pas été moins trompée que la sienne.
Qu'il ne nous demande pas comment, en définitive, nous compre-
nons le texte si ingénieusement commenté par M. Ramsay, et si
l'inscription porte bien le nom de Gaianus, et quel est ce Gaianus.
Nous n'en savons rien. Il est beau de faire parler les pierres, à con-
dition qu'elles aient quelque chose à dire. La prudence semble
exiger que, jusqu'à plus ample informé, on s'abstienne d'inscrire
sur la carte d'Asie Mineure le nom de Gaianopolis et d'ajouter une
page essentielle à la glorta postuma de S. Gaianus.
H. D.
bülkenensmeum nne NEN mn dii" MN ———— cce
X wem o 0v o PP Pan
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BULLETIN
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES.
N. B. Les ouvrages marqués d'un astérisque ont été envoyés
à la rédaction.
135. — Bibliotheca hagiographica orientalis. Ediderunt Soci Bor-
LANDIANI. Bruxellis, 1910, in-85, xxi1-288 pp. — Depuis le jour oü nous
avons annoncé le prochain achévement de ce volume, nos lecteurs ont eu
le temps de se demander s'il paraitrait jamais. Le voici enfin, non pas tel
en tous points que nous l'avions d'abord projeté, mais tel que les circon-
stances nous ont permis de le réaliser. Les textes hagiographiques édités
en arabe, arménien, copte, éthiopien et syriaque, y sont enregistrés d'aprés
les régles suivies dans la BHL. etla BHG., sauf quelques ditlérences
imposées par la nature spéciale du sujet. ÀÁvec le temps, s'il plait à Dieu,
la série ainsi commencée se complétera par d'autres répertoires consacrés
aux anciennes littératures slave, romane, celtique, etc. Pour justifier son
titre, celui-ci devrait encore comprendre au moins l'hagiographie géor-
gienne, si importante à tant d'égards. Il a fallu y renoncer provisoirement,
pour des raisons d'ordre pratique. Sur d'autres points, notre programme
S'est trouvé limité par le degré d'avancement de certaines publications
orientales, notamment des éditions de synaxaires commencées dans la
Patrologia orientalis et le Corpus scriplorum christianorum orientalium.
Nous aurons à ccr de combler ces lacunes, en devangant au besoin le
jour, peut-étre bien éloigné, oü ce livre pourra étre refait sur un plan
élargi.
Le personnel de l'Imprimerie Catholique de Beyrouth s'est employé
avec autant d'habileté que de complaisance à nous faciliter la táche malai-
sée d'imprimer à si longue distance un ouvrage de cette nature. Malgré
ses eflorts et les nótres, bien des erreurs ont dü nous échapper. Nous
espérons que la bienveillance des lecteurs, pour qui nous avons travaillé,
nous aidera à les réparer. p.qu.
136. — Albertus PoxceLEr, S. I. Catalogus codicum hagiographi-
corum latinorum bibliothecae "Vaticanae. Bruxellis, r9ro, in-8",
ANAL. BOLL. XXIX. 20
442 BULLETIN
VIII-595 pp. — Ce volume est le pendant et, en quelque sorte, le complé-
ment de celui que nous avons consacré à l'ensemble des autres bibliothé-
ques romaines et qui, publié en appendice à nos Azalecía, a été achevé en
1909. La Vaticane méritait une place à part, ne füt-ce que pour l'abon-
dance des manuscrits hagiographiques qu'elle renferme. Gráce à un renvoi
constant, chaque fois que c'était praticable, à la bibliographie enregistrée
dans la Bibliotheca hagtographica latina, il a été possible d'identifier dans
ce volume, relativement peu étendu, les documents hagiographiques
antérieurs au XVI-* siécle contenus dans environ 650 manuscrits des divers
fonds qui composent la Vaticane.
L'antique et illustre bibliothéque a été et est plus que jamais un centre
si intense de travail qu'il ne fallait pas espérer rencontrer beaucoup de
textes inédits de quelque valeur. On trouvera toutefois dans l'appendice
(D. 493-554) une bonne quinzaine de piéces, de longueur variable. Ce
sont presque tous de ces textes qui ne sont ni assez importants pour
mériter d'étre publiés à part, ni assez insignifiants pour qu'il ne füt pas
désirable de les voir imprimés un jour ou l'autre. Plusieurs, par ex., les
numéros III et VI, ont du moins l'avantage de compléter les notices trés
sommaires que nos prédécesseurs, faute de documents, avaient consacrées
dans les Acía SS. à tel ou tel groupe de saints. A. P.
137. — * Martyrologium Romanum, Gregorit XIII 1ussu editum,
Urbani VIII ct. Clementis X auctoritate recognilum ac. deinde. anno
MDCCXLIX Benedicti XIV labore et studio auctum ct castigatum. Editio
V Taurinensis, in qua sanctorum et beatorum extant elogia ad haec usque
tempora adprobata. Taurini, Marietti, 1910, in-85, xct1-446 pp. L. 3,50. —
Édition trés commode et à la portée de toutes les bourses du martyrologe
Romain,avec les derniéres retouches officielles,parmi lesquelles nous signa-
lerons,au 22 juin, cette addition à la notice de S.Paulin de Nole,relatant un
fait assez rare dans l'histoire du culte des reliques : Fzus corpus Bene-
ventum, inde Romam translatum, iussu Ptt papae decimi Nolae restitulum
futt. Et cette autre, en téte des notices du 6 mars: Sanctarum Perpetuae et
Felicitatis martyrum, quae nonis martit gloriosam marlyriz coronam a
Domino receperunt. L'annonce traditionnelle au 7 mars est demeurée,
avec un rappel au 6. On sait que la féte des deux célébres martyres, obscur-
cie depuis longtemps par celle de S. Thomas d'Aquin, sera désormais
célébrée sous le rite double; ce qui ne manquera pas de réjouir tous les
cultores martyrum. H. D.
138. — Boninus Mownnrrivus. Sanctuarium seu Vitae sanctorum.
Novam hanc editionem curaverunt duo Monachi Solesmenses. Paris,
Fontemoing, I91o, deux volumes gr. in-8», xxx1-687 et 835 pp. Fr. 60. —
C'est une excellente idée qu'ont eue les Péres de Solesmes de réimprimer
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 44.9
le Mombritius. On sait combien le précieux incunable est rare, combien
aussi il est important ou, pour mieux dire, indispensable à quiconque doit
utiliser, d'une maniére un peu étendue, la littérature hagiographique.
Nombreuses sont les Vies et Passions de saints dont l'unique édition doit
étre cherchée dans ces vénérables volumes ; nombreuses aussi celles dont
Mombritius seul donne jusqu'à présent le texte original, que des éditeurs
plus récents, Surius par exemple, ont abrégé, retouché, récrit souvent en
latin classique. Mais méme les quelques privilégiés qui possédaient l'édition
originale seront heureux d'avoir sous la main, dans deux volumes de for-
mat maniable et d'une typographie fort claire, le contenu intégral des deux
in-folios criblés d'abréviations et d'une lecture parfois malaisée.
Il ne pouvait étre question, cela va de soi, d'entreprendre une édition
critique des trois cent et quelques piéces que comprend le Sanctuarium.
Le seul parti sage et pratique était de réimprimer tel quel, avecla plus
grande exactitude, le Mombritius lui-méme, et c'est à cela que les nouveaux
éditeurs ont donné tous leurs soins. lls ont voulu faire plus cependant,
mais en s'abstenant de toucher au texte. Sans parler d'une abondante table
analytique (t. II, p. 761-833), qui est la bienvenue, ils ont mis à la fin de
chaque volume un dossier considérable de « Correctiones, variae lectiones
et notae » (t. I, p. 615-684 ; t. Il, p. 657-758). On y constatera et on y
regrettera, je le crains, l'absence d'un plan méthodique. La répartition des
notes est inégale et semble méme capricieuse ; leur nature aussi est trés
disparate : pour tel texte, elles concernent la bibliographie, pour tel autre
l'étude critique de la légende, le culte liturgique du sairit, etc. etc. Quant
aux « Variae lectiones », souvent, et on ne peut que s'en louer, le texte
de Mombritius étant bien fautif par. endroits, elles sont empruntées soit à
. quelques manuscrits anciens, soit à une édition récente et meilleure ; mais
il arrive aussi, et pas si rarement, que ce qu'on donne comme variantes,
ce sont les lecons d'une autre recension de telle Vie ou Passion, ou méme
que ce sont tout simplement les changements apportés au texte original
par les éditeurs du XVI* siécle (Beauxamis, Surius), qui « stilum muta-
verunt ».
En téte du premier volume, outre des « selecta testimonia de vita et
operibus Bonini Mombritii » (p. xirr-xxix), empruntés à des bibliographes
. du XVIII: siécle (1), on trouve une préface (p. vii-xi), oü l'on met en relief
l'importance du Sazctuarium et oü l'on explique la nature de la présente
réimpression. ll y avait lieu, et les éditeurs n'y ont pas manqué, de se
préoccuper des sources manuscrites auxquelles Mombritius a puisé ; mais
(1) A la liste des cuvres de Mombritius, reproduite d'aprés ces auteurs,
onaurait pu ajouter la Vie de Ste Catherine d'Alexandtie en vers italiens,
signalée par le P. VAN DEN GHEYN dans la Revue des bibltothéques et. archives de
Belgique, 1905, p. 261-66.
444 BULLETIN
le paragraphe consacré à cette question importante (p. x) est sommaire et
peusatisfaisant. Les éditeurs ont trouvé dans un ouvrage postérieur de
deux siécles environ à Mombritius, le Herolextcon de Domenico Magri,
l'affirmation suivante : « Mombritianus, qui ex antiquo Passionario in per-
« gameno manuscripto, in archivio Lateranensi conservato, Acta sancto-
« rum descripserat.» lls constatent, d'autre part,que les quelques légendiers
actuellement conservés au Latran (cf. Catal. Lat. Rom., 49-79) n'ont pas
servi à Mombritius, et se croient dés lors autorisés à conclure: « Ignotos
« igitur, sed etiam, res dolenda, forsan ex toto deperditos codices a Mom-
« britio exscriptos fateri necesse est », et quelques lignes plus loin, oubliant,
semble-t-il, le forsax qu'ils viennent d'écrire, ils disent : «Hinc etiam non
« minime crescit Sazcíuarit nostri pretium, quod deperditorum codicum
« locumtenens, pro ipsis iure haberi iam non tantum possit, sed et debeat. »
Conclusion prematurée, croyons-nous. Il ne fallait pas abandonner si tót
la partie et se borner à examiner les cinq. manuscrits du Latran. Qui sait
si ceux de Milan, oü Mombritius a vécu et oü il a imprimé son Sanctua-
Yium, ne réservent pas d'heureuses surprises ? A. P.
139. — * B. KnuscH et W. LevisoN. Passiones Vitaeque sanctorum
aevi merovingici. Hanovre, Hahn, 1910, in-45, virt-834 pp., 22 fac-simi-
lés en phototypie (2 MoNuMENTA GERMANIAE HISIORICA. SCRIPTORUM
RERUM MEROVINGICARUM tomus V). Mk. 40. —Les trois volumes précédents
des Scriptores rerum. merovingtcarum, parus respectivement en 1888,
1896 et 1902, sont tout entiers de la main robuste et experte de M. Bruno
Krusch. Or voici qu'aprés avoir porté seul, durant tant d'années, le poids
d'une táche ardue, un collaborateur lui est venu, et il en exprime sa joie .
dans la préface du tome V. Le professeur W. Levison n'est du reste
pas un inconnu. Depuis tantót dix ans, il n'est guére de volume des
Analecla oà nous n'ayons eu à signaler, de luj, un ou méme plusieurs
travaux hagiographiques, tous marqués au coin dela science la plus probe
et de la critique àla fois la plus ferme et la plus éclairée. Formé à bonne
école et rompu aux vraies méthodes, il a, lui aussi, rendu déjà des services
éminents à nos études. Bref, comme le constate M. Krusch, si la page de
titre porte désormais deux noms, l'esprit est resté le méme, et les deux
éditeurs montrent une égale fermeté à réaliser ce qu'on attend d'eux : sépa-
rer, dans la masse énorme et fort mélée de la littérature hagiographique
mérovingienne, l'ivraie du bon grain, le vrai etles piéces authentiques du
faux et des faux, les légendes sans valeur des documents de bon aloi ; tous
deux aussi font preuve, dans l'édition des textes ainsi étudiés et critiqués,
d'une admirable compétence, et la maitrise avec laquelle M. Krusch
manie, cette fois encore, les ressorts délicats de la technique philologique,
est plus d'une fois égalée par son jeune collégue.
A part l'histoire de Wamba, roi des Wisigoths, par S. Julien de Toléde
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 445
(n9 XVI, p. 486-535, de M. Levison), tout le volume est rempli par des
piéces hagiographiques, qui concernent vingt-sept saints. Elles sont ran-
gées chronologiquement — d'aprés la date certaine ou approximative de la
mort de chacun — et nous ménent à la fin du VII* siécle. Parmi elles, il en
est d'excellentes et qui présentent, méme au point de vue strictement
historique, un intérét considérable. Mais les autres aussi, dont le caractére
légendaire et le peu de valeur est, soit mis en lumiére ici pour la pre-
miére fois, soit simplement confirmé, ce n'est pas sansprofit que les savants
éditeurs s'en sont occupés. Outre qu'ils nous donnent, presque toujours,
un texte notablement amélioré des documents dont il s'agit, les prolégomé-
nes de ces éditions renferment sur chaque saint autant de petites disser-
tations trés fouillées et oà une multitude de choses sont mises au point. On
y refait notamment, d'aprés les piéces d'archives, l'histoire des églises et
des abbayes, de leur fondation, de la constitution de leurs domaines. Les
historiens y trouveront des matériaux mis à pied d'ceuvre et des renseigne-.
ments précis et solides, et s'ils hésiteront parfois à adopter telle ou telle
opinion énoncée par les éditeurs, ils ne pourront jamais se dispenser d'en
tenir compte.
La disposition et l'allure générale du travail étant les mémes que dans les
volumes précédents — aussi bien, on trouverait difficilement à faire mieux,
— nous nous permettons de renvoyer à ce que nous avons écrit jadis sur
les tomes III et IV (Ana. Boll. XVI, 83-84 ; XXII, 103-104) et nous analy-
serons sommairement le contenu de l'ouvrage.
I. (p. 1-24). Vita Wandregiselt. abbatis Fontancllensis (ed. Krusch).
C'est le texte BHL. 8804, écrit par un contemporain, dans une langue
d'une rare barbarie. Le récit est peu fourni, mais c'est le seul qui soit uti-
lisable pour l'histoire et la chronologie de S. Wandrille.L'autre Vie (BHL.
8805) date du milieu du IX* siécle ; ce n'est pas un bon texte gáté par des
interpolations, comme l'a cru M. Legris, mais l'ouvrage d'un faussaire, et
de méme que les Gesía abbatum, eux aussi du IX* siécle, elle est complé-
tement inutile pour l'historien du saint. Celui-ci est mort avant 672, mais
on ne peut préciser davantage.
II. (p. 25-40). Vita Germani abbatis Grandivallensts auctore. Boboleno
presbytero (ed. Krusch). BHL. 3467. L'auteur n'était pas merveilleuse-
ment doué ; mais il écrivait peu de temps aprés la mort du saint (vers 675),
et son opuscule, tout maigre et rustique qu'il est, mérite confiance ; il n'est
pas sans utilité pour l'histoire ecclésiastique et civile. Gráce à un manus-
crit de Saint-Gall, M. Kr. a pu restituer au texte sa barbarie originelle.
III. (p. 40-66). Vita Sadalbergae abbatissae Laudunensis (ed. Krusch).
C'est là le vrai nom de la sainte, appelée ailleurs Sad/aberga, Salaberga. ll
est fourni par la Vie de S. Colomban, oü l'on trouvera sur la sainte abbesse
des renseignements autorisés. Jonas nous y apprend notamment qu'elle
garda inviolablement sa virginité, Or le biographe de Salaberge (BHL
446 BULLETIN
7463) la fait deux fois épouse et cinq fois mére. Etil se donne comme con-
temporain de son héroine ! En réalité, l'ouvrage date seulement du com-
mencement du IX* siécle et diverses autres observations confirment le
jugement défavorable que la comparaison avec Jonas avait déjà suggéré.
. IV. (p. 67-88). Vita Frodobert: abbatis Cellensis auctore. Adsone (ed.
Levison). La Vie (BHL. 3178) est bien l'oeuvre d'Adson ; elle est donc
postérieure au saint d'environ trois siécles. On peut y distinguer deux
parties : l'histoire du saint (ch. 1-24) et le récit d'événements postérieurs,
surtout du IX* siécle (ch. 25-36). Pour la premiére partie, Adson prétend
avoir utilisé une trés courte Vie écrite par un disciple de Frodobert. M. L.
hésiteà l'en croire et trouve cette partie trés suspecte, à part ce qui est
confirmé par ailleurs. Ceci nous parait discutable, etles motifs de suspi-
cion, plutót faibles.
V. (p. 88-111). Vita Remacit episcopi et abbatis (ed. Krusch). Prolégo-
ménes fort intéressants et qui renversent les idées regues. S. Remacle est
un évéque-abbé : abbé de Solignac d'abord, puis abbé-évéque de Stavelot-
Malmédy, à la maniére des « Scotti » ou Irlandais ; mais il ne fut pas
évéque de Tongres-Maestricht : c'est là une combinaison postérieure, qui
apparait d'abord dans la Vita S. Trudonis, vers la fin du VIII* siécle, puis
dans la Vita S. Remacli (BHL. 7113), au commencement du IX*; cette
derniére est sans valeur. M. Krusch croit que l'évéque Notger a peut-étre
eu plus de part qu'on ne pense ordinairement dans la composition de
l'autre Vie de Remacle (DHL. 7115 et 7116 ; M. Kr. publie seulement la
lettre de Notker avec de courts fragments du texte) et dela translation de
S. Landoald ; c'est beaucoup dire, d'aprés lui, que de les attribuer entiére-
ment à Hériger de Lobbes. Tout le monde ne partagera pas cet avis.
.. VI. (p.112-128). Vita Vincentian confessoris Avolcensts auctore Pseudo-
Hermenberto (ed. Levison). M. Krusch a signalé jadis (cf. Azxal. Boil.,
XIII, 62) le caractére fabuleux et apocryphe de la piéce (BHL. 8618),
remarquable par ses affreux anachronismes. Elle était restée inédite. La
démonstration est reprise en détail par M. L., qui fait voir que la Vie n'est
pas antérieure à l'époque carolingienne, qu'elle a toutefois été rédigée
avant le milieu du XI* siécle.
VII. (p. 129-157). Vita Menelet abbatis Menatensis (ed. Levison). Vie
lérendaire, comme l'avait déjà vu le bollandiste Pien. M. L. montre que
l'auteur s'est servi de la Vita Vincentiani et a encore renchéri sur les
fables de cette derniére. Il prouve que la Vie BHL. 5910, dont il ne reste
qu'un fragment, est antérieure à la Vie BHL. 5918; c'est cette derniére
d'ailleurs qu'il publie. Phénoméne curieux et assurément insolite, le bio-
graphe, qui ignorait ce que Grégoire de Tours a écrit sur les origines de
Ménat, fait l'abbaye moins ancienne qu'elle n'est en réalité.
VII. (p. 157-171). Vita Nivardt. episcop Remensts auctore. Almanno
monacho Altrvillarensi (ed. Levison). L'ouvrage (BHL. 6243) est bien
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 447.
d'Almanne, comme l'avait montré notre confrére Stilting. Malgré sa date
relativement récente et le verbiage dont il est encombré,il n'est pas inutile,
à cause des chartes qu'a utilisées l'auteur.
IX. (p. 171-206). Vita Faronts episcopt Meldensis (ed. Krusch). Si la Vie
(BHL. 2825) composée en 869 par l'évéque Hildegaire, était généralement
considérée comme de peu de valeur en tant que document historique, elle
était, en revanche, trés renommée dans l'histoire littéraire, à cause du
passage sur le chant ancien relatif à Lothaire II.M.Kr.lui enléve impitoya-
blement cette gloire.L'expédition de Lothaire en Saxe est une invention,on
le savait. Mais le passage en question était regardé comme tiré d'une Vie
perdue de S. Chilien d'Aubigny, et cela le vieillissait d'autant. Or M. Kr.
fait observer qu'Hildegaire r e rapporte pas ce passage à la Vita Chilleni ;
donc les vers sur Lothaire II ne sont pas attestés avant l'an 869, et il
semble bien qu'ils ont été forgés par Hildegaire lui-méme. Àu surplus,
M. Kr. doute que la dite Vita ait jamais existé. Hildegaire aimait à faire
ostentation de son érudition, et il aura inventé cette source. Attendons-
nous à voir les romanistes examiner de prés l'argumentation présentée
par le savant critique avec une imperturbable cránerie. La Vita Faronis
n'a jamais été publiée en entier, et M. Kr. lui-méme n'en donne que de
longs fragments, dont quelques-uns inédits. A lasuite, deux recensions
de la Conversio Otgarit militts (cf. BHL. 2831), au sujet de laquelle M.Kr.
a consacré une bonne page (p. 181-82) à l'histoire littéraire dela légende
d'Ogier. ll pense, notamment, que le célébre monument de Meaux est
postérieur à la légende écrite.
X. (p. 207-211). Passio Ragneberti. martyris Bebronensts (ed. Krusch).
Le texte publié ici (BHL. 7058), bien que certainement antérieur à la
rédaction préférée par Henschen (BHL. 7059), n'a aucune valeur histori-
que. C'est une adaptation de la Vita Leodegarii, pas antérieure au. IX*
siécle, mais guére plus récente, semble-t-il.
XI. (p. 212-248) Passio Praeiectt episcopi et martyris Arverni. M. Krusch
continue à bien mériter de S. Prix. Aprés avoir jadis retrouvé et reconnu
le texte complet de la plus ancienne Passion du saint (BHL. 6916; cf.
Anal. Boll., XIII, 62), il en donne ici la premiére édition intégrale et met
bien en relief la valeur de la piéce. Écrite par un contemporain, probable-
ment par un moine de Volvic, qui n'était du reste pas auvergnat de nais-
sance, c'est un morceau excellent et d'un trés vif intérét. L'attachement
que l'auteur porte à son héros le pousse à parler d'une maniére peu
favorable de S. Léger, qu'il considére d'ailleurs comme saint depuis son
martyre. Pour écrire l'histoire de Childéric et de S. Léger, il faudra tenir
compte de la Passio Praeiecti non moins que de la Passio Leodegarii.
XII. (p. 249-362). Passtonecs Leodegarii episcopi et martyris Augustoda-
nensis (ed. Krusch). Textes d'une souveraine importance pour l'histoire des
successeurs de Clotaire III et celle d'Ébroin, et qui fournissent une foule de
448 BULLETIN
détails inconnus par ailleurs et d'une haute valeur. Parmi les documents
relatifs à l'évéque-martyr d'Autun, homme ambitieux peut-étre, mais extré-
mement sympathique, il faut retenir surtout trois Vies : la premiére (BHL.
4850), rédigée par un moine de Saint-Symphorien d'Autun, dix ans à peine
aprés la mort de Léger. La seconde (BHL. 4851), dont l'auteur, Ursinus,
se prétend contemporain des faits; M. Krusch le prend en défaut sur bien
des points et croit qu'il a rédigé son récit seulement dans la seconde moi-
tié du VIII* siécle, dans le but d'excuser de plusen plus la conduite de
S. Léger et d'exalter ses mérites. La troisiéme (BHL. 4853) est une com-
binaison des deux précédentes, rédigée à la fin du VIII* siécle ou au
commencement du IX* par quelqu'un qui professait une antipathie véhé-
mente pour Ébroin. L'auteur a transcrit un tiers environ de la seconde
Vie et unegrande partie de la premiére. Autrefois on discutait si c'était la
Vie II ou la Vie III qui méritaitle plus de confiance. M. Krusch, en
retrouvant un troncgon du texte original de la Vie I, a jadis renouvelé et
résolu la question (cf. .4zal. Boll. XI, 104-10). Maintenant il reconstitue,
en se servant des nombreux exemplaires de la troisiéme Vie, le texte
complet de la premiére. C'est un travail trés délicat, exécuté avec une
maestria tout simplement merveilleuse.
XIII. (p. 363-367). Inventio Memmit episcopi Catalausnensts. La. Vie
BHL. 3910 de S. Menge, comme M. Levison nous en avait déjà averti
(cf. BHL. p. 1373), est en somme identique à la Vie BHL. 5907. Elle
est suivie dans beaucoup de manuscrits du récit d'une invention et de mi-
racles (BHL. 5911), dans lequel M. L. reconnait l'ccuvre, peut-étre un peu
retouchée dans la suite, d'un auteur de la fin du VII: siécle.
XIV. (p. 368-394). Vtsto Baronti monachi Longorelensts (ed. Levison).
Trés bonne édition, dans laquelle M. L. fait preuve d'une rare habileté
technique. La piéce (BHL. 997) est fort ancienne et date de la fin du
VIII* siécle ou du commencement du IX*. Au contraire, la Vita Baronti
(BHL. 996) n'est guére antérieure au XI* siécle et n'a aucune valeur ; M.
L. ne la republie pas. La plancheI des fac-similés annexés au volume,
représente les curieuses miniatures dont la Vision est accompagnée dans
un manuscrit de Saint-Pétersbourg, du IX*/X* siécle.
XV.(p. 395-485). Vita Amandt episcopt (ed. Krusch). M. Krusch met
vivement en relief les hauts mérites du saint évéque, vir: de ecclesia Fran-
corum, optime merit, et reconstitue, avec une sympathie visible, son
histoire d'aprés les documents authentiques. ll est le premier à ne pas
faire usage de la Vie BHL. 332, laquelle fournit infiniment plus de détails,
mais ne mérite pas confiance. L'auteur se donne pour un contemporain et
on a cru que c'était Baudemond, le prétre qui écrivit en 674/675 le testa-
ment — bien authentique celui-là — de S. Amand ; mais, en fait, aucun
manuscrit de la Vie, aucun document ancien n attribue l'ouvrage à Baude-
mond, et il ny a à le faire qu'un martyrologe qui semble de basse époque.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 449
Par une suite de rapprochements, parfois bien ténus du reste, M. Kr.
s'efforce de montrer que la Vita Amandi est postérieure à la Vie de S.
Éloi et antérieure à la Vie de S. Hubert; le second point nous semble
clair ; les preuves apportées pour établir le premier sont un peu minces,
mais rendentla chose assez probable (1). Donc la Vita Àmandi daterait
seulement de l'époque carolingienne. Peut-étre la Vie BHL. 332 a-t-elle
été écrite dans le diocése de Noyon, du temps et sous l'inspiration de Gis-
lebert, évéque de Noyon et abbé d'Elnone (4 782), un siécle environ
aprés la mort d'Amand. Elle a un air fabuleux bien accentué et s'accorde
malaisément avec ce que nous savons par les documents authentiques. Il
faut donc renoncer désormais à prendre pour argent comptant les faits
qu'elle est la premiére à affirmer, et notamment Ámand ne devra plus étre
considéré comme un évéque de Tongres-Maestricht, mais comme un sim-
ple évéque missionnaire, sans diocése déterminé. Sans doute, cela réduit
de beaucoup ce qu'on aura désormais à raconter au sujet d'Amand ; mais
il n'y perdra pas, semble-t-il, et sa physionomie n'aura plus le caractére
incohérent, inquiet, agité, qu'avait mis si vivement en relief M. Hauck,
en racontant d'aprés le prétendu Baudemond la carriére du saint évéque.
Aprés ces prolégoménes, qui renferment encore un grand nombre
d'autres observations précieuses, M. Krusch publie d'abord la Vie BHL.
332 ; toutes les éditions antérieures reproduisaient une recension retou-
chée;le rude langage de l'ouvrage original nous est donné ici pour la
premiére fois. A la suite, pour la premiére fois aussi, est imprimé l'en-
semble des éócrits en prose que Milon de Saint-Àmand a consacrés au
patron de son abbaye. Des huit sections de cet ensemble, une était tota-
lement inédite (le n? V, p. 459-70), les autres (DHL. 339-343) étaient dis-
persées dans diverses publications. Milon est assez maltraité par M. Kr.,
qui lui sait gré, du reste, de nous avoir conservé le testament du saint,
dont le texte termine cet imposant ensemble. Les planches de fac. similés
2-18 et 19-22 reproduisent des miniatures qui accompagnent la Vita Àman-
di dans les manuscrits 607 et 606 de Valenciennes, du XII* siécle. Quant
au dernier, M. Krusch (p. 417) est maintenant d'accord avec nous (4zal.
(1) Ailleurs (p. 434) M. Kr. compare ces passages de la Vie de S. Amand,ch. 7:
ut in. Galliis «d PRAEDICATIONEM exercendam reverii deberet. admonuit. De qua
visione sanctus vir Amandus hilarior redditus, ACCEPTA BENEDICTIONE APOSTOLI
atque patrocinia... et de la Vie de S. Boniface de Mavence par Willibald, ch. 5:
ACCEPTA APOSTOLICAE Sedis BENEDICTIONE ef litteris, a. beatissimo papa ad inspi-
cicndos inmanissimos Germaniae populos directus est, ut an... PRAEDICATIONIS /cct-
pere semcn. voluissent, consideravet... Les quelques mots soulignés lui paraissent
suffisants pour affirmer (p. 403) que « vel verba Willibaldi (c. 5) in Vita Amandi
« redire videntur, ita ut dubitari nequeat quin locus ille biographo ante oculos
« versatus sit ». Le « ut dubitari nequeat » est tout de méme un peu fort.
450 BULLETIN
Boll., XXII, 109) pour dénier à ces peintures relativement récentes une
valeur documentaire.
XVII. (p. 536-567). Vita Audoint episcop? Rotomagensis (ed. Levison).
Édition dela vie la plus ancienne, BHL. 750. L'auteur fait entendre
qu'il écrit environ une génération aprés la mort du saint, donc au commen-
cement du VIII* siécle, et il n'y a pas lieu d'en douter ; mais le récit est
pauvre et maigre. La Vie BHL. 751 date de la premiére moitié du IX*
siécle ; la Vie BHL. 752, du IX* siécle encore ; c'est un remaniement de
BHL 51 (et non pas d'une vie perdue comme l'avait conjecturé un de nos
collégues, 4»al. Doll. V, 67); mais l'auteur a aussi utilisé la Vie BHL.750.
XVIII. (p. 568-604). Vita Filiberli abbatis Gemeticensis et Hertensis
(ed. Levison). La Vie (BHL. 6805) semble n'avoir été composée que vers
le milieu du VIII* siécle. Son autorité est incertaine, quoique, du reste, à
peu prés partout oü le contróle est possible, il tourne en faveur du biogra-
phe. La préface de M. L. tire parfaitement au clair les divers points que
M. Poupardin, comme nous le disions naguére (z1zal. Boll., XXV, 373-
374), avait laissés incertains.
Les documents suivants (XIX-XXIII), comme aussi les Vies de S. Wan-
drille (ci-dessus I) ont fait jadis l'objet du remarquable mémoire de
M. Levison sur les sources de l'histoire de Fontenelle (cf. A7al. Boll.,
XIX, 234).
XIX. (p.. 605-612). Vita. Lantberti abbatis Fontanellensts et. episcopi
Lugdunensis (ed. Levison). Cette Vie (BHL. 4675) a été écrite par le
" méme moine de Fontenelle à qui nous devons la Vie de S. Ansbert et
antérieurement à celle-ci, donc avant 811. Malgré sa date pas trés ancienne,
elle a une réelle importance, l'auteur ayant utilisé des chartes maintenant
perdues.
XX. (p. 613-643). Vita Ansberti episcopi Rotomagensis auctore qui dici-
tur Átgrado (ed. Levison). M. L. maintient, contre M. Vacandard, son
jugement, auquel nous nous sommes rallié (Azal. Boll., XIX, 234-35).
L'auteur de la Vie (BHL. 520) se donne faussement comme contempo-
rain. Mais quoiqu'il soit seulement de la fin du VIII: siécle ou du com-
mencement du IX*, son ouvrage n'est pas sans valeur, vu l'usage qui y est
fait des chartes de Fontenelle.
XXI. (p. 644-651). Vila Condedi anachoretae Belcintacensis (ed. Levison).
BHL. 1907, de la premiére rr:oitié du IX* siécle. -
XXII. (p. 652-656). Vita Eremberti episcop Tolosani (ed. Levison).
BHL. 23587, du commencement du IX* siecle. |
XXIII. (p. 657-673). Vita Vulframnt episcopt. Senonict auciore Pseudo-
Iona (ed. Levison). Le faux Jonas, nullement contemporain de S. Wul-
fran (1 avant 696,697), a écrit cette Vie (DIL. 8738) avant 8rt1, tout à la
fin du VIII* siécle ou. au commencement du IX*. Il semble bien avoir
utilisé la Vie de S. Willibrord par Alcuin.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 45I
XXIV. (p. 674-719). Vita Ermenlandi abbatis Anlirensts | auctore
Donato (ed. Levison). Vie (BHL. 3851) écrite vers la fin du VIII* siécle
et de peu d'autorité ; c'est moins l'histoire du saint que l'expression des
désirs et des tendances des moines d'Aindre à l'époque postérieure. L'au-
teur s'appelle Donat, et il y a de fortes raisons de croire que c'est le méme
Donat à qui nous devons la Vita S. Trudonis. Maisily a aussi un grave
motif d'en douter, c'est que la langue est trés différente. Donc, ou conclure
àla distinction des deux auteurs homonymes, ou du moins admettre
que les deux Vies, si elles sont d'un Mur et méme Pneu ont été rédigées
à des dates éloignées.
XXV. (p.711-728). Passio Kiliani martyris Wirziburgensis (ed. Levi-
son). La Passion BHL. 4660 a été écrite non pas avant 755, comme on
l'a cru, mais peu avant 840. Elle supporte bien le contróle sur divers
points ; mais en somme, M.L. ne la regarde pas comme digne de confiance.
Une partie notable semble avoir été empruntée à la Vita Corbiniani. La
Passion BHL. 4661, qui n'est pas réimprimée ici, date aussi du IX* siécle.
XXVI. (p. 729-786). Vitae Audomar:i, Bertini, Winnoct (ed. Levison).
Excellents prolégoménes,oü l'on remarquera notamment un fort bon exposé
des origines ecclésiastiques dans le pays (la charte d'Adroald est suspecte, le
privilége de S. Omer accordé à Sithiu, bien authentique) et de la querelle
séculaire entre les moines de Saint-Bertin et les chanoines de Saint-Omer,
comme aussi une étude critique qui débrouille définitivement l'écheveau
emmélé des Vitae Audomari et des Vitae Bertini. Outre la plus ancienne
Vie des trois saints (DHL. 763), rédigée par un méme auteur, M.L.
publie les miracles inédits qui remplissent les derniers chapitres de la Vie
de S. Omer BHL. 765, un miracle inédit de S. Bertin et un recueil, de
méme inédit, des miracles de S. Winnoc, dont la derniére partie (ch. 5- 1)
est la source des ch. 15-21 de la Vie BHL. 8954.
Des tables, dressées par M. Levison (p. 790-834), terminert dignement
ce beau volume, dont nous avons conscience d'avoir indiqué imparfaite-
ment, méme par ce long compte rendu, la valeur et l'intérét. A. P.
140. — * M. Cl. GrRTz. Vitae sanctorum Danorum. Andet Hafte.
Kebenhavn, Gad, 1910, in-89, paginé 167-390. Kr. 2,75. — Le second
fascicule est la digne continuation du premier (voir ci-dessus, p. 162-63),
et c'est tout dire. À part un supplément à la notice sur le roi Canut IV
(p. 167-68 : lecons de son office tirées du bréviaire de Linkeping de 1493),
il renferme les textes relatifs à quatre saints: le saint duc Canut Laward,
S. Kield de Viborg, S. Guillaume abbé d'/Ebelholt et S'c Marguerite de
Reskilde.
S. Canut Laward (p. 119-247). Dans ce dossier, dont une partie était
inédite et que M. G. a composé de tous les textes, petits et grands, parve-
nus jusqu'à nous, il fautsignaler particuliérement r)l'Historta S. Kanuti
452 BULLETIN
ducis et marlyris ex. officio, ut videlur, ecclesiae Ringsladiensis (p. 189-
204). Ce sont les textes BHL. 1554, 1555. M. Steenstrup a montré qu'ils
sont d'un méme auteur (cf. 4sal. Boll., XV, 441). M. G. explique qu'ils
ont été rédigés en 117o, à l'occasion de la canonisation du saint ; ce n'est
pas une histoire, mais un récit hagiographique. L'auteur doit étre un clerc
anglais. 2) Roberti Elgensts de vila el miraculis S. Canuti ducis libri
III (p. 234-41). L'ouvrage est perdu, on le sait. M. G. ne se borne pas à
refaire une édition critique des maigres extraits transcrits par Vedel (cf.
BHL ., p. 233, n? 1); ila retrouvé et reconnu, — en partie avec certitude,
en partie trés probablement, — d'autres fragments de l'ouvrage de Robert
d'Ély, et il les publie au bas des pages. 3) Les notes recueillies par un
moine de Ringsted sur S. Canut étaient inédites (BHL. 1556). M. G. ne
les publie pas telles quelles, mais les démembre et les répartit cà et là selon
la provenance des divers morceaux. C'est de là que viennent, par exemple,
les nouveaux fragments de Robert d'Ély.
S. Kield, Kett/lus (p. 249-283). La vie et les miracles du saint (BHL.
4651, 4652) ont été écrits par un contemporain. L'original est perdu et on
en a seulement des extraits, conservés les uns dans les livres liturgiques,
les autres ailleurs. M. G. a été assez heureux pour trouver dans un manus-
crit d'Upsala deux feuillets du XIIIe/XIV* siécle qui donnent, pour une
partie de la Vie, un texte plus complet que tous les autres exemplaires.
S. Guillaume d'7Ebelholt (p. 285-386). M. G. fait voir que la Vie du
saint (DHL. 8908) a été écrite entre 1214 et 1224, d'aprés l'enquéte pour
la canonisation, par un moine d'ZEbelholt, frangais d'origine, qui avait
connu Guillaume. C'est un récit fort intéressant et dont les historiens
peuvent tirer bon parti. L'édition de Papebroch, reproduite par Langebek,
a été faite d'aprés une copie parfois incorrecte, le ms. de Paris, Bibl. Nat.
lat. 14652, du XV* siécle. M. G. améliore sensiblement le texte en utili-
sant l'original de cette copie, savoir le ms. 558 de Sainte-Geneviéve, du
XIII: siécle. En appendice (p. 378-82), il donne, d'aprés ce méme manus-
crit, une édition améliorée, elle aussi, de l'opuscule de S. Guillaume sur
la découverte des reliques de S** Geneviéve en 1161 (BHL. 3346).
S'* Marguerite de Reskilde (p. 387-90). Réimpression d'un court récit de
translation (BHL. 5324), accompagné de quelques menus textes et des
maigres renseignements qu'on a sur cette sainte. A. P.
141. — Revue de l'Orient chrétien, t. XIII-XV (1908-1910). — Plus
d'une fois déjà nous avons eu l'occasion d'entretenir nos lecteurs de cer-
tains travaux d'hagiographie orientale publiés au cours des trois derniéres
années par la Revue de l'Orient. chrétien. D'autres études, de plus longue
haleine, dont il sera question dans le présent bulletin, sont composées, en
tout ou en partie, d'articles parus récemment dans le méme recueil. Dans
les notes qui vont suivre, nous voudrions achever de payer notre dette à
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 453
M. l'abbé Nau età ses collaborateurs, pour l'abondante contribution qu'ils
ne cessent d'apporter à nos études. Cet apercu sera forcément bref et som-
maire. Il semble que l'infatigable secrétaire de la Revue de l'Ortent. chré-
(ien ait communiqué à toute la rédaction son activité intrépide et sa
déconcertante promptitude de travail. L'entreprenante pléiade d'orienta-
listes qu'il a groupée autour de lui sS'empresse, avec une háte visible, de
prendre pied à la fois sur tous les points du domaine encore ouvert à l'ini-
tiative des chercheurs d'inédit. Mais on ne peut tout avoir : à ces études
intéressantes, hardiment congues et lestement conduites, oü éclate d'ordi-
naire une heureuse facilité, il arrive bien quelquefois de laisser à la charge
du lecteur une partie de l'effort qui était nécessaire pour les achever et les
mettre au point.
I? Sylvain GaéBAUT. Vie de Barsoma le Syrtes, XIII, 337-45; XIV,
135-42, 264-75, 409-16. — Le fougueux archimandrite Barsauma est connu
par les actes du « Brigandage d'Éphése », oü il se comporta en partisan
fanatique de Dioscore, et par ceux du concile de Chalcédoine, oü il fut
excommunié. Le reste de son histoire est moins clair, et la Vie, ou plutót
le panégyrique que voici, ne semble guére y ajouter beaucoup de détails
authentiques. Mais il aidera sans doute à retrouver la source des mentions
consacrées à ce remuant personnage par Michelle Syrien, Barhebraeus et
autres chroniqueurs de basse époque, qui ont fourni la matiére des notices
et articles biographiques auxquels M. Grébaut se contente de nous ren-
voyer. Certains passages de la Vie, auxquels on serait porté d'abord à
supposer un fond historique, demandent aussi à étre examinés de prés.
Ainsi, par exemple, la mission de Barsauma en Perse (XIII, 340, 344) ne
Serait-elle pas le produit d'une confusion, volontaire ou non, entre l'archi-
mandrite monophysite et son homonyme nestorien, Barsauma de Nisibe ?
Les vingt lignes d'introduction que M. G. a mises à son texte, laissent
dans l'ombre cette question et plusieurs autres.
Le texte éthiopien est reproduit tel quel d'aprés le ms. d'Abbadie n? 3r
(fin du XVII* s. au plus tót). L'éditeur nous assure que la langue en est
« tout à fait classique » (XIII, 337). Nous sommes au regret de devoir con-
tredire un aussi. bon juge, mais il nous semble que ce ghéez si pur sent
l'arabe, méme à travers la version francaise de M. G. Comment hésiter
devant des phrases comme la suivante(XIII, 343): «Il se trouva avec beau-
coup de créatures, (faisant partie) des ennemis (du saint) » ? Le ghéez dit :
« g?hAÀ : fll : €T CT : A9?902. 9) : (XIII, 338). En arabe on
retraduirait cela mot pour mot: 3l./a3VI o^ Pd o - : cum
turba mulla adversariorum. Bornons-nous à cet exemple; on en
trouverait d'autres, sans chercher plus loin que les premiers paragraphes.
I] est regrettable que le savant éditeur ne les ait pas remarqués. En
partant du fait que la rédaction éthiopienne dérive immédiatement d'un
454 BULLETIN
texte arabe, il y avait moycn d'en rendre le sens plus intelligible qu'il ne
l'est par endroits dans la traduction de M. G. Quelquefois aussi la lecon du
manuscrit appelait une correction. Que peuvent bien étre ces « couvents de
la mer » dont il est parlé, XIV, 271 ? AÀu lieu de f]ghC t: « mer », il faut
évidemment lire flf: : « pays ». Les notes explicatives sont un peu
rares. « La ville appelée Tew«dnes » (XIV, 272) doit étre Tyane. Il était
facile de l'indiquer d'un mot.
La Viede Barsauma est incompléte dans le manuscrit, le copiste s'étant
arrété au milieu d'une page, pour une raison impossible à deviner. A la
suite de cette piéce, M. G. a publié la traduction du synaxaire éthiopien de
" Barsauma, d'aprés le ms. de la Bibliothéque Nationale de Paris, éthiop.
126.
2? M. CuaiNz, S. I. Note sur les animaux de saint Ménas, XIV, 212-18.
— Voir ci-dessus p. 124. Le P. Chaine est revenu sur la méme question à
. propos des textes éthiopiens sur S. Ménas publiés récemment par M. E. A.
Wallis Budge (cf. supr. p. 121 et suiv.).
3» F. Nau. Uz fragment syrtaque des « voyages» de Saint Pierre, XIV,
I31-34. — Texte et traduction d'une petite légende relatant un miracle de
S. Pierre. M. Nau y reconnait certains caractéres distinctifs des apo-
. cryphes clémentins. Et comme l'action se passe dans une ville oü l'apótre
vient d'entrer, il en conclut que le fragment doit étre rattaché « aux
voyages plutót qu'aux Actes de S. Pierre» (p. 131). Il faut s'entendre.
Qu'il y ait une certaine ressemblance entre la donnée du récit et tel ou tel
épisode des livres pseudo-apostoliques, c'est possible. Mais de cette res-
semblance, en somme assez discutable, on ne saurait conclure que le récit
lui-méme appartienne au cycle delégendes historiquement connu sous le
nom d'dcía Peítri.lla plutót l'air d'une anecdote isolée, inventée pour
servir de recommandation à certaines pratiques ou invocations suspersti-
. tieuses, à l'usage des femmes en mal d'enfant.
4? L. LeRov. Histoire d'Abraham le Syrien, patriarche. d' Alexandrie,
XIV, 380-400; XV, 26-41. — Abraham (ou Éphrem) le Syrien, 62*
patriarche d'Alexandrie (f 978), a laissé chez les monophysites d'Égypte
une réputation d'ascéte et de thaumaturge. Les Coptes célébrent sa com-
mémoraison le 6 khoiak (2 décembre), jour anniversaire de sa mort. La
notice quele synaxaire lui consacre à cette date est résumée d'une Vie
plus développée, qui forme un chapitre de l'histoire des patriarches
d'Alexandrie de Sévére ibn al-Moqatfla'. Dans un manuscrit karsuni de la
Bibliothéque nationale de Paris, M. l'abbé Leroy a rencontré une recen-
sion de cette Vie, difiérente de celle qui sera publiée par M. Evetts dans
son édition de l'histoire de Sévére (pour ne rien dire de l'édition paralléle
de M. Seybold). Il l'a transcrite en caractéres arabes et publiée avec
traduction frangaise. Ce qu'elle contient de plus intéressant, ce sont quel-
ques détails sur la construction ou la restauration de l'église Saint-Mercure
ment PT REPE PR — — —ÓÁÁááac e cm
—ÀÁ —oÓó9 À— -——G
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MM Ó—— Án c n ERN E pu ond -—9—
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 455
au Caire. La majeure partie du document est remplie par la prétendue
relation d'une longue catéchése adressée au khalife al-Mo'ez, qu'Abraham
aurait converti à la foi chrétienne en déplagant miraculeusement une
montagne en sa présence.
On nelira pas sans un certain étonnement la note finale oü il est dit
(XIV, 33) que l'histoire d'AÁbraham «a pour auteur...le nommé Qoz-
riaqous (Cyriacus), moine et prétre du pays de Diarbekir, dans la province
de Mardin la bien gardée, de Ouástira, la bénie, la victorieuse. » Quand
on se reporte au texte arabe (p. 41), c'est une autre surprise.Voici la teneur
' de ce colophon, avec les corrections qui s'indiquent d'elles-mémes, dés
qu'on le retranscrit en karsSuni : Zbsoluta et. perfecta est historia montis a
patre Abraham Syro translati ; perfecta autem. fuit die I1I4 mensis kanun
prioris, anno benedicto Graecorum MCMXV (owl), opera. infimi servuli
Dei Cyriaci, nomine quidem monachi et presbyteri, e terra Amidae (Diar-
bekir), ProvinctaMardae urbis (a Deo) custoditae, castro benedicto Mansuria
(850 pis &5i2x5 BiBaslo xe. ; cf. AssEMANI, Bibliothecae Vaticanae cata-
logus, Il, 27). La distraction dans laquelle est ici tombé M. L. autorise à
supposer qu'il lui en est arrivé d'autres, en des endroits oü le texte parait
inacceptable dans son état actuel. T. XIV, p. 396: au lieu de oe]gse,
traduit par « signe (?) » (p. 386), lire: &a»/gse, . « coincidence ». Le
nom de la montagne déplacée par Abraham doit étrelu »»«&e», Moqattam,
au lieu de «es Moqatta' : c'est l'appellation qu'elle porte encore
aujourd'hui. La traduction est un peu libre par endroits : t. XV, p. 30, au
lieu de « et nous font voir quelqu'un », lire: « ils nous assimileront
( (723 p. 38), à celui qui »; p. 32: « Le patriarche... descendit de son
siége (?) »; lire: « de sa monture» (47,13), etc. Nos lecteurs ne com-
mettront pas l'injustice de condamner d'aprés ces quelques lapsus la ver-
sion de M. L. qui est, en général, fidéle et suffisamment précise.
5o S. Gn£Bavr. La priére de Langinos, XV, 42-52. — "Texte éthiopien,
qui précéde, dans le ms. d'Abbadie 3r, la Vie de Barsauma dont il vient
d'étre question. Langinos, ou plutót Longin, vivait dans la seconde moitié
du V* siécle. ll se signala entre les monophysites par l'ardeur de son oppo-
sition au concile de Chalcédoine. Il passait notamment pour avoir démon-
tré la fausseté de la lettre dogmatique de S. Léon, par un miracle dont
la mise en scéne trahit l'intention la plus gauche de renchérir sur celui
que la tradition préte à S. Léon lui-méme (voir ci-dessus, p. 402). Ces
faits sont racontés, en style hagiographique, dans le petit texte publié
et traduit par M. l'abbé Grébaut. Sous le nom de Couvent de Make (pp.
49, 50), il faut entendre le célébre monastére de Zegàg, ou du Verre
(eyyar- :), dont Longin était archimandrite.
La notice du synaxaire éthiopien sur « Langinos », que M. G. a traduite
4.56 BULLETIN
en appendice, dérive du synaxaire copte-arabe (cf. J. FoRaET, Sysaxartum
Alexandrinum, CoRP. sCcR. CHRIST. OR., Scr. ar. ser. 3, t. XVIII, p. 244-
245).1l n'aurait pas été superflu de la contróler sur son original. Àu lieu de
mettre que Longin et ses disciples fabriquaient des « éperons de navire »
(p. 51), comme dans un arsenal, on aurait dit qu'ils tissaient des voiles de
bateau ( pm - C'est un peu mieux dans la tradition monastique.
6» M. BniknE. La légende syriaque de Nestorius, XV, 1-25. — ll novus
suffit de mentionner ici cette légende. L'histoire édifiante que les Nesto-
riens ont faite à leur éponyme — M. Briére s'abstient avec intention de
dire: leur fondateur — n'apportera pas de lumiére nouvelle à la discussion
qui se livre maintenant autour du célébre hérésiarque. Mais elle servira
peut-étre à identifier quelque nouveau fragment de Nestorius. Pour ce
motif et d'autres encore, M. B. a rendu un bon service en la publiant avec
une traduction, qui résout, dans la mesure du possible, certaines difficultés
du texte.
79 F. Nav. Hagtographie syriaque, XV, 53-72, 173-97. — Suite variée
de documents analysés, résumés, traduits ou publiés d'aprés des notes pri- .
ses au courant de la plume dans les manuscrit syriaques; etl'on sait si la
plume de M. Nau s'entend à courir vite ! Mais, en dépit de leur forme un
peu tumultuaire, ces notes sont instructives et permettront d'éclaircir plus
d'une difficulté hagiographique.Voici les titres de celles qui nous intéressent
plus directement : Sat Alexis. Rappelle en. quelques lignes la légende
connue et cite deux ouvrages oü il en est question. — Paul l'évéque et Tean
le prélre. Récit apparenté de prés à DHG?. 1476, qu'il permet de complé-
ter aux endroits mutilés. Les passages correspondants aux lacunes du texte
grec sont traduits tout au long. M. N. est d'avis que le grec est une version
du syriaque. Cela demande à étre examiné d'un peu plus prés. — Histoire
de Daniel de Galas écrite par mar "Tacques le docteur. Légende fabuleuse,
mais qui ne laisse pas d'étre intéressante, ne füt-ce que pour la topographie
de Tür 'Abdin (cf. 4zal. Boll., XXVII, 182). Elle vaudraitla peine d'étre
connue en entier; on en a édité de pires, à grands frais d'érudition. —
Histoire de mar. Hannina, envoyée par le docleur mar acques au pieux
Philothée. Si Von en juge par l'abrégé de M. N., cette Vie est à peu prés
identique à celle d'oü dérive la longue notice de S. Aninas dans les ménées
grecs, au I6 mars (cf. Sysax. Eccl. CP. 539-44). — Histotre d' Euphémie.
Autre cas de texte syriaque ayant servi de modele à un traducteur byzan-
tin. C'est du moins ce dont M. N. sedità peu prés persuadé, aprés avoir
comparé son document à plusieurs manuscrits de Paris qui contiennent la
méme histoire. M. le professeur von Dobschütz, qui éditera prochainement
le texte grec, d'aprés les papiers laissés par O. von Gebhardt, se prononcera
sans doute sur ce point, qui pour le moment échappe à notre appréciation
(cf. DHG*. 739). M. N. lui en a fourni le moyen, en éditant intégralement
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 457
la rédaction, nous allions dire instinctivement : la recension syriaque. —
Histoire de Mar Sahdá, appelé aussi de Beth Sohdé. Nous avons rencontré
dans un martyrologe jacobite une mention de ce personnage, qu'il a fallu
laisser inexpliquée (cf. 4za/. Boll., XXVII, 162, 167). La piéce analysée ici
par M. N. nous renseigne à suffisance et, par surcroit, elle nous apprend
que Màr Sahdà, ou du moins sa légende, appartient à la plus basse hagio-
graphie légendaire. — Les six autres notices, par lesquelles s'achéve l'arti-
cle, ont trait à des récits de miracles ou à des anecdotes édifiantes, qui
nous concernent de moins prés. Pierre le publicain dont il est parlé au
$ X (p. 196) était déjà connu dans la littérature arménienne (voir BHO.
957-958). . |
89 I*. Nav. La verston syriaque de la vision de Théophile sur le séjour de
la Vierge cn Égypte, XV, 125-32. — 9? P. Drb. Deux discours de Cyriaque
évéque de Behnésá sur la fuite en Égypte, XV, 157-61. — Il serait à souhai-
ter que l'oncomposát un corpsde légendes ayant traitau séjour de la Sainte-
Famille en Égypte. Cette opération préalable suffirait pour réduire à leur
juste valeur, absolue et relative, certaines traditions localisées dans le
Delta et qui ont prisun air d'importance en Occident, gráce aux récits
descroisés et aux itinéraires des pélerins. Les deux légendes dont nous
avons à parler se: rapportent à la Haute ou plutót à la Moyenne Égypte.
Elles ont le mérite de montrer avec une parfaite clarté comment une
tradition locale peut sortir du néant et se multiplier ensuite par contrefa-
con. Àu couvent de Qosqám (en copte KOCK42.4£, Koskam) prés d'ASmü-
nain, c'est gráce à une apparition de la Vierge à Théophile d'Alexandrie
qu'on aurait retrouvé le souvenir, entiérement effacé, du séjour et des
miracles du Sauveur. L'histoire n'en est pas neuve. Dans toute sa premiére
partie, le texte syriaque analysé par M. l'abbé Nau coincide trait pour
trait avec la partie du méme récit qui a passé dansla collection éthiopienne
des Miracles de la Vierge (cf. E. A. Warris BupaE, The Miracles of the
Blessed Virgin Mary, Londres, 1900, texte p. 62-70, trad. p. 112-32). La
suite du récit semble faire corps avec ce commencement. 1l existe de la
méme piéce une rédaction arabe, à laquelle M. N. fait quelques bréves
allusions. Comme 1l s'agit d'une légende originairement égyptienne,
c'est peut-étre le texte qu'il importait le plus de connaitre, de préférence
méme au texte syriaque.
Malgré son origine suspecte, le pélerinage de Koskam, acquit sousle
nom de Dair ai-Muharraq (« le couvent brülé »), une célébrité considé-
rable dans l'Égypte monophysite (voir B. T. A. EvETTS, TÀe Churches and
Monasteries of Egypt, Oxford, 1895, 98-99, 224-26). Un des effets
de sa prospérité fut de faire éclore le sanctuaire au profit duquel ont été
composés les deux discours de Cyriaque de Behnésà, qui sont analysés
par M. l'abbé Dib. L'endroit est situé dans le voisinage de l'ancienne
ANAL, BOLL. XXIX. 30
458 BULLETIN
Oxyrhinque ; il s'appelle Bisüs. Là on se réclamait d'une sorte de mémoire
ou journal de voyage que S. Joseph y aurait laissé à son départ. Il n'est
pas difficile de discerner que cette singuliére piéce d'archives fait pendant
àla vision du pseudo-Théophile. A Bisüs on n'apas voulu se trouver
moins bien partagé qu'à Dair al-Muharraq et, en réponse au témoignage
oral de la Vierge, ona produit l'autographe méme du chef de la Sainte-
Famille.
D'aprés le trés court sommaire que M. l'abbé Dib nous donne du second
discours de Cyriaque, cette piéce serait à certains égards plus intéressante
que la premiére;car les traditions de Koskam y sont mentionnées paralléle-
ment à celles de Bisüs. La maniére dont M. D. transcrit les noms propres
éveille quelques inquiétudes. Le mois copte-arabe de ba$Sons est par
deux fois appelé « Bachnés » (p. 160-61) ; l'église d'anba Bahowul (p. 159)
est l'église de Saint-Pzól ( N66) . Sur le nom de Bisüs on lira avec
profit une note de M. Butler (dans Evkrrs, t. c., p. 219). PE,
142. — A. LEskiEN. Zur Kritik des altkirchenslavischen Codex
Suprasliensis, I, II, dans ABHANDLUNGEN DER PHIL.-HIST. KLASSE DER K.
SACHSISCHEN GESELLSCHAFT DER WiSsENSCHAFTEN, t. XXVII (1909),
P. 445-65; t. XXVIII (1910), p. 3-26. — Le Codex Suprasliensis est un
recueil de Passions et d'homélies traduites du grec en slavon. Miklosich
l'a publié à Vienne en 1851 (Monumenta palacoslovenica e cod. Supras-
liens?) ; la nouvelle édition par Severjanov (Saint-Pétersbourg) date de
I904. On s'est beaucoup occupé de la critique du texte de ce vieux
monument de la langue (cf. 4zal. Boll., XIII, 52 ; XV, 317 ; XVIII, 59).
M. L. apporte une nouvelle contribution à cette étude en rapprochant de la
version slavonne le texte original de sept homélies attribuées à S. Jean
Chrysostome, parmi lesquelles les deux sermons sur S. Thomas (B HG*t.
1838, 1839). H. D.
143. — J. HErNER. Würzburger Legendarfragmente aus dem 11.
Jahrhundert, dans HisroniscHES JangBucH, t. XXXI (191o), p. 56-65.
— M. H. décrit avec une minutie extréme, qui se comprendrait mieux s'il
S'agissait de manuscrits plus importants et beaucoup plus anciens, deux
feuillets de parchemin qui servaient de couverture à des registres de l'hó-
pital Julius à Wurzbourg. Ils appartiennent à un légendier du XI* siecle
et contiennent, le premier la fin de la Vie de S. Géry (BHL. 3286) et le
commencement de la Passion de S. Hippolyte (DHL. 3961), l'autre la fin
de la Passion des SS. Philémon, Apollonius etc. (BHL. 6803) et le com-
mencement de la Vie de S. Attala de Bobbio (DHL. 742). Oü irions-nous
$1, pour chaque manuscrit du XI: siécle, fragmentaire ou. non, que l'on
rencontre, on se mettait à noter tout au long les variantes, comme M. H.
a jugé bon de le faire (à part pour la Passio Hippolyti) ? Il sutfisait ample-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 459
ment de dire ce qu'il avait constaté, savoir que le ms. dont il s'agit dérive,
au moins quant aux Vies de S. Géry et de S. Attala, du ms. 7984 de Bru-
xelles, du X* siécle, que c'en est méme probablement une copie directe.
En terminant, M. H. émet une conjecture qui parait vraisemblable : le
ms. dont il a retrouvé des fragments appartenait originairement, comme
le Bruxellensis 7984, à l'abbaye de Wissembourg en Alsace et, avant
d'arriver à Wurzbourg, il a dà, comme le méme Bruxellensis, passer par
la bibliothéque des jésuites de Molsheim. A. P.
144. — * Joseph FassBiNbER. Der Catalogus sanctorum ordinis
sancti Benedicti des Abtes Andreas von Michelsberg. Bonn, Georgi,
I9IO, in-8?, 136 pp. Mk. 2. — Dans cette thése de doctorat, M. F. étudie
avec grand soin, d'aprés le manuscrit autographe conservé à la bibliothéque
de Bamberg (N. 141), une ceuvre encore inédite d'André abbé de Michels-
berg, le catalogue des saints bénédictins. Terminé peu avant la mort de
l'auteur, survenue en 1503, l'ouvrage comprend six parties, oü sont passés
en revue les papes, les cardinaux et les légats, les martyrs, les écrivains,
les religieuses, les abbés et les évéques, les empereurs, les ducs et les
comtes, qui appartinrent à la grande famille bénédictine. Division bien
défectueuse, qui entraine un grand nombre de redites. Les notices, trés
inégalement développées, sont au nombre de 1064 et remplissent 286 feuil-
lets. M. F. a déterminé fort diligemment la provenance de chacune d'el-
les, Béde, Vincent de Beauvais, Antonin de Florence, Philippe de
Bergame, Platina, sont les sources principales de l'ouvrage. On le voit,
l'euvre de l'abbé André n'a aucune valeur originale; elle méritait
cependant d'étre étudiée méthodiquement, depuis qu'on y avait décou-
vert des Vies importantes, inconnues d'ailleurs : celles de S'** Hathumode
(n. 689) et de St* Liutbirge (n. 707). D'autres notices moins développées,
mais empruntées à des recensions perdues (nn. 540, 1044), auraient
peut-étre été utilement reproduites. Il n'eüt pas non plus été sans profit
de dresser la liste des documents utilisés par l'intrépide compilateur et
surtout de donner une table des personnages cités; car plusieurs d'entre
eux n'avaient pas leur place indiquée parmi les saints bénédictins. M. F.
démontre que, contrairement à ce que l'on avait cru, le catalogue d'Ándré
dépend des ceuvres de Trithemius. H. MonErTUS.
145. — * L. HacEN, C. SS. R. Keur van echte martelaarsakten uit
de eerste eeuwen des christendoms. Utrecht, s. a. (1910), in-85, 172 pp.
— On ne sauraitassez applaudir à l'idée du P. L. Hagen d'avoir fait un
choix des Actes des martyrs et d'en avoir donné une traduction néerlan-
daise. Peu de livres d'édification laisseront au lecteur une impression plus
saine et plus fortifiante. Dans ce recueil sont réunies les Passions ancien-
nes les plus célebres : celles de S. Polycarpe, de S. Justin, des martyrs
460 BULLETIN
Lyonnais etc.; il est vrai que tous ces récits ne méritent pas au méme
degré l'épithéte d'authentiques que leur donne le P. H. (cf. H. DELEHAYE,
: Leslégendes hagiographtques, p. 134 et suiv.) ; mais, dans un ouvrage de
vulgarisation, une classification rigoureuse n'est peut-étre pas de mise ;
aussi aurions-nous mauvaise gráce de vouloir chicaner le P. H. à ce sujet.
On peut néanmoins regretter que la Passion de Nicéphore ait trouvá
place dans un recueil d'Actes authentiques ; elle est citée comme type
du roman historique (l. c., p. 130). C'est sans doute sur la foi de M.
Harnack que le P. H. l'a admise dans son volume ; le savant allemand,
dans son premier essai. de classification scientifique, l'avait rangée parmi
les Actes dont le fond au moins est historique, mais dés cette époque il ne
le faisait pas sans restriction (Geschichte der. altchristlichen Literatur,
I, 820-21). D'autres Passions appelaient certaines réserves, p. e. celle de
S. Conon (1) (cf. Azal. Boll., XXIII, 478) et celle de S. Félix (cf. Anal.
Boll., XVI, 27. 28 et XXII, 460) ; mais, en général, le P. H. a eu la main
heureuse. La traduction, trés soignée, est précédée d'une introduction et
enrichie de quelques notes. V. D. V.
146. — * Mary HaMirLroN. Greek Saints and their Festivals.
Edinburgh and London, Blackwood, 1910, in-85, virri-211 pp. Sh. 5.
147. — * John Cuthbert Lawsoy. Modern Greek Folklore and
ancient Greek Religion. A study in Survivals. Cambridge, Univer-
sity Press, r9r1o, in-85, xrr-620 pp. Sh. 12.
Ces deux ouvrages se rattachent au genre de recherches dont B. Schmidt
(Das Volksleben der Neugrtechen, Leipzig, 1871), et Politis (TTapabóoceic,
Athénes, 1904) sont les représentants les plus connus. Madame Hamilton,
comme M. Lawson, connaissent, pour y avoir séjourné, le pays dont ils
décrivent les usages, et bien qu'ils n'aient point négligé les écrits de leurs
devanciers, c'est surtout pour leurs observations personnelles qu'on con-
sultera leurs livres. Dans celui de M. L. il y a plus d'ampleur et les
développements, comme la disposition, sont d'un caractére nettement
scientifique. L'auteur commence par poser les principes et distingue la
tradition antique, la tradition hellénique,la tradition paienne, dont il
S'agit de retrouver les survivances. Puis il recherche méthodiquement les
traces des divinités paiennes les plus célébres, Zeus, Poseidon, Pan, etc.
dans le langage et les coutumes actuelles. Il étudie ensuite les relations
entre les hommes et les dieux, entre l'àme et le corps, et ainsi de suite.
M"* H. a davantage circonscrit son sujet. Ses observations portent presque
sans exception sur la maniére dont les Grecs honorent les saints et
(1) M. A. Papadopoulos-K erameus, professeur à l'université de Saint-Péters-
bourg, qui a édité le texte grec de cette Vic, sera quclque peu surpris du titre de
patriarche grec que lui décerne lc P. H. (p. 120).
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 461
célébrent les grandes fétes de l'année. Les divisions principales de son
livre sont les suivantes: fonctions et noms des saints (ce chapitre a paru
dans 4nnual of the British School at. Athens, t. XIII) ; les saints
faiseurs de miracles; la féte de l'Annonciation à Tinos ; fétes d'hiver : Noel,
Nouvel An, Carnaval, Épiphanie etc. ; fétes du printemps : les Rameaux,
Páques ; fétes d'été: Ascension et Pentecóte, S. Jean Baptiste, féte des
fleurs, fétes de la Vierge en été et en automne ; rites et cérémonies
diverses. Les deux auteurs s'en tiennent exclusivement aux croyances et
aux pratiques populaires, de préférence à celles qui ont un caractére
nettement superstitieux ou une origine suspecte.
Il faut louer sans restriction le ton calme et digne qui régne dans ces
livres, oü tant de détails pourraient préter à des allusions peu bienveil-
lantes ou à des plaisanteries faciles. C'est le style de bonne compagnie, et
l'on se sent invité à discuter les points sur lesquels on ne se trouverait pas
d'accord.
Dans l'innombrable suite de faits étranges que l'observateur recueille
chez un peuple dont la civilisation est notoirement moins avancée que la
nótre, les éléments les plus disparates se trouvent confondus, et rien n'est
plus malaisé que de découvrir leur provenance. Aux trois choses difficiles
à connaitre dont parle le livre des Proverbes (3o, 18), on peut bien ajouter
les croyances et les pratiques superstitieuses.Le chemin mystérieux qu'elles |
suivent pour s'introduire chez un peuple est comme la voie de l'aigle dans
les airs, du serpent sur la roche, du navire sur les flots.Depuis que l'on sait
comment les mémes contes populaires sont disséminés dansles pays de
races les plus diverses, on n'ose plus dire qu'aucun d'entre eux soit l'héri-
tage direct des ancétres. Il doit en étre de méme de certaines traditions
dont la migration apparait comme également capricieuse, et s'il est un
pays oü il ne faut parler desurvivance qu'à coup sür, c'est bien la Gréce.
On est d'accord pour taxer d'exagération les idées d'un Fallmerayer sur les
conséquences de l'invasion slave en pays grec. Mais on semble trop oublier
ce que des bouleversements profonds et le mélange des races a dà succes-
sivement supprimer et introduire dans ces contrées. Telle coutume, com-
mune à la Grece d'aujourd'hui et à l'antique Hellade, appartient peut-étre
au patrimoine commun de l'humanité, et cette légende qui vous parait un
écho de la littérature classique, le paysan qui la raconte aujourd'hui l'a
peut-étre recue de ses ancetres barbares. S'il a l'air de se souvenir de Pan,
d'Aphrodite et des nymphes, il y a quelque chance aussi quil ait appris
ces noms par une tradition de date récente, remontant peut-étre à quelque
magister pédant, nourri de lectures classiques, Il parait qu'en Créte on a
entendu des exclamations comme celle-ci : fjkoüTe uo0 Zuve 0c.
On a donc, dira-t-on, continué à y invoquer Zeus. Mais, en entendant un
Italien s'écrier : per Dacco, allons-nous conclure que Bacchusa continué
longtempsà recevoir les hommages deslItaliens ailleurs quedans les osteric?
462 BULLETIN
La préoccupation de retrouver partout quelque tradition antique fait que
l'érudit passe souvent à cóté de l'explication la plus simple et au fond la
plus vraie. On sait que le jour de Páques, chez les Grecs, à minuit l'évéque
proclame solennellement : « Le Christ est ressuscité ! » Aussitót les cloches
se mettent en branle, le canon tonne, des pétards sont lancés, et c'est à
qui ferale plus de tapage pour saluer le joyeux événement. C'est une facon
bien naturelle, chez ce peuple naif et exubérant, de témoigner sa joie au
sortir d'une longue période de pénitence et d'un jeüne rigoureusement
observé. Dans certaines parties de l'Espagne, il se passe des scénes analo-
gues au Gloria de la messe du samedi-saint. N'est-ce pas en chercher
bien loin l'origine que de croire, avec M"« H., que primitivement ce tinta-
marre doit avoir eu pour but de chasser les mauvais esprits ?
Mais s'il faut beaucoup de prudence pour déterminer le sens de certains
usages ou cérémonies, il en faut surtout lorsqu'il s'agit du culte des saints
et de ses manifestations populaires.
Comme nous l'avons dit bien des fois, le peuple ne peut s'abstenir
d'entourer ses héros et ses saints d'une auréole de poésie et de légende, et
comme il fait tout sans mesure, il finit par masquer la réalité sous le décor
de sa facon, et par transformer les physionomies. ll circule sur les saintg
populaires bien des histoires qui sentent leur paganisme sans méprise pos-
sible. Ces formes extérieures, la plupart du temps, ne sont point primi-
tives, Dans presque tous les cas que nous avons pu étudier, nous avons
trouvé tout autre chose à l'origine, un culte parfaitement régulier et
respectable, dénaturé par l'indiscrétion du populaire trop peu surveillé par
ses pasteurs ou trop peu docile à leur voix. M. L., comme M"* H., comme
beaucoup d'autres, partent de ce principe que le culte des saints a été, pour
l'Église, un grand moyen de propagande, le moyen principal, sinon uni-
que, de vaincre l'attachement du bas peuple à ses idoles, en leur substi-
tuant les martyrs ou les héros de la pénitence. Quand on le pouvait, on
substituait au dieu paien un saint à peu prés homonyme — l'exemple
classique est S. Dionysios, à la place de Dionysos ; — le peuple continuait
à venir en foule, et sans changer ses habitudes, sans trop savoir si lui-méme
ou l'Olympe était devenu chrétien, il rompait avec le passé sans résistance.
D'aucuns pensent — et je vois avec peine Mc Hamilton citer encore
S'* Pélagie — que la substitution d'un homonyme ne pouvant toujours se
faire, on avait parfois recours à un artifice moins innocent et qu'on met-
tait, sous un déguisement convenable, le dieu lui-méme sur les autels.
N'a-t-on pas affublé Aphrodite elle-méme d'une robe de pénitente pour la
présenter aux hommages des fidéles ?
Ceux qui s'occupent de ces choses devraient une bonne fois reprendre
dans le détail tous les cas dont on s'autorise pour bátir des systémes en
contradiction flagrante avec l'histoire de l'église naissante. Le culte des
saints ne fait point partie des méthodes générales de la mission chrétienne.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 463
Les concessions trés politiques, mais trés compromettantes, que l'on ima-
gine, sont trop contraires à l'esprit primitif pour étre autre chose que des
combinaisons d'une érudition ingénieuse à l'excés. On n'a jamais apporté
une bonne raison pour dire que S. Démétrius avait généralement remplacé
Déméter, ou qu'il n'est au fond que Déméter elle-méme, changée de sexe.
Si l'histoire de St* Démétra, racontée par Lenormant (Lawson, p. 80) est
autre chose qu'un produit de l'imágination un peu vive de cet archéologue,
il faudrait simplement dire que la fantaisie populaire, livrée à elle-méme,
enfante parfois des monstres. On le savait.
Un élément qui devient souvent le dissolvant des théoriesles plus sédui-
santes, c'est la chronologie. Hélas, elle nous fait parfois défaut. Mais voici
un cas oü elle rendra service.On peut lire dans Mc H. l'attachant récit d'un
pélerinage à Tinos, le jour de l'Annonciation (ch. IV, publié d'abord,
en I906, dans le Blackwood's Magazine). L'intrépide voyageuse, tout en
racontant ses petites aventures, nous fait circuler trés habilement au milieu
de cette foule compacte, qui se presse dans les rueset qui s'écrase dans le
sanctuaire. Il faut la suivre pour avoir un tableau de la dévotion populaire
chez les Grecs de nos jours. Tinos, on le sait, est une des Cyclades, voisine
de Délos. Or Délos, l'ile d'Apollon, était comme le centre de la religion
grecque ; c'était le lieu de pélerinage fréquenté entre tous. De nos jours,
c'est Tinos qui attire les foules, et la piété qui s'y étale porte un cachet de
paganisme trés prononcé. On conclut que nous avons là « one of the most
apparent survivals of the ancient Greek religion (p. 76.). » Or le péleri-
nage de Ténos est de date tout à fait récente. Une apparition de la Vierge,
en I821, fut l'occasion de cette fondation nouvelle, qui acquit bientót une
grande célébrité. Evidemment, Tinos au XX: siécle et Délos avant l'ére
chrétienne virent se dérouler des spectacles presque identiques. Mais
est-il permis de parler ici de survivance, et les mémes manifestations
ne se produisent-elles pas un peu partout dans les circonstances ana-
logues ?
Il est intéressant de constater, avec M. L. (p. 302), que les révélations
d'images miraculeuses se produisent encore de nos jours. Il cite le cas
tout à fait récent d'un maitre d'école de village demandant au ministére
de l'Instruction publique un congé pour chercher, en fouillant le sol, une
image qui lui avait été montrée en songe, et pour construire une chapelle
au lieu de l'invention.
M"* H. nous dit qu'à Tinos, et ailleurs en Gréce, il se produit des
guérisons dans les sanctuaires orthodoxes comme dans les lieux de péleri-
nage catholiques. Pour les apprécier, il faut, ajoute trés sagement l'auteur
(p. 63), se garder également des excés qui condamnent « tout le systéme
comme une imposture, » ou qui acceptent tout « avec une piété hyperbo-
lique. » Elle assure que dans certains pélerinages de Gréce les Turcs, les
juifs et méme les catholiques vont chercher le reméde à leurs maux, et
464. BULLETIN
nullement en vain, comme l'atteste la fontaine de marbre érigée à l'entrée
de l'église de Tinos par un Turc reconnaissant.
Nous remplirions bien des pages si nous avions à relever dans les volu-
mes de M.L. et de M"* H. tout ce qui peut intéresser nos lecteurs. Mention-
nons en passant le prétendu tombeau de S. Luc à Thébes (H. 58), la pra-
tique cruelle jadis en honneur au monastére d'Elona (H. 60), l'oracle de
S. Georges à Àmorgos (L.332), les exemples d'incubation (L. 6r, H. 90),
que nous voudrions discuter ailleurs. Si l'histoire du messager envoyé
à S. Nicolas par les gens de Santorin (Théra) dans les débuts de la
révolution est vraie (L. 339-41), il faut bien avouer que cette ile était
retombée dans la plus profonde barbarie. Mais suffit-il du témoignage
d'un vieux paysan pour accepter la réalité d'un sacrifice humain en
plein XIX* siécle ? M. L. lui-méme éprouve quelque hésitation. L'igno-
rance de ce peuple explique certaines horribles superstitions que l'on ne
peut nier. Le fait en question semble dépasser les limites de la vraisem-
blance.
On recueillera (L. 55-57, H. 35) une jolie moisson de vocables curieux
sous lesquels sont honorés la Vierge et les saints : lTavayía xpvoo-
aaworicco, TT. xarrvixapéa (une. vierge noire), TT. éxaroruMavi, TT.
(Aukovoloó0ca, TT. ravtéávacca ; S. Michel ó rrarqmpiuTng patron des
vignerons, S. Jean Óó kuvnyóc, S. Démétrius Óó Aouumapbiápngc, S. Nico-
las Óó vaUtre, et méme S. Georges Ó ue0vOTic, ce qui dépasse quelque
peu les limites de la familiarité qu'on peut se permettre avec les saints. Je
ne sais ce que M. L. (p. 57) a voulu dire par les saints dkivouvoi ; il doit y
avoir quelque confusion entre S. Akindynos et les saints ávdpyupor. Par
je ne sais quelle distraction, M. L. appelle toujours les célébres anargyres
Costas et Damien. À propos de vocables, rappelons qu'ils ont été souvent
une cause de perturbation dans l'hagiographie,en y introduisant des homo-
nymes qui n'étaient au fond qu'un méme personnage. Rien de plus naturel
dans la plupart des cas. On croirait que les individualités bien tranchées
échappent nécessairement à ces transformations. Or voici qu'on a constaté
que certaines légendes regardent les différentes Vierges miraculeuses
comme des personnes distinctes, et établissent entres elles des liens de
parenté : la Panagia d'Ithome est la sceur de celle de Megaspelaion, celle
de Cythére est leur cousine etc. (H. 36). Reste à savoir si ces enfantillages
rencontrent quelque créance parmi le peuple qui se les raconte.
Les chapitres de M"* H. sur les fétes du Seigneur et de la Vierge appel-
leraient certaines critiques. Je n'en ferai qu une seule. Avec Frazer, un
maitre dans l'art de donner le coup de pouce, elle croit pouvoir mettre en
relation les fétes du r3 et du 15 aoüt, sous prétexte que la différence de
deux jours n'a aucune importance (p. 174). J en demande pardon à Mr* H.,
mais en ces matiéres la coincidence exacte des jours est un point essentiel
de la discussion, et il n'est jamais permis de négliger méme les plus
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 465
légéres différences lorsque les dates sont bien établies, comme c'est le cas
ici. Si l'on convient de n'en pas tenir compte, il n'est point de combinai-
son extravagante qu'on ne puisse se flatter de rendre plausible. — H. D.
148. — * Orazio Manuccur. Epigrafla cristiana. Trattato elementare
con una silloge di antiche iscrizioni cristiane principalmente di Roma.
Milano, Hoepli, 1910, in-12, vi11-453 pp., 30 planches (MaNvaLr Horpri).
Fr. 7,50. — La réputation des Manuali Hocit n'est plus à faire. Le chiffre
respectable des volumes dont se compose cette utile encyclopédie — un
bon millier — atteste suffisamment son succés, qu'explique d'ailleurs le
choix généralement heureux des coliaborateurs et l'ordonnance claire et
pratique des Manuels.Parmi ceux qui ont paru cette année, on nous envoie
le Mazuale della Bibbia (2* éd.) du professeur G. M. Zampini, qui doit
avoir sa valeur, puisque le public le redemande ; le Disegno slorico della
vita e cultura greca, gros volume de prés de 8oo pages, orné d'une foule de
gravures, ceuvre de deux savants bien connus dans le monde des hellé-
nistes, D. Bassi et E. Martini ; enfin, le manuel d'épigraphie annoncé
plus haut. Le plan en a été pour ainsi dire tracé d'avance par De Rossi
sur les murs du musée du Latran. M. Marucchi a suivi les grandes lignes
de la classification du maitre, en ajoutant, dans les chapitres d'introduction,
les notions d'épigraphie générale et d'épigraphie chrétienne nécessaires
aux débutants. La majeure partie des inscriptions réunies dans la St//oge
est de provenance romaine, cela se congoit. Pourtant M. M. a puisé
encore ailleurs, et il a ajouté aux exemples depuis longtemps classiques,
un choix de textes récemment mis en lumiere. Parfois il y joint de bréves
explications. N'eüt-il pas été utile d'ajouter, pour chaque inscription,
indication du principal éditeur et du meilleur commentaire ? On sait
vaguement que De Rossi s'est occupé de la plupart des inscriptions
romaines. Mais c'est exiger beaucoup du lecteur que de lui laisser le soin
de retrouver l'année et la page du JBDullettisto, sans parler de la Roma
solterranea et des Inscriptiones. Tant que nous n'aurons aucune espéce de
Corpus, on ne peut se passer de références bien choisies. Le ch. IV, con-
tenant les inscriptions se rapportant au dogme de la Communion des
saints, notamment au culte des martvrs, est particuliérement intéressant
pour nous. Le 5 4, réunissant une suite d'observations sur les titres sazictts
et martyr dans l'épigraphie chrétienne, pourra étre complété par le travail
paru l'an dernier dans les ;lzalecta (XXVIII, 145-200) sur le méme sujet.
Dans un traité sommaire, comme celui de M. M., on trouvera sans doute
que c'est beaucoup de cinquante pages pour expliquer le groupe d'inscrip-
tions que l'on prétend se rapporter à la famille du pape Damase (p.357-405),
d'autant que tous les résultats ne semblent pas définitivement. acquis. Le
manuel contient un appendice qui ne devrait manquer à aucun traité
466 BULLETIN
d'épigraphie ; c'est un recueil de fac-similés d'inscriptions. Si M.M. pouvait
ajouter à la prochaine édition une table alphabétique des noms, on lui
en serait reconnaissant. H. D.
149. — * Émile Mars. L'art religieux au XIII- siécle en France.
Troisiéme édition revue et augmentée. Paris, Colin, 19ro, in- 45, 486 pp.,
189 gravures. — Le nom de M. Mile est trop connu de nos lecteurs (voir
Anal. Boll., XXI, 422; XXVIII, 220, 487) et ses travaux trop appréciés
pour que nous ayons besoin d'insister sur les mérites d'un livre arrivé en si
peu de temps à sa troisiéme édition et honoré récemment des distinctions
les plus flatteuses. La partie artistique, déjà si remarquable dans l'édition
précédente, a été notablement enrichie, et la plupart des dessins sont rem-
placés par des reproductions mécaniques fort réussies. Bien que le volume
necontienne qu'une vingtaine de pages de plus, le texte a été corrigé
en beaucoup d'endroits. L'ordonnance générale est restée ce qu'elle était,
et il faut bien avouer que l'auteur aurait été mal inspiré d'y toucher. En
relisant le beau chapitre sur la Légende dorée, j'ai retrouvé un passage qui
pourrait étre légérement amendé.Il s'agit de S. Georges et du dragon.Dans
la légende primitive il n'est pas question de ce monstre qui, depuis les
. croisades, est devenu le compagnon inséparable du saint ; au V* ou au VI*
siécle on n'y songeait pas encore. Et puis, si le dragon a été parfois un
symbole, si le guerrier vainqueur du dragon a pu représenter la victoire
sur le paganisme, cette image n'a pas tardé à perdre sa signification.
selon toute apparence, la lutte contre le serpent qui empestait la contrée
de son souffle et dévorait les passants, est devenue une histoire banale,
dont les hagiographes ont corsé la biographie d'un grand nombre de
saints, non pas pour dire poétiquement que leur héros avait extirpé défini-
tivementleculte des idoles, mais pour intéresser les lecteurs naifs qui
aimalent ces sortes d'aventures. Je crois que, si M. M. voulait faire le
compte des légendes oü apparait le dragon, il trouverait qu'au rebours de
sa thése (p. 338) presque toutes dépassent « le VI* siécle, c'est-à-dire
l'époque oü la France est devenue chrétienne. » M. M. fait remarquer
que le dragon défend la plupart du temps une fontaine, et en tire cette
conclusion que toute l'histoire est une métaphore pieuse imaginée par les.
clercs : la fontaine lui semble étrele symbole du baptéme. Il est plus pro-
bable que ce trait appartenait au vieux conte populaire qui est à l'origine
de l'épisode du dragon. Dans les migrations des contes, on constate que
les détails accessoires ne se détachent guére du sujet principal. — H. D.
150. — * Stuart A. DoNALDsoN. Church Life and Thought in North
Africa A. D. 200. Cambridge, University Press, 1909, in-8, xi1-200 pp.,
gravures.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 467
151. — * Paul! MoNckeAux. L'épigraphie donatiste. Extrait de la
REvUE DE PHILOLOGIE, t. XXXIII (1909), p. 112-61.
Dans le titre de son livre, M. Donaldson indique fort clairement les
limites qu'il s'est tracées ; sa préface nous fait connaitre le public auquel
il entend s'adresser directement, non sans espérer l'élargir quelque peu ;
c'est celui que Tertullien appelle simplices quique — ne dixerim impru-
dentes et 1diotae — quae maior semper credentium pars est. Quels que
soient les lecteurs de M. D., on peut affirmer qu'ils le liront avec plaisir.
Son exposé est clair et limpide, et sur les sujets de dogme, de discipline et
de pratique, il fait le plus souvent parler Tertullien, un témoin qu'on
entend volontiers. Il a un chapitre spécial sur les martyrs Scillitains
et sur la Passion de Perpétue, à laquelle deux gravures, la vue del'amphi-
théátre de Cathage et l'inscription SALVVM LOTVM sur une mosaique,
forment un intéressant commentaire. L'inscription trouvée par le P.
Delattre, et qui porte incontestablement les noms des martyrs, est donnée
comme (he Tombstone of S. Perpetua, S. Felicitas and their comrades. Je
dois dire que ceci est contesté, et que l'on ne s'est pas encore mis d'accord
sur la destination de ce marbre. Les derniers chapitres parlent des cultes
paiens, du montanisme, de l'Octavti:s, de la Bible de l'Afrique du Nord.
Tous ces sujets, on le devine, ne sont pas approfondis ; mais je n'oserais
pas dire qu'ils soient traités superficiellement. M. D. a sa maniére, qui en
vaut d'autres, et il intéressera bien du monde à des matiéres fort sérieuses
avec plus de succés peut-étre que les plus savants critiques.
M. Monceaux, poursuivant ses belles études sur l'Afrique chrétienne,
s'occupe cette fois d'une période moins ancienne. En méme temps qu'un
travail sur L' Éylise donatiste avant. S. Augustin, dans la Revue de l'his-
Loire des religions, t. LX (1909), p. 3-63, il publie une étude sur l'épigra-
pliie de la secte. Les inscriptions sont partagées en quatre groupes: 1) celles
oü figure la devise des dissidents ; 2) celles qui expriment les aspirations
et les rancunes donatistes,« avec une série paralléle de documents catholi-
ques,qui contiennent autant de réponses aux prétentions des sectaires » ; 3)
les inscriptions relatives aux martyrs de l'églisedissidente ; 4) les épitaphes
des donatistes. La méthode suivie est bonne et permet d'apprécier aisément
la valeur des résultats. En somme, le formulaire propre du donatisme se
réduirait au cri de guerre Deo laudes opposé à la devise catholique Deo
gratias. Lorsqu'on la trouve littéralement énoncée, la provenance, nous
dit-on, est certaine. Mais peut-on prouver que les catholiques s'interdi-
saient le mot laudes et aller jusqu'à dire avec M. M. que laudes est un mot
sectaire ? Qu'on nous explique alors comment le peuple d'Hippone, en
présence de S. Augustin, remplit l'église des acclamations Deo gratias,
Dr«o laudes en apprenant la guérison de Paul de Césarée (De civitate Det,
XXII, 8, HorrMANSN, p. Orr) ; et quand sa saur Palladia guérit à son tour,
ces braves gens, qui n'étaient pas donatistes, se mettent à crier encore :
468 BULLETIN
Deo gratias, Christo laudes (Augustin, Serm. 323, P. L. XXXVIII,
1446). Le bonis bene est encore moins sürement la propriété des donatis-
tes, bien qu'il se rencontre parfois en compagnie du Deo laudes.ll faut en
dire autant du mot sazictus ; les dissidents se disaient bien les justes et les
saints par excellence ; mais ils n'avaient point accaparé, semble-t-il, un
mot si essentiel à la langue chrétienne. En dehors d'un certain nombre
de cas bien clairs, et malgré l'argumentation souvent trés ingénieuse de
M. M., ona l'impression que les inscriptions donatistes sont difficiles à dis-
tinguer des autres. Les textes dans lesquels on peut trouver des allusions
aux querelles des églises rivales, s'adaptent souvent aussi bien à d'autres
situations. Àu sujet des inscriptions en l'honneur des martyrs, M. M.
énonce (p. 139-40) des principes empreints d'une sage réserve. On a de
sérieuses raisons de supposer que plusieurs martyrs locaux, spécialement
ceux de la Numidie, oü les donatistes étaient fort répandus, appartiennent
à la secte ; mais cela ne suffit pas pour déterminer la part des deux églises,
et « la plupart des documents gardent leur secret ». Je n'oserais insister,
comme le fait M. M. sur le théme de la dignité du martyre comme
critére de l'épigraphie donatiste. Certainement, les schismatiques l'exal-
taient à l'excés ; mais on ne saurait oublier que les catholiques en avaient
ézalement l'idée la plus haute, tout en se montrant plus avares dans l'at-
tribution d'un titre d'honneur, le plus enviable de tous, à leurs yeux.
H. D.
152. — * Augusto VERNARECCI. Fossombrone dai tempi antichis-
simi ai nostri. Volume I. Fossombrone, Monacelli, 1907,in-89,xv-562 pp.,
illustrations. L. 4,50.
153. — * Giuseppe SicNonELLI. Viterbo nella storia della Chiesa.
Volume I. Viterbo, Cionfi, 1907-1908, in-8^, xv-480 pp.
154. — Francesco LaNzoNr. Le origine del cristianesimo e dell
episcopato nell' Umbria Romana, dans RivisTA STORICO-CRITICA DELLE
SCIENZE TEOLOGICHE III (1907), pp. 738-56, 821-34.
155. — Francesco LaNzoNri. Le origine del cristianesimo e dell
episcopato nell Etruria Romana. Inir. t. IV (1008), pp. 924-38 ; t. V
(1909), p. 20-29.
156. — Francesco LaNzoNr. Le origine del cristianesimo e dell
episcopato nella Campania Romana. Inip., t. VI (1910), pp. 25-34, 110-
IIO, 277-95.
157. — Francesco LaNzowi. Le origine del cristianesimo e dell
episcopata nella Corsica. Inip., p. 446-53.
Les monographies des vieilles villes italiennes sont rarement à négliger
par les hagiographes, qui vont y chercher sur les patrons des églises et les
grands souvenirs religieux des renseignements que l'on aurait de la peine
à découvrir ailleurs. Voici sur Fossombrone (Forum Sempronii) et sur
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 469
Viterbe deux volumes qui se recommandent par l'étendue des recherches
et une interprétation judicieuse des documents. L'ouvrage de M. Verna-
recci doit embrasser toute l'histoire de Fossombrone depuis les temps les
plus reculés jusqu'à nos jours ; le premier volume nous conduit jusqu'au
XV* siécle. C'est une histoire des plus animées, oü les guerres, les intri-
gues, les rébellions occupent une grande place, sans exclure l'agrément
des beaux arts et une vie religieuse intense. On attribue à S. Félicien,
évéque de Foligno, la premiére évangélisation de Fossombrone. Nous
n'en demanderons pas la démonstration cette fois, pour nous arréter un
instant aux martyrs dont on croit pouvoir faire honneur à cette église. 1l
y en a deux groupes, dont le premier est annoncé au martyrologe hiérony-
mien le 4 février en ces termes (ms. E): /n. Foro Simphronti natalis
Gemint, Gelasi, Mannae, Aquilint et Donatae ; item Gemini, item Dona-
tae, Thimoi filiae episcopi. cum filia sua. Le ms. B porte, aprés Gelast,
Timothei, Magni. On nous donne d'aprés cela la série suivante des mar-
tyrs de Fossombrone : « Aquilino, Gemino, Gelasio, Magno, Donata,
Timoteo vescovo e una santa martire innominata. » La clarté de la notice
du 4 février est plus apparente que réelle. Timothée — M. V. l'a reconnu
— n'est qu'un doublet de Tin: ; mais cette derniére lecon est bien meil-
leure, car la fin de la notice doitse lire: T/unuz Fileae episcopi. cum
Filoromo. Reste, en supprimant les répétitions, Gemint, Gelasi, Magni,
Aquilini. ll s'agit de savoir si ces noms appartiennent à Forum Sem-
proni. Or l'examen des jours précédents montre que la rubrique topo-
graphique n'est pas à sa place. Le 2 février se célébrait à Fossombrone
une dédicace annoncée comme suit dans l'hiéronymien : Romae Foro
Simpruni via Flaminia miliario ab urbe CLXIIII Laurenti Ippolytt. La
notice est répétée le lendemain, sans l'indication de la distance ; le surlen-
demain il ne reste plus que le nom de la localité. Il faut en conclure que
les quatre noms de martyrs appartiennent à tout autre endroit que Fos-
sombrone.
Voici ce que l'on sait sur un autre groupe attribué à la méme ville.Dans
la sacristie de la cathédrale, une pierre trés endáommagée montre les traces
d'une palme et quelques lettres difficiles à déchiffrer. M. V. croit y recon-
naitre la syllabe MOR. D'autre part, en 1781, fut trouvée dans l'ancienne
cathédrale une inscription ainsi congue : Hic REQvIESCIT SC8. M MVRENTIUS
CVM SOTIIS SVIS VRBANI FRAVITI MARTINIANI VINCENTII. Le style de cette
inscription ne permet pas de la placer trés haut, et.les noms de ces mar-
tyrs, qui n'apparaissent, légérement modifiés, que dans les mauvais actes
de S. Paternianus de Fano (BHL. 6472), donnent à réfléchir. M. V. a
rapproché de ce texte celui de l'inscription à date consulaire CIL. 6160,
de l'année 401 :
470 BULLETIN
EN
QVI
vixit ANNIS
P. M. XXXVII
SEPVLTVS EST
DIE. V. KAL. MAIAS
VINCENTIO. ET
FRAVITO. COS.
On comprend aussitót, et la chose a été déjà remarquée, que les consuls
Vincentius et Fravitus ont été transformés en martyrs. Nous avons cité
ailleurs d'autres exemples d'une pareille métamorphose (Sat Cassiodore,
dans Mélanges Paul Fabre,p. 46). Si nous avions le texte complet de CIL.
6160, nous serions probablement édifiés sur l'oriyine de l'inscription de
1781, et les noms de Murentius, Urbanus, Martinianus y trouveraient leur
explication. À moins qu'il n'y ait eu combinaison d'éléments disparates,
Murentius fait songer à LJAVRENTIVS, nom si populaire à Fossombrone.
On nous dit bien qu'il existait dans le pays un monastére de S. Maurentius,
mais on ne sait à quelle date remonte ce vocable et tout ce que l'on raconte
du saint semble se rattacher à la tradition créée par l'inscription médié-
vale. Il y a là un mystére qu'il n'est peut étre pas malaisé d'éclaircir par un
rapprochement avec d'autres cas analogues, si fréquents au. moyen áge.
Ce qui ferait penser que l'ossombrone n'a pas donné de martyrs à l'Égli-
se, c'est le fait de la célébre dédicace du 2 février ; les reliques déposées
dans la basilique sont celles de deux martyrs romains.
Viterbe a joué dans l'histoire générale de l'Église un róle pius important
que Fossombrone, et M. Signorelli a eu raison de s'attacher spécialement
à l'histoire ecclésiastique de sa ville natale. Il n'a pas, du reste, circonscrit
le sujet dans ces étroites limites, comme le montrent les divisions de l'ou-
vrage : L'evangelizzazione della Tuscia ; I vescovi di. Tuscanta ; I vescovi
di Viterbo ; Papt e conclavi in. Viterbo ; Il secolo XIV. L'auteur a tenu à
ne laisser aucune de ses affirmations sans preuves, et les renvois continuels
aux sources et aux meilleurs écrivains (quelques lézgéres erreurs dans la
transcription des noms : Harnach, Pflugh Hartung etc.) témoignent à la
fois de sa conscience et de son érudition. Un copieux index, dans lequel
une précieuse liste des églises, augmente considérablement l'utilité de l'ou-
vrage. Une critique plus sévére à l'endroit des textes hagiographiques ne
lui eüt rien fait perdre de sa valeur. Il n'y a véritablement rien à tirer des
Passions des martyrs de l'antique Tuscie. Il convient de signaler les chapi-
tres sur S'* Rose de Viterbe (II, r1, 12), et sur les reliques (IIl, 8) dont s'en-
richirent diverses églises dela ville. Parmi ces trésors, 1l y avait le menton
de S. Jean Baptiste, dont il est fait mention à la fin du XIII* siécle.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 471
Pour tout ce qui concerne l'histoire des origines du christianisme, des
persécutions, de l'établissement de l'épiscopat dans l'Ombrie, la Toscane,
la Campanie, la Corse, il faudra se reporter à la série des articles que le
chanoine Lanzoni présente modestement comme des essais, et qui sont de
tout point excellents. L'information et le sens critique vont ici de pair, et
la sagacité avec laquelle, M. L. isole de la compilation pseudo-hiérony-
mienne les listes des martyrs d'Italie est remarquable. Il n'est pas facile
d'analyser dans un compte rendu ce travail, qui vaut surtout par la préci-
sion des détails ; mais nous pouvons dire qu'il est désormais indispensable
à quiconque s'occupe de l'histoire ecclésiastique de l'Italie centrale et de
l'Italie méridionale. Souhaitons que l'auteur trouve le temps de s'occuper
également de l'Apulie, de la Calabre et de la Sicile etc. et qu'il réunisse en
volume le résultat de ses recherches. Toutes les conclusions ne sont pas
définitives, et M. L. se garde de les donner pour telles. Quand on s'occupe
des martyrs,on se trouve fréquemment embarrassé par un élément dont il
faut bien tenir compte, c'est la littérature des Passions. M. L. en a fait un
usage trés circonspect. Quand on sera arrivé à les classer par une autre
méthode que celle de M. Dufourcq (44x84. Boll., XXVII, 215), on se trou-
vera là aussi sur un terrain plus ferme. Puisque M. Signorelli et M. Lan-
zoni S'occupent tous les deux d'une notice du martyrologe hiéronymien, au
25 mai : ctvilate Blera Sentialis, i1 ne sera pas hors de propos de faire
remarquer que rien ne s'oppose à ce que la lézende qui fait de ce saint un
solitaire du V* siécle, ne soit vraie. De Rossi avait une idée légérement
exagérée de l'antiquité du martyrologe dans son ensemble, et n'avait pas
remarqué certaines commémoraisons, .comme celle de Syméon stylite
(t 459) au 27 juillet, qui abaissent notablement la date de la compilation.
Ceci n'est point pour recommander la légende de S. Sentias, mais pour
empécher qu'on n'accorde trop facilement le titre de martyr à un saint
qui n'a droit, peut-étre, qu'à celui de confesseur. H. D.
158. —* F. TounNEBIZE. Histoire politique et religieuse de l'Armé-
nie. Tome I. Paris, Firmin-Didot, s. a. (1910), in-85, 872 pp., 3 cartes.
159. — * Malachia OnMaNIAN. L'église arménienne, son histoire,
sa doctrine, son régime, sa discipline, sa liturgie, sa littérature, son
présent. Paris, Leroux, 19ro, 1n-85, x-192 pp.
En janvier 1902, le R. P. Tournebize, professeur au Séminaire oriental
de Beyrouth, commengait dans la Revue de l'Ortent chréticn une longue
série d'articles sur l'histoire de l'Arménie, depuis ses origines jusqu'aux
temps modernes. Ces articles, réunis et augmentés de copieux appendices,
ont formé le gros volume qui vient de paraitre. Ils portent la trace des
recherches opiniátres auxquelles le savant auteur s'est livré dans l'inter-
valle et aussi des conditions trés défavorables dans lesquelles il s'est vu
472 BULLETIN
forcé de poursuivre le travail une fois commencé. Les publications rela-
tives à l'Arménie se sont multipliées en ces derniéres années. D'autres
ouvrages, de date moins récente, étaient pratiquement introuvables dans
la Turquie d'ancien régime. Faute de les avoir connus en temps utile, le
P. T. s'est vu réduit plus d'une fois à se contenter de matériaux déclassés.
A mesure que des sources meilleures lui devenaient accessibles, il s'est
loyalement imposé de rectifier ou de compléter ses assertions ou ses hypo-
théses reconnues surannées ou prématurées. La marche de l'exposition
S'en est ressentie. Des apercus rétrospectifs reprennent, d'un autre point de
vue, des questions déjà traitées ; des chapitres entiers sont refaits sous for-
me de notes, rattachées au texte par un lien quelque peu artificiel ; parfois
ces notes elles-mémes sont revisées à leur tour sur un nouveau supplément
d'information, en attendant que le tout soit refondu en appendice. Quant
au récit principal, il suit naturellement l'évolution qui se produit dans la
pensée de l'auteur ; si bien que l'ensemble du livre ressemble à une strati
fication géologique, dont on pourrait compter les couches successives au
moyen d'une section transversale. Le P. T. s'est expliqué lui-méme sur ces
défectuosités de composition, dans la « note importante » qui termine son
ouvrage (p. 812-14). Nous ne craignons pas de les faire remarquer à notre
tour, parce qu'elles témoignent d'un eítort de sincérité infiniment honora-
ble. Une somme de lectures vraiment déconcertante est accumulée dans ces
pages touffues, et le laborieux auteur n'a pas besoin de dire que ce travail,
poursuivi à travers des difficultés sans nombre, n'a été conduit que par l'uni-
que souci de la vérité. Tel qu'il est, le livre du P. T. est le répertoire le plus
complet qui existe sur la matiére. On y trouvera,dans une juxtaposition un
peu confuse sans doute, la plupart des résultats acquis à l'histoire générale
. de l'Arménie. Du reste, il n'y a pas que de l'érudition dans cet énorme
volume. Il y a aussi des vues personnelles, dont plusieurs méritent une
sérieuse attention. Outre la table analytique trés détaillée, une table de
concordance des matiéres viendra en aide à ceux qui seraient en peine de
connaitre les aspects successifs de la pensée du P. T. sur une méme
question (1).
Toute la période primitive de l'histoire du christianisme en Arménie est
largement tributaire des sources hagiographiques. Inutile de rappeler ici
(1) A propos de cette table, nous nous permettoas de signaler le danger qu'il
peut y avoir à conserver aux noms propres la forme exotique sous laquelle on
les rencontre dans les documents. Ainsi, p. 221, nous trouvons une note sur la
place forte de Roincla et, p. 238,une autre sur « Roum-Qalaat ou Hromgla», qui
est exactement la méme localité ; p. 390, la ville appelée au $ 2 « Meialarkin
(Nephergherd) », reparaít dix lignes plus loin,au $ 5,sous le nom de Maipherkat.
Ceci soit dit sans rien préjuger du systéme de transcription qui est à conseiller
éventuellement,pour le cas oà la transcription s'impose,
AJ ——
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 473
les légendes pseudo-apostoliques. La conversion officielle du royaume à la
foi chrétienne se rattache indissolublement au souvenir de S. Grégoire
. l'Iluminateur, dont le P. T. discute les Actes avec une prudente circon-
spection. Les raisons sur lesquelles il s'appuie pour fixer entre les années
290-295 la conversion de Tiridate et le sacre de S. Grégoire, nous sem-
bleat parfaitement plausibles.
Letableau du pontificat de S. Nersés, celui de la restauration chrétienne
sous S. Isaac, celui des travaux de S. Mesrop, nous retiennent encore en
pleine hagiographie. Vardan et ses compagnons, les héros du souléve-
ment national de 452, sont aussi honorés comme martyrs par l'église armé-
nienne, et il faut bien convenir que les chefs d'ceuvre classiques oü sont
retracés leurs exploits n'ont pas évité tous les écueils du panégyrique
édifiant. A cet égard, on peut regretter que le P. T. n'ait pas été amené à
rencontrer les objections soulevées par M. Adontz contre le récit d'Élisée
et de Lazare de Pharb (Maps6aue Bacarr nepexe cyloMb HCTODHKOBE
dans Sannmcekm mocrouHaro orjyb.euis mHMI. pyccK. &pxeoJOrHWueckKaro
o6irecrBa, XV, 1904, o122-0130. Nous rendrons prochainement compte
d'un ouvrage fondamental du méme savant sur l'Arménie au temps de
justinien). |
Il faut finir, et, sans nous attarder à d'autres remarques de détail, nous
souhaitons au P. T. une prochaine occasion de donner à ses méritoires
avant-travaux leur forme définitive. |
On entre dans le livre de Mgr Ormanian par une préface oü. M. Ber-
trand Bareilles expose, entre beaucoup d'autres choses étonnantes, que
« le libéralisme dans les idées tient à la constitution essentiellement démo-
cratique de l'église arménienne » (p. i1) ; que, pour la dite église, «les
dogmes doivent rester intangibles », mais que, « en revanche, elle fait bon
marché de ladoctrine » (p. 111); que « méme lorsqu'il cesse de croire,
l'Arménien ne cesse pas de lui rester fidéle » (p. v); qu'en Arménie «le
laique est dans l'église et le clergé fait étroitement corps avec la nation »
(p. 1), au point que « la nation et l'église n'y sont qu'une seule et méme
chose » (p.11) et que, en conséquence, pour répondre aux vceux des chrétiens
ottomans, notamment des Árméniens, le gouvernement actuel « doit
orienter l'État dans le sens d'une laicisation aussi compléte que possible »
(p. x). Ces dits mémorables servent d'introduction aux aperqus historiques
d'un homme d'indiscutable talent, qui occupa, pendant douze années, dans
l'église grégorienne, le siege patriarcal de Constantinople. On s'attendrait
donc à trouver dans le livre des vues inédites et peut-étre un peu subver-
sives sur les vicissitudes religieuses de l'Arménie. Erreur ! On n'y trouvera
qu'un esprit non pas rétrograde, mais fermement attaché aux théses tradi-
tionnelles de son église, parfois conservateur à l'excés et fermé aux initiati-
ves les plus légitimes de la critique. Mgr O.estime que l'église arménienne,
ANAL. BOLL. XXIX. 31
474 BULLETIN
d'aprés une tradition primitive et constante, ... reconnait pour premiers
fondateurs les apótres S. Thadée et S. Barthélemy » (p. 3-4), et qu'elle
est en droit de maintenir cette tradition au méme titre que l'église catho-
lique admet le séjour de S. Pierre à Rome (p. 3). On ne dit pas si, entre
l'ére apostolique et la conversion de Tiridate, la tradition historique est
aussi claire en Arménie qu'elle l'est à Rome; mais «le bon sens interdit
de penser que l'expansion de la foi ait pu subir des éclipses intermittentes
dans ce laps de temps » (p. 6). Le méme bon sens, apparemment, ordonne
de respecter, comme parole d'évangile, les déplorables textes hagiographi-
ques dont l'auteur fait état, p. 7. Nous le disons sans aucune intention de
persiflage, mais parce que la préface tapageuse de M. Bareilles rend cette
observation nécessaire: l'histoire n'est plus ainsi comprise nulle part, sinon
dans les milieux oü l'on persiste à vouloir trainer jusqu'à la fin des siécles
tout le poids mort du passé.
La justice nous fait un devoir d'ajouter que ces critiques n'atteignent
pas dans la méme mesure le reste du livre de Mgr O. Mais la plupart des
questions qui y. sont traitées sortent du cadre oü nous devons nous renfer-
mer ici. Le ch. XXXIX, consacré à «la commémoration des saints »
(p. 143-49), n'est guére qu'une revue du calendrier arménien par époques
et par pays. P.PE.
160. —* Hugo KEunER. Die heiligen drei Kónige in Litteratur
und Kunst. Leipzig, Seemann, 1909, deux volumes in-89, xvi-rI4 et
Xv-327 pp., nombreuses gravures. — La pleine intelligence des monu-
ments figurés de n'importe quelle époque suppose la connaissance du
milieu qui les a vu. naitre et des idées dont les artistes se sont inspirés.
Les deux volumes de M. K., qui traitent respectivement des Rois. Mages
dans la littérature et dans l'art, ne forment donc nullement deux ouvrages
distincts ; ils s'éclairent mutuellement et il serait à désirer que l'on n'abor-
dát point les questions de ce genre sans appuyer la partie artistique sur une
base historique bien solide. Ce n'est pas l'historien de l'art seul qui profite-
rait de cette méthode. De méme que la civilisation et les préoccupations
d'une époque font mieux saisir la pensée qui anime les ceuvres d'art, de
méme les monuments düment interprétés deviennent des documents
précieux pour l'histoire de la culture d'un pays et d'un siécle. Il n'est pas
' donné à tout le monde de traiter les questions d'art avec cette profondeur,
et d'exceller dans toutes les parties qui doivent, pour ainsi parler, se préter
main forte. C'est la réflexion que l'on ne peut s'empécher de faire en lisant
le savant ouvrage de M. K. Dans les deux volumes, l'auteur déploie une
érudition vraiment extraordinaire, et nulle part on ne trouvera une biblio-
graphie aussi riche et aussi compléte du sujet et de tout ce qui s'y rattache.
On remarquera néanmoins une grande différence de l'un à l'autre au point
de vue de l'esprit critique et de l'habileté de la mise en ceuvre. Le Kuzst-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 475
geschichtlicher Teil est un admirable recueil de matériaux, soigneusement
classés, une analyse fort claire relevée par une illustration de choix.
L'Orient comme l'Occident, l'antiquité chrétienne et le moyen áge, la pein-
ture, la sculpture, la miniature ont fourni des représentations de la scéne
de l'adoration des Mages, groupées par l'auteur sous quelques types princi-
paux. Il y régne, à vrai dire, moins de variété qu'on ne pourrait croire.
Le récit évangélique, précisé en quelques points par la légende, n'ouvrait |.
pas aux artistes des horizons indéfinis. À tout prendre, la question littéraire
présente peut-étre plus d'intérét, et bien que le plan de M. K. soit fort
large, il reste quelque chose à faire ici, parce que beaucoup de détails ont
été simplement effleurés qui méritaient d'étre approfondis. Il y aurait eu
avantage à séparer plus nettement ce qui concerne l'Épiphanie, féte antique
s'il en fut, de la dévotion aux Rois Mages, qui est relativement moderne.
Avec les éléments réunis par M. K. on pourrait aisément retracer les origi-
nes et les développements d'un culte secondaire greffé sur la commémorai-
son d'un mystére évangélique, et faire ressortir le caractére populaire et
parfois superstitieux des hommages rendus aux saints Rois.Les monuments
anciens n'ont rien à voir avec ce culte, et ne sont qu'une interprétation du
récit de S. Matthieu. Celui-ci, M. K. le déclare légendaire, et entreprend de
le prouver au moyen de rapprochements qui ne constituent nullement un
argument décisif. I1 s'égare quelque peu dans l'histoire des fétes de l'Épi-
phanie et de Noél, et se risque à des afhrmations donnant à penser qu'il est
assez neuf dans ces matiéres. En voici une qui mérite d'étre notée. Il
s'agit de l'église de Rome. « Sous le pontificat de Libére, la féte de la nati-
vité du Christ a été célébrée pour la derniére fois le 6 janvier 353 avec
l'Épiphanie. Le 25 décembre de l'année 354 la nativité est déjà marquée
dansle diptyque épiscopal de Rome.» On n'avait jamais poussé jusque là
la précision, et pour cause. Les chapitres sur les Trois Rois au moyen áge
sont mieux réussis. L'histoire de leur nomenclature est bien curieuse.
Celle des reliques pourrait étre plus développée. L'auteur donne en ter-
minant la forme de la légende au XV* siécle, d'aprés le manuscrit de
Munich germ. 504.
A propos des reliques de Milan, M. K. se pose une question assez inat-
tendue. Comment Milan plutót que Rome est-elle devenue, en Occident,
la cité des Trois Rois ? Et voici, en réponse, ce qu'il livre à nos médita-
tions: L'église romaine célébre le 8 novembre la commémoraison des
Quatre Couronnés. La tradition locale de Milan aurait-elle gardé un sou-
venir de « Trois Couronnés » identifiés plus tard, au XI* siécle, avec les
Trois Rois? Les Quatre Couronnés étaient tout autre chose que des rois,
et les Tres Coronati n'ont jamais existé que dans l'imagination de M. K.
— à Milan, bien entendu, caril y a eu les Tres Coronae, les martyrs
chantés par Prudence. Mais on savait leurs noms; ils étaient honorés à
Cordoue, et n'ont jamais fait penser aux Rois Mages. H. D.
476 BULLETIN
161.— A. BauMsrARK.Zwei syrische Dichtungen auf das Entschla-
fen der allerseligsten Jungfrau, dans OnitENs CHRISTIANUS, t. V (1905),
p. 82-125.
162.— L. LEgov. La dormition de la Vierge, dans REvUk br L'OngrENT
CHRÉTIEN, t. XV (1910), p. 162-72.
Les récits apocryphes de la dormition de la Vierge ont provoqué en
Orient l'éclosion d'une vaste littérature, encore imparfaitement explorée ;
et parmi les documents déjà imprimés, un bon nombre restent inaccessibles
au grand public. M. Baumstark vient pour sa part d'en faire connaitre
deux: une homélie métrique de Jacques de Sarüg, dont il donne la tra-
duction latine, et une autre, attribuée à Jean de Dirtà, dont i1 publie à la
fois le texte original et la traduction. Il se proposait d'éditer également la
premiére, quand il eut la déception d'apprendre qu'elle figurait déjà en
appendice à l'édition des ceuvres de Sahdona par M. Bedjan. Nous sommes
au regret de devoir ajouter que la seconde aussi parait à tout le moins
ressembler trés fort à l'homélie de Timothée de Carcar publiée par le
P. Cardahi dans son Liber Thesauri de arte poetica Syrorum (cf. BHO.
677, 678). Nous n'avons pas le moyen de contróler présentement jusqu'à
quel point s'étend cette ressemblance. En tout cas, il reste à M. B. le
mérite d'avoir interprété ces deux piéces en latin clair et correct, les
fautes d'impression mises à part. Le savant auteur parait avoir réservé
pour une étude d'ensemble les observations auxquelles donnent lieu les
deux documents dont il s'est occupé (cf. p. 83). Présentement il n'est pas
facile de saisir la portée exacte des idées auxquelles il touche dans son
introduction.
On n'en dira pas autant de M. l'abbé Leroy, qui n'a mis aucune espéce
de préface au texte arabe sur la dormition de la Vierge, qu'il a traduit
d'aprés un manuscrit de la Bibliothéque Nationale de Paris, arabe 150
(fol. 157-170").Cette omission ne laisse pas que de diminuer un peu l'utilité
du travail, d'ailleurs méritoire, qu'il s'est imposé. On aimerait connaitre
le rapport de ce document avec les autres rédactions de la méme légende,
notamment avec le texte arabe publié et traduit par Enger (cf. BHO.
633 et suiv.) por
163. — * Cu. GuicGNEBERT. La primauté de Pierre et la venue de
Pierre à Rome. Paris, Nourry, 1909, in-&5, x1v-391 pp.
164. — P. MoNcEaAvx. L'apostolat de S. Pierre à Rome, à propos
d'un livre récent, dans la REvUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE RELI-
GIEUSE, nouv. Série, t. I (1910), p. 216-40.
Nous n'avons pas à nous arréter longtemps au livre de M. Guignebert.
Une grande dépense d'érudition et le désir nettement formulé de rompre
avec les méthodes traditionnelles ne suflisent pas à rajeunir une thése
ni àla prouver définitivement. S.Pierre n'a point recu du Christ un pouvoir
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 477
de juridiction sur ses fréres ; durant l'áge apostolique, ce pouvoir ne lui a
jamais été reconnu ; il n'a point subi le martyre à Rome, oi il n'a jamais
mis le,pied, et s'il y est allé d'aventure, nous l'ignorons complétement
dans l'état actuel de notre documentation. M. G. se défie des théologiens
et des polémistes dans les questions qui relévent de la critique historique,
et, dans une certaine mesure, il n'a pas tort. Mais n'oublie-t-il pas qu'il y a
des théologiens et des polémistes dans le camp rationaliste tout comme
ailleurs, et croit-il sincérement planer à ces hauteurs sereines oü la passion
ne saurait avoir acces ? On n'est qu'à moitié rassuré en voyant M. G., dés
la préface, affirmer ses sympathies pour des méthodes comme celle de M.
J.-M. Robinson, le grand pourvoyeur de la Ratiosxaltst. Press. Associa-
Ít0n, et certainement un des esprits les plus faux que l'on puisse rencon-
trer. Nous n'avons pas l'intention de nous occuper de la premiére partie de
l'étude de M. G. La seconde seule devrait nous arréter, et nous essaye-
rions de montrer que l'argumentation est loin d'étre satisfaisante, si M.
Monceaux ne s'en,était chargé et n'y avait réussi excellemment. « Logi-
« quement », dit M.M. en terminant, « toutes les églises d'autres pays, qui
« contestaient les prétentions romaines, auraient dü étre amenées à révo-
« quer en doute la tradition sur le róle de S. Pierre à Rome. Les occa-
« sions n'ont pas manqué : lutte des évéques d'Orient contre le pape Victor
« dans la question de la Páque ; luttes de Cyprien et des Africains, de Fir-
« milien etd'autres évéques d'Asie Mineure contre le pape Étienne dans
« la question du baptéme des hérétiques... Or nulle part, tout en combat-
« tant le pape, en lui déniant le droit d'intervenir dans les affaires des
« autres éelises, nulle part, méme dans le camp des hérétiques, on n'a
« jamais songé à contester le grand fait invoqué par les papes : l'apostolat
« etle martyre de Pierre à Rome. Aucune autre église n'a jamais préten-
« du posséder le tombeau de l'apótre ni mis en doute que ce tombeau füt
« au Vatican. Il faut donc que la croyance à l'apostolat romain de S. Pierre
« ait été enracinée dés l'origine dans les esprits de tout. le monde chré-
« tien, d'Égypte en Gaule, d'Afrique en Syrie et en Asie Mineure. » La
discussion est fort bien conduite. Sur un point seulement j hésite à suivre
M. M. ; c'est lorsque, dansle texte de S. Clément (7 Cor. 5, 3) : Máfwyev
Tpó ópOoÀudv fuv robg dyaOoUg drocTÓAouc, il attache fuv à
droctTóAoug plutót qua óqp0aAuuv. Au fond, cela ne fait pas une trés
grande différence. H. D.
165. — *F. C. CoevnragEF. The Ring of Pope Xystus now first
rendered into English with an historical and critical Commentary. Lon-
don, Williams and Norgate, 19ro, in-85, v-138 pp.— Le recueil dont M. C.
a entrepris la traduction est une collection de sentences morales for-
mulées par un philosophe pythagoricien nommé Sextus, et qui ont été
retouchées par un chrétien avant le milieu du III* siécle. Origéne les
478 BULLBTIN
cite plus d'une fois, et le livre acquit une certaine notoriété. On se per-
suada méme que l'auteur ne pouvait étre l'obscur Sextus ; Sextus devint
Sixtus ou. Xystus et fut identifié avec le pape de ce nom. Rufin, qui
traduisit les sentences du grec, se fait dans la préface l'écho de cette
opinion : Sextum 1n latinum verli, quem Sextum ipsum esse tradunt
qui apud vos, id est in. urbe Roma, Xysius vocatur, episcopi et. marlyris
gloria decoratus. 1l désigne clairement Xyste II (4 258). S. Jéróme
n'en voulait pas entendre, et en plus d'une circonstance, contesta cette
attribution avec sa vivacité coutumiére. Jljam aulem temeritatem, dit-il
dans sa lettre à Ctésiphon (n. 3), z;mo insaniam. eius, quis digno possit
explicare sermone, quod librum Xysti pythagorei, hominis absque Christo
atque ethnici, qmmulato nomine, Sixti martyris el romanae ecclesiae epi-
scopi praenotawit ? Pour M. C., la contradiction de S. Jéróme s'explique
par l'odetsutn theologicum et le secret désir de trouver l'adversaire en faute.
Ce serait donc bien au pape Xyste qu'il faudrait faire honneur des
YvUjal ; mais comme la chronologie ne s'accommode guére de cette
attribution, il propose Xyste I au lieu de Xyste II. Cette nouveauté,
appuyée sur une argumentation un peu gréle, ne nous parait pas destinée
à recueillir beaucoup de suffrages. H. D.
166. — Karl MaisER. Studien zu Arnobius, daps SITZUNGSBERICHTE
DER K. BAYERISCHEN ÁKADEMIE DER WISSENSCHAFTEN, phil. hist. Klasse,
I908, 5. Abh., 40 pp.
16". — Einar LórsrED. Patristische Beitráge, dans ERANos, AÁcTA
PHILOLOGICA SUECANA, t. X (I9Io), p. 6-29.
Le texte d'Arnobe, qui nous est parvenu dans un manuscrit unique, le
1661 de Paris (celui de Bruxelles en est une copie), est loin d'étre dans un
état satisfaisant et, méme aprés l'édition de Reitferscheid, les critiques y
trouveront ample matiére à conjectures. MM. Meiser et Lófstedt ne seront
pas les derniers à exercer leur art sur les parties malades de l'Adversus
naltones, d'autant que les spécialistes ne s'entendent pas toujours sur la
. nécessité d'une intervention. Voici un cas intéressant. Arnobe écrit II, 3 :
nist forte dubitatis an. sit iste de quo loquimur (il s'agit du Dieu des chré-
tiens) imperator, c magis esse. Apollinem. creditis, Dianam, Mercurium,
Marlem. Da verum iudicium, et haec omnia circumspiciens quae videmus
magis an sint du ceteri. dubitabit quam. in. deo. cunctabitur, quem esse
omnes naturaliter scimus. M. M. (p. 22) s'étonne de ce que Reifferscheid
n'ait pas admis dans le texte, au lieu du da verum iudicium, une. conjec-
ture de Heraldus : da puerum iudicem, brillamment confirmée, dit-il, par
ces vers de Prudence (Perist. X, 655) :
fuct imperitus fac ut adsit arbiter
da sepluennem circiter uerum aut minus.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 479
Il est question, chez Prudence, de l'enfant que la légende donne pour
compagnon à S. Romain et à qui elle finit méme par trouver un nom.
Eusébe parle plusieurs fois du célébre martyr d'Antioche, mais ignore
l'épisode de l'enfant. M. M. en admet le caractére légendaire, et ajoute :
« Die Stelle ist also hochinteressant, weil man hier deutlich nachweisen
« kann, wie eine solche Ausschmückung und Erweiterung eines Marty-
«riums entstanden ist und was die Anregung dazu gegeben hat. » Si
nous comprenons bien, Arnobe aurait donc, en écrivant da puerum tudt-
cem, donné aux hagiographes l'idée du róle joué par le petit martyr dans
l'hymne de Prudence.
Pour un écrivain aussi peu lu, disons méme, aussi peu lisible qu'Arnobe,
pareille influence sur les origines ou le développement d'une légende est
d'une souveraine invraisemblance, et s'il n'y a pas de meilleure raison
pour recommander la conjecture de Heraldus, il vaudrait mieux l'abandon-
ner.C'est pour un autre motif, excellent d'ailleurs, que M. Lófstedt la com-
bat. La lecgon da verum 1udictum se justifie suffisamment par d'autres
expressions analogues d'Arnobe, comme celle-ci : da veram 1udicti. for-
mam (V. 45), a quo st res sumere iudicit verttale. conscriflas ...pergerelis
(III, 6), pour qu'il faille s'interdire d'y toucher. Il n'y a donc aucun point
de contact entre Árnobe et Prudence, et la légende de l'enfant doit étre
expliquée autrement. H. D.
168. — Arthur LáNcrons et Werner SópERHJELM. La Vie de saint
Quentin par Huon le Roi de Cambrai, publiée pour la premiére fois.
Helsingfors, 1909, in-49, xxv-67 pp. (— AcrA SOCIETATIS SCIENTIARUM
FENNICAE, t. XXXVIII, no r) — Le texte est publié d'aprés l'unique
manuscrit connu, Paris Bibl. Nat. fr. 6447. Fort bonne préface, sobre-
ment érudite, solide et compléte. Les éditeurs datent le poéme des
années :1270-I275 environ. Ils montrent que le « livre latin » dont s'est
servi Huon le Roi n'est pas, comme on l'avait cru, le texte BHL.
7005-7007, mais BHL. 7008-7009. Ce texte, avec divers fragments des
miracles BHL. 7017-7919, utilisés aussi par Huon, est réimprimé au
bas des pages, au-dessous des passages correspondants du poéme. À. P.
169. — *G. Ganar. |J] — US a» JV d (Dispersae
familiae restitutio). Extrait de AL-MacHniQ, t. XII (1909), p. 695-706.
170. — *Ir. Die arabische Vita des hl. Xenophon und seiner
Familie. Extrait de BvzaNrINISCHE ZkrTSCHRIFT, t. XIX (19r1o), p. 29-42.
On pourrait appeler la légende de S. Xénophon et de sa famille une
transposition monastique de l'histoire de S. Eustache. Ce serait peine
perdue que de vouloir en chercher le fondement historique. La recension
arabe publiée par M. l'abbé G. Graf ne peut donc servir qu'à élucider
480 BULLETIN
le probléme littéraire posé par ce récit ; mais, à cet , égard, elle ne
laisse pas de présenter un certain intérét. Le texte est emprunté au
manuscrit du Vatican arabe 71, lequel fut exécuté au monastére de Màr
Sabas, en 884. M. G. l'avait d'abord comparé à la Vie grecque imprimée
sous le nom de Métaphraste (P. G., CXIV, 1014-44 ; BHG?*. 1878). Mieux
inspiré dans la suite, il l'a confronté avec le texte publié ici méme (XXII,
383-94) par M. A. Galante (BHG?*. 1879). Le trouvant, en quelques
endroits, plus complet et mieux enchainé, il s'est demandé s'il ne fallait
pas faire honneur de ces lecons au traducteur arabe, qui aurait judicieuse-
. ment retouché l'original grec pour y mettre plus de suite et de logique
(Byzantlinische Zeitschrift, XIX, 39). Voilà un Arabe qui n'était pas de son
pays ! Mais il nous semble que M. G. est un peu prompt à lui supposer cet
instinct phénoménal. La version arménienne publiée par les RR. PP.
Mekhitharistes de Venise (cf. BHO. 1246), contient elle aussi, à peu de
chose prés, les passages controversés. En cela, et dans le reste, elle s'ac-
corde avec la version arabe d'une maniére qui oblige de leur supposer une
origine commune.
Quelle origine ? D'abord, en ce qui concerne la version arménienne, il y
a certaines raisons de conjecturer qu'elle vient d'un texte syriaque. Ainsi,
par exemple, le nom de la ville de Beyrouth est invariablement rendu par
iJ r [nni ; Vrriton, qui ne serait guére admissible comme transcription
de Bnputógc (cf. uU p.p h af Ipae pas partim [2 fra p uppng, lI, 5I5,
516). Ensuite, là oü l'arabe (d'accord avec le grec) porte : sc mergas 0s in
medio mari hoc terribili (al-Machriq, 698), Varménien écrit: dh Sub n
gilla fh flu unnepg dlrpng s nc vetrahas nos in dimidio dierum
nostrorum (t. c., 517), réminiscence biblique (cf. Ps. ror, 25) qui peut
trés bien avoir été suggérée à faux par une confusion entre «asacu, dies
nosiri, et 31a, "Tia.
Rien ne s'oppose d'autre part à ce que l'arabe dérive pareillement d'un
texte syriaque. Áu contraire, cette hypothése permet d'écarter sans eflort
une lecon inadmissible. Une phrase du ms. dans sa teneur littérale se lit
comme suit: 4l y mes | ES eb setpsos ex covbe protece-
runt. (al-Machriq, 698,1. 1x1; cf. Byzant. Zeilschr., 33, not. 1). M. G.
traduit : « warfen sich in die Matte » et explique que « Matte » signifie
ici « Rettungskorb, oder — Boot ». Soit ! pourvu que « dedans » — «dehors».
En syriaque il est facile de lire 4319 a.p, cophtzus, pour e«149.00, 71715,
ce qui fournit une solution au moins plus naturelle que la précédente.
On peut donc admettre, jusqu'à plus ample informé, que les deux versions
arménienne et arabe dérivent d'une rédaction syriaque. Ceci laisse intacte
la question de savoir quel est le rapport de cette derniére avec le texte
grec. Peut.étre serons-nous un jour renseignés à ce sujet. Le manuscrit
»
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 481
syriaque 231 dela Bibliothéque Nationale de Paris contient une Vie de
S. Xénophon. Il nous est revenu que Sa Béatitude Mgr Rahmani en pos-
séde un autre exemplaire. On peut espérer qu'il aura la bonne inspiration
de la publier.
La version de M. G. suit fidélement la teneur du ms., un peu trop
fidélement parfois; ainsi, p. 697, l. 17, du texte arabe, au lieu de l'incompré-
hensible A», nous lirions .y b , adictes. P. P.
171.— D. Angelo CaPiturr. S. Alessandro martire Bresciano, dans
RivisTA DI SCIENZE STORICHE, V (1908), pp. 24-45, 81-102, 188-205, 305-18.
— La ville de Bergame célébre le 26 aoüt la féte d'un S. Alexandre,
martyr de la légion Thébaine ; à pareil jour est vénéré à Brescia un saint
de méme nom. À la suite de leurs travaux sur les saints de Brescia, Bru-
nati et Onofri avaient conclu que le martyr honoré de temps immémorial
dans cette ville était S. Alexandre de Bergame. A l'appui de leur thése, ces
savants faisaient remarquer que ni dans les légendiers, ni dans les marty-
rologes anciens on ne trouve trace d'un martyr de ce nom à Brescia ; les
directoires diocésains des siécles passés ne parlent que d'un Alexandre
martyr, sans ajouter d'ou il est originaire; il n'est pas fait mention de
ce saint chez les historiens profanes de la ville ; l'iconographie prouverait
que l'artiste a voulu représenter le martyr de Bergame, etc. L'examen
de cette question forme l'objet du travail posthume de l'abbé Capilupi.
I] résulte de cette étude que, parmi les arguments de Brunati et
d'Onofri, plusieurs ne sont pas entiérement convaincants, les autres sont
dénués de toute force ; il semble qu'à Brescia, au moins pendant plusieurs
siécles, on a voulu honorer un saint local. En conclurons-nous que S. Ale-
xandre appartient en propre à cette cité ? Pour pouvoir répondre par l'affir-
mative nous n'avons pas de données suffisantes. Toujours est-il que,
comme le martyr de Brescia et celui de Bergame célébrent leur féte le
méme jour, ily alà, sinon une preuve de l'identité des deux personnages,
au moins certaine présomption. WD. V.
172. — August v. Lówis. Eine Umformung der Gregoriuslegen-
de im Kaukasus, dans ZkErrscHRIFT DES VEREINS FüR VOLKSKUNDE,
t. XX (1910), p. 45-56. — Le récit dont M. A. v. L. donne la traduction
allemande a été recueilli en Transcaucasie, dans le district de Jelissavet-
pol, et publié en 189o, à Tiflis, par. P. Tonijev. On y reconnait aussitót la
lézende de S. Grégoire, ou de Grégoire le Pécheur, bien que le nom
n'y soit pas. Àu lieu de devenir pape, le héros finit par étre revétu de
la dignité de Catholicos, détail qui trahit l'origine arménienne de la
version. Pour le reste, tout ce qui ressemble à une donnée historique,
noms de personnes, noms de lieux, a disparu. Le narrateur commence par
482 BULLETIN
la formule bien connue: «Il y avait une fois un Czar puissant... ». La
légende de S. Grégoire a pris la forme d'un conte. Nous avons signalé
aileurs (Les légendes hagtographiques, p. 9-1o) d'autres exemples de
semblables transformations. H. D.
173.— * L'abbé TounNiER. Le martyre de S. Maimboeuf à Dampier-
re sur Linotte. Besancon, Jacquin, 1910,in-12, 35 pp.— Le seul document
qui nous fasse connaitre le martyr S. Maimbodus, est une courte Passion
(BHL. 5176) de date incertaine, mais en tout cas pas bien ancienne.
D'aprés l'hagiographe, le saint aurait été mis à mort non loin d'un village
nommé Dampierre (Dom2aipetra), à huit milles de Besancon, et y aurait
été enseveli. La localité a été identifiée avec Dampierre-sur-le-Doubs,
avec Dampierre-les-Bois, avec Dampierre-lez-Montbozon. Aucun des trois
endroits, soit dit en passant, n'est, tant s'en faut, à la distance de Besan-
con indiquée ci-dessus. C'est pour le dernier que M. l'abbé T. écrit, j'allais
dire qu'il plaide. Ille fait d'ailleurs avec autant d'érudition que de pieuse
ardeur. Les arguments qu'il apporte, s'ils ne sont pas tous bien solides,
rendent probable la thése défendue dans ces pages. Je n'oserais aller plus
loin, les documents dont on dispose étant incertainset obscurs. — A. P.
174. —* Le P. A.-M. RouirroN, O. P. Sainte Héléne, avec préface
du T. R. P. M.-]. Ornivigs, O. P. Paris, Gabalda, 1908, in-85, xr1-172 pp.
(Les SaiNrTs). Fr. 2. — Parmi les collaborateurs de la collection « les
Saints » plus d'un a dü éprouver combien il est difficile de faire entrer
dans un cadre restreint la vie complexe de maint illustre personnage.
Tout autre fut le probléme que résolut le R. P. Rouillon en publiant son
intéressante étude sur S. Héléne. Àu fond, malgré le renom dont jouit
la mére de Constantin, on n'a conservé à son sujet que fort peu de détails.
D'une condition plus que modeste, Héléne fut élevée par son fils au rang
d'Augusta ; à Constantin elle dut non seulement sa haute position, mais
aussi sa conversion au christianisme ; ne faisant pas les choses à demi, elle
S'y distingua bien vite par l'éclat de ses vertus et, avec raison, fut élevée
sur les autels. Assurément, le P. R. posséde son sujet et s'entend à mettre
en valeur les données assez maigres fournies par l'histoire. Sur un
point pourtant nous nous permettons d'élever quelques doutes. À propos
des reliques de la sainte, le P. R. nous raconte (p. 119 sq.)la « savoureuse »
histoire du prétre Teutgis qui s'en alla à Rome vénérer le tombeau de
S. Héléne et qui, par une dévotion légérement indiscréte, aurait enlevé le
corps de la sainte du sarcophage qui le renfermait, pour le rapporter,
aprés bien des pérégrinations, au monastére d'Hautvillers en France. L'au-
teur rappelle à ce propos la bande noire du diacre Deusdona, qui vers la
méme époque exploitait à son profit les catacombes romaines. Certes, le
rapprochement est ingénieux. Pour que Teutgis ait pu réaliser ses plans,
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 483
il est vraisemblable qu'il aura eu recours aux bons offices d'une agence de
cette espéce. Mais cette méme considération ne fait que redoubler nos
craintes au sujet de l'authenticité des reliques d'Hautvillers. Des gens qui
.nereculaient pas devant le commerce simoniaque des reliques se seraient-
ils fait scrupule de livrer comme reliques de saints n'importe quels osse-
ments trouvés dans un cimetiére chrétien? Tillemont (Mémotres, VII,
note vit, p. 643-45) élevait déjà des doutes sérieux contre l'authenticité du
corps de S. Héléne conservé en France ; la considération que nous venons
d'indiquer n'est pas de nature à les atténuer.
A la fin du volume, l'auteur ajoute en appendice une dissertation sur l'in-
vention de la sainte Croix à Jérusalem. Il fait bien valoir les raisons qui
font suspecter le récit de la découverte de la sainte Croix par Héléne. Tout
en admettant que le bois sacré fut retrouvé au IV* siécle, il est d'avis et à
bon droit, semble-t-il, que parmi les circonstances merveilleuses dont on
a entouré le récit, une large part doit étre attribuée à la légende.
V. D. V.
175. — * Adolphe REGNrER. S. Léon le Grand (V* siécle). Paris,
Gabalda, 1910, in-8e, 210 pp. (LEs SaiNrs). Fr. 2. — S. Léon a été mélé
de si prés aux événements contemporains que l'historien qui veut raconter
la vie de ce grand pape se voit forcé d'embrasser en méme temps toute
une période, et non des moins importantes, de l'histoire ecclésiastique du
V* siécle. Personne ne reprochera donc à M. A. Regnier d'avoir quelque
peu élargi le cadre de cette biographie, au risque de laisser parfois à l'ar-
riére-plan son héros. D'ailleurs la noble figure de S. Léon se dégage suffi-
samment de ces pages. Cour élevé, intelligence lucide, S. Léon sut admi-
rablement allier une inflexible fermeté de doctrine à une bonté pleine de
condescendance. Si M. R. n'est pas toujours parvenu à donner à la physio-
nomie du pontife tout le relief qu'on eüt désiré, la faute n'en est pas à lui,
mais plutót aux matériaux dont il disposait ; M. R. n'a en effet négligé
aucune source d'information et il se montre historien bien averti. De ci,
de là, on eüt aimé un peu plus de fermeté dans la critique, p. ex. à propos
de l'épisode de S. Léon arrétant Attila. Tout en reconnaissant que les
contemporains ignoraient les circonstances merveilleuses dont on a paré
cette entrevue, l'auteur aurait pu se prononcer encore plus catégorique-
ment au sujet de leur caractére. Pourquoi (p. 166) insinuer que l'histoire
profane et l'histoire religieuse ont chacune leur écritique ? l'historien,
quelle que soit la branche dont il s'occupe, n'a en vue que la recherche du
vrai. Pour établir un fait, les lois sont les mémes ; d'apres les convictions
philosophiques et religieuses de l'auteur, l'interprétation pourra différer.
Peut-on continuer à dire (p. 4) qu'Anastase le bibliothécaire soit l'auteur
du Liber pontificalis ? Il semble bien que l'évéque Flavien n'est pas mort
trois jours aprés le brigandage d'Éphése. La protestation qu'il a envoyée
484. BULLETIN
à S. Léon et dont on a retrouvé le texte, rend probable l'opinion qui le fait
vivre un peu plus longtemps. En formulant ces légéres critiques, nous
sommes loin de vouloir amoindrir l'eeuvre de M. R., à laquelle nous
souhaitons un légitime succés. | V.D. V.
176. — *Carolus KüNsrir. Vita sanctae Genovefae virginis Pari-
siorum patronae. Lipsiae, Teubner, 191o, in-12, xLvitI-20 pp. (Binrio-
THECA SCRIPTORUM MEDII AEVI TEUBNERIANA). — L'authenticité de la Vie
de S'** Geneviéve a provoqué, il y a quelque quinze ans, une série de
publications retentissantes, oü parfoisle ton de a discussion ressembla
fort à celui de la polémique. M. Krusch rejetait cette biographie comme
une ceuvre apocryphe et sans valeur historique ; pour Mgr Duchesne,
M. Narbey, M. Kohler et d'autres, elle était digne de foi. Là ne se bornait
pas le désaccord. Parmi toutes les versions de cette ceuvre qui nous sont
parvenues, on n'était pas unanime à reconnaitre la plus autorisée. Tandis
que M. Krusch, d'accord cette fois avec M. Narbey, admettait la priorité
de la Vie BHL. 3335 (— A), Mgr Duchesne et M. Kohler lui préféraient la
recension BHL. 3334 (— B). Depuis quelques années la lutte s'était apai-
sée, chacun demeurant sur ses positions. Voici que M. K. rouvre le com-
bat. Il retrace d'abord avec grande netteté toute l'histoire de la discussion.
On y remarque une information à laquelle rien n'échappe, mais aucune
miséricorde; les déconvenues de ses contradicteurs, les appréciations désa-
gréables émises à leur sujet, sont impitoyablement rapportées. La thése de
M. K. est toute nouvelle. La Vita S. Genovefae date bien du VI* siécle,
mais nous a été fort mal transmise. Le meilleur texte est celui dela Vie
BHL. 3336 (— C), bien que M. Kohler ait jugé qu'il ne mérite aucune
attention. et que M. Krusch n'y ait reconnu qu'un remaniement tardif,
datant du XI* siécle. Pour établir sa thése, M. K. se sert de deux manus-
crits, le fameux codex Augiensis XXXNII, actuellement à Karlsruhe, et le
Vindobonensis 420. Comme ces manuscrits, écrits dans le Nord de la Gaule
au commencement du IX* siécle, comptent parmi les meilleurs recueils
de Vies mérovingiennes, ils prouvent à l'évidence que la recension a été
singuliérement mésestimée. Ils donnent méme une présomption en faveur
de la priorité de C sur A et B, qui ne sont représentés que par des exem-
plaires du X* et du XII* siécles.
M. K. tire argument de la lecgon ctum his, qui se trouve dans C au lieu
de comis, pour prouver que l'archétype de cette recension était écrit en
onciale ; mais cette interprétation, pour plausible qu'elle soit, ne nous
parait nullement évidente.
Le texte C offre une autre particularité, fort intéressante. Dans les
recensions À et B, plusieurs passages témoignent d'emprunts aux ceuvres
de Sulpice Sévére et de Grégoire de Tours. Or tous ces paragraphes man-
quent dans C ou y sont différemment rédigés. Dés lors, il est tout naturel
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 485
de croire que À et B dépendent d'un méme archétype, oü ces réminiscen-
ces ont été introduites, et que C représente une rédaction plus ancienne.
D'autre part, le texte C contient aussi le fameux passage relatif à S. Denys
de Paris. Ce paragraphe, qui se retrouve dans À, manque dans DB ; et ce
fut une des principales raisons qui firent préférer cette version. La
légende de S. Denys n'est attestée avec certitude qu'au commencement du
VIII: si&cle, mais rien ne prouve qu'elle n'ait pas eu cours deux siécles
plus tót.
Toutes les considérations apportées par M. K. méritent, on le voit, la
plus grande attention. Suffisent-elles à prouver avec certitude que la
rédaction C représente le texte primitif ? M. K. ne le croit pas. Il tient
du moins pour certain que cette recension se rapproche davantage du texte
original que le prototype des recensions A et B. La conclusion, bien que
loin d'étre improbable, ne nous parait pas évidente. Volontiers nous
admettons que l'archétype de C représente un état du texte antérieur à
l'introduction des emprunts faits à Sulpice et à Grégoire de Tours ; mais
s'ensuit-il que C reproduise fidélement cette version ancienne ? Quand des
textes ont été remaniés, interpolés, stylisés, il est bien hasardeux de pré-
tendre déterminer, par les seules ressources de la critique interne, lequel
se rapproche davantage de la rédaction primitive. Les passages ou les for-
mes les plus difficiles à interpréter peuvent n'étre que des remaniements
postérieurs ; chaque texte peut, à cóté d'éléments excellents, en contenir
de trés suspects ; et le jugement à prononcer sur l'ensemble d'une recen-
sion reste hasardeux. Pour déterminer avec certitude la valeur respective
des trois versions, un examen plus approfondi encore que celui de M. K.
reste à faire. ;
L'édition de la Vie à l'aide des deux précieux manuscrits est faite avec
tout le soin que mérite un texte si intéressant. H. Monz1vus.
17". — Aug. TicHON. La chásse de saint Perpéte à Dinant, dans les
ANNALES DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE NAMUR, t. XXVIII (1909),
p. 159-84, planche. — Gráce notamment au tome VIII du Cartulaire de
Dinant, paru en 1908, M.T. a pu reconstituer avec beaucoup plus de détail
qu'on ne l'avait fait jusqu'ici (voir par ex. notre courte notice dans ct. SS.,
Nov. II, 296-97), l'histoire de ce magnifique reliquaire, malheureusement
perdu. Le beau tableau du musée de Chantilly, dont une reproduction est
jointe à l'article, représente probablement, comme l'auteur s'attache à le
faire voir, l'épisode du transfert des reliques de S. Perpéte de Dinant à
Bouvignes en 1466. A. P.
178. — S. SEsrAKOW. JKnrie Cimaeoua JIusnuoropua B» ero nepsuunoit
peiakuim,dans Bmsanriitckili Bpeueunukz, t. XV (1910), p. 332-56. — Au
tome V du mois de mai des 4cía sanctorum, on trouve le texte grec de
486 BULLETIN
la Vie de Syméon stylite le jcune par Nicéphore ; c'est plutót un arran-
cement d'une autre biographie, plus ancienne et plus longue, qui a pour
auteur Árcadius et dont M. Van den Ven prépare une édition. En atten-
dant, M. Sestakow publie une étude sur cette biographie d'aprés le codex
" Monacensis 366 ; il compare le texte d'Arcadius avec celui de Nicéphore.
Tant au point de vue linguistique qu'au point de vue archéologique, la pre-
miére Vie l'emporte de beaucoup sur l'autre. M. S. indique également les
passages omis ou transposés dans le remaniement de Nicéphore. A la fin
de l'article, on trouve une liste des mots et des expressions les plus remar-
quables. Cà et là sont cités tout au long quelques chapitres plus particuliére-
ment intéressants (1). V. D. V.
179.— S. P. Sesraxow. IIana Maprmu» I B» Xepcoms, dans Tpyrnu
TpBHHA;(HuATAro c»b3ia g»& Exarepmnuoc:asE, 1905, t. 1I (1908), p. 136-44. —
Deux lettres écrites par le pape S. Martin de son exil de Cherson (P. L.,
LXXXVII, 201-204) ont fourni le texte ou le prétexte de cet intéressant
mémoire. M. Sestakow s'est proposé de montrer aux congressistes de
Jékatérinoslaw tout ce que ces documents vénérables renferment de détails
instructifs sur la topographie, l'ethnographie et l'histoire économique de la
Crimée au VII* siécle. Il a réussi, à force d'ingéniosité et d'érudition, à
en tirer ou plutót à y mettre quantité de choses que le commun des lec-
teurs n'y apercevrait pas. Théodore de Sainte-Sophie lui-méme, ou le
destinataire inconnu à qui l'exilé adressa ces deux lettres, n'a pu y voir
que le tableau trés touchant, mais trés vague,des privations et des tristesses
de tout genre auxquelles son saint ami ne tarda pas à succomber. Aucun
autre document contemporain ne parle de la Crimée en termes plus
circonstanciés. Pour étoffer son commentaire, M. S. a dü recourir à des
considérations d'histoire générale, oü il a déployé une surprenante variété
d'information.
En traitant des souvenirs relatifs au culte de S. Martin en Crimée, l'au-
teur se sentait sur un terrain plus ferme. Entre les documents intéressants
qu'il est parvenu à rassembler, citons une scolie concernant deux fréres
nommés Euprepius et Théodore, qui furent relégués en Crimée pendant la
persécution monothélite. Euprepius y mourut presque en méme temps que
le pape S. Martin, mais Théodore lui survécut environ douze ans. L'auteur
de la scolie alla le voir dans son lieu d'exil, entendit de sa bouche le récit
des miracles opérés au tombeau du saint pontife et emporta comme reli-
ques une partie des insignes pontificaux, que Théodore avait recus en sou-
venir de S. Martin lui-méme. Cet important témoignage est conservé
(1) Notons en passant que le texte d'Arcadius: épqa0d, ó éotiv. biavoiyOnti,
cité p. 333, est emprunté à l'Evangile de S. Marc (7,34) et ne prouve donc rien
en faveur de la conservation de la langue indigéne en Syrie.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 487
parmi les Collectanea d'Anastase le bibliothécaire (P. L., CXXIX, 682 et
suiv. ; P. G., XC., 193 etsuiv.) Il ne semble pas qu'on lui ait accordé
jusqu'à présent l'attention qu'il méritait.
Le mémoire de M. S, nous fait souhaiter vivement que l'hagiographie
trouve à l'avenir une plus large place dans les magnifiques volumes édités
par les soins de M* ]a comtesse Ouvaroff. PP.
180. — E. MourMassoN. Chronologie de la vie de saint Maxime le
confesseur (580-662), dans ÉcHos D'OnisNT, t. XIII (1910), p.149-54. —
S. Maxime le confesseur est mort le samedi 13 aoüt 662 ; cette date, établie
par le bollandiste Pinius (Act. SS., Aug. III, 111), n'est plusguére contestée.
LeR. P. E. M. est parvenu à déterminer avec une trés grande appro-
ximation l'époque oü eut lieu le premier procés de Maxime à Constanti-
nople; il n'a pu commenceravant la fin d'aoüt,ni aprés le milieu de décem-
bre 654. La premiére limite est fixée par la présence au procés des apocri-
Ssiaires envoyés par le pape Eugéne pour notifier son élection (aoüt 654) ;
la seconde, par celle de deux patriarches, dont le premier, Paul, mourut
probablement le 27 décembre 654.Gráce à ces deux repéres, le P. M.précise
avec grande süreté presque toute la chronologie de la vie de S. Maxime.
On peut désormais regarder l'an 580 comme la date certaine de la nais-
Ssance du saint. Dans les Acía SS. (t. c., 104 e), la méme date n'est mise
en avant qu'avec grande réserve. V.D. V.
181. —*R. P. CauERLINCK. Saint Léger, óvóque d'Autun, 616-678.
Paris, Gabalda, 191o, in-12, xxii-176 pp. (Les Saiw1s). Fr. 2. — Bien que
d'un format réduit,le volume du R.P.C. marque sous plusieurs rapports un
progrés sur l'ouvrage déjà ancien du cardinal Pitra. Tout cependant n'y
est pas à louer. Dans un paragraphe consacré à l'étude des sources de la
vie de S. Léger, le P. C. signale et apprécie les différentes Vies qui
nous sont parvenues. Ce passage est entiérement emprunté au compte
rendu, publié dans les Azalecta (XI, 104), d'un article de M. Krusch. Ren-
chérissant singuliérement sur les quelques réserves faites au sujet de la
démonstration du critique allemand, le P. C. prétend que la Vie
anonyme BHL. 4853 aurait été composée entre les années 681 et 69o et
qu'Ursin, dont l'ouvraze (BHL. 4852) a été mis profit par l'auteur
anonyme, aurait écrit peu de temps avant lui. « Tous deux gardaient le
« souvenir d'événements dont les témoins leur étaient connus, à plusieurs
« desquels eux-mémes ils avaient assisté. Ils ont donc chacun une valeur
« personnelle » (p. xv). Sans doute, si le P. C. avait pu connaitre en temps
utile l'édition des Vies de S.Léger par M. Krusch et la remarquable étude
qui les précéde (cf. ci-dessus, p. 447), ses appréciations par trop bienveil-
lantes pour Ursin s'en seraient probablement trouvées modifiées. Mais
n'était-ce pourtant pas faire un cas excessif de l'ocuvre personnelle de
488 BULLETIN
l'auteur anonyme, qui n'est exclusivement qu'un compilateur ? Quant à
Ursin,ne convenait-il pas de signaler les erreurs et la tendance au panégyri-
que qui déparent son ceuvre ? N'eüt-il pas fallu indiquer les nombreuses
divergences qu'offrent ces deux Vies, et ne faire usage de l'eeuvre d'Ursin
qu'avec une extréme réserve ? Les principales dates de la vie de S. Léger
sont établies (p. xv-xxir) d'aprés un article déjà ancien de M. l'abbé
Vacandard, sans tenir compte de l'étude récente et fort précise de M. Levi-
son, ni de celle de M. Krusch. Le P. C. semble accorder une égale valeur
au testament de S. Léger, et à la lettre à Sigrade ; car ces documents lui
inspirent les mémes réflexions. Pour admettre l'authenticité substantielle
du testament, il se base notamment sur le fait que « l'institution chari-
« table de l'aumóne de Saint-Léger à Autun vécut dix siécles (670-1668)
« et raconte le génie charitable de notre saint. Elle estampille merveilleu-
« sement le testament de 670. Mabillon eut donc raison de croire à son au-
« thenticité substantielle » (p. 79.).On s'étonne, d'autre part, qu'aprés avoir
rappelé que Du Moulin-Eckart, sans en donner aucune preuve, tenait la
lettre de S. Léger pour apocryphe, M. C. ajoute seulement: « Jusqu'à
« meilleure information, nous croirons à l'authenticité dela lettre de
« S. Léger à sa mére Sigrade » (p. 150). C'était le lieu de rappeler que
Gundlach l'a admise dans son édition (MG., Epist. III, 464). |
Il nous fallait signaler ces quelques lacunes. Mais nous constatons bien
volontiers que le livre témoigne de beaucoup de recherches, qu'il est d'une
lecture agréable et qu'il contribuera à faire connaitre et aimer l'illustre
évéque d'Autun. H. Monrrus.
182. — J. L. MurLENERs. Vie de saint Lambert, précédée d'un
essai historique et ethnographique de l'époque la plus ancienne de
la ville de Maestricht et des environs, dans PunLICATIONS DE LA
SocIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DANS LE LiMnaounc, t. XLV
(1909), p.439-93.— Travail de vulgarisation,dont les éléments ont en géné-
ral été puisés dans les meilleurs ouvrages scientifiques publiés en ces der-
niers temps. A. P.
183. — Samuel VaxpERsTUYF. Étude sur saint Luc le stylite (879-
979), dans ÉcHos p'OnrENT, t. Xll (1909), pp. 138-44, 215-21, 271-81;
t. XIII (1910), pp. 13-I9, 140-48, 224-32.
184. — A. PAPADOPOULOS-KERAMEUS, AtopOurik& eic Biov ToO óoiou
Aovukü, dans Bmaauriückiit Bpeweunumks, t. XV (1910), p. 437-39.
La Vie de S. Luc le stylite que M. l'abbé A. Vogt a publiée ici méme
(Anal. Boll., XXVIII, 5-56) a fourni au R. P. Vanderstuyf le sujet d'une
étude fort intéressante. Dans une premiére partie, le P. V. reprend l'exa-
men du texte. Tout le monde lui saura gré des corrections qu'il suggére.
Souvent heureuse, la revision ne fait gráce de rien, ni des fautes d'impres-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 489
sion, ni de ponctuation omise ; sur tels points pourtant d'aucuns préfére-
ront, avec M.Vogt, étre plus conservateurs. P. 49, l. 21, nous lisons &eYvov
Yàp Óri qnoiv, vient ensuite le discours. Le P. V. change qnoív en
QUOiV ou QUO&l et rattache le mot au passage qui suit ; je doute fort que
la correction soit goütée. Dans l'expression CAefov yàp Óórt qnoiv,
le dernier mot ne serait-il pas un simple pléonasme ? La légende grecque
du baptéme de' l'enfant juif (E. Worrkn, Der Tudenknabe, Halle, 1879,
p. 36) nous offre à peu prés les mémes mots : "|uávvng O1kovog
oówynoaró puoi Aéqvuv ÓtTi qQnoiv év Afparéa Tí TÓl& Tg
'Apuevíag Toíuvia TpoBáruv «ioi TOMÓ. Le texte reproduit le
Vindobonensis theologicus graecus 178, fol. 30x ; dans le Vindobonensis
historicus graecus 62, fol. i19, qui attribue le récit à l'abbé Daniel,
la méme legon se retrouve. Le P. V. remarque avec justesse p. 30,
l. 26,que Tptiakociuv TpiüKovtra est en contradiction avec le contexte, oü
l'on suppose que trois cents poissons seulement ont été pris ; mais je ne
vois pas comment on remédie à l'erreur en écrivant Tpi&kovra TpiaKociuv;
mieux vaut, semble-t-il, mettre [Tpiákovra] entre crochets ; comme on
le retrouve une ligne plus bas, l'erreur du copiste s'explique tout naturelle-
ment. À la méme page, l. 33, nous lisons: oí. kal ópapóvreg xar aüTv
Tiv dpav GuAlaBóvteg uerà xeipag maperévovro ; le P. V. propose
de lire Xapàg au lieu de Xxeipac ; la phrase n'en reste pas moinsinintelli-
gible. ll est plus probable qu'il y a ici une lacune. Le saint venait de pro-
mettre aux pécheurs une nouvelle capture de 150 poissons ; la dime, cette
fois encore, devait lui revenir. Áprés le passage que nous avons transcrit,
nous entendons le saint se plaindre de ce que, au lieu de la dime, il ne
regoit qu'un poisson sur trente. Des cinq poissons que les pécheurs
auraient apportés, le texte ne dit rien. P. 22, 1. 18, le P. V. corrige avec
raison, je crois, tÀrj9oug ToÀudpi0nov en TÀíj9og toÀuópiOnov ; mais
je n'oserais souscrire à son interprétation. Pourquoi ne pas faire de
TÀfj9og TtoAudpiOLnov un complément direct ? Gráce à TaUTOG, qui pré-
céde, on supplée tout naturellement par la pensée TOUTUV.
La deuxiéme partie, de beaucoup la plus importante, s'occupe de la
chronologie de la Vie de S. Luc ; c'est plaisir de suivre l'auteur dans cette
étude si bien menée. L'historien anonyme avait dit que Luc est mort le
II décembre, un jeudi, à l'áge de plus de cent ans. De déduction en déduc-
tion, en s'appuyant sur les données mémes du texte et sur quelques événe-
ments historiques, le P. V. établit que Luc est né en 879 et est mort en
979. Les moindres détails fournis par l'hagiographe concordent de la facon
la plus précise avec ce que nous savons de l'histoire byzantine; à bon
droit, le P. V. conclut que nous nous trouvons en présence d'ün document
historique de grande valeur, dont on peut tirer parti méme dans des
domaines étrangers à l'hagiographie. Ainsi, la date de la défaite de Bulga-
ANAL. BOLL. XXIX. 32
490 BULLETIN
rophygos semble bien devoir étre fixée en 897 ; on peut affirmer qu'en 935
l'évéque Michel occupait le siége de Chalcédoine. Ailleurs, c'est la chro-
nologie de Ducange, dans les Familiae Augustae Byzantinae, qui est
redressée. L'examen de la Vie de S. Luc, fait à un autre point de vue,
fournit quelques données précises sur l'auteur du panégyrique, sur l'en-
droit oü il fut prononcé, etc.
La derniére partie jest consacrée à la Vie elle-méme du stylite. Nous
n'attirons l'attention que sür un point. À prendre au pied de la lettre les
comparaisons du panégyriste (p. 13, 1. 17 sq.), on conclurait queS. Luc
s'était juché sur une colonne trés élevée ; il semble pourtant que la hauteur
ne devait pas en étre excessive. Nous voyons le saint vieillard, qui mourut
centenaire, converser avec la derniére facilité avec les gens de toute sorte
qui se pressaient au pied de sa demeure aérienne. Pour que des personna-
ges comme le patriarche Théophylacte (p. 35 l. 3 sq.) viennent souvent
s'entretenir avec le saint sur son piédestal et y partager son írugal repas,
on doit supposer que l'échelle qui donnait accés à la plate-forme n'était pas
d'une hauteur démesurée.
M. A. Papadopoulos-Kerameus a, de son cóté, examiné la Vie de S. Luc
le stylite ; comme on pouvait s'y attendre de la part d'un byzantiniste
aussi distingué, il apporte à la reconstitution du texte plusieurs contribu-
tions des plus utiles. Il fait remarquer aussi qu'au point de vue lexicogra-
phique la Vie de Luc est assez remarquable. Aux deux mots dO0ncavu-
piOTotg déjà signalés par le P. Vanderstuyf : 0epameiov clinique, hópital
p. 32, 7, et tovriNupa plancher p. 36, 13, M. P.-K. en ajoute une série
d'autres: dT T€Aopavr|g TapouGía p. 41,9; dyvelógppuv p. 26, 6;
GUTOTTIKÜG p. 4o, I3; 9eouáKap p. 37, 7 ; f| koUqQn p.2r, 9 (ce mot,
qui signifie ezdrott louffu, avait été changé par l'éditeur en Kopuq)) ;
vveupuaroppnruuv pfjgtc p. x2, 24 ; rpurofáOLtoc p. 13, 24; O T€VU-
TÓXU pov óupgárIiov p. 27, I (et non OTevoróyupov) ; OTuAoeibUgG p.27,
I;Terpapepó0ev p. 26, 32. V. D. V.
185. — * Paschal RoniusoN, O. F. M. Some Pages of Franciscan
History. London, Catholic Truth Society, 1906, in- 24, 74 pp. Sh. 0,3. —
Pages de vulgarisation sommaire sur quelques sources de la Vie de S.
Frangois d'Assise et tentative de polémique contre certaines conceptions
fausses du caractére et de l'eeuvre du séraphique patriarche. C'est, à peu de
chose prés, une réimpression de deux articles qui ont paru dans une revue
de Philadelphie, Te Dolphin, en juillet et aoüt 1905. Les appréciations
de l'auteur au sujet des critiques qui se sont occupés le plus sérieusement
des questions franciscaines, sentent trop l'esprit de caste etde clocher.
D'autre part, à voir produire dans l'examen d'une théorie des garants
peu sürs, tandis qu'on néglige des autorités et des arguments de valeur,
C'est à se demander si l'écrivain était suffisamment familiarisé avec la disg-
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 491
cussion pour en esquisser un résumé. Nous n'allons pas cette fois entrer
dans de plus amples explications. - V. O.
186. — * FR. GLAsER. Die Franziskanische Bewegung. Ein Bei-
trag zur Geschichte sozialer Reformideen im Mittelalter. Stuttgart,
Cotta, 1903, in-89, x-166 pp. (MüNcHENER VOLKSW[RTSCHAFTLICHE STU-
DIEN, n? 59). Mk. 4.
187. — * Ellen Scott DAvisoN. Some Forerunners of St. Francis of
Assisi. New York, Columbia University, 1907, in-89, 76 pp.
Je me suis déjà expliqué (/4zal. Boil., XXVI, 361-62) sur la valeur qu'il
convient de donner au terme social quand on l'applique au prodigieux
mouvement de réforme inauguré par S. Frangois d'Assise et ses coopéra-
teurs du XIII* siécle ; je n'y reviendrai donc pas. Ce mouvement ne sur-
git pas à l'improviste ; mais il fut préparé et amené à coup sür par des pré-
curseurs. ll importerait une bonne foisde les étudier à fond. Tandis que
M7* Davison se contente de passer en revue les Cathares, Arnaud de
Brescia et les Humiliés, M. Glaser remonte bien au-delà des temps aposto-
liques et examine en courant quelles furent sur la propriété les idées
des juifs, des premiers chrétiens, des Péres de l'Église. Ce coup d'oeil
rétrospectif pourra paraitre quelque peu superflu. Mieux eüt valu, à mon
sens, esquisser avec vigueur et netteté les desseins de relévement moral et
religieux que des réformateurs tant hérétiques qu'orthodoxes congurent et
táchérent de réaliser au XII* siécle. Leur grand effort tendait à remettre
en honneur la pratique de la pauvreté évangélique. Parmi ces idéalistes,
Si on veut les caractériser de la sorte, figurent au premier plan les ermites
prédicateurs (/Azal. Boll., XXIII, 375-77 et XXVI, 359-60). S'arrachant
aux douceurs de la solitude et de la priére, ils erraient au milieu des foules
comme des apparitions d'un autre áge, les saisissaient par leur aspect et
leur vie vraiment austéres et leur tenaient des discours enflammés sur la
pénitence. C'est un type de précurseurs que nos deux critiques ont eu le
tort de négliger complétement. Leur action sociale et leur zéle apostolique
ont,à n'en pas douter, mieux disposé les esprits à la mission d'un S. Domi-
nique ou d'un S. Frangois d'Assise que le langage subversif, les menées
révolutionnaires et les violences d'un Arnaud de Brescia (1155). Soit dit
en passant, Mc Davison semble avoir suffisamment prouvé, contre M.
Glaser (p. 32),que ce moine défroqué n'a point créé lui-méme d'école,quoi-
que dans la suite on se soit inspiré de ses idées pour fonder une secte, dite
des Arnoldistes.
En Italie, vers 1178, une réhabilitation populaire de la pauvreté évan-
gélique fut tentée par les Humiliés, imparfaitement connus jusqu'ici et sur
lesquels M*»* D. s'est exprimée avec inexactitude. Rien n'est moins
prouvé, quoiqu'on l'admette couramment, qu'il ait. existé simultané-
492 BULLETIN
ment au XII* siécle, à cóté d'un tiers ordre d'Humiliés orthodoxes, une
association de rebelles portant le méme nom. J'incline à croire que les
rares chroniqueurs qui en ont parlé ont qualifié ainsi un groupe de Pau-
vres de Lyon, qui vinrent à la fin du XII: siécle s'établir à Milan. Quoi qu'il
en soit, au tiers ordre dela pénitence s'adjoignit bientót un premier et un
second ordre, celui-ci réservé aux femmes. D'accord avec leur statut fonda-
mental prescrivant le travail manuel, la plupart des Humiliés exergaient
le métier de tisserands ou de teinturiers. On vivait à frais communs, et le
superflu était distribué aux indigents. Dans la suite, l'appát du gain bou-
leversa ce salutaire régime économique. On besogna autant pour s'enrichir
que pour vivre, et le démon de l'argent provoqua les pires excés. Un
attentat commis par un Humilié sur la vie de S. Charles Borromée amena
la suppression du premier ordre en 1570.Les membres du tiers ordre finirent
par se fusionner avec d'autres coníréries similaires. Seules les Humiliées
du second ordre, qui ne perdirent rien de leur ferveur claustrale, gardé-
rent quelques couvents jusqu'aux temps de la domination de Napoléon 1*'
dansla péninsule italique. Un décret impérial les supprima vers 1807,
avec une foule d'autres maisons religieuses.
Les confréres de la paix, surnommés les Capuciés (Capuciati), à
cause d'un capuce qui leur servait de signe de ralliement, méritaient aussi
de figurer parmi les précurseurs du tiers ordre franciscain.Ils formérent,en
effet, enrólés sous l'étendard de Notre-Dame du Puy-en-Velai, une ligue de
vengeurs dela paix, cruellement menacée dans toute la France par les
bandes de routiers. Avec l'appui du clergé, nobles, paysans et ouvriers,
. riches et pauvres, marchérent en rangs serrés contre ces pillards et ces
brigands ; ils en détruisirent des milliers durant les années r182et 1183.
Mais le succés grisa les prolétaires de cette milice sacrée.Ils compromirent
à leur tour leur cause, en élevant des prétentions d'amélioration sociale,
incompatibles avec les idées du temps ; et comme 1ls táchaient de se
soustraire à la tutelle de l'Église, ils ne tardérent pas à disparaitre miséra-
blement sous la puissance coercitive des évéques (1).
Mais avant tout, pour se faire une juste idée du mouvement franciscain
au XIlII* siécle, il aurait fallu se rendre parfaitement compte du róle de
novateurs que s'étaient arrogé vers 1178 les Pauvres de Lyon, autrement
dits les Vaudois, du nom de leur chef, Pierre Valdez, un riche marchand
de cette ville. S'ils s'étaient fortement imprégnés de l'esprit d'humilité et
d'une soumission filiale au saint-siége, ils auraient sans doute devancé de
(1) A. LucHaIRE, Un essai de révolution. sociale sous Philippe Auguste, dans
Là GRANbE REVvUE, 1900, t. II, p. 317-28, et micux encore M. P. ALPHANDÉRY,
Les idées morales chez les hétérodoxes latins au début du XlIIc siócle (Paris, 1903),
p. 13-21, ont Cté les premiers à réunir des détails intéressants sur l'association
des Capuciés ou Capuchonnés.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 493
trente ans l'action réformatrice du séraphique patriarche d'Assise ; tant il
y a de points de contact entre les deux institutions. Lia conversion de Val-
dez, touché de l'exemple du jeune homme de l'Évangile qui se dépouille
de tout, ressemble singuliérement à celle de Bernard et des autres premiers
disciples de S. Frangois. Quand il se présenta à Rome en 1178, le pape
Alexandre III, qui présidait le concile de Latran, l'accueillit avec de gran-
des marques d'affection ; il approuva son genre de vie pauvre et lui recom-
manda seulement, à lui et à ses compagnons, de ne point précher en pu-
blic sans la permission de l'ordinaire: Valdesium amplexatus est bapa,appro-
bans votum quod fecerat voluntariae paupertatis, inhibens eidem ne vel ipse
aut socit sut praedicationis officium praesumerent, nist. roganttbus sacer-
dotibus (x). On voulait ainsi écarter de ces hommes simples le danger de
s'aventurer dans des sermons dogmatiques,oü ils risquaient fort de donner
des entailles à la foi catholique. C'est pour avoir enfreint cette défense
si Sage quela fervente association dégénéra assez vite en secte hérétique.
Ceux qui plus tard rentrérent dans le giron de l'Église, formérent deux
groupes de Pauvres catholiques, l'un au midi de la France,composé surtout
de clercs instruits ayant à leur téte Durand de Huesca, l'autre de gens plus
vulgaires, sous la conduite de l'allemand Bernhard Primus. A chacun des
deux groupes Innocent III imposa une profession de foi, qui constitua leur
réglement de vie (2). Il serait extrémement curieux de comparer avec la
I'* régle des Fréres Mineurs le texte des articles de foi prescrits par Inno-
cent III en i210 à Primus et à ses adhérents. Cum tempus ingruit, décla-
rent-ils, propriis manibus laboramus, ita duntaxat ne pretium accipiamus
convenlum. Le pape leur commande encore,— ce qu'ils ont spontanément
accepté, — ul clericos tn omnt qua convenit habentes. reverentia et honore,
ab eorum omnino infamalione seu detracttone desistant, praeciptentes ets-
dem ne passim sibi praesumant praedicationis offictum arrogare, sed prae-
lerquam ecclesiarum rectores in fide recía el sana doclrina noverint esse
probatos, licentiam ets lribuant exhortandi competentibus horis (3). Et l'on
pourrait multiplier ces sortes de rapprochements. La force de S. Francois
fut sa fonciére orthodoxie, sa déférence filiale envers le saint.siége et son
profond respect pour les prétres, en rencontrát-il d'indignes.
L'essai de M"* Davison s'inspire d'une bonne méthode et d'une saine
critique, mais il trahit une documentation insuffisante et un manque de
compréhension des éléments à discuter. Si l'auteur exécute un jour le
grand ouvrage qu'elle promet à la fin de sa dissertation, je lui recommande
spécialement, pour s'instruire sur les Cathares,la belle étude doctrinale que
M. J. Guiraud a placée en téte de son Carttulaire de N. D. de Proutlle (cf.
' (x) Chronic. anon. canonici Laudun., dans Rec. des historiens de la. France
t. XIII, p. 682. — (2) Epist. Innocentii III, lib. XI, ep. 196, etlib. XIII ep. 94 ;
P.L., t. CCXV, p. 1510-13, et t. CCXVI, p. 289-95. — (3) Ibid., t. CCXVI, p. 292.
494. BULLETIN
Anal. Boll., XXVII, 119-21) et, comme synthése sommaire du sujet, le
livre cité plus haut de M. Alphandéry. On a tout lieu d'espérer qu'il sortira
dela plume dela jeune doctoresse américaine un mémoire excellent.
M. Glaser brille peut-étre parmi les économistes de son pays; mais il
produit l'impression d'étre trop peu familiarisé avecla méthode historique
et avec les sources de son sujet. Pour l'histoire de S. Frangois d'Assise, il
ne connait guére que la légende traditionnelle des Trois Compagnons, la
Vie écrite par Bonaventure et le Speculum vitae. C'est plutót maigre.
Chemin faisant, il débite les tirades habituelles contre les mitigations
apportées par le saint-siége àla pratique de la pauvreté idéale, telle que
l'avait congue le pénitent d'Assise. Faut-il donc répéter pour la centiéme
fois que, sans cette intervention opportune et trés modérée du cardinal
Hugolin, acceptée d'ailleurs, malgré qu'il en eüt, par S. Frangois lui-
méme, les Fréres Mineurs n'auraient pas tardé à former une troupe d'aven-
turiers exaltés, comme en 1245 les adeptes de Segarelli, que l'Église dut
supprimer vers 1250 à cause de leurs désordres. Pour les temps antérieurs
au séraphique patriarche, l'écrivain se plait à entreméler des abus qui se
manifestérent successivement du IX*au XII* siécle, et céde trop facile-
mentàson penchant de généraliser les cas particuliers.Il eüt bien fait encore
de peser ses autorités et de ramener leurs témoignages à leur juste valeur.
Il n'est guére prudent, en effet, de croire sur parole les chroniqueurs du
moyen áge, et de prendre au pied dela lettre les descriptions des poétes
satiriques. Quand il s'agit des ordres mendiants, il importe aussi de se
méfier des assertions de leur irréductible adversaire, Matthieu Paris ; et
sur Joachim de Flore, il convenait de consulter avant tout le travail de
M. Paul Fournier, Joachim de Flore, ses doctrines, son influence, qui seul
dans ces derniers temps a parlé du célébre abbé avec une réelle compétence.
(cf. Anal. Boll., XXI, 1o9-1o). La troisiéme partie, qui traite surtout des
conflits des spirituelset des fraticelles avec l'autorité ecclésiastique, satis-
fera, je crois, davantage. L'auteur a eu, pour se guider, les remarquables
travaux des PP.Ehrle et Denifle(r). La correction typographique des cita-
tions latines laisse beaucoup à désirer. En résumé, la dissertation de
M. Glaser renferme assurément bon nombre de judicieuses observations,
mais trop dominées hélas ! par l'esprit de systéme. Comment,par exemple,
la marche du mouvement franciscain a-t-elle été accélérée ou retardée par
la théorie de S. Antoine de Padoue sur le prét d'argent et par les idées
d'Alexandre Alés et de S. Bonaventure sur le négoce, qu'ils considéraient
comme une forme de la cupidité ? V. OQ.
(r) Mentionnons encore, pour métrnoire, un article purement littéraire du
R. P. Fabianus O. M. Cap.,, De Sint-Franciskus-Bewegitng dans DE KATHOLIEK,
Dl. CXXXVI (1907), p. 229-53.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 495
188. — * Franz Xaver SEPPELT. Der Kampf der Bettelorden an der
Universitát Paris in der Mitte des 13. Jahrhunderts, deux parties
dans les KIRCHENGESCHICHTLICHE ÁBHANDLUNGEN de Max SDRALEX, t. lII
(1905), p. 197-241, et t. VI (1908), p. 75-139.
: 189. — * Adolf Orr. Thomas von Aquin und das Mendikantentum.
Freiburg i. Br., Herder, 1908, in-8^, viir-100 pp. Mk. 2,50.
190. — * Fratris IOhannis Pecham tractatus tres de paupertate.
Cum bibliographia ediderunt C. L. KiNcsroRp, À. G. Ltrrrg, F. Tocco.
Aberdoniae, typis Academicis, 191o, in-85, x-198 pp. (BRrrisH SocrETY or
FRANcISCAN STUDIES, vol. II). |
Aprés avoir retracé, dans une I1'* partie, les débuts etl'organisation de
l'Université de Paris, la nature et les origines des deux ordres religieux
fondés par S. Dominique et S. Franqois d'Assise, et plus particuliérement
l'évolution scientifique des Fréres Mineurs, M. Seppelt consacre la seconde
partie de son excellent travail à exposer les différentes phases de l'ardente
querelle qui mit aux prises, vers le milieu du XIII* siécle, au sein de
l'Université de Paris,les professeurs appartenant au clergé séculier et leurs
collégues ou mieux leurs rivaux dominicains et franciscains, chacun de
ces ordres ayant été autorisé à occuper deux chaires de la faculté de
théologie. L'enjeu était d'exclure à jamais les religieux mendiants de
l'enseignement universitaire, incompatible, disait-on, avec le genre de
pauvreté religieuse qu'ils avaient vouée. À certains moments la lutte prit
des proportions épiques, avec des chances diverses pour les adversaires en
présence. On se dénongca mutuellement à Rome; et Rome laissa la balance
pencher tantót du cóté de l'élément séculier, tantót en faveur des religieux
mendiants, injustement enveloppés dans le mauvais cas du joachimite
Gérard de Borgo San Donnino et qui, sous les assauts réitérés du poéte
satirique Rutebeuf, devinrent la risée du populaire.
Néanmoins la partie n'était pas égale. Quoiqu'il y eüt des torts des deux
cótés et que l'on commit de part et d'autre de fausses imputations et des
erreurs de tactique,la cause des ordres mendiants se présentait en haut lieu
sous un meilleur jour, et Guillaume de Saint-Amour, si redoutable jouteur
qu'il füt, n'était pas de taille à se défendre contre des champions de la valeur
du B. Albert-le-Grand, de son disciple S. Thomas d'Aquin et de S. Bona-
venture. Le 5 octobre 1256, avant que Guillaume füt arrivé à Anagni pour
se disculper, le pape Alexandre IV condamna son T'acíatus de periculis
novissimorum icmperum. Ce jour là, comme le remarque fort justement
M. Seppelt (t. VI, p. 127), les prétentions de l'Université regurent leur
coup de gráce. Ce n'était pas encore la cessation des hostilités ; mais
on put prévoir que le triomphe définitif des ordres mendiants était proche.
Au sujet de ces démélés, connus de longue date dans leurs lignes princi-
pales (cf., par exemple, TitrLEMoNr, Vie de saint Louts, vot de France,
VI, 135-228) le P. H. Denifle a publié dans le t. I de son Char-
496 BULLETIN
lularium. Universilalis Parisiensis des matériaux de choix en trés grand
nombre. Le mérite de M. Seppelt est de les avoir utilisés avec un rare
discernement, avec impartialjtéÉ, avec un sens historique trés exercé.
Peut-étre y a-t-il cà etlà quelques longueurs ; mais ce n'est jamais au
détriment de la compréhension nette et claire des situations à débrouiller.
Dans une troisiéme partie, le critique compte analyser l'activité littéraire
déployée en cette occurrence par les célébres protagonistes des deux ordres
mendiants. Ce sera, nous osons l'espérer, le digne complément de la belle
étude poursuivie jusqu'ici.
En attendant, nous saluons avec plaisir les pages oü M. Ott examine à
fond la doctrine développée par S. Thomas d'Aquin dans trois de ses opus-
cules, pour repousser les attaques de l'Université de Paris contre les nou-
veaux ordres mendiants de S. Francois d'Assise et de S. Dominique (1).
Selon une remarque fort juste de l'auteur, pauvreté n'implique pas néces-
sairement mendicité. Quoique l'idéal du Poverello d'Assise füt de vivre
dans la dépossession absolue des biens terrestres, il avait cependant au
début relégué à l'arriére-plan le recours à l'aumóne et il entendait que ses
disciples s'efforcassent de se procurer le pain quotidien surtout par le tra-
vail manuel. S. Dominique, au contraire, tout en partant des mémes
maximes de l'Évangile, s'était imposé, comme on lit dans sa Vie, la pra-
tique du détachement des biens matériels dans la mesure oüà elle devait
seconder ses travaux apostoliques. Cette pauvreté était moins stricte que
celle de son saint ami. Et pourtant Francois dut s'en rapprocher, du jour
oü la petite troupe du début devint légion et oüà ses religieux, abandon-
nant le genre de l'exhortation familiére, se furent.lancés dans la grande
prédication. L'affluence de sujets et la transformation de leur activité
apostolique eurent pour conséquence inévitable tant le reláchement dans
l'exercice régulier du labeur manuel, — quelle différence entre la 1*'* et la
2* régle pour la maniére de le recommander, — que le besoin d'étudier ;
et dés lors aussi la nécessité d'occuper des demeures fixes sous le couvert
d'un z:51tus, d'un syndic ou d'un cardinal protecteur, et d'aller en quéte
d'aumónes pour se créer des moyens de subsistance. Le testament de S.
Francois montre assez qu'il s'était aperqu de ce léger fléchissement de son
idéal primitif ; mais son zéle clairvoyant, sa profonde humilité chrétienne
et le tact de l'organisateur de génie que fut son illustre ami, le pape
Grégoire IX, réussirent à dissiper ses alarmes.
C'est cette condition d'ordres mendiants, — une nouveauté dans
l'Église, — que l'Université de Paris reprocha vivement aux Fréres Pré-
cheurs et aux F'réres Mineurs, et qu'elle attaqua avec force considérations
(1) Le travail de M.Ott est une mise au point des articles qui ont paru en 1903
dans le Pastor bonus de Tréves, sous le titre : Die Bettelorden und. ihre Vertei-
digung durch Thomas von Aquin.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 497
économiques, sociales et religieuses. Dans ses plaidoyers, ou il déploie
autant d'habilité et de souplesse que de savoir, Thomas d'Aquin s'attache
de son cóté à inculquer l'idée que l'aumóne donnée aux religieux men-
diants est toujours le prix du travail, une taxe qui frappe la communauté
des fidéles en retour des services qu'elle recoit de leurs prédications et de
leur assiduité au confessional. Si on lui objecte que ceux-ci sont bien
plutót les auxiliaires d'un grand nombre d'évéques, peu soucieux de rem-
plir leurs devoirs de pasteurs, et qu'ils mériteraient par conséquent de
recevoir des prélats leur rémunération, il a soin dese dérober, de peur de
se mettre à dos le haut clergé. Et il se garde bien de foncer sur l'en-
nemi, quand il entrevoit,au tour que prend la discussion, qu'on pour-
rait l'acculer dans une impasse : Quamquam religiosorum status, dit-il
encore, qui totam vilam suam Deo consecraverunt, secundum bonitatem
excellentior sit. quam status. presbyteri. curati. c. archidiaconi, secundum
difficultatem. tamen | exercendi. animarum. curam. longe. perfectior. est
status presbyteri, curati et archidiaconi (p. 96, n. 2). Plusieurs fois l'Ange
de l'École ne cherche point, par tactique sans doute, à faire une réponse
adéquate aux subtilités de ses adversaires On avait tellement raffiné sur
la question de la pauvreté évangélique et apostolique, on y avait apporté
tant de calcul, de passion et d'acharnement, qu'elle paraissait un éche-
veau inextricable. Il faut savoir gré à M. Ott d'avoir misen lumiére tant
les cótés fuyants que les répliques victorieuses de l'argumentation que
soutint alors le plus illustre représentant de la théologie catholique.
Le célébre frére Jean Peckham ou mieux Pecham (4 1292), disciple de
S. Bonaventure, est plutót un défenseur de la pauvreté franciscaine telle
qu'il la voyait pratiquée de son temps ; et il convient de remercier MM.
Kingsford, Little et Tocco du soin qu'ils ont mis à consacrer tout un
volume à son ceuvre d'apologiste. Le Tractatus pauperis, autrement dit
encore De ferfecttone evangelica, n'appartient plus à la période des con-
flits aigus avec l'Université de Paris ; il semble avoir été écrit vers 1270.
Il n'y est pas question davantage des controverses joachimites. L'éditeur
s'est bien gardé, comme de juste, de reproduire les chapitres (I-IV) qui ne
forment qu'une mosaique de citations de la Bible et des Péres de l'Église.
Outre certains extraits des chapitres suivants, il. a publié en entier le cha-
pitre X, qui contient l'exposition de la régle des Fréres Mineurs, telle
qu'on la trouve dans le F'!rmamoentum trium ordinum (Paris, 1512, et Ve-
nise, 1513), ouvrage extrémement rare, et le chapitre XVI, oü. Pecham
énumére et réfute cinquante griefs qu'on alléguait contre son ordre. Le
réquisitoire est, au point de vue historique, plus intéressant que la défense;
et l'auteur a la loyauté de reconnaitre que certains reproches sont en partie
fondés : quod aulem in. edifictts excedant, arguendum iudico (p. 85). D'au-
tre part, il se récrie à bon droit contre les généralisations arbitraires.
Le Tractatus contra Fratrem. Robertum. Kilwardy O. P. est une trés
498 BULLETIN
vive riposte à une espéce de mémoire épistolaire oü son prédécesseur sur
le siége archiépiscopal de Cantorbéry, le Frére Précheur Robert Kilwardy,
exalte l'institut de S. Dominique et rabaisse certaines pratiques en usage
chez les Franciscains,notamment l'exercice de la pauvreté. Pecham dépéce
le manifeste du Frére Précheur phrase par phrase,et quoiqu'il l'appelle con-
stamment Karvisstme, il lui administre d'une main trés rude une volée de
bois vert. Voici le petit mot de la fin : Malediclus qut percussit clam pro-
ximum suum (Deuter. 27). Det tibi Deus spiritum compunctionts ct male-
diclionem. commutel 1n. benedicltonem, ul praedictam. diligas veritatem
(p. 146). La préface, écrite par M. Tocco, intéressera particuliérement les
historiens de la philosophie médiévale. L'éditeur a éprouvé le besoin d'y
rompre une lance en faveur de la priorité du Speculum perfectionis sur
l'eeuvre hagiogrephique de Thomas de Celano. On connait la narration
classique de la rencontre à Rome de S. Dominique et de S. Frangois. A
de rares variantes prés, les deux textes (Speculum perfecttonis, ch. 43; 2*
Vie de Celano, III* partie, ch. 109 et 110) sont identiques. Seulement Cela-
no, qui écrivait sa seconde Vie vers 1246, coupe le récit de l'entrevue par
une sortie vigoureuse contre les fréres des deux ordres, que l'ambition
et l'envie poussaient à s'entre-déchirer. Cette diatribe est absen-
te du Speculum. Donc, conclut M. Tocco, celui-ci a été composé avant
que ces rivalités éclatassent. Comme si le compilateur du Speculum
n'avait pu juger bon de supprimer cette algarade par raison d'édification,
ou bien encore qu'écrivant à une époque oü ces discordes s'étaient apai-
sées, il n'y avait plus lieu d'y faire allusion. En saine logique, cette omis-
Sion ne prouve ni pour ni coatre l'ancienneté du Speculum. perfectionis.
C'est un nouvel exemple de la manie qui entraine le savant professeur
à faire fléche de tout bois.
Il nous est parvenu, du poéóme Defensio Fratrum Mendicantium, plu-
Sieurs recensions assez divergentes. La nouvelle édition, préparée par M.
Kingsford, donnera, je pense, pour le texte, pleine satisfaction. Sera-t-on
aussi persuadé que le critique qu'il faille en attribuer la paternité à Pe-
cham ? Je me permets d'en douter. Il est démontré que l'auteur n'est pas
le frére mineur Guy de la Marche, fils naturel de Hugues XII, comte
d'Angouléme (1 1270). Mais on peut faire valoir les mémes arguments
contre J. Pecham et la rédaction de l'opuscule doit étre rapprochée bien
plus de l'année 1255 que de 1275. Sur ce terrain, la discussion ne semble
pas pouvoir aboutir actuellement. Il convient ensuite de louer la facon
dont M. Kingsford a mis au point la bibliographie de Pecham, avec cette
réserve pourtant qu'on n'a pas encore réussi à découvrir ou à identifier la
Vie de S. Antoine de Padoue, que le chroniqueur Glassberger lui attribue
(Analecta franciscana, Yl, 9r).
L'annotation des textes est sobre, claire, substantielle. Mais quel déplo-
rable systéme de la rejeter à la fin du volume, et d'imposer au lecteur
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 499
une gymnastique des mains,doublement agacante, quand il s'agit non d'un
simple livre de lecture, mais d'un ouvrage d'érudition ! V. O.
191.— * Horatio GRIMLEY. Saint Francis and his Friends,rendered
into English from Franciscan Chronicles. Cambridge, University
Press, 1908, in-24, xv1-272 pp. Sh. r, 6. — Anthologie franciscaine,
extraite dela légende traditionnelle des Trois Compagnons, « écrite en
1246 », des Fiorelli, du Speculum perfectionis « écrit par le frére Léon
en 1228 », des deux Vies de Thomas de Celano, de celle de S. Bonaven-
ture et de l'allégorie du Sacrum commercium B. Francisci cum Domina
Paupertate (p. xv). Les deux dates que je viens de citer indiquent assez à
quelle école critique appartient M. Grimley. Mais les idées de l'éditeur
n'ont guére influencé le choix des morceaux qui, traduits dans un style
limpide, souple et naturel, ne peuvent manquer de provoquer chez les lec-
teurs de langue anglaise, quels que soient leurs sentiments religieux, un
courant de chaude sympathie envers le Poverello d'Assise. Une vétille
pour finir. Bernardone et non Bernardino (p. x) est l'augmentatif de Ber-
nardo. V. O.
192. — * Bernardino SpERct da Gaiole. L'apostolato di S. Francesco
e dei Francescani. Studi storici. Vol. I. Quaracchi, Collegio di S. Bona-
ventura, 1909, in-8», xLirm-6ro pp. Fr. 8 — Livre d'apostolat, écrit par un
ardent missionnaire au milieu des mille soucis de la prédication journa-
liére. Il convient donc d'apprécier l'ouvrage avec bienveillance, d'autant
plus que les questions de haute critique y sont reléguées à l'arriére-plan,
que l'information, souvent douteuse, est loin d'étre à jour et que la
bibliographie des différents sujets qui y sont traités manque de netteté et
de précision (1). A chaque page du livre, on sent que l'auteur s'est propo-
Sé pour but tout à fait spécial, comme il le dit lui-méme, « de fournir aux
orateurs sacrés un recueil d'exemples lumineux, instructifs, dignes d'étre
admirés et imités » (p. xri). Ainsi s'explique encore l'allure ordinaire du
style : chaud, imagé, vibrant, en maints endroits impétueux et prolixe.
Une grande partie de ce premier volume est consacrée à raconter la vie
du séraphique patriarche d'Assise, et plus de quarante pages à analyser et
à discuter le phénomeéne de sa stigmatisation (p. 153-99). L'auteur exalte
avec enthousiasme la nouvelle biographie de l'écrivain danois Joergensen:
« critica severa », dit-il, «e vasta erudizione ».Quelques-uns trouveront peut-
étre que cette caractéristique est un peu outrée (cf. plus haut, p. 360-63.)
Les autres grandes figures qui se détachent de la narration sont S. Antoine
de Padoue, le Fr. Berthold de Ratisbonne et S. Bonaventure. À la suite de
(1) A quoi rime, par exemple, l'indication suivante: « Cantipratanus O.P.
(t c. 1270), Bonum universale de proprictatibus abum. Appresso il Wadding »?
500 BULLETIN
ces chefs de file se groupent et passent sous nos yeux beaucoup d'autres
prédicateurs, de moindre envergure. Tout l'ouvrage est disposé et écrit
avec art. Jamais l'intérét ne languit et le souci d'édifier préoccupe sans
cesse l'auteur. Seulement, serais-je tenté d'ajouter, en marge à ce tableau
ascétique et littéraire s'étale trop d'érudition, une érudition légére et
fragile, qui ne parait appropriée à aucune catégorie de lecteurs. En som-
me, livre instructif et bien à sa place dans la bibliothéque des prédicateurs
populaires. V. O.
193. — * William Moir Bnvcr. Scottish Grey Friars. Vol. I. History.
Vol. II. Docutenis. Edinburgh, Green, 1909, deux volumes in-89, xr1-492
et X1I-538 pp., photogravures. — On est un peu déconcerté de rencontrer,
dans cette monographie de luxe, tant de pages concernant l'histoire
générale et la législation primitive de l'ordre de S. Frangois d'Assise. Ces
pages, sur lesquelles d'ailleurs la critique pourrait s'exercer à bon droit,
n'ont, malgré tout leur intérét, qu'un lien trés láche avecle sujet pro- :
prement dit de l'ouvrage, l'établissement et les vicissitudes des Fréres
Mineurs en Écosse. Il en est de méme du recueil de documents qui
forme le contenu du second volume. Non seulement on y reproduit avec
une traduction anglaise,la Chronique de la province des Observants d'Écos-
se par le Pére John Hay O. F. M.,publiée une premiére fois par Wadding,
au t. XIX de ses Annales, ainsi qu'une troisiéme édition de l'obituaire
des Observants d'Aberdeen, avec son fac-similé,en entier (p. 281-336), mais
on fait le méme honneur à des piéces que l'on rencontre partout, comme la
seconde régle franciscaine (celle d'Honorius III, en 1223) et le Testament
de S. Francois, l'une et l'autre avec traduction, les bulles papales Qo
elongati, Exiit qui seminat, Exivi de paradiso, etc., la régle du Tiers
Ordre de la pénitence de Nicolas IV Supra montem et, avec traduction
anglaise, la Regula antiqua. frairum el sororum de. Poenitentia, exhumée
par M. Paul Sabatier et que, renchérissant sur l'affirmation de son maitre,
M. Bryce appelle la premiére régle, de 1221. Encore au sujet de ce dernier
document, dont l'auteur fait état pour établir sa théorie sur l'origine du
tiers ordre franciscain(vol. I, p. 380 svv.),aurait-il fallu tenir compte des ob-
jections formulées contre le systéme de M. Sabatier et du P. Mandonnet
(Anal. Boll., XXIV, 415-19). Mais ici, comme pour le reste de sa docu-
mentation, l'auteur évite avec soin toute discussion, tout appareil critique.
On ne s'explique pas ce laconisme de la part d'un fureteur d'archives, qui
ne s'est pas contenté de resservir de l'archiconnu. Son second volume, en
effet, renferme bien des dépouillements d'archives curieux pour l'histoire
économique du XVI* siécle, des extraits de manuscrits inédits, sur
lesquels on aurait souhaité étre renseigné, au moins en ce qui concerne
leur provenance. |
En définitive,les recherches si consciencieuses de l'auteur ont abouti à de
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 5OI
minces résultats pour le X III: etle XIV*siécles.Notre curiosité est loin d'étre
satisfaite. On voit par contre qu'au XV*siécle, période de grand réveil de
ferveur dans l'ordre de S.Frangois,les Fréres Mineurs d'Écosses'associérent
en bon nombre au mouvement de rénovation religieuse vigoureusement
poussé par S. Bernardin de Sienne. A la veille de la Réforme, les hérauts
de la réguliére observance recurent de leurs confréres d'Écosse un accueil
chaleureux et ne tardérent pas à faire parmi eux de solides conquétes.
Ici encore les détails manquent. On sait seulement que les Fréres ne
paraissaient en public que pour exercer un ministére apostolique. C'était
d'ordinaire le dimanche. Lorsque dans la semaine on apercevait leur
silhouette hors du couvent, il était passé en proverbe de dire: Fratres
exeunt, aliquis moritur (vol. II, p. 178). Et dans toutes les classes
sociales on leur prodiguait des marques extraordinaires de vénération
(p. 179). Ainsi leur renouvellement intérieur les prépara à affronter les
rigueurs de la persécution du XVI* siécle.
C'est un théme assez rebattu que la déchéance des ordres religieux
fournit à la réforme anglicane de nombreuses recrues. M. Bryce n'est pas
le dernier à le savoir. Mais tandis qu'on constate qu'en 1559, 35 domini-
cains au moins de la province d'Écosse,y compris le provincial et plusieurs
prieurs,abjurérent le catholicisme romain, et que sur 30 conventuels, 16 ou
17 firent défection, avec leur provincial et 4 des 7 gardiens à leur téte (vol.I,
p. 157-58, note), il se dégage au contraire d'une sérieuse enquéte qu'à
leur départ pour la Flandre,en 1560, le déchet des Observants ne fut que de
deux ou trois sur 8o.
Les chapitres oü M.Bryce étudie l'histoire des Franciscains écossais aux
prises avec la Réforme constituent!la partie la plus neuve, la plus fouillée
de tout l'ouvrage (vol. I, chap. v-vir). C'est l'euvre d'un protestant sin-
cére et honnéte, d'un scholar avisé et instruit, se tenant à égale distance
du panégyrique et du réquisitoire. Uniquement soucieux de réfuter l'erreur
et la calomnie, il a écrit, sans le vouloir et sans le savoir peut-étre, une
apologie aussi solide que brillante des Fréres Mineurs contre les accusations
des réformateurs du XVI* siécle et de leurs imitateurs modernes. Monu-
ment de bonne foi, de droiture, de science et de critique. Ms.
194. — * P. Diodorus HENwiGrEs, O. F. M. Prologus et epilogus in
Dicta IV ancillarum S. Elisabeth Thuringiae lantgraviae, 27 pp.
in-8v.. Extrait de l'ÁRCHIVUM FRANCISCANUM HISTORICUM, t. III] (t9ro),
P. 464-90. — Ces deux textes,qui étaient restés en grande partie inédits,sont
publiés ici d'aprés tous les manuscrits connus, cinq pour le prologue et
sept pour l'épilogue. Dans son introduction, le R. P. H. se rallie entiére-
ment aux idées défendues dans les études critiques de M. K. Wenck (cf.
Anal. Boll., XXVIII, 333). | A. P.
502 BULLETIN
195. — * Louis Kanr. Vie de sainte Élisabeth de Hongrie par
Nicolas Boson,dans ZzirscHRIFT FüR RoMANISCHE PurLoLociE,t. XXXIV
(1910), p. 295-314.
196. — Ludwig KaRnr. Die Episode aus der Vie de Madeleine.
IBip., p. 362-66.
Dans le premier article, M. K. publie, d'aprés deux manuscrits, une des
nombreuses poésies inédites du frére mineur Nicolas Bozon, qui vécut
dans la premiére moitié du XIV* siécle. Le texte, relativement court, est
précédé.d'une série de remarques sur l'auteur, les manuscrits, la langue,
la versification, les sources latines du poéme ; M. K. s'est donné beau-
coup de peine pour identifier ces derniéres.
Un des deux manuscrits utilisés par M. K. renferme aussi une légende
de la Madeleine par Guillaume Le Clerc. Les précédents éditeurs n'ayant
pas connu cet exemplaire, M. K. en signale les variantes. Il profite fort à
propos de l'occasion pour déterminer la source de Guillaume, laquelle est
le texte BHL. 5457. En méme temps, il dresse une liste sommaire de dix-
sept légendes frangaises de la sainte. À. P.
197.— * Philipp FuNk. Jakob von Vitry.Leben und Werke. Leipzig,
Teubner, 1909, in-89, vi-188 pp. (BErrRácE zuR KULTURGESCHICHTE DES
MirTELALTERS, Heft 3). Mk. 5.— La collection dont M. Goetz a récemment
entrepris la publication se développe rapidement; le sixiéme fascicule
vient de paraitre. Déjà il a été rendu compte avec éloge des deux premiers
numéros (XXVIII, 125, 129) ; le troisiéme est digne des précédents. M. F.
donne une excellente mise en ceuvre des ouvrages écrits sur des sujets
connexes, qui avaient mieux fait connaitre certains aspects de l'activité de
l'iülustre cardinal. Depuis longtemps aucune biographie compléte de
Jacques de Vitry n'avait paru et le moment semblait venu de synthétiser
les renseignements nouveaux. L'étude de M. F. est trés méthodique.
Aprés avoir retracé, aussi complétement que possible, la biographie de
Jacques de Vitry, M. F. examine son ceuvre littéraire. Chacune de ces
parties se termine par une analyse du caractére du cardinal et de sa
méthode de composition. C'est le travail d'un homme consciencieux, bien
au courant de la littérature de son sujet, et qui a misla bienveillance à la
base de son étude psychologique. Gráce à cette disposition, il fait de Jac-
ques de Vitry un portrait singuliérement plus vrai et aussi plus élogieux
que celui qu'on en donne communément.
Une remarque pourtant s'impose. M. F. ne semble pas avoir distingué
suffisamment ce qui, dansla personnalité de Jacques de Vitry, était le
reflet de son époque et ce qui constitue les traits originaux de son carac-
tére. Sans doute, il était avant tout un homme religieux, dans le sens
traditionnel et tout ecclésiastique du mot, en sorte qu'il appréciait toute
chose au point de vue surnaturel et qu'un prosélytisme ardent dominait
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES. 503
toutes ses actions ; sans doute, ses procédés scientifiques étaient fortement
imprégnés de scolastique. Mais ne sont-ce point là des caractéristiques
de son temps ou des tendances plus générales, qui ne sont l'apanage de
personne et qui se retrouvent dans des ámes d'élite à toutes les époques ?
N'y avait-il pas lieu de signaler un sens pratique des réalités, un jugement
calme et droit, que le cardinal ne perdait pas méme au contact des élans
mystiques de Marie d'Oignies et de l'enthousiasme religieux des premiéres
générations franciscaines ? Ses préceptes d'éloquence sacrée ne dénotent-
ils pas, en méme temps qu'un zéle enflammé, un don remarquable pour
s'adapter à ses auditeurs et condescendre à leur faiblesse ?
A plusieurs reprises, M. F. déclare n'avoir pu compléter son informa-
tion par le dépouillement des archives belges et frangaises. C'est le princi-
pal regret que causera son livre; car il est hors de doute qu'il y aurait
trouvé de quoi compléter la biographie de son héros. Cette lacune
est également sensible dans l'étude des ceuvres du grand prédicateur.
Ainsi, un recueil de sermons lui a échappé : ce sont les ser5onces colt-
diant et communes, dans lesquels Jacques de Vitry interpréte les premiers
chapitres dela Genése en 25 sermons, deux pour chaque jour de la semaine
et onze 47 omi dic. Cette collection avait déjà été signalée dans le catalogue
des manuscrits de Liége (ms. 415); on la rencontre aussi dans les mss. 1122
et 9682 de Bruxelles. De méme, M. F. déclare (p. 177) que l'Offrcium de
Ssancits n'a pas encore été retrouvé. Ces sermons avaient pourtant déjà
été mentionnés par le P. Papebroch (Act. SS., Iun. IV, 679 p) d'aprésun
ms. de Saint-Martin de Tournai; depuis ils ont été signalés dans le ms.
417 de Liége ainsi que dans le ms. 503 de Douai. [l eüt été fort intéressant
de comparer ces Sermones de sanctis avec le recueil similaire d'Eudes,
successeur de Jacques de Vitry sur le siége de Tusculum (r)et avec les ser-
mons de Guy d'Évreux sur les saints du calendrier des Dominicains (ms.
de Chartres 281, f. 166-240, du XIII*/XIV* siécle). H. MonrrTvus.
(1) Le cardinal Pitra a jadis décrit cette collection (Analecta novissima, t. II,
p. 288) ; elle est conservée dans le ms. 5470 de Bruxelles, du XIIIe siécle.
504 BULLRTIN
PUBLICATIONS RÉCENTES
Plusieurs de ces travaux seront l'objet d'un compte rendu
dans un prochain numéro de 1a revue.
* ALBERTAZZI (Don Luiai). Breve compendio della vita del beato Giovanni Colom-
bini, composto in latino dal B. Giovanni Tavelli da Tosstgnano... Quaracchi,
I9IO, in-8*, 39 pp. L. 0,80.
* Bassi (Domenico) ed Emidio ManTiNI. Disegno storico della vita e cultura
greca. Milano, Hoepli, 1910, in-16, xvi-791 pp., 13 planches, 107 gravures.
(MaNuALI HoEPrI). L. 7,50.
* BAupo (Sebastiano Pisano). Soriino e dintorni. Parte prima. Lentini, tip. Sca-
tà Alemagna, I9IO, in-I2, 2II pp.
* BEccaRI (C.), S. I. Rerum aethiopicarum scriptores occidentales inediti a saeculo
XVI ad XIX. Vol. X. Relationes et epistolae variorum. Roma, De Luigi, 19to,
in-8e, xviI-502 pp., fac-similés.
* Bourranp (Constant). La vérité sur lc fait de Lorette bar le R. P. Alphonse Esch-
bach. Etude critique par un. Laique Poitevin, Paris,Picard, 19ro, in-8o, 143 pp.
* BRAUNSBERGER (Otto,, S. I. Beati Petri Canisit Societatis Iesu epistulae et. acta.
Volumen V : 15635-1567. Friburgi Br., Herder, gro, in-8?, Lxxx-937 pp.
Mk. 3o.
* CaLvr (Emilio). Bébltografia di Roma nel cinquecento. Tomo I. Roma, Loescher,
19IO, in-8^, 231 pp. Fr. 16.
* CoBHAM (Claude Dcelaval). The Churches and Saints of Cyprus. London, 1gro,
in-12, VIII-43 pp.
* Du Bounc (Dom), O. S. B. Une extatique au XVIIe sicle. La bienheurcuse Tean-
nc-Marte DBonomo, moniale bénédictine (1606-1670). Paris, Perrin, xgro, in-12,
XIV-262 pp. Fr. 3,50.
* FALoc1 PULIGNANI (M.). Vita prima di S. Francesco d' Assisi composta da Ff.
Tommaso da Celano. Foligno, Salvati, 1910, in-8o, 203 pp.
* FigRENS (Alfons). De geschiedkundige oorsprong van den aflaat van. Porttun-
kula, met een aanhangscl over de wereldbrieven van sint Franciscus. Gent, Sif-
fer, 1910, in-8o, xix-30I pp.
* GiusEPPE M3 pA M. RoroNpo (P.), O. M. C. Git inizí dell ordine Cappuccino c
della provincia Romana. Roma, 191o, in-8o, xv-299 pp. L. 2.
* HELLo (Ernesti. Le livre. des visions et instructions de la bienheureuse Angle de
Foligno, traduit par E. H. Quatriéme Édition, avec avertissement de Geor-
ges GovaAU. Paris, Tralin, 191o, in-12, 336 pp.
* Huan (P. Michael), O. S. B. Die Wanderlegende von den Siebenschláfern. Eine
literargeschichtliche Untersuchung. Leipzig, Harrassowitz, 1910, in-8o, xxi-
574-32 * pp. Mk. 12.
* José MaRníA DE EL1izoNpo (Fr.), O. M. C. La Leyenda de san. Francisco segün la
versión catalana del « Flos sanctorum ». F'ragmentos y notas. Barcelona, Giró,
19IO, in-8o, 47 pp., photogravure. Pes. 4.
* MANZINI (P. L.). S. Carloc il ven. Bascap?. Monza, x91o, in-8o, 1oo pp. Extrait
de L4 ScvoLA CATTOLICA.
* MARTIN (R. P. Fr. Felipe), O. P. Santa Teresa de Tesis y la Orden de Predica-
dores. Estudios históricos. Avila, Jiménez, 1909, gr. in-8o, x1v-727 pp.,gravure.
* Mélanges de la faculté orientale de. l' Unsversité Saint Toscph, Beyrouth (Syrie).
Tome IV, r19ro, in-8o, a-h, 1-312, 1*-196*, 1I-LIXx pp., 16 planches. Fr. 24.
DES PUBLICATIONS HAGIOGRAPHIQUES 505
* MEnEkT (Josef). Die Wutndmale des heiligen Franziskus voti. Assisi. Leipzig,
Teubner, 19ro, in-8o, 68 pp. (— BEITRáGE zUR KULTURGESCHICHTE DES
MITTELALTERS... 5). Mk. 2.
* MouTAGNÉ (L'abbé Antonin). Saint Stapin, évéque de Carcassonne. Documents et
traditions. Albi, 1910, in-8o, xiv-213 pp., 9 gravures hors texte. Fr. 2.
* Reconocimiento y traslación del cuerpo de ia sierva de Dios la venerabile Madre
Sor María de Tesis de Agreda... Barcelona, Juan Gili, 1909, in-12, 7a pp.
* SicAnD (P. M.-M.), O. P. Sainte Marie-Madeleine. Paris, Savaéte, trois volu-
mes in-I2, 320-318-344 pp., gravures. Fr. Io.
* STOCKMANN (Alois), S. I. Thomas Moore, der irische Freiheitssánger. Biogra-
phisch-lterarische Studie. Freiburg im Br., Herder, 1910, in-89, Ix-167 pp.
(2 ERGANZUNGSHEFTE ZU DEN « STIMMEN AUS MARI4-LAACH », I05).
* SronRR (Rayner). Concordance to. the Latin Original of the four Books knows as
« De imitatione Christi » given to the World A. D. 1441 by Thomas a ISEnPI T
Oxford, University Press, x91o, in-85, xv1-599 pp. Sh. 10,6.
* SUAREZ (Eraticisci) S. I. De spiritualibus exercitiis sancti Ignatii tractatus...
novis curis P. P. DEpUcHY iterum in lucem prodit. Parisiis, Lethielleux,
S. a. (1910), in-86, 136 pp. Fr. 1,50.
*2ugppóvtioc Eóc0Tpat 1d5n c untporoA mg AeovroróAeus. TTavbékrm Ni-
xoAdou ZapatZá... Alexandrie (Égypte), 1910, in-8v. Extrait de l' "ExxAnotaoc-
TiKóc Odpoc, t. VI, p. 81-111.
* 'TAcCHI VENTURI (P. Pietro), S. I. L'apostolato del P. Matteo Ricci d. C. d. G.
it Cina secondo i suoi scritti inediti... Seconda edizione. Roma, Civiltà catto-
lica, 1910, in-89, 49 pp., portrait.
* TAMARATI (Michel). L'église géorgienne des origines jusqu'à nos jours. Rome,
I9IO, in-89, Xv-710 pp., I0o4 gravures, 2 cartes. Fr. I5.
* 'TuCEK (Ernst). Untersuchungen über das Registrum super negotio Romani imperii.
Innsbruck, Wagner, 191o, in-8o, 77 pp. (Extrait des QUELLENSTUDIEN AUS
DEM HISTORISCHEN SEMINAR DER UuivEnsiITÀT INNsBRUCK, II).
* VAILHÉ (S.), A. A. Saint Euthyme le Grand, moine de Palestine, 376-473. Paris,
Picard, 1909, in-89o, I05 pp. Extrait de la REvUE bE L'ORIENT CHRÉTIBN,
t. XII-XIV.
* Vita pittorica d$ S. Carlo Borromeo. Milano, s. a. (1910), in-89 oblong, 32
planches.
* ViAUD (Le R. P. Prosper), O. F. M. Nazareth e£ ses deux églises de l'Annoncia-
tion et de Saint- Joseph, d'aprés les fousles récentes. Paris, Picard, 1910, in-8o,
X11-200 pp., 94 gravures. Fr. 6.
* WEBB (Clemens C. I.). Joannis Sarcsbertensis episcop. Carnotensis Policratici
sive de nugis curialium cb vestigiis philosophorum libri VIII. Oxonii, e typo-
graphaeo Clarendoniano, 1909, deux volumes in-89, xL1x-368 et viII-5II pp.
Sh. 36.
* WEevH (Wilhelm). Die syrische Kosmas- und. Damtian-Legende. Programm.
Schweinfurt, 1910, in-8o, 25 pp.
* ZAMPINI (G. M.). Manuale della Bibbia. Seconda edizione riveduta. Milano,
Hoepli, 1910, in-I6, 312 pp. (MaNvALI HoEPrLI). L. 3.
* ZILLIKEN (Georg). Der Kolner Festkalender. Seine Entwicklung und. seine Ver-
wendung zu Urkundendalicrtungen. Bonn, Georgi, 1910, in-8o, 159 pp. Ex-
trait des BONNER JAHRBÜCHER, fasc. 119.
: ANAL. BOLL. XXIX. 33
INDEX SANCTORUM
ET ANTIQUORUM HAGIOGRAPHORUM
Indicem in pagellas 48-108 vid. supra p. 109-116.
Nomina hagiographorum LITTEXIS MaAtUscULIS sunt distincta.
Abercius ep. Hierapol. 202.
Abraham Syrus patr. Alexandr. 454.
Abundius m. 186.
AEGIDIUS DE DaAMurs 38.
Aetheria v. 377.
Agapitus ep. Synai 325.
Agatha v. m. Catanae 339.
Agricolus ep. Ávenionensis 1I8Ir.
Alexander m. cultus Brixiae 481.
Alexius homo Dei 456.
Amandus ep. (Traiectensis) 448.
Ambrosius ep. Mediolanensis 196.
Amicus et Amelius 216,
Anastasius conf. cultus Troiae 409.
ANpREAS AB. MoNTIs S. MICHAELIS
BAMBERGENSIS 459.
Aninas erem. 456.
Ansbertus ep. Rotomagensis 450.
Apatil m. in Aegypto 161.
Aquilinus ep. Ebroicensis ari.
Ardalio mimus 264.
Arnoldus archiep. Moguntinus 219.
Artemius m. Antiochiae 324.
Athanasius ep. Atramyttenus 325.
Athanasius ep. Neapolitanus 169.
Audoenus ep. Rotomagensis 450.
Audomarus ep. 451.
Augustinus ep. Hipponensis 196.
Autbertus ep. Abrincensis 213.
Barbarus m. 276.
Barbatianus presb. Ravennas 166.
Barontus mon. Longorctensis 448.
Barsauma Syrus mon. 453.
BARTHOLOMAEUS TRIDENTINUS 14.
Basilius ep. Caesariensis 3353, 354.
(Basilius ep. Forocornceliensis) 167.
BAUDEMUNDUS PRESE. 448.
Baudolinus (— Baudelius ep. Nemau-
sensis ?) 216.
Belgio (SS. Hiberni in) 213.
Benedictus ab. Anianensis 329.
Benedictus ab. Casinensis 16$.
BERNARDUS GuiDpoNis 26.
Bertinus ab. 451.
Bonaventura 364.
Britanniae Maioris (Sancti) 173.
Canutus IV rex Daniae 162, 451.
Canutus Laward dux 451.
Carolus Borromaeus 227, 372.
Columba ab. Hiensis 335.
Condedus erem. 450.
Cornelius papa m. 185.
Coronati (Quattuor! 205, 332, 345.
Dania (Sancti culti in) 174.
Daniae (Sancti) 162, 451.
Daniel Galasensis 456.
Dionysius Areoparita 302.
Dominicus fund. O. P. 221.
Domnio ep. Salonitanus 204.
Donatus ep. Euroeae 107.
Dunala m. 217.
Eduardus contessor rex Anglorum 336.
Eleutherios-Guhistáàzad 151.
Eleutherius ep. (Troianus) m. Romae
409.
Elisabeth lantgr. Thur. 175,501, 502.
Emericus Ungarus 175.
Epime m. in Aegypto 16r.
Erembertus ep. Tolosanus 450.
Ermenlandus ab. Ántrensis 451.
Eustachius-Placidus m. 347.
Eustratius et soc. mm.in Armenia 177.
Faro ep. Meldensis 447.
Filibertus ab. 450.
Forosempronienses (Sancti) 469.
Franciscus Assisiensis 359, 370, 490-
5OI.
Franciscus Solanus 233.
Franciscus Xaverius 222.
ET ANTIQUORUM HAGIOGRAPHORUM
Frodobertus ab. Cellensis 446.
Gaianus 435.
Galliae (Sancti) 173.
Gelasius mimus 263.
Genesius m. Arelate 259, 343.
Genesius mimus m. f&omae 258, 343.
Genovefa v. Parisiensis 484.
Georgius m. 175, I9t, 323.
Germanus ab. Grandivallensis 445.
Graeci (Sancti) 460.
Gregorius Magnus papa 21o.
Gregorius ep. Ármeniae 473.
Gregorius Nazianzenus ep.CP. 353,354.
Gregorius ep. Nyssenus 354.
Gregorius Peccator 481.
Guhistazad 151.
GviDo DE CasTRIs 28.
Helena imperatrix 482.
Hiberni (Sancti) 213, 326.
Hieronymus presb. 196.
HiLARION MEDIOLANENSIS 41.
HiLARION VERONENSIS 42.
Hispania (Sancti culti in) 329.
Hubertus ep. Leodiensis 241.
IaAcoBUS DE VITRIACO 502.
IAcoBUs DE VoRaGINE 24.
Iesus Christus. Imago Thessalonicen-
SIS 325.
Iohannes Chrysostomus 195, 208.
Iohannes Damascenus 214.
Iohannes Discalceatus 221.
IoHANNES GrELEMANs 40.
IoHANNES DE Marr1Aco (?) 20.
Iohannes Siloita mon.in Armenia 207.
Iustinus presb. m. Romae 293.
Ketillus praepos. Viburgensis 452.
Kilianus ep. m. Wirziburgensis 451.
Lacaron et soc. mm. Antinoi 159.
Lantbertus ep. Lugdunensis 450.
Lantbertus ep. Traiectensis 488.
Lathcen 21x.
LcoI papa 400, 483.
Leodegarius ep. Augustodun. 447,487.
Leontius Arabs m. 159.
Longinus ab. 455.
Lucas stylita 488.
507
Lucia v. m. Syracusis 324.
Magi (Tres) 474.
Magnobodus m. 4832.
Magnus ep. Avenionensis 181.
Maolrubha 213.
Marcus ep. Atinensis m. 169, 170.
Margarita m. Roskildiae 452.
Maria (B. V.) 164, 197, 199, 325,457,470.
Maria Magdalena 502.
Martha hospita Christi 181.
Martinus I papa 486.
Martinus erem. in Montemarsico I69..
Maurilius ep. Andegavensis 208.
Maximus conf. CPoli aro, 487.
Memmius ep. Catalaunensis 448.
Menelcus ab. Menatensis 446.
Menas Aegyptius m. 117, 454.
MiLOo MON. ELNONENSIS 449.
Mummolinus ep. Noviom. 4I2.
Murentius m. (?) 469.
Nivardus ep. Remensis 446.
NOoTKERUS EP. LEODIENSIS 446.
Odilia abb. in Alsatia 182.
Palaestinac (Martyres) 192.
Pamphilus ep. Sulmonensis 178.
Paphnutius ab. in Thebaide 206.
Paphnutius et soc. mm. in Thebaide
IOI.
Patricius apost. Hiberniae 208.
Paulinus ep. Nolanus 355.
Paulus ep. et Iohannes presb. 456.
Pelinus ep. Brundusinus m. 178.
Perpetua et Felicitas mm. 204, 467.
Perpetuus ep. Traiectensis 485.
Petrus apost. 336, 454, 476.
Petrus et Paulus apost. 165.
Petrus Athonita 334.
PETRUS Caro 5, 30, 44.
PETRUS DiAcoNus 168.
PETRUS DE NaTALIBUS 34.
Phocas ep. m. Sinope 346.
Polycarpus ep. m. 202.
Pontianus papa m. 184.
Pontianus ep. cultus Troiae 409.
Porphyrius mimus 258,
Praeiectus ep. Árvernus 447.
Procopius m. Caesareae 203, 323.
508 . INDEX SANCTORUM
Quintinus m. Viromandensis 479.
Radegundis regina 256, 329.
Ragnebertus m. Bebronensis 447.
Rainaldus ep. Nucerinus 220.
Remaclus ep. 446.
RoFFREDUS PRAECENTOR TROIANUS
411.
Romanus mon. m. Antiochiae 479.
Rufus ep. Avenionensis I8I.
Sahdaà 457.
Salaberga abb. 445.
Samson Dolensis 2Io.
Sarapion m. in Aegypto 159, 164.
Sechnall, Secundinus, hibernus 209.
Sentias 471.
Servatius ep. Tungrensis 349.
Severus presb. Viennensis 209.
Sidonius Apollinaris 356.
Sigolena abb. 209.
Silvester IgI.
Sixtus I papa m. 478.
Sixtus II papa m. 187, 478.
Stephanus protomartyr 427.
Swithunus ep. Wintoniensis 417.
Symeon Metaphrastes 357.
Symeon stylita iunior 485.
Tarsicius acolyta m. 187.
'TERTULLIANUS (?) 204, 332.
Theodgarus conf. in Iutia 162.
'Theodorus Orientalis et soc. mm. 159.
Thomas Aquinas 495.
VALERIUS AB. IN HisPANIA 877.
Vincentianus conf. Avolcensis 446.
Vitalis ab. Saviniacensis 218.
Vulframnus ep. Senonensis 450.
Wandregiselus ab. 445.
Willelmus ab. Ebelholtensis 452.
WiILLELMUS AB. S. PAULI DE UnBE 36.
Winnocus ab. 451.
Xenophon et soc. mm. 479.
INDEX AUCTORUM
QUORUM OPERA IN HOC TOMO RECENSITA SUNT
Aigrain, Ste Radegonde, 329.
Alés (A. d"), Passio Perpetuae, 204.
Allard, S. Sidoine Apollinaire, 356.
Anscombe, St. Sechnall, 209.
Antolín, Cód, a. II. 9 del Escorial,164.
Armalé, Couvents de Mardin, 334.
Asslaber, Ambrosius, Hieronvmus
und Augustinus, 196.
Baker, Vie de S. Panuce, 206.
Balestri, Acta martyrum, 159.
Baring-Gould, Lives of the British
Saints, II, 173.
Baumes, S. Benoit d'Aniane, 329.
Baumstark, Das Entschlafen der al-
lerseligsten Jungfrau, 476.
Beissel, Geschichte der Verehrung
Marias in Deutschland, 199.
Berliére, Saint-Sévére à Meeffe, 209.
Bibl. hagiogr. orientalis 441.
Brayda, La chiesa di S. Domenico in
Torino, 221.
Briére, Jean le Siloite, 207.
— Légende de Nestorius, 456.
Bryce, The Scottish Grey Friars, 500.
Budge, St. Mená of Egypt, 12r.
Bulic, Palazzo di Diocleziano a Spa-
lato, 205.
Bullettino della Commissione archeol.
comunale di Roma, 343.
Burkitt, St. Justin's Martyrdom, 203.
Camerlinck, S. Léger, 487.
Capilupi, S. Alessandro mart. Bres-
ciano, 481.
Caspar, Petrus Diaconus, 168.
Catal. cod. hag. lat. Bibl. Vatic. 441.
Celidonio, La diocesi di Valva e Sul-
mona, 178.
Chaine, Apocrypha de B. Maria, 197.
— Lesanimaux de S. Ménas,454.
Charon, Histoire des patriarcats Mcl-
kites, 176.
— S. Jean Chrysostome, 208,
Chevalier, Hymnes et proses de Clau-
de Santeul, 183.
Civati, S. Carlo Borromeo, 372.
Claireaux, S. Aubert d'Avranches,213.
Clauss, Oberehnheim,Odilienberg,182.
Conybeare, Ring of pope Xystus, 477.
Crescini, S. Mummolino, 212.
Davison, Some Forerunners of St.
Francis, 491. .
Delehaye, Légendes
saints militaires, 323.
Delisle, Rouleau mortuaire du B. Vi-
tal de Savigny, 218.
Delplace, Catholicisme au Japon, 222.
Dib, La fuite en Égypte, 457.
Dictionnaire d'histoire et de géogra-
phie ecclésiastiques I57.
Donaldson, Church Life and Thought
in North Africa, 466.
Duine, S. Samson, 210.
Dunn, Vie de S. Patrice, 208.
Duprat, Origines de l'église d'Avi-
gnon, I80.
Eigl, Walahfrid Strabo, 196.
Elter, Itinerarstudien, 187.
Fassbinder, Catalogus SS.O.S.B. 459.
Fisher, Lives of the British Saints,
II, 173.
Fita, San Dünala, 217.
Franz, Kirchliche Benediktionen, 338.
Friedmann, Altitalienische Heiligen-
legenden, 163.
Friedrich, Halonesos, 177.
Funk, Jakob von Vitry, 502.
Gasparolo, San Baudolino, 4216.
Gerould, Legend of St. Swithin, 217.
Gertz, Vitae SS. Danorum, 163, 451.
Glaser, Franziskan. Bewegung, 49I.
Gougaud, Le moine Lathcen, 211.
Graf, Vita des hl. Xenophon, 479.
Grébaut, Barsoma le Syrien, 453.
— . Priére de Langinos, 455.
Grimley, St. Francis and his Friends,
499-
Gromer, Laienbeicht im MA. 340.
Gronau, De Basilio, Gregorio Nazian-
zeno Nyssenoque, 354.
Guignebert, Primauté de Pierre, 476.
Gwatkin, Early Church History, 331.
Hagen, Echte martelaarsakten, 459.
grecques des
510
Hamilton, Greek Saints, 460.
Hefner, Würzburger Legendarfrag-
mente, 458.
Henniges, Dicta IV ancillarum, Sor.
Herre, Papsttum und Papstwahle im
Zeitalter Philipps II, 229.
Hiral, S. Francois Solano, 233.
Holzapfel, Manuale hist. O. F.M. 368.
Hyvernat, Acta martyrum, 159.
Ilgen, Vita Arnoldi archiep. Mogun-
tini, 219.
Jaisle, Die Dioskuren, 346.
James, The Mss. of Westminster
Abbey, 336.
Joergensen (E., Helgendyrkelse i
Danmark, 174.
Joergensen (J.), S. Frangois, 359.
— Pélerinages franciscains, 359.
Kaer, San Doimo, 204.
Kanajeants, Agathangeli Armeniae
historia, 332.
Karl, Florence de Rome, 175.
— Ste Élisabeth de Hongrie, 502.
— . Vie de Madeleine, 502.
Kaufmann, Menas-Ampullen, 119.
— Menas-Heiligtümer, 119.
Kehr, Italia pontificia, IV, 165.
Kehrer, Die hl. drei Kónige, 474.
Kekelidze, Syméon Métaphraste,357.
Koeniger, Voraussetzungen und Vor-
aussetzungslosigkeit, 340.
Krusch, Scr. rerum merov. V, 444.
Künstle, Vita S. Genovefae, 484.
Labriolle (P. de), Ausone et Paulin
de Nole, 355.
Lake, Monasticism on Athos, 333.
Lammengs,]can Damascéne et Akhtal,
214.
Lángfors, Vie de S. Quentin, 479.
Lanzoni, Acta S. Barbatiani, 166.
— Leorigine del cristianesimo e
del episcopato.... 468.
— Liber pontif. Ravennate, 166.
— Antico vescovo d'Imola, 166.
Lau, Die angelsáchsische Missions-
weise, 357.
Lawson, Modern Greek Folklore,460.
Lemmens, Der hl. Bonaventura, 364.
Leroy, Abraham le Syrien, 454.
— Dormition de la Vierge, 476.
Leskien, Codex Suprasliensis, 458.
INDEX AUCTORUM
Levison, Scr. rerum merov. V, 444.
— Sigolena, 209.
Levy, Wallfahrten der lieben Mutter
Gottes im Elsass, 199.
Lewis, Cod. Climaci rescriptus, 164.
Lindner,Monasticon metropolis Salz-
burgensis, 181.
Little, Tractatus Thomae de Eccles-
ton, 369.
Loéà (P. v.), Quellen und Forsch. zur
Gesch. des Dominikanerordens, 370.
Lófstedt, Patristische Beitráge, 478.
Lówis (A. v.), Gregoriuslegende,48r.
Lübeck, Phokas von Sinope, 346.
— . Fortleben der Dioskuren, 346.
Male, L'art religieux, 466.
Marcovic, San Doimo, 204.
Mari, Piapio agiografico, 220.
Marrucchi, Epigrafia cristiana, 465.
Meiser, Studien zu Arnobius, 478.
Mertel, Die biographische Form der
griech. Heiligenlegenden, 172.
Mesnel, S. Aquilin d'Évreux, 211.
Michel, S. Franqois-Xavier, 222.
Miscellanea Ceriani, 157.
Mombritius, Sanctuarium, 442.
Monceaux, Épigraphie donatiste, 467.
— S.Pierre à Rome, 476.
Monteverdi, S. Eustachio, 347.
Montmasson, Maxime le conf. 487.
Mortier, Histoire des maítres génc-
raux O. P., index, 2ar.
Motta, S. Carlo Borromeo, 372.
Mulleners, Vie de S. Lambert, 488.
Murray, St. Menas, 137.
Nau, Haygiographie syriaque, 456.
— . Voyages de S. Pierre, 454.
— LaVierge en Égypte, 457.
Ormanian, L'église arménienne, 471.
Ott, Thomas von Aquin und das Men-
dikantentum, 495.
Paolini, S. Jean Discalcéat, 221.
Papadopoulos, Maptrópiov To0 Y.
TToAukdprmov, 202.
Papadopoulos-Kerameus, Denys de
Fourna, 324.
— S.Luc le stylite, 488.
— . Varia graeca sacra, 324.
Pecham (Iohannes), Tractatus tres de
paupertate, 495.
Pfister,Rceliquienkultim Altertum,337.
INDEX AUCTORUM 5II
Pi, Francisco Javier a Filipinas, 222.
Plummer, Vitae SS. Hiberniae, 326.
Potter, Ami et Amile, 216.
Premoli, Il duello nella pubblica opi-
nione, 372.
Rangeard, S. Maurille, 208.
Regnier, S. Léon le Grand, 483.
Reichert, Quellen und Forsch. zur
Gesch. des Dominikaneroórdens,370.
Revue de l'Orient chrétien, 452.
Robinson (J. A.), The History of
Westminster Abbey, 336.
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Rocchi, L'Epitafio di S. Abercio, 202.
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Rouillon, Ste Héléne, 482.
Sajdak, Nazianzenica, 353, 354.
Scaglia,Notiones archaeol. christ.183.
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zum Abendlande, 353.
Schützer, Franzósische Heiligen-
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Romane, 187.
Schreiber, Kóm-esch-Schukáfa, 341.
Schwartz,Eusebius Kirchengesch.192.
Soott, St. Maolrubha, 213.
Sderci, Apostolato di S Franc. 499.
Seppelt, Kampí der Bettelorden, 495.
Serrano, Legenda del Cronicón Pa-
, Cense, 210.
Sestakow, S. Martin I pape, 486.
— S.Syméon stylite, 485.
Sieglin, Kóm-esch-Schukáfa, 341.
Signorelli, Viterbo, 468.
Sóderhjelm, Vie de S. Quentin 479.
Stüihlin, Clemens Alexandrinus, 192.
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Stiefenhofer, Geschichte der Kirch-
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Stiglmayr, Der hl. Maximus, aro.
Strecker, Dreves Hymnologiche Stu-
, dien, 182.
Susta, Die Rómische Curie und das
Concil von Trient, 225.
Ter-Mekerttschian, Agathangeli
Armeniae historia, 332.
Texte und Untersuchungen, 192.
Thode, S. Frangois d'Assise, 359.
Tichon, La chásse de S. Perpéte, 485.
Tiedemann, Passional und Legenda
aurea, 175.
Tisserant, Ascension d'Isaie, 197.
Tórne (O. v.), Ptolémée Gallio, 225.
Tomassetti, Campagna Romana, 189.
Tournebize, Hist. de l'Arménie, 471
Tournier, S. Maimboauf, 482.
Trenholme, The Story of Iona, 335.
Vailhé, S. Jean Damascéne, 214.
Vanderstuyf, S. Luc le stylite, 488.
Vernarecci, Fossombrone, 468.
Walsh, Irish Saints in Belgium, 213.
Wilhelm, Sanct Servatius, 349.
Wilpert, Die Papstgràber und die
Cáciliengruft, 183.
Winstedt,Cosmas Indicopleustes, 187.
W ymann, Karl Borromeo, 372.
Zwierzina, Legenden der Maártyrer
von unzerstórbarem Leben, 170.
HOC VOLUMINE CONTINENTUR
Alb. PoNCELET. Le légendier de Pierre Calo 5
I. Les légendiers ] e 7
II. Les légendiers übrésés- I4
III. Le légendier de Pierre Calo . : 44
Hipp. DELEHAYE. L'invention des reliques de saint Ménas à
Constantinople , à : , . II7
Paul PERTERS. S. Eleutherios-Guhisitazad ; : : . 50
Alb. PoxcELET. Les documents de Claude Despretz . 24I
Ch. VAN DE VoRST. Une Passion inédite de S. Porphyre le
mime e s . . 258
Hipp. DELEHAYE. Les Actes de S. Barbarus . : 276
Paul PEETERS. La vision de Denys l'Aréopagite à Héliopolis. 302
Zach. GaRcíA, S. I. La lettre de Valérius aux moines du
Vierzo sur la bienheureuse Aetheria . . 377
Ch. VaN p£ Vonsr. La Vie grecque de S. Léon le Grand . 400
Alb. PoNCBLET. La translation des SS. Éleuthére, Pontien et
Anastase. . . 409
Hipp. DELEHAYE. Les DENSIS c Libelli nutaculueums . 427
Hipp. DELEHAYE. Gaianopolis A . . à 435
Bulletin des publications hagiographiques .. "NS "3 T 44.1
ADERAT IN APPENDICE
Ulysse CHEVALIER. Repertorium hymnologicum. Supplemen-
tum alterum, fol. 4-11 (p. 49-176).
RoLLARII FLANDRORUM, — TyPis IuLII DE MBEBSTER.
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